Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

La revue › vol. 6, n° 10-11

Discours radiodiffusé de Farrell Dobbs

Farrell Dobbs · Quatrième Internationale, vol. 6, n° 10-11 · octobre-novembre 1948 · p. 26-28 · 1 466 mots

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MOINS de trois années après la fin de la deuxième guerre mondiale nous sommes menacés de l'explosion imminente d'une autre guerre. En l'espace d'une seule génération, nous avons traversé un cercle vicieux de guerres, puis de dépression, puis d'une autre guerre, puis de l'inflation actuelle et enfin de la préparation frénétique d'une troisième guerre mondiale. Voilà le oycle du capitalisme : la guerre, la dépression, l'inflation et à nouveau la guerre.

Les maitres capitalistes de l'Amérique et leurs agents politiques de Washington conspirent délibérément et se préparent à enraîner le peuple américain dans une nouvelle guerre. On ne peut pas concilier la production capitaliste orientée vers le profit aveo la paix et la prospérité du peuple.

Deux années à peine après la conversion de l'industrie pour la production de paix, le marché national se trouve 26 de Farrell Dobbs déjà saturé. Les ouvriers ne peuvent acheter qu'une petite portion de ce qu'ils produisent et l'inflation ruineuse, combinée au refus de garantir même une augmentation de salaires proportionnelle à celle du coût de la vie, ne fait qu'aggraver les contradictions. Les pays d'Europe et d'Asie, ruinés par la guerre, sont incapables d'acheter le surplus de la production américaine. Les capitalistes qui règnent ne voient pas d'autre voie pour ajourner la dépression menaçante qui sera beaucoup plus profonde et plus dévastatrice que celle des années 1930, que d'entrer dans une production d'armements, en se préparant pour la guerre. Dans leur pensée, la paix est identifiée aux revendications desouvriers organisés demandant une part plus large du profit de leur travail et un plus grand degré de sécurité. Dans l'esprit des profiteurs, la paix est identifiée aux grèves nationales des mineurs, des cheminots, des ouvriers des conserves, de l'industrie aulomobile et du fer, Ils veulent en finir avec tout ça.

Ils veulent dissoudre les syndicats et se libérer de la nécessité d'avoir affaire à des ouvriers organisés.

La guerre qu'ils complotent et préparent est dirigée conlre le peuple amérieain aussi bien que contre l'humanité exploitée à travers le monde.

La lutte contre les syndicats a éle amorcée par l'adoption de la loi antisyndicale Talt-Hartley dont les dispositions sont maintenant utilisees pour briser les grèves au moyen des injonctions de la terreur politicière. Montrant la voie aux principales associations patronales, le trust du fer a refusé de distraire un seul centime de ses profits fabuleux en faveur d'augmentations de salaires nécessaires pour compenser le coût croissant de la vie des ouvriers de ses usines.

La Chrysler Corporation, qui nage dans des super-profits, a obligé ses ouvriers à se mettre en grève pour de modestes augmentations correspondant au coût de la vie.

Les ouvriers des conserves ont do combattre les injonctions et la terreur policière contre les piquets de grève pendant deux mois entiers.

De tout mon cœur je salue les grévistes héroïques de l'auto et des conserves qui livrent aujourd'hui le combat de tous les ouvriers. Guerre et dictature.

La préparation de la guerre coïncide avec la preparation de l'instauration

'une dictalure militaire sur le pays. Les postes les plus importants du gouvernement et les positions-clés dans les organismes gouvernementaux les plus importants sont occupés par les dirigeants de l'armée et de la marine ou par les grands seigneurs de l'industrie et des finances.

Sous la direction et sous l'inspiration de cette combinaison notoire • des gens de Wall Street et des militaires, les droits démocratiques et les libertés civiles subissent une attaque constante. Une loi visant à militariser la jeunesse va être adoptée incessamment. Les employés du gouvernement subissent une inquisition rappelant Gestapo. Le Congrès lui-même est le théâtre de scènes sauvages d'une chasse aux sorclères officiellement organisée.

Des leaders syndicaux qui ne sont pas nés dans le pays sont arrêtés chaque jour et detenus pour etre deportes. La bien connue loi Mundt, que l'on est maintenant en train de préparer, fera de toute opposition à la dictature militaire un crime punissable de longs emprisonnements, de déportations el de camps de concentration.

Les gens des monopoles sont décidés à faire payer tous les terribles frais de la guerre aux ouvriers américains. « Il ne reste plus que le fouet ».

Business Week, un périodique exprimant complètement le point de vue de Wall Street, reconnait brutalement ces objectifs dans son numéro du 24 avril. Je cite : « Le niveau de vie devra bais-

NTERNATIONALE ser — et non pas monter.. nous ne pourrons pas mener une autre guerre sans dicter à -chacun où il doit travailler, ce qu'il doit faire et combien il sera payé pour cela... Les douceurs sont finies maintenant. Cette fois-cl il ne restera plus que le fouet. "

Ainsi parle Business Week, la voix authentique des capitalistes топороleurs qui sont les principaux ennemis au peuple américain. du peuple américain

'est là le programme clairement exprimé de la dictature militaire — le

Talon de fer de l'oligarchie capitaliste piétinant la vie, les espoirs et les libertés des masses américaines.

La dictature militaire est le produit inexorable d'un système qui est inévitablement pousse, par les lois d'airain crise insoluble, totale à l'autre. La conclusion s'ensuit, avec la même logique inexorable.

Il ne peut pas y avoir de lutte efficace pour défendre les syndicats, pour protéger et pour améliorer le niveau de vie des ouvriers, pour sauvegarder et pour étendre les droits et les libertés du peuple américain, qui ne soit une lutte dirigée contre l'oligarchie capitaliste et ses agents de la coalition bipartite qul gouverne à Washington.

Il ne peut pas y avoir de lutte efficace contre la guerre qui ne soit une lutte dirigée vers l'élimination du régime capitaliste qui engendre les guerres vers la destruction du pouvoir absolu sur la vie et la mort de l'ensemble de la race humaine que possède maintenant une poignée de fous.

Il ne peut pas y avoir de lutte efficace contre les monstres jumeaux de la guerre et de la dictature militaire qui ne soit une lutte dirigée vers l'instauration d'un gouvernement des ouvriers et des paysans, qui organisera le pays et le monde pour arriver à une société basée sur les besoins humains, sans prolls, sans classes et sans exploitation.

Run seul parti delend actuellement ce programme pour les Etats-Unis. C'est le Socialisi Workers Parly, dont je suis fier de porter la bannière pendant cette campagne présidentielle.

Le party de Henry Wallace, malgré son agitation sonore pour la paix, pour le désarmement et contre la répression intérieure n'est pas un parti s'opposant vraiment à la guerre, parce qu'il n'est pas un parti anticapitaliste. L'escroquerie du pacifisme.

Un mouvement pour la paix destiné à se dissoudre au moment de l'explosion de la guerre n'est pas autre chose qu'un moyen d'escroquer les masses et les millions de gens qui lui auront apporté leur confiance. Le Parti Communiste, en soutenant l'escroquerie de Wallace, est en train de vendre une fois de plus les ouvriers américains pour servir les intérêts momentanés de la diplomatie de Staline et de sa bande du Kremlin.

Il y a aussi un autre parti, soi-disant luttant pour la paix, pas aussi grand que le parti de Wallace mais tout aussi sonore dans les prétentions de sa propagande contre la guerre. Je fais allusion au parli de Norman Thomas. Ce parti porte le nom de l'organisation qui avait autrefois à sa tête Eugène V. Debs. Mais ce n'est là qu'une cruelle mystification. Debs a lutté contre la première guerre mondiale avant la participation officielle des Etats-Unis à celle-ci. Il alla en prison parce qu'il continua cette lutte après la déclaration de guerre par le Congrès. Norman Thomas et sa suite ont trahi la mémoire de Debs en sautant dans le train de la guerre au lendemain de l'entrée en guerre des Etats-Unis.

LE 2 NOVEMBRE VOTEZ S. W. P. !

La lutte pour le socialisme ne peut pas s'arrêter pendant la guerre. Au contraire, ceux qui quittent la lutte après l'explosion de la guerre cessent d'etre des socialistes.

Le Socialist Workers Party continua la tradition de Debs pendant la deuxième guerre mondiale. Il a continué sa lutte contre la guerre et le capitalisme, même lorsque dix-huit de ses leaders ont connu la prison pour leur fidélité à la classe ouvrière et à la cause du socialisme. Le Socialist Workers Party continuera la même lutte irréconciliable aujourd'hui, à la veille de la troisième guerre mondiale.

Ouvriers et ouvrières ! Dans votre grand nombre, dans vos organisations de masse réside la puissance capable d'arrêter ce plongeon fatal dans guerre et la dictature. Vous avez le puissance de tout changer.

Organisez cette puissance invincible !

Unissez-vous au Socialist Workers Party !

Fortifiez vos rangs en vous rassemblant autour d'un programme socialiste et commencez la marche vers un monde dans lequel nous et nos enfants pourrons vivre en paix, comme êtres humains, sans pauvreté et sans peur !

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