Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

La revue › vol. 6, n° 10-11

De Gaulle, candidat au pouvoir fort

Favre-Bleibtreu · Quatrième Internationale, vol. 6, n° 10-11 · octobre-novembre 1948 · p. 8-16 · 6 839 mots

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AU mois de juin 1940, le gouvernement Reynaud, emporté par la déroute, delegua deux de ses membres : De Gaulle, traichement promu général, fut envoyé à Londres, tandis

LES ETAPES

Le fondé de pouvoir émigré à Londres, Charles de Gaulle, assuma une triple fonction : le maintien de la domination impérialiste française sur les colonies lointaines qui tombaient hors du contrôle de Vichy, la représentation diplomatique dans le camp des Alliés, enfin le contrôle et l'encadrement du mouvement de résistance des masses pour en faire un instrument de la guerre imperianste el assurer a froid le pas-

COLLABORATION

A son inslallation sur le territoire français, le gouvernement des émigrés dût faire face à une erise révolutionnaire. Face au pouvoir officiel se dressaient des organismes populaires concentrant en leurs mains une large part de pouvoir effective : comités d'usines, milices populaires, voire dans certaines provinces les comités de libération (1).

Il fallait rendre les entreprises aux capitalistes ou à défaut appliquer un statut batard et provisoire de nationalisation à celles où le profit capitaliste ne pouvait être réalisé pour une période.

Il fallait faire d'apparentes concessions aux ouvriers alors même que l'ensemble de la production élait frappé de paralysie; augmenter les salaires ; créer des comités d'entreprise sans pouvoir réel en place des comités ouvriers d'usine.

Il fallait enröler et dissoudre les mi¡ces populaires dans les armées allées ; obtenir la nquidation de celles qui suD-

(1) " Ce régime de double pouvoir ne présentait pas en dépit des apparences de caractère révolutionnaire surtout du fait qu'aucun partl ne nourrissait d'intentions subversives, aucun ne songeait à s'emparer du pouvoir par la violence. • (R. Aron, Le grand schisme.) 8 par FAVRE-BLEIBTREU que le vieux maréchal Pétain recevait la mission de signer l'armistice. Ainsi prirent naissance la « France libre » et « l'Etat Français » double fondé de pouvoir des intérels de la bourgeoisie française. DU GAULLISME sage des pouvoirs de l'aile pro-allemande à l'aile pro-alliée de la bourgeoisie française.

Cette dernière fonction put être réalisée grâce à la collaboration du parti slalinien aussi bien dans, le gouvernement d'Alger (Billoux, Grenier) que dans le gouvernement de la libération. « Tous aux Champs-Elysées pour acclamer de Gaulle », appelait « Humanité » -du 26 août 1944 en lettres gigantesques. AVEC LE P. C. F. sistaient et le désarmement des ouvriers renforcer la police: exproprier les tribunaux populaires an profil du viell apparen judiciaire le a Petain par le serment d'allégeance.

Une seule force en France était en mesure d'opérer ce sauvetage de la domination capitaliste : le stalinisme. « J'ai utilisé ces saboteurs pour la France après la libération — peut dire aujourd'hui de Gaulle — parce que je voulais qu'ils produisent avec les autres, et je ne me suis pas plaint du résultat. »

En effet, en deux mois, le parti stalinien réussit à liquider les organismes populaires et à sauver le régime capitanste contormement aux accords de Yalta. Pendant trois ans, il mettra son immense force au service de la paix sociale, brisant les grèves, collaborant à la guerre contre le Viet-Nam et à l'écrasement de la révolte des masses algériennes.

Ce front commun réalisé à Yalta entre les impérialistes et l'U. R. S. S. contre la menace révolutionnaire fut la base du compromis entre Washington et Moscou. La bourgeoisie française trouva dans ces rapports internationaux la possibilité d'une apparente neutralité entre les deux puissances. De Gaulle et le P. C. F. purent préconiser en commun la même « politique de grandeur » et revendiquer fortement une part du butin

INTERNATIONALE allemand. Pendant queiques mois cette politique de grandeur s'exprima par un timide jeu de bascule entre Washington et Moscou.

Le 19 janvier 1946, de Gaulle abandonne la présidence du gouvernement et se retire dans sa propriélé de GoIombey-les-deux-Eglises.

Que s'est-il passé ? Le gouvernement a été incapable d'empêcher l'inflation, et la politique internationale de grandeur s'est avérée une coûteuse utopie.

" Le général s'en va à la veille de la Taillite, en pleine orise du ravitaniement, en pleine perte du prestige international de la France », constate mélancoliquement l'Epoque progaulliste.

Et l'organe du P. R. L., Paroles Frangaises, le compare à « un soldat fourbu qui s'enfuit des lignes, un matin de janvier dans le brouillard... »

Mais cette désenlion est une excellente opération politique. Elle va permettre à de Gaulle de sauver son prestige personnel, de laisser au tripartisme la responsabilité de la faillite ; pendant que les partis ouvriers continuent à

Apres avoir retre au M. R. P. « paru de la ndente », son patronage tutelaire et l'avoir refusé successivement à plusieurs formations électorales (P. R. L. puis Union Gaulliste), de Gaulle annonce le 8 avril 1947 la constitution du « Rassemblement du Peuple Frangais ». Cette initiative découle d'une aggravation des rapports entre l'U. R. S. S. et l'impérialisme des U. S. A. Le général a remisé sa polilique de grandeur et s'aligne ouvertement sur la diplomatie et sur l'Etat-major yankees.

Blle répond aussi à une polarisation politique acerue dans le pays, qui se manifeste par une certaine agitation anti-dirigiste des classes moyennes et par une montée de la classe ouvrière qui iend a briser le carcan bureaucraque stalinien pour entrer en lutte contre le gouvernement tripartite. Cette montee se traduit par des explosions grévistes qui débordent l'appareil syndical de plus en plus fréquemment et de plus en plus largement et qui, de la périphérie de la classe ouvrière, gagnent progressivement ses secteur décisifs. Le mouvement de débordement culmine avec la grève Renault (25 avril). Elle

Depuis 1944, la bourgeoisie française a place en de Gaulle tous ses espoirs. Elle voit en lui un atout majeur, l'homme providentiel qu'elle souhaite de voir régner le plus tôt possible.

La poussée révolutionnaire des masses rendait necessaire et possible la collaboration entre de Gaulle et Thorez sous l'étendard de la Résistance Unie. s'user au pouvoir toul en sapant la combattivité ouvrière, il pourra rassembler dans l'opposition la petite bourgeoisie mécontente et les troupes de Pétain encore paralysées par leur défaite récente.

Bientôt la campagne constilutionnelle lui offre loccasion de condamner la faillite du triparlisme : d'opposer à la constitution élaborée en commun par le P. C. F., la S. F. I. O. et le M. R. P. son programme d'un Etat fort.

La pression de cette campagne est suisante pour amener le M. R. P., quelques jours avant le référendum, d retirer son soulien au projet de constitution. En mai 1946, le projet est repoussé par référendum. Quelques mois plus tard le bloc tripartite recollé propose un nouveau projet de constitunion. La campagne gaulliste s'intensifie. Après l'adoption de la constitution N° 2 par une faible majorité, le M. R. P. paiera sa rupture avec de Gaulle d'une perte de 500.000 voix aux élections législatives. contraindra le P. C. F. à retirer ses ministres pour reprendre le contrôle de la classe ouvrière (Jamais nous ne nous laisserons tourner à gauche, déclare en substance J. Duclos) et pour en subordonner les actions aux besoins mouvants de la diplomatie du Kremlin : grèves par vagues, greves tournantes, morcellement du mouvement spontane vers la grève générale.

Cette politique de « pression » sur la bourgeoisie conduit à la défaite de la vague de novembre-décembre et à la soission syndicale. Mais la bourgeoisie comprend les limites de son succès et n'entreprend qu'avec prudence l'ottensive contre le niveau de vie et contre les libertés ouvrières. Les gouvernements successifs de la 3° Force repondent à ses besoins du moment et à ses possibilltés. L'heure de de Gaulle n'a pas encore sonné. Mais déjà l'activité et la stabilité des gouvernements sont de plus en plus dominées par l'existence du gaullisme qui, tout en lui fournissant le contre-poids de droite nécessaire a un équilibre bonapartiste bien précaire, pèse d'un poids croissant sur le parlement et sur la vie des ministères.

L'établissemen| du régime démocratique parlementaire de la IV° République ne répondait nullement aux possibilités réelles c d'une économie décrépite et vouée à une décadence irrémédiable.

SE RETIRE DU GOUVERNEMENT

CREATION DU R. P. F. ET RUPTURE DU TRIPARTISME

SE RETIRE DU GOUVERNEMENT

CREATION DU R. P. F. ET RUPTURE DU TRIPARTISME

Il fut imposé par le rapport de force entre les classes : quelques miettes de démocratie bourgeoise étaient le prix de la participation indispensable des partis ouvriers au sauvelage du capitalisme en

France.

D'autre part, l'impérialisme américain était peu enclin à courir les risques d'une guerre civile aux résultats aléatoires pour voir s'instaurer un Etat fort aux tendances autarciques et jouant son propre jeu diplomatique.

D'aspiration de la bourgeoisie, l'Etat fort est devenu sa préoccupation immédiate et de Gaulle passe au rang de candidat N° 1.

En raison même de la pression accrue de l'impérialisme américain sur son économie, la bourgeoisie française s'efforce de remédier à l'inflation accrue et au déficit croissant de la balance des paiements par une exploitalion aggravée du prolétariat ; la réduction de la consommurone es masses, la prolongation de la cadence résument ses ambitions et ses acceleration de 1s moyens d'action en matière économique. Pour y parvenir il lui faut un Etat fort.

Les crises ministérielles successives et plus particulièrement l'échee du gouvernement Marie-Reynaud ont amené les ceroles bourgeois dirigeants a se tourner vers le gaullisme en lui conflant la mission de corseter graduellement le régime parlementaire et de préparer son elmination. La précisément réside une contradiction : pour établir son régime autoritaire, la bourgeoisie doit briser la classe ouvrière, mais la faiblesse actuelle de son appareil de coercition ne lui a pas permis, même apres son succes de décembre 1947, de porter des coups décisifs au prolétariat. Peut-elle trouver dans le R. P. F. la force politique et militaire nécessaire à cette opération ? C'est là une question de premier plan à laquelle nous nous efforcerons de répondre.

Contentons-nous de noter pour l'instant que la bourgeoisie manifeste de grandes hésitations sur les moyens d'arriver au pouvoir fort, qu'elle craint d'engager la guerre civile et qu'elle fera

Représentant authentique des milieux bourgeois et de l'ancienne aristocratie, élève des Jésuites, de Gaulle allie la morgue de la caste militaire à l'ambition ombrageuse du politicien.

1921. Agé de 31 ans, il participe avec le grade de commandant à la Mission Militaire Française qui combat en Pologne contre l'Armée Rouge. Son chef est Weygand.

1924. Il entre à l'Ecole de guerre où il est « chargé de cours » et devient aide de camp du Maréchal Pétain,

1932. Lieutenant-Colonel et Secrétaire du Conseil Supérieur de la Guerre, 10 tous ses efforts pour amener de Gaulle par la voie froide.

La lecture comparée de la presse française (ou même anglaise) et de la presse américaine montre plus de déterminalion du côté de Washington. La presse républicaine en particulier semble accepter les risques d'une guerre civile. « Dans ses aspects les plus profonds, écrit le New-York Herald Tribune du 10-9-48, la crise n'est pas une crise économique, mais une crise d'autorité gouvernementale, de discipline, d'unité et de morale, et le général de Gaulle est très bien qualiflé pour traiter de ces problèmes. »

Plus directe encore, la revue Life du

27 septembre, faisant siennes les thèses du gaullisme dans l'article « Pourquoi la IV• République est mourante », prévoit que l'arrivée au pouvoir de de

Gaulle « apporterait une intensification de l'action anti-rouge en France et que le Parti Communiste serait probablement mis hors la loi dès les premiers pas du régime. Il y aurait opposition physique des Communistes mais, à cette sure étape, ceux-oi ne seraient plus de déclencher une guerre civile en mem victorieuse ». Elle conclut « Plus qu'um salut négatif (de Gaulle) apportera à la France un nouvel espoir d'une forme nouvelle de libération ».

Le bénéficiaire de telles recommandations est assuré de trouver en France même de bons appuis. Il devient un des pions principaux du dispositif stratégirue de Wall Street à côté de l'Espagne le Franco, de la Grece de Tsaldaris el du potentiel industriel de la Ruhr soug contrôle américain.

Nous avons pu jauger récemment dans l'affaire de Berlin (1) la capacité de résistance de la bourgeoisie française face aux « sollicitations » de Wall Street. La bourgeoisie française devra s'aligner aussi en matière de politique intérieure et pousser de Gaulle au pouvoir, car Wall Street s'impatiente de crises ministérielles en cascade et pourrait remettre en question la continuation de l'aide Marshall à moins d'une stabilisation de l'économie française par un Etat fort. preside par petain et weygand, u deInit sa conception du chel militaire dans le livre « Au fil de l'épée ».

1934. Il prend position contre la doctrine stratégique périmée professée par

(1) Schuman, représentant de la France à 10. N. U., manifesta quelques velléités de conciliation bien compréhensibles au moment où la stratégie alliée considère la France comme une « terre brûlée » en cas de guerre. Il fut vivement rappelé à l'ordre et s'aligna totalement sur la délégation américaine.

ET LE R. P. F.

L'HOMME

ET LE R. P. F.

L'HOMME

N Pétain et par l'ensemble de l'Etat-major, Il préconise une armée de métier peu nombreuse et mobile reposant sur •des divisions cuirassées semblables aux Panzerdivisions de Guderian. Il fournit a Paul Reynaud les thèmes de ses interventions à la Chambre des Députés lors de la discussion du budgel militaire pour 1935.

D'abord disciple du royaliste Maurras, il prend conscience

Men . ces années du rôle qui s'offre à un soldat-politicien.

« Il faut qu'un maître apparaisse, éorit-il dès cette époque (1), indépendant en ses jugements, irrécusable dans ses ordres, crédité par l'opinion. Serviteur du seul Etat, dépouillé de préjugés, dédaigneux de clientèles ; comme enfermé dans sa tâche, pénétré de longs desseins, au falt des gens et des choses du ressort ; chef faisant corps avec aveo l'armée ; homme assez fort pour s'imposer, assez habile pour séduire, assez grand pour une grande œuvre, tel sera le ministre soldat ou politique à qui Ta patrie devra l'économie prochaine de sa force... »

Il entrevoit déjà les moyens qui ouvriront la voie à cet homme providentiel, assez grand pour une grande œuvre : " Il n'est point de groupement, de parti, de consul, qui n'invoquent le redressement, Pordre nouveau, l'autorité. Nul doute qu'à bref délai, le jeu des constitutions, suivant le mouvement des besoins, n'ouvre le champ aux résolus. si cette refonte nationale devait commencer par l'armée il n'y aurait là rien que de conforme à l'ordre naturel des choses... Pour cette raison que le corps militaire est l'expression la plus complète de l'esprit d'une société... L'armée nouvelle servira de recours et de ferment (2). Car l'épée est l'axe du monde et la grandeur ne se divise pas ».

Dans son régiment de chars le lieutenant-colonel Charles de Gaulle se distingue par son zèle anti-ouvrier : lors des grandes manifestations de soldats contre le « rabiot » (maintien sous les drapeaux) de 1935-1936 il punit préventivement ceux des soldats de son régiment qui lisent la presse du Front Populaire, organise la fouille des paquelages, l'espionnage, etc.

La chance de sa vie lui est offerte par son entrée dans le gouvernement

Revnaud-Pétain en pleine débâcle des armées françaises (6 juin 1940) et surtout par la mission à Londres que lui confie le gouvernement (8 juin). Le 17 juin Pétain annonce à la radio qu'il a

(1) Vers l'Armée de métier, p. 208.

(2) Op. cit. p. 58. - L'auteur falt l'éloge de l'armée de métier de Napoléon III: • A peine sortie des prisons de l'ennemi, elle trouvait assez de fidélité pour enlever Is barricades de la Commune et sauver l'Etat. »

TERNATIONALE demandé l'armistice. Le lendemain et les jours suivants la B. B. C. de Londres diffuse des appels de de Gaulle qui préconise la continuation de la guerre au côté des Alliés.

Pendant des années il assura son contrôle sur les colonies, sur les troupes françaises et surtout sur les mouvements de « résistance » que sa police secrète (B. C. R. A.) tient à sa discrétion. Son état-major est constitué de cagoulards antisémites et fascisles. (Une autre fraclion de la cagoule est passée à la collaboration en France avec son chef Delonole qui changera de camp eu 1942 et sera assassiné par la Gestapo).

Pendant les premiers mois de SOn existence, le comité de Londres fut ignore de larges trachons de la bourgeoisie qui croyait à une stabilisation de la vietoire allemande. Mais dès 1941, la certitude de la victoire alliée leur apparut posant du même coup un problème anroissant : comment assurer le passage , trold du gouvernement de « couaboration » au gouvernement « proallié » lorsque la retraite des armées d'Hitler priverait l'Etat francais de ses baïonnettes ? Est-il possible de conserver intact l'Etat tout en changeant de personnel ? Comment empêcher l'irruption des masses populaires ? Ces préoccupations guidèrent la politique de Roosevelt (Leahy). La bourgeoisie craint que de Gaulle ne sape l'autorité de l'Etat en prêchant la désobéissance et qu'il n'ouvre une crise d'autorité grave et peutetre fatale.

C'était compter sans la volonté de collaboration de classe des partis « ouvriers ». De Gaulle put riposter après coup à cette critique en déclarant devant l'Assemblée consultative le 2 mars 1945 :

« Au moment où j'arrivai à Paris, le 25 août 1944, m'était remise une com munication d'un représentant du maréchal Pétain. Le représentant avait, em vertu d'un ordre écrit, daté du 11 août, tous pouvoirs pour rechercher ave@ nous « une solution de nature à éviter la guerre civile ». J'ai écondult le re présentant. Messieurs, où est la guerre civile ? »

Servilement l'Assemblée acclama de Gaulle, « socialistes » et « communistes » compris. Deux mois plus tôt, Thorez avait désarmé les ouvriers et réclamé « une seule police, une seule armee, une seule administration », celles du gouvernement provisoire de la bourgeoi-

En 1947, devenu chef de parti, il sélectionne autour de lui un état-major d'exécutants sans envergure, soumis & son autorité despotique. Mais il apprend à masquer son mépris de la masse derrière une démagogie oratoire destinée à gagner le cœur du petit bourgeois.

Sa personnalité et son origine sociale diffèrent profondément de celles d'HitTer, petit bourgeois révolté à qui In hourgeoisie allemande ne remit le ponvoir que comme ultime recomrs.

LEME

LE PROGRAMME

•

Le programme du R. P. F., comme la personnalité de son chef reflète exactement les possibilités et les ambitions limitées de • la bourgeoisie trançaise décrépite qui n'aspire à rien d'autre qu'à devenir le premier lieutenant en Europe de limpérialisme yankee.

Rien dans ce programme qui rappelle la démagogie pseudo-révolutionnaire et conquérante du nazisme avant la prise du pouvoir.

C'est le programme de la réaction la plus classique :

- avant toule chose il faul restaurer l'autorité de l'Etat, renforcer l'exécutif présidentiel, lui altribuer le droit de dissolution des assemblées législatives ;

- il faut restaurer l'autorité du patron dans les entreprises ;

- il faut « refouler les corps Intermédiaires » (c'est-à-dire les syndicats) et mettre fin « à la dictature des Partis » — il faut metire fin à la lutte de olasses par le régime de « l'association » qui ferait partager au personnel « les bénéfices et les risques de l'entrepri88 » (1) ;

-"Il faut accroitre la production par tous les moyens, notamment par l'augmentation de la durée de travail ». Ce point programmalique très concret formulé pour la première fois par de Gaulle dans sa conférence de presse du 1or octobre est une véritable déclaration de guerre à la classe ouvrière. Mais la presse stalinienne ne l'a pas jugé digne de la moindre mention 1

Même assaisonné d'une pointe de démagogie annparlementaire ce programme n'a rien d'enthousiasmant. Le R, P. F. ne dissimule d'ailleurs pas son accord avec le plan Reynaud mais ajoute que lui seul serait assez fort pour l'appliquer.

Six mois après sa constitution, le A. P. F. récoltait 33 % des suffrages 8UX élections municipales (octobre 1947). Ses succès furent particulièrement nets dans les régions traditionnellement réactionnaires : l'Alsace, la Lorraine, la Normandie et la Vendée, mais aussi dans de grands centres urbains : Paris (sans sa banlieue), Marseille, Bordeaux, Lille, Strasbourg,

(1) Lorsqu'il tente de préciser ce qu'il entend par « association » de Gaulle préconise le salaire proportionnel, système utilisé dans dertaines usines allemandes sous Hitler et dans quelques petites entreprises françaises. Ce système est basé sur le principe suivant : les ouvriers touchent un salaire de base inférieur de 1/3 à celui de leur profession. Ils touchent en outre un complément de salaire proportionnel au volume des affaires de la société calculé sur un 12

Le véritable signe de ralliement et le ori de guerre du gaullisme, c'est l'anticommunisme. Les « séparatistes « doivent être mis hors la loi. Le pouvoir restauré ne pourrait tolérer même une allusion à la désobéissance civique.

C'est là le thème central de la propagande du Rassemblement, image symétrique et renversée de la propagande stalinienne : le monde est divisé en parti russe el parti américain ; la guerre est inévitable à bref délai : toute le question est de sy preparer en liquidant le paru russe.

Pour cela tous les moyens sont bons : « Si les « séparatistes » entraient dans le gouvernement « qui donc peut encore croire que nous serions dans la légalité ? »

Si au contraire l'accession au pouvoir du R. P F. déclenche des grèves « croyez-vous qu'une menace de grève nous ferait reculer ? » demande de Gaulle, « Il ne faudrait pas alors hésiter à briser cette résistance ».

A la différence des anciens parlis réactionnaires dont il a pris la suocession, le R. P. F. ne dispose que d'une marge de manœuvre restreinte dans son agitation chauvine. Avec sa politique de grandeur il a dû enterrer les revendicalions sur la Rhénanie et sur les colonies italiennes, ne se différenciant timidement de la diplomatie de Wall Street que par la revendication du dépêcement de l'Allemagne de l'Ouest en petits états fédérés.

Avec un tel programme, de Gaulle s'assure la confiance de la bourgeoisie. A ses partisans qui l'acclament aux cris de « De Gaulle au pouvoir », il peut répondre avec assurance : « Au pouvoir ? Mais vous voyez bien que nous y allons ! » St-Btienne ont voté en majorité R. P. F-

Ces succès très impressionnants ne traduisent pas un revirement brutal de l'opinion. Les si fréquentes consultations électorales des premières années de la IVe République ont clairement montré l'instabilité des rassemblements électoraux de droite qui se gonflaient ou dépérissaient selon qu'ils avaient ou perdaient l'investiture personnelle de indice fixé par le patron. A travail égal ils se font un salaire total legerement inférieur à la moyenne. En prolongeant la durée du travail et en accélérant la cadence jusqu'aux limites physiologiques, ils obtiennent un salaire légèrement supérieur à la moyenne. En cas de mévente, les ouvriers sont réduits à un demi-salaire. On voit que cet habile système de surexploitation n'est applicable qu'à un très petit nombre dentreprises. Généralisé, il perdrait toute signification.

COMPOSITION DU R. P. F.

COMPOSITION DU R. P. F.

INTERNATIONALE de Gaulle. Ce fut en particulier le sort du M. R. P. A plusieurs reprises, des sondages de l'opinion publique organisés par le Gallup français avait donné plus de 30 % à 35 % de oui à la question " Etes-vous partisan du retour au pouvoir du général de Gaulle ? »

Le nombre d'adhérents du Rassemblement est évalué par son chef à 1,5 million. Mais il s'agit d'un groupement politiquement assez hétérogène allant des radicaux traditionnels aux fascistes miliciens en passant par les anciens légionnaires de Vichy. Les cadres politiques et électoraux du Rassemblement ont la même hétérogénéité. C'est au début d'écarter des postes en vue sans ardeur que le R. P. F . a tenté les anciens collaborateurs vichyssois et les fascistes avoues en laveur desquels une campagne de réhabilitation a depuis lors été entreprise. Dans sa récente conférence de presse . deja citée, de Gaulle réellement suivi Vichy demandait aux journalises « Qui a

? Laval luimême a-t-il servi Vichy jusqu'au bout ? Un effort particulier est fait en direction des politiciens du M. R. P. et surtout socialistes parmi lesquels le A. P. F. comple des partisans plus ou moins avoués. Socialement le gros du recrutement R. P. F. est constitué par Pes olasses moyennes des villes, les paysans s'étant montrés jusqu'à présent et dans l'ensemble assez peu perméables à sa propagande.

Cette base petite bourgeoise française ne possède pas le dynamisme redoutable que pouvaient avoir les troupes du nazisme allemand recrutées dans les olasses moyennes exaspérées par de longues années de misère, parmi les corps francs de la première guerre et dans les rangs innombrables de chômeurs qui trouvaient en s'enrôlant dans les sections d'assaut nazies un dérivatif à leur désespoir.

Le gaullisme au contraire traduit les aspirations conservatrices d'une petite bourgeoisie jouissant d'une position relativement favorable dans la crise frangarge. Cette réalité sociale s'exprime à davers la presse gaulliste qui adopte volontiers le verbiage du libéralisme petit-bourgeois destiné à flatter les oreilles socialistes.

Ce rassemblement hélérogène est encore un très médiocre instrument de guerre civile et de profonds remaniements qui commencent a se faire jour vevront s'y produire pour en faire une arme etricace. Les éléments authenti-

Lors du débat déjà cité à l'Assemblée Nationale, les premières révélations furent apportées sur les forces militaires du R. P. F. Elles comprennent un service d'ordre de 16.000 hommes, dont 6.000 a Paris et 10.000 en provinde, organises en groupes de combats auxquels s'ajoutent des groupes de choc dont les effectits n'ont pas été préciquement fascistes de l'avant-guerre ou de l'occupation portent le poids d'un profond discrédit et leur mentalité de vaincus et de clandestins s'oppose e l'ardeur conquérante des nazis allemands.

La même faiblesse se manifeste dans les représentations municipales et parlementaires du gaullisme où les premières manifestations de guerre civile ont causé de profonds remous. Les conseillers municipaux R. P. F. s'abstiennent dans de nombreux votes demandant la dissolution des groupes armés.

Parfois même ils votent pour.

tergion des. mes a Assen de Ma tionale, Lécrivain-Servoz, s'écriait lors du débat sur les bagarres de Grenoble :

" Je ne peux admettre qu'il y ait des voyous dans les rangs du R. P. F. ni que ceux qui se sont réjouis de la condamnation à mort du général de Gaulle foulent à sa suite les terres sacrées des cimetières du maquis (applaudissements prolongés au centre, gauche et extrême-gauche). Autour du général, il y a toutes sortes de gens qui insultent les parlementaires. Moi, je ne me laisse pas insulter. Vous, vous en aver peur. Je me demande pourquoi quand je vois leur maladresse politique ; vous avez peur de types qui sont des laissés pour compte, Il voudrait me donner des ordres à moi ! ce serait rigolo ! • (hilarité). Cette intervention montre bien les difficultés qu'offrent la structure et la situation actuelle de la petite bourgeoisie à - la réalisation du panti unique soumis au despotisme d'un chef unique.

La pénétration du R. P. F. dans la classe ouvrière (1) reste extrêmement limitée en dépit du dégoût croissant provoqué par la politique apparemment incohérente et les procédés bureaucratiques des dirigeants staliniens de la i. G. T. Les groupes d'entreprise exigtants ont une vie clandestine, n'interviennent pratiquement pas dans la vie des syndicats et de l'entreprise, car 1a doctrine du R. P. F. ne leur inspire pas l'élan nécessaire pour affronter ouvertement l'hostilité de leur classe. Il n'en reste pas moins qu'a une étape ultérieure ces groupes seront appelés a jouer ouvertement un rôle de police politique et de briseurs de grève, et que la lutte doit etre engagée sans délai pour leur dénonciation publique et leur élimination. sés. L'armature de ces formations est constituée par des militaires de la 2º Division Blindée auxquels sont venus

(1) Le R. P. F. édite un hebdomadaire « ouvrier » qui, parmi toutes les publications gaullistes, se distingue par une demagogie outrancière.

LES FORMATIONS MILITAIRES DU R. P. F.

LES FORMATIONS MILITAIRES DU R. P. F.

QUATRIEME s'amalgamer des vétérans des groupes fascistes de l'avant-guerre et de loocupation.

Dans l'ensemble, ces troupes de choc manquent de dynamisme et de confiance en elles-mêmes. Jusqu'a présen, leur rencontre aveo des prolétaires même non organisés militairement s'est terminée ordinairement par leur déroute. Les apparences démocratiques que le R. P. F. s'efforce de maintenir ne sont pas de nature à galvaniser leur volonté de combat en dépit des exhortations ro-

Lié par ces apparences démocratiques qu'il est oblige de sauvegarder et par l'hétérogénéité des troupes, le R. P. F. n'est pas un instrument de conquête violente du pouvoir. De Gaulle s'efforce d'y accéder par la voie froide : soit par une majorité éleclorale en cas de dissolution, soit par une majorité parlementaire qui lui transmettrait un arsenal renforce de pleins pouvoirs et décretslois, de législation anti-ouvrière et de forces de police suffisantes pour armer un gouvernement autorilaire.

Cette orientation nécessite du gaullisme la plus grande prudence pour éviter dans la mesure du possible toute lutte physique, tout acte prématuré capable de réveiller la capacité de résisrance et de riposte prolétarienne.

Des « théoriciens » gaullistes s'appliqueni précisément à démontrer à la bourgeoisie que leur victoire ne signiferait pas nécessairement la dictature et la guerre civile (1). A ceux qui craignent que « ce que l'Etat gagnerait eventuellement en efficacité, il le perdrait par la révolte latente de milliers de citoyens », Raymond Aron, membre du comite Exécutit du R. P. F. répond : « Je me refuse à cet aveu d'impuissance qui nous acculerait à l'alternative du communisme ou du despotisme de droite ». Il y a la place pour un « régime d'autorité modérée. L'Etat serait fort mais non Illimité. Partis et syndicats seraient libres, mais non tout puissants. Le parlement légiféreralt et contrôlerait, il renoncerait a gouverner. L'économie serait orlentée, mais non

La propagande du Parti Communiste Français, symétrique de la propagande gaulliste, lui fournit ses meilleurs arguments. L'une et l'autre ont pour thème central que la lutte de classe a fait place à la lutte du parti russe contre le parti américain. L'une et l'autre se placent dans la perspective d'une guerre inévitable à brève échéance et appellent les

(1) Raymond Aron, Le grand schisme, éd. N. R. F., p. 323. 14 mantiques de Malraux qui les apperle a mourir bravement pour le général.

A la suite des premiers chocs la presse gaulliste revendiqua sur un con larmoyant son droit à la parole, souliguant que jamais des gaullistes n'ont trouble une réunion « séparatiste " et que la réciproque leur est due : « Nous resterons calmes comprenant bien la provocation » (Le Rassemble. ment du 20-10-48). C'est une lol de la guerre que la défensive démoralise les combattants. dirigée ». Et de Gaulle lui-même ajoute: « Les séparatistes conserveraient leur représentation à l'intérieur de la Démocratie. »

Ces affirmations ne convainquent pas le chroniqueur du Monde (2), qui se fait l'interprète des inquiétudes de la grande bourgeoisie lorsqu'il répond :

On voit mal comment sortir de ce dilemme : en matière syndicale un gaullisme modéré serait un gaullisme impuissant... Des deux fractions du P. F., la modérée et l'autoritaire, c'est cette dernière qui a toutes les chances de triompher finalement parce qu'elle correspond à la logique interne du système, au lieu que l'autre la contrarie. »

Aucun doute sur ce poinl : quelle que soit la vole, froide ou sanglante, de son arrivée au pouvoir, la fonctior du gaullisme serait de mener une lutte à mort contre le mouvement ouvrier pour l'écraser. Il entreprendrait immédiatement l'élimination des centres de résistance les plus actifs : le parti révolutionnaire, le parti stalinien, les syadicals et les organisations qur retuseraient d'être embrigadées dans l'Etat.

Incapable de relever une économie irrémédiablement décadente, il devrait constituer des syndicats étatiques, promulguer une charte du travail et écraser par la force toute tentative de revendication ouvrière. Le régime de la Grèce de Tsaldaris donne l'image de ce que serait un régime gaulliste : une sanglante dictature militaire et policière qui ne pourrait se maintenir que par une répression sans cesse accrue. « patriotes » à prendre place dans le bon camp. L'une et l'autre rivalisent de démagogie chauvine. Sur ce terrain de duperie des masses, le mensonge stallnien a pour seul effet de servir de caution au gaullisme.

De Gaulle attire les classes moyennes, désireuses de changement, par la promesse d'un gouvernement fort, Il se

(2) 7-10-48, chronique de Maurice Duverger.

UN GAULLISME DEMOCRATIQUE ?

LA POLITIQUE STALINIENNE OUVRE LA VOIE FROIDE

A DE GAULLE

UN GAULLISME DEMOCRATIQUE ?

LA POLITIQUE STALINIENNE OUVRE LA VOIE FROIDE

A DE GAULLE

INTERNATIONALE refuse à toute compromission avec la

* force et, par là, impose l'idée que son régime apporterait des solutions neuves et radicales. Le parti communiste français, lui, n'affirme pas de plus naute ambition que celle de retrouver quelques portefeuilles dans un « gouvernement d'union démocratique », c est-a-dire dans un tripartisme réédité dont la faillite fut égale à celle de la

3* force. Rien ne peut être plus favorable à un ralliement progressif des éléments hésitants de la petite bourgeoisie au gaullisme.

La politique des « grèves tournantes » et greves partielles a l'ambition d'etre une tactique habile pour forcer la bourgeoisie à choisir la paix sociale par le retour des ministres staliniens au gouvernement. Elle n'a pour résultat que de tenir la bourgeoisie sur le qui-vive, de lui fournir l'occasion de rênforcer son appareil de répression en même temps qu'elle démoralise profondément les travailleurs dont la combattivité s'use sans résultat dans des luttes parfielles pour des objectifs étriqués continuellement remis en question par l'in¡lation, Alors qu'une démonstration de la force réelle du prolétariat sur des objectifs révolutionnaires ferait pencher les classes moyennes vers une solution ouvrière de la crise, les grèves de harcèlement — qui ne cadrent qu'avec les besoins de la diplomatie de Staline — les poussent a voir dans la classe ouvriere la principale responsable des difficultés de l'économie et à se tourner vers la solution gaulliste.

La préoccupation centrale qui anime is politique des chefs staliniens est de démontrer à la bourgeoisie que, sans leur présence au gouvernement il n'y a pas de paix sociale possible et que leurs revendications sont très acceptables.

Le programme qu'ils assignent à

Run * gouvernement démocratique » c'est une position de neutralité entre l'U. R. S. S. et les U. S. A. (et non plus l'allance russe), des échanges commerciaux avec tous les pays, enfin des amélorations de salaires « acceptables par les patrons » qui permettent toutefois appeler les ouvriers a de modalie dan démocratique l'enthousiasme ».

Sur cet opportunisme fondamental vient se greffer une tactique aventuriste

La classe ouvrière française est menaoee de revivre les pires moments du régime de Vichy, de perdre ses libertés les plus élémentaires, de voir son standard de vie massivement amputé et son exploitation accrue. La défaite en France ouvrirait une période de réaction en Europe et raccourcirait les délais de la troisième guerre mondiale. Mais rien n'est perdu, car malgré la démoralisation qu'entraîne une gymnastique gréviste incohérente, morcelée et sans objectif, de puissantes réserves de, comqui rappelle par de nombreux traits la tactique « troisième période » qui amena Hitler au pouvoir.

Renouvelant la politique criminelle des Thaelman-Remmelé, les chefs du

P. C. F. s'opposent à la réalisation du

Front Unique de la classe ouvrière contre le gaullisme. Ils n'offrent aux militants socialistes et aux ouvriers réTormistes rien d'autre que l'ultimatum : rompez avec le « parti américain ».

La social-démocratie allemande et le nazisme étaient pour Thaelman des « frères jumeaux ». Le Parti Socialiste et le R. P. F. sont pour Thorez et Cie ur seul et même parti « américain ». Cachant à la classe ouvrière la nature veritable du gaullisme, la propagande stalinienne nie loute différence entre lui et le gouvernement de la 3º force qu'elle qualifie de « gaullisme sans de Gaulle ».

Juelle aulre propagande pourrait mieus servir le gaullisme et lui ouvrir plus sûrement la voie froide ? Qui pourrait briser aussi efficacement la cohésion des ouvriers et leur volonté de barrer la lutte à de Gaulle que ne le font les chefs staliniens ?

Face a cette évidence, certains leaders centristes ont déduit qu'il s'agit là d'une strategie delibérée du Kremlin : favoriser l'accession de de Gaulle au pouvoir, ouvrir une guerre de partisans qui en cas de guerre, fournirait des divisions d'appoint. C'est prêter à la bureaucratie de Moscou plus de conscience politique qu'elle n'en peut avoir et ne pas comprendre que la capitulation du P. C. F. devant de Gaulle est inscrite non pas dans des plans stratégiques mais dans la haine des bureaucrates staliniens pour la révolution prolétarienne.

Sinon comment expliquer le refus des dirigeants staliniens français d'organiser et de coordonner la lutte physique contre les bandes gaullistes ? Pourquoi desarment-ils non seulement politiquement mais aussi physiquement les ouvriers qui ne demandent qu'à se battre (2 Pourquoi alors que s'impose la nécessité des milices ouvrières et de l'armement du peuple s'en remettent-ils à la police et à la justice bourgeoises pour digsoudre et désarmer les groupes de combat gaullistes ? Pourquoi, sinon par peur du proletariat révolutionnaire, aujourd'hui encore trop puissant ? battivité existent encore, qui se manifestent en toute occasion.

Rien n'est perdu car dans les rangs mêmes du Parti Communiste français où est rassemblée la majorité des forces actives du prolétariat, l'esprit critique s'éveille, le militant du rang cherche une politique révolutionnaire.

Rien n'est perdu car, malgre la polltique de division des cheis selon la ligne des blocs diplomatiques, le front de classe se ressoude ici et là pour l'action entre ouvriers de toutes tendances politiques.

RIEN N'EST PERDU

RIEN N'EST PERDU

VATRIEME IN

Un courant unitaire puissant qul prend naissance dans l'action revendicative peut et doit se développer en un vaste Front Unique prolétarien contre le gaullisme menaçant. De sa réalisation ou de sa non-réalisation dépend l'issue des luttes en France et en Europe occidentale.

Le Front Unique prolétarien peut seul arrêter le glissement à droite des classes moyennes hésitantes en leur rendant confiance dans la possibilité d'une solution ouvrière de la crise.

Entre le • parli américain » et le 1o sahotage du Plan Marshall, elles parti russe », entre l'acceptation ou choisissent sans hésitation la première solution. Mais entre un Front Unique prolétarien combattant hardiment pour des solutions révolutionnaires et le conservatisme d'une dictature gaulliste il encore toutes les chances qu'elles choisiraient le camp ouvrier.

- est possible que demain, à l'occasion d'un relâchement de la tension internationale, les Thorez et Cie passent de leur isolement volontaire actuel à une nouvelle combiaison type Front populaire ou tripartisme élargi. Cela ne nous avancerait pas d'un pouce sur la voie du Front Unique proletarien ; cela serait un simple retour a la collaboraton de classe ouverte qui renforcerait le presuge de de Gaulle.

des deux ponngues sont les deux laces d'une même médaille.

Un Front Unique, de classe pour réaliser un programme de classe, c'est ce qu'il faut pour vaincre le gaullisme.

En finir avec les revendications derisoires immediatement dépassées par la hausse des prix ; le programme d'union c'est le véritable minimum vital, l'échelle mobile des salaires, pensions et retraites, et le contrôle ouvrier sur la production.

En finir avec les grèves tournantes, aveo l'éparpillement qui affaiblit et démoralise ; le front se soudera dans des 16

TERNATIONALE actions d'ensemble pour régler une bonne fois la question du pouvoir d'achat.

En finir avec l'illusion que la police bourgeoise pourrait désarmer les groupes de combat gaulistes ; les travailleurs unis et organises dans leurs mlices ouvrières pourront seuls dissoudre et désarmer les troupes de guerre civile de la bourgeoisie. C'est sans retard qu'it faut frapper, poursuivre et intensifer l'offensive coordonner l'action dans tout le pays. Le pavé doit brûler sous les pas des bandes gaullistes, Pas un patres bouralgallite peut vervem -toléré dans les quartiers ouvriers ; pas un groupe gaulliste ne doit vivre en paix dans les entreprises ; le front de classe ressoudé doit imposer le silenoo aux ennemis de la classe ouvrière qui rêvent de l'asservir.

be grand danger, c'est la voie froide choisie par de Gaulle pour endormir la vigilance ouvrière et c'est la division entretenue par les grands partis ouvriers.

Mais la menace ne sera pas écartée par un simple front défensif. Laisser en piace les forces d'oppression d'une bourgeoisie décadente c'est en définitive se résigner à la dictature et à la guerre. Un gouvernement « démocratique » de collaboration de classe, autant que lea gouvernements de « troisième force • ne serait rien d'autre qu'une étape dans cette voie.

Le P. C. I. appelle les ouvriers à premdre en mains leur propre sort, à constituer partout leurs Comités d'unité d'aotion, à lutter pour imposer un gouvernement ouvrier et paysan, émanant du peuple et contrôlé par lui.

Rien n'est perdu si l'avant-garde ouvrière sait rompre avec une politique qui a fait faillite et sait apporter aux larges masses un programme d'actiom digne de leur combattivité. Le P. C. L. s'y emploiera inlassablement.

Octobre 1948.

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