Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

La revue › vol. 6, n° 1-2

Le plan Marshall

Pablo · Quatrième Internationale, vol. 6, n° 1-2 · janvier-février 1948 · p. 9-19 · 7 691 mots

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par PABLO

L y a tout d'abord eu une idée Marshall, avant qu'il y ait eu réellement un < plan » Marshall. Ce dernier ne prit forme qu'au fur et à mesure que les événements obligèrent Washington à se dégager de ses tâtonnements empiriques pour définir, au lendemain de cette guerre, une politique étrangère à la hauteur du rôle de première puissance du monde capitaliste conféré aux Etats-Unis par le conflit impérialiste, et des conditions actuelles du monde capitaliste, une stratégie plus cohérente et plus conforme aux intérêts non seulement immédiats mais aussi à longue échéance de l'impérialisme yankee.

L'évolution de la politique américaine entre 1946 et 1948, de Byrnes au « plan Marshall ≥, en passant par la « doctrine Truman », telle qu'elle a été tormulée dans le discours du 12 mars 1947 et appliquée en Grèce et en Turquie, marque son ascension de l'empirisme et de la réaction instinctive à une doctrine politique et militaire reflétant une prise de conscience plus claire et plus sérieuse des données de la réalité internationale par les dirigeants actuels de la classe capitaliste américaine, et de la façon de faire face à cette réalité. La conception du & plan Marshall » telle qu'elle se dégage actuellement, à la veille de sa discussion par le Congrès américain, est basée sur des considérations économiques, politiques et militaires et vise deux buts :

a) Endiguer dans l'immédiat une nouvelle poussée soviétique en soutenant l'édifice capitaliste de l'Europe occidentale, prêt à s'écrouler.

b) Donner à ce soutien un contenu tel qu'il puisse en même temps assurer ce que Truman appelle, dans sa déclaration du 14 janvier 1948, « la prospérité à longue échéance » de l'économie aéricaine. C'est-à-dire, recons-

De I'« idée Marshall »

Avant d'avoir pris forme dans le discours de juin 1947, l'< idée » Marshall a préoccupé ies conseillers les plus avertis des big businessmen américains, inquiets de l'avenir immédiat du capitalisme européen et des répercussions catruire le capitalisme européen délabré sous le contrôle américain qui empêchera un développement autonome des forces productives en Europe capable deconcurrencer l'économie américaine, mais qui, au contraire, assurera à celleci le maximum de débouchés possibles, permettant de maintenir le niveau actuel de production • aux Etats-Unis, d'ajourner l'éclatement de la crise économique et de restreindre l'ampleur de celle-ci, le cas échéant.

Ces buts économiques du « plan Marshall » s'entrelacent avec les visées politiques et militaires proprement dites du plan. Sa réussite comporterait, dans Limmediat, avec la consolidation de la situation économique de Europe occidentale la stabilisation politique des régimes à la solde de l'impérialisme américain, capables de le seconder efficacement dans une perspective plus lointaine au cas d'un conflit avec l'U.R.S.S.

D'autre part, du point de vue proprement militaire, le plan Marshall correspond à l'évolution de la stratégie américaine qui s'oriente de plus en plus vers l'utilisation de sa supériorité en armes atomiques, employées par ses forces navales et aériennes qui opèrent à partir de bases situées en dehors du continent européen et visent à porter immédiatement l'attaque au cœur même de l'U.R.S.S., aux centres vitaux de sa puissance économique et industrielle. De ce point de vue, le « pian Marshall » se cristallise réellement en définitive comme un dépassement de la « doctrine Truman », du moins sous sa forme nrimitive du discours du 12 mars 1947, et de son application en Grèce et en Turquie, vers une conception de polítique plus large et plus concrète. Nous examinerons dans cette étude l'historique de Télaboration du plan Marshall, de ses données concrètes, ainsi que des répercussions possibles sur les perspectives du capitalisme européen. au rapport des Seize tastrophiques que son écroulement aurait à plus longue échéance sur le capitalisme américain lui-même.

En plus des avertissements de Walter Lippmann, nous trouvons, en juin 1947, à la veille du discours de Har-

QUATRIEMEIN vard, dans Fortune, périodique destiné, ainsi que l'indiquent ses éditorinux. aux « boards of directors of American Business », un appel à ces messieurs, les invitant à réfléchir sur les avantages immédiats et à longue échéance que comporterait un « investissement de 100 milliards de dollars › écheionné sur 50 ans à l'étranger, et plus particulièrement en Europe, Fortune s'empresse de souligner que cette somme, relativement minime par rapport aux 341 milliards de dollars que trois années et demie de guerre ont coûtés aux Etats-Unis, serait mise à la disposition des pays ГаПgers non pas naturellement pour des raisons d'a altruisme, mais pour den raisons de politique mondiale et de profit ». Il s'agirait de procéder, sous direction et le contrôle américaine, « la reconstruction du monde à travers reconstruction une conception de paix de businessmen » capable d'assurer une longue prospérité à l'économie américaine et d'endiguer la poussée soviétique. Fortune précisait ainsi son programme : « Réduire les prix (aux Etats-Unis), encourager les prêts, augmenter les importations, envoyer des missions de techniciens américains dans les pays étrangers « afin d'appliquer › la théorie de paix avec profit de businessmen, à travers l'abondance. »

A Harvard, Marshall parla dans un sens analogue. Son discours • historique » contenait les idées suivantes :

a) La reconstruction de l'Europe exigeait plus de temps et d'efforts qu'on le pensait initialement.

b) Les destructions visibles étaient moins importantes que la dislocation organique de l'appareil productif de l'Europe.

c) L'aide américaine était absolument indispensable à la reconstruction européenne.

d) Il ne s'agissait cependant plus de traiter avec chaque nation européenne. séparément, mais il fallait partir de l'Europe, ou d'une partie de l'Europe en tant qu'entité économique.

En ce sens, il faisait appel à la collaboration européenne pour bénéficier de l'aide américaine.

En réalité, l'aide américaine, spécialement à l'Europe, n'a pas cessé depuis le début du conflit impérialiste, s'étant poursuivie tout d'abord sous la forme du • prêt-bail › de guerre et ensuite sous la forme des livraisons de TU.N.R. R.A., de prêts, etc. L'ensemble de cette aide, selon un récent rapport (1), se

(1) * The Impact of Foreign Aid Upon the Domestic Economy • du Council of Economic Advisers. 10

TERNATIONALE monte à 5.908 millions de dollars pour T'année 1945, 5.354 millions pour lannée 1946, 6.768 millions pour l'année 1947. En outre, les Etats-Unis ont investi 3.386 millions de dollars dans la Banque Internationale et dans le Fonds monétaire international, qui, pratiquement, constituent aussi une autre forme d'c aide » aux pays étrangers.

De cette aide la plus grande partie, plus de 1l milliards de dollars, a été accordée, entre 1945 et 1947, aux pays européens. C'est grâce à cette aide que ces pays ont pu assurer, tant bien que mal, le ravitaillement de leurs populations, ainsi que l'approvisionnement en matières premières et en moyens de production de leurs industries.

Mala cette aide a été jusqu'ici livrée sport tandis que M discours de une alde

Houer lécon dre, dans subvenir par besolna

Quoique sha

HOUVI veLl pec arshall a suggéré, dans son

Harvard, de lui substituer planifiée > visant à ren-

Smid européenne et la renproche avenir, capable de elle-même A ses propres la proposition Marpromesse d'une dollars dans les léconomie euroenthousiasme déirant de Rome Londres : Italiens, Français Anglais, s, à cette époque, étant pris tous les trois à la gorge par dollars ». Bevin s'empressa de saisir la la planche de salut tendue par la < généreuse > Amérique et, après première consultation avec les Franorganisa la ‹ Conférence à Trois », eut lieu à Paris à la fin de juin 1947, avec la participation de Molotov, representant Union soviétique. L'entente n'ayant pu se réaliser entre les trois, en ce qui concerne la façon d'envisager et d'utiliser l' « offre Marshall », pour des raisons que nous examinerons à part, Anglais et Français décidèrent le principe d'une conférence européenne incluant tous les pays européens qui accepteraient de participer à la c reconstruction européenne » sous l'égide américaine.

En août 1947 se tint la conférence des seize nations européennes qui représentaient la totalité des pays européens, à l'exception du = glacis > soviétique. Ainsi prenait forme le ‹ bloc occidental », cette fois sous l'égide américaine, les nécessités économiques ayant obligé aussi bien l'impérialisme britannique que l'impérialisme francais à enterrer leur politique initiale qui avait esquissé au lendemain de la guerre la tentative de la création d'un tel bloc, faisant face à la fois à la poussée solement et sans coordination, provodi

Q UATRIEME I N viétique et à l'expansionnisme américain. Sur le pian politique, I'« idée » Marshall achevait déjà une première victoire contre l'U.R.S.S. provoquant d'emblee un regroupement du monde capitaliste derrière le char en or de washington.

Le rapport

Les Seize étaient arrivés tout d'abord, vers la fin d'août 1947, à la conclusion que l'aide américaine pour la période de quatre ans (1948-1951) devait se chiffrer à 29 milliards de dollars.

Ce chiffre a été immédiatement considéré comme excessif par Washington qui conseilla, par la bouche du secrétaire d'Etat R. Lovett de rester « raisonnable et réaliste » et envoya à Paris G. Kennan et Ch. Bonsteel, afin de modérer le tableau de faillite de l'économie européenne dressé par les experts des Seize, et de réduire les dimensions de l'aide demandée. On apprenait que les deux envoyés américains, assistés des ambassadeurs Douglas et Caftery, etaient peu satistaits du premier projet de rapport prepare par les seize et qu'ils avaient formulé à son égard deux critiques principales :

a) Le rapport devait indiquer clairement que les nations européennes, bénéficiaires de l'aide américaine, s'engageaient à subvenir, à partir de 1952, par elles-mêmes. à leurs besoins, sans crédits de dollars supplémentaires.

b) Le rapport ne devait pas être une simple liste des besoins à satisfaire avec des dollars américains, mais refléter phttôt un effort réel de coopération économique effective des seize nations.

Ces critiques furent reprises d'une façon plus nette par le nouvel envoyé américain Clayton qui arriva à Paris au début de septembre 1947, afin de réviser une deuxième fois le rapport des seize, avant que celui-ci soit envoré à Washington. Les Seize ayant déjà admis de réduire les 29 milliards de dollars initialement prévus à 21 milliards, Clayton formula six points de critique dont les principaux concernaient la politique intérieure des Seize et leur coopération, Clayton, a son tour, insista en effet pour que les nations bénéficiaires de l'aide américaine stabilisassent préalablement leurs monnaies et coopérent plus étroitement entre, elles.

En réalité, ces critiques éclairaient deja un aspect du sens de laide americaine. Les businessmen d'outre-Atlantique entendent investir leurs fonds en Europe, sur un terrain fertile, propice aux affaires et au commerce américain,

L'essentiel des travaux de la Conférence des Seize en ce qui concerne l'aspect économique que l'aide américaine devait prendre en considération a été donné par les rapports de ses commissions techniques, rapports que nous allons examiner rapidement. des Seize grâce à la prise préalable d'une série de mesures : a) déflationnistes, enrayantTinflation, et b) antiprotectionnistes, abaissant les barrières douanières et faisant de toute l'Europe occidentale un espace relativement libre à la circulation des marchandises américaines. A la lumière de ces considérations, on comprend toute la série des mesures prises par les gouvernements capitalistes de l'Europe, et principalement par l'Italie, la France et l'Angleterre, en vue de préparer le terrain pour l'adoption du plan Marshall par le congrès et pour son application : accords douaniers de Genève, politique délationniste de de Gasperi et de Schuman, dévaluation de la lire et du franc. Tout cela était déjà impliqué dans le rapport final de la Conférence des Seize.

Ce rapport, publié définitivement dans la dernière semaine de septembre 1947, contient une série de données essentielles concernant le déséquilibre économique actuel du monde capitaliste enropéen et les moyens envisagés pour le surmonter. Il se divise en sept chapitres traitant successivement des questions suivantes :

a) Introduction historique et situation actuelle de l'économie européenne ; b) Le programme de la reconstruction économique européenne ¡e c) L'effort de production à accomplir ; d) L'analyse de la situation financière des pays européens et les moyens à employer pour arriver à la stabilisation monétaire ; e) La coopération économique entre les pays bénéficiaires de l'aide américaine; f) Le programme des importations nécessaires durant la période du plan 1948-1951 ; g) Le problème des paiements, pour arriver, dès 1952, à úne balance de comptes favorable, dispensant l'Europe du recours à de nouveaux crédits américains.

Il est naturellement difficile de procéder à l'analyse critique de l'ensemble de ce rapport. Nous nous contenterons de l'examen de ses points essentiels.

12.

L'introduction historique du rapport la coopération économique mondiale.

degage les causes du déséquilibre économique actuel et de la nécessité impérieuse de l'aide américaine. Il s'agit là d'un point capital dont la compréhension aidera à dégager des perspectivet plus claires en ce qui concerne le plan

Marshall.

A la base de la crise actuelle du capitalisme européen se trouve l'effondrement de l'équilibre économique qui existait avant la guerre. Avant la guerre, l'Europe et les principaux pays qui la avaient une balance commerciale déficonstituent France, Italie, Angleterre, Belgique, Allemagne, Hollande)

citaire, mais une balance de paiements favorable, le déficit commercial étant couvert par les revenus des capitaux à l'étranger et des différents services

(frets, commissions, etc.). Leur « prospérité », comme dit le rapport, dépendait du maintien des conditions suivantes :

a) Un commerce important avec les pays d'outre-mer ; b) Des revenus provenant du bénéfice de leur marine marchande, et de leurs placements à l'étranger ; c) Des échanges de charbon et de produits sidérurgiques et chimiques divers entre les pays entre eux et avec l'Allemagne ; d) La i possibilité de s'approvisionner en machines, en aliments pour les animaux, et en engrais, nécessaires pour maintenir à un niveau élevé une production agricole spécialisée et intensive, tributaire des exportations vers les. autres pays du plan et vers l'Allemagne.

Les effets de la guerre ont bouleversé ces conditions. Le rapport les énumère : destructions matérielles de l'appareil productif résultant de la guerre, des transports, des habitations ; réduction de la fertilité du sol et d'autres ressources naturelles (charbon) ; liquidation des investissements à l'étranger ; dislocation des routes normales du commerce international, disparition du commerce mondial de l'Allemagne, bouleversement économique de vastes régions d'Asie, ascension des Etats-Unis au rôle de source principale d'approvisionnement agricole et industriel des autres pays.

Tout ceci a conduit à un déséquilibre fondamental : mouvement presque à sens unique de biens et de services des Etats-Unis vers l'Europe, accumulation de créances aux Etats-Unis. Le rapport fait état des efforts déveoppés depuis la liquidation de la guerre our surmonter cette situation. Cependant, malgré les progrès enregistrés dans le relèvement de la production et 12 malgré les quelques 7.746 millions de dollars accordés par l'Amérique depuis

1945 jusqu'en août 1947 aux seize pays participants, « il devint évident au printemps de 1947 que l'on allait manquer de dollars, et que l'ensemble du rétablis-

Sement de l'Europe risquait de s'en trouver compromis ».

Sur quelles considérations le rapport se base-t-il pour envisager la possibilité de surmonter cette situation ? Grâce à un effort de production, basé sur le renouvellement et la modernisation de l'appareil productif des pays participants, secondé par les importations américaines en produits agricoles et industriels. Pour que l'Europe occidentale retrouve le niveau économique de 1938, elle doit faire, à partir de son niveau actuel, un effort productif semblable à celui réalisé par les Etats-Unis dans les années de mobilisation 1940-1944, qui ont augmenté la production de charbon de 34 %, de l'acier de 31 %, de [énergie elecinique de 61 %. Les chiffres respectifs prévus par le rapport pour lEurope occidentale sont : 33 %, 60 %,

44 %.

Les ambitions du rapport ne vont pas en ettet plus loin qu'une simple restauration du niveau économique de 1938, si l'on tient compte que les légères augmentations envisagées pour le charbon, l'acier et même la force électrique seront compensées, d'une part, par les nécessités du renouvellement de l'appareil productif européen détruit, usé ou démodé, et, d'autre part, par l'augmentation prévue de 11 % par rapport à 1938 de la population de l'Europe occidentale en 1951. La production agricole, sauf en ce qui concerne le sucre et les pommes de terre en légère augmentation, ne dépassera pas même en 1951 le niveau de 1938, malgré l'augmentation de la-population.

Même prévision en ce qui concerne la flotte marchande.

En ce qui concerne les augmentations prévues de charbon, d'acier et d'énergie électrique, qui doivent dépasser le niveau de 1938 (1), les calculs sont faits modernisation de l'appareil productif de sur la base du reequipement et de la Angleterre, de la France, de la Belgique et de l'Italie, le rapport considerant comme acquis que la production allemande, malgré les importants progrès

(1) 32 millions de tonnes de plus de charbon par rapport à 1938, soit 5,7 0/0, 9,6 millions de tonnes de plus d'acier par rapport à 1938, soit 20 0/0. 2/3 d'augmentation de la capacité de production par rapport à celle de 1938 prévus d'ici la fin de 1951, restera sensiblement inférieure à son niveau d'avant guerre.

Ainsi, la production de charbon en

Angleterre est prévue comme passant de millions de tonnes en 1938 à 249 millions de tonnes en 1951, et en France de 48 à 63 millions. Les chiffres respectifs pour l'acier sont : en Angleterre, de 10,6 à 15 millions de tonnes ; en France, de 6,2 à 12,7.

Le programme de production doit se réaliser selon le rapport grâce aux ressources propres des pays participants, et par des importations massives d'outre-mer.

Le volume des importations envisagées par le rapport reste celui d'une Etats-Unis Reste du continent américain Déficit de territoires dépendants

Total Moins capital possible par la Banque internationale

Total

On arrive ainsi en 1951 à un déficit de 2.800 millions de dollars contre 1.750 de 2800 millione de dollara ennteo 1 750 en 1938. Cependant, même dans ce cas le plus favorable, il faudrait que soient remplies les conditions suivantes * a) Abaissement des prix aux EtatsUnis ; b) restriction aux importations actuelles des Etats-Unis ; c) augmenta tion de la production européenne suivant le rythme et les pourcentages prévus ; d) importations d'autres parties du monde, spécialement de l'Éurope orientale et de l'Asie ; e) exportation accrue vers les Etats-Unis et le continent américain en général, suivant tableau suivant:

(Millions de tonnes) Etats-Unis Reste du continent américain 1948 0,85 1,31 1949 1,11 1,72 1950 1,23 2,14 1951 1,48 2,46

Or les Etats-Unis importent actuellement de l'Europe la moitié environ de ce qu'ils importaient avant la guerre, et il n'y a aucune raison de croire qu'ils vont considérablement augmenter ces importations dans l'avenir.

TERNATIONALE année normale d'avant guerre, avec cette dittérence essentielle : Les importations américaines payables en dollars passent de 40 % dans l'avant-guerre aux deux tiers. On arrive ainsi au point le plus crucial du rapport et du « plan Marshall », celui des paiements, c'est-àdire de la restauration « par d'autres moyens » de l'équilibre économique d'avant guerre, ce qui dispenserait l'Europe de recourir après 1951 à de nouveaux crédits en dollars. Le rapport assume que, dans le cas d'un ensemble de conditions extérieures favorables, le déficit actuel des transactions avec le continent américain, principalement avec les Etats-Unis, peut évoluer de la façon suivante :

(Millions de dollars)

1948 5,64 1,94 7,58 0,46 8,04 0,92 7.12

1949 4,27 1,82 6,09 0,26 6,35 1,89 5,46

1950 1951 Total 3,28 2,62 15,81 1,30 0,91 5,97 4,58 3,53 21,78 0,07 0,13 0,66 4,65 3,40 22,44 0,72 0,60 3,13 3,93 2,80 19,31

L'évolution de l'économie américaine se fait de plus en plus dans un sens qui, non seulement se passe des importations européennes, mais qui en fait le concurrent le plus redoutable de la production européenne sur tous les autres marchés disponibles. Par exemple, comme le remarquait justement Economist de Londres, aucun des principaux produits de l'industrie anglaise ne peut sérieusement intéresser la demande américaine.

D'autre part, en ce qui concerne le marché de l'Amérique latine, pour lequel le rapport des Seize prévoit un accroissement constant des exportations européennes, il ne faut pas oublier que les Etats-Unis ont extraordinairement renforcé leurs propres positions durant et après la guerre dans cette région, et que l'approche de la crise aux Etats-Unis rendra encore plus aigue la nécessité de sauvegarder et d'etendre leur expansion sur ce marché. Ainsi, en réallé, les prévisions optimistes du rapport des Seize, en ce qui concerne le rétablissement de l'équilibre economique entre l'Europe occidentale et le continent américain vers 1951, reEtats-Unis accepteraient de lui, céder posent sur le calcul musoire que les une partie de leur propre marché inté-

13 **#

UATRIEMEIN rieur et du marché latino-américain (sans parler du reste du marché mordial), et ne tiennent aucunement compte non seulement du fait qu'une telle eventualité est peu probable, meme dans le cas d'une évolution normale de l'economie américaine, et devient absolument impossible si l'on part de la perspective de la crise inévitable aux EtatsUnis qui poussera ceux-ci à un expansionisme encore plus brutal sur tensemble du marche mondial.

Nous avons délibérément laissé de côté une série d'autres facteurs qui entrent dans le rapport des Seize, mais qui ne sont pas moins aléatoires. Voici les principaux d'entre eux :

a) Le Rapport mise sur une aide américaine de 22 minards de dollars (après avoir indiqué le chiffre de 29 milliards) et on sait qu'il n'est plus question, même dans le cas le plus favorable, de voir le congrès consentir plus de 17 milliards, soit une réduction de 22 % environ. Dans ces conditions, comment pourront se réaliser les prévisions du rapport en ce qui concerne les niveaux de production et la stabilisation monétaire ?

b) Le rapport mise sur l'abaissement des prix et, en tout cas, sur leur stabilisation aux Etats-Unis, et sur une stabilisation monétaire rapide dans lles pays bénéficiant du plan. Ni l'un ni Vans ne sais chosessitess, ala moiss l'autre ne sont choses sures, au moins dans les délais nécessaires site du plan. Au contraire, l'année 1948 commence aussi bien aux Etats-Unis qu'en Europe avec une nouvelle poussée inflationniste.

c) Le rapport fait naturellement abstraction de la lutte des classes et suppose un climat de « paix sociale » qui lie les ouvriers aux conditions de production favorables pour les capitalistes (Pas de grèves, bloquage des salaires,

Le point de vue

Le rapport des Seize, tout en etant contrôlé par les experts de Washington, exprime le point de vue des capitalistes européens sur la façon d'utiliser les fonds américains pour arriver à restaurer l'économie de l'Europe occidentale, au moins dans ses dimensions et ses possibilités de 1938. Il apparaît, d'autre part, clairement de ce Rapport que les capitalistes britanniques dans une moindre mesure, les capitalistes français comptent prendre la tête de cette réorganisation de l'Europe occidentale, en se taillant la part du lion dans les fonds américains, et en infé11

TERNATIONAL* restrictions alimentaires, augmentation des heures de travail.) Il suffit de mentionner les luttes ouvrières qui ont éclaté en France et en Italie à partir du milieu de 1947 et de dresser leur bilan sur le terrain économique pour mesurer tout le caractère précaire de ces calculs.

d) Le rapport n'envisage pas avant la fin de 1951 l'éclatement de la crise économique aux Etats-Unis qui, naturellement, bouleversera la situation économique et politique mondiale.

Encore une remarque supplémentaire : le rapport ne donne aucune indication concrète sur la question caindication concrète sur la question capitale, à savoir comment, dans le cas hypothétique d'une augmentation de la production selon ses prévisions, assurerait-on les marchés extérieurs nécessaires pour les surplus de cette production, vu la concurrence des Etats-Unis et le bouleversement (admis du reste par le rapport) des voies naturelles du commerce mondial d'avant guerre avec les: pays de l'Europe orientale, de l'Amérique latine et de l'Asie. Avant même l'application du plan Marshall et avant que la production ait atteint les niveaux prévus par le rapport, les exportations de la plupart des pays participants montrent une tendance déclinante du fait de la saturation des marchés disponibles et de l'impossibilité d'en trouver d'autres (2).

Tout le problème est là : il y aurait, malgré tous les obstacles naturels, une perspective de redressement de l'économie européenne s'il y avait une perspective de nouveaux marchés. Mais la guerre a conduit à un changement de structure du monde capitaliste, dominé par la puissance des Etats-Unis, dont le développement détermine Telimination des autres puissances capitalistes du marché mondial, et leur limitation extrême à la portion congrue. de Washington riorisant le plus possible le développement des autres pays européens, spécialement de l'Allemagne.

Les événements qui ont eu lieu depuis la publication du rapport démontrent que Washington envisage cette question d'un autre point de vue. Pour l'Amérique il ne s'agit pas d'une re-

(2) Par exemple, les exportations françaises stagnent depuis le milieu de 1946 et leur partie destinée aux pays à « devises fortes », principalement les Etats Unis, a même fortement décliné. Memes constatations pour les exportations italiennes, belges,, hollandalaes

UA 1 E IMI IN construction désintéressée de l'économie européenne ; il s'agit de relever le capitalisme occidental européen dans la mesure où ce relèvement reste inoffensif pour l'économie américaine, et lui garantit de nouveaux débouchés ainsi oue tous les avantages politiques et militaires jugés par Wall Street indispensables à sa politique mondiale. De ce point de vue, Washingtop se prépare à accorder une aide qui est : a) limitee, pour ne pas risquer de renflouer sérieusement l'economie euro-

Aide

On sait que l'administration américaine a déjà admis le point de vue du leader républicain Vandenberg de réduire la somme de 22 milliards de dollars qui figure dans le rapport des Seize à 17 milliards. Sur la base de ce chiffre, Truman a demandé au Congrès d'aocorder pour les quinze premiers mois de la mise en vigueur du plan Marshall la somme de 6.800 millions de dollars. Mais même cette somme réduite n'est pas encore certaine. Il y a, en elfet, dans une fraction du Congres, une forte tendance à ramener cette aide à 4 millions de dollars pour les douze

Aide dirigée

Washington entend faire de l'écono mie de l'Europe occidentale non pas une économie autonome qui se développe en fonction de ses propres interets, et par conséquent en concurrence à l'économie américaine, mais une économie complémentaire de celle-ci.

Pour parvenir à ce résultat, les dirigeants américains prévoient une série de conditions qui doivent être remplies en échange de l'aide américaine, et dont certaines sont apparues déjà clairement lors des récents accords conclus avec la France et l'Italie à l'occasion de l'octroi de crédits & intérimaires 2 de l'octroi de crédits • intérimaires rendus nécessaires pour faire face la crise économique dans ces pays jusqu'à l'application du plan Marshall. Washington aura droit tout d'abord à un regard direct sur utilisation de l'aide accordée, et pourra a suspendre à toute nation qui ne se conforme pas à ses directives.

Ainsi, la fameuse section 5 de la loi américaine sur Taide « intérimaire » accordée à la France, à la suite du pacte franco-américain pacte er . camery, 4e 2 galier 1848 signé par Bistipule :

SECTION 5. (Paragraphe A). - Les gouvernements bénéficiaires de l'aide

ER NATIONALE péenne ; b) dirigée et contrôlée, pour ne pas provoquer un développement autonome des forces productives européennes capable de concurrencer sa propre économie ; c) favorisant l'Allemagne plutôt que l'Angleterre et la France, afin de tenir plus fermement dans ses mains le contrôle de l'ensemble de d'économie de l'Europe occidentale.

Analysons brièvement ces considérations. limitée premiers mois de l'application du plan, c'est-à-dire à moitié environ du déficit en dollars prevu par le rapport des Seize pour l'année 1948.

D'autre part, le sénateur Taft s'est prononcé pour une réduction à 3 milliards de dollars. Même si le Congrès vote la somme optima demandée par Truman, celle-ci reste considérablement inférieure à celle prévue dans le rapport des Seize et sur laquelle est basée, en définitive, la possibilité (selon le rapport) d'atteindre à la fin de 1951 le niveau économique de 1938. et contrôlée américaine s'engageront à faire un emploi efficace de tout produit fourni...

(Paragraphe C). - Les gouvernements bénéficiaires s'engageront à donner une publicité complète et permanente par tous les moyens possibles (y compris la presse et la radiodiffusion gouvernementales) afin de faire connaître aux consommat urs affectation, la source, la nature et la quantité des produits fournis.

(Paragraphe D). - Les gouvernements bénéficiaires s'engageront à remettre au gouvernement américain tous renseignements relatifs à la méthode de distribution et à l'utilisation des produits.

SECTION 6. - LE PRESIDENT DES ETATS - UNIS METTRA RAPIDE MENT FIN A L'OCTROI D'AIDE A TOUT PAYS CHAQUE FOIS QU'IL SE RENDRA COMPTE QUE CE PAYS NE BESPECTE PAS LES TERMES DE L'ACCORD QU'IL A CONCLU CONFORMEMENT A LA SECTION 5 DE CETTE LOI.

D'autre part, Washington désigne les marchandises avec les quantités qui doivent être obligatoirement achetées aux Etats-Unis, ainsi que les marchandises dont la production ne doit pas être entreprise par les pays bénéficiaires.

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Le cas de l'Allemagne

Dans le cas de l'Allemagne occidentale, où la pénétration économique américaine, exploitant la faiblesse extrême de la bourgeoisie indigène et les difficultés de l'impérialisne britannique, a pris une ampleur plus grande qu'ailleurs, les mesures prises pour relever le niveau de la production allemande et pour remettre en marche son économie vont de pair avec un ensemble de dispositions draconiennes qui ont pour but de diriger et de contrôler le relèvement économique de l'Allemagne, selon les stricts intérêts des big businessmen américains.

Alors qu'avant la guerre l'Allemagne exportait surtout des produits finis, elle exporte maintenant des matières nre-. mières : celles-ci constituent 99 % des exportations en provenance de la zone anglaise (dont 81 % pour le charbon. le bois venant en second lieu). En revanche, alors qu'elle importait surtout des matières premières (67 % du total en 1932), ces importations ne s'élèvent qu'à 17 % en 1946.

Les Anglo-Américains ont adopté une série de mesures qui visent à paralyser toutes les branches de l'industrie allemande capables de concurrencer leur propre production Plus particulière

Les conditions politiques qui accompagnent l'octroi des fonds du « plan Marshall » ne sont ni moins rigides ni moins brutales.

L'éviction des staliniens des postes gouvernementaux de tous les pays benéficiaires de l'« aide » est une préparation à la formation d'un bloc politique et militaire des Seize sous la direction américaine. Celui-ci comporte. rait dans sa réalisation une série de mesures telles que celles déjà énoncées par exemple par Forrestal, ministre de la Défense américaine, qui « espere » que son ministère « serait chargé de coordonner les forces armées des seize pays bénéficiaires du plan Marshall » (déclaration du 15 janvier 1948), et qui n'a pas hésité à ajouter qu'il avait « la

On comprend que, dans ces conditions, la bourgeoisie des pays bénéficlaires et, en premier lieu, les bourgeoises anglaise et trancaise tentent de réagir et considèrent que maintenant le & problème essentiel » consiste « à enlever au prêteur toutes occasions d'ingérence dans les affaires nationales » (éditorial du journal Le Monde, 17 janvier 1948). 16 ment les industries électriques, chimiques et celle des matières colorantes, pour lesquelles le cours actuel du mark par rapport au dollar, arbitrairement déterminé pour chaque produit par les autorités occupantes, interdit toute concurrence possible aux firmes américaines.

La différence entre cette politique, inhérente à toute la conception du « plan Marshall » et le plan Dawes qui, après la première guerre, à permis, grâce aux crédits américains, un relèvement autonome de l'Allemagne forme un contraste frappant.

Un autre exemple de vassalisation économique de l'Europe occidentale inhérente au « plan Marshall » est déjà donné par les suggestions que Padministration et les experts américains ont adressées aux Seize en ce qui concerne la reconstruction de la flotte marchande européenne d'ici la fin de 1951. Washington trouve lobjectif qui figure dans le rapport des Seize trop « ambitieux » et conseille (il imposera lors de l'application du plan Marshall) de recourir, soit à l'achat des liberty ship construits durant la guerre, soit au frét des navires américains. certitude que le général Marshall envisage de demander aux nations européennes l'attribution de bases militaires pour les forces américaines en contrepartie de l'« aide économique ».

Il est vrai que la brutalité de cette seconde déclaration a provoqué un démenti de Marshall, soucieux de ne pas choquer la « souveraineté psychologique (sic) des nations européennes. Cela n'empêchera pas le secrétaire d'Etat de reprendre l'affaire par la voie de la diplomatie secrète classique, à laquelle Walter Lippman, avec insistance, conseille de revenir pour amoindrir les chocs « psychologiques » que provoquent si souvent, depuis un an, les ‹ culottes de peau », les « hommes politiques » et les « diplomates » de l'Amérique de Truman.

C'est dans le cadre de telles préoccupations qu'entrent par exemple le projet d'une nouvelle conférence des Seize avant l'application du plan Marshall et surtout le projet de la création d'une organisation permanente de coopération économique européenne si possible à direction anglo-française.

Il est, au contraire, beaucoup plus all probable qu'un directoire américain cen-

La contre-partie politique de l' « aide »

Les réactions de la bourgeoisie occidentale européenne

La contre-partie politique de l' « aide »

Les réactions de la bourgeoisie occidentale européenne

Q UATRIE ME I N tralisera et contrôlera directement toute l'application du plan Marshall. Et cela même dans le cas où, pour la forme, atın de ne pas trop choquer la souverainere « psycnologique » on interpose un organisme a direction européenne. Les controverses qui ont lieu actuellement au Congrès américain autour de l'administration et de l'application du Plan démontrent clairement que, cette fois-ci, l'Amérique, à l'encontre de ce - qui s'est passé pour les crédits octroyés au lendemain de la première guerre, entend exercer un strict contrôle sur leur emplol.

C'est le résultat d'une évolution fondamentale dans la structure du monde capitaliste, qui a bouleversé de fond en comble son ancien équilibre relatif. Les Etats-Unis ont besoin de tout le marché mondial et tout relèvement réel d'une autre puissance capitaliste précipiterait leur propre crise.

D'autre part, pour les mêmes raisons, c'est-à-dire à cause du développement hypertrophique du capitalisme américain et du rétrécissement consécutif des marchés disponibles aux autres puissances capitalistes, le projet d'une

La bureaucratie soviétique se dresse contre le plan Marshall, en raison des implications economiques, politiques et militaires de celui-ci, qui vont à l'encontre de sa propre politique mondiale, de ses intérêts dans le e glacis », de la sécurité propre de fU.R.S.S. Elle veut empêcher la réussite de ce plan par deux moyens : a) en ordonnant aux partis staliniens des pays capitalistes européens du plan de favoriser une agitation sociale et les luttes revendicatives des masses. Nous avons vu l'application de cette tactique lors des récentes grandes luttes en France et en Italie, et nous assistons actuellement au même développement en Allemagne ; b) en accélérant, par la conclusion de traités et l'élaboration de « plans », l'incorporation économique des différents pays soumis à son influence en Europe dans un circuit aussi fermé que possible à l'influence occidentale et centré sur l'U.R.S.S.

Les staliniens, particulièrement les staliniens français, présentent le « plan Marshall » essentiellement comme un plan « militaire » dirigé « contre l'U.R. S.S. » et concluent qu'en ce qui concerne le rôle assigné par les EtatsUnis à l'Alemagne, il s'agit de faire de celle-ci « un arsenal et une caserne », ses usines ayant « un rôle d'usines de guerre », et les Etats-Unis se préparant à utiliser l'Allemagne toute en-

TERNATIONALE coopération permanente économique des pays capitalistes européens échouéra à cause de leurs antagonismes réciproques, et la lutte plus aiguë que jamais menée par chacun d'eux pour assurer, dans le cadre du plan Marshall, avant tout son relèvement le plus large possible. Ceci s'aperçoit clairement à propos du violent antagonisme qui a éclaté entre Londres et Paris sur la question de la dévaluation du franc.

De toute façon, la situation de la bourgeoisie de l'Europe occidentale est tellent maderies vestiges des soe telle que, malgré #sques que indépendance et malgré toutes les tentatives possibles pour ne pas les abandonner completement, elle ne pourra pas se passer de laide americaine et des conditions imposées par Washington. C'est ce qu'ont déjà compris les « ministres clairvoyants » à la Cripps, Mayer, Bidault, Gasperi, etc., qui, ayant « tiré la leçon de l'évolution économique issue de la guerre » (Le Monde, 17 janvier 1948), se conforment de plus en plus servilement aux exigences yankee tière comme « une base d'opérations contre l'Europe de l'Est » (3). C'est faux. L'évolution de la stratégie américaine, basée sur les armements atomiques et sur la puissance navale et aérienne, n'a aucun intérêt à faire de l'Allemagne un arsenal à la portée immédiate de l'Armée rouge, qui peut, en cas de guerre, l'occuper et l'utiliser dans l'espace de quelques heures. L'intérêt stratég que d'une Allemagne et d'une Europe occidentale en general, relèvée sous le contrôle américain, est avant tout un intérêt économique et politique. Les Etats-Unis misent sur la force de décomposition et de liquidation qu'un bloc des pays relevés grâce à leur aide pourrait exercer sur tout le ‹ glacis » soviétique.

Le plan Marshall s'inscrit, bien sûr, dans la perspective d'une guerre toujours possible avec l'U.R.S.S. ; mais cela passe essentiellement par le détour, absolument nécessa re dans l'immédiat, d'une consolidation d'abord économique, afin d'entrainer ainsi également la consolidation politique de l'Europe capitaliste occidentale.

Une telle réussite pourrait, en cas de guerre avec l'U.R.S.S., procurer aux Etats-Unis moins des bases que les

(3) Le plan allemand de Marshall

Démocratie nouvelle », décembre 1947)-

La bureaucratie soviétique et le plan Marshall

La bureaucratie soviétique et le plan Marshall

Q VATRIE ME IN millions d'hommes armés nécessaires pour appuyer efficacement l'armée américaine, mais que la bourgeoisie européenne occidentale ne peut nullement songer à mobiliser aussi longtemps que ses positions ne sont pas stabilisées.

L'opposition de la bureaucratie soviétique au plan Marshal n'est pas une opposition de principe. Son attitude envers lui changerait si l'impérialisme américain se montrait, à l'étape actuelle, disposé à un compromis.

Pour cette raison, la mobilisation des masses par les staliniens ne vise pas à amener le renversement révolutionnaire du capitalisme dans les pays du plan, mais seulement à exercer sur la bourgeoisie américaine et sur les bourgeoisies nationales en Europe une pression en direction d'un compromis avec la bureaucratie soviétique. Celle-ci sait du reste que la tentative de consommer une supture économique entre l'Ouest et l'Est est impossible. On ne peut pas, en l'espace de quelques années, détourner des courants commerciaux qui ont leurs sources dans une structure déterminée de l'économie eu-

Si, pour des raisons que nous avons amalysées tout au long de cet article, le plan ne peut pas à lui seul restaurer le niveau économique d'avant guerre de l'Europe occidentale, ni l'équilibre économique qui était à la base de ce niveau, et qui a été détruit par les nouveaux rapports économiques issus de la guerre, entre les Etats-Unis et le reste du monde capitaliste, indiscutable reste du monde capitaliste, il exercera cependant une influence sur les développements économiques et politiques immédiats.

Dans la mesure où, même avec des crédits limités entre 15 à 17 milliards de dollars pour la période 1948-1951, les Etats-Unis couvriront les besoins alimentaires immediats des pays europeens et dispenseront ceux-ci de payer par leurs propres ressources les importations américaines, ils supprimeront le caractère aigu et littéralement catastrophique que la détérioration économique en Europe occidentale pouvait prendre.

La bourgeoisie européenne profitera de ce répit pour manœuvrer avec plus d'aisance dans la poursuite d'une offensive à froid contre le niveau de vie des masses prolétariennes et petites-bourgeoises, oftensive facilitée par la poliLaude des netre tes et era intaiteststique des réformistes et des staliniens. blement une réussite partielle de la politique déflationniste suivie par les gouvernements à direction démocrate-chrétienne italien et français. S'abritant der18

TERNATIONALE ropéenne, l'Ouest européen absorbant les surplus de la production essentiellement agricole de l'Est, et celui-ci absorbant une grande partie des surplus de la production industrielle de l'Ouest.

Les exigences du relèvement propre de I'U.R.S.S. l'empêcheront pour longtemps de pouvoir subvenir aux besoins en capitaux et produits industriels des pays du « glacis ». Par conséquent, ceux-ci ont à choisir entre une stagnation dans la misère et une intensification de leurs échanges avec l'Ouest. Celui-ci, du reste, pourra ditticilement faire face à l'exécution du plan Marshall en se passant du commerce avec l'Est. C'est clairement indiqué dans le rapport des Seize.

Ainsi, le développement économique, aussi bien de l'Ouest que de l'Est européen, loin de faciliter la rupture, pousse au contraire à l'intensification des échanges économiques. Ce fait ressort du reste clairement des statistiques du commerce européen en 1947, dont les chiffres sont en progression constante, malgré la rupture diplomatique, sur les chiffres correspondants de 1946. rière des importations américaines vitales qui se trouveront assurées pour une certaine période, la bourgeoisie européenne relèvera avec un rythme plus rapide son économie agricole et tâchera de rééquiper et de moderniser au maximum son appareil industriel.

Cette ambiance économique peut, sur le terrain politique, favoriser la « troisième force », l'alliance entre les socialistes et les partis bourgeois du centre, en face d'un assaut de l'extrême-droite et des mouvements néo-fascistes (R.P.F. en France, mouvements néo-fascistes en Italie).

Sur le terrain international, elle peut exercer une influence dans un sens qui hâterait un compromis entre I'U.R.S.S. et les Etats-Unis, compromis qui apparaîtra de plus en plus nécessaire à la lumière de l'intensification ou de la nécessité de l'intensification des échanges économiques entre l'Ouest et l'Est. Un tel processus n'est pas exclu, dans le cas où n'interviendra pas une autre série de facteurs dont les principaux sont :

a) La résistance des masses à l'offensive contre leur niveau de vie que la bourgeoisie est obligée de poursuivre; cette resistance peut bouleverser fondamentalement le climat de « paix sociale » indispensable à la réussite des plans de la bourgeoisie ; b) L'impasse économique rapidement atteinte, après une période de relève-

Ce qu'on peut attendre du plan

Ce qu'on peut attendre du plan

QUATRIE M E IN ment des forces productives, vu la réduction extrême du marché disponible au commerce des pays européens ; c) L'éclatement de la crise aux EtatsUnis pendant la période 1948-1901.

En ce qui concerne cette dernière éventualité, il ne faut pas oublier que le maintien des exportations américaines au niveau actuel et leur développement si possible jouent un rôle important dans l'effort qui est fait pour ajourner l'éclatement de la crise aux Etats-Unis. D'où un autre effet non moins important du plan Marshall. Truman, dans sa déclaration du 14 janvier, a déja signalé le danger que représente pour la continuité de la « prospérité américaine » le déclin des exportations, déclin inévitable au cas d'un arrêt ou d'une réduction importante des crédits aux pays étrangers. Déjà en 1946, année au cours de laquelle les exportations nettes de biens et de services ont atteint 10 milliards de dollars, soit la

Pour les Etats-Unis

Le plan Marshall n'apporte aucune solution à la crise fondamentale du capitalisme européen, il ne remédie pas a la spirale descendante de l'économie européenne depuis la première guerre mondiale. Au contraire, le plan Marshali, tout en privant l'immédiat du caractère catastrophique que pouvait prendre la situation économique européenne sans l'apport des importations vitales américaines, accentue la vassalisation de l'Europe et la décadence de son économie.

La seule solution qui peut permettre aux forces productives de l'Europe de reprendre leur marche ascendante, c'est une véritable fusion organique de l'économie européenne qui rendrait possible une planification raisonnée au service des masses. Ceci n'est possible que dans le cadre des Etats-Unis Socialistes d'Europe collaborant étroitement avec l'U.R.S.S. régénérée.

Toute les mesures de coopération économique europeenne projetees par la bourgeoisie s'avèrent soit illusoires, soit absolument inefficaces. La façon dont est conçu le rapport des Seize en est une illustration parfaite. Même une union douanière européenne, au cas où Ton pourrait surmonter les antagonismes entre les différentes bourgeoisies nationales, aurait aujourd'hui à lutter contre le désordre des prix et des échanges dans chaque pays participant. l'abaissement des tarifs douaniers n'ayant, par rapport à ces questions, qu'une importance mineure. Le problème fondamental de l'unification devrait avoir, comme disait Trotsky, un

TERNATIONALE moitié du chiffre de 1947, cette somme, quoique faible par rapport au Produit National brut, qui sélève pour la même période à 205 milliards de dollars environ, représentait une fraction relativement importante de l'aderoissement brut du capital privé, évalué à 38 milliards environ de dollars (chiffre annuel) (4). « L'excédent sans cesse croissant des exportations sur les importations est une des causes qui contribuent au maintien de la production américaine a. un niveau tres eleve, a l'emploi presque intégral de la main-d'œuvre et qui empêche la baisse des prix de se produire. » (5)

Les exportations, entre autre, en incluant une très grande partie de produits agricoles vers les pays affamés de l'Europe et du monde, contribuent, en effet, à maintenir la capacité élevée d'achat de la paysannerie américaine qui, à son tour, favorise la capacité d'absorption du marché intérieur américain. Socialistes d'Europe caractère économique, non seulement du point de vue commercial, mais du fait qu'il s'attaquerait aussi à la production. Il serait nécessaire de procéder en planifiant le développement économique européen en fonetion des ressources naturelles en vue d'accroître constamment le bien-être des larges masses. Il serait nécessaire que des barrières artificielles ne séparent plus le fer du charbon, que le système d'électrification se développe indépendamment des frontières, conformément conditions naturelles et économiques, que les voies ferrées de l'Europe soient unies dans un seul réseau, etc. De tels buts dépassent les possibilités de la bourgeoisie.

Au bavardage sur la * coopération et l'unification > économique européenne de politiciens bourgeois qui cachent à peine leur soumission au projet de vassalisation économique et politique de l Europe par l'impérialisme yankee, ainsi qu'au « plan » bureaucratiquement concu et exécuté dans les pays du « glacis » soviétique au profit d'une minorité sociale privilégiée indigène, et aurtout au profit de la bureaucratie soviétique elle-meme, nous opposons planification socialiste par les masses, pour les masses, dans le cadre des Etats-Unis Socialistes d'Europe.

Janvier 1948.

(4) Etudes et conjoncture (Economte Mondiale), n° 13 de juin 194T. Publication de l'Institut National de Statistique de France.

(5) Ibid. p. 14,

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