par SPÉRO
D EPUIS que le « libéral > Sophoulis préside le gouvernement « d'Union nationale » et partage le pouvoir avec les populistes de Tsaldaris, la bourgeoisie grecque se débarrasse dernières apparences « démocratiques ».
Le régime « parlementaire » cache à peine maintenant la dictature sanglante ouvene avec laquelle les capitalistes grees et l'impérialisme yankee s'efforcent de mater la résistance des masS08.
Sophoulis décréta la dissolution des organisations ouvrières révolutionnaires, la fermeture de leur presse, et la peine de mort pour ceux qui déclenchent e. dirigent des grèves. Les prisons, les camps de concentration, les Iles désertiques de déportation sont archi-pleins. Des cours martiales fonctionnent sans arrêt et les pelotons d'exécution exterminent chaque mois quelques centaines d'ouvriers et de paysans grees.
Sur le théâtre des opérations de l'armée mercenaire contre les partisans, des villages entiers sont incendiés et plusieurs de leurs habitants massacrés, en guise de représailles contre la population paysanne qui sympathise avec les < rebelles ». Des milliers de sinistrés,
L'ingérence
L'ingérence américaine provoque d'autres remous. Au lendemain de la formation du gouvernement Markos. la bourgeoisie grecque s'attendait à une riposte énergique de Washington, entre autres à l'envoi de quelaues divisions en Grèce pour assurer la police des frontières nord du pays. Il n'en fut rien.
Washington ne se presse pas de recourir à des solutions extrêmes. Il considère que ses crédits el ses fournitures sont suffisants pour oue l'armée grecque, équipée à l'américaine et aidée dans ses opérations par quelques « conseillers » américains, puisse venir à bout de la résistance des partisans. =
Mais les militaires grecs supportent difficilement la tutelle des envoyés de 28 hommes, femmes, enfants errent traqués à travens le pays dévasté.
- Depuis la formation du gouvernement Markos, la guerre civile en Grèce est entrée dans sa phase la plus aiguë.
La bourgeoisie sent sa base populaire se restreindre de plus en plus et vit dans une atmosphère de panique et de corruption. Et il résulte une tension ac-, crue dans les relations internes entre ses différents groupements politiques, ainsi que dans ses rapports avec son tuteur, l'impérialisme américain. Son impuissance à remettre en marche l'économie du pays e à écraser la e rebellion » est la cause de réactions diverses de la part des ditférents milieux bourgeois.
Certains voudraient une ‹ main plus ferme » pour diriger en se passant com-• plètement du parlement croupion. Des * libéraux » pensent au général Plastiras, des populistes pensent au général Papagos, D'autres, plus e mous », effrayés du mécon entement qui gronde dans les masses populaires contre la tyrannie sanglante qui leur est imposée, et de l'impasse dans laquelle conduit cette politique de répression aveugle voudraient un retour à des formes plus « démocratiques » de gouvernement qui pourraient rallier certaines masses. américaine Washington. Ils les rendent responsables de leurs propres échecs et attribuent à leur présence le « bas moral » de leurs troupes qui ne veulent pas se battre pour une « colonie américaine ».
Des politiciens partagent le mécontentement e: les plaintes des militaires. L'ingérence américaine en Grèce a pris, en effet, une amn'eur qui comprometgravement la position de la bourgeoisie nationale auprès des masses.
Dans. l'espace d'une année environ, depuis l'arrivée en Grèce de la commission Porter, la vie économique du pays passa tout entière sous la coupe américaine. La mission d' « aide » américaine que préside Grisicald exerce le contrôle suprême sur l'économie grecque. La politique financière du gouvernement est
IN dictée par cette mission qui veille donc non seulement sur la disposition des 300 millions de dollars accordés à la Grèce, mais encore sur l'ensemble des mesures
« équilibrer › le budget et « stabiliser » financières du gouvernement pour la monnaie. En même temps, le capital privé américain pénètre profondément, faieant la relève dès autres capitaux étrangers (anglais, français) et grecs.
Les Américains ont déjà monopolisé les communications aériennes intérieures et extérieures du pays, les travaux hydrau- Jiques, l'industrie des produits p'astiques, Ils contrõ ent l'organisation du commerce extérieur, etc.
Cette vassalisation économique de la
Grèce par le capital américain va de pair avec le contrôle plus général politico-militaire que Washington exerce sur le pays. L'ambassade américaine d'Athènes est le siège du véritable pouvoir en Grèce.
Les ministères se forment et se dissolvent dans ses bureaux, qui ont aussi la haute main sur toutes les opérations militaires.
La formation du gouvernement Markos constitue, sur le plan diplomatique, la riposte du Kremlin — dans le cadre de la nouvelle politique inaugurée par "le Kominform - à l'accentuation de l'intervention américaine en Méditerranée orientale, et en particulier en Grèce.
Ce & gouvernement > est solidement entre les mains du parti communiste grec, la presque totalité des « ministres » étant des cadres dirigeants de ce parti. Le ministère de l'Intérieur est même, tenu par Johannidès, personnage qui est généralement considéré comme l'homme du Guépéou dans le parti stalinien.
Mais, en même temps, ce « gouvernemen: ? possède une base populaire réelle qui n'est pas seulement constituée par quelques dizaines de milliers de partisans (30.000 environ) qui agissent un peu partout dans les parties montagneuses du pays, mais aussi par de larges masses paysannes, ouvrières et petitesbourgeoises citadines dont le mécontentement profond contre la politique de misère et de terreur de la bourgeoisie se polarise autour de ce gouvernement.
Il est indiscutable que l'influence du parti communiste qui avait sensiblemen: fléchi immédiatement après la défaite de décembre 1944 et l'accord de
T R NATIONALE
A Athènes fonctionne maintenant un état-major des forces armées terrestres, navales et aériennes américano-grec.
La bourgeo!sie grecque se contente du rôle de Compradore et des margés de profits spéculatifs que lui laisse l'afflux de dollars américains.
Quand ses dissensions intestines et ses groupements contre l'ingérence étrangère atteignent un certain degré, il sufit à M. Griswald de menacer de retirer ses dollars pour que le souffle soit immédiatement coupé aux insatisfaits imprudents.
Il faut, en effet, penser que les partisans attaquen. à 100 kilomètres d'Athè nes et que les ouvriers dans les villes ont osé, malgré la peine de mort décré. tée contre les grévistes, descendre, plus d'une fois encore les dernières semaines, dans la lutte. Ainsi, par exemple, les typographes d'Athènes ont obligé le gouvernement à passer à côcé de leur déf, en qualifiant leur grève de lock-out des patrons. Varkiza, est de nouveau en hausse et profite largement du prestige que la nou. velle guerre des partisans a acquis parmi les masses terriblement opprimées de la Grèce.
Le programme du e gouvernement > de Markos est conçu de façon à s'adapter le mieux aux aspirations de ces couches : Réforme agraire, expropriation des entreprises étrangères et nationalisation des grandes entreprises : tribunaux populaires: comités populaires; libertés démocratiques; protection des minorités nationales ; abolition de la monarchie.
Dans ces conditions les révolutionnaires grecs ont pour tache de combiner la critique de ce mouvement, en tant qu'instrument de la diplomatie soviétique, avec la mise en avant d'une polirique positive, qui comprend une série de mots d'ordre capables d'exploiter l'autodynamisme révolutionnaire du mouvement révolutionnaire des partisans et de la base populaire du gouvernement Markos en général et d'aider ces couches à s'affranchir de la tutelle corruptrice de Moscou.
Ainsi les trotskystes grees déclarent qu'ils sont pour un appui critique de ce gouvernement et mettent l'accent sur des mots d'ordre tels que :
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Que représente Markos ?
Que représente Markos ?
DEMOCRATISATION DE L'ARMEE DES PARTISANS.
TRIBUNAUX DU PEUPLE ET COMITES POPULAIRES ELUS DEMOCRATIQUEMENT PAR LES MASSES.
TOUT LE POUVOIR A CES COMITES DES PARTISANS, PAYSANS ET OUVRIERS.
POUR UNE GRECE SOCIALISTE
Ce qui étonne dans la situation grecque, c'est que, malgré la mise en ligne par la bourgeoisie indigène et l'impérialisme américain, de moyens puissants et malgré l'usure des masses qui luttent contre leurs oppresseurs « natio naux » et étrangers depuis 1941, le réchance de « stabilisation > relative. La gime capitaliste n'a encore aucune guerre civile est plus aigué que jamais et les perspectives de la bourgeoisie des plus sombres.
Malgré l' « aide » américaine, la situation économique n'a fait que des progrès insignifiants par rapport à létat chaotique au lendemain de la « libération › : l'index de la production agricole est à 55 % de 1938, celui de la production industrielle entre 60 et 70 % de 1938. Les revenus des services d'avant guerre (trets, argent envoyé par des Grecs travaillant à l'étranger, etc.) sont dans leur presque totalité définitivemen: perdus, D'autre part, l'exportatlon des produits agricoles (tabac, ralsins, hulle, fruits) qui constituait la partie principale du commerce extérieur d'avant guerre, a énormément baissé à cause de l'affaiblissement de la production agricole et de la pene des marchés. Il en résulte un déficit de la balance commerciale et de la balance des paiements plus grand que jamais et qui ne peut être comblé que par des crédits continuels.
Malgré les impôts et les taxes écrasantes qui pèsen sur les couches laborieuses de la population et malgré toutes les mesures déf ationnistes entreprises par la bourgeoisie, l'inflation a fait de nouveaux bonds : la livre-or a passé de 120.000 drachmes environ au milieu de 1927 à 230.000 drachmes au début de cette année, entraînant une nouvelle hausse correspondance de tous les prix.
L' « aide » américaine, déjà en très grande partię engloutie dans les dépen30
TERNATIONALE DANS UNE FEDDRATION BALKANI QUE SOCIALISTE.
Ils insisent d'autre part sur le fait que seule la liaison du mouvement des partisans avec les ouvriers des villes peut donner une perspective à cette lutte, perspective qui ne saurait être autre que celle de la révolution prolé tarienne socialiste.
La mobilisation du prolétariat doit partir de ces revendications économiques et démocratiques élémentaires. ses militaires improductives, sera complètement épuisée en juin 1948. Washington continuera-t-il à jeter ses doilars dans ce noaveau tonneau des Danaides, ou se retirera-t-il sur quelques bases des iles de la mer Egée et de la Crète ? Dans le cas contraire, Washington serait probablement contraint d'envoyer directement ou sous la couverture de l'O.N.U. des divisions entières en Grèce, les nouvelles offensives de l'armée gouvernementale qui se préparent pour le printemps contre les partisans étant à nouveau condamnées à un échec.
En effet, cette guerre de partisans, bénéficiant du bas moral des troupes gouvernementales, de la sympathie de la population et du terrain montagneux du pays, peut se prolonger au delà de tout caleul de résistance matérielle et humaine du gouvernement d'Athènes. Washington sera tôt ou tard obligé de faire la relève.
Il reste la probabilité d'un compromis entre l'U.R.S.S. et les Exats-Unis qui amènerait automatiquement une nouvelle trahison à la Varkiza des staliniens grecs. Il est significatil a cet égard qu'aucun gouvernement limitrophe n'a reconnu jusqu'ici Markos, et que Moscou maintien: une attitude de stricte neutralité envers ce « gouvernement. » Sur cette question aussi la porte reste ouverte au compromis. Ainsi, en définitive, le drame du peuple grec qui se complique extraordinairment par ses implications internationales, n'a qu'une issue digne des sacrifices innombrables consentis jusqu'ici par les ouvriers et paysans de ce pays : la révolution prolétarienne grecque, dont le sort est lié au sert, dans les prochaines années, de la révolution prolétarienne européenne,
Janvier 1948.