Documents de la IVe Internationale

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La revue › vol. 6, n° 1-2

La ruine de l'économie allemande

E. Germain · Quatrième Internationale, vol. 6, n° 1-2 · janvier-février 1948 · p. 31-41 · 9 471 mots

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L'ALLEMAGNE n'existe plus aujourd'hui en tant que corps national, social, économique ou politique. Ce qui subsiste comme société humaine entre le Rhin et l'Oder,

— ce trone amputé à l'ouest de la Sarre, à l'est de la Silésie et de la Poméranie, au nord-est de la Prusse orientale ainsi que d'une partie de la Prusse occidentale — ne s'appelie pas autrement que « zone d'occupation ». Les Anglo-Saxons ont donné à leur zone un nom de monstre digne de leur Etat : celui de Bizonia. Les Rueses se sont abstenus jusqu'ici de tout acte de baptême. Mais leur « zone d'occupation » apparait à tel point une vaste entreprise d'exploitation des richesses nationales et de la force de travail au profit exclusif des occupants, que le terme « S. A. G. (Sowjetische Aktiengesellschaft, société par actions soviétiques) qui désigne, du point de vue formel, seulement les wines saisies et gérées par les Russes

Afin de saisir dans ses contours exacts la réalité allemande d'aujourd'hui, il est indispensable de partir de deux considérations préaiables : d'une part, celle qui concerne les destructions résultant des opérations militaires proprement dites, et qui établit qu'au moment de Parmistice, lee terribles destructions résultant des opérations militaires avaient laissé intacts au moins 65 0/0 et peutêtre jusqu'à 80 0/0 du potentiel industriel de l'Allemagne. D'autre part, il aut considerer que la politique voulue et appliquée de manière conséquente (du « plan Morgenthau » aux accords de Postdam) par les vainqueurs a été celle de la destruction partielle de ce potentiel, de la transformation amorcée du peuple allemand en un « peuple de pâtres », et de l'élimination définitive de sa puissance industrielle. Si aujourd'hui, aussi bien du côté anglo-saxon que du côté russe, des plans sont elaborés en vue de la reprise industrielle et de l'augmentation du potentiel de production, cela n'exprime que l'impasse dans laquelle les vainqueurs ont été conduits par leur propre politique. La ruine de l'économie allemande est aujourd'hui en premier lieu le résultat de l'occupation du pays, de son démembrement, des réparations et des démantèlements appliqués systématiquement sur son territoire, et de l'effondrement complet de s'applique admirablement à l'ensemble add la zone orientale. « Bizonia » et

S. A. G. », volla ce qui remplit le vide laissé au cœur de l'Europe par 'effondrement de l'impérialisme allemand et par l'impuissance du prolétariat à prendre sa succession contre un monde d'ennemis coalisés. Ces noms désignent des entités économiques, bien sûr. Mais ces entités ne représentent pas quelque chose de nouveau au sens immédiat du mot. Elles représentent des phénomènes, des états de décomposition dune societe, projetee en quelques années de temps d'un haut niveau de civilisation matérielle à ceul de désintégration de tous les éléments de civilisation tout court. « Bizonia » et « S. A. G. » sont aujourd'hui une excellente matière pour l'étude sur le vif de la signification matérielle du terme « barbarie ». Nous nous proposons d'en dresser l'inventaire et d'en entamer le diagnostic sur le plan économique. sa structure économique qui en résulte.

Il est évident qu'en constatant cela, nous ne voulons pas le moins du monde diminuer la responsabilité du nazisme dans la chute de l'Allemagne. L'économie nazie est apparue des le début comme une g-gan esque hypothéque sur l'avenir du pays, hypothèque dont les Impérialistes espéraient éloigner l'échéance fatale par des conquêtes et des pillages successifs. Il n'en reste pas moins vrai qu'au moment où Hitler s'effondra, " y avait surfisamment de « substance » en Allemagne - suffisamment de force de travail, de rionesses du sous 5o, de stocks de matières premieres, de potentiel industriel, agricole et humain, de biens de consommation durables accumulés depuis des générations — pour permettre à la qualification ouvrière et au génie technique du peuple allemand de reiever le pays rapidement de ses ruines. L'évolution que nous avons connue cependant n'était pas celle d'une reconstruction plus ou moins rapide, mais bien celle d'une évolution rébrograde : ce qui subsistait en Alemagne comme richesses réelles et potentieiles, au moment de l'armistice, a été dans une grande mesure soit détruit, soit aliéné au pays, soit dévoré au cours même du processus de production.

I. LA STRUCTURE BRISEE

I. LA STRUCTURE BRISEE

M E

R

IN T

E

La substance détruite

L'Allemagne a perdu au cours de la guerre, en morte, et indirectement par suite de la guerre (diminution du taux de la natalité et augmentation du taux de la mortalité entre 1930 et 1947) 8.9 millions d'êtres humains. Cependant, sa population s'est accrue depuis la fin des hostilités, grâce à l'arrivée de pas moins de 10,4 millions de réfugiés, en grande partie exoulsés des nrovinces annexées par la Pologne et I'U.R.S.S., de la Tchécoslovaqnie, de l'Alsace-Lorrains et des pays balkaniques. A ce chiffre" doit s'ajouter encore celui des prisonniers de guerre non rentrée, dont le nomhre sembie déparser largement les 2 millions. I est à noter que cette population plus nombreuse est maintenant comprimée sur un territoire diminué de près de 25 % par rapport à l'Allemagne de Versailles.

Or, ces chiffres cachent en réalité une perle de substance humaine extrèmement grave. D'abord : la balance entre la ponulation masculine et la population féminine a été entièrement bouleversée, il y a aujourd'hui en Allemagne 7.28 millions de femmes de nla mue rante, de l'entretien des camps des personnes déplacées, ete. (3 à 5 milliards de RM), c'est-à-dire, au total quelaue à 13 milliards, soit de 20 à 25 0/0 du produit social. En d'autres termes, le revenu national brut — auquel on ne retranche ni la somme nécersaire pour le maintien du capital ni le paiement des dettes, ete. - représente seulement , quelque 25 milliards de RM (an prix d'avant-guerre) par rapport aux 65 mllliards de RM en 1939. L'économie allemande rapporte aujourd'hui un tiers seulement de son revenu d'avantguerre (3).

Mais ce n'est pas tout. Aux pertes esquissées plus haut, il faut ajouter la destruction de substance qui s'ensuit eous forme de réparations en capital définitivement enlevé à l'Allemagne. Les estimations à ce sujet sont plus difficiles. Au cours de l'année 1946 fut réglé dans les zones d'occupation occidentales le sort de la flotte marchande allemande (686.343 tonnes répartles entre 14 pavs). Leg Alliés « necidentaux » saisirent plusleurs milliers de tonnes de brevets, s'ouvrant ainsi « avec tonnes do hravate une fausse cief les trésors du génie technique allemand » (4), dont la valeur est estimée à 3 ou 4 milliarde de dollars. Alors que les impérlalistes anglosaxons saisirent tous les avoirs allemands dans les pava alliés et neutres, la bureaucratie roviétique s'empara de tous les biens allemands en Bulgarie, en Roumanie, en Hongrie et en Finlande, ainsi qu'en Autriche orientale, biens dont la valeur totale est imnossible à estimer, à des milliards de RM près Véralement parce qu'une portie importante de ces biens est d'origine récente et a été extorquée par le grand capital allemand durant la guerre) Enfin. au 1" janvier 1947, on estimait la valeur des démantèlements opérés en zone occidentale à 300 millions de dolJans et de conx opérés en zone nientale à 4 milliards de dollars. Depuis lors. les démantèlements ne se sont pas arrêtés en zone d'occupation soviétique, (le « Nieuwe Rotterdamsche Courant » đu 19/6/47 estime à 70 0/0 du potentiel industriel allemand de cette zone la somme totale des démantèlements soviétiques jusou'à ce moment), ni en zone occidentale où l'on annonça le démantelement « final » de 682 usinen ayant une valeur totale de 1 milliard de dollare. On voit queiles dimensions fantastiques prend ainsi la destruction de substance après la fin des hostilités. Et sur tout l'avenir de l'Allemagne pèse l'hypothèque de la créance de 10 milliards de réparations à enlever à la production courante, que TURSS. a -avancée.

(3) Chiffres reproduits par la Neue Zürcher Zeitung, 30 décembre 1947,

(4) Die Tat, de Zürich, 9 avril 1947.

d'hommes

(55,5 0/0

D'autre part. le tiers bles de travailler (de

Il en résulte paru.

imes de nills oue

0/0).

contre 44.5 des hommes cana- à 60 ans) a disnerte absolue une de force de travail évidente, à laquelle vient d'ailleur s'ajouter une perte relative plus grave encore (1). De toute laçon, le pourcentage de ceux qui exercent une protession est tomhé à quelque 37 0/0 en movenne, malgré le grand nombre de réfugiés qui se pressent de toutes parts.

Les pertes matérielles totales par suite de la guerre, du pillage et de l'enlèvement du butin de guerre de l'enlèvement à l'économie allemande des richergns des nrovinces amoutées. ont été estimées à 310 milliards de reichsmarks (aux prix d'avant-guerre) nar l' « Institut fir Wirtschsftsforching » (2), c'est-à-dire à 50 0/0 de la richesse nationale allemande de 1938, On ne peut se faire cependant une idée exacte des pertes effectives que si on les considère non en fonction de la richesse nationale, mais du revenu natlonal. La produit social annuel est estimé par la même source à 32 milliards de reichsmarks. (en prix d'avant-guerre), soit un peu moins de 50 0/0 de celui de 1939. Cela représente environ 50 milliards de reichsmarks an niveau des nrix officiels actuels. Pour estimer le revenu national, il faut enlever à cette somme les frais d'occupation (6,6 milliards RM), de l'utilisation par les occupante de biens et services (1,4 milliards RM), des réparations de la production cou-

(1) Chiffres cités par la Neue Zürcher Zeitung du 29 novembre 1947,

(2) Neue Zürcher Zeitung, 12 nov, 1947, 32

Q

R

I

ME

IN

La substance aliénée

Non seulement tante de la richesse une partie impornationale allemande allemande. Nous avons déjà Indiqué que plus des 2/3 du potentiel indusuriel de cette zone ont été demantelés et transportés en Russie. Un tiers du potentiel subsistant a été saisi sur place par les autorités d'occupation soviétiques et déclaré « propriété soviétique *. L'ensemble de ces usines constitue maintenant des « Sociétés par actions soviétiques ». S. A. G.

Ces « S. A. G. », groupés dans onze trusts, dominent plusieurs secteurs clefs de l'industrie qui subsiste encore dans la zone d'occupation. Les pius grandes usines et celles qui ont été le moins détruites ont été reprises ainsi par les Russes, notamment des usines bien connues telies la Leuna (essence synthétique), la Buna (caoutchoue synthétique), 1A. E. G. et la Siemens à

Berlin (appareils électriques), l'Agfa, etc. Le poids de ces « S. A. G. », dans la production totale de la zone d'occupation soviétique, a été indiqué comme suit : Huiles et essences minérales : 77 % de la production totale ;

Caoutchouc et amiante : 63.7 % :

Mines, à l'exception du charbon

50,6 % ;

Appareils électriques : 45 % :

Aucos, bicyclettes, etc. : 45 % :

Industrie chimique : 43 % :

Construction mécanique lourde : 42,6 % ;

Construction légère : 40,8 % ;

Mines de charbon : 31,9 % :

Métallurgie : 31,2 %, ete.

(« Neu: Zürcher Zeitung », 19 novembre 194i.)

Ces usines ne sont pas seulement aliénées au potentiel industriel allemand, mais, à partir de juillet 1947, les administrations centraies allemandes ne sont même plus informées du montant de leur production, des vicissitudes de leur gestion, ete. Tout est déterminé directement par Moseou. Ajoutons que rectement 74 entreprises, déciarées d'abord propriétés soviétique, ont été rendues, par un ordre du maréchal Sokolovsky du 24 janvier 1947, aux gouvernements des « Länder » de la zone d'occupation. Mais il s'agit là, comme " 4.n.i mais sage l comme l fallait s'y anna. dentreprises non-rentables, atlend.e. dentreprises dont les autorités allemandes sont forcées maintenant de continuer la production - dans des buts de réparation — pure perte à couvrir par Ténon " pure perte, a couvrir par l'économie allemande elle-même. Queiquesmieallemande elle-mâmal unes de ces entreprises ainsi rendues ont d'ailleurs été plus tard démantelées et transportées en Russie.

L'ensemble de cette opération a été l'occasion, pour les autorités d'occupation russes, d'une gigantesque esproquerie, én tous points pareille à celle que les puissances d'occupation capitalistes exécutent dans leurs zones. D'une part, les usines déclarées « propriété soviétique » sont considérées comme livraison de réparation, mais leur valeur totale, estimée par estimee par les sources allemanles soureee Homon est dénnitivement perdue pour l'économie alemande, mais une craccion non né gligeable de ce qui lui reste a été aliénée, c'est-à-dire est utilisée par les puissances d'occupacion comp.èlement partieilement dans leur propre intérêt exclusif.

Laus les zones d'occupation occidentaies, ce phénomène d'aliénation de la prend une tripie lorme. En premier lieu, le capital privé anglosaxon, surout américain, s'est acquis des participations sinon des droits de propriété exelusifs sur certaines installations induscrielles qui continuent à produire et lui rapportent des p.ofits. Les informations a ce sujet sont extrêmement vagues (et pour cause !), mais un article de la « Basler Nationalzeitung », du 9 avril 1947, cite le Wall Street Journal du 24 août 1946, selon lequal, vers mi-1946, 358 entreprises situées dans les zones anglaise et américaine seraient vendues au capital privé américain: Il s'agirait surcout d'entrep.ises de produits chimiques, de couleurs, de produits pharmaceutiques, d'instruments chirurgicaux et d'appareils photographiques. En second lieu, les alliés « occidentaux » appliquent une politique d'exportations « forcées », obligeant l'Allemogne à exporter certains produits dont l'économie du pays elie-meme a grandement besoin, en payant avec des marks, sans valeur sur le marché mondial. Cette politique est surtout appliquée par les autorités francaises dans leur zone d'occupation, ainsi que par les autorités anglo-américaines pour le charbon et le bois. En troisieme neu, les puissances a occupution occidentales organisent querie sur une vaste échelle le taux d'échange du mark ment à des taux diffé.ents que opération, que une escroen fixant arbitralrepour chapour les réparations.

chester Guardian », cite l'exemple d'une

Werka Parbonl

Werke Borbeck ment toil

Ainsi, du 21 usine, le « Manmai 1947,

Hüttencommencement était inscrite sur la liste des démantelements comme représentant une valeur de 120 millions RM de réparation et dont la valeur est estimée sur la dernière liste de réparations à 9,2 millions de RM seulement ! L'ensemble de ces opérations peut difficilement être caracté isé autrement que comme détournement pur et simple.

C'est cependant la zone d'occupation soviétique qui a vu le développement le plus ample de ces opérations courantes d'aliénation de la richesse nationale réaliser des bénéfices énormes en saice qui leur permet de gnant à blanc l'économie allemande déjà épuisée. Ces procédés ont cours, non seulement pour les exportations — où ils reviennent à payer en échange des produits exportés des prix de loin inférieurs à ceux qui infarianira sont en cours au marché mondial mais également réaliser des bénéfices énormes en saià blanc l'économie allemande déjà épuisée. Ces procédés ont cours, non seulement pour les exportations — où ils reviennent à payer en échange des produits exportés des prix de loin sont en cours au », qui au substance

Q U AT RI EM E des à au moins 3 milliards de RM, est estimée à une fraction de moins de 50 % de ce chiffre par les Russes. D'autre part, les Russes ne saisirent que Vactif des usines expropriées, tandis que le passif - en premier lieu les dettes → restent à couvrir par les anciens propriétaires (ou par les « Länder » allemands). Il est difficile d'imaginer un système de rapine plus cynique.

Ce n'est pas encore tout. Après avoir exproprié, les Russes se mettent maintenant à acheter, avec les mêmes fameux « marks sans valeur » que dénonçait Molotov à la Conférence de Londres, des usines privées allemandes, des pâtés de maisons, des immeubies pour bureaux et même jusqu'à des terrains vagues (5). Puis, l'ensemble du secteur

RNATIONALE nationalisé dans la zone russe, qui couvre un second tiers du potentiel industriel qui subsiste et qui comporte quelque 10.000 entreprises, secteur aujour d'hui hautement cartellisé et centralisé sous la direction des dirigeants d'Etat staliniens, travaille presque exclusivement pour les livraisons de réparations aux Russes, 90 0/0 de la production couranle allant en Russie directement ou indirectement (soit sous forme de lvraisons aux * S. A. G. », soit sous forme d'exportations en échange desquelles des produits importés sont livrés aux Russeg (6). C'est ainsi qu'on peut se former une idée de l'entreprise d'aliénation du patrimoine et de la production allemande que constitue l'ensemble de l'organisation de la zone d'oceupation russe en Allemagne !

La substance engloutie

Plus grave que la destruction et que l'aliénation de substance est cependant le résultat de l'ensemble des conditions qui façonnent aujourd'hui la vie économique en Allemagne. L'Allemagne ellemême vit aujourd hui de sa substance. La production dévore plus de valeurs réelles qu'elle n'en rapporte. Tout comme lindividu est forcé de liquider ses dernier biens réels — vêtements, appareils électriques, objets de ménage, petits bijoux, ete. — pour s'acheter de quoi subsister, ainsi l'économie allemande prise comme un tout, afin de maintenir le peuple au niveau de demi-famine auquel il végète actuellement, liquide ses stocks, ses derniers fonds de matières premières et de produits mi-finis, et épuise ses richesses naturelles et sa force de travail. Du point de vue de la valeur. l'Allemagne est engagée dans un vaste cycle de reproduction rétrécie. Ce processus se manifeste ainsi dans les différents domaines. différents domaines :

a) La production dévore de plus en plus les richesses du sol qu: s'appauvrit. Les coupes impitoyables des forêts dans la zone occidentale a déjà diminué la superficie boisée de 10 à 15 0/0 et risque de provoquer dans quelques années un déboisement massif de l'Alie-

Superficie 1938 Blé 1.855.000 Pommes de terre 439.000

.... Betteraves sucrières .. 115,000 Cultures oléagineuses.

(5) Neue Zeitung. de Berlin (licence américa'ne): 18 octobre 1947.

(6) La Neue Zeitung, 29 novembre 1947. cite les déclarations d'un haut fonctionnaire de la zone d'occupation rusre, M. Orlopp. Interrogé après la conclusion du nouvel accord d'échanges bizonaux, sur d'éventuelles utilisations des produits importés de la « bizone » sous forme de réparations, M. Orlopp répond't « que les marchandises reçues seraient transformées dans la zone (russe) ». Mais il ne niait pas que les produite ainsi transformés pouvalent être utiJisés ensuite comme livraison de réparation, C'est-A-dire que la zone ne l'vrerait pas seulement sea produits, mais encore force de travall... 34 magne occidentale et centrale, avec tou tes les conséquences catastrophiques que cela entrainerait du point de vue agricole et climatologique. Plus grave que le déboisement est l'épuisement du sol par suite d'un approvisionnement insuffisant en engrais chimiques (en 1946, la zone britannique reçut 20 à 25.000 tonnes de produits azotés contre des besoins moyens de 150.000 tonnes pour une année d'avant guerre 1) (7). Il en résulte une diminution désastreuse du rendement par hectare. Cette diminution est la suivante dans la zone d'occupation russe :

Rapport par heclare

(en milliers

Céréales

Légumes verts

Pommes de terre ..

Betterav. sucrières

Colza

....

de tonnes)

En 1938

En 1946

47 0

26.8

38.4

22,0

360,0

238,0

582,0

328,0

40,4

13,2

(« Manchester Guardian », 4 juin 1947.)

Quant aux zones occidentales. dea chiffres globaux nous sont inconnus, mais la diminution du rendement se iaisse facilement calculer si l'on compare, pour la zone britannique, production • totale et superficie totale emblavée :

Emblavée Production totale (en hec.ares) (en mill. de tonnes)

1946 1938 1946 2.115.000 100 50 480.000 8,4 5,8 101.000 100 65

(7) La situation de l'industrie des engrais azotés, caractéristique de la désagrégation de l'économie allemande, est la sulvante. Avant la guerre. l'Allemagne était le premier producteur de produits azotés du monde. Son potentiel de production se montalt à 1.6 million de tonnes par an. Elle consommait annuellement quelque 600.000 tonnes pour ann agriculture hautement rationalisée.

Auiourd hui. le Dotentiel est tombé à 400.000 tonnes par an. par suite de la perte des provinces orientales, des destructions et des démantèlements d'usines. La production s'élève à peine à 120.000 tonnes et est ainsi incapable de couvrir 25 % des besoins de l'agriculture.

13,100

45.000

(« Rhein-Echo », organe social démocrate de Dusseldorf, 10 mai 1947.)

(« Rhein-Echo », organe social démocrate de Dusseldorf, 10 mai 1947.)

b) La production dévore de plus en" plus de matières premières par unité produite ; en d'autres termes, le gaspillage de valeur, compte tenu du niveau technique moyen sur le marché mondial, est énorme. Cela provient du vieil lissement de l'outillage, du manque de réparations, de la diminution de lattention et de la qualification ouvrière. Ainsi, pour le charbon, la consommation des chemins de fer est passée de 6,8 millione de tonnes en 1938 à plus de 9 millions de tonnes pour 1947 (8). Les mines de charbon absorbent pour leur propre fonctionnement 20 0/0 de leur propre production au lieu des 8 0/0 d'avant la guerre. La consommation moyenne de charbon par unité de production industrielle est estimée à 150 et même 180 0/0 de celle d'avant la guerre par le chef de la Commission de statistiques et de planification auprès du Conseil économique des zones occidentales, le docteur Günther Keiser (9). c) La production dévore de plus en plus la force de travail qui ne se recouvre pas, par suite d'une alimentation tout à fait insuffisante. Aiors que le minimum de nourriture nécessaire à une population industrielle est estimé 2.700 calories par jour, la ration officielle moyenne en Allemagne ne s'est pas élevée à plus de 1.050 calories par jour et encore s'agit-ll là d'une ration « théorique », la quantité de produite alimentaires effectivement distribuée étant sensiblement inférieure à ce niveau. Il est par conséquent logique que la productivité se trouve en forte baisse, fois par la maladie qui santé de l'ouvrier et par la nécesité dans laquelle il se trouve d'aller chercher de maigres suppléments de nourriture par de longues et fatiguantes randonnées à la campagne. En fin 1946, « The Economist » (7 décembre 1946) estima le rendement individuel dans la zone britannique en moyenne à 33 0/0 seulement de celui de 1936, avec 61 0/0 pour les forestiers, 55 % dans l'industrie textile, 48 0/0 pour les mineurs, 42 0/0 dans L'industrie du papier et 27 0/0 dans l'industrie métallurgique. Encore faut-il tenir compte du fait que l'effort physique ne se laisse pas mesurer directement à l'aide de ces chiffres, étant donné que L A structure brisée de l'économie allemande a les répercussions les plus violentes et les plus décisives sur le système compliqué et délicat d'échanges à travers lequel l'économle allemande hautement rationalisée était incorporée dans l'économie européenne et dans le marché mondial. La politique de pillage des Alliés bouleverse de fond en comble la place de l'Allemagne dans le commerce international; de pays important des matières premières et exportant des produits finis, elle se transforme en un pays

TERNATIONALE le rendement des machines, tout en ayant diminué également, n'a pourtant pas décliné au même : taux que celui de la force de travail humaine proprement dit. On est plus près de l'état catastrophique de la santé du prolétariat allemand, quand on apprend le calcul fait récemment par les syndicats allemands, selon lequel 1 metre cube de l'effort de deux maçons et d'un manœumaçonnerie exigealt avant la guerre vre, alors que maintenant il faudrait le travail de six maçons et de douze manœuvres pour le réaliser dans le même laps de temps ! (10) C'est ainsi que s'explique le fait qu'avec une population accrue et une production ne se montant a peine a 4u % du niveau davant guerre, l'Allemagne connait une veritable crise de main-d'œuvre, tres algue dans quelques secteurs-clefs de l'industrie (charbon, acier). d) La production dévore la valeur du capital. Du point de vue capitaliste, toute la production actuelle n'est pas rentable et chaque opération légale de la part d'un fabricant se chiffre par des pertes. En échange de ses marchandises, il reçoit un prix dérisoire, mais soigneusement fixé, en marks-papier, avec lesquels il ne peut acheter ni les matières premières ni les produits auxiliaires nécessaires pour reprendre la production au même point, sans parler de l'amortissement de son capital fixe. C'est pourquoi les pertes que le capitaliste souffre en laissant son potentiel non utilisé sont moindres que celles qu'il souffrirait en liquidant ses derniers stocks de matières premières. Cet état de fait constitue, dans les zones occidentales, un des freins essentiels à une reprise économique plus vigoureuse et est une manifestation très nette de l'incompatibilité de cette neprise avec le maintien du régime capitaliste.

L'ensemble de ce processus peut être caractérisé ainsi : à mesure que la production continue à se développer dans les cadres actuels, les moyens de production disparaissent dans la consommation improductive, et les moyens de consommation durables sont constamment échangés pour des moyens de consommation non durables. Cela est, par définition même, le cycle de la reproduction rétrécie. exportant des matières premières pour paver ses importations de vivres. La division du pays en quatre zones d'occupation soumises à des orientations économiques différentes - compte tenu de l'un fication économioue de la zone britannique et américaine - désax: complètement la production nationale et soumet les zones occidentales au bon plaisir des impérialismes anglo-

(x) Manchester Guardian. 26 nov. 1947.

(9) Neue Zäircher Zeihna. 29 nov. 1947.

(10) Neue Zürcher Zeitung, 6 nov 1947-

II. LE CHAOS DES ECHANGES

II. LE CHAOS DES ECHANGES

N saxons capables de mater la population par un odieux chantage à la faim. Enfin, l'inflation qui ronge une économie se vidant de sa substance bouleverse entièrement la circulation intérieure

La circulation fiduciaire est passée en Allemagne de 3,5 milliards de RM en 1932 à 11 milliards en octobre 1939 et à 75 milliards en mai 1945. En même temps que la quantité de monnaie en circulation s'est multipliée par sept, la quantité de marchandises en circulation tombe à une fraction d'un tiers ou moins. De ces données très simples résulte une image approximative de l'origine de l'inflation. En même temps, les dettes du Reich se montent à quelque 400 milliards de RM et les dommages de guerre privés à quelque 200 millards (11). On comprend que le seul service d'intérêt de cette dette serait un poids absolument insupportable pour toute économie saine, sans parler pour l'économie allemande Aggran pour l'économie allemande désaxée.

Cependant, en même temps que la monnaie a presque complètement perdu sa valeur, l'Etat a essayé de maintenir et même d'élargir un système de réglementation des plus sévères. Il n'y aucun produit pour lequel le prix rationné et les modalités d'acquisition ne sont pas fixés de la façon la plus rigoureuse. Au milieu da l'inflation la plus illimitée, l'Etat s'est efforcé de simuler la stabilisation la plus rigoureuse. Celle-ci reste effective, dans une très grande mesure, pour les salaires des ouvriers et pour les revenus des petits rentiers et épargnants réduits à la ruine totale. Elle reste « effective » aussi pour les prix, dans la mesure où des marchandises s'offrent encore sur ce marché légal. Son effet le plus immédiat a été précisément de chasser ces marchandises de ce marché. C'està-dire que, tout en étant une condition de désagrément pour les capitalistes, elle est la source de la plus grande misère du prolétariat, de sa réduction à l'état de semi-Lumpen affamé.

Depuis le début de l'occupation, la masse des moyens de paiement a été de nouveau sensiblement élevée par l'impression de billets de banque par les autorités d'occupation, dont la comme totale est évaluée à 15 milliards de RM (12). En même temps, les autorités allemandes se sont efforcées de diminuer la masse du pouvoir d'achat en introduisant un système d'impôt qui est le plus lourd du monde Au printemps de 1916, les impôts indirects furent augmentés de 50 %, les Impôts sur impots marrects tules revenus de 35 %, sur les traitements de 25 %, etc. (13). Une nouvelle expansion du volume des moyens de paiement a été ainsi évitée. Pour les été sinai pitalistes, cependant, ces nouveaux imcapôts signifient l'élimination quasi complète de leurs profits au delà d'un niveau relativement modeste. On pave 95 % d'impôts pour un revenu supé-

TERNATIONALE des marchandises, brise le marché, impulse une tendance prononcée à un retour à des îlots d'économie naturelle et rend impossible toute large reprise. rieur à 60.000 RM, Mais alors que l'ouvrier ne peut pas aller vendre sa force de travail au marché noir et reste ainsi la grande victime de l'inflation, le capitaliste a fac.lement trouvé le moyen de détourner cette réglementation désastreuse. C'est ainsi que sont nés les « trois marchés allemands › qui subsistent aujourd'hui paisiblement l'un à côté de l'autre.

Les conditions du premier marché, le marché officiel, sont les suivantes l'ouvrier y touche son salaire et y ache te ses 1.550 calories par jour, s'il les reçoit ! L'approvisionnement en moyens de consommation est tel que le consommateur a la chance de recevoir une chaise ou, s'il est né sous une bonne étoile, une table au cas où il est bombardements ! ché exactement produits textiles espérer s'acheter sept ans. Quant celles-ci ne sont la disposition du par an, bien entendu réfugié ou victime de Il achète sur ce mar56 grammes (!) de par mois, et il peut une assiette tous les aux brosses à dents, plus du tout mises à consommateur « officiel » (14), Le capitaliste, lui, vend ses produits à perte sur ce marché, du moins pour beaucoup de produits. Ses revenus y sont implacablement écumés par le fise.

A côté de ce premier marché, dans lequel passe tout au plus la moitié de la production industrielle et certainement moins de la moitié de la production agricole, il y a le marché « gris », le marché du troc ou, comme on l'appelle aujourd'hui en Allemagne, « le marché de compensation » (15). Ce marché est alimenté par deux sources différentes : d'une part les paysans refusent de livrer une grande partie de leur production (la Neue Zürcher Zei-

(11) (11) Schwarzwälder Post, 8 février 1947,

(12) New York Herald Tribune. 4 mai 1947.

(13) (13) Dans la zone d'occupation russe, l'augmentation des impôts indirects a surtout porté sur l'impôt sur l'alcool, le fameux « schnaps », dont Engels disait qu'il est à la base de la puissance de Rismarck, ce qui lui valut la haine de la police prussienne durant plus de trois décades, somme énorme de 211 marks est mainte- La nant perçue par le fise pour chaque litre d'alcool. Le tuent près

« Laender »

Tald Tribune les autorités par le tec pour chaque litre total de ces rentrées constide 40 % des revenus des de cette zone (New York He- nOV. 1947), ce qui Incite staliniennes à détourner systématiquement des quantités de pommes de terre de la population affamée, afin de les transformer en alcool

(14) Neue Zürcher Zeitung, 5 nov. 1947.

15) Economist, 24 Janvier 1948, donne une description vivante de l'extension de ce système de troe.

L'inflation et les trois marchés

L'inflation et les trois marchés

VATRIEME IN tung estime que pour la campagae 1996-1947 les paysans" auraient livré 50 % des quantités imposées dans les zones occidentales et entre 60 et 70 % dans la zone russe, estimation considérée comme trop optimiste par la plupart des observateurs américains) et refusent également de la vendre au marché noir pour des Marks ; d'autre part, les industriels mettent de côté une partie importante de leur production courante dont ils donnent une fraction aux ouvriers (16), qui troquent ces produits contre des produits alimentaires, et dont une autre fraction •• leur sert à obtenir, par voie de troc, certaines pièces de rechange ou de matières premières nécersaires. Il est intéressant de remarquer que ce vaste système de troe n'a pas encore recours à un étalon de valeur commun, bien que le Mark soit ici complètement éllminé.

Enfin, le troisième marché est le • marché noir » proprement dit, alimenté par les soldats d'occupation, les • personnes deplacées » et par les industriels eux-mêmes qui désirent recevoir de cette manière des moyens de paiement pour payer les impôts et pour compenser la perte dont ils souffrent dans la partie de leur production vendue au marché officiel. Ce marché est le paradis des intermédiaires . qui jouent par contre un rôle négligeable sur le marché noir du troc — qui l'ont « organisé » de fond en comble et qui en organisent également l'approvisionnement en produits « rares » (produits américains et produits achetés par les étrangers : appareils de photographie, objets d'art, bijoux, appareils électri ques, radios, autos, ete.). D'après la Neus Zeintung de Munich, le centre de la « bourse noira » de la zone britannique se trouve à Cologne où les inter-

TERNATIONAL E paiement mais où la cigarette amé-l-i caine est devenue l'étaion de valeur, tout s'achète : et l'on énumère allègrement les différentes variations de

« marché », du marché noir des livres d'étudiants qui fonctionne à Bonn jusqu'au marché noir des papiers militaires britanniques (!) qui s'est établi à

Hambourg Malheureusement, les prix y sont tels que les ouvriers n'y ont pas d'accès dans leur grande majorité, sauf pour la liquidation des rares biens qui leur restent encore. Aussi n'est-il pas étonnant que les autorités d'occupation russes aient provoqué une réaction violente de la population laborieuse en essayant d'instaurer dans leur zone des

« magasins libres » dans lesquels le marché noir se trouva plus ou moins légalisé. Cette expérience a done été sans lendemain.

La tendance du mouvement économique est, par conséquent, nettement celle d'une dissolut on du marché capitaliste

« classique ». Il va sans dire que cette tendance est suivie et combattue avée une grande inquiétude par les puissances d'occupation, car le « marché des affaires de compensation » bloque complètement lsur exploitation du pays. Le New-York Herald Tribune du 4 mai 1947 le dit brutalement : l'industriel allemand n'a que le choix entre l'exportation et le troc. Aursi, la politique américaine qui vise à incorporer l'Allemagne dans son « système occidental » essayera-t-elle de renverser la tendance actuelle par l'application d'une réforme monétaire qui scellera définitivement la paupérisation de millions et de millions de petits rentiers et de membres des classes moyennes. Mais aussi longtemps que le « marché officiel » sera incapable de fournir aux ouvriers une quantité de produits restaurant approximativement leurs dépenses 19nt anniovimotivanont loran en force de travail, aucun renversement définitif de la « fuite vers l'économie naturelle » ne se produira. et le commerce extérieur les Etats allemands du Nord, ensuite par le Norddeutscher Bund. Malgré le morcellement de l'Allemagne durant les -enucatsoner Bund. Malgré le trois quarts du XIX siècle, l'industrialisation s'était donc effectuée sur l'ensemble du territoire considéré comme un tout. L'industrie textile silésienne et saxonne était intimement liée à l'industrie textile rhénane. sion du travail à l'écheile nationale La divis'adapta partout aux conditions géographiques et soclales les plus aptes à diminuer au maximum les coûts de production. La culture du blé extensive dans les provinces de l'Est et sur les immenses domaines des Junkers était contrebalancée par une agriculture intensive d'un haut degré de rationalisation en Allemagne occidentale et méridionale. L'approvisionnement en engrais s'appuyait sur l'azote; produit surtout dans les provinces occidentales, et les immenses réserves de potasse, produite dans le bassin de Stassfurth, si- bourg se retrouvent deux maine et fixent le cours. ché noir ou le Mark reste

Les échanges

L'unité économ que de parachevés en 1871, a été, et de Ham- Ham. fois par seSur ce marle moyen de interzonaux l'Allemagne, avec le paiement de la gigantesque contribution de guerre extorquée par Bismarck à la France, à la base d'un développement prodigieux de l'industrialication allemande. Mais la base économique de cette unification avalt été préparée déjà à l'étape précédente par la formation d'une union douanière entre tous

(16) Il est intéressant de noter les raisons de cette magnanimité. D'une part, Il s'arit d'un mouvement de protection, dans son état de misère, l'ouvrier volerait protection, car Implacablement les produits qu'il fabrique (Manchester Guardian. 27 nov. 1947). D'autre part. Il s'agit de primes en nature que l'industriel distribue compte du fait qu'avec son salaire en ,parce qu'il se rend marks, l'ouvrier est incapable de restaurer a force de travall. Le patron a intérêt (Que le Capital nous semble proche..) A placer l'ouvrier dans des conditions telles que celul-ci puisse donner sa force physi• que normale à la production.

médiaires de Francfort et de

R

I

INTERNATIONALE tué dans l'actuelle zone l'industrie métallurgique une spécialisation dans dizaines de branches sit russe. Même avait atteint laquelle des uées dans la normal, qul ont dû dépasser ce chiffre certainement de dix fois.

L'élimination radicale de l'Allemagne du marche mondial se manifeste nettedu marche mondial conteR ment quand on compare le chiffre des exportations moyennes mensuelles en

1936 — 158,8 millions de dollars - avec celui des exportations totales des trois zones occidentales durant les neuf premiers mois de 1947 : environ 180 millions de dollars. (Les exportations de la zone orientale, autres que des livraisons de réparations à l'U.R.S S., paraissent insignifiantes.) Ce chiffre n'exprime cependant pas encore toute la profondeur de la chute. Celle-ci apparait quand on constate que les exportations d'acier, produits métallurgiques, d'instruments électriques, de produits chimiques et de produits de textiles de

Bizonia ne s'élèvent pas même à un pour cent de leur montant en 1936 !

Alors que les produits manufacturés constitualent en 1936 82,8 % des exportations allemandes pour toute l'année

1917, les exnortations totales de charbon et de bois, deux matières premières, constituent plus de 75 % du montant total, les produits manufacturés ne -éalisan tous ensemble qu'à peine 10 % !

(18).

Mais ici les brigands impérialistes sont pris à leur propre piège. Pour empecher que l'ensemble de la population laborieusee meure eimplement de faim, pour maintenir ne fût-ce que le niveau de famine actuel, les exportations allemandes d'à présent sont incapables de couvrir les frais d'importation. Les impérialistes américains — leurs comparses britanniques se déclarant « forfaits » faute de dollars - doivent donc payer ce déficit de leur propre poche. Afin de permettre à l'Allemagne occidentale d'occuper la place qu'ils lui ont assigné dans leur système « occidental », il faudrait importer des produits pour deux milliards de dollars par an dans Bizonia, dix fois plus que le montant actuel des exportations. On voit les crédits formidables que les EtatsUnis seraient forcés d'accorder à l'AIlemagne si les exportations ne pouvaient pas s'élever au-dessus du niveau actuel, résultat de l'ensemble de la politique passée de ces mêmes impérialistes!

En 1937, les exportations allemandes en produits manufacturés couvraient plus de 30 % des besoins d'importation de la Suède, de la Tehécoslovaquie, de la Lithuanie, du Portugal, de la Lettonie et de la Roumanie: plus de 40 % des besoins de l'Esthonie, de la Suisse, des Pays-Bas, de la Pologne. de T'U.R.S.S., de l'Autriche et du Danemark : plus de 50 % des besoins de l'Italie, de la Turquie et de la Yougoslavie; plus de 60 % des besoins de la Bulgarie, de la Grèce et de la Hongrie en cer produits (19). Aujourd'hui, le

(17) Der Tagesspiegel, de Berlin, 29 novembre 1947.

(18) Manchester Guardian, 10 nov. 1947. * Political and Economie Planning ». (19) Turope and the Ruhr. publication du

Ruhr exigeaient des compléments produits à Berlin ou en Saxe.

Le démembrement du pays a complètement bouleversé cet équilibre Le détachement des provinces orientales, annexées par la Pologne, et la séparation de la zone orientale agricole du centre industriel de la Ruhr transforme l'Al-

Jemagne dans son ensemble, et les zones occidentales plus particulièrement encore, en centres déficitaires du point de vue alimentaire. Il rend l'industrie des deux zones dépendante de livraisons tuellement auparavant. Il en résulte étrangères qu'elles se procuraient mudonc une dépendance quasi totale de l'étranger et un recul très prononcé de la capacité de production.

C'est ce bouleversement de la structure Interne des échanges, instrument de domination des puissances d'occupation, qui se trouve à la base du renversement complet de positions de l'AIdemagne dans le commerce international. D'un pays pouvant concentrer la plus grande partie de ses importations en matières premières industrielles et les payer au moyen d'exportations de produits manufacturés qui pouvaient entrer en concurrence avec ceux des pays les plus avancés du monde — y compris les Etats-Unis - l'Allemagne devient un pays contraint d'importer une forte masse de vivres pour subsister. La manque de matières premières substance et du démembrement du pays etrangeres, et le recul des forces ductives résultant des destructions prol'empêchant d'exporter des produits finis pour couvrir ces frais d'importations, l'Allemagne se trouve done forcée d'exporter des matières premières des produits mi-finis sinon, comme Bidault le proposait cyniquement, sa force de travail. Ce changement de structure du commerce extérieur ne signifie autre chose que la transformation du pays, du point de vue économique, d'un pays de commerce à structure impérialiste en un pays de commerce à structure semi-coloniale.

Jusqu'ici, il a été impossible d'obtenir une estimation exacte du montant des échanges interzone. On estime cependant en général que leur masse totale ne constitue pas plus de 10 % du montant des échanges en temps normal d'avant guerre. Pour le premier trimestre de 1947, le journal pro-stalinien Tribine, de Berlin, avance le chiffre de 208 millions de marks. D'après le même journal, les zones d'occupation occidentales auraient eu à ce moment un déficit par rapport à la zone orientale. Ce déficit semble pourtant être couvert dans les mois suivants. car le nouvel accord. conclu fin novembre, ne le mentoute l'année 1948 des échanges s'életionne pas. Cet accord prévolt pour vant à 313 millions de marks (17), s0mme dérisoire en comparaison du flux Ininterrompu des échanges en temps 38

M

UATRIEMEIN fournisseur allemand en produits manufacturés a complètement disparu pour l'ensemble de ces pays. Au début, certains anciens concurrents - en premier lieu ia Suisse et la Suède, puis surtout la Grande-Bretagne, la Be-gique en plus, et la France et, les Etats-Unis — ont es:ayé maintenant, de pius de couvrir ce vide. De là la montée en flèche des exportations de ces pays en

1946 et en 1947. Mais il apparut bien vite que l'ancienne industrie manufacturière allemande femps, un des meilleurs clients de nométait, même breuses industries étrangères, en premier leu de celles de la Grande-Bretagne, des pays Benelux ». de la

Suisse, de l'Italie, etc. De moteur, l'absence des exportations allemandes se

III. LE MARASME D

PREstaton progressivement de paupérisation progressive et paralysés par le démembrement de son proréussit plus à se relever sensiblement, pre corps, l'économie allemande ne

La production agricole

Une différence fondamentale existe du point de vue de la production agrid'occupation occidentales d'une part, et cole, entre l'ensemble des trois zones la zone d'occupation russe de l'autre. Les premières sont organiquement déficitaires du point de vue alimentaire. La seconde devait pouvoir se suffire à ellemême. On serait enciin à en conclure que la situation alimentaire dans la zone d'occupation russe est sensiblement meilleure que celle des zones occidentales. Il n'en est cependant rien, et il est facile de comprendre pourauoi. Alors que les puissances d'occupation occidentales, hantées par la peur des « révoltes de la faim » et d'une « expansion du communieme » importent à leurs frais pour quelque 600 millions de dollars de vivres par an, les forces d'occupation russes par contre vivent sur le pays, y ont enlevé une grande partie du cheptel et se font encore livrer une proportion très prande de la production du beurre. d'œufe, de lait, etc. D'autre part, la diminution hectare et de la production agricole to.

également par suite quences désastreuses d'une réforme agraire exécutée sans donner aux nouveaux paysans-propriétaires la poseibtlité d'explolter rationnellement terres - réduit encore davantago la leurs masse des produits agricoles disponibles au ravitaillement de la population.

Les chiffres de production agricole connue seulement ponr 1946 (21). Ils compour la zone d'occupation russe sont portent. par ranport à la nroduction sur les mêmes territoires en 1938. une diminutlon de 64 % pour l'orge, de 62% nour le blé. de 56 % pour le colza, de 48 % pour le seigle et la betterave gucrière, de 44 % pour l'avoine et de 36 % pour

TERNARİONÁLE transformait en frein di dommerce intereuropéen dès l'été 1947. A son tour, le ralentissement du commerca rieur dans de nombreux pays europeens ralentit la modeste reprise des exportations allemandes, qui eiaient pas ees, pour la bizone, de 35 millions de dol lars au second trimestre de 1947, à 69 millions au troisième trimestre, L'année se termine sous le signe de la stagl'économie allemande, nation (20). Ainsi, le marasme de du marasme de l'Europe tout entière, source principale se prolonge lui-même par les effets qu'il produit sur l'économie européenne.

On ne saurait mieux exprimer le besoin criant d'une Europe socialiste unie pour la reconstruction de l'économie du vieux continent. E LA PRODUCTION malgré les ballons d'oxygène que lul tend l'impérialieme américain. Telle est

La conclus on qui se dégage de l'état de la production agricole et industrielle après trente mois d'occupation. et le ravitaillement les pommes de terre. La produetion de 1947 doit être légèrement inférieure à celle de 1946, par eulte d'une vague de sécheresse. gel des semailles d'hiver. Cette vague consécutive d'ailleurs au de sécheresse semble être à la base d'une nouvelle décimation du cheptel, évacué en hâte vers les régions côtlères.

Dans les zones d'occupation occidentale, la production moyenne de produits agricoles en 1941 a été estimée à 65 % du niveau de 1938. Ici également, la sécheresse a causé une forte diminution de la production du blé, estimée de 5 à 20 % inférieure à celle de l'année précédente (23). Mais alore que dans la zone russe des méthodes d'intimidation et de terreur semblent avoir réussi cette an• née à forcer les paysans à livrer les quotes-parts fixés, nous vovons dons les zones occidentales un double mouvement réactionnaire favorisé nar les autorités capitalistes allemandes. D'une masse à leurs devoirs de livraisone, au part. les paysans se soustraient en point cù un article du « Manchester Guardian › du 12 mai 1947. estime nue, pendant le premier trimestre de l'année, 6 % seulement (!) des cochons,

(20) Economist, 24 Janvier 1948,

(21) Neue Zircher Zeitung, 11 déc. 1947. Il est extrêmement difficile d'obtenir des chiffres de preduction même approximatifs concernant la zone d'occupation russe, car non seulement le service de statistique zonal n'est par au point. de l'aven même des autorités, mais il manque même une comptabilité exa-te pour beaucono d'unités économiques (grandes usines, régions agricoles, etc.).

(22) Neue Zürcher Zeltung, 12 nov. 1947.

(23) New York Herald Tribune, 28 août et 24 octobre 1947.

Eu l ATRIEME IN * % des moutons et 46 % des plantes oléagineuses — pour prendre les trois catégories les plus mauvaises - fixées comme quotes-parts aux paysans furent effectivement iivrées. D'autre part, les gouvernements des « Laender » favorisés du point de vue agricole — le Schlesvig-Hoistein, la Bavière et la Basse-Saxe — s'efforcent de limiter à l'extrême la quantité de produits allmentaires qui quittent leur province, accentuant ainsi la détresse des provinces industrialisées, avant tcut de la Ruhr. C'est ainsi que l' « Economist » du 24 janvier 1948 dénonce le fait que les gouvernements de ces trois provinces s'étaient dépêchés de distri uer 50 % de la récolte de pommes de terre de leur province avant que les autorités « bizonales » aient fixé les quotes-parts entre les « Laender » pour assurer une distribution équitable. C'est dans ce sens qu'une « révolte de la ville contre La campagne », telle qu on la connuc re-

Nous l'avons déjà dit : c'est cette perte relative de substance humaine, résuitant de l'épuisement de la force de travail, qui explique le paradoxe qu'avec une population plus grande qu'en 1938 la production industrielle globale n'atteint que 40 % de cele d'avant guerre et qu'il existe pour beaucoup de branches une pénurie aiguë de main-d'œuvre. Aussi bien les puissances d'occupation occidentales que les forces d'occupation russes ont-elles essayé de remédier à cette diminution dangereuse du rendement individuel en utilirant différentes méthodes c.assiques que le capitalisme connait pour intensifier l'exploitation de la force de travail.

En zone d'occupation russe, l'absentéisme, le gaspillage des matières premières, la diminution de l'effort, la négligence la plus grande envers les instruments de travail s'é aient rapidement répandus parmi les ouvriers, non seuiement par suite de l'alimentation en tion de leur état de santé, mais égaletout point défectueuse et de l'aggravament par suite des mesures de démantèlement successives et de la conscience qu'avait la main-d'œuvre que la presque totalité de la production partait pour ia Russia (24). Aursi des autorités d'occupation commencèrent-elles à fixer des e normurant so produement aux orides « normes » de production aux usivriers que tout excédant au-dessus de cette « norme » allait être maintenu exclusivement pour la consommation intérieure allemande. Cela ne semblait cependant pas suffire à arrêter la baisse rapide du rendement er la désagréga tion rapide de ce que la presse etalinienne appelle « la discipine du travail » (c'est-à-dire avant tout : le développement rapide de l'absentéisme)

TERNATIONALE cemment en Bavière avec la grève gé - nérale, devient compréhensible.

L'ensemble de ces conditions explique le niveau de famine auquel sont réduites les couches laborieuses de la population. Si la ration officieille est fixée à 1.550 calories par jour, aussi bien durant les mois de mans et d'avril qu'au mois de décembre, la ration effectivement distribuée oscillait entre 750 et 1.000 ca.ories par jour dans les grands centres industriels de la Ruhr et à Hambourg. Voilà la force irrésistible qui pousse l'ouvrier à abandonner son travail, autant que possib.e, pour se procurer une source supplémentaire de nourriture. Voilà ce qui est à la base du développement monstrueux de la prostitution, des maladies infectieuses, de la hausse de la mortalité inftuile. A un tel niveau d'alimentation, la population laborieuse allemande ne peut que se transformer progressivement en une masse de « lumpen » affamés. La Sächsische Zeitung stalinienne du 9 octobre notait que « les ouvriers et employes mettent presque leur point d'honneur à ee tourner ies pouces et à simuler (!) la maladie mieux que les autres ». Aussi, une série de mesures renforcent-elles à la fois la discipline du travail et essayent-elles d'amadouer les ouvriers :

a) L'ordre 128 de l'administration miIntaire en Thuringe, signé du général de division Kolesnitchenko, « déciare particulèrement inadmissible que les direnteurs n'assument que des fonctions techniques ne comportant pas de responsabilités, tandis que les conseila d'entreprise qui n'ont pas la moindre responsabillie (.) dans la gestion de l'entreprise, dirigent tout, Aussi, le général de division exige que le directeur * soit affranchi (!) de l'immixtion du conseil d'entreprise ». (« Weser Kurier » de Brême, 16 septembre 1947). Cet ordre va à l'encontre de toute la campagne stalinienne exigeant l'introduction de la gestion commune ; -

(24) Particul'èrement révoltantes aux yeux de la population laborieuse allemande étaient les mesures de démantèlement de cet été, appelées par le peuple ‹ démantelement de la dernière misère ›. Il s'agit là du démantèlement des masses de ferrailles considérées par les techniciens comme le dernier espoir d'une reconstruction, même limitée, de l'appareil de production, étant donné l'absence presque totale d'approvisionnement en acier ou fonte, Ces démontages ne se sont pas seulement exécutés dans les ruines qui couvrent Berlin, mals même dans les usines encore en fonction. Ainsi tout un traval patient de reconstruction grâce à l'emploi de moyens de fortune, exécuté par des ouvriers et technlelens allemands, depuis deux ans, afin de remettre en marche une série de grandes usines, a été d'un seul coup annihilé.

La production industrielle et la question de la « discipline de travail »

La production industrielle et la question de la « discipline de travail »

N h) I/introduction d'une série de mesures tendant à limiter - ou à abolir - le droit des médecins allemandsi d'accorder des certificats de maladie aux ouvriers ; c) Le fameux « ordre n° 234 › du maréchal Sokolovsky introduisant le principe : « A travail égal, salaire égal » pour les femmes, limitant la journée de travail pour les jeunes (à 42 heures jusqu'à 16 ans et à 45 heures jusqu'a 18 ans), ordonnant l'installation de polyo.iniques et de services médicaux auprềя des grandes entreprises et introduisant le travail aux pièces comme base de rémunération dans l'industrie. (10 octobre 1947).

Il ne sembie pas que cette mesure ait eu des résultats comportant une augmentation sensible de la production industrielle dans la zone russe. Outre la question de la discipline du travail, la production souffre des démantèlements continuels, du manque d'électricité, des difficultés de transport et d'un approvisionnement insuffisant en acier. Son niveau est estimé à 50 % environ de production de 1938 : les chiffres réels seront sans doute plus bas encore, Etant donné que Molotov lui-meme fixait la production de sa zone à 70 % du niveau de 1938 il y a un an, une diminution sensible semble indéniable pour l'année 1947. En ce qui concerne enfin les zones d'occupation occidentales, l'ensemble de la production industrielle dépend en premier lieu de l'approvisionnement en charbon. Les impérialistes anglo-américains se sont efforcés d'augmenter dans la mesure du possibe la produotion charbonnièra de la Ruhr, élément-clef également pour la réalisation du plan Marshall. Reprenant un système introduit déjà par les impérialistes français dans leur zone d'occupation, ils ont en trepris une vaste campagne de corruption des mineurs en leur accordant de petits avantages alimentaires : distribution de primes d'assiduite (où l'alcool joue un rôle de premier plan), puis distribution de colis de nourriture du type Paré aux puits dépassant un niveau dé terminé de production.

Ce système a apporté quelques résultats. La production qui oscillait autour de 225.000 tonnes par jour au printemps a atteint en automne le record de 280.000 tonnes (augmentation de 25 %). Mais le début de la crise alimentaire de décembre l'a immédiatement diminuén Abpamhra l'o immódiotemort diminuan à 225.000 tonnes par jour, et cette petite diminution risque de provoquer de nouveau une pénurie de charbon, même pour le niveau extremement bas auguepour le niveau extrêmement bas auquel se trouvent les autres industries. La production d'acier se trouve à 35 % du niveau fixé par les accords anglo-américains (20 % seulement cependant _par rapport à la production de 1930). L'industrie textile se trouve à un niveau égal à 33 % de la production de 1936. La moyenne de l'activité industrielle pour la zone britannique était en octobre

TE RNATIONAL ED dernier de 39 % de la moyenne de 1936, en zone américaine de 49 %. La production totale de « Bizonia » pour 1947 ne doit guère dépasser 40 % de la produc tion de 1947.

Il est curieux de constater l'enchevé trement des causes qui freinent une augmentation de la production charbonnière et qui indiquent la puissance des forces de désagrégation en jeu dans l'é conomie allemande. Les mines ne reçoivent pas suffisamment de produits mátaliurgiques nécersaires à la modernisa tion et aux réparations de leurs installations défectueuses et usées. La métallurgie à son tour ne peut pas produire davantage, faute de charbon, de minerai de fer (on importe des vivres à la piace du minerai suédois) et de main-d'œuvre. L'industrie est prête à accueilir des milliers d'ouvriers, mais il n'y a pas de logements pour eux dans les vilies dévastées, où les travaux de déblayage sont à peine entamés. La main-d'œuvre dans les mines augmente lentement, grace aux avantages alimentaires. Mais souvent il s'agit d'un transfert d'ouvriers métallurgistes, ce qui freine encore plus la production dans ce secteur et accentue la pénurie d'acier pour l'industrie charbonnière. Dès que la production charbonnière aug mente légèrement, une crise de transport s'ouvre. L'épuisement du pare de wagons de chemins de fer est tel que 60.000 d'entre eux ont été perdus en une année de temps, par suite du surme nage. Ainsi des stocks de charbon s'amoncellent auprès des puits alors que, quelques dizaines de kilomètres plus loin, des usines d'acier arretent leur production taute de carburant...

Ajoutons qu'au milieu de ce marasme les impérialistes anglo-américains veillent soigneusement à ce que la « reprise industrielle » qui est promise pour l'an prochain ne comporte pas un élément de concurrence pour les exportations anglo-saxonnes. « Ce n'est pas un secret que certaines industries allemandes ne pourront pas exporter afin de ne pas faire de concurrence à leurs rivaux en Grande-Bretagne et ailleurs », écrit le Manchester Guardian du 6 mai 1947. Et le même journal écrit le 18 décembre 1947 : « Le contrôle des prix exercé par le Joint Export Import Agencies (J.E.I.A., office des exportations-importations) semble l'être dans le but de protéger l'industriel britannique ou étranger ». Ce journal cite l'exemple des bicyclettes, exportées par la Grande-Bretagne pour 6 à 10 livres sterling, alors que la J.E.I.A. a fixé le prix d'exportation des bicyclettes allemandes à 7 livres, malgré leur qualité inférieure.

Et aussi longtemps que dureront le démembrement et la division du pays, et sa soumission aux intérêts des puissances d'occupation, toute " reprie » restera dans ces limites étroites, que les occupants voudraient eux-mêmes élargir, mais qu'ils sont constamment fo=cés de rétrécir.

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