L'AGGRAVATION des antagonismes sociaux et des rapports entre les EtatsL
Unis et P'U.R.S.S. a des répercussions importantes sur le mouvement ouvrier mondial. L'offensive du capital contre le niveau de vie des masses est à l'heure actuelle générale. Les conséquences de la guerre, l'énorme dette publique contractée par tous les Etats belligérants, la rareté des matières premières et des produits agricoles, se manifestent partout dans l'inflation qui sévit universellement, y compris aux Etats-Unis, Au lendemain de la liquidation de la guerne, le capital fictif excédait énormément la masse de marchandises réelles, et ceci a fait gonfler démesurément les prix, A son tour, ce mouvement ascendant des prix fait gonfler la masse de monnaie en circulation. La classe capitaliste essaie de rétablir l'équilibre en bloquant les salaires ouvriers et en pompant, par les impots, les emprunts et autres manipulations monétaires, une partie du pouvoir d'achat des couches moyennes, principalement de la paysannerie. « Inflation » et * déflation » apparaissent ainsi comme deux moments de la politique du grand capital qui pille littéralement à son profit exclusif l'écrasante majorité de la nation.
Poussé par l'abaissement continu et brutal de son niveau de vie, le prolétariat essaya de résister dans un vaste mouvement de luttes revendicatives qui ont éclaté durant la deuxième moitié de 1947 aussi bien en Europe occidentale qu'en Amérique latine, et dans plusieurs pays de l'Extrême et Proche-Orient (Japon, Indes, Chine, colonies nord-africaines, Egypte).
Ces luttes connaissent actuellement une pause, mais la persistance du mouvement inflationniste poussera inévitablement les masses, y compris aux EtatsUnis, à de nouveaux combats.
D'autre part, ces combats, tout en partant au niveau de la défense économique du prolétariat, s'amplifient nécessairement, dans les conditions d'attaiblis sement économique et politique extrême qui caractérisent, à divers degrés. le régime capitaliste de tous les pays, à l'exception des Etats-Unis, en des luttes politiques et révolutionnaires qui risquent de mettre en danger le régime social lui-même. Cette considération détermine dès le début l'attitude du réformisme envers les luttes ouvrières. Les réformistes se sont partout gardés de mettre à l'épreuve un régime qui est moins que jamais capable de consentir des réfor mes importantes. Ils ont partout prêché la « paix sociale » au service de la reconstruction de l'économie de la bourgeoisle.
Cette attitude leur a 6t6 singullèrement facilitée par la politique de surenchéro stalinienne depuls la « libération • jusqu'à la formation du Kominform. La cohabitation dans les mêmes centrales syndicalos, ainsi que la formation de la Fédération syndicale mondiale unique, ont été rendues possibles pour deux raisons :
a) parce que le réformisme a été particulièrement affaibli pendant la guerre et Immédiatement après 1 b) parce que l'alignement de la politique stalinienne sur la propre politique du réformisme rendait à celul el cette cohabitation possible et nécessaire.
C'est grâce à l' « unanimité » qui a régné entre l'aile réformiste et l'alle stalinienne de la bureaucratie ouvrière pour la défense de la « paix sociale » et pour la reconstruction de l'économie capita'iste qu'il a été possible de freiner pendant deux années environ aprês la « libération » la volonté de lutte des masses surexploltées par le capitalisme,
Dès que les staliniens ont été amenés à reconsidérer leur politique envers les luttes des masses et à encourager ces luttes, les réformistes contre-attaquèrent en prenant Pinitiative d'une nouvelle scission du mouvement syndical. scission est actuellement un fait en France ainsi que dans la plupart des pays Cette de l'Amérique latine. iliE La scission en France et en Amérique latine a été directement épaulée par les agents de l'impérialisme américain masqués en représentants de l'American Federation of Labor qui ont largement financé les scissionnistes. Elle était aussi épaulée par la bureaucratie des partis socialistes qui se sont engagés en Europe occidentale, à l'exception du parti socialiste majoritaire de Nenni en Italie, sur la voie de la « Troisième Force ».
La scission, d'autre part, dans la mesure où elle a entraîné des masses, a été singulièrement facilitée par toute la politique antérieure des staliniens, par leur bureaucratisme et leur opportunisme. Pendant deux ans environ, ils ont été les protagonistes de la soumission des syndicats aux intérêts de la reconstruc. tion capitaliste ; ils se sont opposés aux luttes, calomniant les grèves, opprimant avec tout le poids de leur appareil bureaucratique la volonté de lutte des masses. Quand Ils se sont décidés à passer à l'action, à la suite de la nouvelle politique tracée par le Kominform, ils se sont aperçus qu'il est difficile d'imposer aux masses les mêmes mouvements élastiques que le Kremlin est capable d'imposer à la bureaucratie stalinienne internationale.
Les réformistes ont profité de cet état d'esprit des larges masses mécontentes et en voie de désaffectation à l'égard du stalinisme. En se posant en champion de la démocratie ouvrière, ils ont pu trouver, en France en particuller, un écho important.
Leur lépreuve commencera au moment où l'évolution de la situation poussera les masses à de nouveaux combats et où ils seront obligés d'agir. En cuvrant pour la scission syndicale qui affaiblit considérablement le front ouvrier au 4
QUATRIEMEINTERNATIONALE moment même où la bourgeoisie mondiale intensifie ses attaques contre le niveau de vie des masses et contre leurs libertés, le réformisme s'avère, fidèle à sa nature de toujours, l'agent direct des intérêts de la bourgeoisie au sein du mouvement ouvrier. Pour le combattre, pour extirper son influence du prolétariat, de lui opposer un véritable mouvement révolutionnaire. du moins pour diminuer l'importance de son action néfaste, il est nécessaire
Mais l'existence du stalinisme, loin de combattre l'influence du réformisme, lui fournit au contraire les meilleures L'aggravation de la situation du capitalisme a poussé, à travers la guerre et occasions de renaître et de s'étendre. au lendemain de sa liquidation, les masses au stalinisme qui se présenta comme le principal pôle dopposition révolutionnaire. Le stalinisme, à son tour, en s'avérant foncièrement bureaucratique et opportuniste, en se montrant incapable de résoudre la crise dans laquelle l'humanité se débat depuis déjà trois décades, renvoya les masses désappointées aux agents du capitalisme, réformistes ou fascistes, selon les circonstances.
Pour que le mouvement ouvrier puisse progresser et vaincre, il est néces." saire de surmonter positivement l'influence stalinienne.
L'affranchissement du prolétariat hors de l'emprise du stalinisme trouve sa difficulté principale dans la nature foncièrement opportuniste de ce dernier, propre à des changements brusques et complètement opposés à l'état antérieur. tion du Kominform, est frappant, Du jour au lendemain, F'immense machine des L'exemple du dernier tournant de la politique stalinienne, qui a suivi la formapartis staliniens dans le monde a commencé à tourner dans le sens opposé à son mouvement durant deux années, pour ne pas dire depuis 1941. échoué sur l'initiative de la bourgeoisie et de l'impérialisme américain, la bureau- La politique d'« union nationale », de participation au gouvernement ayant cratie soviétique a décidé de faire appel à la pression des masses pour marchander à l'avenir un nouveau compromis avec l'une et avec l'autre. Du coup, « démocraties alliées » d'hier, qui sont des pays aujourd'hui « impérialistes », on découvre que la guerre a été une guerre « impérialiste » de la part des et que les revendications et les luttes des masses dans ces pays sont légitimes et doivent être encouragées. Ce tournant, dont l'ampleur et les formes varient d'un pays à l'autre, présente des caractéristiques communes. Il ne s'agit nulle part d'une rupture avec la collaboration de classe, pas même en Grèce où la lutte se mène par les armes. A la place de la structure de classes de la société capitaliste et des luttes de classes, le tournant du Kominform met la notion de la nation, divisée entre ceux qui luttent pour son « indépendance » et ceux qui la livrent aux « Américains ». Cette simplification vulgaire rappelle le temps de la « troisième période » (1928-33) quand les staliniens mettaient tous partis bourgeois, y compris la social-démocratie, sous le dénominateur commun du fascisme. De même, aujourd'hui, tous les partis bourgeois, de de Gaulle Léon Blum, sont classés dans le « parti américain ». L'opportunisme se joint à l'aventurisme. Ceci risque, au cas d'un nouveau déploiement en France des forces gaullistes, par exemple, d'éclipser aux yeux des staliniens toute l'importance, pour la lutte contre de Gaulle, de l'antagonisme relatif qui existe entre celui-ci et la social-démocratie, et de saboter comme au temps de la « troisième période » la tactique du Front unique ouvrier nécessaire pour affronter le danger gaulliste.
La différence avec la « troisième période » consiste cependant dans le fait qu'à collaboration de classes et pour la révolution prolétarienne, tandis qu'aujourcette époque le stalinisme était encore, au moins en paroles, contre la d'hui il prêche l'alliance avec toutes les fonces «nationales» indépendamment de leur classe et n'aspire, même en Grèce, qu'à un gouvernement « démocratique » incluant les représentants du Parti communiste.
Quels développements peut-on escompter de ce tournant ?
Ceci dépendra en tout premier lieu de l'évolution des relations entre les Etats-Unis et PU. R. S. S. Moscou semble multiplier les signes d'une volonté d' « accrocher» de nouveau les pourparlers avec Washington en vue d'une trêve : reprise des négociations pour le règlement de la dette russe envers les EtatsUnis; déclarations de l'ambassadeur soviétique à Washington soulignant le désir de PU. R. S. S. de commercer avec les Etats-Unis; ton conciliant du représentant russe au Conseil allié de Berlin malgré les décisions de la Conférence de Francfort réorganisant la bizone; déclarations de l'ambassadeur polonais à Washington sur le désir de la Pologne d'accroître ses échanges avec les pays du plan Marshall et les Etats-Unis.
Si le moment d'un compromis est peut-être encore éloigné et ne se précisera qu'après que l'application du plan Marshall aura été mise à l'épreuve, et que la bureaucratie soviétique se soit efforcée de consolider sa zone d'influence en Europe, il n'est pas, par contre, exclu d'assister d'ici là à des tentatives de trêves qui prépareront le climat du compromis. Car Il apparaît plus en plus clair qu'aucun des deux adversaires mondiaux n'est disposé, à actuelle, à pousser l'épreuve de force à son extrémité et à engager la guerre. Des apaisements, dans ces conditions, deviennent de temps en temps nécessaires. Cette considération donne la mesure de l'ampleur possible du tournant stalil'accent mis sur la mobilisation des masses, malgré les surenchères en langage « de classe » coloré de teintes « nationales », malgré l'attention portée à nouveau à la « prolétarisation» des partis staliniens qui ont été largement dilués dans les masses petites-bourgeoises, le stalinisme s'accroche à politique de la collaboration de classe et de sabotage de la révolution.
Entre temps, l'élément aventuriste qui coexiste dans la politique opportuniste présente du stalinisme risque d'aggraver la situation qui est faite au mouvement ouvrier, à la suite de la scission syndicale et de la politique de la « Troisième Force » des partis socialistes.
La bureaucratie réformiste et la bureaucratie stalinienne, chacune à sa manière, tournent le dos au Front unique ouvrier nécessaire pour falro face à l'offensive capitaliste.
Il est significatif de Pirresponsabilité stalinienne que, devant la scission syndicale en France provoquée par les réformistes, la direction stalinienne de la C. G. T. se soit contentée d'enregistrer le fait, et ne se soit nullement montrée disposée à couper l'herbe sous les pieds des Jouhaux, en se déclarant prête à garantir à l'intérieur de la C.G.T. la démocratie prolétarienne, à convoquer un congrès extraordinaire, etc. On avait l'impression très nette, comme au temps de la « troisième période », qu'on souhaitait la séparation avec les « socialaméricains » et les masses qui les suivaient, pour avoir les mains plus libres pour s'adonner à fond à l'application des directives du Kominform.
Il faut tout tenter pour enrayer le développement des forces centrifuges qui travaillent à amplifier et à approfondir la scission, mais sans perdre de vue que le climat propice au rétablissement de l'unité syndicale ne se créera en réalité qu'à l'approche et à l'éclatement de nouvelles luttes ouvrières qui feront sentir sur les bureaucraties la pression des masses.
Mais plus impérieuse que l'unité syndicale est l'unité du prolétariat dans l'action. Cette unité peut s'établir à chaque instant, même en présence d'une division syndicale, par l'application énergique de la tactique du Front unique, sur la base des revendications économiques et politiques élémentaires communes à tous les travailleurs, et par l'emploi de toute forme d'organisation à la base dans les usines du plus grand nombre possible d'ouvriers (comités).
La tâche de l'avant-garde révolutionnaire, et en tout premier lieu des partis de la IV° Internationale, est de préparer avant tout les nouvelles futtes du prolétariat en faisant largement appel à la tactique du Front unique, et de regrouper ainsi dans J'ACTION les forces du prolétariat,