Victor Serge, une des dernières figures de la Révolution russe et ancien militant de l'opposition de gauche du parti bolchevik russe, est mort le 18 novembre dernier à l'âge de 57 jans à Mexico City, Victor Serge était né en Belgique en 1890 de parents russes, révolutionnaires émigrés. Dès sa jeunesse il rejoignit le mouvement social-démocrate belge. Il a travaillé comme photographe et ouvrien imprimeur.
Condamné à cinq ans de prison en France pour son activité politique, il se rendit apres sa sortie de prison en Espagne où il travailla comme linotypiste et. prit une part active dans la Confédération nationale du Travail (C.N.T.) anarchosyndicaliste. En 1917, il quitta l'Espagne pour gagner la Russie révolutionnaire
Mais le gouvernement réactionnaire de France larrêta et l'enferma dans un camp de concentration. En 1919, le gouvernement soviétique obtint son échange contre un prisonnier français détenu en Russie.
Arrive in Bussie, Victor Serge devint membre du parti bolchevik et du Comité Exécutif de la I° Internationale. A partir de 1923 il fut membre de l'opposition de gauche organisée par Trotsky pour lutter contre le danger bureaucratique. En 1928 il fut expulsé du parti bolchevik stalinisé et connut de nouveau la prison. Il resta prisonnier politique du régime stalinien jusqu'en 1935, quant la pression des ouvriers et intellectuels de France et d'autres pays obligea la bureaucratie stalinienne à lui permettre de quitter TU.R.S.S.
Durant la guerre civile espagnole, Serge soutint la politique centriste du P.O.U.M. et s'éloigna progressivement du léninisme.
« La doctrine et les tactiques du bolchevisme, écrivait-il dans un de ses derniers articles sur les Trente ans de la Révolution russe (juillet-août 1917), nécessitent l'étude critique. je ne crois pas que, dans un système de production où le laboratoire acquiert par rapport à l'atelier une prépondérance croissante, l'hégémonie du prolétariat puisse s'imposer...,
» Je ne crois pas que la « dictature du prolétariat » puisse revivre dans les luttes de l'avenir...
» La centralisation, la discipline, l'idéologie gouvernée (du parti bolchevik russe) ne peuvent désormais que nous inspirer une juste méfiance, quelque besoin que nous ayons d'organisations sérieuses. »
On regrettera que ce militant révolutionnaire courageux et fidèle malgré tout au mouv ment ouvrier n'ait dégagé de son expérience personnell? du sta inisme, certes cruelle et déprimante, que des doutes sans fondements sérieux sur le marxisme révolutionnaire. Car il est difficile de voir en quoi l'importance des laboratoires met en échec, même relatif, lappréciation marxiste du prolétariat en tant que principale force productive du système capitaliste et principale force motrice, en quoi « la dictature du prolétariat » comprise dans son sens marxisteléniniste signifie Thérémonie exclirive du prolétariat manuel et non pas son élargissement à un régime de véritable démocratie pour tous les travailleurs, en quoi la structure et le fonctionnement du parti bolchevik du temps de Lénine ressemblait à une organisation bureaucratique antidémocratique d'idéologie « gouvernée » et n'était par contre le parti politique le plus librement pensant, d'une discipline consciente, de toute l'histoire.
Serge, écrivain talentueux, fut l'auteur de plusieurs ouvrages historiques, politiques et littéraires, parmi lesquels nous citons : L'An I de la Révolution russe, S'il pst minuit dans le sielle, Les Hommes en prison, etc.
Il a traduit en outre du russe en français plusieurs œuvres de Léon Trotsky.