Documents de la IVe Internationale

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La revue › numéro de novembre-décembre

La réaction impérialiste en Amérique latine

Quatrième Internationale, numéro de novembre-décembre · novembre-décembre 1947 · p. 25-28 · 2 315 mots

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Le plan Truman, présenté au Congrès le 8 mai 1946, est remis à nouveau sur le tapis.

Bien qu'il soit alternativement mis en vedette ou en veilleuse par les journaux, personne ne peut se tromper sur sa véritable portée ni sur sa véritable figure, qui est celle de la colonisation yankee de l'Amérique latine.

Le plan Truman — nous l'avons dit dès son apparition l'année dernière — est simplement une manifestation supplémentaire et l'aboutissement du processus d'absorption de notre économie par les Etats-Unis.

Les points les plus importants sont connus de tous : coopération militairé et navale pour la réalisation d'une almée unique s'étendant de l'Alaska à la région antarctique ; un système unique d'instruction et d'organisation ; matériel de guerre standardisé et fourni par les Etats-Unis ; construction de 'bases militaires...

Ce plan fut approuvé, avec l'accord des délégués latino-américains au mois

TRUMAN de février 1947, par la Junta interaméricaine de défense, qui, entre autres choses, recommanda la constitution d'un organisme militaire, formé de délégations des divers états-majors pour développer une étroite collaboration militaire en vue de la défense de l'hémisphère; des échanges d'officiers des trois armes pour les familiariser respectivement avec les formations et les opérations des différentes armées ; l'adoption du principe de la défense à longue portée; des accords pour l'emploi de bases militaires; des mesures de sécurité intérieure adoptées en accord avec les états-majors, etc.

Ce plan vient d'être mis définitive"ment au point dans la réunion qui a eu lieu dernièrement à Rio de Janeiro.

Isoler le plan Truman de la réalité économique de l'Amérique latine -comme le font les idéologues petitsbourgeois de l'« égalité juridique » -, ignorer la brutale prédominance yankee, ne peut que faire le jeu des prédicateurs hypocrites de limpérialisme devant les masses,

LES ÉTATS-UNIS ET LES PROBLÈMES

ÉCONOMIQUES LATINO-AMÉRICAINS

Le début d'industrialisation de plusieurs républiques latino-américaines eut comme conséquence une modification de leurs relations avec l'impérialisme. La guerre absorba les ressources de l'industrie des pays impérialistes, et obligea l'Amérique latine à fournir en grande partie par elle-même ses propres marchés. Déjà de petites industries fabriquant des produits de consommation immédiate s'étaient développées depuis la fin de la précédente guerre. Ce processus se trouva accéléré après la crise de 1930 et surtout depuis le début de la guerre.

Cette solution fut adoptée par les bourgeoisies nationales pour essayer de trouver de meilleures possibilités d'exploitation des masses indigènes. Mais, après la fin de la guerre, l'impérialisme yankee revient à nouveau pour reconquérir ses marchés et hériter des restes des impérialismes vaincus et de l'impérialisme anglais « victorieux ». Les bourgeoisies nationales, qui avaient amélioré leur situation, ne se résignent pas à perdre leurs avantages. Ouvrir les marchés signifie perdre une situation privilégiée dans le marché intérieur, en face de la concurrence de l'industrie yankee.

Plusieurs pays, latino-américains reterment la porte de leur économie et se retranchent derrière un nationalisme

N préjudiciable aux intérêts des Etats-

Unis. Ces contradictions ont déterminé les relations entre les Yankee et l'Amé. rique latine au cours des cinq dernieres années.

Les intérêts des Etats-Unis sont clairs. Ils ne s'opposent pas à la petite industrialisation de l'Amérique latine : industrialisation pour les besoins immédiats de consommation, industries légères... « si elles s'adaptent aux conditions locales et tiennent compte, entre autres, des facteurs suivants : facilités d'obtention des matières premieres, des capitaux nécessaires, nationaux ou étrangers, et du personnel technique indispensable ; nécessité d'élever le niveau de vie des travailleurs du fait que ces industries puissent vivre sans la nécessité d'une protection douanière élevée qui nuirait aux intérêts des consommateurs. Dans la création des industries, les républiques américaines pencheront pour l'initiative privée, évitant dans toute la mesure du possible que les gouvernements fassent concurrence aux industries privées, sauf quand cela serait indispensable pour l'intérêt public. » (Conférence de Chapultepec, résolution sur le développement industriel.)

Les Etats-Unis ont intérêt à créer une industrie complémentaire et non concurrente de leur grande industrie. Ils constituent ainsi une clientèle sûre pour leur industrie lourde. C'est-à-dire que, dépendant de la fourniture des machines yankee, il se constitue une industrie légère là où le marché et les matières premières rendent la production meilleur marché.

Mais les Etats-Unis aspirent à dominer cette même industrialisation légère au moyen de leurs investissements. « Les républiques américaines s'emploieront à donner de larges facilités à la libre circulation et aux investissements des capitaux, en accordant le même traitement aux capitaux étrangers et nationaux, sauf quand l'investissement de ces derniers est contraire à des principes fondamentaux d'intérêt public. » (Procès-verbal de Chapultepec.)

En face du fait concret de l'industrialisation, les Etats-Unis entendent dominer celle-ci. « Cette phase de l'industrialisation nationale est accaparée par les entreprises impérialistes étrangères qui transfèrent dans nos pays leurs équipes, leurs techniciens, leurs affaires et leur politique économique, et contrôlent ainsi cette étape du développement économique national. » (Castelano, revue Nuestra economia. ».) 26

« L'orientation présente du capital nord-américain est d'engloutir Tindustrie légère naissante au moyen d'investissements associés aux capitaux indigènes, ou de l'achat d'actions à travers les « holdings » (R. Arismendi, « Para un prontuario del dolar ».)

« La participation commune du capital étranger et national est la pierre de touche de la plupart des études de plans pour laprès-guerre en Amérique latine. » (Feuierlein y Haman. « Dolars in Amérique latine ».)

« Les investissements de capitaux étrangers dans des entreprises privées des républiques américaines devront de préférence se réaliser de façon à assuver au capital national une juste et adéquate participation, non seulement dans la constitution des entreprises, mais aussi dans leur direction; et comme regle générale ces investissements ne devraient pas déplacer les capitaux nationaux des industries, affaires ou activités qui existent deja. » (Conférence de Chapultepec.)

Des couches des bourgeoisies nationales latino-américaines, qui ont vu leur situation s'améliorer pendant la guerre, esquissent dans quelques pays une résistance bien faible à cette politique.

Mais leur faiblesse devant un ennemi qui, dans le meilleur des cas, domine 50 % de l'industrie nationale et le marché mondial, qui est le maître des dollars, des devises et aussi de l'industrie lourde qui conditionne l'industrie légère latino-américaine, souligne leur impuissanee à aller plus loin. D'un autre côté, les masses latino-américaines engagent des luttes pour l'amélioration de leurs conditions de vie, à travers les partis réformistes et staliniens, comme au Chili, au Brésil, en Uruguay, etc.; ou bien, en appuyant la petite bourgeoisie ou la bourgeoisie dans leur's velléités * anti-impérialistes, comme dans le cas du Parti Authentique de Grau San-Martin à Cuba, du P.R.M. au Mexique, de l'Action démocratique de R. Bentancourt au Venezuela, du M.N.R. en Bolivie, du péronisme en Argentine, etc.

Les bourgeoisies nationales, placées entre l'impérialisme et les masses, sont incapables de par leur faiblesse de développer une politique indépendante et conséquente. Elles ne peuvent faire face à l'impérialisme qu'en s'appuyant sur les masses. Mais cet appui implique, à son tour, le fait de se retrouver avec leur faiblesse devant les masses popu-

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TANT laires. Et la bourgeoisie nationale sait que si ses intérêts peuvent être conciliés avec ceux de l'impérialisme, ils ne peuvent jamais l'être avec ceux des masses exploitées.

Ces contradictions ont été exploitées par l'impérialisme pour vaincre les unes après les autres les diverses résistances qu'il a trouvées au sud des Rio Bravo. Tandis que les gouvernements latino-américains sentent échapper à leur contrôle les mouvements des masses qui les soutiennent et qui posent les termes d'une politique révolutionnaire face à l'impérialisme, celui. ci, à son tour, accentue sa pression économique. Tel a été le cas de la Bollvie. La même chose s'est produite pour l'Argentine. La bourgeoisie yankee savait son aide indispensable pour la réalisation du plan quinquennal. Elle a méme envoyé des représentants pour y collaborer : le lieutenant royal général B. Lord, l'amiral Flammingan. Et ceuxci ont déclaré récemment que le plan quinquennal ne pourra se réaliser que sur la base de 30 % et encore sur la base d'un grand apport de machines yankee.

La bourgeoisie argentine, en face de cette situation, essaye de décharger sur le dos du prolétariat le poids de ses aventures économiques et financières. « Produire, produire, produire », tel est son mot d'ordre. Un journal officieux parle déjà des dix heures. Mais le pro• létariat qui a soutenu Peron, croyant défendre ses intérêts, n'accepte pas qu'on décharge sur son dos le poids de l'impuissance de la bourgeoisie. Les choses se trouvant posées de cette fason, l'Argentine, à la Conférence de Rio-de-Janeiro, s'intégra dans la politique de l'impérialisme yankee. La bourgeoisie argentine qui n'a pu obteni une position avantageuse par l'exploitation de son prolétariat, rentre dans le sillage « démocratique » d'acceptation des « majorités » obéissantes.

Le plan Truman, sous cet aspect, vient de consacrer l'unification de la puissance militaire des bourgeoisies sud-américaines sous la direction des Etats-Unis. De cette façon, la dénendance et la subordination deviendront totales. Par là même aussi « s'éloigne la possibilité qu'avec des buts défensifs soient jetées les bases d'une indus trie lourde, de vitale importance dans la voie d'une économie indépendante ». (Arismendi.)

LES MATIÈRES PREMIÈRES

Mais à la base du plan Truman se trouvent aussi d'autres intérêts fondamentaux, étroitement liés aux précédents. En particulier la protection des vingt et une matières premières que les Etats-Unis ne possèdent pas dans leur territoire, et que le ministère de la Guerre considère comme « stratégiques » - c'est-à-dire indispensables pour la guerre — et aussi la protection des autres matières premières considé rées. comme « critiques » — c'est-àdire produites en quantité insuffisante aux Etats-Unis. Ces matières premières sont entre autres : l'étain, le caoutchouc, le manganèse, de la Bolivie; le café du Brésil et de la Colombie; le

La couverture « idéologique » de ce cynique expansionisme économique, politique et militaire est la lutte contre rU. R. S. S., contre le stalinisme et contre le prolétariat, lutte prépondéronte actuellement sur la scène mondiale.

Les Etats-Unis — et concrètement le sucre de Cuba et de Saint-Domingue ; la laine de l'Argentine et de l'Uruguay; les nitrates du Chili; l'argent du Mexique ; le pétrole du Mexique, du Venezuela et du Pérou; et beaucoup d'autres encore.

L'Amérique latine ne doit donc pas être vulnérable. Elle doit être fortifiée contre les dangers extérieurs et inté rieurs. « Les matières premières seront, par le moyen du plan Truman, organisées et mises à la disposition des puissants monopoles directeurs de la force guerrière du continent, et cela en éliminant les obstacles gênants des grèves et des nationalisations économiques ». plan Truman - veulent renforcer la pesition des bourgeoisies sud-américaines en face des masses exploitées qui se présentent au premier plan de la lutte politique avec leurs intérêts propres ; en face du stalinisme qui dirige les couches les plus combatives du prolétariat dans différents pays : Chili, Uru-

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LA LUTTE ANTICOMMUNISTE

LA LUTTE ANTICOMMUNISTE

UATRIEM ES I N guay, Brésil, et veulent aussi préparer les arrières postes, consolider les positions en vue de la prochaine grande bataille contre l'U.R.S.S.

Voilà pourquoi lel gouvernement du Brésil, leader de la politique yankee au sud du Rio-Bravo, a essayé de liquider,« légalement » le parti communiste et le mouvement ouvrier. Même explication pour la législation répressive amorcée par le pouvernement uruguayen. Actuellement au Chili, Juan A. Rios mène le combat contre le deuxième grand parti stalinien d'Amé-

LA POLITIQUE

Le stalinisme, dont le jeu est fonction de la bureaucratie stalinienne, s'est toujours proposé de défendre la bureaucratie comme telle et non les conquêtes révolutionnaires d'octobre. Pourtant ses intérêts sont opposés à ceux de l'impérialisme, mais ils le sont encore hien davantage à ceux de la révolution prolétarienne.

A cause de cela, au lieu d'appeler le prolétariat à la défense révolutionnaire de l'U.R.S.S. par les masses opprimées du monde entier, il utilise son prestige parmi elles — prestige qui découle du fait que les masses croient encore à IU.R.S.S. - pour marchander avec les différents courants de la bourgeoisie.

Traditionnellement, le stalinisme a utilisé la politique qui consiste à exploiter les contradictions de l'impérialisme. Concrètement dans les pays semicoloniaux, en Amérique latine, Il a prétendu exploiter les contradictions entre les bourgeoisies et les petites bourgeoisies nationales et l'impérialisme. Et il a donné une valeur absolue à ces contradictions, prétendant que les bourgeoisies nationales prostituées des pays semi-coloniaux pouvaient jouer un rôle indépendant anti-impérialiste, leur assignant en conséquence la tâche de faire aboutir la révolution démocratique bourgeoise. 28

TERNATIONALE rique. Le P.I.R. bolivien a été exclu du gouvernement.

Rio-de-Janeiro, non de façon officielle, mais dans des réunions extra-officielles, a certainement ratitié cette politique. Bien qu'officiellement le point se rap. portant à I' « agression politique » ait été retiré de l'ordre du jour, les déclarations de Connaly, à Washington, qu'a « Rio-de-Janeiro serait coordonnée la lutte continentale contre le communisme », de même que les déclarations de plusieurs diplomates et gouvernements, ne laissent aucun doute à ce sujet. DU STALINISME

Comme nous l'avons vu, la bourgeoisie nationale est incapable de conduire une lutte réelle contre l'impérialisme, et, actuellement, après de taibles tentatives, elle s'est alignée derrière celui-ci dans sa lutte contre le mouvement ouvrier, le stalinisme et Y'U.R.S.S.

Nier le rôle indépendant des masses exploitées dans les pays sud-américains, subordonner leur politique à celle des bourgeoisies nationales, cela équivaut, en dernière analyse et en tenant compte de la dépendance de celles-ci, à jouer la carte de l'impérialisme dans la grande lutte mondiale entre l'impérialisme et le prolétariat.

Comme partout ailleurs dans le monde, les masses exploitées sud-américaines, sous la direction du prolétariat, sont les seules à pouvoir faire avancer les tâches progresives, qui n'ont pas encore été réalisées, de la révolution démocratique bourgeoise, en liaison directe avec celles de la révolution socialiste, de la même façon que sont liées entre elles l'économie semi-féodale et l'économie bourgeoise..-

(Extrait du journal Contra la Corrente. Septemore-octobre 1947. Organe de la Ligue Ouvrière Révolutionnaire, section uruguayenne de la IVe Internationale.)

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