DES semaines de luttes ouvrières culminant en une crise révolutionnaire viennent de s'écouler. Une étape vient d'être franchie; une autre commence. Des leçons s'en dégagent dans de multiples domaines. Nous allons donner une analyse sommaire des mouvements et nous insisterons sur ce qui a trait au fait le plus important pour l'avenir, la construction du parti révolutionnaire.
Les luttes ouvrières de novembre et de décembre 1947 sont le point culminant d'un mouvement commencé avec la grève Renault le 25 avril dernier. Depuis cette date, en dehors d'une légère accalmie, pendant queiques semai nes, en juillet et en août, le mouvement
Les « forces »
Son Etat s'est montré d'une faiblesse extraordinaire. Ses forces armées dis• persées en Afrique du Nord, à Madagascar, en enlne ine, eait quends quet en car, en Indochine, en Allemagne et en dizaines de milliers de soldats, pas sûrs du tout, qu'il a pu ici et là utiliser pour des tâches de boueux ou de gardes-voies, mais pas pour la répression. Chaque tois que la troupe s'est trouvée en face de manifestations ouvrières, elle a cédé. A Saint-Etienne, quatre automitrailleuses disparurent.
La bourgeoisie ne fut pas beaucoup plus heureuse avec ses forces de coercition professionnelles ou semi-profes sionnelles. A Marseille, les Compagnies Républicaines de Sécurité combattirent avec les manifestants. Par décret et par loi, le gouvernement licencia une dizaine de ces compagnies qu'il n'avait pas en mains. La garde mobile et la police seules servirent fidèlement le gouvernement. Mais, à côté de nombreux actes de brutalité, on a pu constater aussi des cas fréquents de défense plutôt faible. Les mineurs, les cheminots en plus d'un endroit reprirent assez aisément leur puits ou leur dépôt.
Quant à des forces extra-légales de type fasciste ou pro-fasciste, il n'en fut jamais question, bien que les élections de grèves s'est développé ave une force incomparable, englobant des millions de travailleurs de toutes les corporations. Cela a commencé au printemps, sous le soleil, de façon pacifique, dans une bonne humeur presque générale ; et ça s'est achevé, en hiver, sous la pluie et la neige, dans des villes sombres, pleines d'ordures non ramassées, par des combats avec la police et ia garde mobile.
Cette bataille se termine par un succès de la bourgeoisie et par un échee des ouvriers quant à leurs revendications. Mais la bourgeoisie ne le doit nullement à ses forces propres et très peu à ses instincts de classe dirigeante capable de s'adapter au mieux dans une situation extrêmement critique. e la bourgeoisie municipales du 18 octobre aient donné une victoire électorale à de Gaulle, bien que le « Rassemblement du Peuple Français » eût à sa disposition des dizaines de municipalités de grandes villes. Après cette grande bataille ouvrième, on peut apprécier plus exactement la signification et la valeur des élections municipales du 18 octobre.
La victoire du R.P.F. s'est effectuée aux dépens du M.R.P. qui avait été créé au moment de la « libération > pour canaliser la poussée à gaucne ues masses petites bourgeoises. La victoire du R.P.F. est l'expression incontestable d'un glissement à droite de la petite bourgeoisie et l'indice d'un danger très sérieux. Ce glissement exprime que la petite bourgeoisie continue à chercher des solutions radicales et que les vieux partis ouvriers qu'elle assimile à la classe ouvrière l'ont déçue par leur incapacité, par les mouvements ouvriers qui entraînent des ennuis de toute sorte (manque de pain, de transports, de journaux, etc.) dont elle ne s'était pas plainte, mais qui n'aboutissent à aucun résultat sérieux.
Au cours des grèves, la presse bourgeoise, qui a un sens très averti des réactions du public petit bourgeois, s'est bien gardée d'attaquer les travailleurs en lutte. Elle reconnut ce qu'elle appelle
VATRIE ME la « légitimité » des revendications ouvrières, et dénonça l'exploitation politique qu'en font les staliniens.
De Gaulle a récolté les voix de la petite bourgeoisie mais il n'a pas encore pu utiliser celle-ci sur le plan extraparlementaire, il n'a pas encore pu mobiliser les masses petites bourgeoises dans des actions antiouvrières, il n'ose pas se livrer à une attaque frontale, il
TERNATIONALE recule dès qu'il sent passer le souffle des luttes ouvrières (1), il s'efforce de n'avoir à employer que des moyens lé. gaux pour parvenir au pouvoir. Tout cela montre que la petite bourgeoisie est loin d'être définitivement orientée à droite, tout cela montre que la petite bourgeoisie n'a pas cessé d'osciller et que son évolution future dépend entièrement de l'évolution du prolétariat. -
Les hésitations dans la bourgeoisie
Du côté du grand capital, rien n'a manifesté plus clairement un désarroi que ses hésitations depuis les élections municipales du 18 octobre sur la question gouvernementale. Ramadier, Blum, Reynaud, Schuman, les appels à Blum et à de Gaulle pour qu'ils trouvent un terrain d'entente, ete., chaque jour de nouvelles suggestions apparaissaient dans Le Monde. La bourgeoisie voudrait bien de Gaulle, mais, en même temps. elle craint que son arrivée au pouvoir ne déclenche une guerre civile dont l'issue est incertaine. Au cours des grèves, elle brandit des menaces, manifesta des velléités de répression, mais se montra impuissante à faire un usage systématique d'une force dont elle sait mieux que quiconque les limites. Elle ne visa qu'à gagner du temps, qu'à dissocier la classe ouvrière, en exploitant les reformistes et - comme nous le verrons plus loin — la politique des staliniens.
A vrai dire, dans la bataille qui s'engagea vers la mi-novembre sous la pression des contradictions sociales, le gouvernement bourgeois d'une part et les staliniens d'autre part agirent à la manière de joueurs de poker, se relançant successivement pour se trouver finalement au bord d'une guerre civile dont les uns et les autres étaient effrayés. Vers le plus haut point du mouvement le gouvernement hésita pendant 48 heures environ : négocier ou ne pas négocier ? Schuman, président du Conseil, apparemment se raidissait, mais Daniel Mayer, ministre du Travail, avait entrepris des pourparlers dans la coulisse. L'entrée en grève des centrales électriques avait entraîné l'arrêt du métro de
Les socialistes au gouvernement et leur presse ont joué le rôle le plus infect. Peu de journaux tombèrent si bas que « Le Populaire » dont les coups étaient uniquement dirigés contre le parti communiste et qui n'eut pas un
Paris. Mais le gouvernement fit réoccuper les centrales, fit rétablir le courant électrique. La direction syndicale (stalinienne) n'élargit pas le mouvement. Le métro se remit à rouler. Le gouvernement eut le sentiment qu'il venait de franchir un passage difficile, il exploita son avantage, refusa dès lors de négocier, consolida ses positions au Parlement, marqua des positions sur les chemins de fer et dans les postes.
A présent, le gouvernement affecte de jouer les magnanimes. Dénonçant les staliniens, il prétend s'intéresser aux revendications ouvrières. Mais les travailleurs savent bien que les Versaillais n'ont pas l'habitude d'être cléments dans la victoire. En fait le gouvernement n'a aucunement la force de poursuivre très loin ses succès. Après la grève des cheminots de 1920 le gouvernement MilTerand procéda à plus de 20.000 révoca-, tions de travailleurs du rail. Au lendemain de la grève générale du 30 novembre 1938, le patronat de la métallurgie parisienne put se permettre de renvoyer plus de la moitié des ouvriers de cette industrie. Aujourd'hui le nombre des révocations, licenciements, et autres sanctions, sans être négligeable, est incomparablement moins élevé que ceux mentionnés plus haut.
La classe ouvrière a subi un lourd échec, mais elle n'a pas du tout éré écrasée. Elle est retournée au travail avec sa capacité de combat peu profondément entamée. Elle n'a pas été battue, elle a été trahie. La bourgeoisie doit son succès, une fois de plus, avant tout, aux vieilles directions ouvrières. mot pour les revendications ouvrières. Mayer, Moch, Naegelen, de piêtres per-
(1) Il renonça à tenir à Paris une conférence au moment où le mouvement s'élevait vers la grève générale.
Les réformistes traditionnels
Les réformistes traditionnels
Q VATRIEME IN sonnages qui jouèrent un bien méchant rôle.
L'intervention des bureaucrates syndicaux réformistes, de Jouhaux et de sa clique rassemblée dans la tendance
« Force Ouvrière » fut tout aussi ouvertement celle de briseurs de grève, de jaunes. Mais leur intervention de cet ordre se combina à des manœuvres savantes au sein de la direction de la
C.G.T. où ils se trouvaient en minorité. Ils commencèrent. quelques jours avant le mouvement, dans une Conférence
Nationale de « Force Ouvrière », puis au Comité National Confédéral de la
C.G.T. par se délimiter des staliniens, tant sur le plan de la politique intérieure que de la politique extérieure. Quand les luttes commencèrent à se développer, ils se prononcèrent nettement contre celles-ci, ce qui entraîna une division dans le Bureau Confédéral. Mais Jouhaux, se trouvant en minorité, se garda bien de procéder à la scission, malgré les appels qui lui étaient adressés par divers syndicats autonomes qui avaient été créés dans les mois précé. dents. Il resta toujours en négociation d'une part avec le gouvernement, d'autre part avec Frachon et l'aile stali-
Les dirigeants staliniens avaient derrière eux la majorité de la classe ouvrière. Ils pouvaient tout faire avec lénergie que celle-ci dépensa au cours des dernières luttes seulement. Ils sont les principaux responsables de l'échec de la classe ouvrière.
Il faut disséquer ce que fut, à chaque instant, leur tactique, pour comprendre à quel degré de raffinement ils ont poussé l'art de mener la classe ouvrière à des échecs et à des défaites.
Le parti stalinien a été accusé d'avoir fomenté les mouvements qui se sont produits sur les ordres du Kominform pour ies besoins de la diplomatie sovié. tique. Ce n'est pas vrai. Ces mouvements ont leur origine dans les conditions de vie intolérables imposées à la
Les tournants staliniens,
Quand éclata la grève Renault en avril 1947, il y avait encore des staliniens au gouvernement et, pendant une semaine, le parti stalinien dénonça la grève, comme il l'avait fait de tout mouvement revendicatif pendant plus de deux ans, depuis la « libération ». Male ayant compris que cette grève pouvait être le début d'un vaste mouvement qui risquait de le déborder sur la gauche, 18
TERNATIONALE nienne du Bureau Confédéral ; condamnant les grèves et condamnant aussi les projets de lois scélérates déposés par
Schuman, mais torpillant celles-là et temporisant sur ceux-ci. Il comprit que la tactique stalinienne de vagues successives était vouée à l'échec (il l'avait enseignée à Frachon ,Monmousseau, etc., en 1920) et que le gouvernement ne pourrait pas, comme à cette époque, rompre avec la C.G.T., et fut centain qu'en jouant le rôle d'entremetteur, il renforcerait sa position dans la
C.G.T. au détriment de celle des staliniens. Un incident symptomatique révéla la position des staliniens vis-à-vis de Jouhaux. Au moment où « l'Humanité » et le Comité National
Central de grève, bureaucratiquement créé par les staliniens, dénonçaient violemment les jaunes de « Force Ouvrière », non seulement ils se gardèrent de mentionner Jouhaux qui était le dirigeant de ces briseurs de grève, mais, à la suite d'une intervention contre Jonhaux faite au cours d'un meeting syndical par un leader stalinien, le Bureau Confédéral unanime rendit hommage. au patriotisme de Jouhaux dans l'atfaire de Munich (2). classe ouvrière. Ils étaient inévitables et avaient été prévus, lété dernier, quand furent exposées les premières justifications d'un plan Marshall. Il fallait les dollars américains pour prévenir ou amoindrir des révoltes de masse, inévitables au cours de l'hiver qui venait. S'il est vrai que le parti stalinien a cherche a exploiter ces mouvements au profit des intérêts de la diplomatie du Kremlin, il ne faut pas oublier : 1°) qu'il a différé et combattu pendant de longs mois l'éclatement de ces mouvements; 2°) que sa liaison avec Moscou l'oblige à rester dans le cadre de la société capitaliste et à s'y livrer a une politique de pression dans le régime qui devient inopérante et catastrophique là où il faut une politique de renversement de régime. la conduite des grèves le parti stalinien fit un premier tournant au commencement de mai 1947 :
(2) Depuis que cet article fut écrit, les gens de « Force ouvrière » ont décidé la. scission de la C.G.T. Jouhaux était contre cette politique pour l'immédiat, mais il ne se sépare pas des siens. Nous traiterons de cette question dans un article ultérieur sur les perspectives du mouvement ouvrier en France après l'échec de la grève générale.
Les staliniens et la question gouvernementale
Les staliniens et la question gouvernementale
VATRIEME il laissa faire ou, pour employer l'expression de son dirigeant syndical le plus expérimenté, Benoit Frachon, Il s'abstint de « maintenir le couvercle sur la marmite ».
Pendant environ trois mois, jusqu'a la première grève des mineurs de l'été 1947, le parti stalinien conserva cette politique expectative. Ses militants dans tes usines avaient reçu l'ordre de s'abstenir de prendre position pour ou contre la grève, mais de veiller — dans les cas où celle-ci était décidée — à être de toute façon à sa direction. C'est ainsi que l'on vit au mois de juillet se produire la grève des cheminots, une grève qui fut totale pendant plus d'une semaine, avec des comités de grève locaux élus, sans direction centrale, sans que la. Fédération des 'Cheminots ait, à us moment donné, lancé l'ordre de grève, (tut-ce après coup), une grève qui cessa lorsque la Fédération eut signé un accord sur les salaires avec le ministre.
Avec la grève des mineurs, un nonveau tournant du parti stalinien. se fit jour. Il commence à soutenir et à encourager les grèves, ses militants prennent en général l'initiative de leur déelenchement et en assument la direction. La seule exception importante est celle
Dans leur emploi de mots d'ordre revendicatits, comme dans tous les autres aspects de leur politique, les staliniens ont fait le maximum pour freiner les luttes.
A aucun moment ils n'ont abandonné leur politique de production. Bien au contraire, au cours des derniers débats parlementaires, ils ont défendu le fond théorique de leur politique du « pro duire d'abord » de 1945 et 1946, une politique ouvertement et franchement de collaboration de classes. Ils ont renouvelé leur défense de la politique de production dans l'appel du Comité national de grève qui donna l'ordre de la reprise du travail.
Quand Renault démarra en avril, suivi par plusieurs usines métallurgiques, pour une augmentation horaire du salaire de base de 10 francs, à titre n° première mesure pour l'établissement d'un minimum vital, les staliniens se d'un prononcèrent d'abord pour 3 francs, puis pour 10 francs à titre de prime de production, et affectèrent d'ignorer à ce moment la question du minimum vital. Puis sous la poussée des événements, ils
RNA TIONAL E du métro de Paris. « L'Humanité » condamna la grève pendant 48 heures. Mais le développement de cette grève a motitré que cela était dû au fait qu'elle avait été déclenchée par un syndicat autonome hostile à la direction stalinienne du syndicat adhérent à la C.G.T. et que les staliniene ont cherché par toutes sortes de manœuvres à reprendre la direction de la lutte.
Quels objectifs les staliniens ont-ils dans ces mouvements qu'ils stimulent désormais ? Tantôt il semble qu'ils veulent retrouver des places dans le gouent elent ver des planes pas soir« gouvernement démocratique » où le P.C.F. aura la place prépondérante, soit un gouvernement « jeune et vigoureux » sans autre précision ? Tantôt il semble qu'ils veulent seulement (à titre de ligne ultime de repli) obliger le gouvernement français (quel qu'il soit) à être plus près de Moscou que de Washington ou de Londres dans les négociations qui se poursuivent. En tout cas, à aucun moment, les staliniens ne se posent en candidats résolus et décidés au pouvoir et à aucun moment ne vont-ils donner comme objectif primordial aux luttes ouvrières le seul mot d'ordre qui aurait pu les galvaniser, celui du gouvernement ouvrier et paysan. parlèrent d'un relèvement général des salaires. Finalement, le Comité Natio nal Confédéral de la C.G.T. en novem. bre et les dirigeants staliniens au cours des grèves rusèrent avec les deux mots d'ordre principaux du minimum vital et de l'échelle mobile en proposant un minimum vital manifestement insuffisant et en revendiquant une « révision trimestrielle des salaires » pour le cas où le coût de la vie continuerait à s'élever. Ajoutons qu'au cours des grèves, ils se livrèrent à toutes sortes de cabrioles à ce sujet, insistant tantôt sur une augmentation de 25 %, tantôt sur une prime mensuelle de 2.000 franes, tantôt sur une prime mensuelle de 1.500 franes.. et abandonnèrent pratiquement la revendication du minimum vital garanti par l'échelle mobile.
Ce n'es pas par hasard que les staliniens se livrèrent à cette substitution. Une augmentation de 25 %, une prime mensuelle, une révision trimestrielle, ce sont des revendications qui ne règlent rien, qui, même accordées, laisseront tous les problèmes non résolus et qui poseront à nouveau un peu plus tard avec plus d'acuité les mêmes questions.
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Les staliniens et les mots d'ordre revendicatifs
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Les staliniens et les mots d'ordre revendicatifs
Elles n'ont rien qui puisse stimuler les ouvriers à se lancer dans une grève générale, qui est une bataille qu'on ne renouvelle pas tous les trois mois.
Quant au mot d'ordre de contrôle ou-
Le mot d'ordre
Il ne fut jamais lancé et, dans « l'Humanité » du 7 décembre, Frachon, dans un article préparant la retraite, écrit : « Jamais, la C.G.T. n'a lancé l'ordre de grève générale. »
C'est une justification qu'il voudra employer désormais contre les gens de « Force Ouvrière ». Mais c'est précisément un des plus forts arguments que l'aile révolutionnaire pourra diriger contre la majorité stalinienne. Le Bureau confédéral, malgré son droit statutaire, s'est dérobé à ses responsabilités. Pour pouvoir le faire, il fut constitué, très bureaucratiquement, un Comité centrai national de Grève, composé de représentants de 20 fédérations. Ce Comité national de Grève a publié des communiqués de victoire, a prodigué des encouragements verbaux, a en censé son leader Frachon, mais n'a jamais donné une directive bien précise, sauf l'ordre de reprise du travail.
L'organisation et la direction de la grève sont très symptomatiques des contradictions dans lesquelles se trouvaient les staliniens.
Lors de la première grève Renault, tout comme au moment de la grève des postiers d'aott 1946, les travailleurs élirent démocratiquement par atelier oi par bureau des Comités de grève et pour l'usine ou la corporation un Comité central de Grève. Ces comités élus se trou
Ce mouvement permit de constater d'extraordinaires manifestations combativité ouvrière. Ces manifestations furent visibles dans des combats avec les forces armées de la bourgeoisie. Ces manifestations furent moins éclatantes mais non moins profondes en endurance, en volonté résolue de tenir à tout prix, avec à peine de quo). manger. La métallurgie parisienne, à une majorité écrasante, fut surprise de l'ordre de rentrée (qui fut donné bureaucratiquement) alors qu'elle pouvai tenir encore avec confiance, sans aucun danger d'effilochement, comme c'était déjà le cas dans d'autres corporations. bes mineurs du Nord et du Pas20
TERNATIONALE vrier, il ne fut jamais soulevé par les dirigeants staliniens, car il ne fallait pas pour eux approcher, par quelque voie que ce soit, de la question de la dualité du pouvoir. de grève générale vèrent en opposition avec la diréctior syndicale (3). Le danger de la formation de directions ouvrières indépendantes — et, en fait, opposées à eux — incita les staliniens à reprendre à leur compte le création de comités de grève. D'autre part, l'extension du mouvement non seulement ne se prêtait pas facilement à l'emploi de méthodes bureaucratiques, mais nécessitait au contraire de faire appel à l'initiative ouvrière. On vit donc les staliniens reprendre à leur compte l'élection vraiment démocratique des comités de grève à la base, y acceptant la participation de militante révolutionnaires, de trotskystes connus de tous, qui y défendirent ouvertement leur programme; mais on les vit en même temps substituer à l'élection démocratique de comités la nomination bureaucratique de comités au fur et à mesure que l'on se dirigeait de la base vers le sommet. C'était le moyen de con. server le contrôle sur l'ensemble du mouvement.
Jusqu'aux tout derniers jours où la grève générale était encore possible, les dirigeants staliniens s'opposèrent à la tenue d'assemblées générales des conii. tés de grève par localités. Quand certaines usines parvinrent à obtenir localement des décisions en faveur d'une telle mesure l'appareil syndical en sabota l'application. de-Calais ont continué la lutte, apres avoir reçu l'ordre de rentrée, pares qu'ils ne voulaient pas travailler sous la surveillance de la police et de l'ar mée - et le gouvernement dut céde immédiatement devant ces ouvriers qui, loin d'avoir été corrompus par le trat-
(3) Nous n'oublions pas la différence entre le Comité central de grève des postiers. qui, dans le développement des événements. devint l'instrument des réformistes et des scissionnistes qui constituèrent la « Fédération syndicaliste des P.T.T. », et le Comité central de grève de chez Rennult dont les membres, malgré l'aventure imbécile du « Syndicat démocratique de chez Renault », restèrent. dans leur grande majorité, aur sein de la C.G.T.
La combativité et les hésitations dans le camp ouvrier
La combativité et les hésitations dans le camp ouvrier tement spécial qui leur est accorde, (meilleures rations, meilieures payes), ont montré une force remarquable dans la lutte contre l'Etat bourgeois, leur patron.
Mais ce mouvement connut aussi des signes d'hésitation et, vers la fin. de lassitude. Ils sont dûs à la conjonction des actions des vieilles directions, même lorsque celles-ci se dressaient l'une contre l'autre.
Les briseurs de grève de « Force Onvrière » ont crié à la « grève politique » qu'ils ont opposée aux grèves éco nomiques parfaitement légitimes. Ils ont été aidés par le gouvernement. Le mi. nistre du Travail, le socialiste Daniel Mayer expliqua dans une réunion de son parti que pour aider « Force Onvrière » contre les staliniens dans tes syndicats, le gouvernement avait accor dé des avantages à la Fédération des Employés, dirigée par le plus fieffé des fripons réformistes, Capocci, qui, après avoir brandi la menace de grève, se garda de participer au mouvement, et que le gouvernement s'était entenda avec Union Générale des Fédérationa de Fonctionnaires non seulement sur les augmentations de traitements mais sur le mouvement de grève limité à deux jours qui servit de soupape de sûreté.
Mais les briseurs de grève de.« Force ouvrière » furent singulièrement aidés par les staliniens. N'oublions pas que, pendant plus de deux ans, ceux-ci avaient dénoncé la grève comme l' « arme des trusts », ils avaient tout fait pour assoupir la combativité ouvrière. Ce n'est pas en quelques semaines qu'ils pouvaient impunément renverser la vapeur. En outre, ils ont, au cours de ces grèves, agi d'une façon qui devait entraver les élans et encourager les hésitations.
Le mouvement s'étendit sur près de quatre semaines. L'usure et la lassitude s'introduisirent, en même temps que les difficultés matérielles grandissaient dans les foyers ouvriers. Cóncentré sur quelques jours, ce mouvement eût été irrésistible.
Le sentiment d'être manœuvré par des intérêts différents de leurs inté-
Pour assurer le maximum de chances de succès à un mouvement révolutionnaire, il faut essentiellement d'une part une direction politique ferme, un parti véritablement révolutionnaire, et d'autre part une forme large d'organisation
TERNATIONALE rêts propres pénétra chez bien des travailleurs à la suite des manœuvres staliniennes. •Le cas le plus typique est celui des travailleurs du métro. En no tobre, ils tirent grève, espérant la grève générale pour les aider à vaincre, et ils durent rentrer avec une augmentation de 1.800 francs par mois, vite engloutie. Moins de six semaines après, on leur demande de sortir à nouveall.. pour une augmentation de 1,500 franes par mois. Ils se demandèrent ce qui était derrière tout cela et ne répond1rent pas à l'appel de grève.
Les staliniens, par crainte des conséquences d'une grève vraiment générale, cloisonnèrent le mouvement. Chaque ouvrier avait son horizon limité aux murs de son usine. Un exemple frappant de cette tactique défensive se réflèta également dans l'attitude d'opposition des députés staliniens aux lois scélérates. Ils firent une obstruction parlemen taire, systématique, mais il ne fut jamais question de lier les luttes en cours à cette bataille parlementaire. Il ne fut. pas question d'une manifestation ouvrière coordonnée à l'obstruction des députés au vote de ces lois. Et pour cause : le mouvement eût été amené à attaquer le gouvernement bourgeois, celui-ci eût été balayé.
Toutes ces conditions devaient entrainer des conséquences, plus particulièrement sur les cheminots et les postiers, où le mouvement finit par s'effranger dangereusement. On dit que c'est la Fé dération des cheminots qui pesa de tout son poids pour faire prendre, d'une manière absolument bureaucratique, au Comité national de grève une décisiou de reprise du travail, sans consultation des grévistes, par un ordre transmis par la radio et par téléphone, quelques heures après avoir appelé à la résistance à outrance.
Malgré tout cela, les ouvriers, en ralson de la force de leur mouvement et de la faiblesse des forces intrinsèques de la bourgeoisie, n'ont, malgré leur échec, nullement été écrasés. C'est le parti stalinien qui a subi des coups très rudes, et c'est là une démonstration de plus qu'il n'est pas possible d'assimiler la classe ouvrière aux vieilles directions qui la trahissent. des masses qui permette à celles-ci de deployer toute leur combativite, toute leur énergie. Le mouvement qui vient de se produire en France ne bénéficis ni de l'une ni de l'autre. Mais cela ne veut nullement dire qu'aucun pas n'ait
Vers une nouvelle direction révolutionnaire
Vers une nouvelle direction révolutionnaire
QUATRIEMEIN été accompli dans ces domaines. Nous avons déjà mentionné l'existence des comités de grève, élus démocratiquement à la base dans les usines et le fait qu'ils essayèrent dans quelques cas non seulement de remplir, sur la base de l'usine, les fonctions de direction en ce qui concerne la sécurité et le ravitaillement, mais aussi de se lier les uns •aux autres, indépendamment des barrières bureaucratiques dressées par les Vieilles directions. Ces tentatives échouèrent notamment par le fait que le nombre des militants révolutionnaires, animateurs des luttes et politiquement orientés, était, bien que supérieur à tout ce qu'on avait déjà vu, encore inférieur aux exigences de la situation.
Le problème de la direction révolutionnaire - qui se trouve souligné dès le début et à la fin du Programme de transition comme le problème-clef de notre époque — s'est, une fois de plus. montré dans toute son ampleur. Mais les événements ont également montré aux militants du P.C.I. combien les données de ce problème sont loin d'être statiques et comment elles se transforment rapidement et considérablement au cours de grands événemente.
Sur le plan des vieilles organisations oúvrières, c'est dans la social-démocratie que se produisirent les premières ruptures. Au début de la grève Renault, en mai, celle de la Jeunesse socialiste dans son ensemble. Au point culminant de la grève de décembre, celle de « l'Action socialiste et révolutionnaire », dirigée par Dechezelles, qui était secrétaire adjoint du parti socialiste jusqu'à son récent congrès de Lyon. Le développement politique des Jeunesses socialistes les a amenées très près du programme de la IVe Internationale. De son côté, « l'Action socialiste et révolutionnaire », qui vient seulement de naître, se prononce pour un regroupement révolutionnaire. Une clarificatioon politique y est inévitable et nous avons tout lieu d'espérer que les tendances qui, en son sein, ont des sympathies pour la IVe Internationale se fortifieront. 'Les ruptures dans la social-démocratie ont avant tout une signification politique ; par suite de l'état actuel du parti socialiste en France, de sa composition sociale et de ses rapports avec la classe ouvrière, il n'est guère possible d'escompter, de ce côté-là, autre chose qu'un apport quantitatif, très appréciable sans doute, à la force du parti révolutionnaire. Un changement qualitatif de celui-ci dans ses rapports avec la classe ouvrière ne peut être attendu que du côté du parti stalinien. car c'est lui qui non seulement jouissait de la con22
TERNATIRNALE fiance de la majorité des travailleurs, mais qui dispose aussi dans ses rangs du gros de l'avant-garde ouvrière révolutionnaire de ce pays. Il ne faut pas, en effet, oublier que le parti stalinien en France n'a pas connu, malgré les pertes subies au cours des années d'occupation, une hécatombe de ses cadres moyens et de ses cadres de base comparable à celle qu'ont subie par exempie les partis staliniens en Allemagne et en Italie. Le parti de Togliatti des effectifs plus nombreux que celui de Thorez. Mais il n'a pas ce qui relie le C.C. de Thorez à la classe ouvrière française, des cadres moyens, et surtout, à la base des cadres dans les usines (secrétaires de cellule, secrétaires de section syndicale), qui ont acquis une grande autorité auprès de la masso des travailleurs au cours de longues années de lutte, qui sont les dirigeants des luttes ouvrières, qui - dans leur ensemble - ont conservé leur foi révolutionnaire et dont la confiance envers la direction du parti stalinien était restée inébranlable, en dépit de tous les tournants. Sans eux, le parti stalinien serait impuissant. C'est parmi eux que se trouvent le éléments d'un véritable parti révolutionnaire de masses.
Leur autorité dans les usines (qui, fainait hien souvent accepter ou tolérer pendant longtemps leurs procédés bureaucratiques ou de violence contre les opposants_révolutionnaires) avait permis de dominer le mouvement syndical et de comprimer le mécontentement ouvrer dans les annéss qui suivirent la « libération ». Ce ne furent pas ces éléments qui jouèrent le rôle d'avant-garde an cours des premières luttes, celles qui précédèrent la grève Renault. Dès le début de l'année 1947, on vit se former, dans quelques usines, des comités de lutte. C'étaient des groupements de militants d'avant-garde — trotskystes, anarchistes, socialistes de gauche, ex-staliniens, des syndiqués de la C.G.T., de la C.N.T. ou des non-syndiqués — qui, ne voyant pas le moyen de faire triompher dans l'organisation syndicale de la C.G.T. la nécessité de faire grève pour arracher une augmentation de salaire, un minimum vital, se rassemblerent. pour préparer le combat. c'est-àdire fixer les revendications principales. mener l'agitation en leur faveur et organiser le débrayage de l'usine et l'élection de comités de grève. C'est le comité de lutte de l'usine Unic qui établit la revendication de l'augmentation de 10 franes sur le salaire de base, comme acompte sur le minimum vital, revendication qui sera reprise par Renault et popularisée ainsi dans toute la classe ouvrière.
Les comités de lutte se heurtèrent aux cellules du parti stalinien et aux directions des sections syndicales d'usine. Ils eurent le dessus en ce sens que les travailleurs entrèrent en grève. Mais on assista aussi à ce fait que les comités de lutte ne jouèrent plus de rôle et disparurent dès que la grève était engagée et, enfin, on put constater que, dès que les luttes attinrent une vaste ampleur (après la première grève des cheminots) il ne fut plus possible aux militants du P.C.I. de créer des comités de lutte, soit à l'échelle de l'usine, soit à l'échelle locale ou régionale, bien qu'on leur ait fixé pour objectif la grève générale. A quoi cela était-il dû ? Les comités de lutte avaient été en fait un front unique de militants d'une certaine avant-garde, front unique aux objectifs bien précis : faire débrayer pour les dix francs. Dès que cet objectif fut atteint, dès que les ouvriers usèrent à nouveau de l'arme de la grève, ce front unique se rompit de lui-même car de nouvelles tâches se posaient, auxquelles les comités de lutte ne répondaient pas. La tâche essentielle : le développement vers la grève générale, nécessitait une agitation pour l'objectif du gouvernement ouvrier et paysan et le démarrage non par usines isolées, mais par industrie ou par corporation. Il est compréhensible que les nécessites politiques de la grève générale (agitation pour un objectif gouvernemental) devaient éloigner les éléments anarchistes. Il est également compréhensible qu'il ne suffisait plus d'une avant-garde restreinte (parfois limitée à cinq ou dix travailleurs dans une usine employant plusieurs milliers d'ouvriers), pour déclencher la grève générale. Il fallait que cette avant-garde soit numériquement beaucoup plus nombreuse — mais elle n'existait pas en force suffisante hors de ces éléments de base du parti stalinien dont nous avons parlé plus haut.
Au cours du développement des gré -ves, nous avons assisté à deux phénomènes : la décomposition de la pre mière avant-garde numériquement fai-* ble et politiquement hétéroclite, et une tendance relativement récente à la formation encore bien lente d'une avant-garde. La décomposition de la pre mière avant-garde s'est surtout manifestée après les premières grèves dans la formation d'organismes autonomes s'intitulant syndicat. La C.N.T. prit un essor assez grand, elle prétendait avoir plus de 100.000 membres. L'absence de perspectives politiques claires et d'un programme précis, d'une part, et l'absence d'une compréhension juste des rapports entre une avant-garde
TERNATIONALE et la classe, c'est-à-dire entre le parti révolutionnaire et les syndicats, d'autre part, ont contribué à ce que, parmi les militants qui ne suivaient pas le P.C.I. ou la tendance révolutionnaire dans la C.G.T. « Front ouvrier », une grande partie s'est isolée de sa classe par suite d'une stalinophobie vulgaire, a perdu le contact avec le gros de la classe, n'en a plus compris les réactions, a attribué la dernière phase importante du moument - les grèves de novembre-décembre - à une machination stalinienne... et s'est opposée aux grèves, faisant ainsi, sous prétexte de ne pas servir la politique stalinienne, le jeu de la bourgeoisie.
Dans le parti stalinien, les cadres de base restèrent au début toujours fidèles dans leur écrasante majorité à la direction, au C. C. et à ses « chefs bienaimés ». La crise se traduisit tout d'abord par des manifestations avec les pieds de la base du parti stalinien, les réunions étaient moins bien fréquentées, etc. Puis, on sut que çà et là des critiques se faisant jour dans les cellules d'usine, dans les commissions exécutives des sections syndicales. Certains militants du P.C.F. reprenaient, à l'intérieur de leur parti, mais là seulement, les critiques à l'usage de * leur direction que les trotskystes adressaient à leur parti. On vit aussi se, produire des modifications de rapports entre militants du parti stalinien et militants trotskystes à la base : pas de manifestations spectaculaires, mais des signes qui ne trompent guère : la participation dans le travail syndical acceptée sinon recherchée, des conversations privées plus nombreuses, plus attentives...
Le discours de Thorez au C. C. tenu en octobre étonna un certain nombre de militants de base par sa reconnaissance d'erreurs commises depuis douze ans, dans le « Front populaire » et dans la « résistance ». Thorez les voyant dans la forme de cette collaboration de classes, alors que ces militants les sentaient plus ou moins clairement dans la collaboration elle-même. Il serait erroné d'oublier que la politique du parti stalinien est avant tout dictée par le Kremlin, mais il serait aussi erroné d'oublier qu'elle ne peut pas ne pas tenir compte de la masse à la tête de laquelle se trouve ce parti. Ce serait non seulement erroné, mais également dangereux car ce serait se priver de toute possibilité de comprendre le mouvement et d'intervenir efficacement dans celui-ci.
La grève des transports parisiens, en octobre, donna une secousse à tout le prolétariat de la capitale. L'Union des
Q. UATRIEMEIN syndicats, pour gagner une semaine, fit procéder dans les usines à un vote sur la grève générale. Comme dans une ouverture, on y entendit tous les airs qui devaient être joués moins de six semaines plus tard : les réformistes dénoncèrent la grève politique, des révolutionnaires manifestèrent par un vote négatif leur défiance dans la direction stalinienne. Les votes pour la grève furent acquis à une grande majorité. Dans une réunion d'un Comité général des syndicats parisiens, groupant 3.000 à 4.000 représentants des entreprises (essentiellement ces cadres de base staliniens), Hénafi, dirigeant des syndicats parisiens, et la bureaucratie de ces mêmes syndicats versèrent le chaud et le froid sans autre arrêt qu'une interruption pour le repas du soir, à partir de 2 heures de l'après-midi jusqu'à 10 heures du soir, pour finir par donner leur décision de ne pas faire la grève. En pleine réunion, la première faille apparut entre ces cadres de base et la direction de leur parti, ceux-ci manifestant leur mécontentement, qui par des interruptions, qui par un brusque départ.
Quand le mouvement démarra en novembre, puis à plusieurs reprises au cours de celui-ci, beaucoup d'entre eux crurent que, cette fois-ci, c'était pour de bon. Ils avaient conscience de se battre non pour une simple augmentation de salaires mais pour la conquête du pouvoir. Les mots d'ordre du P.C.I. rencontrèrent un écho très grand. Dans de nombreuses usines il y eut, à la base, entre staliniens et trotskystes une collaboration étroite dans l'action, en même temps que dans les comités de grève des discussions se poursuivaient, des vues étaient échangées très fraternellement. Ce ne fut pas évidemment le cas général, mais ce phénomène se produisit très fréquemment. Il ne faut pas non plus oublier la situation particulière des militants du parti stalinien qui, pendant des années, avaient été habitués à entraîner tout le monde derrière eux, à pouvoir à leur guise isoler tel ou tel individu ou courant et qui, soudain, par suite de la politique de leur parti, se voyaient attaqués - comme dirigeants de la grève — par • tout le monde, sauf par ces trotskystes qu'ils avaient tant pourchassés dans le passé et qui étaient seuls avec eux à la direction de la lutte. Au cours de ces trois à quatre semaines de grève, la discipline stalinienne fut rompue en plus d'un comité de grève. Les rapports des militants du P.C.F. avec les militants du P.C.I. qui ont acquis leur place à la tête de milliers d'ouvriers en lutte se sont profondément modifiés. La fra24
TERNATIONALE ternité de combat a ouvert aux militants du P.C.I. le chemin des cadres de base du parti stalinien. Un pas considé rable a été franchi sur la voie de la construction d'un parti révolutionnaire lié aux masses et capable de diriger leurs luttes (4).
Nous remettons à un autre article un examen de la situation nouvellement créée, des perspectives qu'elle offre et des tâches qui se posent aux trotskystes en France. Nous nous bornerons ici à faire le point en quelques brèves remarques. Les problèmes qui ont été à l'origine de ces luttes, les revendications essentielles restent posées. La hourgeoisie n'a pas la force d'écraser la 'classe ouvrière et ne semble pas pouvoir exploiter très considérablement l'échec subi par celle-ci. Le désastre économique résultant de la grève commence seulement à être chiffré, d'autres conséquences (taillites, fermetures d'usines...) ne se feront sentir qu'au bout d'un certain temps. La bourgeoisie va devoir fixer une nouvelle politique économique. Les besoins de la classe ouvrière vont se manifester dans des conditions nouvelles. Personne ne peut se permettre de prophétiser, surtout quant aux rythmes. Mais de l'extrême droite à l'extrême gauche, chacun s'attend tôt ou tard à de nouvelles batailles de classe. Le prolétariat de France vient de subir une grande épreuve avec deux directions, l'une le trahissant ouvertement, et l'autre, celle en qui il avait une grande confiance, se montrant aux yeux de ses plus fidèles soutiens comme n'ayant pas d'objectif et comme étant incapable de diriger une grande lutte. Sur le plan des revendications matérielles, léchec est patent et se fera sentir dans bien des foyers ouvriers. Mais cette grande bataille a fortifié chez des milliers et des dizaines de milliers de combattants le sentiment de la force de leur classe et celui qu'il lur fallait une autre direction pour triompher à l'avenir. L'expérience du prolétariat français se traduit déjà dans une progression de la section française de la IV° Internationale. Celle-ci pourra jouer un rôle considérable dans les prochaines batailles des travailleurs de France.
Le 12 décembre 1947.
(3) La politique stalinienne en France mériterait d'être examinée aussi pour éclairer les discussions dans l'Internationale sur la question de l'U. R. S. S. et du stalinisme. Les événements de France ne laissent pas grand'chose debout des théories qui font du stalinisme une troisième force autonome.