Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

La revue › numéro de novembre-décembre

L'étatisation en Grande-Bretagne (résolution adoptée par la Conférence nationale du R.C.P. anglais, en août 1947)

Quatrième Internationale, numéro de novembre-décembre · novembre-décembre 1947 · p. 57-61 · 2 825 mots

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I. — L'étatisation pour sauver le capitalisme

Le déclin du capitalisme britannique l'entraîne dans la voie de l'étatisation. Le troisième gouvernement travailliste applique son programme de nationalisations sans rencontrer de sabotage extraparlementaire de la part de la classe capitaliste, ceci essentiellement parce que ce programme repond aux besoins et au developpement du déclin du capitalisme britannique. Ce déclin se manifestait essentiellement dans les industries d'exportation — du charbon, du fer, de l'acier et du textile. Avec …les énormes pertes d'investissements et l'augmentation de l'endettement durant la guerre, le capitalisme se voit forcé de réaffirmer sa suprématie industrielle. Il se voit forcé d'utiliser les ressources « de la nation toute entière » pour réagir contre les graves conséquences du déclin industriel et financier britannique et pour assurer sa préservation en tant que concurrent sur le marché mondial.

L'une des conséquences de l'industrialisation des dominions et des colonies, ainsi que des pays de l'Amérique du

Sud, fut la transformation du caractère des exportations britanniques. Le charbon, le fer, l'acier et les textiles ont fait place pour une grande part aux machines, véhicules (locomotives inclues), navires et avions. Cette transformation nécessite une diminution du prix des matières premières qui entrent dans ces produits : charbon, fer et acier. La diminution du prix des transports par chemin de fer aiderait également à faire baisser les prix des marchandises britanniques. L'immense somme de capital nécessaire pour moderniser ces industries ne peut être fournie que par T'Etat, ou par la participation gouvernementale et les subventions aux projets des monopoles..

Ceci met à l'ordre du jour la question de l'étatisation de ces industries clés.

Il n'est possible de moderniser les mines charbonnières et les chemins de ler que si l'Etat pourvoit au capital. La nationalisation des transports, de Telectricité, des câbles et de la radio diminue

VATRIE ME IN Je prix de revient et donne à l'Etat la possibilité de diriger plus directement l'économie dans l'intérêt de la lutte des concurrences.

La signification de ces mesures de nationalisation se trouve dans le fait qu'avec le déclin du capitalisme britannique, les capitalistes ont perdu confiance dans les possibilités d'exploitation individuelle ou même en groupe des industries clef de l'économie capitaliste britannique. Les capitalistes essaient furieusement d'éviter les conséquences économiques de leur système dans les limites de la propriété privée individuelle. Mais la crise de structure, les rapports de classe, tant sur le plan national que sur le plan international, les plan international, les tionalisation. Non seulement à les accepter, mais à essayer d'utiliser ces mesures dans leurs propres intérêts économiques, tout en essayant en même temps de discréditer les idées du socialisme qu'ils identifient avec l'intervention et la propriété étatique, surtout dans la classe moyenne et les couches arriérées de la classe ouvrière.

Dans le passé, ce furent les coups

TERNATIONALE portés par la crise économique et financire es imposteent des migures ma cière qui imposèrent des classe capitaliste, surmontant ses tendances individualistes. Aujourd'hui ces mesures sont le résultat de la reconnaissance consciente de la crise générale de l'impérialisme britannique. Cette reconnaissance aurait amené même un gouvernement réactionnaire (Tory) à faire la tentative d'utiliser l'Etat pour éliminer les contradictions internes du capitalisme sur le plan national dans l'intérêt de la lutte sur le marché mondial. Néanmoins, malgré la nécessité de l'étatisation de l'industrie suivant le développement du déclin du capitalisme, malgré le fait que certains industriels et économistes capitalistes (particulièrement des industries d'automobile et de produits chimiques) pourraient prévoir la nécessité de l'étatisation, un gouvernement réactionnaire aurait pu nationalisé les mines de charbon mais il n'aurait pas pu surmonter suffisamment les industries clés de l'économie capitaliste pour pouvoir mener le processus aussi loin que le fait le gouvernement travailliste.

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II. — L'attitude de la classe capitaliste vis-à-vis des nationalisations

Deux facteurs rendent le processus d'étatisation relativement plus profond sous le gouvernement travailliste : premièrement, le gouvernement travailliste le gouvernement travailliste est soumis à la pression des masses dont les sentiments anticapitalistes sont canalisés dans l'appui des mesures de nationalisation ; deuxièmement, le gouvernement travailliste a une plus grande indépendance vis-à-vis des éléments petits rentiers capitalistes, spéculateurs, qui font partie de ceux qui appuient le parti réactionnaire et s'opposent aux nationalisations et au contrôle de l'Etat.

Pourquoi des couches de la classe capitaliste sont-elles opposées au programme du gouvernement travailliste, si ce programme n'est pas en conflit fondamental avec les besoins du capitalisme britannique ? Leur opposition, qui ne dépasse guère le plan parlementaire, est d'un caractère différent de celle qui s'élèverait contre de réelles mesures révolutionnaires attaquant les racines mêmes du capitalisme. Des mesures révolutionnaires provoqueraient ane opposition qui ne se limiterait pas i des discours, à des articles dans la presse réactionnaire et à des tentatives de sabotage limitées ; mais qui prentoute la classe capitaliste, s'exprimant drait la forme d'attaques concertées de dans la tentative unifiée et centralisée de sabotage de l'économie et des finances, et dans la préparation de luttes extraparlementaires. Une grande partie de Jopposition capitaliste actuelle vis-à-vis programme de nationalisations du gouvernement travailliste, et particulièrement lopposition menée par les porte-paroles du parti tory, est démago68 gique et créée par la nécessité de maintenir le moral de leurs partisans dans la lutte parlementaire. Ceci est indiqué lans la récente déclaration politique tory qui admet que les tories maintiendraient une grande partie des mesures de nationalisation du parti travailliste s'ils venaient au pouvoir lors des prochaines élections.

Tous les capitalistes ne bénéficient pas également des nationalisations et des mesures de planification qui leur ont été imposées par le gouvernement. L'intervention étatique est une extension du monopole et les petits capitalistes et petits bourgeois s'opposent à l'intervention de lEtat pour les mêmes raisons qui les font s'opposer au monopole. Le programme réformiste a comme but de sauver le capitalisme britannique, non seulement par des mesures de nationalisation, mais par la diminution du taux d'intérêt, le contrôle de la spéculation et des investissements et par d'autres mesures destinées à éliminer les exces du capitalisme et à forcer la modernisation de l'industrie en replaçant dans celleci va ales grate des interet des une plus grande partie du prorentiers parasitaires qui recherchent un taux élevé d'intérêt pour leurs investissements. La politique des nationalisations du gouvernement travailliste va également à l'encontre des intérêts des éléments spéculateurs de la classe capitaliste. Les anciens propriétaires des industries nationalisées, luttent pour l'obtention de conditions généreuses de compensations.

Chez les grands capitalistes la principale raison pour s'opposer aux natio-

N nalisations est que bien que l'Etat leur garantisse leur revenu et prenne sur lui les risques pris par leur industrie, en même temps il met fin aux possibilités par lesquelles, à travers des pratiques monopolistes, ils peuvent toucher des profits au-dessus des taux moyens et aux dépens d'autres sections de la classe capitaliste. Bien que différentes couches capitalistes soient intégrées dans les commissions contrôlant les industries nationalisées, les capitalistes, individuellement, sont réduits au rôle de rentiers et, de ce fait, perdent leur importance économique et politique. Tous ces facteurs créent une opposition de la part des différentes couches de la classe capitaliste.

De puissantes sections de la classe dominante, tout en se rendant claire. ment compte que le programme du gouvernement travailliste est inestimable pour le rééquipement de l'industrie britannique, et que seul un gouvernement travailliste empêche le renouvelement des grandes luttes grévistes qui suivirent immédiatement la première guerre mondiale, reconnaissent en même temps

III. — L'économie

Tous les facteurs économiques et politiques poussent le gouvernement travailliste vers d'autres projets de nationalisation. S'il accomplit son programme (en nationalisant les transports, l'électricité, l'industrie du fer et de lacier), l'Etat sera propriétaire direct de 20 % de l'économie du pays. Ce sont là les secteurs clef de l'économie britannique. Neanmoins, l'économie demeurera capitaliste ; la production est, et continuera à être basée sur le travail salarié et organisée en production pour le profit.

Plus que n'importe quel autre pays, la Grande-Bretagne dépend du marché mondla., non seulement pour l'importation de vivres et de matières premieres, mais également pour l'exportation de ses produits manufacturés. Malgré la « planification » et les contrôles à l'intérieur, l'inévitable prochaine crise mondiale de surproduction et l'écroulement économique et financier n'interrompra pas seulement le commerce extérieur, mais également les rapports économiques intérieurs ; interrompra le programme de nationalisations. Le développement de la crise ébranlera inévitablement la confiance des réformistes dans leur propre programme. Tout en étant suivie de demandes de subventions par l'Etat, de tarifs, de nouvelles rationalisations et cartelisations forcées et autres mesures d'un caractère semblable, opposition des capitalistes contre de nouvelles nationalisations renforcée.

TERNATIONALE que l'existence d'un gouvernement travailliste au pouvoir, est une sérieuse menace contre leur classe. La base sociale du gouvernement travailliste se trouve dans la classe ouvrière organisee. Les ouvriers donnent une interprétation révolutionnaire aux mesures de capitalisme d'Etat du gouvernement travailliste ; ils font pression sur leurs dirigeants pour qu'ils prennent des mesures contre les maîtres et limitent le contrôle de ces derniers sur la société. Ceci préoccupe énormément la classe capitaliste.

Pour l'étatisation, la bourgeoisie besoin d'un gouvernement stable. Le gouvernement travailliste gouverne de façon capitaliste, mais il est basé sur la classe ouvrière, et subit sa pression. La classe capitaliste doit nécessairement lutter contre la tendance d'une domination des industries clés par l'Etat sous un gouvernement sur lequel elle a un contrôle direct aussi restreint. Elle doit continuellement lutter pour autre gouvernement représentant plus directement sa classe et étant soumis à son contrôle. demeure capitaliste

La crise économique de plus en plus algue provoquera inevitablement une polarisation des forces sociales dans le pays et une polarisation à l'intérieur des organisations de masse du prolétariat. L'aile droite du Labour Party se dirigera vers la classe capitaliste et cherchera à fusionner avec elle. L'aile gauche, sous la pression de la classe ouvrière exigera des incursions plus radicales dans la propriété capitaliste, comme moyen de sortir de la crise.

A l'heure actuelle, les ouvriers organisés qui appuient le gouvernement travailliste considèrent l'étatisation des industries clef comme une mesure socialiste. En réalité, les ouvriers des industries étatisées sont transformés employés du super-monopole du capitalisme britannique. Ne pouvant plus utiliser des antagonismes temporaires entre des capitalistes individuels, ces ouvriers font maintenant face au pouvoir organisé de toute la classe capitaliste représentée par l'Etat capitaliste, quoique ce soit sous la forme du gouvernement travailliste. Seule l'amère expé rience qu'ils feront dans l'avenir convaincra ces ouvriers que l'étatisation de ces industries clef, sans contrôle réel de la part de la classe ouvrière, n'est rien d'autre que la substitution des capitalistes individuels par l'exploitation collective, sous la forme du capitalisme d'Etat. La tâche d'expliquer la diffé rence entre les mesures d'étatisations capitalistes qui opèrent pour le béné fice de la classe capitaliste, et les na-

Q UATRIE ME IN tionalisations socialistes dans l'intérêt de la classe ouvrière, est à l'heure actuelle une partie importante, sinon la partie capitale, de notre activité propagandiste. Du point de vue du socialisme, la participation consciente du prolétariat au contrôle de la production et de la distribution est beaucoup plus importante que les nationalisations — qu'elles soient accomplies avee ou sans compensations.

Cela fait partie de la politique du gouvernement d'intégrer la bureaucratie syndicale, ou plus exactement certaines sections de celle-ci, dans les industries

IV. - Le contrôle ouvrier

Les soi-disant « comités mixtes de production » (Joint production committees) qui furent lancés au cours de la guerre, sont étendus à toutes les industries et présentés par les dirigeants réformistes et staliniens comme étant une mesure de contrôle ouvrier. Depuis l'avènement des travaillistes au pouvoir la question de l'accélération de la production et la fonction des comités mixtes de production dans ce processus occupent une place de plus en plus importante à l'ordre du jour du mouvement syndical et dans la vie des organisations ouvrières d'usine. « Le contrôle ouvrier : c'est la pénétration du regard de l'ouvrier dans tous les rouages ouverts ou cachés de l'économie capitaliste. » Mais les comités mixtes de production n'ont aucun pouvoir de contrôle sur le processus de la production. Les livres des patrons restent fermés à l'examen des représentants ouvriers dans le comité mixte de production.

Pour que le contrôle ouvrier soit effectif, les représentants élus des ou-

L'extension des nationalisations à d'importantes industries donne à la lutte pour le controle ouvrier un caractère plus elevé et plus signiticatit, La question d'un plan général national se pose immediatement. Les comités actuels qui contrôlent les industries nationalisées sont des instruments bureaucratiques étroitement liés et intégrés à la classe capitaliste et, en général . aux besoins de la production capitaliste. Aucune activité de leur part n'est sujette à un contrôle démocratique d'en bas. L'administration des industries nationalisées devrait provenir d'un organisme central de planification sujet au contrôle démocratique de la part de représentants élus par les organisations de la classe 60

TERNATIONALE nationalisées en la plaçant dans les comités de contrôle. Mais l'octroi de postes dirigeants à la bureaucratie syndicale n'a rien à voir avec le contrôle ouvrier. Au contraire, les ex-dirigeants syndicaux sont transformés en ennemis de la classe ouvrière en tant que directeurs des entreprises capitalistes d'Etat. La tâche de la bureaucratie syndicale est en grande partie de discipliner les militants syndicaux suivant la conception du nouveau « rôle et responsabilité » des syndicats sous le gouvernement travailliste, programme esquissé par Lord Dukes lors du Congrès syndical de 1946. opposé aux Comités mixtes vriers doivent avoir accès à toutes les étapes de la production, aux entrepôts, à l'achat et à la vente des produits et matières premières dans toutes les entreprises industrielles, commerciales, banquaires, agricoles et autres employant plus de cinq travailleurs salariés. Les décisions finales de toutes ces questions doivent incomber aux comités de la classe ouvrière. C'est là la méthode socialiste d'entrainer les masses ouvrieres dans le processus réel de la production. C'est également la seule méthode efficace pour combattre le sabotage des capitalistes, de combattre le marché noir, et pour organiser la production et la distribution dans l'intérêt du prolétariat.

Il est inévitable que les couches avancées des ouvriers organisés reconnaitront le rôle joué par les comités mixtes de production en tant qu'agents d'une exploitation encore intensitiée des ouvriers, et qu'il chercheront a établir de réels organismes de contrôle. ouvrière. Ceci pose la question du remplacement des organismes de direction existants par des représentants directs de la classe ouvrière. Et cela, en retour, pose la question du caractère du pouvoir d'Etat, et du rôle du gouvernement travailliste.

Les nationalisations ou organisations de capitalisme d'Etat posent directement devant les ouvriers la question : qui bénéficie des nationalisations i? Et qui contrôle le pouvoir d'Etat ? La nationalisation, par le gouvernement travailliste, des mines de charbon fut suivie d'un octroi de certaines concessions aux mineurs. La raison principale de ceci se trouve dans la situation générale économique et politique qui, d'une part, de production

V. - La planification nationale et le pouvoir de l'Etat de production

V. - La planification nationale et le pouvoir de l'Etat permet au gouvernement de faire de telles concessions et en même temps les rend nécessaires pour pouvoir accroître la production charbonnière, vitale pour les besoins actuels de la production capitaliste en général. Pourtant, ces concessions ont semé d'importantes illusions dans l'esprit des ouvriers des industries charbonnières. Chaque revendication des ouvriers des industries les opposeront dans l'avenir aux comités d'Etat bureaucratiques, et même au gouvernement lui-même. Mais seule une profonde aggravation de leurs conditions détruira les illusions créées par les nationalisations du gouvernement travailliste et posera concrètement la nécessité d'une solution socialiste révo lutionnaire. Les communistes révolutionnaires ont la tâche de combattre ces illusions dans les mesures de capitalisme d'Etat et d'imprégner les couches avancées de la classe ouvrière de la nécessite d'une lutte consciente pour centraliser un contrôle réel dans les mains de la classe ouvrière. Les luttes journalières de la classe ouvrière offriront de nombreuses possibilités au parti communiste révolutionnaire et à ses militants pour participer à ces expériences et rendre claire la nécessité du contrôle

TERNATIONALE ouvrier sur le processus de production.

Les mesures de capitalisme d'Etat prises par le gouvernement travailliste ne peuvent que soulager temporairement, mais ne peuvent résoudre la crise devant laquelle se trouve le capitalisme britannique. Malgré ces mesures, les lois du capitalisme entraînent la GrandeBretagne vers un marasme économique, Devant la tempête économique, les mesures capitalistes d'Etat des dirigeants travaillistes se révèleront n'être qu'un simple rafistolage du problème que ces dirigeants avaient prétendu pouvoir résoudre. La classe ouvrière sera précipitée, sans préparation, dans la crise. Dans une telle situation, où de graves conflits entre les ouvriers et l'Etat auront lieu, la nécessité de posséder le contrôle sur l'Etat se posera avec acuité devant la classe ouvrière. La classe qui aura en main le pouvoir d'Etat bénéficiera des nationalisations de l'industrie, et cette classe seule. L'étatisation sous le gouvernement travailliste pose dans sa forme la plus extrême le problème de la transformation sociale de la société capitaliste en société socialiste. Seule l'action révolutionanire du prolétariat peut accomplir cette transformation.

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