Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

La revue › numéro de juillet-août

Reprise et plafonnement de l'économie française

Patrice Daniel · Quatrième Internationale, numéro de juillet-août · juillet-août 1947 · p. 24-30 · 5 171 mots

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La maladie incurable dont souffre le capitalisme français est presque universellement reconnue. France, André Philip, ministre de l'Economie nationale, dès le mois de mars mettait en garde : « Nous sommes menacés par la catastrophe totale sur le plan économique et financier » ; et Paul Ramadier, président du Conseil, ne laisse guère passer une semaine sans erier que si l'on ne fait pas ceci ou cela, le franc est perdu. A l'étranger, Walter Lippmann, commentateur officieux américain, sonnait l'alarme en avril en ces termes : « La crise se développe du fait qu'aucune des principales nations d'Europe - Grande-Bretagne, France, Italie, Allemagne — ne se redresse de la guerre et ne possède de perspective sensible de redressement avec les moyens dont elle dispose et grâce aux plans et à la politique actuellement suivis. Les nations d'Europe traînent une existence précaire. Elles évitent l'écroulement de leur monnaie et de leur standard de vie actuel non par le succès de leur production, mais seulement en épuisant leurs ressources diminuantes, et grâce aux prêts, subsides, et allocations provenant du Canada, des Etats-Unis, et, en petite quantité, des quelques autres pavs solvables. » Cependant, depuis la « libération >, Il y a eu une reprise incontestable par rapport à la prostration presque totale de la production française à ce momentlà — une reprise lente, irrégullère et saccadée, qui chaque hiver traverse une crise sévère, mais néanmoins une repriBe. Des observateurs superficiels en ont même été assez impressionnés pour par-

Perspectives de En mars 1946, il était évident qu'au cas où les réformistes et surtout les staliniens continueraient avec succès à empêcher la classe ouvrière francaise de passer à l'action, la reprise industrielle française se développerait graduellement jusqu'au point où elle commencerait à se corner la tête contre le premier de toute une série de plafonds techniques. Ce premier plafond fut celui de l'énergie - surtout du charbon : 24 ler de stabilisation du capitalisme français. D'où proviennent, alors, le manque absolu de confiance, les présages de dé. sastre de la part des porte-parole les plus autorisés du capitalisme françaie et mondial ? Pour répondre à cette question, il faut partir de la fin de l'hiver 1945-1946, quand le passage de l'économie de guerre à une économie de paix en France était assez avancé pour offrir des perspectives claires, et suivre cellesci jusqu'à la présente étape du développement.

Dans le document politique fonda mental adopté par la Conférence d'avril 1946 de la IV• Internationale, les perspectives générales pour la France furent indiquées comme suit :

* La reprise de l'activité économique des pays capitalistes atteints par la guerre, en particulier des pays de l'Europe continentale, sera caractérisée par des rythmes particulièrement lents qui la maintiendront pour longtemps à des niveaux voisins de la stagnation et du marasme.

• La reprise économique ne se fait que très lentement et sans perspectives... >

Dans le cas de la France cette analyse condensée reposait sur deux bases : a) la constatation générale que la guerre, loin d'avoir résolu les contradictions capitalistes désespérées qui l'avaient provoquée les avait aiguisées ; b) une série de données économiques et financières particulières à ce pays, parfaitement visibles pour tous ceux qui voulaient vraiment les voir. Ce sont cellesci que nous désirons développer dans cette étude. plafonnement et les perspectives d'en obtenir, soit tiré du sol même de la France. soit par l'importation, fixèrent une limite à la production. variant entre 80 et 90 pour 100 de 1938. Il est essentiel de montrer en toute clarté ce que 1938 représente. SI l'on choisit souvent cette année comme Indice 100, ce n'est que parce que c'était la dernière année avant la guerre, et pas du tout parce qu'elle était une année de production. L/année 1938 était en fait, en France, une année de dépression, sa production se trouvant déjà inférieure de 25% à celle de 1929, l'année la meilleure (et néanmoins pas très brillante) de la période d'entre les deux guerres.

Cette perspective se réalisa — surtout en raison du succès des staliniens à obtenir des masses frangaises qu'elles permettent une reconstruction de l'édifice chancelant du capitalisme sur leurs épaules épuisées - ce n'est pas là le moindre crime des staliniens dans leur dossier bien bourré. En conséquence, la production, comme il était prévu, monta lentement. Mais comme il était également prévu, elle se heurta au plafond du charbon. L'indice général de la production (1938=100) atteignit momentanément un maximum de 89 en octobre 1946 ; baissa à 87, 83. 81 et 78 respectivement en novembre, décembre, janvier et février : et bien que les indices définitits corrigés ne soient pas encore disponibles, l'indice général a propablement grimpé mars et avril a 85 et 87. En mai, un fléchissement se produit sur toute la ligne à la suite des grèves, de la pénurie de charbon et de main-d'œuvre. Cela représente-t-il seulement l'effet de la crise d'énergie de l'hiver, qui doit être suivi par un e boom », ou est-ce l'expression d'un plafonnement structural ? La réponse se trouve dans les perspectives sur le problème du charbon. • La production française de charbon, sous la pression du parti stalinien et grâce à l'emploi de dizaines de milliers de prisonniers de guerre allemands comme esclaves. a été augmentée. Elle atteint à 109% de 1938 en mars (4,6 - millions de tonnes contre les 3,96 millions par mois de 1938). Cependant, 1l

D'autres

Si, par un revirement dans la politique des alliés envers de charbon de la Ruhr ou par une augmentation immense de l'importation du charbon des Etats-Unis à des conditions qui ne sont pas économiques, le capitalisme francais réussissait à percer le plafond du charbon, un autre plafond. celui de la main-d'œuvre. l'attendrait entre 100 et 110 % de 1938. La répartition de la main-d'œuvre en France est complètement disproportionnée. Le nombre des personnes occumées dans le secteur productif, industriel aussi bien au'agricole, est tombé de 13 200.000 en 1938 a 11 milIlons :00.000 (blus quelone 500.000 prisonniers de guerre) en 1946, tandis que celui des fonctionnaires d'Etat est monté d'un total de 700.000 en 1938 a en-

TERNATIONAL E y a un fléchissement, en avril à 4,2 millions de tonnes, en mal à 3.97 millions, et en juin la production sera encore sensiblement inférieure à la suite des grèves. Il n'est done pas question d'atteindre les 52 millions de tonnes qu'on escomptait pour cette année. Les mellleures évaluations des importations probables des Etats-Unis atteignent pour 1947 un total d'environ 8.500.000 tonnes. De toutes les autres sources - Allemagne, Pologne, Tehécoslovaquie, Maroc, Belgique et Hollande - on peut attendre quelque 4 millions de tonnes supplémentaires., La somme totale de 60 millions de tonnes est le grand maximum pour cette année et, comparée aux 70 millions de tonnes environ de 1938, indique que la production française va probablement continuer à se cogner la tête en 1947 sur un plafond charbonnier d'environ 86 % de la pauvre année 1938 — et cela à condition que les Staliniens réussissent encore à empêcher la continuation de la vague des grèves et d'autres protestations des masses; les symptômes, au début de juin, montrent au contraire que la classe ouvrière commence enfin à déborder les directons staliniennes. Le chiffre de 60 millions de tonnes donne une comparaison encore plus défavorable avec de minimum de 75.500.000 tonnes fixées par le Plan Monnet pour la reconstruction et le rééquipement de l'industrie française. Loin de s'attaquer à l'accumulation des Immenses tâches de reconstruction, l'économie française stagnante ne sera même pas capable de se maintenir aux chiffres de 1938. Ce n'est pas par hasard que L/Economie du 19 juin 1947 écrit : * Il ne peut plus être question désormais d'atteindre les objectifs qui avalent été fixés par le Plan Monnet pour 1947. > plafonds viron 1.200.000 en 1947. A la fin de cette année, 440.000 prisonniers de guerre devraient être libérés et 20 000 travailleurs polonais et tchécoslovaques (dont 8.000 mineurs) seront rapatriés. Le Plan Monnet exige en outre une augmentation minima de main-d'œuvre de 250.000 bras pendant cette année. Ainsi. si l'on veut éviter un manque de main-d'œuvre, il faut trouver environ 710.000 nouveaux travailleurs asricoles et industriels. En face de cette situation, le capitalisme français espère que la misère régnant en Italie et en Algérie va poueser 250.000 Italiens et 60.000 Algériens à chercher du travail en France. Jusqu'à maintenant, cependant, le rythme de l'immigration est beaucoup plus lent : les malheureux

Q UATRIEMEIN Italiens qu'on leurrait pour les amener aux mines quittent celles-ci en masses au bout de quelques semaines; même 6i tous les plans se réalisaient, l'immigration prévue ne suffirait pas. Les c planificateurs › capitalistes français parlent aussi d'obtenir au moins 50.000 nouveaux travailleurs en réduisant les effectifs de l'armée ; mais avec le Viet-Nam et Madagascar en flammes, et avec l'Afrique du Nord où le feu couve, une réduction des effectifs de l'armée serait pour le moins étonnante. Il reste deux solutions pour le capitalisme français : retenir les prisonniers allemands comme esclaves, et forcer le prolétariat français à travailler davan tage. La première solution dépend des Etats-Unis, qui sont « propriétaires » de ces esclaves et qui les ont « prêtés » à la France ; il s'agit de savoir si l'Amérique préfère les voir en France ou en Allemagne. La seconde solution dépend de la capacité •du parti stalinien à persuader les ouvriers français d'accepter un rythme de travail plus élevé et la prolongation de la semaine de travail. Au moment où sont écrites ces lignes, au commencement de juin, l'état d'esprit du prolétariat français, débordant sur la gauche le parti stalinien, n'augure guère succès d'une telle tentative.

La solution du problème de l'accroissement de la production par la simple augmentation du nombre des travailleurs est imposée à la bourgeoisie frangaise par le fait qu'elle se voit désespérément devancée par ses rivaux impérialistes en ce qui concerne la produtivité du travail. L'industrie française a besoin, par exemple, de 85 jourshomme pour construire une automobile qui exige 25 jours-homme aux EtatsUnis. Les statistiques françaises de 1946

TERNATIONALE montrent que l'extraction de quatre tonnes de charbon exigent : un mineur aux Etats-Unis, deux dans la Ruhr et quatre en France. L'âge moyen des machines-outils françaises, déterminé par le même recensement, était de 27 ans. Celles-ci sont, en outre, beaucoup plus archaiques que leur âge même ne l'indique parce que, sous l'occupation nazie. on les fit marcher sans égard aux effets - poussées à des vitesses excessives, souffrant de lubrification inadéquate, non arrêtées pour l'entretien nécessaire, et fonctionnant au-delà des marges de révision. En remplacer 200.000 sur 550.000 en cing ans, comme on essaye de le suggérer - moitié par la fabrication française, moitié par l'importation - est non seulement une tâche probablement au-dessus de la capacité du capitalisme français dans ses convulsions actuelles. mais ne ferait même que réduire l'âge moyen des machines à 13 ans, loin en-deça des niveaux des rivaux impérialistes. On a été forcé d'amender le Plan Monnet, qui se proposait comme but principal la réalisation d'une telle modernisation, à un point où il est si compromis qu'il ne se ressemble plus guère.

Quelle que soit la facon dont elle est réalisée, la production est le facteur déterminant dans tous les secteurs de l'économie. De l'incapacité du capitalisme français a élever sa production au-dessus de niveaux • voisins de la stagnation et du marasme », il résulte -que, loin de pouvoir assainir les effets catastrophiques de la guerre impérialiste sur son commerce extérieur et sur ses finances intérieures, il voit se dresser devant lui, terriblement proche, le spectre de l'inflation incontrôlable et celui de la banqueroute fiscale.

La crise du commerce extérieur : L'OR S'EN VA !...

En privant les masses françaises de produits alimentaires et de consommation courante et en consacrant toute son énergie dans un effort désespéré pour reconquérir sa part du marché mondial, limpérialisme français a réussi à réduire la balance défavorable de son commerce extérieur pour 1946 de 2.800 millions de dollars. En mars 1946, il semblait que les importations prévues pour l'année supprimeraient totalement le stock d'or et les devises à cours élevé de l'Etat franner jusqu'en 1947 sans subir la banqueroute.

L'année en cours ne se présente toutefois pas de facon brillante. Les évaluations pour le commerce extérieur sont :

en millions de dollars

Importations

2,660

Frets ....

Bilan de paiements noncommerciaux

1.225

Exportations ..

3.025

1.225

1.800

Déficit …..

En contre-partie, le solde des crédits américains, canadiens et autres, contractés mais pas encore dépensés, se chiffre, selon les dernières estimations, à 750 réduction çais. Mais la extérieur, du commerce à lobtention par Léon nouveau prêt d'environ 650 du déficit s'ajoutant

Blum d'un millions de dollars de la part des Etats-Unis, permit au capitalisme français de se trai-

Q VATRIEMEIN millions de dollars. Le nouveau prét américain pour permettre l'achat des * surplus » et les 250 millions de dollars prêtés par la Banque Internationale pour la Reconstruction, amènent le montant des fonds disponibles à 1.050 millions de dollars et laissent un trou de 650 millions de dollars à boucher. Les stocks de l'Etat français d'or et de devises à cours élevé, ceux de la Banque et ceux mobilisés chez les détenteurs privés à la fois, qui étaient en mars 1946 d'environ 2.764 millions de dollars sont tombés aujourd'hui à un point tellement bas que les autorités n'osent pas en annoncer le chiffre. Elles avouent, néanmoins, qu'il est « inférieur à l milliard de dollars ». Elles prétendent que sur cette somme 525 millions de dollars pourront être destinés au déficit de la balance, ce qui ne laisse que 125 millions à trouver — vraisemblablement sous la forme d'un deuxième emprunt à la Banque Internationale.

Il est cependant difficile de croire que le capitalisme français oserait retirer 525 millions de dollars de la couverture de son papier-monnaie, couverture qui fut déjà diminuée de 21.3% en mars 1946 à 10,7 % en mai 1947, Si l'on retirait cette somme - même en prenant, d'autre part, en considération les nouveaux 25 millions de dollars récemment prêtés par le Fonds de stabilisation international pour essayer de maintenir le franc surévalué, cette action réduirait la couverture de la monnaie à environ 1,4% c'est-à-dire à une couverture en Tait inexistante. La solution alternative serait une tentative de faire baisser da-

La position déficitaire extérieure du capitalisme francais trouve naturellement son parallèle dans des finances et une fiscalité qui sont, non seulement déficitaires, mais dans un désordre ahurissant. Au commencement de juin, on n'avait même pas voté le budget 1947, et le Trésor fonctionne sur la base de e trimestres provisionnels », votés regpectivement en décembre et en mars. Le tableau le plus exact de la situation du Trésor en 1947 fut donné par le ministre des Finances à la fin de février, comme suit : "En milliards de francs.) Recettes : Recettes fiscales ..... .... 550 De l'Impex (taxe d'importation, d'exportation et système de subsides) 100

........ Economies faites en payant les fournisseurs de l'Etat en traites d'un an au lieu du comptant.. 80 Bon du Trésor et emprunts à long terme 135

TERNATIONALI vantage le standard de vie déja intolérable des masses françaises en diminuant les importations de vivres et de produits étrangers de consommation et en augmentant encore plus la proportion des produits de consommation d'origine française exportés sur le marché inondial.

Même en faisant abstraction de la résistance qu'on peut escompter de la part des masses travailleuses de France à toute baisse supplémentaire de leur standard de vie déjà si misérable, la seconde moitié d'un tel plan se heurte au fait que, par suite du retour en force des impérialismes britannique et américain sur le marché mondial, les exportations françaises avec leurs niveaux de prix actuels se trouvent en présence d'une concurrence à laquelle elles sont de moins en moins capables de faire tace. Partout où la France, dans son premier élan d'après guerre, trouvait facilement un « marché de vendeur », elle est en train d'être supplantée, pays après pays, par les produits britanniques et américains qui sont, à qualité égale, beaucoup moins chers.

Ainsi, la diminution de la couverture de sa monnaie aussi bien que l'aitalblissement de sa position sur le marché mondial poussent le capitalisme français vers une dévaluation nouvelle de son franc déjà minuscule. Mais, le faire signifie compromettre sérieusement le Plan Monnet, qui est déja assez ébranlé, en ce qui concerne les importations massives de machines-outils pour moderniser l'agriculture et l'industrie françaises.

Dépenses :

Budget ordinaire 660 Budget extraordinaire 330 Rééquipement des industries nationalisées 100

1.150 Solde débiteur 285

Le chiffre de 135 milliards de francs qu'on espère rassembler par la souscription publique d'obligations d'Etat de diverses sortes est un chiffre arbitraire auquel on est arrivé en appliquant à 1947 les pourcentages du revenu national ainsi placé pendant d'autres années. Cependant, la confiance publique dans le papier de l'Etat ne se trouve pas à un niveau formidablement élevé, comme en témoignent les faits : 1º que la ditférence entre les bons du Trésor remboursés et achetés au cours des cinq mois qui précédèrent le 1ºr mars fut de 5 milliards pour les remboursements, et 2º que le récent lancement d'une nou-

Les finances : la pagaye économique

Les finances : la pagaye économique

Q UATRIEMEIN velle série des bons de la Reconstruction piétine visiblement. Quant au poste ‹ solde débiteur » de 285 milliards de francs, il constitue une confession franche de la part du capitalisme français, qu'il sera probablement forcé de trouver cet argent par le simpie expédient de la presse à billets.

En présence d'un budget dépassant le trillion de franes et comportant un déficit semblable à une plaie suppurante, les deux ministres responsables : Philip pour les Finances et Schuman pour l'Economie nationale, ont fait des prodiges.. principalement sous la forme d'acrobaties comptables. Schuman commence par * bloquer › 120 milliards (40 %) du budget c extraordinaire › -portant le coup le plus dur an programme de modernisation industrielle → et par brandir • la hache › sur toutes les dépenses d'Etat. En résultat de ses travaux d'Hercule, sur les prévisions initiales de 495 milliards de franes pour le premier semestre, on n'a autorisé que 483.883.570 franes de dépenses, soit une économie de onze et quelques milliards, représentant environ 2 % du total. Son collègue Philip plongea ensuite résolument dans ses livres de comptabilité, arrangea de plusieurs facons nouvelles les chiffres dans diverses colonnes, porta les postes du budget ordinaire au budget extraordinaire, et en sortit triomphalement au son de fanfares bten orchestrées, avee & un budget (ordinaire) équilibré ». On peut fmaginer la situation du budget extraordinaire. En vérité, tout le spectacle tout le spectacle de la fiscalité française serait d'un comique gargantuesque s'il n'était pas question de ses effets tragiques sur les travailleurs et sur les pensionnés.

La plus grande partie des déficits gouvernementaux du capitalisme fran-

TERNATIONALE çais agonieant est financée, évidemment, par la planche à billets. La cireulation monétaire, qui était de 122 milliards de francs en août 1939, s'élevait à 444 milliards au commencement de 1946, et atteignait cette semaine 788.003 millions. un record sans précédent. La couverture en or et en devises pour le papier-monnaie seul, sans prendre en considération le papier à court terme et les obligations à vue, n'est que de 82, 816 millions de francs, soit 10,5 %L'inflation par la planche à billets a ainsi grimpé depuis dix-huit mois au rythme de plus de 4 milliards de franes par semaine. A cela il faut ajouter une forme cachée d'inflation qui s'appelle les • avances provisoires à l'Etat » de la Banque de France. Ceci a ajonté 40 milliards sur un compte, 73.700 milHons sur un autre, et pousse l'inflation à un rythme d'environ un milliard et demi de franes par semaine. Les trois dernières semaines, la moyenne hebdomadaire de ees avances fut de 5 milliards ! Le total de ces avanves a atteint. le 12 juin 1947, 514 milliards, a ajouter aux 788 milliards de billets de banque , pour se faire une idée de l'ampleur de l'inflation | Dans les six prochaines semaines survient l'échéance de 94 milliands de francs des « Bons de la Libération », que le gouvernement lancait il y a deux ans pour permettre à ceux qui étaient devenus millionnaires par la collaboration avec la machine de guerre nazie ou sur le marché noir, d'éviter le change les billets pratiqué à l'époque, en achetant des obligations • au porteur », c'est-à-dire anonymes. Il est évident que l'Assemblée nationale sera forcée, pour doubler ce cap, d'autoriser l'élévation du mentant légal d'un des comptes d' ¿ avances provisoires » de 100 à 200 milliards de francs.

Le pessimisme bourgeois est donc bien fondé

La lecture des chiffres est ennuyeuse. et l'auteur s'exeuse auprès des lecteurs s'il est forcé de les traîner à travers cette masse de statistiques. Mais il devrait leur être maintenant un peu plus clair, pourquoi des représentants des bourgeoisies francaise et américaine, auesi bien informés que MM. Philip, Ramadier et Lippmann, considèrent la situation du capitalisme français comme désespérée. C'est sur de tels faits durs et sur de tels chiffres qu'ils se basent, et non sur des conclusions impressionnistes tirées de l'annarence d'une vie e plus normale » à Paris. en 1947, que dang le morne hiver de 19441945 ; ni. non plus, sur un schématisme sectaire selon lequel, puisque la guerre" Impérialiste ne fut pas suivie immédia28 tement par une révolution allemande victorieuse, il n'y a pas d'autre conclusion que la stabilisation de la bourgeoisie européenne.

La fameuse e expérience Blum s de baisse des prix, un artifice qui combinait des mesures déflationnistes à la fois classiques et nouvelles pour tenter d'arrêter la marée inflationniste, s'est avérée tant un insuccès du point de vue capitaliste qu'une fraude du point de vue ouvrier. Sous le fameux • choc psychologique », la hausse vertigineuse des indices de prix hésita pendant un mois ou deux, avant de renrendre désormais son cours ; quant à l'ouvrier, dont l'indice personnel est 4 pondéré ». du côté des vivres beaucoun plus aue du côté de nombreux produits de l'in-

QUATRIEMEIN dice officiel, il vit tout d'abord disparaitre presque toutes les denrées fraiches du marché, et ensuite, quand le gouvernement, cédant a la pression des gros intermédiaires, leva les contrôles, il les vit réapparaître avee des prix grimpant en flèche. Aux dernières nouvelles, l'indice des prix de détail a atteint 935 en juin (contre 865 d'avant l'expérience Blum. et 837 en avril). L'indice des produits alimentaires même atteint 971. Et il s'agit là seulement de chiffres officiels. Blum est très habile, très malin, mais aussi longtemps que la production et la fiscalité françaises resteront dans leur passe actuelle, la psychologie a autant de chance de mettre fin au fonctionnement des lois économiques que les balais des courtisans du roi Canut en avaient de repousser la mer.

Dans un c Rapport sur la crise économique mondiale et les nouvelles tâches de l'Internationale communiste »

La France à vendre à

Il est évident que, si l'on ne considérait l'économie française qu'en soimême, en vase clos, elle eût été condamnée, depuis la ‹ libération > à rouler avec une vitesse croissante sur la vole Inflationniste vers un effondrement identique à celui de l'Allemagne de 1923. Mais le capitalisme francais n'est pas seul. 1l constitue le bastion avancé, peut-être le plus important du capitalisme mondial sur un continent où la marée révolutionnaire, après le premier reflux d'après guerre, monte à nouvean massivement. C'est un facteur stratégique Important dans les préparatifs fiévreux de l'impérialisme mondial pour une guerre contre l'Union soviétique. Permettre à l'économie française d'aller au diable implique des risques révolutionnaires que l'impérialisme mondial hésite à prendre. Par un règlement ‹ généreux » du prêt-bail, et par une série de crédits américaine, britanniques et canadiens. l'impérialisme mondíal a montré qu'il reconnait ce fait, si ce n'est en arrêtant, du moins en ralentissant la marche vertigineuse du capitalisme français vers la banqueroute.

De son côté la bourgeoisie française tut forcée d'abandonner définitivement les rêves de grandeur auxquels elle s'était cramponnée, contre toute évidence, entre les deux guerres impérialistes, et quelle renouvela, dans une sorte de cauchemar boursouflé, pendant la brève période gaulliste après la c libération ». Pendant un certain temps, elle espéra, en se combinant avec la Grande-Bretagne dans un « bloc occi-

TERNATIONAL E fait par Léon Trotsky devant le troisiême congrès du Comintern, en 1921, se trouve un chapitre lumineux sur la complexité de l'équilibre capitaliste. qui mérite d'etre relu aujourd nul. comme composantes d'un plein équilibre capitaliste, il dresse cette liste : 1) restauration de la division mondiale du travail : 2) rétablissement de relations harmonieuses entre les villes et les campagnes ; 3) rétablissement de relations harmonieuses entre les diverses branches d'industrie à l'intérieur de chaque pays; 4) restauration d'un équilibre relatil entre les classes : 5) restauration de l'équilibre du systême politique bourgeois : 6) restauration de L'équilibre international entre les puissances. Que quelqu'un, même peu familiarísé avec la situation française actuelle, s'exerce à appliquer, l'un après l'autre, ces critères à la réalité, et l'idée que la bourgeoisie française s'est stabilisée et a atteint un équilibre, lui paraitra évidemment une absurdité. l'impérialisme américain dental > comprenant aussi la Belgique, la Hollande, l'Allemagne occidentale et d'autres pays d'Europe occidentale, pouvoir rapiécer un groupement d'une force économique suffisante pour jouer un rôle indépendant de la dichotomie gigantesque U.S.A.-U.R.S.S. Mais trouva bien vite que la simple agrégation de faiblesses ne fait pas de la force : l'impérialleme britannique, luimême jouant « perdant » une bataille pour ne pas être noyé, fut forcé de laisser son partenaire plus faible nager ou sombrer tout seul. La boungeoisie française est ainsi placée devant une seule issue : obtenir les meilleures conditions possibles du verace colosse transatlantique.

Les conditions que la bourgeoisie américaine, méprieant son ellent français pour sa myopie et son incapacité, lui offrira, ne seront guère plus généreuses qu'il le faudra pour essayer d'endiguer les développements révolutionnaires. Elle exigera sûrement une contre-partie, sous forme de concessions politiques et économiques beaucoup plus grandes que toutes celles imposées jusqu'ici. Mais elle sera forcée de venir. tôt ou tard, à l'aide du capitalisme français, beaucoup plus massivement que jadis. Les propositions, jusqu'à présent purement générales, qui ont été esquissées par Marshall, Acheson et Truman, de prêts pouvant s'élever jusqu'a 15 milliards de dollars à une Europe réorganisée sous le contrôle de l'impérialisme américain, sont un premier pas en cette vole. Les modalités. les ryth-

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Q mes, le degré d' « amollissement » préalable de la bourgeoisie française et de ses laquais staliniens, auquel l'impérialisme américain désire aboutir en laissant sombrer l'économie française avant de venir à sa « rescousse », tout cela ne peut pas être déterminé à l'avance. Mais le fait central reste clair : l'incapacité de la bourgeoisie française à atMais le prolétariat français

Toutes ces considérations entrent dans les plans de la bourgeoisie mondiale et des usurpateurs du Kremiin, qui combinent dialectiquement une lutte sauvage entre eux à une souple alliance contre le prolétariat révolutionnaire. Jusqu'ici la présente étude a été limitée aux aspecte financiers et économiques de la conjoncture française parce que, de toute évidence ils ne sont pas suffisamment connus. Mais tout cela est secondaire par rapport aux aspects 6ociaux et politiques de la situation de la France. Tranchant à travers tous les. plans bourgeois et staliniens, le prolétariat français a toujours son mot à dire. Les efforts de la bourgeoisie française pour restaurer son régime et pour recommencer le processus d'accumulation des capitaux sur le dos du prolétariat, n'auraient pu rencontrer le moindre succès sans la confiance que la vaste majorité des ouvriere français avait malheureusement dans la direction stalinienne. Réprimant ici, cédant là juste ce qu'il fallait, les mercenaires du Kremlin ont réussi à bloquer l'une après l'autre les revendications sans cesse renouvelées des prolétaires qui tentaient de se libérer de leur situation intolérable.

Mais cette étape de paix sociale et de collaboration de classes créée par les dirigeants traîtres à la classe ouvrière approche visiblement de sa fin. Avec la grève Renault, une nouvelle étape s'ouvre en France. Sa caractéristique principale est le commencement du débordement du stalinisme par le prolétariat frangals. Jetés sans cérémonie, comme ils l'ont été, hors du gouvernement, les staliniens ne furent pas particulièrement affligés de passer dans • l'opposition ». Leur longue politique de trahison de classe avait porté le fruit amer d'une perte désastreuse d'influence sur le prolétariat, et 1l leur fallait à tout prix regagner celle-ci. Et André Marty de s'écrier : « Si nous permettons à cette situation de se développer, nous aurone enfreint notre règle tactique la plus importante, qui est de ne jamais permettre qu'on nous déborde sur le flanc gauche. » Et Thorez d'exteindre une véritable reprise et une stabilisation pendant les deux années qui se sont écoulées depuis la fin de la deuxième guerre impérialiste, la ramenée d'un rôle indépendant à celui d'un pion et a fait de la France une sorte de plus grande Grèce dans le jeu gigantesque et meurtrier de l'impérialisme américain. a toujours son mot à dire ! pliquer nettement à Ramadier : < La C.G.T. a été débordée, ou risque d'être débordée, par des éléments trotskystes. > Principalement discrédités, et momentanément débordés par les ouvriers dégoûtés, les dirigeants staliniens ont été forcés de lever l'interdiction de faire grève, et d'ouvrir le robinet de la démagogie gauchiste. pour essayer de * regagner leur clientèle », symptôme qui n'est pas le moins significatif entre tous, les bonzes syndicaux staliniens ont ouvertement avoué que, même s'ils le voulaient, ils n'étaient pas certains de pouvoir faire rentrer les ouvriers, une fois qu'ils avaient débrayé. En un mot, la seconde montée du prolétariat français a commencé.

La crise montante, à la fois politique et économique ouvre des perspectives et pose au Parti communiste internationaliste des devoirs de la plus grande envergure qu'il ait jamais connue. Il serait faux et aventuriste de dire que la mainmise du stalinisme sur le prolétariat français est, tout d'un coup, brisée. Mais elle est sérieusement ébranlée. Des dizaines de fois, pendant les années passées, on a écrit dans les colonnes de la presse de la IV• Internationale que les ouvriers avancés, écœurés de la trahison réformiste et stalinienne, cherchaient une nouvelle issue révolutionnaire. Dans le passé, cette phrase se • rapportait à des centaines et des milliers de travailleurs. Aujourd'hui, en France, elle se rapporte à des dizaines et des centaines de milliers de travailleurs. Des secteurs entiers du prolétariat sont impliqués cette fois-ci ; une immense vague militante a débordé tous les barrages staliniens. Sans l'intervention consciente et audacieuse du parti révolutionnaire, cette vaste vague spontanée pourrait s'user en luttes vaines et sans direction, et refluer de nouvean dans la défaite et la démoralisation. Mais si le parti sait saisir ce moment, qui est celui de la plus grande opportunité, le flot portera le parti et le prolétariat français à des position avancées jamais atteintes auparavant.

20 juin 1947.

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