Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

La revue › numéro de juillet-août

Les tâches de l'éducation communiste

Léon Trotsky · Quatrième Internationale, numéro de juillet-août · juillet-août 1947 · p. 21-23 · 1 676 mots

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Cet article fut publié pour la première fois en anglais, dans Inprecorr, bulletin de presse de

T'Internationale Communiste, Te 16 août 1923.

N prétend souvent que la tâche de l'instruction communiste consiste dans léducation de l'homme nouveau. Ces mots ont quelque chose d'un peu trop vague, d'un peu trop déclamatoire; et nous devons faire preuve 'une vigilance toute particulière pour me permettre aucune interprétation humanitariste informe de la concepition de e l'homme nouveau > ou des tâches de l'éducation communiste. Il n'y a aucun doute que l'homme futur, le citoyen de la commune, sera un étre extrêmement intéressant et attrayant et que sa psychologie (le futuriste me pardonnera, mais jaime à croire que l'homme de l'avenir aura une psychologie) sera très différente de la nôtre. Notre tâche actuelle, malheureusement, ne peut consister à éduquer l'être humain de l'avenir. Le point de vue utopique et psychologique-humanitaire est que le nouvel homme doit d'abord être

« L'HOMME NOUVEAU »

A premiêre vue cela paraft étre faux, cela parait même une insulte. Et pourtant c'est ainsi. La notion de « révolutionnaire » est imbue da plus haut idéal et de la morale la plus élevée que nous ayons pu hériter de toute l'époque antérieure d'évolution culturelle. Ainsi peut-il sembler que nous calomnions notre postérité lorsque nous ne la voyons pas révolutionnaire. Mais nous ne devons pas oublier que le révolutionnaire est le produit de conditions historiques déterminées, un produit de la société de classes. Le révolutionnaire n'est pas une abstraction psychologique. La révolution en soi n'est pas un principe abstrait mais un fait historique maté riel naissant des antagonismes de classes, naissant de l'assujettissement vio lent d'une classe par une autre. Ainsi le révolutionnaire est un type historiformé, et qu'il créera alors les nouvelles conditions. Nous ne pouvons croire cela. Nous savons que l'homme est le produit des conditions sociales. Mais nous savons aussi qu'entre les êtres humains et les conditions existe un rapport mutuel, compliqué et agissant. L'homme lui-même est un instrument de ce développement historique, et non le moindre. Et dans cette interaction historique compliquée des conditions expérimentées par des êtres humains actifs, nous ne créons pas le citoyen abstraitement harmonieux et parfait de la commune : nous formons les êtres humains concrets de notre époque, qui ont encore à lutter pour la création des conditions capables de faire surgir le citoyen harmonieux de la commune. C'est là quelque chose de trèe différent, bien sür, pour la simple raison que notre arrière-petit-fils, le citoyen de la commune, ne sera pas révolutionnaire. ET LE RÉVOLUTIONNAIRE que concret, et par conséquent temporaire. Nous sommes fiers d'appartenir a ce type d'hommes. Mais par notre travail nous créons les conditions d'un ordre social où il n'y aura pas d'antagonismes de classes, pas de révolutions, et done pas de révolutionnaires. Il est vrai que nous pouvons élargir le sens du mot « révolutionnaire » jusqu'à ce qu'il englobe toute l'activité consciente de l'homme tendue vers la domination sur la nature et vers l'extension des conquêtes techniques et culturelles. Mais rien ne nous autorise à opérer une telle abstraction, un tel élargissement sans limites de la conception du « révolutionnaire », puisque nous n'avons nullement rempli notre tâche historique révolutionnaire concrète : le rensersement de la société de classes. En conséquence nous sommes loin de la tâche

QUATRIEME d'éducation du citoyen harmonieux de la commune, consistant à le former par un travail soigneux de laboratoire au cours d'un stade transitoire de la société très peu harmonieux. Une telle entreprise serait une utopie d'une pué-

RÉVOLUTION

Quelles sont les caractéristiques essentielles du révolutionnaire ? Il faut souligner que nous n'avons pas le droit de séparer le révolutionnaire de la base sociale sur laquelle il a évolué et sans laquelle il n'est rien. Le révolutionnaire de notre époque, qui ne peut être lié qu'à la classe ouvrière, a ses partieularités psychologiques propres, particularités d'entendement et de volonté. Si cela est nécessaire et possible, le révolutionnaire brise les obstacles historiques, ayant recours à la force pour réaliser son objectif. Si cela n'est pas possible, alors il fait un détour, creuse une sape, et écrase avec patience et détermination. Il est un révolutionnaire par ce qu'il n'a pas peur de briser les obstaeles et d'employer la force implacablement : en même temps, il en reconnait la valeur historique. C'est son but permanent que de maintenir son travail, destructit et créateur, à son plus haut degré d'activité, c'est-à-dire de tirer de conditions historiques données le maximum de rendement possible pour la marche en avant de la classe révolutionnaire.

Le révolutionnaire ne connaît que des obstacles extérieurs à son activité et aucun obstacle intérieur. C'est-à-dire : il doit développer en lui-même, la capacité d'apprécier le champ de son activité dans tout son contenu concret, avec

DARWINISME

Même si Darwin, comme il le déclara lui-même, ne perdit pas sa croyance en Dieu malgré son rejet de la théorie biblique de la création, le darwinisme lui-même n'en est pas moins inconciliable avec cette croyance. En cela comme par d'autres aspects, le darwinisme est un avant-coureur, une préparation au marxisme. Pris dans un large sens matérialiste et dialectique, le marxisme est l'appiication du darwinisme à la société humaine. Le libéralisme de Manchester a tenté d'adapter le darwinisme mécaniquement à la sociologie. De telles tentatives n'ont mené qu'a des analogies enfantines voilant une perfide apologie bourgeoise : les antagonismes vus par Marx étaient expli 23

ERNATIONALE rilités pitoyable. Ce que nous voulons faire, c'est des lutteurs, des révolutionInaires, qui hériteront et compléteront nos traditions historiques que nous n'avons pas encore menées à leur terme. ET MYSTICISME ses aspects positifs et négatifs et d'en tirer un bilan politique correct. Mais s'il est empêché intérieurement par des obstacles subjectifs à son action, s'il manque de compréhension ou de volonté, s'il est paralysé par un désaccord intérieur, par des préjugés religieux. nationaux ou corporatits, alors il est tout au plus un demi-révolutionnaire. Il y a trop d'obstacles rien que dans les conditions objectives pour que le révolutionnaire puisse s'offrir le luxe de multiplier les obstacles et les frottements de caractère objectif par d'autres de caractère subjectif. Eduquer le révolutionnaire doit done consister, pardessus tout, à l'affranchir de ces vestiges d'ignorance et superstition que Pon trouve souvent dans une conscience très < sensible ». Nous adoptons donc une attitude tout à fait irréconciliable visà-vis de tous ceux qui prononcent un seul mot sur la possibilité de combiner le mysticisme et la sentimentalité religieuse avec le communisme. La religion est inréconciliable avec le point de vue marxiste.

Nous pensons que l'athéisme, en tant qu'élément inséparable de la conception matérialiste de la vie, est une condition nécessaire de l'éducation théorique du révolutionnaire. Celui qui croit à un autre monde ne peut concentrer toute sa passion sur la transformation de ce. lui-ci. ET MARXISME qués comme la loi ‹ éternelle › de la lutte pour la vie. Ce sont des absurdités. C'est seulement la liaison interne entre darwinisme et marxisme qui permet de saisir le développement vivant de l'être dans sa liaison primitive avec la nature inorganique, dans son individualisation et son évolution ulterieures dans sa dynamique, dans la différenciation des besoins vitaux chez les premières espèces élémentaires des règnes végétal et animal, — dans ses luttes, - dans l'apparition du « premier » homme ou anthropoide, utilisant le premier outil, - dans le développement de la coopération primitive associant les moyens, - dans la stratification ultérieure de la société par suite du dé-

INT

Q U AT R EM E I N veloppement des moyens de production, c'est-à-dire, des moyens de maitriser la nature, — dans la guerre des classes, et enfin dans la lutte pour le dépassement des classes.

Comprendre le monde d'un point de vue aussi large signifie émanciper pour la première fois la conscience de l'homme des résidus du mysticisme et lui assurer un ferme point d'appui. Cela signifie être clairement convaincu que pour l'avenir il n'y a pas d'empêchements subjectifs à la lutte, mais que les seuls obstacles et oppositions existants sont extérieurs et doivent être surmontés d'une façon ou d'une autre, suivant les conditions du conflit.

Nous avons souvent dit : • La pratique a le dessus en fin de compte ». Cela est juste dans le sens que l'expérience collective d'une classe, et de toute l'humanité, rejette graduellement les illusions et fausses théories basées sur des généralisations hâtives. Mais on peut dire avec autant de raison que « la théorle a le dessus en fin de compte », lorsque nous entendons par là que « la théorie englobe en réalité l'expérience de toute l'humanité. Vue sous cet angle. l'onposition entre la théorie et la pratique disparait, car la théorie n'est rien d'autre que la pratique correctement considérée et généralisée. La théorie ne fait pas échouer la pratique;

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LA IV° INTERNATIONALE

11 E RNATIONALE mais l'attitude irréfléchie empirique et grossière vis-à-vis de celle-ci. Afin de pouvoir faire une estimation conrecte des conditions de la lutte, de la situation de notre propre classe, nous devons avec une méthode sûre d'orientation politique et historique. Cette méthode est le marxisme, ou, pour l'époque récente, le léninisme

Marx et Lénine, tels sont nos deux guides suprêmes dans le domaine des recherohes sociales. Pour la jeune génération la voie vers Marx passe par Lénine. La voie directe devient de plus en plus difficile, car trop longue est la période qui sépare la génération montante du génie de ceux qui fondèrent le socialisme scientifique, Marx et Engels. Le léninisme est la plus haute incarnation et concentration du marxisme pour l'action révolutionnaire directe dans la période impérialiste d'agonie mortelle de la société bourgeoise. L'Institut Lénine, à Moscou, doit devenir une académie supérieure de stratégie révolutionnaire. Notre parti communiste est imbu du puissant esprit de Lénine. Son génie révolutionnaire est avec nous. Nos poumons révolutionnaires aspirent l'air de cette doctrine, la meilleure et la plus élevée qu'ait produite le développement antérieur de la pensée humaine. Volla pourquoi nous sommes si profondément convaincus que les lendemains sont à nous.

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