Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

La revue › numéro de juillet-août

La division des Indes

Quatrième Internationale, numéro de juillet-août · juillet-août 1947 · p. 31-33 · 1 728 mots

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Le plan britannique de division des Indes, accepté avec « réserves » aussi bien par la Ligue musulmane que par tes leaders du Congrès hindou, deviendra effectif à partir du 15 août 1947. Les deux articles ci-après que nous reproduisons du numéro du 24 mai 1947 de ‹ New Spark », organe de nos camarades hindous, définissent la ligne actuellement défendue sur cette question par le Parti Bolchevik-Léniniste des Indes, sec-• tion officielle de la IVe Internationale.

LA GRANDE-BRETAGNE VA IMPOSER UN NOUVEAU PLAN LA VRAIE RAISON DU VOYAGE DE MOUNTBATTEN

E vice-roi a pris l'avion de Londres pour une consultation de dernière heure avec le cabinet britannique. Il semble que le plan du gouvernement doit être remplacé par un autre. Le principe d'une Inde unie, auquel les impérialistes ainsi que le Congrès prétendent associer leur nom, semble de• voir être jeté par-dessus bord. Apparemment l'exigence de Jinnah que les Britanniques divisent et s'en aillent, va maintenant être satisfaite, au moins en ce qui concerne la « division ». Quant au départ, l'impérialieme ne s'en va jamais, Il doit être écrasé.

Comment la division de l'Inde est-elle venue à l'ordre du jour ? L'attribuer à la seule intransigeance de la Ligue, c'est passer par-dessus le vrai facteur déterminant de la situation. L'impérialisme ne diviserait jamais les Indes si ce n'est dans son propre intérêt. Les avantages d'un marché unifié lui paraissent désormais intérieurs à ceux que promettent les accords faciles a extorquer aux divers Etats hindous.

En d'autres termes, à la méthode consistant à équilibrer les forces sociales rivales à son propre avantage au sein d'un appareil dl'Etat unique, la GrandeBretagne a substitué celle, plus avanta• geuse, consistant à faire jouer l'un contre l'autre des Etats rivaux au sein d'un même pays. En tout cas une chose est claire, c'est que l'impérialisme continue à mener le jeu comme il n'a cessé de le faire depuis les négociations tripartites à Delhi et Simla, l'an dernier. Le monde n'oubliera jamais le spectacle humiliant de ces dirigeants acclamés de l'Inde, à la tête de puissants partis de masses, tournant autour de ce même impérialisme dont on croyait qu'ils étaient en train de se.

couer le joug pour implorer son « arbitrage impartial ». La visite actuelle du vice-roi à Londres ne fait que signaler d'une façon dramatique le retour d'une situation analogue. Encore une fois l'impérialisme est invité à faire le juge qui départagera les prétentions rivales du Congrès et de la Ligue.

Est-il besoin de se demander comment le Dandin impérialiste jugera la querelle des plaideurs du Congrès et de la Ligue ? L'huitre chimérique d'une indépendance accordée volontairement est toujours entre les mains de l'impérialisme, en instance de partage « équitable ›. Nous attendrons avec intérêt la date du 2 juin pour voir comment l'impérialisme se tirera des propositions de partage, en la gardant essentielle ment pour lui. - Quoi qu'il arrive le 2 juin, il est évident que les grandes lignes en sont déjà connues des dirigeants du Congrès et de la Ligue. Nous pouvons donc déja conclure qu'ils se réconcilieront sur la base de cette sentence. Le Congrès pro. testera, mais sera consentant. La Ligue menacera, et emboîtera le pas, Ensemble ils déclareront qu'un nouvel obstacle important vient s'opposer à l'unité du mouvement ascendant des masses aux Indes.

Il est grand temps de dénoncer au grand jour ce plan de découpage des Indes en Etats fermés. Le partage des Indes sur la base des communautés religieuses est un acte régressif irréparable. Exiger que les organes vitaux des natio nalités cristallisées aux Indes soient découpés est aussi criminel que d'exiger le peuplement du Pakistan grâce au transfert de populations. La demande par le Congrès de Partage du Pundjab et du Bengale, a été trouvée très sub. tile et applaudie. Le fait est que cette revendication est ultra-réactionnaire. Le communalisme hindou ne peut être l'antidote du communalisme musulman. Le

Pundjab uni et le Bengale uni dans une

Inde unifiée est la seule voie progressive à suivre. Tel que se présente ce

Q U M E projet, le principe du droit d'autodétermination des nationalités y est violé de toutes parts : il ne sert ni à l'auto-détermination de l'Inde dans son entier, ni à l'auto-détermination des nationali• tés qui la constituent.

S'attendre à ce que l'impérialisme parraine le progrès, c'est courir après la lune. S'attendre à ce que le Congrès et la Ligue mènent l'Inde à sa libération est un espoir chimérique. Depuis un an, au nom de la liberté, ils n'ont fait que

LE PLAN BRITANNIQUE

'INDE vit dans l'angoisse d'émeutes L sanglantes et se voit menacée d'une division effective qui peut très bien aboutir à la création non pas de deux Etats, mais de plusieurs. Qu'est-ce qui a amené cette situation ? La Grande-Bretrgue ne peut plus dominer à l'ancienne façon

L/impérialisme britannique a pu contenir les Indes par la force armée durant toute la guerre. Le soulèvement d'août fut écrasé, et pendant trois années l'Inde fut courbée sous le talon de fer d'une dictature semi-militaire. Mais cette situation ne pouvait pas durer éternellement. Avec la fin de la guerre vint aussi la fin de l'apathie des masses et le début d'une nouvelle vague de luttes. La première manifestation de I'I.N.A. (Armée Nationale Hindoue), à Calcutta, fut un coup de tonnerre interrompant le silence sépuleral des années de guerre, La deuxième manifestation de 1'I.N.A. entraîna dans une lutte commune les Hindous et les Musulmans.

Pour les impérialistes britanniques ce fut un sinistre présage de ce qui allait se passer malgré la propagande communaliste de la Ligue et l'hostilité à toute lutte des dirigeants du Congrês libérés. Mais la révolte de la R.I.N. (Marine Royale Hindoue), en février 1946, fut le vrai signal d'alarme, lorsque les ouvriere de Bombay vinrent en aide aus marins mutinés, et que l'extension de la révolte ne fut empêchée que grâce à l'intervention du dirigeant congressiste Vallabhbal Patel.

Le gouvernement britannique aperçut le signal du danger. Il se rendit compte qu'une Grande-Bretagne d'après guerre, affaiblie, ayant des engagements militaires dans le monde entier, avec des soldats las de la guerre et réclamant leur rapatriement, ne pouvait tenir tête à une importante révolte aux Indes. Il se rendit compte que la Grande-Bretagne ne pouvait plus continuer à dominer à l'ancienne façon. Quelques jours plus tard la mission Cripp était annoncée, et, 32

ERNATIONAL E nous entraîner à des émeutes entre communautés. Il n'y a pas plus d'issue sur la voie de Mountbatten qu'il n'y en avait sur celle de Wavel. Pour que l'Inde devienne libre, il faut que les masses prennent elles-mêmes en mains leur propre sort. La vraie raison voyage de Mountbatten & Londres, c'est de voir si un autre plan ne peut être tramé à Whitehall pour barrer la route aux masses dans l'accomplissement de cette tâche. ET SES CONSEQUENCES encore quelques jours après, la mission ministérielle avee son nouveau plan. Le nouveau plan proposait un changement radical Au lieu de l'ancienne méthode de domination directe sur l'Inde, il prévoyait une formule par laquelle, aveo tous les atributs d'une indépendance for melle, la bourgeoisie et les féodaux hindous deviendraient des administrateurs de l'impérialisme aux Indes.

Le plan britannique

L'indépendance envisagée par le plan britannique serait purement nominale Elle continuerait à l'être même si chaque soldat britannique devait quitter les plages de l'Inde et l'Inde ne plus appartenir à l'Empire britannique. Pourquoi ? Les termes du traité indo-britannique qui concluera l'accord commun pourvoteront à cela. Déjà l'Inde est entraînée dans le plan anglo-américain de défense stratégique de l'Océan Indien, avec l'aide active du gouvernement d'intérim. Et, enfn, tant que le capital britannique continuera à jouer son rôle de domination grâce à la possession des mines, des plantations, des industries et banques aux Indes, la mainmise économique de l'impérialisme britannique trouvera Inévitablement son reflet politique dans la politique du gouverne ment.

Ainsi le dernier plan britannique n'est pas l'abdication de l'impérialisme, mais la tentative de perpétuer l'impérialisme par une nouvelle méthode, une associa tion revisée entre l'impérialisme, la bourgeoisie et les féodaux,

Holocsuste à l'Impérialisme

Mais la tentative de mettre sur pied ce nouveau plan avait besoin de victimes. La Ligue musulmane féodale, autrefois enfant gâté de l'impérialisme, voit que le nouveau plan signifierait l'abandon de la position privilégiée dont la classe féodale a joui depuis si longtemps. La Ligue, satisfaite de la position dont elle jouissait autrefois lors.

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UAT que l'impérialisme s'appuyait sur la classe féodale contre la bourgeoisie aux Indes, s'oppose au nouvel accord. S*Il doit y avoir changement, elle veut de meilleures conditions pour elle. Ayant l'appui des masses musulmanes dont elle a gagné la confiance en exploitant les sentiments arriérés de communalisme antihindou, la Ligue n'a pas craint de brandir la menace d'une guerre civile si ses conditions ne sont pas acceptées. Les émeutes de Calcutta et de Noakhali furent le résultat inévitable de la propagande de la Ligue pour « l'action directe 3.

Aujourd'hui les émeutes entre communautés prennent également, dans certaines régions, l'aspect d'une campagne hindoue e d'action directe ». Le Congrès, prêt à se résigner à une division des Indes a revendiqué le partage du Pundjab et du Bengale. Ceci a amené une offensive des Hindous dans les régions à majorité hindoue du Pundjab et du Bengale.

La seule solution

Les émeutes entre communautés qui font actuellement rage aux Indes sonf le résultat inévitable d'un effort pour résoudre le problème hindou par en haut, sans s'adresser aux masses et pardessus leur tête. Les problèmes, urgents pour l'Inde, de la libération nationale, de l'abolition de la propriété foncière et •de la liquidation des Etats féodaux ne peuvent être véritablement résolus que par la lutte révolutionnaire des asses. La révolution, comme un accouchement, est un processus naturel. La tentative de l'enrayer conduit à de sérieuses com. plications. La révolution aux Indes, retardataire, ne s'est pas développée en 1942, pour diverses raisons. Les douleurs de son enfantement, ressenties une fois de plus dans la révolte de la Royal Indian Navy, furent effectivement étouffées par une intervention artificielle. Le problème hindou, qui comprend an héritage de plusieurs siècles d'eppression, ne peut pas être résolu par un rapiécage bureaucratique. Quel que puisse être le plan britannique définitif, Il ne peut que compliquer davantage la situation, semer les germes de discordes, de troubles futurs. Le problème de l'Inde ne peut être résolu que par l'intervention des masses hindoues.

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