Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

La revue › numéro de juillet-août

La « loi esclavagiste » Taft-Hartley et ses conséquences

Quatrième Internationale, numéro de juillet-août · juillet-août 1947 · p. 5-6 · 914 mots

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Vers la fin de juin, le Congrès américain a adopté comme loi le projet anti-

V ouvrier, soutenu conjointement par les législateurs du parti républicain, le sénateur Taft et le représentant Hartley. Le président Truman, après avoir maintenu un silence discret tout au long des débats de ce projet qui se poursuivirent pendant des mois, finalement formula son veto contre cette mesure. Elle fut ensuite ratifiée dans les deux chambres du Congrès par une majorité écrasante contre son veto. Les partisans du propre parti démocratique de Truman, aussi bien au Sénat que dans la Chambre basse, repoussèrent massi.

vement le veto. Ainsi fut révélé que la masse des deux partis capitalistes se trouvait derrière la mesure dirigée contre la classe ouvrière. Le veto de Truman

QUATRIEMEINTERNATIONALF s'avéra n'être rien d'autre qu'une manœuvre politique commune au système des deux partis des Etats-Unis, système qui vise, sans affecter sérieusement les intérêts de la ploutocratie, à permettre à tel ou tel politicien capitaliste de se couvrir du manteau d'a ami des travailleurs ». Les élections présidentielles de 1948 approchant, le veto était indispensable à l'occupant de la Maison-Blanche s'il voulait avoir un prétexte quelconque pour faire appel au soutien ouvrier sans lequel są réélection est universellement considérée comme exclue.

La loi Taft-Hartley — qui renverse la plus grande partie de la législation libérale accordée lors du New Deal de Roosevelt - interdit le « closed shop » (nécessité d'être syndiqué pour travailler dans les entreprises acceptant cette clause), élimine virtuellement le droit de grève en l'entourant d'innombrables restrictions, ressuscite les ordonnances judiciaires contre des grèves en interdit l'application de la procédure normale aux syndicats qui éliraient des dirigeants * communistes », impose d'autres mesures d'intervention gouvernementale dans le fonctionnement interne des syndicats; enfin, et ce qui n'est pas le moindre, interdit spécifiquement les actions des syndicats qui amèneraient leur participation comme facteurs indépendants dans la vie politique du Cette loi a été qualifiée par les travailleurs révoltés des Etats-Unis de « loi esclavagiste »

L'agitation contre la « loi esclavagiste » proposée couvait dans tout le pays bien avant que la mesure ne passât. Des centaines de milliers de travailleurs, dans toutes les grands cités, participèrent à d'énormes démonstrations militantes contre elle. Des « marches motorisées » sur Washington, spontanément organisées, furent rejointes en route par des délégations enthousiastes. Les dirigeants bureaucratiques des deux centrales syndicales, l'A. F. L. et le C. l. O., furent effrayés de la combattivité croissante et firent tout leur possible pour l'arrêter. Les dirigeants de l'A. F. L. et du C. I. O. se bornèrent à faire campagne pour le veto de Truman, jouant ainsi le jeu de celui-ci, conformément à traditionnelle de maintenir les ouvriers liés à la politique capitaliste. Mais le soutien manifeste donné par le parti de Truman à la « loi esclavagiste » dans le Congrès a rendu cette politique de lâcheté et de trahison de la bureaucratie syndicale extrêmement difficile. La plupart des démocrates du Congrès avaient été antérieurement élus avec le soutien de l'A. F. L. et du C. I. O., en tant qu'« amis des travailleurs ».

Au moment où la loi. Taft-Hartley passait, la masse des travailleurs commençait à lui répondre par des défis. Juste avant le vote, deux cents mille marins firent une grève courte et couronnée de succès. Puis quatre cents mille mineurs abandonnèrent le travail jusqu'au 8 juillet, lorsqu'ils obtinrent le meilleur contrat dans leur histoire. Depuis, il y eut des grèves des chantiers maritimes, de cheminots, des ouvriers des transports et de conducteurs d'autobus. Et soixante-sept mille ouvriers des constructions maritimes sont toujours en grève, défiant ouvertement la nouvelle loi. Dans toutes ces actions, le gouvernement s'est abstenu de prendre les mesures rigoureuses incluses dans les nouveaux pouvoirs donnés par cette loi. Il est clair que les ouvriers répondent à la « loi esclavagiste » par une combattivité renouvelée et accrue qui présage une bataille d'envergure.

Mais la bureaucratie syndicale continue à être aussi soumise et résignée que possible, ne cédant que lorsque la pression des masses la submerge. Devant la revendication surgissant naturellement à la base d'une action politique indépendante en rupture avec le capitalisme, les dirigeants de l'A. F. L. et du C. 1. O. ont envisagé des mesures pour défier les clauses politiques de la nouvelle loi et pour les soumettre au tribunal. Ainsi ils ont commencé une campagne dans la presse syndicale pour le soutien de candidats déterminés en vue des prochaines élections du Congrès. Mais... les candidats sont toujours membres du parti démocratique. C'est-à-dire que le défi est un défi capitonné, timoré, qui ne rompt pas avec la désastreuse politique de collaboration de classes. Cependant, il se produit sous la pression de la base. Et cette pression ira croissant. Déjà de nombreux syndicats ont voté des résolutions demandant une conférence de tout le mouvement syndical pour organiser une contre-offensive politique contre l'action réactionnaire du capitalisme. Déjà l'opinion publique - comme la récente tournée de l'ex-vice-président Wallace l'a montré — est müre non seulement parmi les ouvriers, mais aussi parmi les paysans et les classes moyennes contre la politique étrangère belliqueuse de la • doctrine Truman », dont la loi Taft-Hartley n'est que la contrepartie domestique, Dans ces circonstances, l'agitation des trotskystes américains du « Socialist Workers Party », pour une conférence nationale des syndicats, avec une large représentation de la base, en vue de la formation d'un Labour Party américain indépendant, est particulièrement opportune et effective.

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