par Pablo
Avant la Conférence de Moscou de mars 1947
LA Conférence des « Quatre », qui se tiendra à Moscou, en mars 1947, attaquera de front, pour la première fois depuis Potsdam, la question allemande.
On prévoit de longues et laborieuses discussions entre les quatre ex-alliés avant qu'ils puissent aboutir à un compromis reflétant le nouveau rapport des forces entre le camp impérialiste et l'U.R.S.S. ainsi que l'état des relations interimpérialistes.
La « paix de l'Europe se joue en Allemagne », souligne, avec justesse. la presse anglo-saxonne, en ce sens ce sens que l'Allemagne, ainsi que la Chine, en Extrême-Orient. deux problèmes capitaux légués par la constituent les liquidation de la deuxième guerre impérialiste et qui cristallisent le complexe des rapports mondiaux, ainsi que Tantagonisme fondamental qui domine la scène internationale entre l'impérialisme et I'E.R.S.S.
L'accord de Potsdam
C'est entre juillet et août 1945 que les représentants des « Trois Grands », jeté, à Potsdam, les bases d'un premier Staline, Truman et Attlee avaient règlement du sort de l'Allemagne, règlement qui devait déterminer ensuite leur politique commune dans ce pays. Le compromis de Potsdam réflétait le rapport des forces à cette époque et. plus encore, ce qu'il y avait de confus et d'imprécis, avant que chacun des " Trois Grands » ne vit clair dans la situation et le jeu de l'autre, et avant qu'il ne put définir sa politique générale d'après guerre. L'accord de Potsdam préconisait en principe de traiter l'Allemagne comme une « entité économique », tout en insistant sur la limitation de son potentiel économique au strict minimum compatible avec les besoins élémentaires vitaux de sa population qui s'élevait encore à plus de 60 millions.
Inspiré par les idées réactionnaires de Morgenthau et du Kremlin, il définissait une politique de désindustrialisation énergique, de réparations, d'amputations territoriales, d'expulsions et de transferts forcés de populations, et de concentration de tous les Allemands de l'Europe dans un Reich réduit.
Admettant « la culpabilité collective du peuple allemand », Potsdam consacrait la politique de la colonisation de profit des « vainl'Allemagne impérialistes et de la buau queurs » reaucratie soviétique.
Cette politique a été poursuivie par chacun des « Quatre » occupants de l'Allemagne de manière différente, selon ses propres intérêts et selon l'évolution du rapport des forces sur l'échiquier international.
Déjà, au moment de la signature de l'accord de Potsdam, les positions respectives de la France, de l'Angleterre, des Etats-Unis et de I'U.R.S.S., en ce qui concerne l'Allemagne, différaient sur plus d'un point. Russes et Américains semblaient, à cette époque, d'accord sur la désindustrialisation poussée de l'Allemagne et sur la nécessité de la traiter en même temps en tant qu'« entité économique ». Les Français, par contre, étaient rangés derrière la position de de Gaulle hostile a une Allemagne centralisée et qui préconisait le détachement de la Rhénanie et de la Ruhr. Les Anglais, soucieux de ne pas perdre l'appui de la France dans leur jeu de bascule entre leurs Etats-Unis et I'V.R.S.S., n'osaient pas deux partenaires redoutables, les prendre une position ferme, mais ils étaient plutôt enclins à l'idée d'une Allemagne fédéraliste.
Une Commission de Contrôle « Alliée », composée de représentants français, anglais, américains et russes, établie à Berlin. devait être en principe l'organisme qui veillerait à la coordi. nation de la politique des quatre occupants selon l'esprit de l'accord de
Potsdam,
C'est cette Commission qui a élaboré, en mars 1946, le premier pian concret qui traduisait en pratique les dispositions générales prises à
IV INTERN Potsdam concernant le sort économique de l'Allemagne. Ce « plan pour les réparations et le niveau économique de l'Allemagne d'après guerre » était basé sur les principes directeurs suivants:
a) Elimination du potentiel de guerre allemand et désarmement industriel de l'Allemagne; b) paiement des réparations en équipements industrieis et sur la production courante; c) développement de l'agriculture et des industries de paix; d) réduction du niveau de vie allemand, de sorte qu'il ne dépasse pas la moyenne en Europe; e) détention de ressources suffisantes en Allemagne pour qu'elle puisse se maintenir sans assistance extérieure.
Partant de ces considérations générales, le plan déterminait que la réduction du potentiel industriel de l'Allemagne devait être de Tordre de 50 a 55 % du niveau d'avant-guerre (1938) et que la produetion de l'acier, clé de voûte pour toute l'industrie allemande, serait de 38 millions de tonnes par an (la capacité de production des aciéries étant maintenue à 7.5 millions de tonnes environ, soit 39 % de celle de 1936). (*)
Il s'agissait d'une tenlative de transformer le caractère de l'Allemagne d'un pays hautement industrialisé en un pays agricole, et ceci au moment même où l'amputation de territoires allemands à l'Est de lOder et de la Neisse enlevaient 27 % environ de la surface cultivable de l'Allemagne !
Le caractère utopique de ce plan réactionnaire a été rapidement démontré par les événements comme nous aurons l'occasion de le voir plus loin.
L'EVOLUTION
DE LA POLITIQUE « ALLIEE »
EN ALLEMAGNE
De la conduite « commune » des « Alliés » en Allemagne, malgré
(*) Voici les quantités de production admises par le plan en ce qui concerne les autres métaux à usage idustriel:
ATIONALE 7 Potsdam et malgré la Commission de contrôle alliée de Berlin et son plan de mars 1946, il ne reste de commun aux « Quatre », dès le commencement de l'occupation, que le caractère d'oppression et de pillage de leur politique. Leurs intérêts divergents et leurs antagonismes réciproques n'ont fait que se préciser davantage, les amenant à adopter chacun dans sa propre zone d'occupation une politique différente, qui a maintenu et même aggravé la paralysie économique du pays et la détresse extrême de sa population ouvrière.
La politique de la France
Ebant le partenaire économiquement le plus faible et, par conséquent, le plus affamé et le plus rapace, intro, duite dans le jeu diplomatique des « Trois Grands » non par sa propre force mais par l'exploitation de leurs antagonismes, la France a adopté dès le début envers l'Allemagne vaincue une politique de pillage pur et simple et d'obstruction systématique à toute tentative de restaurer l'unité allemande.
Il s'agissait tout d'abord pour elle de résoudre la pénurie, de charbon, laquelle entrave le relèvement de son industrie. en puisant dans les ressources de la Ruhr et de la Sarre. La France importait avant la guerre environ 1.500.000 tonnes de charbon par mois. Le seul pays actuellement en mesure de lui procurer cette quantité nécessaire aux besoins de son industrie, ce sont les Etats-Unis, mais dont le charbon, outre l'irrégularité de son arrivage, lui revient à 25 dollars environ par tonne, grevant la balance commerciale de la France de sommes (e devises étrangères) qui compromettent dangereusement la reprise économique. Aussi la politiqué francaise envers l'Allemagne vaincue fut perpétuellement hantée par le rêve de voir le charbon de la Ruhr et de la Sarre livré en guise de réparations, alimenter son industrie et affaiblir du même coup le potentiel économique de l'Allemagne toujours redoutable, même sous son aspect cadavérique actuel. De Gaulle fut le partisan le plus ferme du détachement économique et politique de la Rhénanie et de la Ruhr et de leur internationalisation.
En ce qui concerne la Sarre, la France de de Gaulle à Léon Blum ne s'est pas écartée de la position que Bidault, ministre des Affaires Etran-
Cuivre .. 140,000 tonnes (48 Zine 135.000 (60
• • Plomb 120.000 (54 Etain 8.000 (50 Nickel 1.750 (18
1936)
% de
1936)
% de
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de de
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%
IN INTERN gères, définissait clairement dans son discours de Lille le 7 avril 1946 :
« 1°) Les mines de la Sarre doivent redevenir propriété de l'Etat français ; 2º) le territoire de la sarre sera inelus dans le régime économique el monétaire français; 3°) la Sarre échappera sans délai à la compétence du Conseil de Contrôle de Berlin : 4) une force militaire francaise sullisante pour garantir la tranquillité intérieure et la surveillance de la frontière sera stationnée en permanence; 5°) la France assurera le contrôle permanent de l'administration du territoire prendra toutes les mesures nécessaires pour détacher pleinement les services publies de ceux du Reich ; 6°) le statut politique définitif sera fixé ulté rieurement.»
La thèse du détachement économique et politique de la Rhénanie et de la Ruhr, initialement défendue par de Gaulle, ayant reneontré l'opposition résolue de tous les autres occupants, a été progressivement abandonnée en faveur de celle préconisant l'exploitation économique internationale de ces régions. De Gaulle lui-même, dans son discours à Bar-le-Due en juillet 1946, n'insista plus sur la séparation politique de la Ruhr tandis que Bidault. à la Conférence de Paris, vers la même époque. a admis l'administration centrale de l'Allemagne.
La politique d'annexions et de rapines des impérialistes francais a été fortement appuyée par le Parti Communiste Français qui s'est surpassé dans ses campagnes d'un chauvinisme répugnant, pour le rattachement économioue de la Sarre, pour l'« Internationalisation » de la Rhénanie et de la Ruhr. pour le travail forcé de quelaue 600.000 prisonniers allemands alloués à la France.
La politique de l'Angleterre
L/Angleterre. oui occupe la partie la plus industrielle et la plus peuplée de toute l'Allemagne, a mené une politique qui, initialement, visait à incorporer sa zone dans un système économique et politique de l'Europe occidentale pivotant autour d'elle et qui, éventuellement, pourrait faire face aussi bien à la pression économique de l'impérialisme américain. qu'à la poussée de l'URSS. Cependant. l'affaiblissement général de l'impérialisme
ATIONALE sion économique des zones anglaise et américaine, décidée depuis août 1946 et effective depuis le 1° janvier 197, fusion qui consacre la préponderance américaine sur toute léconomie de cette partie de l'Allemagne.
Les principales élapes de l'évolution de la politique anglaise en Allemagne furent les suivantes :
L'Angleterre fut la première à exexpeter son désaccord sur la future grandeur de l'industrie allemande. particulièrement en ce qui concerne concerne la production de lacier, telle qu'elle fut définie à Potsdam et, plus tard, par le plan de mars 1946.
En ce qui concerne l'unité de PAIlemagne son point de vue initial qui, du reste, a peu évolué, élait que, tout en traitant l'Allemagne en tant qu'unité économique et douanière, on devait politiquement envisager son développement sous forme de fédération.
Ce point de vue semblait à la diplomatie anglaise capable d'associer aussi bien celui de la France que celui des Etats-Unis, en uniformisant ainsi le régime de toute la partie occidentale de l'Allemagne en face de la zone soviétique soumise à un régime politique et surtout social différent.
Durant la Conférence des « Quatre » à Paris qui commença en mai 1916 Bevin, ayant acquis l'assentiment des Français, mit en avant cette idée du développement fédératif de l'Allemagne, concrétisé en ce qui concerne la zone britannique dans la division suivante : l'Etat du Schleswig-Holstein avec les villes de l'ancienne Hanse, de Hambourg, de Bremen, de Lübeck et leur hinterland: l'Etat du plus GrandHanovre et enfin l'Etat de la RuhrRhénanie.
En juillet 1946, toujours à Paris,
Bevin répondant à l'accusation
Molotov qu'Anglais et Américains avaient cessé les livraisons à l'U.R.S.S.
d'usines et de machines de leurs zones d'occupation, comme le stipulait
Potsdam, développa le nouveau point de vue anglo-américain sur les réparations, à savoir que celles-ci ne pouvaient nlus être pavées. ni par le démantelement industriel, ni sur la production courante aussi longtemps que les exportations allemandes n'arrivaient pas à couvrir les importations.
A la fin du même mois de jnillet 1946.
le gouvernement britannique arcepta l'offre américaine d'une fusion économigue de sa zone et de la zone américaine. Cette décision fut prise à la suite d'une situation alarmante dans la zone britannique. caractérisée par un déclin rapide de léconomie mdusasalin parian de l'éeonomis indus.
anglais et la faiblesse de économique de sa zone par ses propres forces.
ici aussi, dans à entrer.
l'impérialisme américain la ranimation en Allemagne l'ont obligée le sillage de
L'aboutissement de ce processus forcé fut la fu-
IV° INTERN trielle et agricole et par le très mauvais état du ravitaillement, proche de la famine. Anglais et Américains évoquèrent à cette époque surtout les raisons économiques nécessitant cette fusion. Aucune des deux zones ne pouvait se suffire à elle-même. zone anglaise est, par excellence, industrielle. la zone américaine, par excellence, agricole. Il s'agissait avant tout, prétendirent les uns et les autres, de nourrir la zone britannique des produits agricoles de la zone américaine, et de fournir à celle-ci les produits industriels indispensables.
Les frais d'occupation pesaient « lourdement » sur Londres et Washington, et il s'agissait, en ranimant l'économie allemande, de faire couvrir par l'Allemagne elle-même les frais de sa subsistance. Nous examinerons plus loin les raisons politiques de la fusion. Il est en tout cas indéniable que l'Angleterre fut forcée d'accepter les conditions • de la fusion, sa politique indépendante ayant abouti à une faillite complète.
La politique des Etats-Unis
Les Etats-Unis ont eu, vis-à-vis de l'Allemagne, une attitude qui était avant tout déterminée par des raisons politiques et plus particulièrement par leur antagonisme avec T'U.R.S.S. C'est par l'Allemagne que les Etats-Unis exerceront leur pression aussi bien économique que diplomatique et militaire sur T'U.R.S.S. et sa zone d'influence en Europe.
Pour n'insister que sur l'aspect économique de la question, la suprématie américaine sur l'économie allemande, lorsque celle-ci se relèvera de sa stagnation actuelle. constituera un facteur capital pour l'orientation des pays du glacis soviétique ainsi que pour celle du Kremlin. Tous ces pays et T'U.R.S.S. même ont un besoin urgent d'aide économique en capitaux et en produits industriels. L'Amérique et l'Allemagne, ressuscitée grâce à ses capitaux, seront les seuls pays capables de remplir une telle tâche dans les cinq à dix années qui viennent.
Si l'U.R.S.S. avait la possibilité de se relever plus vite que l'Allemagne d'alimenter les pays européens qu'elle maintient actuellement sous son influence, en produits industriels indispensables à leur économie, elle pourrait espérer les retenir dans son orbite et même voir le processus de leur assimilation structurelle se poursuivre et s'accélérer. Mais si l'Allemagne, aidée par l'Amérique, se relève plus vite,
ATIONALE 9 elle exercera une telle pression, à la fois économique et politique, qu'elle constituera le moyen le plus efficace de miner l'influence de I'U.R.S.S. dans ces pays et même de les détacher d'elle complètement. Nous examinerons plus loin le mécanisme de pression des Etats-Unis au moyen de l'AIlemagne sur I'U.R.S.S. même.
Dans la première phase des négociations avec I'U.R.S.S. avant la fin de la guerre avec le Japon, et même après, aussi longtemps qu'ils n'eurent pas consolidé leurs positions en ExtrêmeOrient et dans le Pacifique, et n'eurent pas arrêté une ligne de conduite claire pour l'après-guerre, les EtatsUnis semblèrent céder à la pression de I'U.R.S.S. en Europe et soutenir sa politique de violences et de pillage en Allemagne. Les changements dans leur attitude datent d'avril 1946. C'est à ce moment que le général Clay cessa, dans la zone américaine, les démantèlements d'usines en faveur des réparations dues à I'U.R.S.S. et les Anglais, vers la même époque, suivirent son exemple.
Fin juillet, les Américains inaugurent leur politique de fusion des zones anglaise et américaine par une proposition officielle au gouvernement britannique qui accepte. Le 6 septembre, Byrnes. dans son discours à Stutigart, porte la première attaque frontale contre l'esprit de Potsdam, contre le corsetage de l'économie allemande et met en question les frontières définitives entre la Pologne et l'Allemagne. Dès le 1° janvier 1947, l'unification économique de la zone anglaise et américaine devient effective.
Les Etats-Unis ont commencé par préconiser la thèse d'une Allemagne uniflée et centralisée pour aboutir les premiers à la structure fédérative en divisant leur propre zone en trois « Etats » : la Bavière, le Würtemberg et la Grande-Hesse.
Cette organisation fédérative de l'AIlemagne est la plus propre à assurer leur hégémonie économique et politique, au moins sur la plus grande partie de l'Allemagne uniflée et à les protéger de la menace d'un retour offensif d'un Reich centralisé qui voudrait jouer dans l'avenir son propre inu et sallier éventuellement avec TU.R.S.S.
La politique de I'U.R.S.S.
La politique que la bureaucratie soviétique a menée et mène-actuellement en Allemagne a obéi à la fois à des exigences immédiates et à des
IV° INTERN considérations à long terme. Cette politique, d'autre part, a conservé un cachet en plusieurs points particulier à cause de la nature de classe différente entre la bureaucratie soviétique et la bourgeoisie. Nous ne décrirons que sommairement ces différents aspects de la politique russe en Allemagne, en insistant plus particulièrement sur ses manifestations de caractère international.
Aussi bien en Allemagne que dans les autres pays « vaincus » dans lesquels est entrée l'Armée Rouge la première phase de cette politique est caractérisée par le pillage systématique, les démantèlements des équipements industriels, ainsi que par le transfert de main-d'œuvre en Russie. Il s'agissait pendant cette période, qui en Allemagne s'étend de juillet 1945 à janvier 1946 environ, de faire face avant tout aux destructions et à la désorganisation de l'économie soviétique provoquées par la guerre et qui risquaient d'approfondir la crise du régime tout entier, en puisant, aussi abondamment que possible et de la facon la plus anarchique, dans les ressources des pays occupés.
La deuxième étape coïncide avec la période de préparation de fusion des socialistes et des communistes en zone russe, décidée en janvier 1946 et réalisée en avril 1946 par la formation du « Einheitspartei » (E.S.D. — Parti Socialiste Unifié d'Allemagne), instrument de la politique soviétique en Allemagne. Cette phase est caractérisée par le ralentissement et même par l'arrêt des démantèlements industriels et, sinon par la réalisation, du moins par des promesses d'aide russe en faveur de la reconstruction économique de la zone russe en Allemagne. Ainsi, en mars 1946, le chef stalinien allemand Ulbricht annonça une nouvelle Paltectation de 3800 usines environ politique économique, marquée pour produire désormais exclusivement pour les besoins de la population 'allemande de la zone russe, et promit que l'U.R.S.S. enverrait des matières premières et des vivres. Vers la même époque, et toujours avant la fusion. la presse mentionna, sans qu'on puisse vérifier la chose, le retour en Allemagne de quelques installations industrielles emportées auparavant par les Russes.
Après la fusion, les démantèlements recommencèrent et furent particulièrement accélérés, immédiatement après l'échec retentissant du E.S.D. aux élections municipales de Berlin en octobre
1946.
Cependant, cette politique de pillage à outrance et la persistance dans
ATIONALE l'esprit réactionnaire de Potsdam de désindustrialisation intense de l'Allemagne allaient à l'encontre des intérêts de l'U.R.S.S., de prélever sur l'Allemagne des réparations dont la valeur totale devait s'élever, selon les exigences formulées et acceptées à Yalta et à Potsdam, à la somme de dix milliards de dollars. Pour que l'Allemagne paie, elle doit tout d'abord posséder une économie exempte du corsetage asphyxiant de Potsdam.
La bureaucratie soviétique a longtemps hésité et elle hésite encore entre le besoin urgent qu'elle a des réparations allemandes et la crainte de voir ce pays retrouver une puissance comparable à celle d'avant-guerre. Mais étant donné que ce dernier processus est en réalité indépendant de sa propre volonté, la plus importante et la plus grande partie de l'Allemagne se trouvant sous le contrôle des Anglais des Américains, la bureaucratie soviétique se contentera très probablement de continuer à toucher ses réparations indépendamment de la façon dont elles sont produites.
Le premier départ fait par l'U.R.S.S. de la position de Potsdam sur le niveau de l'économie allemande s'est produit pendant la conférence des « Quatre » à Paris, en juillet 1946, Devant l'insistance de Bevin pour élever ce niveau, Molotov répondit: « Laissons réaliser le plan actuel (de mars 1946) - Allemagne étant encore loin d'avoir atteint ses pourcentages — et après il sera toujours possible de le reviser et de l'étendre ». Environ trois mois plus tard, Staline, dans ses déclarations au président de l'United Press, H. Gaillie, admit la nécessité de relever le niveau de l'industrie allemande. On apprit peu après que, dans les conversations du général soviétique Sokolovsky et du général américain Clay à Berlin, il était question de porter de 5.8 millions à 12 millions de tonnes la production allemande de l'acier.
Il devient évident que l'U.R.S.S., poussée par la gravité de sa situation économique et les exigences du nouveau plan quinquennal, a pour intérêt de voir augmenter la production allemande afin de pouvoir etre payée sur les surplus de la production courante.
Mais au même moment les pourparlers anglo-américains au sujet de la fusion de leurs zones et de l'organisation future fédérative de l'Allemagne, venaient d'aboutir à un accord. L'UR.S.S. a réagi violemment aussi bien contre l'une que contre l'autre.
Nous parlerons plus loin de la réaction de l'U.R.S.S. devant la fusion
IV® INTER des zones anglaise et américaine. En ce qui concerne la structure future de l'Allemagne, l'U.R.S.S. a adopté, dès le début, la thèse d'un Reich unifié et centralisé bien que cette position fut défendue plus souvent par son instrument polítique en Alleniagne, le parti socialiste uniflé, que par ses propres hommes politiques.
Cependant, depuis la fin des conversations Sokolovski-Clay à Berlin, dans sa zone a été amorcé le mouvement vers une organisation fédérative qui consisterait à remettre les pouvoirs d'administration, dans toute la zone
NATIONALE 11 soviétique, aux parlements de province récemment élus, et la formation de cinq gouvernements d'Etat. (Ordre n° 332 du 2-12-46 du général Sokolovski.) L'avenir montrera le sens exact de cette mesure, qui, apparemment du moins, semble vouloir aligner la polltique administrative russe en Allemagne sur la politique menée dans les zones occidentales.
Au prochain numéro: Les positions des « Quatre » à la veille de la Conférence de Moscou et le bilan de leur politique en Allemagne.