1946 s'est achevé sur une note « d'optimisme » de la presse mondiale capitaliste tandis que la presse soviétique et stalinienne s'évertuait à démontrer que les champions de la diplomatie soviétique, Molotov. Vichinsky et Gromynko, avaient réussi dans les réunions internationales des « Ouatre » et de l'O.N.U. à les « manœuvres antisoviétiques » des impérialistes, à briser l'isolement international de l'U.R.S.S. et à faire triompher la cause de la « paix mondiale ».
Ce qui a justifié l'optimisme de la bourgeoisie, c'est l'ampleur des concessions faites subitement depuis octobre 1946 par la diplomatie soviétique et le contraste entre ces « replis élastiques » et la rigidité et même l'agressivité qui avaient caractérisé la politique de P'U.R.S.S. depuis la fin de la guerre, et particulièrement depuis le commencement de l'année écoulée. L'U.R.S.S. paraissait, au début de cette année 1946 et jusqu'à la réunion de l'Assemblée des Nations Unies à Paris en juillet 1946, en pleine offensive diplomatique, hostile à tout recul, à toute concession, exergant une pression constante de Trieste en Iran, en passant par les Dardanelles.
Nous avions signalé le premier fléchissement dans cette conduite lors du succès remporté à la Conférence de Paris en octobre 1946 par la diplomatie anglo-saxonne sur la question de Trieste et souligné que ce n'était là qu'un commencement. Vers la fin du même mois, Staline faisait à un journaliste anglais des déclarations qui contrastaient singulièrement avec le langage tenu presque au même moment par Molotov à la séance de l'O.N.U. à New-York.
Tandis que ce dernieripzomatiqnes durant l'anade 1960, démongait imprégné encore de l'esprit polémique qui a caractérisé toutes ses interventions en termes vifs la « diplomatie du dollar » et ses manifestations militaristes, Staline déniait toute tension réelle entre la Russie et les Etats-Unis et caractérisait poliment la politique américaine au Japon, « comme un succès qui pourrait étre un succès encore plus grand ». Les commentateurs de la presse anglo-saxonne n'ont pas manqué de soulicette époque l'importance de ces déclarations de Staline et de les considérer comme le signe avant-coureur d'un changement prochain de la diplomatie soviétique.
Cela s'est produit environ un mois durant les derniers jours de novembre 1946, quand les diplomates soviétiques à New-York ont abandonné l'une après l'autre plusieurs des positions qu'ils avaient défendues auparavant plus grande ténacité depuis l'automne 1945. Ils ont accepté le compromis sur Trieste qui établit un état libre de Trieste à l'ouest de ce qu'on a appelé la ligne française. Ils ont accepté l'institution du Gouverneur de cet état libre avec des pouvoirs dants de l'Assemblée Populaire, parmi lesquels celui de décider à lui seul du moment opportun pour le retrait des troupes étrangères qui occupent actuellement Trieste. Ils ont accepté qu'une somme égale soit payée à la Yougoslavis et la Grèce par l'Italie et la Bulgarie. Ils ont abandonné leur appui aux revendications bulgares demandant une rectification des frontières au détriment de la Grèce. ont admis le principe de l'inclusion dans les traités avec les pays danubiens des clauses rela ives à la liberté de la navigation sur ce fleuve et ont consenti à réunir internationale des quatre Grands ainsi que des pays riverains pour discuter le statut futur du Danube.
Ces concessions faites au « conseil des Quatre » ont été accompagnées d'autres concessions non moins importantes faites à l'O.N.U.; non seulement ils y ont admis le principe d'un contrôle international du désarmement, mais ils ont même suggér ru'ils étaient prêts à assouplir leur conception du droit de velo. Il est vrai leur position sur cette dernière question la subi depuis un nouveau raidissement et le Plan Baruch a été voté par tous les membres de la Commission de l'Energie Atomique de l'O.N.U. sauf I'U.R.S.S. et la Pologne qui se sont abstenues. L'U.R.S.S. a accepté toutes les clauses du Plan Baruch relatives à la constitution d'une Autorité Internationale ayant droit de contrôle partout, pays, sur l'énergie atomique. Ceci constituerait déjà un changement radical par rapport à l'attitude jusqu'alors hostile de l'U.R.S.S. à toute inspection internationale susceptible d'enquêter en U.R.S.S. même. L'objection que Gromynko a formulée au plan Baruch se réfère à une clause récemment ajoutée au projet initial, clause stipulant que toutes les Nations Unies seraient obligées de coopérer aux sanctions que l'Autorité Internationale Atomique décrèterait contre l'éventuel transgresseur de la convention sur l'énergie atomique.
Le veto serait par conséquent inopérant dans ce cas, ce que l'UR.S.S. m'a pas voulu admettre pour le moment, craignant que cela ne serve un jour de prétexte pour déclencher une guerre de toutes les Nations Unies contre elle.
Mais exception faite de ce désaccord, qui du reste n'est pas allé plus loin que l'abstention de et « d'entente » qu'a montré depuis novembre 1946 la diplomatie soviétique, n'a pas été démenti par les faits. Au contraire, on a remarqué que Moscou a considérablement relâché sa pression sur la Turquie et sur l'Iran. Et quand la réaction dans ces pays, encouragée par les Anglo-Saxons, s'est lancée dans une manifestation de force sanglante contre les soutiens indigènes de la politique de I'U.R.S.S. le Kremlin n'a réagi que mollement, se contentant de flétrir les procédés « réactionnaires » et « terroristes » d'Ankara et de Téhéran. Quelle explication pouvons-nous donner de ce changement brusque de la diplomatie soviétique et de cet abandon des positions qui paraissent durant des mois défendues avec acharnement?
Il s'agit en réalité d'un premier recul de J'U.R.S.S. dans l'épreuve gigantesque qui l'oppose, plus particulièrement depuis la liquidation de la deuxième guerre impérialiste, au monde capitaliste dominé par l'impérialisme américain.
1946 fut, plus que n'importe quelle autre année de la guerre, l'année de l'Amérique. FREETEA Sa puissance à la fois économique et militaire a trouvé, pour la première fois dans son histoire, sur le terrain diplomatique une expression à sa hauteur. La « diplomatie atomique » que Byrnes a fait prévaloir particulièrement à partir d'avril 1946 pour la première dois sur l'arène politique internationale n'avait pas comme support exclusit le secret des armes atomiques. Le potentiel économique de l'impérialisme yankee, en capitaux et en produits industriels et agricoles, en face d'un monde sorti ruiné de la appauvri, affamé, détruit, n'a pas moins contribué aux succès diplomatiques Les pays capitalistes, depuis le troisième « Grand » — l'Angleterre - jusqu'à la Grèce, dépendent de l'aide américaine, sous forme de prêts de la dimension de celui qui a été accordé à Londres, ou de denrées que l'U.N.R.R.A. a distribuées aux populations affamées de la Grèce.
L'un après l'autre les Ministres et les Premiers Ministres des pays capitalistes se rendent en pélerinage à Washington pour plaider la cause de leur banqueroute économique, et implorer la générosité de la « grande démocratie » d'outre-Atlantique. En
IV° INTERNATIONALE 3 échange ils ouvrent grandement les portes de l'économie de leurs pays à l'expansionaméricain, qui s'infiltre avec une rapidité et une ampleur que nous avons grand peine à réaliser.
Parallèlement à cette domination économique du monde capitaliste se poursuit le développement du réseau des bases militaires et stratégiques de l'impérialisme américain, du Pacifique au « sixième continent » antarctique. Du reste, pénétration écenomique et stratégique ne sont en réalité que le complexe d'un même processus. On voit cela clairement au Japon, en Chine, en Iran et en Allemagne. Dans ces quatre pays où la pénétration économique américaine a fait dans ces derniers temps des progrès considérables, l'impérialisme yankee aménage des bases stratégiques, se mêle activement à la vie politique de ces nations et va jusqu'à soutenir militairement les gouvernements à sa dévotion.
Il s'est créé peu à peu durant l'année écoulée, autour de l'U.R.S.S. et de d'influence en Europe et en Asie, un encerclement capitaliste dominé par l'impérialisme américain, plus homogène et plus puissant que jamais. En même temps la situation intérieure de TU.R.S.S. et de sa zone est caractérisée par de graves difficultés économiques, consécutives aux destructions provoguées par la guerre et parasitaire et spoliateur de la bureaucratie soviétique. Dans ses déclarations d'octobre 1946, Staline n'a pas omis de fournir des indications assez significatives sur les difficultés que rencontre la reconstruction en U.R.S.S. et sur ses besoins. Contrairement à l'optimisme sur commande de ses amis « communistes » des pays capitalistes, il a souligné que la reconstruction de l'U.R.S.S. exigera « six, sept années ou même davantage » et il a, pour la première fois, personnellement admis la nécessité d'un prêt américain. En contre-partie il s'est déclaré disposé à laisser « sous certaines tions » cuelques passages au commerce aérien américain au delà du « rideau de fer » qui entoure TU.R.S.S. et sa zone. Depuis lors, d'autres nouvelles plus précises sont parues dans la presse mondiale sur les difficultés économiques intérieures I'U.R.S.S. Il parait que certaines régions de l'U.R.S.S. et certaines contrées actuellement sous contrôle soviétique se trouveront sous peu placées devant une situation alimentaire grave, la « soudure du blé » s'avérant pour de multiples raisons problématique (4). D'autre part la production de pétrole de PU.R.S.S. ne semble pas avoir dépassé, en 1946, malgré tous les efforts, 35 millions de tonnes, quantité insuffisante pour faire face aux exigences de la reconstruction et du nouveau plan quinquennal. D'où les prélevements massifs que l'U.R.S.S. a effectués sur les pétroles roumains, hongrois et autrichiens, et l'intérêt qu'elle porte à la concession pétrolière en Iran. Pour s'en assurer son exploitation sans souci, Moscón a préféré sacrifier ses amis politiques du parti Toudeh et les autonomistes de l'Azerbaidjan.
Dans le même ordre de faits, il faut aussi cataloguer le changement de la politigue soviétique en Allemagne par l'adoption du point de vue anglo-saxon nécessité d'élever le niveau économique de ce pays bien au-dessus de celui qui avait été autorisé à Potsdam et par le plan de la commission de contrôle alliée de mars 1946 L'U.R.S.S. a besoin de voir ne pas se tarir la source des péparations allemandes qui contribuent largement à son propre relèvement.
La rigidité de la diplomatie soviétique a fléchi sous le poids de cette double pression que nous venons de décrire de la puissance de l'impérialisme américain et des difficultés intérieures de I'U.R.S.S.
Certes il ne s'agit encore que du début d'un processus de recul qui n'a pas depassé, pour le moment, le caractère d'un repli bien ordonné de I'U.R.S.S. dans les limites de sa propre zone d'influence, où si elle ne s'élargit pas davantage, elle ne perd pas non plus du terrain. Ainsi que s'exprimait récemment M. Lippmann « il y a eu, en peu de mots, une temporaire de l'éguilibre des forces dans les limites des sphères d'influence établies à la fin de la guerre » (New-York Tribune, 31-12-46).
Mais la dynamique de la situation internationale a sa logique inexorable. L'épreuve de force entre I'U.R.S.S. et l'impérialisme ne peut s'arrêter avant que n'intervienne un résultat définitif. Une « stabilisation », sur la base actuelle des choses, entre l'impérialisme américain plus expansionniste que jamais et l'U.R.S.S. contrôlant une partie importante de l'Europe et de l'Asie, est impossible. L'impérialisme se prépare déjà à reprendre sa poussée lors de la prochaine conférence de Moscou qui abordera la guesallemande, « clef de voûte de la paix en Europe ». On mesurera à cette occasion l'ampleur réelle du recul de l'U.R.S.S. et le rapport des forces entre celle-ci et l'impérialisme, ainsi que les répercussions sur la politique des partis communistes qui se montrent déjà beaucoup plus conciliateurs que quelques mois auparavant.
(1) Pour des raisons qui tiennent au partage des terres, non necompagné des moyens de cullure Indispensables (machine: agricoles engrais), on enregistre une chute « massives des récoltes dans les régions de grande production de l'Est européen. D'autre part, dans Balkan: et en U.R.S.S. meme, les circonstances a mosphériques ont entraine très déficitaire.