Documents de la IVe Internationale

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La revue › numéro de février

Perspectives économiques pour l'Amérique d'après guerre

William F. Warde · Quatrième Internationale, numéro de février · février 1946 · p. 22-27 · 5 156 mots

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Éclatant de richesses et de force productive, dominant un monde appauvri, les ploutocrates des Etats-Unis s'attendent au « siècle américain ». Energiquement et sans pitié, ils procèdent à la réorganisation de l'économie mondiale en faillite suivant leurs appétits et leurs intérêts.

Faisant des plans pour un lointain avenir afin de subjuguer et d'exploiter la planète, ils chantent de joyeux hymnes à l'approche de leur prospérité.

La presse capitaliste d'aujourd'hui est remplie de prédictions optimistes sur le prochain

« boom ». Le « Times ». du 17 septembre conclut ainsi: « Les analyses des affaires gouvernementales et privées sont en majorité d'accord sur les perspectives immédiates: Le cours des affaires baisserait pendant à peu près 6 mois, pour s'élever ensuite. Les prophètes optimistes sont à peu près tous unanimes pour penser que les années 1947 et 1948 verront un revenu national d'un niveau élevé — peut-être d'à peu près 135 milliards de dollars (maximum en temps de guerre: 165 milliards). Ensuite, quelques pronostics prévoient une profonde dépression, commençant peut-être en 1949. »

Les actions ont eu un cours élevé pendant 8 années et le marché de la bourse de NewYork a été très actif. Ceci indique que Wall Street ne parle pas simplement de consommation du public, mais place son argent pour une période anticipée de profite faciles.

Ces prédictions de prospérité pour l'aprèsguerre ont été suivies de promesses faites par des politiciens capitalistes libéraux tels gue le Ministre du Commerce, Mr. Wallace et leurs enfants de chœur du mouvement ouvrier, promesses de 60 millions d'embauches basées sur un revenu national annuel de $ 200 milliards. Poursuivant leur fonction sociale en trompant et induisant les ouvriers en erreur, ces charlatans sont obligés d'exagérer, au delà de leur pensée, les estimations des organismes officiels de la grosse industrie.

Quant aux capitalistes, ils ont de bonnes raisons pour être satisfaits. Premièrement, ils ont accumulé des profits sans précédent pendant la guerre. Les profits nets, taxes payées, des industries américaines, totalisent 42,7 milliards de dollars de 1939 à 1945. Leur capital courant, net, augmentait de $ 24,6 milliards en 1939 à $ 45,5 milliards en 1945... un saut de 85 %. La circulation actifs s'élevait dans la même période de $ 54,6 milliards à $ 98 milliards. Une prodigieuse accumulation de richesses!

Deuxièmement, ces profiteurs parasitaires n'ont pas besoin de craindre des représailles, car le gouvernement a garanti leurs profits pendant la reconversion. Des diminutions d'impôts de $ 5,7 milliards afflueront dans les caisses des sociétés l'année prochaine. Les lois sur les impôts assurent virtuellement la plupart de compagnies contre les pertes. Le Service des Recherches

C.I.O. déclare: « Si toute l'industrie métallurgique, par exemple, tombait au-dessous de 40 % de sa capacité et perdait autant d'argent qu'en 1938, elle recevrait un chèque du gouvernement fédéral de plus de $ 167.000.000.

Ceci représente 32 % de plus qu'elle ne pouvait répartir en profits nets, taxes payées, pour les 4 années de paix 1936-1939. »

Troisièmement, les industriels sont prêts à un grand « boom ». Ils ont l'eau à la bouche à l'idée du festin de profits dont ils espèrent. jouir. D'après les estimations données par le " United States News » du 28 septembre, le revenu total de toutes les Sociétés américaines pour 1946 seront de $ 190 milliards. En 1947, disent-ils, on peut s'attendre à des revenus en atteignant $ 205 milliards. Ils auraient un revenu total plus élevé pendant ces années que pendant les années de paix.

Quels en seront les profits? Si les impôts des super-profits sont abrogés en 1946, les profits des Sociétés toutes taxes payées s'élèveront à $ 5,5 milliards; et en 1947 a $ 9,3 milliards nets, toutes taxes payées... Ce seront des records encore jamais obtenus.

Voilà la pluie d'or à laquelle s'attend Wall Street. Mais la prospérité capitaliste n'apporte pas aux ouvriers les mêmes bienfaits qu'aux employeurs. Qu'est-ce que les ouvriers peuvent attendre d'un Boom? Quelles sont les chances d'embauche et d'amélioration du standard de vie? Combien de temps peut durer une telle période de prospérité? Afin de faire le point, et de préparer leur stratégie pour la prochaine période, il est nécessaire pour la classe ouvrière que ces questions trouvent des réponses basées sur une appréciation réaliste des principales tendances et perspectives de l'économie américaine. Les Facteurs en Faveur d'un « Boom ».

Commencons notre enquête par un examen des facteurs économiques les plus favorables qui rendent les capitalistes américains si optimistes. Ils voient un immense marché intérieur plein de consommateurs avides des marchandises qui leur furent refusées pendant la guerre et disposant d'un pouvoir d'achat sans précédent. Les « United States

News » du 15 juin donnent une évaluation de cet aspect de la situation dans les termes suivants: « Les versements des rentes à des personnes individuelles seront en 1945 de $ 159 millions ou un peu plus élevés qu'en

1944. On considère maintenant comme probable que le revenu moyen de personnes individuelles tombe au-dessous de $ 119 millions comparé à $ 76 millions en 1940... Les épargnes individuelles accumulées depuis 1940

•ni atteint un total de plus de $ 121 millions au début de cette année. » On s'attend à ce que ce réservoir du pouvoir d'achat fasse naître chez le public l'esprit de la dépense. La propagande capitaliste disant que les ouvriers possèdent une formidable réserve d'épargne doit naturellement être fortement démentie. Le volume des milliards en « War

Bonds » et épargne est détenu par les industriels, institutions financières et familles riches. Pourtant, bien des ouvriers touchant de sonnes payes ont economisé une partie de e qu'ils ont gagné pendant la guerre et d'autres sont prêts à hypothéquer leurs revenus en achetant les marchandises qu'ils désirent par le moyen du crédit.

Les paysans les plus prospères attendent également de pouvoir transformer leurs avoirs liquides et leurs bons d'Etat en voitures, tracteurs, améliorations ménagères, etc... Les paysans ont joui d'un revenu net, dépenses déduites, d'a peu près 11 milliards de dollars pour les deux dernières années! En même temps, il est prévu que la garantie gouvermementale des prix du blé, coton, etc... continuera jusqu'en 1948. Etant donné que la paysannerie constitue l'un des principaux soutiens du marché intérieur, ce deuxième grand courant de pouvoir d'achat doit encore douboler le « Boom ».

Le déblocage des & besoins effectifs » des bieng de consommation, tels que voitures, radios, accessoires ménagers, etc., doit maintenir l'industrie en activité pendant plusieurs années.. La durée du ‹ Boom » ne peut être jaugée par petites mesures, vu le nombre de voitures automobiles pouvant être vendues. L'industrie automobile règle la marche de toute la production américaine. Elle forme le chaînon entre l'industrie légère et l'industrie lourde. Le caoutchouc, l'acier, le verre, l'aluminium, etc... sont étroitement liés dans ses opérations.

Combien d'automobiles le marché peut-il absorber et dans combien de temps sera-t-il saturé? Le Ministre de la Production de Guerre prédit qu'à peu près 500.000 automobiles seront construites en 1945; 3,7 millions en 1946, et près de 5 millions en 1947. Ceci dépasserait la production de 4,7 millions enregistrée en 1929. Le « United States News » estime que: « 2 ou 3 années seraient nécessaires pour épuiser l'assaut des demandes d'automobiles. »

Parallèlement aux besoins en biens de consommation, les capitalistes entrevoient les besoins du bâtiment. W.P.B. Chairman Krug estimait récemment que la construction en 1946 totaliserait $ 6,5 milliards, 44 % de plus que cette année et un peu plus qu'en 1939. Les constructions financées par des particuliers sont estimées à $ 4.350.000.000, ineluant $ 1 milliard pour de nouvelles usines, le chiffre le plus élevé dans l'histoire, et 1,5 milliard en constructions d'habitations.

Le déclin du capitalisme.

Aussi proches de la réalité que soient ces évaluations, les Etat-Unis, sans aucun doute, jouissent de toutes les facilités nécessaires pour faire face à ces exigences — et même à beaucoup plus. Le meilleur appareil industriel connu des hommes est concentré dans ce pays; il est à la pointe de la technique et de l'organisation moderne. La guerre qui a détruit par les bombardements et a causé l'usure de l'industrie de toutes les autres grandes puissances, a servi à renouveler et à développer l'industrie américaine.

De plus, les Etats-Unis tiennent la part du lion des richesses mondiales. Le Dollar est roi des finances et du commerce internationaux. Le monde entier court après le dollar américain, la seule monnaie forte et comparativement stable qui reste dans cette société capitaliste appauvrie et en faillite. Les

Otats-Unis ne possédent pas seulement plus grande quantité et de meilleures machines que toutes les autres nations, mais ils ont également une marine et une aviation plus nombreuses et de meilleure qualité. Dans la classe ouvrière américaine, ils possédent la force de travail la plus efficace.

Ces circonstances donnent au capitalisme américain le contrôle du commerce mondial et lui permettent de repousser toute concurrence, de conquérir des marchés étrangers et de devenir le principal fournisseur de produits fabriqués et de machines. L'avilissement du reste de la planète sert à augmenter le nombre des gros profiteurs des Etats-Unis.

Ceci est un côté du tableau, le côté đe l'économie américaine et de ses perspectives chatouillant les palais des profiteurs et fournissant des bases matérielles pour les calculs de Wall Street. Ceci est une description de l'avenir exagérée par le Grand Capital et outrageusement gonflée par leurs apologistes dans les cercles ouvriers et libéraux.

Mais il y a un autre côté de la situation que les capitalistes voudraient ignorer et cacher aux autres et que leurs agents dans les rangs ouvriers ont peur de révéler. C'est le hideux visage de la décadence du capitalisme étendue sous la surface de la prospérité capitaliste. Jetons un coup d'œil sur ces ignobles traits.

Les Etats-Unis ont hérité de la guerre une dette nationale de plus de $ 300 milliards. La guerre coûte $ 341 milliards. Ceci représente 11 fois le coût de la première guerre mondiale et presque deux fois les dépenses totales du gouvernement fédéral pendant les 151 années entre 1789 et 1940! Ce colossal fardeau financier doit avoir des conséquences extrêmement sérieuses pour l'économie américaine et principalement pour les masses laborieuses.

Les milieux financiers, tels que les banques, compagnies d'assurances, grandes sociétés, riches personnalités, possèdent la plus grande partie des bons et autres obligations du gouvernement qui constituent la dette nationale. Ils devront rapporter à peu prês 6 milliards de dollars d'intérêts par an.. D'ou viendra cet argent? Les capitalistes n'ont pas l'intention de supporter ces charges; ils commencent déjà à vouloir supprimer les impôts sur les super-profits et autres taxes qu'ils considèrent comme un frein à l'industrie. Les représentants des classes possédantes pro-

IVe INTERNATIONALE posent de faire payer cette dette nationale par des taxes extirpant l'argent de la classe ouvrière. La dette nationale actuelle se monte a $ 2.100 par habitant des Etats-Unis (hommes, femmes et enfants), plus que la moyenne du revenu annuel d'une famille ouvrière. Tel est le tardeau que la guerre a placé sur les épaules des ouvriers.

Et cette charge de dettes deviendra plus lourde à l'avenir. Le « United States News » du 24 août nous rappelle que: « Les expériences antérieures démontrent que les dépenses d'après-guerre, résultant de la guerre elle-même, équivalent peu à peu aux dépenses de la guerre, lorsque s'accumulent les dépenses au bénéfice des anciens tants ». Le projet de budget pour l'année prochaine en témoigne., Le gouvernement fédéral ne put équilibrer son budget pendant la décade précédant la guerre; un budget normal d'avant guerre s'élevait approximativement à $ 5 milliards. Le budget proposé pour l'année prochaine peut s'élever à $ 50 milliards. Même un gratte-sous comme le Sénateur Robert Taft, de l'Ohio, ne voit pas comment on pourrait réduire ce budget audessous de $ 20 milliards. Cela veut dire que de n'importe quelle manière, les masses seront forcées de déduire de leurs revenus les $ 6 milliards d'intérêts de la dette, plus $ 6 milliards pour les frais militaires afin de faire la garde du monde pour Wall Street. Elles devront également payer une bureaucratie amplifiée, des emprunts étrangers de plusieurs centaines de millions, des subventions pour les denrées agricoles, et toutes les dépenses supérieures d'un gouvernement dominé par les ploutocrates. Ceci ne peut manquer d'avoir un effet ruineux sur leur standard de vie.

Pendant que les impôts taillent leur part dans le revenu des ouvriers, la hausse des prix en découpera une portion de plus en plus grande. L'évolution du processus d'inflation a augmenté sa vitesse pendant la guerre. Pendant les cinq dernières années, Il y a eu une hausse du coût de la vie d'au moins cinquante pour cent.

Sous la pression des profiteurs, l'administration se dépêche d'effacer tout contrôle des prix. Comme le sait chaque ouvrier et sa temme, le contrôle pendant la guerre n'empêcha pas les prix d'augmenter. N'empêche qu'il freinait l'inflation. La suppression de ces restrictions ouvrira la porte aux spéculateurs et profiteurs. Le Fléau de l'Inflation.

Avec l'accélération des forces d'inflation, nous pouvons nous attendre à une hausse encore plus forte du coût de la vie pendant les cinq prochaines années. Ainsi que l'indiquait le C.I.O.-P.A.C. dans sa brochure Le Plan Populaire pour la Reconversion: « Après la première Guerre Mondiale, du Jour de l'Armistice à juin 1920, le coût de la vie a augmenté de 46 %. Que devinrent les salaires pendant cette même période! (regardez - regardez bien attentivement!) Les salaires baissèrent de 44 pour cent. »

Malgré leur silence à ce sujet, les capitalistes des E.-U. se préparent à répéter la même performance après cette guerre et ceci sur une plus grande échelle et avec des conséquences encore plus catastrophiques pour la classe ouvrière.

La liberté des prix sera l'arme principale dans les mains des capitalistes non seulement pour gruger les consommateurs, mais pour diminuer la valeur réelle des salaires ouvriers. Même quand les ouvriers obtiendront gain de cause dans leur lutte pour une augmentation des salaires, ils verront que ces conquêtes perdront rapidement de leur valeur par l'augmentation sans frein du coût de la vie. Sans échelle mobile des salaires tenant tête à l'augmentation du coût de la vie, les couches laborieuses devront subir une baisse de leur standard de vie.

En plus de l'augmentation des impôts et des prix, les ouvriers sentiront les contrecoups des progrès de la force productive de ces dernières années. Pendant que les monopoles ont resserré leur emprise sur l'économie américaine pendant la guerre, il y a eu une énorme augmentation des forces productives par la rationalisation de l'industrie et l'amélioration de l'outillage et de la « spécialisation ». Le « Economic Outlook » du C.I.O. de novembre 1944 déclare que: « Dans l'industrie de guerre, l'augmentation du rendement par salarié depuis 1941 a été estimée à peu près à 30 pour cent (en valeur). Le rendement par ouvrier en heures de travail, lorsque la reconversion sera achevée, sera au moins de 25 pour cent au-dessus du niveau de 1939. » Les statistiques du Service du Travail établissent que la productivité d'aprèsguerre des industries de fabrication augmentera de 10 pour cent par an pendant trois ans après la première année de reconversion totale. Cela veut dire qu'un nombre d'ouvriers diminué de 30 % peut produire la même quantité de marchandises que pendant les années d'avant-guerre.

Ces circonstances réduiront certainement les chances d'embauche pendant le « Boom » d'après-guerre, Il y a eu 9 millions de chômeurs dans ce pays jusqu'en 1940. Quelles sont alors les perspectives réelles pour l'embauche en présumant un « boom » formidable? Le revenu national en perspective.

Lorsque nous consultons les capitalistes eux-mêmes, nous nous apercevons que pas un de leurs représentants autorisés n'admet la probabilité ou même ne prend au sérieux la propagande des 60 millions d'embauches a raison de 40 heures par semaine, basées sur $ 200 milliards de revenu national annuel. Cette sorte de tape-à-l'œil est réservé exclusivement aux ouvriers qui ont encore quelque confiance dans le capitalisme et ses soi-disant sauveurs des mouvements libéral et ouvrier. Lors d'un « Congrès de la Guerre et de la Reconversion » tenu fin 1944 par la « National Association of Manufacturers », le président Robert Gaylord se moquait de telles prédictions. « Voyons les faits, dit-il. En 1929, 48 millions d'hommes travaillaient un peu plus de 48 heures par semaine et il n'y avait virtuellement pas de chômage. Cela représentait 2.304 millions d'heures par semaine rapportant un revenu national de $ 83 milliards. Maintenant, il est dit que 2.400 millions d'heures par semaine, ou seulement 4% de plus qu'en 1929, peuvent rapporter un revenu national augmenté de 240 %. Soyons done sérieux. Parlons-nous de S 200 milliards de vrais dollars ou de dollars diminués de 50 %? »

Comme nous voyons, le représentant de

I Ve

Wall Street repousse ces propositions avec mépris.

Des représentants de Wall Street, tournons-nous vers l'Angleterre pour avoir une idée des « Pespectives d'embauche aux EtatsUnis ». L' « Economist du 11 août, cet organe influent du capitalisme britannique, entreprend un « examen clinique » de l'économie américaine. L'auteur avoue franchement le motif de cette enquête: « Depuis que Bretton Woods propose l'établissement d'une liaison directe, aussi élastique soit-elle, entre les différentes économies nationales, il est nécessaire de savoir à quelle sorte de force motrice l'économie britannique doit être liée. »

Le point de départ de son examen, c'est le fait que « L'économie américaine est dominée par l'énorme, presque miraculeuse, augmentation de son rendement général qui s'est produite pendant la guerre. » Les B.-U. produisirent presque deux fois autant en 1944 qu'en temps de paix. Voici les estimations officielles de la Production Nationale données par la Chambre de Commerce: 1929, $ 99,4 milliards; - 1938, $ 54,8 milliards; — 1939, $ 88,6 milliards; — 1944, $ 198,7 milliards.

Ces statistiques démontrent clairement que « Si l'Amérique doit éviter le chômage massif, une bien plus grande quantité de marchandises et de produits de consommation devront être fabriqués et consommés, comme cela ne s'est jamais fait en temps de paix ». Dans une brochure ayant comme titre « Budget National pour l'Embauche totale », l'Association Nationale de Planification a estimé que, pour garantir une embauche totale, la production nationale totale aux prix de 1941 devra s'élever à peu près à $ 170 milliards, ce qui équivauț à peu près à $ 200 milliards des prix d'inflation de 1944. L'économie américaine peut-elle « produire des demandes effectives se montant à $ 170 milliards en 1950? » demande l'auteur.

Il procède à l'analyse des trois principales composantes du revenu national: consommation individuelle, dépenses gouvernementales, et investissements en capital fixe.

D'après des évaluations de l'Association de Planification d'après-guerre (en milliards de dollars): la consommation individuelle, qui

Les principales dépenses qui se montent à $ 22 milliards « semblent être estimées d'une façon encore plus optimiste ». La construction d'habitations ne se montait qu'à $ 3,5 milliards pendant la conjoncture de 1929 au coût le plus élevé qui prévalait alors, et n'a jamais dépassé $ 2,5 milliards (au prix courant) pendant la décade d'avant-guerre. Maintenant, l'estimation se monte à $ 6 milliards. De même, les $ 13 milliards prévus pour la construction et l'équipement d'usines n'ont encore jamais été atteints ni en temps de paix ni pendant la guerre. L'investissement total du Gouvernement Fédéral dans les usines de guerre pendant toute la période suivant le 1er juillet 1940 n'était que de $ 16 milliards. De même pour l'estimation de $ 2 milliards prévus pour le prochain bilan d'exportation, il n'y a, à cette étape, qu'à noter le fait que tous les plans publiés aux E.-U. pour venir à bout de l'embauche totale stipulent une large utilisation de l'exportation.

L'auteur conclut que « dans l'absence de toute stimulation spéciale, la courbe des demandes effectives peut etre au-dessous du volume nécessaire pour venir à bout de l'embauche totale, non pas de $ 8,5 milliards comme l'estime l'Association de Planification d'après-guerre, mais de quelque chose comme $ 15 ou 20 milliards ».

Dans le meilleur des cas, I' « Economist » ne donne au capitalisme américain pas plus que 50 % de chances d'éviter « une autre dépression sur une grande échelle ».

Ainsi, nous apprenons des témoignages des capitalistes eux-mêmes, que la prospérité devant créer des conditions d'embauche totale ne fera rien de cette sorte. Elle sera accompagnée d'un chômage massif de millions d'ouvriers. Ceci ne trouble pourtant pas les accapareurs, car cela ne les empêche pas de faire de gros profits sans production accélérée et sans un maximum d'embauche. Le Vice-Président du U.A.W.-C.I.O. Walter Reuther publia quelques chiffres d'information dans le « New-York Times » du 16 septembre, démontrant la possibilité pour les grandes Sociétés de s'en sortir avec un minimum de rendement. « 65 usines donnant leur rapport au « War Production Board » ont révélé le volume de production auquel ils sont certains de faire faillite, même en temps de paix. Sur les soixante-cinq, soixante et une usines déclarèrent qu'elles pourraient travailler sans pertes avec un rendement de capacité au-dessous de 70 %. Le taux du rendement limite dans l'industrie automobile est de 55 %. » La politique des accapareurs.

Les industriels peuvent prospérer avec un taux de rendement de 80 % même si 20 % de leur force productive reste inemployée. Les restrictions de la production sont principalement la politique des magnats capitalistes qui possèdent et contrôlent l'industrie américaine, Afin de maintenir leur position d'accapareurs et de garantir leurs profits. ils maintiennent les prix élevés, font baisser les salaires, et restreignent la production. C'est pourquoi ils cherchent à supprimer ou à fermer toutes les usines d'Etat qu'ils ne peuvent utiliser avec profit, même si ces usines peuvent être aisément transformées pour la production civile.

Reuther se plaint que la formule des accaétait en 1929 de 59,9, s'élèvera en 1944, gouvernementales qui

13,6 en 1937 et 93,2 de 63,5 en 1937 et de à 114,1; les dépenses étaient de 10 en 1929, en 1944, s'élèveront à

25,4 et les investissements en capital fixe qui étaient de 17,9 en 1929, 12,9 en 1937 et 2 en 1944 s'élèveront à 22. De cette façon, la production nationale au total atteindrait 161,5, alors qu'elle était de 87,8 en 1929, 90 en 1937 et 171,2 en 1944.

Le premier coup d'œil sur ces chiffres démontre que les calculs les plus optimistes de 1' « Association de Planification Nationale » sont inférieurs de $ 8,5 milliards à la somme exigée de $ 170 milliards. Ensuite l'auteur démontre à quel point est exagéré le total estimé à $ 161,5.

La somme de 114,1 milliards de doilars prévue pour la consommation civile devrait être de 50 pour cent au-dessus de celle de 1944 et de 80 pour cent au-dessus de celle des années-records d'avant-guerre En dehors d' « une infinité de demandes non satisfaites », l'auteur doute que le public américain « puisse faire un tel bond dans sa consommation habituelle ».

- IV INTERNATIONALE pareurs: "bas salaires, prix élevés, profits élevés par unité, petites unités » a comme conséquences « un pouvoir d'achat déficient, des marchés restreints, une augmentation du chômage, la conviction de plus en plus grande de la part de ceux que l'industrie a rejetés, que le jeu de la libre entreprise, fait à leurs dépens, ne vaut pas la chandelle. » Tout ceci est certainement vrai. Mais Reuther, « Homme d'Etat de gauche », n'ira pas bien loin dans sa tentative de vouloir persuader des ploutocrates qu'il faut changer leurs manieres. Ils sont acharnés au maintien de leurs profits et de leurs privilèges, sans soucis pour le potentiel de production de notre économie et les souffrances des masses.

Les ouvriers ne savent que trop bien à quel point les radieuses perspectives et les promesses extravagantes d'embauche totale sont loin de la réalité.

Le journal « Associated Press » du 21 septembre indiquait que 2.500.000 ouvriers ont été licenciés depuis la reddition japonaise - et les listes de chômeurs s'allongent tous les jours. La production industrielle a baissé de

212 % de la moyenne de 1935-1939 en juillet, et au moins de 195 % en août. On s'attend à une baisse d'au moins 175 % en septembre.

Le débit des grands magasins, la production d'électricité, et la production sidérurgique ont baissé en proportion.

Ce recul a déjà eu comme résultat une sérieuse diminution des salaires, le chômage, des allocations de chômage à un taux de famine avec toutes leurs conséquences néfastes pour les ouvriers. Mais ces conditions ne sont que « temporaires », disent les capitalistes aux ouvriers. Il vaut mieux pour vous en rire et les supporter, et dans un an ou plus, lorsque le passage de l'économie de guerre à l'économie de paix sera accompli, il s'en suivra une merveilleuse époque de prospérité. C'est toute la consolation qu'ils offrent aux ouvriers.

Mais le recul brutal de l'appareil de production que les capitalistes réfutent si facilement comme n'étant qu'une étape insignifiante et passagère, n'est que dans sa première phase. Tous les commentaires indiquent une tendance au recul qui durera pen, dant plusieurs mois. Personne ne peut être sûr du degré qu'atteindra ce recul et combien de temps cela pourra durer. Dans tous les cas, seg conséquences sur l'économie nationale sont la baisse des salaires et une rapide augmentation du chômage qui n'ont fait que commencer à se manifester.

Quelle ampleur prendra l'armée des chômeurs dans la prochaine période lorsqu'un grand nombre d'ouvriers perdront leur travail dans l'industrie de guerre, et que 8 millions d'anciens combattants seront démobilisés? Les évaluations au sujet du maximum que pourra atteindre le chômage avant la « reconversion » se sont fixées à un total de chômeurs allant de 12 à 18 millions.

Entre temps, le revenu des ouvriers travaillant a déjà subi une réduction brutale. Des statistiques publiées par le « United States News » du 28 septembre démontrent à quel point le revenu des ouvriers a été réduit par le seul fait de la réduction des heures de travail. La paye hebdomadaire moyenne d'un ouvrier d'usine en 1944. sans la déduction de la taxe de 20 %, s'élevait à $ 46,08 pour 45,2 heures de travail, les heures supplémentaires incluses. Si nous aioutons ces 46,08 à l'augmentation officielle du coût de la vie de 26,6 % (en réalité l'augmentation était facilement deux fois plus importante), 1l ne reste à l'ouvrier qu'une paye réelle de $ 36.56 en 1944.

Par la suppression des heures supplémentaires, mais pourtant sur la base d'une semaine de 40 heures et avec une augmentation de 29,8 % du coût de la vie depuis 1939, les salaires réels de la moyenne des ouvriers se sont abaissés cette année jusqu'à présent à

$ 28,66. Ainsi les ouvriers ont subi une réduction de 30 % de leur feuille de paye par le simple retour de l'industrie à la semaine de 40 heures. Et même si les syndicats réussissaient à faire aboutir leur revendication d'une augmentation des salaires de 30 %, les salaires réels n'atteindraient jamais le niveau du temps de guerre.

D'autre part, les capitalistes eux-mêmes savent fort bien, malgré les promesses fallacieuses avec lesquelles ils nourrissent les ouvriers, que même si les usines tournaient à nouveau, des millions d'ouvriers resteraient sans travail. Un rapport secret du O.P.A.

ne prévoit pas moins de 10.400.000 chômeurs jusqu'en décembre 1946 lorsque l'industrie accompli sa reconversion. Le chef TO.P.A., M. Bowles, parlant devant 1.000 magnats de l'industrie lors d'un meeting au

Waldort Astoria, le 20 septembre, déclara que différents groupes d'économistes du gouvernement « seraient d'aceord pour dire qu'il y aurait une prospérité « superficielle » en 1946, rapportant de gros profits et des dividendes intéressants, mais que, derrière cette façade, il y aurait un recul de $ 25 milliards du revenu national, et 8 ou 9 millions de chômeurs, dont la moitié d'anciens combattants, en hiver, et 6 millions d'hommes restant toujours sans travail, un an après la Noël. »

Ainsi, même sur la base d'un prochain « boom », plusieurs millions d'ouvriers ne pourront trouver du travail dans l'industrie. Des 8 à 10 millions de chômeurs et d'anciens combattants qui battront le pavé en 1946, pas plus d'une petite partie d'entre eux ne pourra trouver un travail régulier. La promesse des 60 millions d'embauches et d'un revenu national de $ 200 milliards avec le système économique actuel est une tromperie flagrante.

En présumant même que le « boom » d'après-guerre serait de l'importance que Wall Street lui donne, les masses n'en tireraient aucun profit. Les ploutocrates, par contre, ramasseront certainement d'énormes profits et pourront nager dans le , luxe. Mais les travailleurs devront toujours supporter les lourdes charges des impôts, payer des prix excessifs pour les denrées indispensables et subir des restrictions de salaires. La classe ouvrière touchera une partie proportionnellement inférieure du revenu national diminué. La solution socialiste.

Dans ces circonstances, les militants des syndicats doivent comprendre et en instruire leurs camarades ouvriers, que le chômage, insécurité grandissante, le standard de vie diminué et toutes les autres conséquences nétastes pour les ouvriers, ne sont pas des phénomènes passagers. Même un « boom » ne pourra pas supprimer ces maux que le capitalisme décadent déverse en masse sur l classe ouvrière.

Et que trouvons-nous après une telle période de fiévreuse prospérité capitaliste? Une dépression nouvelle et encore plus catastrophique! Les formidables forces productives se pressant contre des marchés rétrécis et des barrières douanières insurmontables, tout cela accompagné d'une inflation accélérée et d'une dette nationale monstrueuse, finira inévitablement en explosion. Plus fort sera le « boom », plus profonde, plus étendue et dévastatrice sera la crise qui s'en suivra.

Que ce soit en temps de paix ou en temps de guerre, dans le « boom » ou dans la dépression, la nation capitaliste la plus riche ne peut satisfaire les besoins élémentaires de sa classe ouvrière en lui assurant du travail à des salaires viables, des habitations décentes, une alimentation et des vêtements convenables. Tant que les riches tireront des profits de la sueur et du sang des travailleurs, ils ne s'occuperont pas de savoir combien d'ouvriers n'ont pas de travail, pas de logement, combien ont faim et n'ont aucun espoir dans l'avenir.

La guerre a développé la prodigieuse capacité de production de notre économie et a fait la preuve que celle-ci peut facilement produire suffisamment pour tout le monde. La paix capitaliste servira à faire comprendre de plus en plus aux masses qu'elles ne peuvent trouver aucune solution à leurs problèmes sociaux dans les conditions du capitalisme monopoleur. Seule une clique de magnats capitalistes profitent de l'abondance. Pour développer la production et arriver à une embauche totale, les ouvriers doivent arracher le contrôle des usines, des banques et des autres principaux moyens de production des mains des accapareurs, et établir leur propre loi sur l'industrie et la société humaine. La production pour le profit doit être remplacée par une production planifiée, établie d'après les besoins de tous et dirigée par ceux qui produisent eux-mêmes. C'est là la solution socialiste à l'anarchie, à l'insécurité et à la misère du capitalisme.

William F. WARDE.

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