Que veut dire la défense « inconditionnelle » de l'U.R.S.S.? Cela veut dire que nous ne posons aucune condition à la bureaucratie. Cela veut dire que, indépendamment des motifs et des causes de la guerre, nous défendons les bases sociales de I'U.R.S.S., si celles-ci sont menacées par l'Impérialisme.
Quelques camarades disent: « Et si l'Armée Rouge envahit demain les Indes et commence par y écraser un mouvement révolutionnaire, devons-nous dans ce cas lui donner notre appui? » Une telle façon de poser des questions n'est pas conséquente. Ce qui n'est surtout pas clair, c'est qu'il s'agisse de l'Inde. N'est-il pas plus simple de demander: Si l'Armée Rouge menace des grèves ouvrières ou des manifestations de paysans contre la bureaucratie de l'U.R.S.S., devons-nous lui donner notre appui ou non? La politique extérieure est le reflet de la politique intérieure. Nous n'avons jamais promis de soutenir toutes les actions de l'Armée Rouge, qui est un instrument dans les mains de la bureaucratie bonapartiste. Nous avons promis de défendre l'U.R.S.S. en tant qu'Etat Ouvrier et uniquement ce qui appartient à un Etat Ouvrier.
Un casuiste adroit pourrait dire: Si l'Armée Rouge, indépendamment du caractère du « travail » qu'elle accomplit, était vaincue par les masses insurgées de l'Inde, cela affaiblirait l'U.R.S.S. A ceci nous répondons: l'écrasement d'un mouvement révolutionnaire aux Indes, avec la coopération de l'Armée Rouge, signifierait un danger incomparablement plus grand pour la base sociale de l'U.R.S.S. qu'une défaite passagère de détachements contre-révolutionnaires de l'Armée Rouge aux Indes. Dans tous les cas, la IV• Internationale saura comment déterminer où et quand l'Armée Rouge agit uniquement comme instrument de la réaction bonapartiste et où elle défend les bases sociales de l'U.R.S.S.
Un syndicat dirigé par des bonzes réaetionnaires organise une grève contre l'admission d'ouvriers noirs dans un certain seeteur de l'industrie. Devons-nous appuyer une grève aussi honteuse? Naturellement pas. Mais imaginons que les patrons, utilisant cette grève, tentent de briser le syndicat et de rendre impossible en général l'auto-défense organisée des ouvriers. Dans ce cas, nous défendrons le syndicat comme une chose qui va de soi malgré sa direction réactionnaire. Pourquoi cette même politique n'est-elle pas applicable à l'U.R.S.S.? La Loi Fondamentale.
La IVe Internationale a fermement établi que, dans tous les pays impérialistes, indépendamment du fait que ces pays soient alliés à l'U.R.S.S. ou dans un camp ennemi de l'U.R.S.S., les partis prolétariens doivent développer pendant la guerre la lutte des classes avec comme but final la prise du pouvoir. En même temps, le prolétariat des pays impérialistes ne doit pas perdre de vue les intérêts de la défense de l'U.R.S.S. (ou ceux de la révolution aux colonies) et, en cas de nécessité réelle, doivent recourir à l'action la plus décisive, par exemple, les grèves, actes de sabotage, etc... Le groupement des puissances, depuis que la IVe Internationale formula cette loi, a changé radicalement. Mais la loi par elle-même a gardé toute sa valeur. Si l'Angleterre et la France menacent demain Leningrad et Moscou, les ouvriers britanniques et les ouvriers francais devront prendre les mesures les plus décisives aîn d'empêcher l'envoi de troupes et de matériel de guerre. Si Hitler se voit contraint par la logique de la situation d'envoyer à Staline du matériel de guerre, les ouvriers allemands, au contraire, n'auraient aucune raison de recourir, dans ce cas concret, à la grève ou au sabotage. Personne, je l'espère, ne proposera une autre solution.
« Révision du Marxisme » ?
Quelques camarades furent évidemment surpris de me voir parler dans mon article (« L'U.R.S.S. dans la guerre ») du système de « collectivisme bureaucratique » comme possibilité théorique. Ils découvrirent en cela une complète révision du Marxisme. Ceci est un malentendu manifeste. La compréhension marxiste des nécessités historiques n'a rien de commun avec le fatalisme. Le Socialisme n'est pas réalisable « par lui-même », mais comme résultat de la lutte des forces vivantes des classes et de leurs partis. L'avantage décisif du prolétariat dans cette lutte réside dans le fait qu'il représente le progrès historique alors que la bourgeoisie incarne la réaction et le déclin. C'est précisément en cela que nous trouvons la source de notre conviction dans la victoire. Mais nous avons pendue dans l'air, dépourvue de la plus petite parcelle de sociologie et ne représente simplement qu'une capitulation théorique impertinente devant un phénomène historique contradictoire.
Si Burnham était un matérialiste dialectique, il aurait fait la preuve des trois questions suivantes: (1) Quelle est l'origine historique de l'U.R.S.S.?; (2) Quelles sont les transformations qu'a subies cet Etat pendant son existence?; (3) Ces transformations ontelles passé de la quantité à la qualité? C'està-dire, ont-elles créé une domination historiquement nécessaire par une nouvelle classe exploiteuse?
Répondre à ces questions aurait forcé Buraham à tirer la seule conclusion possible: -L'U.R.S.S. reste un Etat Ouvrier dégénéré.
La dialectique n'est pas une clef magique pour toutes les questions. Elle ne remplace pas l'analyse concrète scientifique. Mais elle dirige cette analyse sur le bon chemin, la protège contre les errements stériles dans le désert du subjectivisme et de la littérature.
Bruno R. range les deux régimes soviétique et fasciste dans la même catégorie du & collectivisme bureaucratique », parce que l'U. R.S.S., Italie et l'Allemagne sont dirigées par une bureaucratie; ici et là on trouve les principes de la planification, dans un cas la propriété privée est liquidée, dans l'autre elle est limitée, etc... Ainsi, sur la base de la similitude relative de certaines caractéristiques extérieures d'origines différentes, de poids spécifiques différents, de significations sociales différentes, est établie une identité fondamentale de régimes sociaux tout à fait dans l'esprit des professeurs bourgeois qui établissent des catégories d' « économies contrôlées », d' « Etats centralisés », sans prendre d'aucune façon en considération la nature de classe de l'un ou de l'autre. Bruno R. et ses adeptes, ou semi-adeptes comme Burnham, dans le meilleur des cas sont restés dans la sphère de la classification sociale, au niveau de Linné, dont il faut noter en sa faveur qu'il vivait avant Hegel, Darwin et Marx.
Pires et encore plus dangereux peut-être, sont ces éclectiques qui expriment l'idée que le caractère de classe de l'Etat Soviétique « ne joue aucun rôle » et que la ligne de notre politique est déterminée par « le caractère de la guerre ». Comme si la guerre était une substance indépendante super-sociale; comme si le caractère de la guerre n'était pas déterminé par le caractère de la classe dirigeante, c'est-à-dire par le même facteur social qui détermine également le caractère de l'Etat. C'est étonnant comme quelques camarades oublient facilement l'A.B.C. du Marxisme sous les coups des événements.
Il n'est pas surprenant que les théoriciens de l'opposition qui rejettent les idées dialectiques capitulent lamentablement devant la nature contradictoire de l'U.R.S.S. Pourtant, les contradictions entre les bases sociales établies par la révolution, et le caractère de la caste née de la dégénérescence de la Révolution, ne sont pas seulement un fait historiquement irréfutable, mais représentent également une force motrice. Dans notre lutte pour le renversement de la bureaucratie, nous nous basons sur cette contradiction. Entre temps quelques ultra-gauchistes ont déjà atteint l'ultime absurdité d'affirmer qu'il est nécessaire de sacrifier la structure sociale de entièrement le droit de nous caractère prendra la société, la réaction sont victorieuses?
Les marxistes ont formulé, demander: Quel si les forces de un incalculable nombre de fois, l'alternative: Socialisme ou retour à la Barbarie. Après l' « expérience » de l'Italie, nous avons répété mille fois: Communisme ou Fascisme. Le vrai passage au Socialisme ne peut pas manquer d'apparaître incomparablement plus compliqué, plus hétérogène, plus contradictoire, qu'il n'était prévu dans le plan historique général. Marx parlait de la dictature du prolétariat et de sa future disparition, mais ne dit rien d'une dégénérescence bureaucratique de la dictature. Nous avons observé et analysé pour la première fois l'expérience de cette dégénérescence. Est-ce là une révision du marxisme?
Les événements se succédant ont démontré que le retard de la Révolution socialiste engendre indubitablement le phénomène de la barbarie — chômage chronique — appauvrissement de la petite bourgeoisie, fascisme, et finalement les guerres d'extermination qui n'ouvrent aucune nouvelle voie. Quelles sont les formes sociales et politiques que peut prendre la nouvelle « barbarie », si nous admettons théoriquement que l'homme n'est pas en mesure de s'élever au Socialisme?
Nous avons la possibilité de nous exprimer sur ce sujet, d'une façon plus concrète que Marx. Le fascisme d'une part, la dégénérescence de l'Etat Soviétique d'autre part,. esquissent les formes sociales et politiques d'une néo-barbarie. Une alternative de cette sorte - socialisme ou servitude totalitaire — n'a pas seulement un intérêt théorique, mais prend également une importance considérable dans l'agitation, car c'est dans sa clarté qu'apparaît la nécessité de la Révolution soeialiste.
Si nous devons parler d'une révision de Marx, c'est en réalité de la révision des camarades qui voient un nouvel Etat « nonbourgeois » et « non-ouvrier ». Parce que l'alternative que j'ai développée les entraîne à tirer de leurs propres pensées leurs conclusions logiques, quelques-uns de ces critiques, apeurés par la conclusion de leur propre théorie, m'accusent... de révision du Marxisme. Je préfère penser que ce n'est qu'un geste amical.
-.... La Nature de l'U.R.S.S.
La définition de l'U.R.S.S. donnée par le camarade Burnham, « un Etat ni ouvrier ni bourgeois », est purement négative, arrachée de la chaîne de l'évolution historique, sus-
1 U.R.S.S. afin de renverser l'oligarchie bonapartiste! Ils ne craignent pas que l'U.R.S.S moins la structure sociale, fondue par la Révolution d'Octobre, soit un régime fasciste. Le Renoncement au Critère de Classe.
Retournons une fois de plus à l'A.B.C. Dans la sociologie marxiste, le point initial pour l'analyse, c'est la définition de la classe du phénomène donné, par exemple: Etat, parti, tendances philosophiques, école littéraire, etc... Dans la plupart des cas, pourtant, la seule définition de classe est inadéquate, car une classe est constituée de différentes couches, traverse différentes étapes de son évolution, apparaît dans des conditions différentes, est soumise à l'influence d'autres classes. Il devient nécessaire d'introduire ces facteurs de deuxième et de troisième ordre afin de terminer l'analyse, et on les prend partiellement, ou completement, cela dépend dans quel but. Mais pour un marxiste, une analyse est impossible sans définir le caractère de classe du phénomène considéré.
Le squelette et le système musculaire ne terminent pas l'anatomie d'un animal; pourtant un traité anatomique qui essayerait de faire « abstraction » des os et des muscles resterait suspendu dans l'air. La guerre n'est pas un organe mais une fonction de la société, c'est-à-dire de sa classe dirigeante. Il est impossible de définir et d'étudier une fonction sans compréhension de l'organe, c'est-à-dire de l'Etat; il est impossible d'arriver à une compréhension scientifique de l'organe sans comprendre la structure générale de l'organisme, c'est-à-dire la société. Les os et les muscles de la société sont faits des forces productives et des relations de classe (propriété). Shachtman pense quil est possible qu'une fonction, c'est-à-dire la guerre, soit analysée « concrètement », indépendamment de l'organe auquel elle appartient, c'està-dire l'Etat. N'est-ce pas monstrueux? .... Encore une fois: la Pologne.
Ma. remarque, que le Kremlin, avec ses méthodes bureaucratiques, a donné une impulsion à la révolution socialiste en Pologne, est transformée par Shachtman en une affirmation que, à mon avis, une « révolution bureaucratique » du prolétariat est présumée possible. Ceci n'est pas seulement incorrect, mais déloyal. Mon expression était strictement limitée; il n'est pas question de « révolution bureaucratique », mais seulement d'une impulsion bureaucratique. Nier cette impulsion, c'est nier la réalité. Les masses populaires de l'Ukraine de l'Ouest et de la BiéloRussie, en tout cas sentaient cette impulsion, comprirent sa signification, et l'utilisèrent pour l'accomplissement d'une complète transtormation des relations de la propriété Un parti révolutionnaire qui manquerait de voir cette impulsion en temps voulu, et qui refuserait de l'utiliser, ne serait bon à rien.
Cet élan vers la Révolution socialiste n'était possible que parce que la bureaucratie de IU.R.S.S. s'étend et prend ses racines dans l'économie d'un Etat Ouvrier. L'utilisation révolutionnaire de cette « impulsion » par les Ukrainiens, Biélo-Russes, n'était possible que par la lutte des classes dans les territoires occupés et par le pouvoir de l'exemple de la Révolution d'octobre. Finalement, l'étranglement rapide, ou le demi-étranglement de ces mouvements de masses n'était possible que par isolement de ces mouvements et la puissance de la bureaucratie de Moscou. Ceux qui ne comprennent pas l'interdépendance dialectique de ces trois facteurs: l'Etat Ouvrier, les masses opprimées, et la bureaucratie bonapartiste, feraient mieux de s'abstenir de parler inutilement des événements en Pologne.
Lors des élections pour l'Assemblée Nationale de l'Ukraine Occidentale et de la BiéloRussie Ossidentale, le programme électoral naturellement dicté par le Kremlin comprenait trois points très importants: l'inclusion des deux provinces dans la Fédération de l'U.R.S.S.; confiscation des domaines des grands propriétaires en faveur des paysans; nationalisation des grandes industries et des banques. Les démocrates ukrainiens, à en juger par leur conduite, estimèrent comme un moindre mal, d'être unifiés sous la direction d'un seul Etat. Et du point de vue de la lutte future pour l'indépendance, ils ont raison. Quant aux deux autres points du programme, on pourrait penser qu'il ne peut y avoir aucun doute dans nos rangs, quant à leur nature progressive. Cherchant à contourner la réalité, c'est-à-dire que rien d'autre que les bases sociales de l'U.R.S.S. n'a poussé le Kremlin à élaborer un programme social de nature révolutionnaire, Shachtmann se réfère à la Lithuanie, à l'Esthonie et la Lettonie où tout est resté comme dans l'ancien temps. Quel incroyable argument. Personne n'a dit que partout bureaucratie soviétique désire ou est capable d'accomplir l'expropriation de la bourgeoisie. Nous disons seulement qu'aucun autre gouvernement n'aurait pu accomplir cette transformation sociale que la bureaucratie soviétique, malgré son alliance avec Hitler, fut forcée de sanctionner en Pologne. Si elle ne l'avait pas fait, elle n'aurait pas pu inclure ces territoires dans la Fédération de I'U.R S.S. Shachtman se rend compte de la transformation elle-même, Il ne peut pas le nier. Il est incapable de l'expliquer. Mais pourtant il essaye de sauver la face. Il écrit: « En Ukraine polonaise et en Russie blanche, là où l'exploitation sifiée par l'oppression nationale... les paysans commencèrent à s'emparer des terres, à chasser les grands propriétaires fonciers qui d'ailleurs étaient déjà à moitié en fuite », etc... L'Armée Rouge par contre n'avait rien à voir à cela. Elle entra en Pologne comme une « force contre-révolutionnaire » pour briser le mouvement. Mais pourquoi les ouvriers et les paysans en Pologne de l'Ouest conquise par Hitler, n'arrangèrent-ils pas une Révolution? Pourquoi est-ce que ce furent surtout les révolutionnaires, les « démocrates », les juifs qui s'enfuirent, alors qu'en Pologne Orientale - ce furent surtout les propriétaires fonciers et les capitalistes qui s'enfuirent? Shachtman n'a pas le temps de réfléchir à cela — il est pressé de m'expliquer que la conception d'une « révolution bureaucratique » est absurde, car l'émancipation des travailleurs ne peut venir que des travailleurs eux-mêmes. N'ais-je pas raison de répéter que Shachtman a vraiment l'impression d'être à la maternelle?
Dans l'organe parisien des Mencheviks _ qui, si cela est possible, sont encore plus « irréconciliables » que Shachtmann dans leur attitude envers la politique étrangère du Kremlin — il est dit que dans les villages - très souvent à l'approche des troupes soviétiques (même avant leur entrée dans une province donnée. - L. T.) - des comités de paysans se formèrent spontanément partout; organismes élémentaires du pouvoir des paysans révolutionnaires... » Les autorités militaires se dépéchèrent naturellement de soumettre ces comités aux organismes bureaucratiques qu'elles avaient établis dans les centres urbains. Malgré tout, elles étaient forcées de maintenir les comités de paysans, car sans eux il était impossible d'accomplir la révolution agraire.
Le chef des Mencheviks, Dan, écrivait le 19 octobre: « D'après le témoignage unanime de tous les observateurs, l'apparition de l'armée soviétique et de la bureaucratie soviétique engendre, non seulement dans les territoires qu'elle occupe mais également en dehors de ses limites - une impulsion (!!!) de tumultes sociaux et de transformations sociales. » L/ « Impulsion », il faut le dire, n'a pas été inventée par moi, mais par « le témoignage unanime de tous les observateurs » qui avaient des yeux pour voir et des oreilles pour entendre. Dan va même plus loin, et exprime la supposition que « les vagues engendrées par cette impulsion ne frapperont pas seulement l'Allemagne dans un temps comparativement court, mais également à un certain degré s'étendront à d'autres Etats. »
Un autre auteur menchevik écrit: « De quelque manière qu'ils aient essayé au Kremlin d'éviter tout ce qui pourrait avoir le goût de la grande Révolution, le fait même de l'entrée des trouves soviétiques en territoire de la Pologne Orientale vivant encore dans des conditions agraires semi-féodales, périmées depuis longtemps, devait provoquer un mouvement agraire tempétueux. Avec Tapproche des troupes soviétiques, les paysans commencèrent à s'emparer des domaines des grands propriétaires et à former des comités de paysans. » Veuillez observer: ... avec l'approche des troupes soviétiques et non avec leur retraite comme il devrait suivre d'après l'œuvre de Shachtman. Je cite les témoignages des mencheviks parce qu'ils sont très bien informés, leurs sources d'informations venant d'émigrés polonais et juifs sympathisants avec eux qui se sont retrouvés en France, et également parce que, ayant capitulé devant la bourgeoisie française, ces gentlemen ne peuvent être suspectés d'avoir capitulé devant le stalinisme.
Le témoignage des mencheviks est de plus confirmé par les rapports de la presse bourgeoise:
« La révolution agraire en Pologne Soviétique a eu la puissance d'un mouvement spontané. Aussitôt que le bruit se fut répandu que l'Armée Rouge avait traversé la rivière Zbrucz, les paysans commencèrent à se partager les terres des grands propriétaires. La terre fut d'abord donnée aux petits paysans, et de cette façon à peu près 30 % des terres furent expropriées » (New York Times, 17 janvier 1940).
Sous l'apparence de nouvel argument, Shachtman me rend mes propres aproles pour dire que l'expropriation des propriétaires en Pologne Orientale ne peut changer notre appréciation de la politique générale du Kremlin. Naturellement qu'elle ne le peut pas! Personne n'a avancé cela. A l'aide du Comintern, le Kremlin a désorienté et démoralisé la classe ouvrière, ayant ainsi non seulement facilité l'éclatement d'une nouvelle guerre impérialiste, mais également rendu ditficile l'utilisation de celle-ci pour la Révolution. Comparée à ces crimes, la transformation sociale dans les deux provinces, au prix de l'esclayage de la Pologne, est naturellement d'importance secondaire et ne change rien au caractère général réactionnaire de la politique du Kremlin. Mais au sujet de l'initiative de l'opposition elle-même, la question posée maintenant n'est pas une question de politique générale, mais de sa réfraction concrète dans des conditions spécifiques de temps et de lieu. Pour les paysans de la Galicie et de la Biélo-Russie Occidentale, la transformation agraire était de la plus haute importance. La IVe Internationale n'aurait pas pu boycotter cette transformation sous le prétexte que l'initiative en fut prise par la bureaucratie réactionnaire. Notre tâche immédiate était de participer à cette transformation aux côtés des ouvriers et des paysans, et dans cette mesure, aux côtés de l'Armée Rouge. En même temps il était indispensable de prévenir infatigablement les masses du caractère général réactionnaire de la . politique du Kremlin et des dangers qu'elle comportait pour les territoires occupes. savoir comment lier ces deux tâches, ou, plus précisément, les deux aspects d'une seule tâche — voilà justement la politique bolchévique.