par Pablo
L'ARTICLE du camarade G. Hirt, « La tactique dans la lutte pour les mots d'ordre transitoires», publié dans la Quatrième Internationale, de juin-juillet 1946, part d'une préoceupation louable; celle de démontrer que la séparation artificielle du programme de transition du reste de no tre programme socialiste et révolutionnaire ne peut que fausser, d'une façon opportuniste, la lutte pour les mots d'ordre transitoires et renforcer les positions des ultra-gauches et des sectaires.
Ceci dit, nous croyons cependant que toutes les parties de cet article ne sont pas d'une égale clarté, et qu'on y laisse souvent l'impression d'une présentation trop négative des mots d'ordre transitoires, ce qui risque de leur enlever toute valeur propre.
Que la lutte pour ces mots d'ordre doive etre combinée d'une façon permanente avec la propagande pour nos buts linaux et avec la critique révolutionnaire de leur interprétation opportuniste par les réformistes, les staliniens, cela ne fait pas l'ombre d'un doute. Mais cela ne doit pas nous amener à mettre, dans l'agitation, chaque fois l'accent sur le but final ou sur la critique plutôt que sur l'aspect positif de chaque mot d'ordre transitoire, et à ne poser des mots d'ordre plus avancés qu'au fur et à mesure que les luttes de masses s'élargissent et que leur expérience révolutionnaire murit davantage.
Les masses ne peuvent entamer la lutte pour le pouvoir que sur la base des revendications partielles qui correspondent à chaque moment à leurs besoins immédiats. Les mots d'ordre transitoires partent de ces besoins pour leur donner une expression capable de mobiliser les masses alin de les satisfaire d'une façon révolutionnaire.
La présentation de chaque mot d'ordre transitoire doit se faire avant tout en mettant l'accent non sur son aspect négatif, passager, limité, mais sur son aspect positif.
Cela veut dire que le mot d'ordre de l'échelle mobile des salaires, par exemple, doit être présenté en tant que seul moyen efficace pour lutter contre la hausse du coût de la vie qui caractérise actuellement la situation dans plusieurs pays capitalistes, il doit etre explique patemment, mais aussi avec conviction et ardeur, aux masses pour qu'on puisse persuader et entraîner celles-ci. -
Si, au contraire, on partait du point de vue de la valeur toute relative de ce mot d'ordre, de son inefficacité, ele.. et si l'on portait l'accent surtout sur la nécessité de la prise du pouvoir. seul moyen pour arriver à une amélioration réelle et durable de la vie des travailleurs, on enlèverait toute importance réelle à ce mot d'ordre en tant que moyen pour la mobilisation effective et la lutte des masses. Les masses ne peuvent lutter que pour des Duls qul représenlent pour elles un intérôt immédiat réel et un mot d'ordre n'a de valeur que s'il a un contenu
IV INTERN positif capable d'attirer et de convaincre les masses de son utilité.
La dilférence entre nous et les réformistes ou les centristes de tout acabit, ne consiste pas tellement en ce que nous mettons l'accent sur les buts finaux, tandis qu'eux se limitent aux revendications partielles, mais en ce que le sens donné par eux et par nous ces revendications partielles est difTérent. Nous aussi nous nous plaçons sur le plan des besoins immédiats des masses et nous cherchons à les mobiliser en partant de ces besoins. Mais les mots d'ordre que nous formulons et l'esprit dans lequel nous menon: notre lutte sont tels qu'il ne s'agit pas de réformer, mais de renverser le capitalisme.
A l'encontre des réformistes et des staliniens, nous formulons nos mots d'ordre en partant exclusivement des besoins des masses, sans être influencés par la capacité de l'économie capitaliste et de l'Etat capitaliste, de leur accorder satisfaction. Parce que notre but n'est pas la réforme, mais la destruction du capitalisme. Mais de quelle façon nous avançons-nous vers des mots d'ordre plus élevés et par quel mécanisme la lutte pour les revendications immédiates conduit-elle jusqu'à la lutte pour le pouvoir?
Cela ne peut pas se faire abstraitement. mécaniquement, en accompagnant chaque mot d'ordre transitoire et, à tout moment, de l'exposé de notre but final et de la critique du contenu limité de tout mot d'ordre transitoire. mais selon l'ampleur et la dynamique de la lutte.
« Dans la mesure où les luttes pour des revendications partielles », écrivaient les thèses sur la tactique du II* Congrès de l'Internationale Communiste. « où les luttes partielles des divers groupes d'ouvriers grandissent en une lutte générale de la classe ouvrière contre le capitalisme, le Parti
ATION• 33 donné, aux nesoins immédiats des masses et à leur conscience.
Ainsi que l'écrivait Trotsky, autrefois: « si l'on veut qu'une formule théorique exactement comprise transmute en un vivant fait historique. il faut faire passer cetle théorie par la conscience des masses, sur la base de leur expérience, de leurs besoins, de leurs aspirations » (*). « Dans ce but. ajoutait-il, il convient de ne pas se perdre dans les détails, de ne pas distraire l'attention des masses; il faut réduire le programme de la révolution a un petit nombre de mots d'ordre clairs et simples, (qu'on remrlacera mots suivant la dynamique de la lutte. C'est en cela que consiste une politique révolutionnaire. » (Souligné par nous.) ..... ..... ....
Un autre point me paraît peu clair dans l'article du camarade Hirt et nécessite, à mon avis, plus de précision.
Tout en n'étant pas opposé au mot d'ordre du gouvernement P.C.-P.S.C.G.T. », le camarade Hirt semble identifier le sens d'un tel gouvernement avec la formation d'un gouvernement réformiste ordinaire du type du gouvernement travailliste anglais qui ne touche rien à la base du pouvoir de la classe capitaliste.
Il conserve, d'autre part, le nom de gouvernement ouvrier et paysan (qu'il considère du reste inadéquat) diste général. c'est-à-dire comme une exclusivement en son sens propagandénomination populaire de la dictature du prolétariat, et il ajonte: « Dans la lufte pour les mots d'ordre transitoires, nous employons le mot d'ordre du gouvernement ouvrier et navsan en tant que mot d'ordre final, résumant tant ainsi toute notre critique et propagande qui accompagne-constamment notre lutte pour les mots d'ordre transitoires ». Autrement dit, la lutte pour chaque mot dordre transitire doit etre accompagnée par sa crifique. mettant en clair son importance limitée. et par la propagande pour la dictature du prolétariat( gouvernement des 011vriers et des paysans) aui seule neut réaliser les buts de classe du prolétariat.
Mais comment. tactiquement. le Programme de Trans tion présente-f-il notre ligne sur cette question? Au lieu de lier directement la réalisation des mots d'ordre transitoires à la dietafure du prolétariat, le programme de transition relie en réalité leur réalisation, au moins partielle, à la formation d'un gouvernement des Partis Ouvriers qul, sans etre en tout point identique à la dictature du prolétariat, sera une
(*) La Révolntion Espognole et les tachee des Communisies.
Communiste a le des mots d'ordre généraux, jusques du renversement saire. »
A chaque étape devoir de proposer plus élevés et plus et y compris celui direct de l'adverde la lutte, nous défendons devant les masses un programme de caractère combiné, où les formules les plus élémentaires se trou vent liées à des mots d'ordre transitoires et à des devises purement socialistes. Entre ces différentes parties du programme, il n'y a pas opposition, mais interpénétration organique et, sur le plan de l'agitation, l'accent est mis chaque fois sur les mots d'ordre qui correspondent le mieux, au moment étape transitoire vers la dielature du prolétariat. S'il est vrai que le « gouvernement ouvrier et paysan », en lant que mot d'ordre de propagande générale, est le synonyme de la diclature du prolétariat et par conséquent n'est pas dans ce sens un mot d'ordre transitoire, mais le mot d'ordre final, par contre, le Programme de transition insiste, non pas sur cet aspect, mais sur le gouvernement ouvrier des Partis Ouvriers, qui réalise un programme de revendications transitoires.
Dans le chapitre « Gouvernement Ouvrier » du Programme de transition, il v a un mot d'ordre gouvernemental transitoire et non pas final. C'est la revendication adressée aux Partis ouvriers traditionnels de rompre la coalition, de prendre le pouvoir et d'appliquer un programme de revendications transitoires. Un programme par conséquent anticapitaliste et révolutionnaire. Un tel gouvernement est-il possible? Théoriquement une pareille possibilité n'est pas exclue. Mais il est, en tout cas, inutile de se perdre enpossible? Théoriquement une pareille possibilité n'est pas exclue. Mais il est, en tout cas, inutile de se perdre en conjectures. Cette revendication a, avant tout, une valeur éducative pour les ouvriers qui suivent encore ces partis.
Encore une fois, il est nécessaire de rappeler ce qui est expliqué très clairement dans le programme de transition: « L'aceusation capitale que la Quatrième Internationale lance contre les organisations traditionnelles du prolétariat, c'est qu'elles ne veulent pas se séparer du demi-cadavre politique de la bourgeoisie. Dans ces conditions, la revendication adressée systématiquement (souligné par nous) à la vieille direction « Rompez avec la bourgeoisie, prenez le pouvoir », est un instrument extrêmement important pour dévoiler le caractère traître des partis et organisations de la Deuxième et de la Troisième Internationales ainsi que de l'Internationale d'Amsterdam. »
Novembre 1946.