Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

La revue › numéro de décembre

Première crise du Labour Party depuis la victoire électorale

Quatrième Internationale, numéro de décembre · décembre 1946 · p. 7-8 · 985 mots

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TANDIS que l'impérialisme américain ayant accédé à la première place dans le monde subit les contradictions de cette ascension dans un monde capitaliste appauvri, l'impérialisme anglais ayant définitivement perdu cette même première place, commence à connaître, de plus en plus intensément, les implications d'un tel déclin. Les énormes réserves accumulées au cours de siècles de rapines s'épuisent. De créditrice, la Grande-Bretagne est devenue débitrice, y compris de ses propres colonies. La Cité a été détrônée par Wall-Street comme centre financier du monde. La marine marchande britannique se voit serrée de près par celle des Etats-Unis. des L'aviation commerciale anglaise ne peut faire concurrence à l'aviation américaine. Enfin et surtout sur le plan des produits manufacturés, l'Angleterre pour se relever, devrait non seulement rattraper les marchés perdus pendant la guerre, mais atteindre un chiffre d'exportation de 75 % supérieur à celui d'avant-guerre, mais la production horaire d'un ouvrier anglais est la moitié de celle d'un ouvrier américain.

En portant le Labour Party au pouvoir en juillet 1945, les masses travailles masses travailleuses firent et font encore à celui-ci un considérable crédit. Elles se montrérent soucieuses de ne pas le gêner quelque chose à un gouvernement qu'elles considèrent comme leur gouverneet de donner le temps de réaliser ment et non celui de leurs exploiteurs.

Les ouvriers anglais furent très sensibles, dès le début, à la politique extérieure du gouvernement travailliste. Dans ce domaine, Bevin poursuivait, sans dissimuler quoi que ce soit, la politique de coalition, la politique de une politique réactionnaire dans les colonies, dans le Proche et le Moyen-Orient, en Grèce, en Espagne, etc.. Dès le début cette politique Charchill-Eden, fut chaleureusement soutenue par les Tories. Le malaise dans les masses ne tarda pas à se développer, et ce au delà de la zone d'influence du parti stalinien, dont l'action reste d'une portée limitée en Grande-Bretagne.

Tandis que la montée travailliste se poursuivait (attestée par les récentes élections municipales et par les succès aux élections partielles), le mécontentement envers la politique extérieure du gouvernement travailliste se fit jour. Tout d'abord, au récent Congrès des Trade-Unions tenu voici quelques semaines à Brighton où une résolution relative à Grèce recueillit une minorité de plus de deux millions de voix, en dépit d'un discours d'Attlee brandissant le danger du communisme. Plus récemment, au Parlement, avec la présentation d'un amendement au discours du Trône, par une soixantaine d'élus travaillistes.

On connait les incidents qui suivirent le dépôt de cet amendement : la menace d'expulsion du Labour Party, menace qui suscita un nombre supplémentaire de signatures, puis le débat aux Communes dans lequel les taires de l'amendement frent preuve de grande modération, le maintien de Lamendement contre leur propre gre, le vote de confiance dans la politique extérieure du gouvernement par les conservateurs, tandis qu'une centaine de députés travaillistes s'abstenaient ; après ce résultat, le rassemblement dans la fraction parlementaire du I. P. d'une aile droite demandant la discipline de vote du groupe travailliste; le tout se terminant sans décision.

L'amendement des « rebelles » demandait au gouvernement d'élaborer une politique étrangère socialiste, qui ne soit à la remorque, ni de l'Amérique capitaliste, ni de la Russie communiste. Dans cet amendement, les elus travaillistes n'ont pas fait que refléter le mécontentement des masses ouvrières anglaises, que leur profond sens de classe place aux côtés des travailleurs du monde entier. Ils ont enrobé ce mécontentement dans leurs conceptions petites bourgeoises, cherchant une solution pour éviter le conflit entre l'U. R. S. S. et les Etats-Unis, ailleurs que sur le terrain de la lutte de classes, autrement que dans le renversement du capitalisme.

Mais beaucoup plus important que les atermoiements et les manœuvres parlementaires, est le fait qu'un peu plus d'un an après la formation gouvernement travailliste disposant d'une majorité des deux tiers au Parlement, une première différenciation se fait jour, avec une aile orientée à gauche et une aile droite dans le groupe travailliste. Ce n'est là que le début d'une crise qui ne manquera pas d'empoigner tout le mouvement ouvrier anglais. Labour Party et Trades-Unions.

Il est possible que le gouvernement travailliste cherche à faire quelques concessions apparentes; mais il ne possède pas une grande marge à ce sujet. On voit déjà que, tant en Palestine qu'en Grèce, il fait appel à un renfort américain. Sur la question essentielle de l'Allemagne, il est obligé aussi de passer par les conditions de l'impérialisme yankee. Et celui-ci n'a probablement encore pas renoncé à dire son mot sur Dans le domaine de la politique extérieure, le gouvernement travailliste continuera à montrer qu'il sert les intérêts de la Cité.

C'est aussi dans le domaine de la politique intérieure que les difficultés ne tarderont pas à se faire jour. Les nationalisat ons ont pu, jusqu'à présent, en dépit de compensations vraiment royales, entretenir les illusions parmi les travailleurs. Mais ceux-ci ne vont pas manquer de s'apercevoir ces nationalisations n'ont apporté aucun changement à la structure de l'industrie. que les anciens propriétaires toucheront leurs intérêts tandis que l'on demande d'eux une production accrue, Ils voudront alors, en politique extérieure et en politique interieuro, ex ger de LEUR pilti et de LEUR gouvernement qu'ils fassent LEUR politique.

La première « rebellion » de Westminster est terminée, apparemment comme si rien ne s'était passé. En fait, il s'agit d'un signe avant-coureur assez probablement, d'un signal annonçant la formation dans un délai plus ou moins rapproché de tendances qui non seulement affecteront le groupe parlementaire travailliste mais tout le mouvement ouvrier anglais.

La venue au pouvoir du gouvernement travailliste, par une majorité dans le pays où la tradition parlementaire est le plus respectée, ne va pas de montrer aux travailleurs anglais en premier forme la plus éclatante, la faillite des conceptions réformistes, obligera à procéder à un réexamen complet de leur programme, de leurs méthodes, de leurs dirigeants. Une nouvelle étape pour le développement du mouvement révolutionnaire en Grande-Bretagne a commencé.

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