Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

La revue › numéro de décembre

Elections en France et en Italie

Quatrième Internationale, numéro de décembre · décembre 1946 · p. 5-6 · 819 mots

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LES élections parlementaires de France et les élections municipales d'Italie du 10 novembre 1946 ont démontré des tendances communes quant à l'évolution de la situation économique dans ces pays: les partis du Centre ont subi une nouvelle réduction de leur influence au profit d'une polarisation vers les formations politiques de l'extrême-gauche et de l'extrêmedroite.

Le recul du Parti Socialiste dans les deux pays s'est accentué, particulièrement en France, tandis que les nouveaux partis catholiques, le M.R.P. français et les Démocrates-Chrétiens italiens, ont marqué eux aussi un recul relatif. qui était plus important en Italie qu'en France.

Dans les deux pays, des gains importants ont été réalises aux depens des socialistes et plus particulièrement des démocrates chrétiens par les formations de l'extrême-droite, tels le P.R.L, et l'Union gaulliste en France, le mouvement néo-fasciste de l'Homo Qualunque et les monarchistes en contre, les partis communistes réalisé une nouvelle avance dans les deux pays, probablement plus importante en Italie qu'en France, et ils ont

IV° INTERNATIONALE récupéré, au moins sur le terrain parlementaire, l'influence qu'ils semblaient avoir perdue dans les centres ouvriers. Cette avance des Partis communistes a été réalisée principalement aux dépens des Partis socialistes.

Dans les deux pays, le courant abstentionniste a été assez élevé par rapport aux précédentes élections, particulièrement en Italie où il a atteint dans certaines villes du Sud une proportion voisine des trois quarts du nombre total des votants.

La leçon générale de ces élections est l'accélération du processus politique dans ces pays, par le renforcement simultané de l'extrême-gauche, représentée encore pour les masses par les Partis communistes, et l'extrême-droite, tandis qu'une masse importante d'éléments mécontents de la politique impuissante des gouvernements de coalition et appartenant très probablement dans sa majorité aux couches de la petite bourgeoisie reste dans l'expectative, et est susceptible de jeter son poids dans la balance d'un regroupement extra-parlementaire des forces de droite.

La polarisation aux extrêmes quoique encore lente se poursuit dans les deux pays à la faveur du fait que, sur le plan économique, la situation reste toujours précaire et même s'est aggravée sous certains aspects, et que les gouvernements de coalition auxquels se sont prêtés les partis ouvriers traditionnels sont considérés par les masses les plus impatientes comme les responsables de cette situation.

En France on se trouve de nouveau en face d'un état chaotique du ravitaillement, de la menace d'une banqueroute financière, d'une nouvelle hausse verticale du coût de la vie, et d'un ralentissement du rythme de la reprise économique atteinte par la crise du charbon. En Italie subsistent les mêmes causes aggravées par l'existence d'un chômage massif, sans aucune perspective de réduction prochaine.

La droite gagne dans les deux pays, en exploitant l'impuissance manifeste des gouvernements de coalition, et elle regroupe ses forces pour une action extra-parlementaire.

Les Partis communistes avancent surtout par la dislocation des Partis socialistes; le regroupement des forces de la classe ouvrière sous leur drapeau représente, pour la dynamique de la lutte des classes à l'étape actuelle, un intérêt plus grand que le renforcement parallèle de la droite.

Malgré le programme néo-réformiste des Partis communistes, la poussée des masses vers eux, ne constitue pas moins un signe de leur radicalisation par rapport à leur attachement passé aux Partis socialistes. Le vote électoral pour les Partis communistes ne signifie pas nécessairement une confiance accrue des masses evers ces Partis, ni un renforcement réel de leur influence sur le prolétariat.

Il est possible, — comme l'exemple nous en a été donné dans le passé par le décalage qui existait entre l'influence électorale de la social-démocratie et son influence réelle sur les masses, que les mêmes ouvriers qui deviennent de plus en plus sceptiques et même méfiants envers le caractère révolutionnaire de la direction stalinienne votent aux élections pour le Parti communiste qu'ils imaginent être sur l'échiquier parlementaire le parti le plus à gauche et contre lequel la réaction concentre ses feux.

Il est, d'autre part, fatal qu'au moins une partie des masses qui abandonnent actuellement les Partis socialistes se déplacent, sur le plan électoral, vers les Partis communistes qui leur apparaissent, par rapport à la social-démocratie, plus dynamiques et plus radicaux et que l'expérience du stalinisme par ces masses ne puisse se faire par un passage immédiat dans les rangs du parti révolutionnaire. Ce qui domine dans les élections en France et en Italie, c'est la tendance à la dislocation des partis du centre au profit des extrêmes et, dans un tel processus, il est inévitable que les Partis communistes puissent encore profiter de ce courant.

Le débordement des : Partis communistes par les masses ne pourra se manitester sur le plan électoral que grâce à l'existence d'un véritable parti révolutionnaire qui, par son travail suivi dans les syndicats, les usines, les quartiers, et par sa participation dans les luttes, aurait acquis la confiance d'importantes couches de travailleurs. Nous ne sommes qu'au début de la réalisation de telles conditions.

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