AVEC la conclusion de l'armistice entre le gouvernement de la République indonésienne et celui de La Haye, la première étape des révolutions coloniales après la seconde querre mondiale peut être considérée comme terminée. Cette étape avait été caractérisée : (1) par les explosions de luttes sociales et nationales importantes dans la plupart des pays du Proche, du mouvements nationalistes en Egypte, en Syrie et au Liban : crise palestineran ; Moyen et de l'Extrême-Orient (grèves en Egypte, Palestine, Irak grèves et mutinerie de la flotte aux Indes; guerre civile et vague gréviste en
Chine; guerre civile aux Philippines; grèves en Malaisie et au Japon); (2) par l'apparition brusque de gouvernements et d'armée nationales en Indochine et en Indonésie, issus de vastes mouvements porulaires qui s'intercalent entre la capitulation de l'impérialisme japonais et l'arrivée d'armées d'occupation britanniques, françaises et néerlandaises.
Exprimant autant l'affaiblissement organique des vieilles puissances impérialistes que le développement capitaliste accéléré des pays coloniaux et semi coloniaux, l'ensemble de ces mouvements a pourtant suivi jusqu'ici un rythme saccadé, déterminé en premier lieu par des facteurs d'ordres locaux et rar les rapports de forces conjoncturels qui s'établissaient sur place. Cela provient du fait que le PROLETARIAT COLONIAL, la seule classe capable d'unir ces mouvements disparates, de leur donner un contenu bien circonscrit et une direction décidée, n'a pas encore jeté son poids dans la balance. Ni aux Indes,
IV° INTERNATIONALE 9 ni en Chine, la classe ouvrière ne s'est avancée jusqu'ici à la tête des mouvements nationaux, Il a fallu une période intermédiaire de luttes sociales durant lesquelles les travailleurs hindous et chinois reprennent conscience de leurs forces et se mesurent avec leurs ennemis de classe dans de multiples combats isolés, Nul ne peut douter cependant que cette étape intermédiaire ne constitue qu'une vaste MOBILISATION du prolétariat de ces pays qui, le moment donne, déclenchera, par son entrée sur la scène politique, un mouvement révolutionnaire grandiose dans l'Extrême-Orient.
Coupée de ses deux principaux réservoirs prolétariens, la Chine et les Indes, la révolution coloniale s'étant avancée aussi bien en Indonésie qu'en Indochine jusqu'au point où des organes du pouvoir populaire apparaissaient (genres Seviets de village), a été fatalement condamnée à marquer le pas. force ne s'y est trouvé sur l'arène des classes pour pouvoir mener jusqu'au bout la lutte anti-impérialiste.
Pays à faible développement industriel, l'Indochine autant que l'Indonésie ont une structure sociale particulière. Une bourgeoisie industrielle indigène y fait presque complètement défaut; des banques indigènes n'existent pas du
Les classes possédantes sont représentées soit par la vieille noblesse semi-féodale, maintenue à l'intérieur du pays par l'administration colon aliste, soit par la combinaison du marchand-usurier qui caractérise également la situation des provinces chinoises arriérées. Face à ces classes possédantes se trouve un prolétariat industriel développé, exclusivement employé par le capital étranger; un prolétariat mi-agricole, mi-industriel utilisé pour les corvées de l'administration coloniale et la vaste masse des paysans pauvres, fermiers ou retits propriétaires. Entre ces pôles se placent de rares couches de paysans moyens et cossus et de nombreuses couches d'ADMINISTRATEURS INDIGENES EUROPEANISES. C'est cette dernière couche sociale à laquelle revena.t la direction de la révolution coloniale dans sa première phase.
Les classes possédantes jouèrent dès le début de l'insurrection porulaire un rôle franchement et totalement contre-révolutionnaire. Aussi bien en Indochine qu'en Indonésie, les groupements familiaux semi-féodaux et les organisat ons bourgeoises jouèrent à fond la carte de l'impérialisme étranger. Partout où ils le purent, ils agirent en tant qu'agents de répression de l'impérialisme et constituèrent des gouvernements Quislings à sa solde (Cambodge). Ce qui a rendu plus compliqué un jugement objectif des événements révolutionnaires c'est, précisément, le fait que la lutte anti-impérialiste d'un côté et le processus de différenciation progressive à l'intérieur du mouvement nationaliste d'autre part, s'est trouvé doublé dès le début rar une GUERRE CIVILE, moins spectaculaire mais non moins sauvage, entre les forces révolutionnaires et les forces au service des possédantes. Cette guerre se poursuit encore maintenant activement dans les régions reculées, mais elle reçoit un cachet nouveau de par les ruptures intervenues à l'intérieur même du mouvement révolutionnaire nationaliste.
Au début, ce mouvement fut suivi par l'écrasante masse de la population pauvre. Les leaders petits bourgeois du mouvement - des chefs stalniens en Indochine, des chefs nationalistes en Indonésie •proclamèrent leur résolution d'aller jusqu'au bout dans l'obtention de l'indépendance totale et complète. Pour obtenir cette indépendance, il fallait faire appel à l'initiative et l'action masses. Cette action ne se limitait pourtant pas au terrain « national » mais posait également des jalons sur la voie de l'émancipation sociale. Comme dans le cours de chaque révolution, les leaders petits-bourgeois, passé un point de développement concret, prirent peur. Soit que leurs propres intérêts semblaient en danger; soit qu'ils manquaient de confiance dans les forces vives du peuple et comptaient plutôt sur de subtiles manœuvres parmi les grandes puissances pour arriver à leur but, et que des actions trop « radicales menaçaient d'aliéner les sympathies » du Grand Capital de Washington et de Londres, soit qu'ils s'alignaient simplement sur les ordres recus du Kremlin, le moment vint où les Ho-Chi-Minh et les Sokarno commencèrent à joindre à leur lutte anti-impérialiste une lutte contre les EXTREMISTES dans leur propre camp, c'est-à-dire contre ceux qui, pour pousser la lutte nationale jusqu'à son ultime conséquence, voulaient libérer également les masses indigènes de tout esclavage social. Alors qu'ils prétendaient freiner l'émancipation sociale pour mieux achever autour du tapis vert l'émancipation nationale, Ho-Chi-Minh et Sœkarno ont été logiquement amenés à freiner et à saboter l'émancination nationale qui est irréalisable sur une autre voie que celle de la REVOLUTION PROLETARIENNE. Le compromis qu'ils cherchaient à conclure
IV INTERNATIONALE avec les maitres impérialistes n'est pas imposé par les « rapports de forces ». Ni l'impérialisme français, ni moins encore l'impérialisme hollandais n'étaient Iutteurs décidés à préférer la mort à l'esclavage colonialiste ! Il résulte de leur en mesure de mener longue guerre de conquête contre des millions de peur devant l'action des masses indigènes, de leur crainte de voir se développer la révolution sociale dans leur propre pays.
Les staliniens et petits bourgeois bornés du monde entier fêtent la conclasion des armistices franco-vietnamien et hollando-indonésien comme des « victoires de la démocratie ». La REACTION DE LA BOURSE DE PARIS ET D'AMSTERDAM A ETE BIEN PLUS ELOQUENTE. Si l'impérialisme a été forcé d'abanreprend en main les positions économiques-clés et il se hâtera de reconquérir donner des positions politiques et d'admettre une perte de prestige, rapidement le contrôle militaire. En ce sens, le développement politique dans ces deux Républiques « indépendantes » suivra en général le modèle des événements qui se déroulèrent en Egypte entre 1920 et 1938. Abandonnées à elles-mêmes, les révolutions coloniales indonésienne et indochinoise pourront très difficilement s'élever à un stade supérieur, celui où le prolétariat conscient sannes opprimees. Mais en fusionnant leur action avec le puissant mouvement dirigé par une avant-garde bolchevik-léniniste prend la tête des masses payrévolutionnaire prolétarien que la Chine et les Indes connaitront dans les mois et années à venir, les travailleurs et paysans pauvres indochinois et indonesiens trouveront des ressources inépuisables pour corriger les erreurs mises, anéantir les semi-capitulations de l'Intelligentsia, balayer les classes possédantes pourries et achever ainsi leurs efforts héroïques pour se libérer de toute oppression.