Caractéristique pour notre époque — une époque marquée par le chaos qui va en s'approfondissant du capitalisme en decin et par le mouvement social - révolutionnaire auquel il donne naissance - est l'intervention croissante de l'Eglise catholique romaine en politique. Au cours de toute son histoire cette Eglise n'a jamais été plus active qu'aujourd'hui à la fois en politique nationale et internationale.
Lorsque la lutte de classe du prolétariat contre la bourgeoisie prit pour la première fois une forme politique consciente avec la publication, en 1848, du Maniteste Communiste, le Pape Pie IX dénonça publiquement la doctrine de Marx et d'Engels. Se proclamant le gardien de la propriété privée capitaliste et du système du profit, le Vatican unit ses forces à celles detous les représentants de la réaction pour exorciser le spectre du communisre qui commençait à hanter l'Europe.
Le dix-neuvième siècle fut, toutefois, une époque de stabilité sociale relative. Le capitalisme terminait le dernier stade de sa croissance comme système mondial. Il y avait certes des crises de conjoncture économique ou crises cycliques qui sont un trait inhérent au système de production de marchandises. Mais la crise générale du capitalisme, la période de son déclin, ne commença pas avant la venue du siècle présent, quand toutes ses possibilités progressives eurent disparu. Dans la neuvième siècle, seconde moitié du dixle capitalisme avait encore un chemin à parcourir avant d'épuiser complètement son rôle progressif historique. Dans ces circonstances, l'opposition papale au communisme pouvait se limiter à des critiques dogmatiques occasionnelles. L'Erlise catholique n'avait pas besoin de mener campagne contre le communisme par tous les temps. Mais chaque fois que la société capitaliste fut menacée par la révolution — comme pendant la Commune de Paris en 1871 -le Vatican lança la condamnation de tous ceux qui songeaient à changer l'ordre social des choses.
Au cours des dernières années, le Vatican est apparu plus activement comme une forge politique prenant position dans la lutte des classes. Son activité politique s'exerce sous la forme de campagnes. A vrai dire, cette activite dépasse de loin l'activité de l'Eglise dans le domaine « spirituel ». Une véritable montagne de faits témoigne du rôle rempli par le catholicisme romain de défenseur du statu quo capitaliste et de pilier de la réaction mondiale. Ce développement s'explique par le fait que les intérêts matériels de la religion organisée, tout comme ceux de la bourgeoisie mondiale, sont entrés en conflit violent et inconciliable avec le besoin urgent d'un changement social. Ces intérêts sont étroitement entrelacés au système de la propriété capitaliste dont ils font partie. En se mettant audacieusement en avant comme le défenseur du capitalisme pourri, l'Eglise défend ses propres propriétés et ses propres revenus menacés de liquidation par la révolution socialiste. L'ampleur et la vigueur de son intervention en politique sont une des mesures de la profondeur de la crise de la société capitaliste.
Lorsque le Pape dénonce le « communisme athée » et le « bolchevisme sans-dieu », on pourrait penser qu'il ne s'occupe que d'exécuter l'infidèle qui méprise la direction spirituelle de l'Eglise. Il est loin d'en etre, ainsi, Conformément à l'enseignement catholique, le Pape est le Saint-Père, le Pontife suprême, le Vicaire du Christ
IV° INTERN sur la terre. En tant que seul porteparole autorisé de la divinite, 1 est infaillible. Par conséquent, quiconque rejette l'Eglise papale et ses dogmes rejette également Dieu et est damné
ATIONALE• lique est la propriétaire, d'énormes propriétés séculières, ce qui fait d'elle le plus grand propriétaire foncier du monde. Parmi les propriétés catholiques, on peut trouver des établissements commerciaux de toute sorte (y compris de grands cinémas), des logements d'habitation et des taudis. Comme propriétaire de taudis en Europe. en Asie et ailleurs, l'Eglise catholique extra't des loyers des rlus pauvres parmi les pauvres. Possédant des plantations et des terrains cultivés, de grande étendue dans les pays coloniaux (par exemple, aux Philippines, en Indochine française, en Afrique du Nord, en Amérique latine), elle pressure des profits du travail des plus exploités parmi les travailleurs ruraux, L'énorme revenu de toules tes propriétés, sans parler des propriétés elles-mêmes, est mis en péril par la révolution montante Telle est l'explication, toule l'expl cation de la « croisade mornle » du Vatican contre-le communisme el le bolchevisme. Elle explique la haine intense du Vatican enviera l'Union soviétique, le premier pays qui a rénssi à briser le système de la propriété privée capitaliste.
C'est pendant la crise qui, en Europe. suivil la première guerre mondiale que le Vatican pénétra sur l'arène de la lutte des classes, après de nombreuses années de ce qu'en nourmit appeler un hivernage politique. Des soulèvements révolutionnaires seecua ent l'Europe. Le capitalisme chancelait. Le belchevisme avait triomphé en Russe La crise révolntionnaire en Italie au seuil même du Vatican, inquiétait tout particulièrement le Pape. Pour sauver le capitalisme italien, le Pane Pie XT amporta son soulien à Mussolini. Te 20 ienvier 1923. le cardinal Pietro Gasparri, se- . crétaire d'Etat du Pane. ruf un entretien secret avec Mussolini dent les résultats furent connus plus fard La Banque de Rome aui étaif dirigée par des catholimes et à laguelle les catholioues ifaliens. les prélats du Vatican ef le Saint-Siège avaient confié une zrande partie de leurs fonds, était. merprée avec tout le reste du système bancaire, d'une fallite imminente. Mussolini s'engagen à sauver sauver la bandue par une intervention de l'Etat une fois qu'il aurait pris le pouvoir. Il tint parole et la banaueroute fut évitée au prix indiané d'un milliard et demi de lires que Mussolini, nar la suite, soutira des masses italiennes pauvres.
Le Vatican fut dûment reconnaissant à Mussolini pour les services qu'il rendit en sauvant le canitalisme italien et les fortunes de l'Eglise capour l'éternité. Ceci est vi lement pour les athées et plongés dans les ténèbres
Juils, les Bouddhistes, les mais également pour etc.,
'ai non seudes païens tels que les
Musulmans, les protestants. Pourtant, le Vat can n'engage pas de croisades émouvantes contre ces rivales doctrines. Il est par conséquent évident que le communisme et le bolchevisme ne sont pas les objectifs des dénonciations papales en raison seulement et principalement de leur athéisme mais à cause du contenu social de leurs doctrines. Le Vatican ne tente même pas de dissimuler l'aspect temporel de son opposition au mouvement révolutionnaire moderne. comme on peut le voir en se référant à n'importe laquelle des eneycliques papales récentes. Le Pape se déchaine contre le communisme parce que celui-ci signifie le détnonement de lEglise, la séparation de l'Eglise et de l'Etat. Parce qu'il signitie la suppression des subventions de l'Etat à l'Eglise. Parce qu'il signifie la confiscation des propriétés séculières de
Papon culil signifie l'abrogation des priv léges parasitaires des légions d'ecclésiastiques. Parce qu'il signifie l'obscurantisme religieux hanni de l'enseignement. Privée de sa richesse et de l'aide de l'Etat, l'Eglise dépérirait rapidement et serait réduite aux dimensions d'une serte ipaion fiante, oui disparaitrait finalement tout à fait dans une sec été socialiste rationnelle.. Afin de survivre. ITelise doit par conséquent défendre l'ordre social dont sa vie même dépend.
L'Eglise catholioue romaine est une puissante institution mondiale. Elle dispose de 385 millions de fidèles.. plus me les populations combinées des Etats-Unis et de l'URSS soit environ un sixième des habitants de toute la terre. Elle embrasse environ la moitié de la population de l'Europe et la moitié de celle des Amériques. Il n'y a presque pas de pavs où elle ne soit représentée. Des tributs affluent dans ses caisses des pays les plus avancés comme des territoires les plus arriérés. Le Vatican ne publie pas de bilan. ne fournit aucun compte financier. Seul le cercle fermé le ons élevé de la hiérarchie ennnait l'étendue de ses énormes propriétés et revenus En plus des cathédrales et des églises, des monastères et des couvents, des séminaires, des écoles et des établissements missionnaires, l'Eglise catho-
IN° INTERN tholique en Italie avec celui-ci, sans parler du Vatican lui-même. Le 31 octobre 1926, le cardinal Merry del Val déclara :
Mes remerciements vont à celui (Mussolini) qui tient en ses mains les rênes du gouvernement en Italie, qui, avec une claire pénétration de la réalité, soulaita et souhaite que la religion soit respectée, honorée, pratiquée. Visiblement protégé par Dieu, il a sagement amélioré les destinées de la nation, augmentant son prestige à travers le monde.
En décembre de la même année, le Pape Pie XI, dans une message, allusion à Mussolini comme à « lhomme envoyé par la Providence ». Cinq ans plus tard, quoique engagé dans une querelle avec Mussolini sur l'interprétation du traité de Latran, le Pape exprima, néanmoins, son appréciation sur ce que Mussolini avait fait pour l'Eglise calholique :
Nous nous rappelons et nous rappellerons avec une gratitude perpétuelle tout ce qui a été fait en Italie au profit de la religion, même si le profit tiré par le parti et le régime (fascistes) ne fut pas moindre et peutmême s'il fut plus grand... Nous nous sommes toujours abstenus d'une condamnation formelle et explicite (du fasc'sme) ; nous en sommes venus au point de croire possibles et de favori. ser des compromis qui à d'autres semblaient inadmissibles.
En 1929, quand le fascisme fut fermement installé au pouvoir, le Pape et Mussolini conclurent le traité Lafran et un Concordat. Par ce trailé, le Vatican devint une puissance temporelle qui pouvait échanger des représentants diplomatiques avec d'autres Etats. La cité du Vatican, enclave romaine, se trouvait maintenant être la capitale d'un empire de prêtres. Le Pane devint le chef à la fois d'une Eglise et d'une organisation d'Etat. Le Concordat régla les rapports entre l'Etat fasciste et la branche italienne de l'Eglise Anrès signature du traité du Latran, Mussolini pava au Pape 750 millions de lires en espèces et un milliard de lires en hons de l'Etat fasciste. Ceci •sceila l'alliance du Vatican avec l'Etat fasciste.
Vovant dans la dictafure et le totalitarisme fascistes le seul autre terme de l'alternative à la destruction révoIutionnaire du capitalisme par la classe ouvrière, le Pape et la hiérarchie catholique leur donnèrent un généreux soutien. borsque Hitler prit le pouvoir en Aftemagne, en Janvier 1933, le Vatican fut la première puis-
ATIONALE 13 sance souveraine à entrer en négociations formelles avec le gouvernement nazi. Le 20 juillet de cette année, cardinal Pacelli (l'actuel Pape Pie XII) inserivit sa signature en tant que nonce papal en Allemagne à côté de celle de Franz von Papen au bas du Concordat entre le Vatican et le Troisième Reich hitlérien. Persévérant le long de la même ligne politique, le Vatican. fournit tout le soutien possible à Franco dans la guerre civile espagnole en 1936-38 après que le Pape eut donné, l'année précédente, sa bénédiclion pontificale à la conquêle de l'Ethiopie par Mussolini. A léchelle mondiale, l'Eglise catholique romaine déployait à la fois ses forces « spirituelles » et matérielles pour aider la réaction capitaliste.
Pseudo-neutralité
Formellement, le Valican prétend etre neutre dans les questions internationales. L'article 24 du traité Lafran est énoncé comme suit :
par rapport à la souveraineté qui lui appartient également dans le domaine international, déclare au'il désire rester et au'il restera étranger à tous les conflits temporels entre les autres Etats et à tous les Congrès internationaux relatifs à de tels objectifs, à moins que les parties opposées fassent un apnel concordant rour sa mission de paix ; (Le Saint Siège) réservant toutefois. dans tous les cas, (son droit) à faire un usage effectif de sa puissance morale et soir tuelle. En conséquence de cette déclaration, la cité du Vatican sera toujours et en tous les cas considérée comme un territoire neutre et inviolable.
Le Vatican viola sa neutralité affirmée à la fois dans la guerre éthiopienne et dans la guerre civile espagnole. Avee ce vif discernement politique nrovenant d'un instinet de classe raffiné, le Pape saisit rapidement l'imnortance réelle fondamentale de la guerre civile espagnole. Tandis que les clameurs de brouillons libéraux ef la politique de front populaire des dirigeants des partis ouvriers espagnols laissaient croire qu"il s'agissait d'une lutte de la démocratie bourgeoise contre le fascisme, le Saint Siège l'apprécia comme un combat de classe, celui de la la révolution socialiste contre le capitalisme. L'Espagne est un des plus importants bas-
IV° INTERN tions catholiques en Europe. Le Pape vit, dans la guerre civile espagnole, le spectre redouté du bolchevisme projetant son ombre sur la Méditerranée. L'Eglise et ses propriétés étaient en danger. Assurer le triomphe de Franco ful, pour le Vatican, une question d'importance vitale. Hitler et Mussolini firent tout ce qu'ils pouvaient pour aider la Phalange espagnole. Mais il était impérieux d'isoler les loyalistes espagnols, de priver le gouvernement républicain de toute aide extérieure. Le grand danger était aux Etats-Unis où s'était élevée une grande revendication d'aide à ceux qui combattaient Franco. Ni Hitler, ni Mussolini ne pouvaient exercer une pression utile sur Washington. Le Vatican assura cette tâche. Utilisant à fond l'influence de l'Eglise catholique en Amérique, il déclencha une énorme propagande dans sa presse, en chaire et dans les écoles pour obtenir par pression sur Washington l'embargo sur les envois d'armes pour l'Espagne.
Mais la guerre civile espagnole n'était qu'une face assez grande d'une situation mondiale marchant rapidement en direction d'une seconde guerre mondiale. Dès l'automne de 1936, une série d'événements montra clairement que l'ère de la « paix » impérialiste après la seconde guerre mondiale approchait de sa fin. L'assassinat du Chancelier autrichien Dollfus, l'invasion italienne l'Ethiopie, la remilitarisation de la Rhénanie, enfin la guerre civile espagnole, tout témoignait de la venue de la tempête. Dans un monde où la tourmente et l'incertitude s'amplifiaient, il sembla au Vatican indispensable d'arriver à un accord officiel avec les Etats-Unis comme la plus éminente puissance mondiale et le plus fort bastion du capitalisme. Depuis longtemps le Vatican désirait des relations officielles avec les Etats Unis. Il paraissait anormal qu'un pays, ayant une si grande proportion de catholiques, et où l'Eglise catho lique était si puissante si riche, ne maintienne aucune relation diplomatique avec le gouvernement central de lEglise catholique. Les EtatsUnis ignoraient officiellement le Vatican depuis 1867. Le principe de la séparation de l'Eglise et de l'Etat et les puissants sentiments antipapistes de la majorité protestante de la population étaient des obstacles à tout accord officiel. Les obstacles étaient formidables mais non insurmontables, pour la raison que tous deux, le Vatican l'impérialisme américain, avaient besoin d'un tel accord. Chacun
ATIONALE désirait l'aide et le soutien de l'autre pour la détense d'intérêts communs.
Pendant l'automne de 1936, le cardinal Pacelli (maintenant le Pape Pie XII), secrétaire d'Etat du Pape Pie XI, débarqua aux Elats-Unis. Après avoir parcouru le pays pour fuer le temps jusqu'a ce que l'élection présidentielle fut passée, il fut reçu par le Président Roosevelt, à Hyde Park, le 6 novembne. Le secrétaire d'Etat de la papauté ne visite habituellement pas un pays étranger, saur pour d'importantes raisons. Il me serait également pas venu, on peut le penser, sans le consentement ou l'invilation préalable de Roosevelt. Ce dont Roosevelt et lui ont parlé est resté un secret soigneusement gardé, comme le reste de la diplomatie secrète de Roosevelt. Mais, à la lumière de ce qui s'est produit ultérieurement. on peut déduire qu'ils ont discuté : 1º de la politique des Elats-Unis dans la guerre civile espagnole et 2º d'un plan pour l'éfablissement de relations diplomatiques entre les Etats-Unis et le Vatican. Peu après la visite de Pacelli, les Etats-Unis instituèrent un embargo sur les armes pour l'Espagne. Mais il fallut près de trois années avant que le Vatican marquât un second point. Roosevelt comprit l'intérêt d'avoir un allié dans le Saint Siège, mais, pour ne pas exeiter des animosités religieuses et pour ne pas gâter tout le plan, il dut préparer le chemin soigneusement et attendre le moment propice.
Le 29 juillet 1939, le cardinal Enrico Gasparri, (neveu du cardinal Pietro Gasparri, qui avait été secrétaire d'Etat du Pape Pie XI), arriva aux Etats-Unis. Poursuivant le travail de son prédécesseur, le cardinal Pacelli, il avait pour mission, selon un rapport du « New-York Times ».
* de préparer le statut juridique pour l'ouverture possible de relations diplomatiques entre le Département d'Etat et le Saint-Siège... Il n'est pas autorisé à négocier pour l'établissement de relations ; il doit élaborer un cadre légal dans lequel de telles relations, si elles sont établies, pourraient être situées ».
L'obstacle à l'installation d'un nonce papal à Washington et d'un ambassadeur américain au Vatican résidait dans la nécessité de soumettre un tel plan au Congrès qui, seul, a le pouvoir de fournir les fonds pour le maintien d'établissements diplomatiques. En outre, toutes les nominations d'ambassadeurs des Etats-Unis doivent être confirmées par le Sénat. Une Chambre et un Sénat à composition
IV* INTERN protestante prédominante repousseraient presque certainement un plan. Par conséquent celui-ci, s'il devait se faire, ne pouvait Tetre que par-dessus la tête du Congrès.
On était, rappelons-nous, à la fin de l'été 1939, Des nuages menaçants se rassemblaient sur l'horizon européen. Le moment propice était venu pour établir un lien entre les EtatsUnis et le Vatican. Qui pouvait objecter à ce que « lami de la paix » Roosevelt donne la main au Pape pour sauver la paix ? Mais il fallut se hâber. Roosevelt recourut à un subterfuge caractéristique. Ecartant le Congrés, il écrivit au Pape le 23 décembre 1939 pour demander à celui-ci son consentement à la désignation d'un « représentant personnel » au Vatican. Pour ce poste nouveau et sans précédent, il choisit le multimillionnaire Myron Taylor, ancien président du comité financier de la United States Steel Corporation. Taylor ne devant pas être un ambassadeur proprement on n'avait pas besoin d'obtenir l'approbation du Sénat pour sa nomination. Et comme il pouvait aisément assurer ses propres dépenses, on n'avait pas besoin de demander des fonds au Congrès.
Myron Taylor se rendit à Rome en février 1940 pour y occuper son poste diplomatique. Il était « persona grata » non seulement auprès du Vaticar. mais aussi auprès du régime fasciste de Mussolini. Taylor avait toujours été un admirateur du fascisme itaTien et pensé qu'un système semblable pouvait être établi en Amérique. Quelque trois années auparavant, il avait déversé ses louanges de Mussolini dans un banquet à l'hôtel Waldort-Astoria à New-York, à titre de représentant de : la Société ItalieAmérique et de la Société américaine des ordres royaux italiens. Le prétexte en était une fête en l'honneur de l'ambassadeur fasciste Fulvio Suvich. S'élevant jusqu'à l'extase sur le rôle meurtrier du fascisme italien, Taylor déclara que « le monde entier avait été forcé d'admirer les succès remportés par le Premier Mussolini dans la discipline de la nation ». Il avalisa également la conquête barbare de l'Ethiopie, en déclarant : « Aujourd'hui, un nouvel Empire regarde l'avenir et assume ses responsabilités de gardien et d'administrateur d'un peuple arriéré de dix millions d'âmes. » (« New York Times », 6 novembre 1936). Tel était done le représentant que le « démocrate » Roosevelt envoyait au Vatican.
Des buts communs
L'accord avec Roosevelt paya de sérieux dividendes au Vatican après que l'Italie fut emportée dans la guerne. Tandis que les forces aériennes alliées dévastaient Naples, Gênes, Turin, Milan et d'aulres cités, la capitale, Rome avec son enclave du Vatican, était épargnée. Si important que ce fut pour le Vatican, ce n'est encore qu'un aspect secondaire du lien entre le Vatican et l'impérialisme. américain. Roosevelt et le Pape visaient à de grands buts politiques. Dans sa lettre au Pape du 23 décembre 1939, Roosevelt exprima l'idée qu'un « nouvel ordre » s'annonçait et dit « qu'il est bon que nous encouragions une association plus étroite entre ceux qui, en toute partie du monde, dans la religion et au gouvernement, ont un commun objectil ». Il désirait, ditil, avoir son représentant au Vatican, parce que dans la période d'aprèsguerre « il est de la plus haute importance que des idéaux communs aient une expression unie ».
A la lumière des développements réels d'après-guerre. il n'est pas difficile de distinguer le type d' « ordre nouveau » que Roosevelt envisageait. Ce n'était rien de plus que le vieil ordre capitaliste décrépit, ressuscité par les Gouvernements Militaires Alliés et soutenu par les baïonnettes alliées. Le « but commun » et les « idéaux communs » n'étaient rien d'autre que l'endiguement des courants socialistes révolutionnaires surgissant en Europe, le frustrage de la volonté populaire d'un changement social, le sauvetage d'un système social épuisé prêt à être jeté sur le tas d'immondices de l'histoire. C'était avant tout pour cela que l'impérirlisme américain et le Vatican s'étaient donné la main.
Le Vatican rendit son premier service important dans le sauvetage du capitalisme européen en déclin quand, en 1943, lors de l'effondrement du fascisme italien, le Pape usa de foute son influence pour prévenir toute aufion révolutionnaire des masses italiennes. On pouvait entendre les grondements de l'orage qui approchait quelque temps avant que le fascisme ne s'effondrat réellement. Le Pape, tout d'abord, tenta de sauver le réginie chancelant de Mussolini. En juin 1913, il délivra un message dans lequel il déclarait que l'Eglise,
« tout en affirmant et en défendant courageusement les droits de la classe ouvrière. avait eu à donner des avertissements pour qu'on ne se laisse pas tromper par le mirage de théories spécieuses et funestes et par des visions de bien-être futur et contre les appâts et les séductions trompeuses de faux prophètes de prospérité 80ciale. De tels prophètes voudraient nous faire croire que le salut doit venir d'une révolution... Le salut et la justice ne peuvent être trouvés dans une révolution mais dans une évolution par la concorde. Nous avons besoin d'un esprit de vraie concorde et de fraternité animant tout le monde, supérieurs et sujets, employeurs et ouvriers...»
A la fin de 1943, apres la chute du fascisme, le Pape, dans son message annuel de Noël, se livra à une attaque directe contre le socialisme et une défense non moins directe du système propriété privée capitaliste. • L'Eglise, dit-il, condamne les diverses formes de socialisme marxiste parce qu'il est de son devoir et de son droit permanent de préserver les hodmes des courants de pensée et d'influence qui compromettent leur saiut éternel. » Avee l'effondrement du régime de Mussolini, le Vatican employa tous ses pouvoirs d'exhortation et ses menaces bien connues de damnation éternelle pour empêcher les ouvriers et les paysans italiens de renverser le capitalisme.
Dans la fermentation politique qui se développa en Europe avec la défaitmilitaire de l'Axe, le Vatican travnilla ferme à canaliser Taction révoluticnnaire et à détourner les masses de la voie du socialisme Dans celle œuvre, il collabora étroitement avec les Alliés vainqueurs On put voir sa main partout en Italie, en France, en Pologne en Belgique, en Hollande, en Espagne et. dans d'autres pays. L'intervention catholique en politique, dans la luie des classes, fut la plus marquante en
Ilalie et en France. les centres de développement. révolutionnaire. Un exemple frappant en fut la position contre les partis de gauche prise publiquement par le Vatican et l'Eglise cafholique aux élections du 2 juin de cette année dans ces pays.
Dans un message radiodiffusé du
Vatican. le 1er juin à la veille des élections. le Pane invita les électeurs a écarter les candidats staliniens et socialistes comme des « destructeurs de la civilisation chrétienne » et à voter pour les candidats réactionnaires de droite. L'influence du Vatican s'exerça principalement par les démocratos chréliens en Ilalie et par le M. R. P. en France. Ces deux partis furent créés après la guerre et sont l'expression organisée de la réaction cléricalo-capitaliste. Aux élections italiennes, les électeurs furent également appelés à se prononcer pour ou contre le maintien de la monarchie italienne. Dans une dépêche de Rome à l' « Economist », de Londres. voici comment on décrit la manière de l'Eglise pour tenter de persuader les masses de ne pas voter contre la monarchie :
Il y eut des prêtres... qui, sur une grande partie du territoire, s'efforcérent de persuader leurs ouailles affamées que, si l'on votait pour la République, l'UNRRA ne livrerait plus rien et que les Alliés interviendraient même par la force. En outre, le clergé ne manqua aucune occasion pour déclarer que, voter pour la République, c'était voter contre la chrétienté et affronter les tourments de l'enfer, tandis que les évêques d'Ombrie et des Abruzzes publièrent un manifeste qui était plus on moins une interdiction de voter communiste, socialiste ou même libéral (« Economist», 22 juin 1946).
L'intervention ecclésiastique ne servit de rien pour sauver la monarchie ilalienne, mais elle servit beaucoup pour augmenter le vote des démocrates-chrétiens, parti dirigeant de la réaction, qui devint le plus fort parti dans l'Assemblée constituante. De même en France, le M. R. P., parti dirigeant de la réaction, sortit des élections (du 2 juin) comme le plus fort parti politique. En France tout comme en Italie, I' « Economist » britannique nous rapporte que « les catholiques firent campagne aux élections en premier lieu comme anticommunistes, et ils ont maintenant derrière eux : la foule informe et en parlie réactionnaire que le cri de l'anticommunisme rallie habituellement ». Tandis que le Pape dénonce à l'occasion le totalitarisme au profit
Usa clientèle démocratique (quoiqu'après la chute du fascime et du nazisme). le Vatican maintient les relalions les plus étroites et les plus cordiales avec le fascisme espagnol à travers le régime Franco en Espagne.
Son objectif dominant est de décapiter la révolution et de sauver le capitalisme. Après les élections de juin en Italie et en France, l' « Economist » nota a l'apparition d'un lâche bloc catholique occidental avee un pôle libéral — les Républicains populaires - et un pôle autoritaine — le régime Franco en Espagne ». Le ca-
IV INTERN ractère de ce bloc et son objet sont manifestes : rallier et unifier toutes les forces de la réaction capitaliste pour combaltre le flux révolutionnaire et agir comme pointe idéologique de la campagne pour une guerre contre l'Union soviétique. Dans un article provenant de Paris, qui parut dans « The Nation » du 29 juin, J. Alvarez del Vayo en dessina le rôle politique et le mode opératoire :
« L'Eglise catholique est ainsi retournée à la lutte politique, avec la même agressivité qu'elle déploya au siècle dernier, en 1830, en 1848 et en 1871, lorsque la cause du Pape-roi était confondue avec celle des autres souverains d'Europe qui voyaient leurs trônes en danger. Au premier signe d'une alinéation réelle entre Pouest et l'est (il s'agit des relations entre les puissances impérialistes et P'U.E.S.S. - N. de P'A.), le Vatican a ressuseité lidée d'un bloc catholique occidental... Maintenant, pour l'instant du moins, le plan a , été limité à l'Europe. Mais ceci ne limite nullement l'ambitieux but final.. Avec le temps, le bloo catholique occidental révèlera son véritable caractère, Mais, pour l'instant, I continuera à parier de démocratie et des quatre libertés... En Europe orientale où il s'agit de combattre les Russes sur leur propre terrain, l'action directe est justifiée. Mais pas à l'ouest. Les démocrates-chrétiens en Italie doivent continuer à afficher l'emblème de la croix et le mot d'ordre de Liberté... Le M.R.P. doit continuer en France sous la direction d'un Maurice Schumann et d'un Georges Bidault.. Le parti catholique en Hollande doit conserver son aile gauche.. Les sociaux-chrétiens en Belgique doivent continuer à donner l'apparence de soutenir un standard plus élevé pour les ouvriers. C'est cette trompeuse politique double, à la base de toute sa stratégie actuelle, qui rend le bioc catholique occidental si dangereux. »
L'orientation américaire
La construction du bloc catholique occidental concorde avec la réorientatien profonde de la politique du Vatican, americain, qui commença en 1939 avec en direction de l'hémisphère rétablissement de relations officielles entre le Vatican et l'impérialisme américain. Cette orientation est dirigée spécialement vers les trente millions de catholiques aux Etats-Unis et au Canada et vers plusieurs autres miltions en Amérique latine. La désintégration du capitalisme européen, l'état d'esprit révolutionnaire et anti-
ATIONALE 17 capitaliste des ouvriers européens, combinés à l'occupation de toute l'Europe orientale par l'Armée rouge, amenèrent le Vatican à conclure que l'Europe avait perdu sa position prédominante dans le monde. Le catholicisme romain se mit à l'œuvre pour se créer une nouvelle base mondiale. Le point culminant de cette réorientation fut le Consistoire, tenu dans la cité du Vatican en février dernier, et dans lequel le Pape créa 32 nouveaux cardinaux. De ce nombre, il y en eut onze pour les Amériques, dont qualre pour les Etats-Unis. Quel sens cette mesure avait-elle?
Organisée hiérarchiquement, l'Eglise catholique forme une pyramide dont la large base est constituée par la masse des laïques et le bas clergé. De là elle s'élève graduellement par des ordres plus élevés vers le Sacré College des Cardinaux. Au sommet se trouve le Pape, le Suprême Pontife lui-même. Le Sacré Collège des Cardinaux - coniposé des Princes l'Eglise, comme on les appelle parfois - est à la fois le Cabinet de l'Elat du Vatican et le Comité exéculif inlernational du catholicisme en tant que mouvement mondial. Le nombre des membres du Sacré Collège était lombé à 37. La nomination de 32 nouveaux cardinaux le porta à 69, un de moins que le chiffre constitutionnel maximum.
En nommant d'un seul coup 32 cardinaux, le Pape fil un pas sans précédent dans l'histoire catholique. Son objet élait double: fortifier le bras exécutif de l'Eglise de façon à ce qu'il puisse fonctionner plus amplement et plus efficacement ; el accentuer l'orientation américaine du Valican. Décrivant la cérémonie dans laquelle les nouveaux cardinaux furent élevés, comme une « mobilisation du calholicisme mondial contre le communisme », Herbert L. Malthews, correspondant romain du New York Times, écrivit:
« Vous avez ici deux grandes forces alignées l'une contre l'autre et le Consisto re de cette semaine était le symbole visible le plus frappant de l'opposition que l'on a vue denuis que la « Manifeste Communiste » amena le Pape, Pie IX, à prononcer sa première condamnation du Marxisme.
« Rappelez-vous qu'il ne reste qu'une seule grande force totalitaire dans le monde aujourd'hui (l'auteur se réfère à l'Union soviétique). C'est la guerre et la guerre ouverte, et ce Consistoire est une mobilisation formelle pour la guerre. (23 février 1946.) »
Ce n'est pas simplement l'interprétation par un correspondant de la signfication de la cérémonie médiévale du Vatican. Son objectif politique élait implicitement contenu dans tout le cours antérieur de la politique du Vatican. Le Pape lui-même le rendit explicite dans son message pendant la cérémonie où il présenta les chapeaux écarlates aux nouveaux Princes de l'Eglise, A maintes reprises, il mentionna • le « caractère supra-national de l'Eglise et son unité mondiale ». l'associant à une attaque contre « l'impérialisme moderne ». En exemplant spécifiquement l'Empire britannique de ses critiques, le Pape montra avee beaucoup de clarté que « l'impérialisme » qu'il attaquait était l'expansionnisme du Kremlin. I rendit aussi explicite le rôle réactionnaire de l'Eglise catholique comme pilier du capitalisme dans la fin de son message, quand il dit:
« Vénérables frères, l'Eglise fournit le plus grand soutien de la société humaine. Chaque jour, de là où le soleil se lève jusque là où il se couche, une pure conception s'élève, sans distinction de race ou de nation... Nous-mêmes sommes la fondation stable de la société. »
Ce n'est pas par hasard, qu'après la cérémonie. les nouveaux cardinaux parmi lesquels le cardinal Francis J. Spellman de New-York - furent fetes, à un banquet somplueux, par personne d'autre que l'ambassadeur du général Franco auprès du Vatican.
Tout en poursuivant sa nouvelle orientation occidentale, le Vatican observa que les choses commençaient à s'améliorer en Europe pour les forces de réaction. La politique traitresse et flageolante de front populaire des staliniens sociaux-démocrates, ayant détourné les masses de la voie révolutionnaire, permit à la réaction capilaliste de regrouper ses rangs et de consolider ses forces, Le triomphe électoral du Labour Party britannique semblait de mauvais augune, mais les lieutenants travaillistes du capitalisme britannique montrèrent bientôt clairement qu'ils n'avaient pas l'intention de changer Tordre social. En outre, ils continuèrent la politique de soutien monarchies européennes prouvèrent qu'ils n'avaient pas l'intention de faire quoi que ce soit pour hâter la chute de Franco. L'Europe pouvait encore être sauvée pour la « civilisation chrétienne » par un soutien intensif et conséquent des régimes capitalistes d'après-guerre et par la construction d'un mur contre l'expansionisme stalinien. D'où la vi-
ATIONALE goureuse intervention du Vatican dans les élections européennes et la polllique du bloc catholique occidental.
Des critiques libéraux du Vatican accusèrent le Pape de violer les enseignements et l'éthique chrétiens en soutenant les régimes fascistes. Ils souliguèrent également les innombrables inconsistances superficielles du Vatican en politique. Par can exemple, on se servit beaucoup du fait que, pendant la guerre, le Pape recevait des soldats italiens, leur donnait sa bénédiction et leur enjoignait de combattre bravement et, si besoin était, de donner leur vie pour la patrie fasciste quand la guerre lut terminée et que des troupes d'occupation américaines furent reçues par le même Pape, elles furent louées pour avoir « libéré » l'Italie de ce même régime fasciste pour lequel les soldats italiens avaient été invités à donner leur vie. Ce que des brouillons libéraux ne parviennent pas à comprendre, c'est que, dans les questions temporelles ,c'est-à-dire en politique, le Vatican ne suit pas d'abstraits principes moraux. Le Pape soutient la monarchie dans un pays, la République dans un autre: le fascisme aujourd'hui. la « démocratie » demain. Aujourd'hui, le Vatican peut proclnmer son opposition au totalifarisme. maintenant que Mussolini et Hitler ne sont plus et qu'il est nécessaire de s'entendre avee les vainqueurs « démocratiques » de l'Europe. Mais cela n'empêche pas le Vatican de maintenir des relations étroites et amicales avec l'Espagne fasciste et de louer en Franco un valeureux défenseur de la Chréfienté. L'Eglise catholique n'a qu'un critère pour déterminer sa politique et choisir ses alliés: la préservation du capitalisme et lattitude d'un blat donné envers l'Eglise, ses intérêts et ses propriétés.
Participation active dans la lutte des classes
Les ăctivités « spirituelles » de l'Eglise catholique sont la couverture sous laquelle elle mène les batailles de la bourgeoisie, à laquelle son propre sort et son propre avenir sont étroitement liés. Elle est devenue un participant actif dans la lutte des classes. employant son autorité parmi les fidèles pour diviser les rangs des ouvriers. Elle dresse l'ouvrier catholique contre l'ouvrier protestant ou juif.
Elle soumet les fidèles parmi les ouvriers à une terreur idéologique, par un conflit entre la dévotion à l'Eglisé et leurs pressants et vitaux besoins de
IV® INTERN classe. Un exemple en fut donné dans la résurrection, au cours des élections italiennes et françaises (de juin 1946), de l'encyclique papale de 1931 Quadragesimo Anno qui contient l'avertissement: « On ne peut pas être en même temps un bon catholique et un vrai socialiste ». Un exemple encore plus frappant fut le discours du Pape radiodiffusé au monde dans la première semaine de septembre 1944, au moment où il semblait que le capitalisme italien allait être englouti par la révolution socialiste. Exprimant la terreur des dirigeants criminels de l'Europe et leurs alliés impérialistes « démocratiques », le Pape lit un appel frénétique aux ouvriers pour qu'ils respectent le système de propriété capitaliste privée, les pressant de ne pas recourir à la « subversion et à la violence » pour mettre fin à un régime social usé qui était la cause de toutes leurs misères. Il déclara que:
« ..tout ordre économique et social légitime doit reposer sur la fondation indiscutable du droit à la propriéte privée. L'Eglise a toujours reconnu le droit naturel à la propriété.. La conscience chrétienne ne peut admettre comme juste un ordre social qui nie le principe ou qui rend impossible ou inutile en pratique le droit naturel à la propriété des marchandises et des moyens de production. »
L'autorité de la plus puissante Eglise sur terre est ainsi invoquée pour sauver le capitalisme mourant. Ce svstème social, pourri avec ses guerres inouies et sa misère sociale chronique, est représenté comme la volonté divine el reçoit l'autorité de la sanction divine. Malheur à ceux qui raillent la volonté du Toul-puissant! Ils se condamnent à la perdition éternelle!
L'Eglise catholique alimente même les sources empoisonnées du chauvinisme racial dans ses efforts pour diviser les peuples et pour dévier ses fidèles de la voie de l'action révolutionnaire. Les ouvriers américains connaissent la propagande antisémite du Père Coughlin. Ses explosions obscènes ne sont nullement l'aberration d'un prêtre isolé. La source de l'antisémitisme catholique est au Vatican lui-même. En 1936, la Civilta Cattolica, éditée à Rome par des Jésuites suites avec un directeur nomme par avec un directeur nommé par le Pape lui-même, publia une série d'articles sur la question juive. Dans l'un d'eux nous trouvons ceci:
« On trouve deux faits apparemment contradictoires parmi les Juifs éparpillés dans le monde moderne: leur contrôle de l'argent et leur prépon-
ATIONALE 19 dérance dans le socialisme et dans le communisme. » (3 octobre 1936.)
La conclusion que les scribes jésuites tirèrent de cette observation était exactement identique aux délires antisémites d'un Hitler ou d'un Goebbels. C'est que les Juifs - pas tous, mais nombre d'entre eux « constituent un danger sérieux et permanent pour la société ».
Dans sa peur frénétique de la révolution, le Vatican s'est récemment senti contraint d'attaquer certaines faibles mesures de réforme instaurées par la classe dirigeante. Cherchant à trouver des palliatifs aux troubles sociaux et. en même temps, à sauver l'économie capitaliste faillie, la bourgeoisie a recours, en Europe, à une nationalisation partielle de l'industrie (Angleterre, France, Belgique, Autriche, etc.). Le Vatican voit un danger dans ces mesures, car elles tendent à détruire la notion du caractère sacré de la propriété privée. En juillet de celte année, le Pape a publiquement altaqué les nationalisations et s'est prononcé en faveur d'un type d'organisation économique élaboré par Mussolini, les « corporations ». Il n'y a pas de doute, déclara-t-il, que « dans les conditions présentes une forme corporative de vie sociale et particulièrement de vie économique favorise pratiquement la doctrine chrétienne concernant la communauté - individuelle, le travail et la propriété privée ».
Comme le lecteur l'aura remarque, les références à la propriété privée se retrouvent tout au long des déclarations politiques récentes du Vatican. Le souci papal envers la propriéte privée s'élève, on pourrait dire, à une obsession. Nous pourrions apporter encore nlus de témoignages sur ce point. Nous n'avons, en fait, utilisé qu'une petite fraction du matériel disponible. Mais même cela établit sans aucun doute notre thèse que l'Eglise catholique romaine est devenue ta source idéologique et un des principaux centres d'organisation de la réaction mondiale. Le drapeau noir de la contre-révolution flotte sur le Vatican qui est devenu le symbole et le centre de toutes les forces obscures qui s'efforcent d'empêcher la naissance de la société socialiste. Lorsque Trotsky décrivit le Vatican comme « le quartier général de réaction », il rité qui est évidente en
'obscurantisme et de la formula une simple védevenue de plus en plus ce nouveau stade de la bataille pour le progrès humain.
(Paru dans « Fourth International », octobre 1946.)