Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

La revue › numéro d’août-septembre

Résolutions adoptées par le Comité Exécutif International

Quatrième Internationale, numéro d’août-septembre · août-septembre 1946 · p. 49-56 · 4 967 mots

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I. Au sujet des territoires occupés

Une année après la fin de la seconde guerre mondiale, la Conférence des Quatre à Paris en mai 1946, a clairement montré à nouveau l'impossibilité pour les vainqueurs de cette guerre d'établir une paix stable et de permettre à l'Europe de se relever de ses ruines, de progresser et de vivre librement.

La complexité des antagonismes entre les intérêts des impérialistes américains et anglais et les intérêts de la bureaucratie soviétique et l'opposition de ces intérêts aux besoins élémentaires des masses sont tels que les vainqueurs craignent une discussion publique devant l'opinion mondiale et préfèrent se livrer dans le plus grand secret à des marchandages sordides qui se font arbitrairement et cyniquement sur le sort de millions d'hommes dans l'Europe rui née et dans les pays coloniaux opprimés.

La Conférence de Paris n'a pu régler aucune des questions principales relatives aux traités de paix avec l'Italie et les autres pays satellites, ni surtout les questions essentielles de l'Autriche et de l'Allemagne ; son échec vient d'entraîner la rupture des accords de Postdam conclus entre la défaite de l'Allemagne et celle du Japon. Plus que jamais, la division en zones de l'Allemagne et de l'Autriche entraine des résultats désastreux pour les travailleurs de toute l'Europe.

A la Conférence de Paris, pour la première fois, la diplomatie américaine a pris fermement l'offensive contre la diplomatie soviétique et s'est déclarée prête à en appeler devant I'O.N.U.

Si les serviteurs de l'impérialisme américain ont pu se poser une fois encore en champions de la paix, du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes, ete., en dépit de leur politique de rapine en Europe et en Extrême-Orient, c'est parce que l'on a pu voir les porte-parole de la bureaucratie soviétique non seulement s'abstenir de prendre position même platoniquement pour le droit de libre disposition des peuples, mais au contraire devenir les défenseurs « réalistes » des réparations, des annexions, de l'occupation militaire de l'Europe, et de la tutelle impérialiste sur les peuples coloniaux et proposer des troes entre les prétentions des diverses puissances aux dépens des vaincus. Si les champions de Wall-Street ont pu agiter la menace d'un appel à I'O.N.U., c'est parce que la bureaucratie soviétique est

IV® INTER pratiquement incapable de gagner à sa cause, comme le fit la politique extérieure de la Révolution d'Octobre, la sympathie des masses opprimées des pays impérialistes et les petites nations victimes des grands impérialismes.

Dans cette période de tension où sont mis au point les compromis consécutifs à la récente guerre mondiale, l'occupation militaire de zõnes d'influence en Europe et dans le monde sert aux impérialismes et à la bureaucratie soviélique comme gage dans leur politique actuelle d'épreuve de force. Cependant, les effets réactionnaires de cette occupation deviennent de plus en plus évidents.

Les pays militairement occupés déJa ruinés par la guerre, s'épuisent encore plus sous les charges de l'occupation et la main-mise étrangère sur leurs ressources et leur économie ; en même temps le libre développement du mouvement des masses est entravé aussi bien par l'appareil militaire réactionnaires des impérialistes que par la bureaucratie soviétique.

La prolongation de l'occupation militaire signifie en conséquence l'accentuation de la décomposition économique de l'Europe et des pays coloniaux et l'étranglement de leur mouvement ré• volutionnaire.

En outre, la prolongation de l'occupation militaire entraîne dans les pays tion militaire entraine dans vainqueurs eux-mêmes, le maintien d'un lourd et coûteux appareil militaire et permet la constitution et la sélection de cadres et de troupes destinés à être employés, le cas échéant, contre les travailleurs de ces pays eux-mêmes.

Le maintien de forces militaires considérables, l'occupation de territoires en Europe et dans le monde et la détention de millions de travailleurs allemands et japonais comme prisonniers de guerre utilisés comme une main-d'œuvre à très bon marché, sont la continuation directe de la guerre. Par suite, • la continuation de la lutte que la IV• Internationale et ses sections menèrent, au cours des hostilités, pour la désagrégation des forces armées du capital, pour la traternisation des travailleurs de tous les pays, « alliés » ou « ennemis », en uniforme ou sans uniforme, doit trouver son expression dans une lutte contre le maintien des appareils militaires, contre l'occupation militaire, pour la libération de tous les prisonniers de guerre et pour la solidarité internatio nale du prolétariat.

Dans cette lutte, la IV• Internationale dénonce tout prétexte qui sert à couvrir cette politique réactionnaire des impérialistes et de la bureaucratie sovié-

NATIONALE tique. Face aux machinations de leur diplomatie secrète, elle oppose le mot d'ordre : Droit des peuples de l'Europe et des pays coloniaux à disposer d'euxmêmes.

La IV• Internationale exige le retrait de toutes les armées étrangères, y compris de l'Armée Rouge, de tous les territoires occupés ; elle s'élève contre les annexions, les réparations, les transferts forcés des populations et le maintien de millions de travailleurs allemands et japonais au régime des prisonniers de guerre, tant de la part de l'impérialisme que de la part de la bureaucratie soviétique. La IV• Internationale ne reconnait d'autres frontières que celles tracées par la culture et les sympathies librement exprimées des populations.

A l'impasse dans laquelle a conduit la politique des impérialistes et de la bureaucratie staliniste, à la banqueroute des Conférences de « Paix » et de l'O. N.U., et à la menace de la troisième guerre mondiale, la IV• Internationale oppose la lutte révolutionnaire des masses exploitées de tous les pays, pour le triomphe de la Révolution Socialiste Mondiale et pour la Fédération des Etats-Unis Socialistes Soviétiques d'Europe et du Monde.

En demandant l'évacuation par lArmée Rouge des territoires occupés par celle-ci, la IV• Internationale n'abandonne en aucune façon son mot d'ordre de défense inconditionnée de TU.R.S.S. La IV• Internationale est également pour la défense des mesures économiques progressives qui ont été réalisées dans les territoires occupés par l'Armée Rouge. Mais la défense de l'économie étatique planifiée de l'UR.S.S. tout comme celle des réformes progressives accomplies en Europe orientale, ne peut pas etre assurée par des moyens purement militaires, et surtout pas par l'occupation de territoires dans un but stratégique. La véritable défense repose avant tout sur la libre activité révolutionnaire des masses qui doit as-• surer la victoire totale de la révolution prolétarienne. Les masses des pays actuellement occupés doivent se sentir absolument libres, sans aucune contrainte de disposer d'elles-mêmes. L'occupation de ces pays par l'Armée Rouge, les fardeaux qu'on leur impose, leur traitement en pays vaincus, ne peuvent que nuire aux intérêts fondamentaux de la révolution socialiste mondiale, et compromettra dangereusement au sein de leurs masses la défense de l'U.R.S.S. contre les attaques de l'Impérialisme. Les exemples sont déjà nombreux en ce sens (élections en Hongrie, en Autriche, en Allemagne).

Par conséquent, la défense inconditionnelle de lU.R.S.S. ne peut entrainer dans la zone occupée par l'Armée Rouge aucune politique de soutien, même provisoire ou passager de telle ou telle clique ou organisation bourgeoise ou petite bourgeoise qui mise sur la bureaucratle, face aux parlis bourgeois ou petits-bourgeois qui misent sur l'impérialisme. Elle ne peut se traduire que dans une poursuite énergique de la lutte de classe sans compromis du prolétariat contre sa propre bourgeoisie. Voilà pourquoi le mot d'ordre du « Départ immédiat des troupes d'occupation » et une campagne énergique contre les méthodes barbares de la bureaucratie sont seuls capables de rendre dans ces pays une valeur à la politique de défense de I'U.R.S.S. en indiquant clairement que la défense de l'U.R.S.S. n'excuse en rien les crimes de Staline.

Mais là où surgiraient des mouvements réactionnaires qui, avec l'appui des impérialismes, tenteraient de renverser l'économie plus ou moins étati"sée et de rétablir la propriété foncière, afin de créer une base d'attaque contre l'Union Soviétique, nous nous opposerions à ces mouvements et combattrions, aux côtés de l'Armée Rouge, pour la défaite des impérialistes et de leurs agents, jusqu'à ce que les travallleurs

Il. Sur l'

1. - Les impérialistes américains et anglais qui ont mené la guerre soidisant pour « extirper le fascisme du monde » et pour la « démocratie » n'ont entrepris depuis sa fin aucune action décisive pour renverser Franco.

An contraire, ils ont fait directement ou indirectement échec à toutes les tentatives qul visaient d'une façon quelconque à mettre Franco en difficulté, ou à précipiter la chute de son régime.

Cela s'explique par leur double crainte de voir surgir un nouveau foyer révolutionnaire en Europe, et aussi de perdre une place forte dans l'encerclement diplomatique et stratégique qu'ils poursuivent de l'U.R.S.S. et de sa zone.

Pour ces raisons, ils prétextent hypocritement la non-immixtion dans les affaires intérieures de l'Espagne (au même moment où leurs armées occupent et oppriment une longue série de pays dans le monde) et ils sont décidés à maintenir aussi longtemps que pos-

ATIONALE 51 dans des pays sont capables de tare lace seuls a la contre-revolution bour geoise.

Dans l'application de cette politique générale, les sections de la IV• Internationale mettent un accent différent suivant la position de leur propre pays.

Les sections anglaise et française, ainsi que les trotskystes américains, mettent en avant le mot d'ordre d'évacuation des troupes de leur propre impérialisme de tous les pays qu'il occupe (Europe, Indes, Indonésie, etc.. pour l'Angleterre ; Europe et colonies pour la France ; Europe, Philippines, Chine, etc., pour les Etats-Unis). Les Bolcheviks léninistes de l'U.R.S.S. dénoncent la politique antiouvrière de la bureaucratie staliniste dans les pays occupés et demandent le retrait des troupes soviétiques. Par contre, les sections des pays occupés mettent l'accent surtout sur la fraternisation internationaliste et révolutionnaire avec les soldats des armées occupantes, fraternisation à laquelle est subordonnée leur campagne pour l'éloignement de ces troupes.

Dans toutes les zones d'occupation, nos militants devront défendre notre politique de manière telle qu'elle ne puisse être utilisée contre l'Union Soviétique à l'avantage des Impérialistes. Espagne sible Franco au pouvoir, tout en préparant. dans le cas où ils seraient forcés de le remplacer, une double équipe de rechange : une « monarchiste » (Don Juan) et une « démocratique » (Giral) entre lesquelles ils choisiront selon les circonstances qui caractériseront le départ éventuel de Franco. Les Partis «socialistes » quand ils ne sont pas les exécuteurs directs de cette politique comme c'est le cas des ministres travaillistes anglais, la soutiennent indirectement, faisant confiance aux intentions « démocratiques » des gouvernants de Wall Street et de Londres, et s'abstiennent de tout appel à l'action directe du prolétariat mondial.

La bureaucratie soviétique et les Partis « communistes » par contre, ont un intérêt visible à la chute immédiate de Franco et à son remplacement par un gouvernement de coalition qui leur permettrait d'y pénétrer en enlevant ainsi une des bases principales de l'encercle-

IV* INTERN ment antisoviétique des impérialismes américain et anglais.

Mais, liés par l'ensemble de leur politique de collaboration de classes, les Partis communistes sont incapables d'entraîner le prolétariat mondial dans une action directe contre. Franco et ils se contentent d'exercer une pression sur les gouvernements bourgeois, dont ils constituent souvent l'ossature, pour qu'ils « rompent avec Franco ». Seule, la IV• Internationale qui n'est liée à aucune classe possédante et à aucune caste privilégiée veut mobiliser le prolétariat mondial et l'appeler à une action systématique de solidarité avec le prolétariat espagnol.

Franco ne sera renversé que par l'action du prolétariat mondial venant au secours du prolétarlat espagnol qui continue sa lutte dans la clandestinité.

La solidarité de la classe ouvrière internationale doit se manifester par le blocus économique de l'Espagne franquiste, par le boycott par tous les marins, dockers et cheminots, de tout commerce avee Franco, par sa mobilisation aussi, immédiate et directe sous forme de grève générale de protestation contre tout nouveau crime du bourreau de la Révolution espagnole

Nos sections doivent maintenir constant Pintérêt de la classe ouvrière pour l'Espagne, propager systématiquement l'idée du blocus économique et saisir toute occasion pour proposer à toutes les organisations ouvrières le front unique en vue d'une action commune pour renverser Franco et permettre à la Révolution espagnole de reprendre son cours.

III. Sur l'unification entre le S.W. P. et le W.P.

aux Etats-Unis

Ayant discuté dans sa session de juin 1946 la question de l'Unification entre le S.W.P. et le W.P., le C.E.I, considère:

1. - Aussi désirable que l'unité soit en principe, l'unification du SWP et du WP, une organisation se réclamant des idées de la IV• Internationale, n'est pas du domaine d'un accord formel sur les principes généraux du Marxisme ; mais d'un accord sur le programme précis de l'Internationale, C'est la condition indispensable pour assurer une unité stable et pour contribuer au développement du parti révolutionnaire défendant le programme de la IV: Internationale. Des divergences fondamentales existent entre les deux organisations ainsi qu'entre le WP et la ligne de l'Internationale, qui, selon la direction du WP elle-même, sont sur toute une série de questions, des divergences programmatiques.

2. - Une discussion pour clarifier ces divergences et pour mesurer le degré d'accord qui peut exister entre les deux organisations dans les questions théoriques, politiques et d'organisation, est nécessaire, Dans cette discussion, le SWP ainsi que les organismes directeuns de l'Internationale s'efforceront de rapprocher le plus possible le WP des positions de l'Internationale.

Le S.I. publiera, dans un premier Bulletin Intérieur International, les documents du SWP et du WP fournissant leurs points de vue sur les divergences existantes et sur la question de l'unifi cation.

Dans un bulletin ultérieur, le S.I. publiera tous les documents émanant des membres des deux organisations ainsi que des membres de l'Internationale concernant la question de l'Unification.

A la lumière de cette discussion, le C.E.I. sera saisi à nouveau de la question dans la prochaine session et exprimera son opinion sur la possibilité et l'opportunité de l'unification immédiate.

Le C.E.I. considère qu'une unification sans clarification des divergences entre les deux organisations risque d'avoir comme résultat que la vie active du parti soit dirigée vers l'intérieur et particulièrement l'énergie de ses camarades dirigeants : surtout dans la période présente de radicalisation des masses, une telle unification aurait des conséquences néfastes pour l'organisation unifiée et rendrait l'organisation incapable devant les possibilités favorables qui existent de pénétrer effectivement dans les masses ouvrières et de construire un parti révolutionnaire de masses. Le C.E.I. s'opposerait fermement à toute unification qu'il considérerait pouvoir mener à de tels résultats

3. - Un climat différent de celui qui existe actuellement doit être créé excluant les mancuvres ou même les apparences de manœuvres. La majorité du SWP et la direction de l'Internationale continueront à assurer le caractère démocratique de la discussion et les droits des minorités. La minorité du SWP ayant déjà à plusieurs reprises violé la discipline du Parti, dolt s'abstenir de persévérer dans cette voie qui fausse complètement la solution de la question de l'unification.

D'autre part, la direction du WP, aussi longtemps qu'elle continuera à doubler sa campagne pour l'unification, d'une incitation à la scission dans le SWP et d'agir de la manière décrite dans les lettres de Schachtman à Goldman, pourra difficilement convaincre les militants du SWP et de l'Internationale d'une véritable volonté unitaire de sa part.

4. - Le C.E.I. condamne l'attitude adoptée par les camarades Goldman, Williams et autres qui ont quitté le SWP et les rangs de l'Internationale pour se joindre au WP et considère que l'imitation de leur attitude par d'autres membres de la minorité compliquerait un développement favorable de la question de l'unification.

IV. Sur le referendum en France

Le Comité Exécutif International condamne le vote « oui » adopté par une majorité du Comité Central du P.C.I., comme une déviation typiquement opportuniste.

Le referendum du 5 mai n'impliquait pas un choix forcé entre deux formes, l'une plus réactionnaire, l'autre moins réactionnaire, de l'Etat bourgeois ;il ne s'agissait pas d'un choix entre une monarchie bourgeoise et une république bourgeoise ou entre un Parlement à deux Chambres et une Assemblée unique ; le référendum du 5 mai comportait sans plus, l'acceptation ou le refus d'une Constitution bourgeoise.

Le Parti révolutionnaire utilise la période d'agitation autour de la question constitutionnelle pour mettre en avant des revendications démocratiques et transitoires, et soutient les dispositions les plus démocratiques contre les propositions plus réactionnaires, Mais ceci n'implique jamais l'acceptation de l'ensemble d'une Constitution bourgeoise, si démocratique fut-elle. Dans le cas en question, il n'y avait pas à choisir entre diverses dispositions constitutionnelles, mais il n'y avait qu'à adopter ou repousser la Constitution dans son ensemble.

Voter « Oul » signifiait, qu'on le veuille ou non, consacrer Etat bourgeois, la propriété capitaliste, la défense nationale, l'oppression coloniale. Ce n'est pas une question de tactique, mais une question de principe de rester dans toutes les circonstances hostiles à une constitution bourgeoise, quelle qu'elle soit. Aucune raison de tactique ne pouvait justifier un abandon de cette position de principe envers l'Etat bourgeois.

Les raisons tactiques invoquées pour abandonner les principes se sont avérées, comme c'est toujours le cas en l'occurrence, en contradiction avec une juste analyse des réels rapports de forces entre classes. Le « oui » fut justifié par l'existence d'une « offensive de la bourgeoisie », tout au moins d'un « regroupement en vue d'une offensive », par la volonté de la bourgeoisie de faire du referendum une « épreuve de force, enfin par la nécessité d'opposer dans ces conditions, un « front unique » de la classe ouvrière.

Or, en France, comme dans toute l'Europe, la bourgeoisie loin de passer à l'offensive ne songe encore qu'à trouver les moyens d'endiguer ou d'étaler la poussée des masses. Pour toute la presse capitaliste mondiale, le referendum du 5 mai et les élections du 2 juin ont apporté la satisfaction., de ne pas voir se poursuivre pour le moment la montée du Parti Communiste.

La notion de « regroupement › de la bourgeoisie, sous la forme vagde où elle fut employée pour justifier le « oui », apporte seulement de la confusion. La bourgeoisie n'a certes pas l'intention de disparaître sans combattre ; depuis l'effondrement du régime de Vichy et de ses formations de combat, la bourgeoisie française n'a fait que chercher ≥ * regrouper » ses forces, mais elle n'a encore pu reconstituer rien de solide et le rejet de la Constitution le 5 mai, ne l'a en rien aidée En retirant une trentaine de listes du P.R.L au profit du M.R.P., à la veille des élections Ju 2 juin, le capitalisme français a montré que, dans ses essais de regroupement, il procède encore avec beaucoup plus de prudence et d'hésitation qu'avec un esprit offensif.

L'argument relatif à « l'épreuve de force > n'avait aucune justification avant le référendum ; il avait pour base à la fois la substitution des rapports parlementaires entre partis aux véritables rapports de force entre classes et l'assimilation erronée de la classe ouvrière aux grands partis qui la trahissent. Mais cet argument s'effondre littéralement après coup. Ni le référendum du 5 mai ni les élections du 2 juin où le M.R.P. a emporté des succès électoraux, n'ont entraîné de coup de barre à droite de la bourgeoisie sur un terrain quelconque. Au contraire, celle-ci craint de voir le Parti Communiste passer dans l'opposition. En réalité, cette soi-disant « épreuve de force » de laquelle le prolétariat serait sorti vaincu est suivie par un tournant à gauche

IV° INTER du Parti Communiste et de la C.G.T. sur la question des salaires, tournant opére il est vrai, à la veille des élections, mais pour prévenir la profonde volonté de combat des masses qui n'ont pas vu, dans une accumulation de bulletins de vote, une défaite de leur classe. • L'idée d'un « front unique » électoral est en contradiction avec tout l'enseignement de Lénine et de Trotsky sur le front unique : marcher séparément, frapper ensemble. Le véritable front unique, c'est-à-dire un accord pour une entente réelle en vue d'un objectif précis, 'ne peut pas prendre la forme d'un vote commun avec les partis réformistes pour une Constitution bourgeoise, en vue de « barrer la route à la réaction ». Sous le nom de front unique se manifeste, ainsi, le plus vulgaire opportunisme électoral.

Lorsque le parti révolutionnaire appelle à voter pour les candidats des partis ouvriers, il ne procède à aucun front unique ; il agit ainsi pour éliminer des obstacles sur la voie du développement politique de la classe ouvrière, mais ne prend aucune responsabilité pour. le programme des candidats et partis pour lesquels il appelle à voter. La décision de voter « oui » entravait le développement politique des travailleurs en faisant avaliser par le parti révolutionnaiTe le programme de la collaboration de classe, du tripartisme, qui a trouvé son expression la plus complète dans la Constitution.

Lorsque nous défendons les mots d'ordre de : « Gouvernement ouvrier et paysan » de « Gouvernement P.S.-P.C.C.G.T. » , de « Labour to power », nous ne le faisons pas sur le programme défendu par ces partis, mais au contraire, nous le faisons pour que les masses forcent ces partis à appliquer le programme des travailleurs. Dans le cas du ré férendum, il s'agissait en votant « oui › de plebisciter la plateforme du tripartisme contre laquelle il faut précisément mobiliser les masses au nom du Gouvernement P.S.-P.C.-C.G.T.

Le référendum du 5 mai était avant tout une manœuvre électorale de la bourgeoisie, en particulier de son principal parti à l'heure actuelle, le M.R.P Cette manœuvre visait les objectifs suivants:

a) Rejeter sur les seuls partis ouvriers la responsabilité des résultats désastreux de la politique tripartite dont la constitution était le couronnement ; b) Effrayer les partis ouvriers en les laissant seuls avec la classe ouvrière, sur un plan sans danger pour la bourgeoisie, et les forcer ainsi à faire preuve de plus d'opportunisme ; c) Faire peser sur l'Assemblée élue

NATIONALE le 2 juin l'hypothèque du vote au réfé-. rendum et obtenir des concessions des élus socialistes et staliniens ; défendre sur sa droite contre le P.R.L. d) Accessoirement, pour le M.R.P se

Le résultat du référendum du 5 mai a été un échec des partis ouvriers et non un échec de la classe ouvrière.

Les parlis socialiste et staliniste, en criant à l'offensive de la réaction et en appelant les travailleurs à y répondre avec des bulletins de vote, sont restés fidèles à leur nature opportuniste. La décision de la majorité du Comité Central du P.C.I. de voter « oui » sous prétexte de ne pas se couper des masses, a été l'expression de la crainte de se délimiter nettement des grands partis, notamment du parti stalinien, et n'a été qu'une adaptation à l'opportunisme de ces partis. La politique de ces partis tend à renforcer les illusions parlementaires dans les masses. Le vote « ou » pour la Constitution décidé par le Comité Central, malgré les déclarations destinées à expliquer que c'était un oui qui voulait dire non à toutes les dispositions de celle-ci, a contribué à nourrir les illusions parlementaires.

Les élections du 2 juin ont pertinemment montré que le succès remporté par le P.C.I. fut certainement limité par la crainte de bien des sympathisants de « perdre des voix «, de « faire ainsi le jeu de la réaction », ce qui les a conduit a voter pour le parti stalinien.

Le Comité Exécutif International appelle tous les membres de la IV• Internationale à étudier la question du référendum en France et à en assimiler les leçons. D'une part, les multiples élections au cours de ces derniers mois, dans le pays où les processus politiques exerceront la plus grande influence en urope Occidentale, permettront de suivre ceux-ci avec une précision et une minutie extrême.

D'autre part, sur un épisode du développement de la situation en France, s'est révélé le danger devant lequel peut se trouver placée une de nos sections dans son passage de cercle propagandiste à un parti qui s'enracine dans les masses : les résultats acquis par un opiniâtre travail de défrichement avec le programme révolutionnaire ne peuvent être conservés et accrus par des tactiques ou des manœuvres en contradiction avec ce programme. Les années de lutte des bolcheviks-léninistes de France avant et pendant la guerre et depuis la « libération », ont abouti au succès du 2 juin où 45.000 travailleurs ont . voté pour les listes du P.C.I. Ce résultat est prometteur d'un grand développement du parti révolutionnaire en France à la condition première qu'il se tienne fidèlement au programme de la IV• Inter-

IV° INTERN nationale et ne cède pas aux pressions de ceux qui sont l'expression de la pression bourgeoise dans la classe ouvrière.

L'erreur commise dans la question du référendum servira de leçon pour la IV° Internationale dans son ensemble et pour sa section française en particulier.

NOTE. — Sur la façon d'exprimer le

V. Sur la tactique du

Le Comité Exécutif International, après une première discussion de la question, pense que la tactique du R. C. P . envers le Labour Party de Grande-Bretagne devrait se baser sur les considérations suivantes:

1. Avec les élections générales de juillet 1945, la radicalisation des travailleurs anglais a fait un énorme bond en avant, ouvrant une perspective révolutionnaire pour la période à venir dans ce pays.

2. - A la différence du processus de radicalisation sur le continent européen qui s'est essentiellement exprimé par une grande croissance en influence et en puissance des partis stalinistes, ce processus en Angleterre a pris la forme d'un glissement écrasant des masses vers le Labour Party basé sur les syndicats.

3. - Dans la période précédente, le R.C.P. avait correctement mis en avant le mot d'ordre « Rompez la coalition, le Labour Party au pouvoir » comme mot d'ordre transitoire le plus immé diat pour exprimer les besoins et les désirs des masses dans leur conflit croissant avec la classe capitaliste et ses agents de collaboration de classe à la direction du Labour Party.

4. - Le mot d'ordre avait comme base la reconnaissance du fait que le sens dans lequel se tournerait un développement révolutionnaire de masse des ouvriers anglais serait en premier lieu le Labour Party. Cela entrainerait par conséquent une orientation des trotskystes anglais vers le Labour Party comme le principal champ de travail politique, afin d'intluencer ce processus une fois commencé.

5. — La tendance des développements en Angleterre, en commençant par les élections de juillet et en continuant par les élections municipales de novembre dernier, confirme la justesse d'une telle orientation et la rend plus urgente que jamais.

6. — De l'avis du C.E.I,, la tâche du R.C.P. est de diriger son attention prin-

ATIONALE 55 plus clairement notre opposition à la Constitution bourgeoise et à la politique de collaboration des classes qui Ta produite, les camarades, en accora sur l'analyse ci-dessus définie se divisèrent, les uns étant partisans de voter « non » et les autres d'inserire sur les bulletins de vote la formule : * Gouvernement Ouvrier et Paysan ». Il s'agit là d'une divergence secondaire de tactique. R. C. P. envers le L. P. cipalement vers les masses syndicalisées qui suivent le Labour Party, en visant à les aider à faire les pas qui suivent conformément à leurs aspirations révolutionnaires. Ceci signifie appliquer concrètement le programme de transition de la IV• Internationale dans les conditions d'un gouvernement ouvrfer réformiste au pouvoir, à savoir la mobilisation extra-parlementaire des masses pour la réalisation des nationalisations en cours sans indemnités; pour le contrôle ouvrier des industries nationalisées ; pour l'échelle mobile des salaires et des heures de travail, etc... Toute la propagande du R.C.P. — dans la presse, parmi les membres du Labour Party, dans les syndicats — doit être orientée de manière à poser ces revendications transitoires comme des mesures sur lesquelles le gouvernement travailliste doit agir. En meme temps, ces revendications doivent être liées a la présentation de tout notre programme révolutionnaire.

7. — Pour faciliter organisationnellement la réalisation de cette tâche, l'orientation envers le Labour Party exigerait, de l'avis du C.E.I, la concentration de la plus grande partie des forces du R.C.P. dans le Labour Party lui-même, avec pour objectif d'y construire patiemment une aile gauche organisée. La large structure de classe du Labour Party et sa victoire décisive dans les élections, ont réduit d'une part les partis de gauche en dehors de celuici à une insignifiance relative ; d'autre part, les ouvriers ont été fortifiés à cause de cela dans leur conviction que leurs aspirations peuvent et doivent être achevées par le moyen de ce Parti. Dans ces conditions, il est évident que les masses sont le plus réceptives à l'agitation révolutionnaire à l'intérieur du cadre du Labour Party et que les efforts dans ce sens menés de lextérieur comportent un danger de faillite dans la mesure où il s'agit d'une intervention active dans la vie et le développement des masses radicalisées. Mais telle est précisément la tâche des révolutionnaires en lutte contre les réfor-

Iv°

IV° INTERNATIONALE mistes, les centristes et les staliniens traitres.

8. — En conformité avec une orientation déterminée vers les masses radicalisées dans le Labour Party, le R.C.P. devrait peser les possibilités pratiques d'entrée dans ce parti. Sur cette base, il devrait déterminer le moment le plus propice et les mesures nécessaires du point de vue de la préparation de ses membres. Mais en tout cas, le R.C.P. devrait entreprendre immédiatement une campagne organisée suivant les lignes ainsi définies.

9. - L'entrée totale peut être une faillite complète si le Parti et sa direction ne sont pas fermement convaincus de sa nécessité et n'ont pas préparé un plan pour sa réalisation qui soit clair pour tous les membres L'entrée ne peut s'effectuer avec succès qu'après une discussion large et démocratique qui aboutisse à une ligne claire et à une orientation déterminée de la part de tout le parti, A cette fin, le C.E.I. propose d'aider à assurer une discussion amicale et objective, a la fois nationalement et internationalement et de revolr cette question à une session ultérieure.

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