Le premier Plenum du nouveau Comité Exécutif International, élu à la Conférence d'avril 1946 , a eu lieu entre le 15 et le 18 juin 1946.
Bien que ses travaux aient tourné surtout autour de questions relatives à la vie interne de l'Internationale, rapport sur l'activité du Secrétariat International et la discussion qui en suivil, fournirent l'occasion de faire un rapide tour d'horizon sur l'évolution de la situation mondiale depuis la Conférence Internationale d'avril dernier.
Sur le plan de la situation européenne, le C.E.I. a été unanime à signaler l'importance des élections qui ont eu lieu dans plusieurs pays européens et en particulier en France, en Italie, en Tchécoslovaquie, en Hollande et en Allemagne, ainsi que l'abolition de la monarchie en Italie.
Se penchant sur les résultats de ces élections, le C.E.I, a tiré les conclusions suivantes.
a) La radicalisation des masses populaires se manifeste sur le plan parlementaire par le nombre élevé des voix qui sont allées aux partis communistes et socialistes, et plus spécialement par le déplacement des voix des partis socialistes aux partis communistes.
En effet, ceux-ci gardent encore en général une influence parlementaire qu'ils n'avaient jamais atteinte dans le passé, ce qui constitue l'indice le plus éloquent de ce qui est spécifique à la situation que la guerre a créée par rapport à la situation du mouvement ouvrier dans les dernières années avant l'éclatement du conflit impérialiste.
La progression générale et parfois impressionnante des partis communistes, au détriment de la social-démocratie, est un phénomène caractéristique de la nouvelle situation dans laquelle l'Europe et le Monde se trouvent au lendemain de la deuxième guerre impérialiste.
C'est incontestablement un indice de radicalisation accélérée des masses, qui se polarisent même autour de l'ancien drapeau révolutionnaire des partis communistes et de l'Union Soviétique.
b) La principale formation politique de la bourgeoisie qui se dégage sur le plan parlementaire, est celle des diffé rents « M.R.P. », qui remplacent en quelque sorte l'évantail des anciens partis bourgeois du centre et de la droite.
Les succès des partis catholiques, qui sont accompagnés de la stagnation ou même du recul des formations politiques de l'extrême droite visant une mobilisation extra-parlementaire des masses, sont significatifs des possibilités et des intentions de la bourgeoisie à l'étape actuelle. Les masses petites-bourgeoises qui les soutiennent, par méflance ou par désappointement de la politique des partis ouvriers, ne se montrent pas disposées à sortir du cadre « démocratique » et « parlementaire » et à entrer en conflit ouvert avec la classe ouvrière.
La bourgeoisie est obligée de tenir compte de cet esprit de ses troupes parlementaires ; d'autre part, consciente du fail que la reconstruction de sa puissance économique gravement atteinte par la guerre est impossible sans la collaboration volontaire de la classe ouvrière, que lui garantit la politique actuelle des partis communistes, elle ne trouve elle aussi aucun intérêt à sortir de la « légitimité démocratique » et « parlementaire ».
Tout ceia naturellement changerait très différemment aussitôt que la classe ouvrière, poussée par l'aggravation de ses conditions de vie, s'engagerait dans la voie des luttes revendicatives.
Un pareil moment dans l'évolution de la situation s'approche maintenant rapidement ; plusieurs indices, tant en France qu'ailleurs, permettent de constater le commencement d'un nouveau cycle dans la lutte des classes en Eu-
IV° INTERNATIONALE rope, qui sera caractérisé par une vague de luttes revendicatives ébranlant les fondements sur lesquels la bourgeoisie espère atteindre une stabilisation relative.
Considérant la situation aux EtatsUnis, le C.E.I. a retenu le fait que la vague des luttes revendicatives n'a jamais été égalée dans le passé, et que le prolétariat américain ne manquera pas de prendre rapidement conscience de sa force, et de son opposition de classe à la bourgeoisie, à ses partis, et à ses politiciens. Les grèves grandioses du prolétariat américain se sont déroulées dans des conditions internationales et nationales telles que de réels et importants progrès ont été réalisés dans la maturation politique de la classe ouvrière qui trouvera un jour proche son xpression dans la tormation d'un part uvrier independant base sur les syn dicats.
En ce qui concerne l'évolution de la situation le Cel. constaté :
a) Une stagnation et même un recul relatif du développement révolutionnaire en Indochine et en Indonésie, dont l'expression est le compromis conclu d'une part avec l'impérialisme français, et d'autre part avec l'impérialisme anglais et hollandais.
Cela est dû d'une part au faible développement du prolétariat révolutionnaire et de son parti dans ces pays, et d'autre part à l'isolement prolongé de ces foyers révolutionnaires, au murissement inégal de la situation en Chine, aux Indes et aux métropoles, qui a empêché une aide active et directe aux forces révolutionnaires de l'Indochine et de l'Indonésie.
b) Le déplacement de l'épicentre révolutionnaire du monde colonial vers la Chine, les Indes et les pays du ProcheOrient.
En Chine on constate une reprise de la guerre civile ouverte et, ce qui est plus important, la réapparition du mouvement ouvrier chinois dans les grandes villes industrielles de la Chine, après 19 années environ d'apathie due au désastre auquel la Révolution chinoise de 1925-1927 avait été conduite par la politique menchévique du stalinisme. Les nombreuses et importantes grèves ont éclaté ces derniers mois dans plusieurs centres industriels de la Chine.
Aux Indes l'impérialisme britannique est en recul et l'effervescence qui règne à travers tout le pays est le signe avant-coureur d'une nouvelle étape de la révolution indienne.
Dans le Proche-Orient, et dans tous les pays coloniaux du bassin méditerranéen, de l'Algérie à la Palestine, en passant par l'Egypte, le mouvement national contre l'impérialisme s'accompagne des premiers réveils du mouvement social impulsé par un prolétariat encore numeriquement faible, mais dynamique, alerte, n'ayant connu ni défaites ni démoralisation par suite de la politique des partis traditionnels.
En résumé, si la situation en Europe en particulier se caractérise actuellement par un piétinement, par une prise de position des camps adverses en vue des batailles prochaines, il n'y a aucune défaite des forces ouvrières, aucune retraite importante, aucun changement fondamental dans le rapport des forces, aucune attaque ouverte de la bourgeoisie et même aucune disposition sérieuse de sa part, en vue d'une offensive immédiate.
Dans ces conditions la tâche de la IV• Internationale est de poursuivre son actívité sur la base de son programme transitoire et socialiste dans le but de rendre les masses conscientes de la façon de faire progresser leur mouvement révolutionnaire bloqué par la politique de confusion, de démoralisation, de trahison des partis « ouvriers » traditionnels.
Les travaux proprement dits du Plenum du C.E.I, ont été remplis par la discussion des questions suivantes inscrites à son ordre du jour :
a) L'activité du Secrétariat International ; b) L'unification du S.W.P. et du W.P. aux Etats-Unis :
c) L'examen critique de la position prise par la section française dans le référendum du 5 mai 1946.
d) La tactique de la section anglaise envers le Labour Party ; e) La réorganisation de la section allemande de la IV• Internationale ; f) Questions diverses.
Le C.E.I, a approuvé à l'unanimité le rapport du S.I. concernant son activité.
Sur la question de l'unification entre le S.W.P. et le W.P., la résolution adoptée par le C.E.I. insiste sur la nécessite d'une discussion préalable entre les deux organisations afin de clarifier les divergences et de vérifier le degré d'accord pouvant exister entre l'orientation défendue par le W.P. et celle définie par le S.W.P. et l'Internationale. Le C.E.I. a été unanime à condamner les
IV° INTERN scissions des camarades Goldman, Williams... ou les incitations à la scission qui ont été effectuées par la direction Schachman à propos de cette question.
Quant au referendum français, le C.E.I, a rejeté les arguments apportés par la majorité qui s'était formée au sein du comité central du P.C.I. pour répondre « oui » et a caractérisé cette déviation comme étant de nature opportuniste.
En ce qui concerne la tactique de notre section anglaise envers le Labour Party, le C.E.I., après un premier déBat, a conseillé d'orienter l'essentiel de notre travail en Angleterre en direction du Labour Party.
Un premier rapport fut présenté sur la situation actuelle en Allemagne et sur les premiers efforts réalisés en vue de réorganiser notre section allemande.
En outre, le C.E.I. a adopté l'importante résolution que nous publions qui tire les conclusions de l'échec de la première conférence des Quatre à Paris, de l'occupation militaire prolongée de l'Europe et de l'impasse dans laquelle le monde est conduit par la politique des impérialistes et de la bureaucratie soviétique.
Ayant envisagé les problèmes relatifs à la préparation du prochain congrès mondial de la IV• Internationale, C.B.I. a décidé d'en préparer la convocation pour l'année 1947, et de déclarer ouverte, dès maintenant, la discussion préparatoire à ce congrès sur la base de la résolution adoptée par la conférence d'avril 1946 et de la résolution ci-dessus mentionnée relative au retrait de toutes les troupes d'occupation.