Documents de la IVe Internationale

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La revue › nouvelle série n° 22-23-24

Le plan de Bombay

Quatrième Internationale, nouvelle série n° 22-23-24 · septembre-octobre-novembre 1945 · p. 18-22 · 3 690 mots

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C OMME tous les autres pays arriérés au point de vue industrie., l'Inde présente, pendant la guerre, une expansion industrielle sans précédent, accompagnée d'un appauvrissement et d'une disette croissante pour les masses.

Toutes les ressources mondiales sont draînées par la lutte des impérialistes pour la redistribution des zones d'influence économiques. Dans l'Inde, le tableau qui s'offre actuellement aux yeux fait penser aux débuts fébriles de l'expansion industrielle américaine. Même activité hevreuse, meme floraison de compagnies-champignons, meme emprise industrielle insouciante des conséquences au point de vue humain. La différence essentielle est la suivante: les Américains avaient eu un continent à exploiter, continent dont ils avaient chassé et exproprié la population autochtone. Dans l'Inde, au contraire, les méthodes et rapports nationaux de production sont entravés par les rapports féodaux et asiatiques. Donc, sur le théâtre hindou, de grands bouleversements sont possibles. Cette polarisation entre les masses réduites au dernier degré de la misère humaine, et la prospérité sans précédent de la bourgeoisie, conduira à de nouvelles luttes révolutionnaires des masses qui balayeront le pouvoir de l'impérialisme britannique en Orient.

Pour l'instant, cette prospérité artificielle donne l'accent de la confiance à la bourgeoisie hindoue. Aujourd'hui, ils peuvent comparer leur situation à celle de la bourgeoisie britannique et s'applaudir avec satisfaction d'avoir augmenté leurs propre force. L'Angleterre a perdu la plupart de ses valeurs converties à l'étranger et sortira de la guerre plus endettée qu'aucun pays au monde L'Inde aura un budget de 1.000.000.0000 de livres sterling et des placements considérables en dollars. La propriété des différentes usines hindoues, des chemins de fer et des travaux publics, a changé de mains. Quant à la production des diverses denrées de consommation, pour lesquels l'Inde était d'abord tributaire de l'exportation anglaise, le volume de sa production nationale dépasse celui de la production anglaise, et l'on a bien l'impression qu'elle évincera l'Angleterre sur les marchés asiatiques et africains, dans la période d'après-guerre, et cela pour la majorité de ces produits.

A ce changement dans le rapport des forces anglaises et hindoues, s'ajoute le fait que la bourgeoisie hindoue a noué des relations directes avec les capitalistes américains. Les Américains établi dans l'Inde les usines nécessaires au développement de l'aviation et de l'industrie automobile. La majorité des capitaux est à eux et ils ont toute la gérance en main.

Une commission d'achat d'industriels hindoue est actuellement à New-York pour passer des commandes très importantes à l'industrie américaine. La composition • des importations hindoues révèle clairement la cadence de cette évolution. Actuellement, les besoins des industries hindoues portent surtout sur les outils à machine et les fournitures lourdes. Les produits américains de cette catégorie ont de beaucoup dépassé les modèles anglais périmés.

Cette nouvelle position à l'égard de l'Amérique est révélée par l'insistance des délégués hindous à la conférence du bois, de Bretton, à obtenir que les valeurs sterling de l'Inde puissent être converties en dollars. Bien que la demande ait été repoussée à la conférence, les journaux dirigeants américains de Wall Street ont relevé ce point. On peut présenter un deuxième aspect du problème d'une autre façon. Jusqu'à ces 'derniers temps, les capitaux en dollars hindous étaient changés en argent anglais pour financer les achats anglais en Amérique. Cela aboutissait à une augmentation correspondante des placements hindous en livres. Mais à présent les industriels hindous ont demandé avec insistance et avec l'appui de Wall Street, d'obtenir que la « Reserve Bank » de l'Inde gardât les dollars pour passer directement des commandes en Amérique. Ce changement dans les positions économiques respectives de l'Angleterre et de l'Inde a commencé à la première guerre mondiale. Un dérangement momentané dans l'apport anglais des marchandises à l'Inde et les besoins de l'armée, dans les campagnes de Mésopotamie et d'Egypte nécessitèrent une extension importante de l'industrie indigène hindoue. Sans aucun doute, toute la production était contrôlée par la Commission de l'armement. L'industrie ellemême se développait à l'abri de hauts murs répondant, à cette époque-là, à des buts purement financiers. Ce retour du

IV INTER commerce libre de la première période mais plus fort, donna un coup de fouet à l'industrie hindoue.

La fin de la guerre et la réouverture des marchés mondiaux révèlera la position instable des industries hindoues. Le rapport de la Commission industrielle hindoue en 1918 montra le vaste potentiel industriel du pays. La bourgeoisie hindoue, qui était représentée à la Commission, ouvrit une campagne pour le contrôle des prix et du commerce avec létranger, pensant consolider par là sa position et l'améliorer. En principe, la participation de la bourgeoisie hindoue aux luttes de 1919-21 était destinée à obtenir ces résultats. Mais le mouvement de révolte civile alla plus loin qu'elle ne le voulait et la révolte paysanne la contraignit à chercher un compromis.

Les impérialistes anglais firent la moitié du chemin à la rencontre de cette bourgeoisie. Le rapport du Comité fiscal (1922) lui accordait une « protection éclairée » et un Comité des Prix fut établi en 1924. Pendant un certain temps, la valeur de la roupie-sterling, par rappart à la roupie, resta le double. La bourgeoisie hindoue demandait que l'on diminua la valeur de la roupie-sterling pour ramener le taux dans le but de donner une conclusion favorable au marché avec l'étranger. Le fantastique taux d'échange du double fut abandonné et on etablit un nouveau taux de 1,6. Même avec ces concessions modérées, les industriels hindous firent une jolie moisson de bénéfices. Des entreprises d'un genre nouveau se développèrent à vue d'œil, pour le coton, le jute, les allumettes, le ciment et le sucre.

Tandis que l'expansion industrielle de l'Inde augmentait, parallèlement, la situation anglaise de premier pays industriel du monde devenait de plus en plus précaire. Dès 1927, la Commission libérale d'Enquête aborda le problème avec apprehension. Le taux des capitaux investis tombait et l'on ne pouvait éviter de nouveaux investissements. En outre, la situation était aggravée par les empiètements japonais sur les marchés orientaux, par la toute-puissance allemande sur les marchés balkanique et scandinave et l'extension américaine en Amire ne latine, PAngletant seconde Amérique latine. Bref, avant la seconde perdu la première place dans l'économie mondiale.

Un plan d'industrialisation hindoue après la guerre a été publié par un groupe d'industriels hindous. Parmi les signataires, figurent G. D. Birlas qui a de gros intérêts dans les textiles, le jute et les assurances, . R. D. Tata, qui a les interets dans le fer, l'acier et les services aériens intérieurs, à Kasthori-

NATIONALE 19 bai Lalbai, qui en a dans les textiles et la navigation. C'est le célèbre plan de

Bombay.

On peut maintenant dire, en résumé, sur quoi se fonde, matériellement, loptimisme qui colore le plan élaboré par les industriels hindous. Tout d'abord, il se fonde sur une industrialisation plus grande de l'Inde, sous l'impulsion de la guerre. Ensuite sur la situation amoindrie du capitalisme anglais. Enfin, sur la possibilité d'un marché avec les capitalistes américains. En fait, la peur de la révolution dans leur pays les a forcé à rechercher l'alliance de la bourgeoisie américaine. Frappant par derrière M. N.

Roy, le renégat, I' « Economist » de

Londres écrit le 13 mai 1944: « La question est de savoir si ces démocrates hindous (M. N. Roy et Cie) qui tournent à la coopération. avec les Anglais pour éviter l'exploitation de l'Inde par les « millionnaires » ou la possibilité, qu'ils envisagent aussi, d'un marché entre les hommes d'affaire hindous ou américains, sont suffisamment importants dans cours tumultueux de la politique hindoue, pour offrir une chance de solution aux veux problèmes ». (« Democratie libérale sur la base d'une coopération avec (Angleterre).

La position politique du plan en question pour l'industrialisation de l'Inde dans la période d'après-guerre est claire.

En 1942, la bourgeoisie hindoue, représentée par le Congrès, joua quelque temps le rôle que l'histoire attribue à la bourgeoisie occidentale du XVI siècle. Leur programme se préservait au nom de la justice, de la liberté et de la dignité humaine. La terrible oppression subie par les masses prolétariennes les " contraignit à essayer d'atteindre pouvoir au nom des travailleurs d'usines et des travailleurs agricoles. Pendant un temps, oubliant le caractère tardif de leur apparition sur le théâtre mondial, ils promirent d'unifier le pays, de le débarrasser des entraves asiatiques et féodales, qui ligotent. les forces de production, et de chasser les Impérialistes anglais de l'Inde. De nouveau, comme en 1921, mais sur une plus grande échelle, les ouvriers et les paysans démontraient qu'une lutte révolutionnaire balayerait la bourgeoisie avec l'impérialisme britannique. Tandis qu'en termes emphatiques ils annonçaient leur intention de combattre, en même temps, ces capitalistes hindous ne pouvaient cesser de collaborer avec les impérialistes. Après tout, la guerre est une bonne affaire. On en tire des millions et leurs représentants aux différentes branches du gouvernement leur assurent la meilleure utilisation.

Il est assez cocasse de voir, dans l'Inde d'aujourd'hui, cet étalage de belles phra- ses, sonores, aller de pair avec une collaboration servile et non déguisée.

Terriblement effrayée par l'énergie révolutionnaire des masses en 1942, a présent la bourgeoisie hindoue s'efforce de conquérir le pouvoir politique en se servant d'une arme économique. Telle est l'autre face du Plan de Bombay élaboré par les industriels hindous.

Le plan vise à assurer un standard de vie minimum au point de vue nourriture, habillement, logement, santé et services sociaux pour une période de 15 ans. Pour agrémenter ce minimum d'un petit supplément destiné aux plaisirs de la vie et aux activités intellectuelles, « le plan affirme qu'il est nécessaire de doubler l'impôt individuel payé par la population (suivant les informations les plus poussées et le dernier tableau du D* Rao en 1939, il était de 117 shillings, doublé il doit être de 234). Au rythme actuel d'augmentation de la population, la somme totale fournie par l'impôt national doit tripler en 15 ans. Pour parfaire ce résultat, les auteurs du plan visent à une augmentation de 185 % de la production agricole et de 500 % de la production industrielle.

Le total du capital investi destiné à l'agriculture, à l'industrie et aux services publies est estimé 7.500.000.000 -calculées sur la base des prix de 1939. Si l'on veut ramener la somme aux prix d'après-guerre, il faut la doubler. C'està-dire que le capital nécessaire actuellement devrait être 15.000.000.000 ≤, la répartition du capital entre les différentes branches et la façon de l'obtenir est résumée dans le tableau suivant extrait du « Banquier » (juillet 1944):

Millions de Livres tant d'une façon internationale, mais néglige d'examiner les rapports de l'économie hindoue avec la compétition internationale. Dans ce sens, c'est une tentative pour créer une autarcie économique. Second point: il n'examine pas le problème essentiel pour le développement du capitalisme hindou — la révoLution agraire et la création d'une paysannerie prospère pour alimenter le marché national indispensable.

Il apparaît à l'expérience que les espoirs de la bourgeoisie hindoue sont en retard sur les réalités économiques mondiales et sans rapport avec elles. A la fin de la dernière guerre, même à ce moment où la compétition internationale était plus restreinte, ces espoirs furent mis à mal et durent se retrancher derrière une barrière douanière. D'après le niveau de ces barrières, entre les deux guerres on peut juger de l'étendue de leur peur. L'industri e textile jouit d'un tarif protecteur de 50 % de la valeur, l'industrie de l'acier fut dotée à la fois de protection douanière et de limites. A part ces deux industries importantes, les produits chimiques, le papier, les allumettes, le tannage et le sucre furent protégées par des douanes. Mais aucune de ces mesures ne pouvait sauver la moindre parcelle de ces industries de la banqueroute. Les textiles profondément nationalisés du Japon, l'acier d'Amérique et d'Allemagne, les allumettes de Suède, inondèrent les marchés hindous. La bourgeoisie hindoue, incapable d'entrer en compétition avec la technique beaucoup plus développée de ses compétiteurs, ne pouvait que se tourner vers les ouvriers et essayer de réduire leur salaire. Si minime que fût le taux des salaires accordés aux ouvriers avant 1929, ils furent encore diminués, pendant la période de crise.

La bourgeoisie hindoue va se trouver en face d'une situation beaucoup plus grave à la fin de la guerre. Tous les millions de papier fabriqués durant cette guerre sont des ombres sans consistance. L'accumulation de réserves et de surplus n'est pas fondée en grande partie sur une productivité accrue du travail et des progrès techniques. C'est le résultat direct de l'inflation due aux conditions du temps de guerre (inflation qui a ruiné les masses) et au chaos économique et social qui règne dans tout le pays. En fait, aucun changement n'a eu lieu dans la structure économique du pays. Aucune industrie lourde de grosse importance ne s'est développée. Pour le fer et l'acier, la production totale a augmenté seulement à cause d'une plus intense utilisation du matériel. Et même elle reste infime, comparée à la production en acier de pays profondément industrialisés (seulement 1.000.000 de ton-

Capital necessarre:

Industrie.

Agriculture

Communications

Education

Hygiène .

Bâtiment.

Divers

Total

•

Ressources financières:

Ressources totales extérieures.

Assurances-sterling.

Balance commerciale.

Emprunts étrangers

Réserves intérieures.

Crédit.

Total

3.360

1/2

1/2

1.650

7.500

3.000

2.550

7,500

Le plan fondé sur un schéma flotteur ignore deux questions viiaies. Il se forde sur l'hypothèse d'un capitalisme subsis-

'IV INTERNATIONALE nes environ). La construction navale est restreinte à la production de bateaux côtiers, et ne sert que dans la mesure où les bateaux géants d'Amérique, d'Angleterre, du Japon et des autres pays sont occupés au transport des munitions.

Par-dessus bord, la production d'outils à machines en est encore au stade expérimental. (Le rapport de la mission économique américaine dans l'Inde révèle toutes ces déficiences et les attribue, en termes significatifs, à la politique circonspecte de l'Angleterre dans l'Inde).

Ce sont ces outils imparfaits que la bourgeoisie hindoue veut mettre aux prises avec la compétition des puissants capitalistes étrangers.

En regard de leur industrialisation sans base solide, à quoi a-t-elle à faire face à l'étranger? La production américaine a atteint un stade où aucun marché continental n'est capable de se hausser. La bourgeoisie anglaise proclame, par l'organe de son porte-parole Halifax qu'elle doit exporter ou mourir. Déjà la rivalité commerciale entre ces deux « alliés » se fait jour à travers leurs politique opposées en Chine, Orient, dans l'Inde et en Amérique du Sud. En outre, il y a beaucoup moins de, demande pour les mêmes marchés. Dans tout pays capitaliste du monde, la même contradiction apparaît nettement. Partout les forces de production et les limites imposées par le cadre national entrent en conflit. C'est dans cet univers d'entités économiques où le capitalisme contemple son agonie dans le monde entier, que la bourgeoisie hindoue pénètre avec une foi naïve, pour résoudre ses propres problèmes. Il est évident que, en face de cette mêlée pour le marché mondial, les industries hindoues resteront à la traîne, même sur le marché intérieur hindou.

Tel est l'obstacle insurmontable contre lequel le plan de Bombay viendra se réduire en miettes.

Sans être abordée à aucun moment par les auteurs une supposition s'y laisse continuellement entrevoir: après tout l'Inde a un marché intérieur supérieur à celui de n'importe quel pays au monde, la Chine exceptée.

On peut poser la question et dire que la création d'une paysannerie prospère résoudrait le problème. On pourrait supprimer les dettes, exproprier les parasites Zamindars qui ne résident pas, et confier la terre aux paysans. C'est une leçon que les hindous peuvent recevoir de la bourgeoisie occidentale du xvii siècle. Mais une analyse historique plus serrée de la montée de la bourgeoisie hindoue et de sa position dans la société indienne montrera l'insoluble contradiction devant laquelle elle se trouve. Les ancêtres de l'actuelle bourgeoisie indienne furent les vieux Dubasies, sous légide de la Compagnie Orientale des

Indes puis des capitalistes anglais qui avaient le monopole du marché hindou et les industries anglaises. En tant qu'agents commerciaux ils édifièrent des fortunes colossales.

A la fin du xIx® siècle, quand l'Angleterre se mit à exporter ses capitaux par suite de l'abaissement du taux des béné-.

fices fournis par les valeurs placées chez elle, l'extension des industries hindoues fut alimentée par un capital composé à la fois des intérêts britanniques et de ceux des Dubasies. Beaucoup de familles de gros millionnaires hindous peuvent faire remonter leur origine aux Dubasies. Ils avaient transformé leur situation d'agents commerciaux en celle de petits participants à la propriétés du

Capital.

Même alors, ils n'avaient pas accès libre aux marchés mondiaux. Le marché du capital hindou n'était pas développé et le corollaire fatal de cette situation fut le système des Agences de gérance, c'est-à-dire de sociétés privées de: 3 ou 4 membres, généralement parents les uns des autres, où la propriété est héréditaire. Ils sont gros actionnaires des manufactures et engagent leur responsabilité pour les fournitures de matériel et l'écoulement des marchandises.

Les agents de gérance, par l'intermédiaire de la Banque d'Echange, financent tout le commerce mondial de l'Inde. Ils se reposent sur les banques pour les dépenses courantes nécessaires. dernière analyse, les intermédiaires entre les marchés mondiaux et les produits hindous sont les cing grosses banques d'Echange qui ont leur quartier général en dehors de l'Inde. Aucune d'entre elles n'est contrôlée par des intérêts hindous.

Ce n'est là qu'un aspect du problème. Cela indique simplement la dépendance du capital hindou à l'égard des banques étrangères et son incapacité à briser ces chaînes. Le deuxième aspect est centré sur sa position dans la société hindoue. L'analyse ci-dessus dévoile la position de la bourgeoisie hindoue. A l'intérieur du pays, les réserves indispensables qui se déversent dans le marché capitaliste, sont principalement amassées par les grands propriétaires terriens. Les propriétaires terriens eux-mêmes cumulent dans bien des cas, les fonctions d'usuriers et de trafiquants de grain. En conséquence, une grande partie du Capital accumulé dans l'Inde est tirée des gros revenus extirpés aux paysans et obtenus au prix de l'endettement de la paysannerie et des redevances terriennes. Socialement, cela abouti à l'union des familles des vieux Dubasies et des gros Tamindars.

Les propriétaires terriens et les bour-

5º geois se sont étroitement serrés les uns autres par des liens financiers et aux familiaux. La bourgeoisie hindoue se trouve dans une contradiction sans issue. Le point . crucial pour la révolution agraire hindoue est de balayer le poudes propriétaires terriens et des voir usuriers. Voilà pourquoi les luttes nationales aux Indes depuis 1920 ont pour résultat l'appropriation progressive de la terre par les paysans. Voilà pourquoi toute lutte conduit la bourgeoisie à rechercher un compromis. Chaque soulèdement paysan imprime la terreur au cœur des Tamindars et des bourgeois. Il ne peut rien y avoir de plus clair que çes mots de la « Résolution » de Bardoli en 1921, faisant appel au mouvement insurrectionnel civil des masses »: Le comité ouvrier du Congrès avertit le Congrès ouvrier et les Organisations qu'ils ont à informer les ryots (cultivateurs dans l'Inde), que le refus de payer les contributions aux Tamindars est contraire aux résolutions du Congrès et préjudiciable aux intérêts les mieux compris du pays. Le Comité ouvrier assure aux Tamindars que le Mouvement du Congrès n'a, en aucune façon, l'intention d'attaquer leurs droits légitimes. (Résolution du Comité ouvrier, 12 février 1921.) Les contradictions et les antagonismes des organismes sociaux hindous se sont aggravés depuis lors. La guerre a contaminé les travailleurs agricoles qui ont émigré en troupeaux vers les cités industrielles. Des expropriations et des cessions de terre ont accru le nombre des prolétaires agricoles. Linflation de la période de guerre a appauvri les éléments déjà pauvres de la classe moyenne.

Du point de vue de la compétition internationale comme du point de vue du marché intérieur, le plan de Bombay est une utopie. La bourgeoisie hindoue ne peut ni survivre à une révolution agraire ni débarrasser l'Inde des Anglais. C'est une tâche qui ne peut être cónduite à bien que par la classe auvrière hindoue, menant les paysans à la lutte contre l'impérialisme. Des plans pour une durée de quinze ans ne sont pas réalisables sous le règne du capitalisme. Mais grâce à la nationalisation de tous les moyens de production, après que les travailleurs auront conquis le pouvoir, une économie planifiée est possible. Même dans un pays arriéré un tel plan peut conduire à un accroissement considerable des capacités de production comme le prouve l'exemple de la Russie. Avec l'aide technique et culturelle des travailleurs de pays plus avancés, cela pourrait augmenter considérablement le standard de vie des masses hindoues.

Donc, quand le plan de Bombay reflète la confiance, cela est artificiel. C'est plutôt une rodomontade comme le discours de Nick Bottom dans « le Songe d'une Nuit d'Eté ». Dans le monde entier, la bourgeoisie affronte une crise. Même dans la puissante Amérique, dans l'Angleterre en possession de l'hégémonie du monde depuis un siècle, les indices de rupture et de crise sont évidents. dit comment n'en serait-il pas ainsi dans l'Inde, d'autant plus qu'elle est la dernière à entrer dans la lice?

Toutes ces révolutions contiennent en elles-mêmes une charge de dynamite, de caractère social, prête à exploser à la moindre provocation. Des marches desespérés, politiques et économiques, avec l'Angleterre et l'Amérique ne sauveront pas les capitalistes hindous. Les masses révolutionnaires de l'Inde, qui se sont instruites au cours des luttes des vingtcing dernières années, les balayeront dans la poubelle poussiéreuse de l'histoire. Dans ces luttes ils trouveront des alliés puissants en la personne des ouvriers et des paysans des autres pays d'Asie, d'Amérique et d'Europe. Les bolcheviques-léninistes de l'Inde joueront leur rôle en conduisant les masses à une conquête victorieuse du pouvoir.

Ces positions contradictoires de la bourgeoisie et de ses soutiens parmi les propriétaires terriens réactionnaires sont communes à tous les pays arriérés. En Espagne, une tendance analogue se manifestait durant la guerre civile. « Plutôt étrange. La classe des petits industriels espagnols soutient l'attitude réactionnaire prise par les propriétaires terriens. Les industriels auraient bien accueilli une réforme terrienne qui créait un marché intérieur pour leurs marchandises. Mais ils pensaient qu'il y avait autre chose que la question économique en cause. Ils trouvaient que la concession de terre aux paysans ôterait aux classes possédantes le pouvoir politique. » (Louis Fisher, « La Guerre d'Espagne », publiée par la Nation.

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