Documents de la IVe Internationale

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La revue › nouvelle série n° 22-23-24

Informations coloniales

Quatrième Internationale, nouvelle série n° 22-23-24 · septembre-octobre-novembre 1945 · p. 28-38 · 8 375 mots

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•Asie et Pacifique •

OU EN EST LA CHINE?,

Chine

LA GUERRE QUI... PAIE « La victoire sur le Japon termine pour les Etats-Unis non seulement une guerre militaire, mais aussi une guerre commerciale qui a été disputée âprement depuis 1925. L'enjeu de ce combat fut des sources de matières premières d'une importance mondiale.

La guerre économique entre le Japon et les Etats-Unis commença tout d'abord pour l'achat des concessions pétrolières en Nouvelle-Guinée, en Indonésie et même au Mexique. Plus tard le Japon gagna une importance également notable dans les mines de fer, grâce à sa participation financière dans les mines de Yampi-Sund* Nord de l'Australie. Le Japon acheta des mines en Malésie britannique et obtint plus tard des concessions même au Canada. L'expansion économique nippone prit aux environs de 1930 une expansion menaçante et le « dumping » qu'elle pratiqua sur le marché mondial à l'époque de la crise causa beaucoup de dommages. Les posilions américaines, comme celles des Anglais, furent profondément ébranlées sur le marché asiatique. En 1939 par exemple les exportations japonaises vers les Indes britanniques s'élevèrent à plus de 211 millions de yen en échange de quoi Tokio obtint d'importantes matières premières.

Lorsqu'après Pearl Harboor le Japon entra en possession des grandes plantations de caoutchouc du Sud asiatique, exploitées auparavant pour les besoins des Etats-Unis et de la Grande Bretagne, et lorsqu'il s'empara de la presqu'ile de Malacca, des Indes Néerlandaises et des Philippines, la situation des Etats-Unis devint extrêmement précaire. Les Etats-Unis y extrayaient avant guerre 85 % de son caoutchouc brut et 80 % de son étain. On comprend dans ces conditions l'intérêt économique de la contre-attaque américaine.

Dans l'avenir les sources de matières premières tomberont d'avantage sous la coupe des Etats-Unis. Le Japon ne jouera plus désormais le rôle de concurrent sur le marché extrêmeoriental. »

[Extrait de larticle: « Les intérêts économique de l'Amérique en Extrême-Orient ». Neue Zürcher Zeitung, 21 septembre 1945].

Au bout de huit ans de guerre, la Chine apparaît considérablement changée. Des populations et des territoires étendus comme l'Europe entière ont été bouleversés. D'un côté, industrialisation relative, construction de routes et d'aérodromes, de l'aure destructions et pertes humaines immenses. Selon les données officielles — sûrement en dessous de la réalité — il y a en ce moment 60 millions de sans-abri, 25 millions de réfugiés dans les régions de Tchoung-King, 3 millions de morts et plus de 2 millions d'enfants orphelins qui sont réduits au vagabondage.

LES TROIS ZONES

La Chine fut divisée pendant toutes ces dernières années en plusieurs zones: celle occupée par les Japonais, celle qui resta sous la domination de Tchoung-King et celle qui fui administrée par le gouvernement stalinien de Yennan. La zone japonaise était de loin la plus riche et la plus industrialisée. Sur 5.843 fabriques de plus de 30 ouvriers que possédait la Chine au début de la guerre, seulement 279 se trouvaient dans les territoires qui restèrent libres. En outre, 78 % des mines de charbon furent inclus dans la zone japonaise. Pour satisfaire aux nécessités de la guerre, le Japon favorisa la production industrielle el minière dans la Chine du Nord et surtout en Mandchourie. Dans cette dernière province, la production industrielle s'accrut entre 1936 et le début de 1945 dans les proportions suivantes: asbest 4.828 %; aluminium, 1.656 %; cuivre 517 %; zinc 397 %; acier demi œuvré 264 %: fer brut 219 %; charbon 178 %; plomb 123 %. Comme on voit, le Japon favorisa surtout la production minière et la sidérurgie, se réservant l'industrie de transormation et la construction mécanique, plus profitables. Toutefois, après les premiers bombardements aériens des villes japonaises, l'industrie lourde du Japon commença en général à émigrer vers le continent. Mais la Chine du Nord, ni même la Mandchourie ne devinrent nullement des pays industriels; ils gardèrent intacte contraire leur ancienne structure agraire et féoau dale. Le Japon, dont la « grandeur » n'était qu'un miracle d'équilibre et qui conservait luimême une structure sociale des plus arriérées fut trop pauvre en capitaux et trop peu sûr de lui-même pour pousser à fond lindustrialisation et bouleverser les anciens rapports sociaux en

Chine. Le Japon avait investi en Mandchourie 6,5 milliards yens.

La Chine « libre » se trouva dépourvue d industries sans ports et sans routes. Tchang Kai Chek dont la tactique envers l'impérialisme japonais avait toujours été de céder du terrain pour gagner du temps et avoir les mains libres contre les communistes, jeta une fois de plus le poids de ses défaites sur les épaules des travailleurs. Cette fois-ci ce fut au sens propre du mot, et le Gouvernement de Tehoung King obligea des millions de travailleurs à transporter sur leur dos par des pistes défoncées et sur des milliers de kilomètres des pièces de machines. Le Gouvernement réussit ainsi à avoir fin 41 en « zone libre », 1.350 usines diverses. Grâce aux évacuations et aux constructions, le nombre des usines était fin 42 de 2.854, dont 847 usines chimiques, 812 fabriques de machines, 624 de textiles, 231 d'alimentation, etc... Ce n' les Etats-Unis commencent à aider la Chine — ceci d'ailleurs après avoir apporté une contribution essentielle à la mise sur pieds de la machine de guerre japonaise. L'aide fut forcément restreinte; à travers la route de Birmanie d'abord, par le Golfe Persique, TURSS, et le Sing Kiang ensuite. En 1944, la route de Ledo entre l'Inde et la Chine fut ouverte et quelques aérodromes construits. Mais la quantité de marchandises que la Chine recevait ainsi n'était qu'un verre d'eau dans la mer en comparaison avec ses nécessités. Pourtant même, le peu qui arrivait était en grande partie gaspillé à cause du manque d'organisation, du manque de routes et de l'incurie et de la vénalité de l'administraton de Tchoung-King. Un rapport de l'Office d'Information des Etats-Unis note que sur 10.000 tonnes arrivées pendant un mois sur l'aérodrome de Kounming, 5.000 seulement ont été distribuées. Mais même sur ce qui arrivait aux Armées, la plus grande partie était détournée par les généraux d'Intendance et rejoignait le marché noir. En même temps, déclare Donald Nelson, chargé de mission en Chine par le Président Roosevelt, l'industrie de Tchoung King et des environs ne marche qu'à raison de 30 à 70 % du rendement possible, les fabricants trouvant bien meilleur bénéfice dans la spéculation. Le manque de marchandise entraîna notamment la hausse considérable des prix et l'infation. Celle-ci atteignit des proportions inconnues ailleurs: les prix montèrent de 250 fois en moyenne en comparaison avec le niveau de 1936 et souvent les avions alliés arrivant des Indes, au lieu d'amener des marchandises étaient chargés de bank-notes imprimés en Amérique. Ce n'est donc pas étonnant que les troupes mal équipées et sous-alimentées de Tchoung King subirent de graves revers. Ainsi, pendant la campagne du Honan, au printemps 1944, 50 à 75.000 Japonais dispersèrent 700.000 Chinois (« Amerasia », 17 novembre 1944.)

La Chine, gouvernée par Yennan comprend plusieurs régions agricoles situées surtout dans le nord du pays, et a de 70 à 80 millions d'habitants. La principale réforme économique du régime stalinien du Yennan fut la réduction de la rente agricole à 37 %. L'expropriation des propriétaires terriens, la distribution de leurs terres est interdite, sauf pour les collaborateurs. « Un autre aspect intéressant — nous renseigne I' « Economist » de Londres — est que les nécessités militaires ont obligé le communisme chinois à agir en parrain d'une bourgeoisie industrielle naissante: le Yennan a exempté d'impôts tous les revenus agricoles qui se transformaient en capital industriel. »

LA CHINE FEODALE

Mais toute l'évolution économique de ces dernières années, si elle renforce la couche bourgeoise dans l'ensemble de la Chine, si elle renforce la volonté d'unité nationale du peuple chinois, elle ne change pourtant rien au fond même du problème qui se pose devant la Chine. Dans ce pays vaste et riche, les paysans, les travailleurs vivent depuis des centaines d'années aux limites mêmes de la famine. La paysannerie (90 % de la population) est la proie des usuriers et des propriétaires terriens de type féodal. Le manque de bétail, les méthodes primitives de culture astreignent le paysan à un travail inhumain pendant tout le long de l'année. En plus, il a à supporter le poids d'une bureaucratie vorace et corrompue et surtout les bandes pillardes des divers « seigneurs de la guerre ». La puissance d'achat de la paysannerie est quasi nulle; l'industrialisation, toute relative qui s'est créée ces dernières années n'a pu se poursuivre qu'à travers des contradictions et des souffrances immenses des classes travailleuses chinoises. • Le Gouvernement présente un plan complet de quatre ans pour le relèvement économique du pays: des centaines de milliers de kilomètres de routes et de voies ferrées, un réseau de centrale hydro-électrique, des hauts fourneaux, des industries chimiques, etc... Ce plan est utopique dans la situation actuelle de la Chine. Mais même si on lui donnait un commencement de réalisation ce ne pourrait être qu'artificiellement et soutenu d'en haut par le Gouvernement. Comme tel ce serait une nouvelle et lourde charge pour la paysannerie, car le Gouvernement de Tchoung King est incapable de relever le niveau de vie et la puissance d'achat de celle-ci. En effet, Tchang Kaï Chek s'appuie surtout sur l'aile droite du Kuo Ming Tang qui comprend notamment les propriétaires terriens féodaux. A travers « l'association des anciens cadets de Wampoa » (Académie militaire chinoise), il est lié à la plupart des « seigneurs de la guerre » qui le considèrent comme une sorte de suzerain. D'un autre côté, à travers le groupe représenté par le D* Soong, président du Gouvernement, il s'appuie sur les milieux bancaires. Ceux-ci tirent une grande partie de leurs bénéfices des prêts usuraires qu'ils font aux paysans et en aucun cas ils ne veulent assumer le risque que représenterait le bouleversement des rapports féodaux qui règnent actuellement en Chine.

La structure sociale de la Chine se rappro- che ainsi de celle de la Russie tsariste. Les traits féodaux sont toutefois plus accusés: manque de pouvoir central effectif, provincialisme, équipées de chefs militaires. La bourgeoisie est, si possible, encore plus veule, plus lâche et moins sûre d'elle-même. Elle est aussi relativement moins développée, et plus inféodée, plus attachée aux formes de l'ancien régime.

Ce qui différencie aussi la Chine de l'Ancienne Russie est l'emprise beaucoup plus effective des grands impérialismes qui contribuent à l'empêcher de réaliser son unité nationale et qui la réduisent à un état de semi-colonie. Les impérialismes soutiennent de toutes leurs forces le gouvernement de Tchoung King: ainsi, lorsqu'en été 1944, le Général américain Stillwell rentra en conflit avec Tchang Kai Chek sur la question des réformes administratives et sur celles de l'entraînement et du commandement des troupes, Washingon rappela Stillwell accédant ainsi à la demande de Tchang Kai Chek. L'argument que fit valoir ce dernier était que lui seul pouvait tenir l'équilibre entre les différentes factions et que seulement le commandement effectif des troupes lui permettait cette position. Washington manifestait ainsi sa volonté de sauvegarder I' « ordre », d'évier les bouleversements en Chine en même temps qu'il acceptait implicitement le fait que Tchang Kai Chek utilise la moitié de ses troupes à combattre les communistes du Nord...

LA POLITIQUE

DE LA PORTE OUVERTE

Les Etats-Unis ont des intérêts considérables en Chine. Le journaliste officieux américain Walter Lippman dans son livre sur la politique étrangère des Etats-Unis déclare que son pays a déclenché la guerre pour assurer les chances de la Chine de devenir une grande puissance. La revue « Fortune » de mai 41 dit plus cyniquement qu' « une Chine puissante qui serait cacapable de défendre le principe de la Porte Ouverte vaudrait pour les Etats-Unis plusieurs milliards de dollars ». Au siècle dernier, « le principe de la Porte Ouverte » permit aux Etats-Unis de participer à l'exploitation de la Chine sans avoir à y entretenir une armée.

Actuellement, lorsque l'impérialisme américain est devenu le plus fort, l'application du même principe - la non-division de la Chine en zones d'influences — lui permettrait d'accaparer la totalité du marché chinois. Les revues économiques américaines sont pleines de projets mirifiques à propos de la Chine. On prévoit pour l'Amérique des exportations massives et variées. Mais ces projets ne peuvent être qu'illusoires pour la plupart, car si l'Amérique prend facilement la place de l'Allemagne et du Japon, si elle peut probablement évincer de plus en plus l'Angleterre elle ne pourra pas réaliser l'essentiel: relever la puissance d'achat des paysans chinois. En effet, loin de vouloir bouleverser les rapports sociaux féodaux de la Chine, ce qui entraînerait inévitablement la mise à l'ordre du jour de la Révolution Socialiste, l'Amérique

•ne pourra s attacher, comme par le passé, qu'à conserver ces rapports. Dès lors, un grand développement du marché chinois est impossible Toutefois, grâce à sa masse immense, la Chine peut être un client relativement important. Sous forme de « Prêt et Bail », les Etats-Unis ont exporté en Chine près de 2 milliards de dollars de marchandise. Et tandis qu'avant-guerre leurs exportations en Chine et aux Indes étaient de 117 millions de dollars, elle atteignit en 19431944, malgré les difficultés de transport, 798 millions de dollars. En 1939, l'Angleterre avait une avance assez importante en Chine en ce qui concerne l'investissement des capitaux, mais pendant la guerre, elle a dû céder bonne part de ses placements à l'Amérique: Des chiffres n'ont pas encore été publiés, mais certainement en ce moment, l'Amérique a pris largement la place de | Angleterre. Celle-ci pour le moment a préoccupé Hong Kong, porle de la Chine du Sud, et elle se prépare fébrilement à réexporter, tandis que la France se contente de rappeler que le chemin de fer du Yunnan lui appartient.

L'URSS profita de la débâcle du Japon pour se forger, grâce au récent pacte russo-chinois, une ceinture de sécurité autour de ses frontières d'Extrême-Orient. Actuellement, à des degrés difiérents, elle a dans sa zone d'influence: la Mongolie extérieure, la Mandchourie, la moitié de la Corée, Port Arthur, et les Couriles. En face de l'URSS, Tchang Kai Chek utilisa sa vieille tactique: céder du terrain pour gagner du temps et avoir à l'intérieur les mains libres.

En ce moment le Gouvernement de Tchoung King est fortement inféodé à l'impérialisme américain. Pour garder un semblant d indépendance, il tentera une politique d'équilibre entre l'URSS et l'Amérique, mais dans quelle mesure en serat-il encore capable?

LA POLITIQUE DES STALINIENS

Pour le moment Tchang Kai Chek a réussi en partie à neutraliser ses principaux ennemis intérieurs: les communistes dư Nord. Aussitôt, le pacte soviéto-chinois conclu, • le chef stalinien Mao Tse Toung se rendit à Tchoung King. Dernièrement, les pourparlers avec Tchang Kai Chek ont abouti à un accord partiel quant à l'unification administrative, à l'unifcation du commandement militaire et à la convocation d'un conseil politique composé de représentants des staliniens et du Kuo Ming Tang, avec la prépondérance de ces derniers. Les staliniens rééditent ainsi la politique de 1925, le Bloc des Quatre Classes, qui mena au massacre des ouvriers révolutionnaires de 1927 et à la défaite de la révolution. Pour Staline, ses partisans chinois ne sont qu'une monnaie d'échange, qu'une pierre sur l'échiquier de sa politique étrangère. Contre des avantages stratégiques il n'hésite pas à leur faire abandonner des positions acquises par des années et des années de luttes sanglantes. Mais il serait erronné de croire que Staline les abandonnera complètement et définitivement. Tchang Kaï Chek est un allié peu sûr pour Staline, et dans le jeu serré qui se jouera désormais en

Chine, entre l'URSS, les Etats-Unis et la bourgeoisie chinoise, soucieuse en partie de ses propres intérêts, la bureaucratie soviétique aura plus d'une fois besoin de s'appuyer sur la force des staliniens chinois.

Le jour même où le chef stalinien Mao Tse Toung, en prenant le chemin du Yennan déclasaient l'optimiste, mais des difficultés subaietzient clarait « les perspectives d'avenir autoritoujours », les avions de transport de l'armée américaine transportaient à Pékin deux armées chinoises dépendant du gouvernement de Tchoung King pour s'emparer de la ville contrôlée par les forces communistes.

C'est la première fois que les Américains interviennent directement aux côtés de Tchang Kaï Chek contre les forces armées de Yennan. La crise intérieure de la Chine est loin d'être apaisée par la fin de la guerre.

La lutte des masses chinoises pour leur indépendance nationale, et pour leur libération du joug de l'esclavage et de misère dans lequel les a plongé le régime dictatorial de Tchoung King, est menacée par l'alliance de l'impérialisme américain et de Tchang Kai Chek.

Il n'y a pas autre voie de salut que la mobilisation des paysans et des ouvriers chinois sur un plan de revendications nationales, démocratiques et transitoires, dirigée par le parti du prolétariat révolutionnaire, et orientée vers la prise du pouvoir par les Soviets, des paysans, des ouvriers et de soldats.

Toute répétition des erreurs staliniennes de la Révolution de 1925-1927, aura des répercussions désastreuses sur l'avenir des masses chinoises et la sécurité de l'URSS.

LA FAMINE EN CHINE

Parmi les victimes de la deuxième guerre impérialiste mondiale, il faut compter environ environ 10.000.000 victimes de la famine en Chine.

La guerre a complètement désorganisé la production, le ravitaillement et les transports de cet immense pays, et la carence des impérialistes « alliés » britanniques et américains, ainsi que du Gouvernement réactionnaire de TchoungKing fut totale.

La famine (comme c'est d'ailleurs le cas des Indes et de toutes les populations coloniales) a fait des ravages particulièrement terribles dans la province de Shansi (6.000.000 environ) et la province de Shensi (3.000.000).

La production agricole de ces provinces a été complètement détruite par des vagues de sauteelles et aucune aide n'a été accordée aux populations en détresse.

Indes LA MISERE DES TRAVAILLEURS HINDOUS

L'impérialisme britannique dépeint son régime colonial comme étant bienveillant. Les faits colonial comme bruts contredisent cette propagande. Bombay, la « Porte de l'Inde » offre l'image typique de la dégradation massive et de l'immense misère infligée par le despotisme décadent de la GrandeBretagne.

Une scène habituelle, rapporte une « Lettre de Bombay » dans la Tribune de Londres du 6 juillet, c'est une « altière vieille dame » dont la demeure est une « natte solitaire étendue dans la boue du ruisseau ». Elle n'est que l'une des 200.000 indigents dans la cité Taj Mahal, où les « ruisseaux s'attribuent la priorité ».

63 POUR UNE MAISON

La proportion de l'espace vital de la population « équivaut à dix personnes se serrant dans une pièce ». Le Sunday Stateman estime à 63 personnes par maison ». Parmi quelques-uns des 40.000 logements d'une seule pièce, jai compté jusqu'à vingt et un habitants pour une pièce.

L'auteur rapporte que dans bien des appartements qu'il a visités, « il y avait peu ou point d'eau pour boire ou se laver, » Bien des logements manquent », même les primitifs cabinets indous; des queues se forment devant les rares cabinets, habituellement vers 4 h. 30 chaque matın ».

Les conditions dans les quartiers ouvriers sont effrayantes: « Dans chaque misérable pièce les rapports sont réglés entre trois, quatre ou cinq familles. Le mari, la femme, peut-être un enfant crillard - trop souvent calmé avec une bouffée d'opium par la mère harassée de travail, minuscule témoignage de toute la tragédie de la vie à l'intérieur de cette chambre de douze pieds surpeuplée: naissance, exploitation et mort. Le loyer par ironie est contrôlé; cependant ceux qui désirent rester doivent payer encore une part d'un équivalent de 15 shilling, ou dans les cas extrêmes de 30 shilling pour le privilège d'élever leurs enfants dans un quart d'une véritable chambre. »

Dans les faubourgs de la ville se trouvent les camps de travail, là les conditions sont encore pires. Le camp de travail de Matunga par exemple, construit à l'origine pour 3.500 travailleurs, en loge maintenant plus de 11.000.

« Les huttes, dans ce paradis, sont approximativement de 10 pieds au carré; mesurez ces dimensions et sentez la chaleur irradiante du soleil sur les plaques de fer ondulé formant les murs. Des toits de fer ici et là rapiécés avec les parrois des bidons de pétrole américain pour faire face à la mousson.

« Pas une de ces huttes qui n'en abrite moins de dix. Pas une de ces pièces n'a quoi que ce soit de prévu pour les cabinets, l'eau froide ou léclairage de nuit. Dans les huttes surpeuplées les ouvriers prennent leur tour pour manger à l'intérieur le peu de nourriture qu'ils peuvent se permettre, il n'y a pas de place pour s'asseoir tous ensemble. Dans bien des camps de telles cabanes sont laissées en même temps aux ouvriers d'équipes opposées de telle manière que les huttes sont occupées par les dormeurs 24 heures sur 24 heures. Les cabinets, ridiculement incommo-

IV INTERNA des, utilisables seulement pour ceux qui veulent bien faire la queue depuis les premières heures du matin, sont entourés d'un cercle puant d'excréments humains; ceinture épaisse, un sol fertile pour les mouches et les moustiques. Infecte encouragement pour le « hookworm » ei le malara. »

LE JOYAU DE LA GRANDE-BRETAGNE

La guerre a augmenté la misère à Bombay. La population s'est accrue de 50 % mais il n'y a pas d'appréciable accroissement de l'habitation. « Les chemins de fer abondent en carcasses rabougries se déverssant des prisons; en filles vendant leur corps, hommes sans espoir, vendant n'imporle quoi depuis le couteau de poche jusqu'au perroquet; les indigents au delà de labime, jettant des pierres aux trains militaires. »

Ce sont de telles conditions qui pousseni les millons d'Indous d'exiger avec une insistance toujours plus grande la libération du joug •le l'impérialisme britannique.

LE PLAN TRAVAILLISTE

POUR LA LIBERATION DES INDES

Au cours de leurs promesses électorales, les dirigeants du Labour Party proclamèrent qu'ils accorderaient l'indépendance aux Indes s'ils arrivaient au pouvoir. Mais ils n'annoncèrent pas immédiatement la liberté pour les Indes lorsqu'ils furent au pouvoir. Au lieu de cela ils envoyèrent chercher Wavell et consultèrent les leaders. réactionnaires. Après des semaines de délibérations, Attlee a annoncé un nouveau plan. Le voici :

1° Elections immédiates aux législations centrales et provinciales sur la base restreinte de la Constitution de 1935. : 2º Formation de Ministères de Provinces.

3° Un gouvernement central d'intérim à être constitué, s appuyant sur les principaux partis.

4° Les délégués des législatures provinciales et centrales nouvellement élus doivent être consultés sur les modifications du plan Cripps.

5° Les mêmes discussions avec les princes hindous.

6° Convocation pour une Constituante, à une date très proche.

7° Préparation d'un traité devant être signé par la Grande-Bretagne, l'Assemblée Constituante devant définir les relations entre les deux pays. Entre temps, les membres du Congrès du Parti Socialiste, les Trotskystes et des milliers de combattants hindous, pourrissent toujours dans les prisons et les camps de concentration. Même les libertés élémentaires dont jouissaient les masses hindoues avant la guerre, sont toujours suspendues. Les lois contre la liberté de la presse et de parole, sont toujours en vigueur. C'est dans une atmosphère de terreur, que les leaders du Labour Party promettent « Des élections libres et sans entraves aux Indes! »

Au début, il est vrai, le Congrès National

Hindou, éleva une protestation contre les méthodes proposées pour les élections. Le corps électoral comprenant 7 1/2 % de la population adulte pour la législature provinciale, et 3 % pour la législature centrale, fausses par une re-

. TIONALD 33 G G présentation communale spéciale ne reflettant d'aucune manière la volonté de la majorité de la population. Prouvant sa propre faiblesse, le Congrès National formula la demande du suffrage universel, et ensuite l'abandonna. Ce plan, fait des propositions de Cripps, le point de départ des discussions. Les journaux travaillistes déclarent que le plan de Cripps est d un esprit sincère, et qu'en l'offrant à nouveau aux masses hindous, le Labour Party a démontré sa grande sympathie pour les aspirations de ceux-ci. Voyons un peu les propositions de Cripps d'avril 1942:

Présentées aux Hindous lorsque la GrandeBretagne était en retraite sur tous les fronts du Pacifique, elles étaient constituées en 2 parties.

La première partie est sans signification nouvelle. La deux'ème partie, essayant de donner une solution de longue durée, proposait:

a) Une assemblée constituante convoquée après la guerre, comprenant 159 membres, dont 50 doivent être nommés par les princes hindous. Le reste doit être élu par les assemblées provinciales, elles-mêmes élues par suffrage universel.

b) Les provinces ne voulant pas adhérer à l'Union des Indes devraient avoir le droit de secession.

Le Congrès National Hindou rejeta les propositions parce que: 1° elles introduisaient dans ¡'Assemblée Consultative des élections anti-démocratiques donnant aux Princes le droit de nommer un tiers des délégués; 2° en acceptant le p'incipe de la non-acceptation de l'Union, elles détruirent l'unité des Indes; 3º en acceptant le suffrace actuel comme base d'élection de l'AssemHée Constiuante, elles refusent à plus de 90 % de la population le droit de vote.

C'est justement avec cet « esprit », l'esprit de ces propositions honteusement anti-démocratiques, que le « Herald » et le « Reynolds » désirent avoir convaincu le peuple hindou de la chaude sympathie du Labour Party pour leurs aspirations. De la façon la plus cynique les leaders du Labour Party ont l'impudence d'offrir les mêmes propositions aux hindous, que celles des Torys. Attlee explique avec prudence, que ceci est une offre « nationale » ayant l'approbation des Tories et des Libéraux!

Le Congrès National Hindou a encore une fois refusé ces propositions de pseudo-indépendance soit-disant sincères des dirigeants du Labour Party. Dans une résolution votée par une maiorité écrasante, le Comité Politique tout entier rejeta les propositions britanniques pour l'Inde et déclara que l'Inde et le Congrès ne seraient pas satisfaits par tout ce qui n'est pas l'Indépendance pour les Indes.

Le seul délégué qui défendit ces propositions et justifia leur acceptation fut le délégué stalinien Ashraf, lors de la session du Comité du

Congrès Hindou. Ce rapport étourdissant parut dans le « Daily Worker » du 24 septembre, sans commentaire :

" Les sentiments anti-communistes à qui on reproche d'avoir trahi le Congrès en soutenant une guerre impérialiste, se manifestèrent lorsque

Dr. Ashraf, l'un des six délégués communistes, déposa un amendement sur les propositions de

Constitution.

que le po ical

« Une assemblée de 25.000 membres exigea u aucun communiste ne doit pouvoir parler d a tribune du Congrès. Dr. Ashraf dû quitter l tribune après avoir parlé pendant quelques minutes malgré les hués.

« Le Comité est chargé d'établir une liste d'accusations contre les communistes ayant agi contre sa politique, et doit rayer les membres communistes de tous les organes exécutifs. »

La lutte des masses hindous pour l'indépendance ne peut accepter aucun compromis avec l'impérialisme britannique. Leurs revendications sont clairs et justes. A plusieurs reprises elles ont exigé la restauration immédiate de toutes les libertés civiques; le droit d'élire une Assemblée Constituante sur la base du suffrage universel et le retrait des troupes britanniques de l'Inde.

La classe ouvrière britannique ne doit pas être frompée par les déclarations vagues sans lendemain de M. Attelee. Elle doit exiger des leaders du Labour Party:

Quittez l'Inde! Permettez aux masses hindoues de décider de leur propre sort!

L'EXPLOITATION IMPERIALISTE

EN ASIE SUD-ORIENTALE (1)

Il y a en général très peu d'informations concernant l'exploitation impérialiste dans les colonies suivantes de l'Asie Sud-Orientale: les Philippines, les Indes Orientales Néerlandaises, Formose, la Malaisie Britannique, le Thaïlande, l'Indo-Chine française, Burma.

La prédominance du capital financier dans ces colonies, l'une des caractéristiques saillantes du capitalisme de notre époque est un fait. A Formose sous contrôle japonais, par exemple.. « six corporations produisent 95 pour cent de tout le sucre produit dans l'ile... Par leur organisation en cartels les usines sucrières fixent les prix et la production afin d'éliminer la concurrence et de maintenir les profits. »

Que de telles pratiques ne soient pas simplement l'habile invention du pervers capitalisme japonais, mais un phénomène de l'impérialisme universel est démontré par les renseignements concernant l'industrie du tek (arbre de l'Inde dont le bois sert à construire des vaisseaux) en Thaïland, dont les deux tiers sont en possessions britanniques.

pour cent de l'industrie du tek est en mains étrangères, 5 pour cent sous contrôle gouvernemental et 7 pour cent travaillé par des particuliers siamois, comprenant quelques anciens princes Lao, et certains possesseurs de la licence locale. Mais seule la grande corporation étrangère entreprend l'exploitation de la forêt de tek sur une grande échelle. Le nombre de petits concessionnaires a été continuellement réduit, car ils ne pouvaient supporter les charges financières.

Les mêmes conditions obtenues en Indochine française:

En 1936 une surface de 314.000 arpenis produisait du caoutchouc en Indochine et seulement

(1) Les renseignements suivants proviennent du livre: Le capital étranger en Asie SudOrientale de H.-G. Gallis, New-York, 1942.

à peu près 3 pour cent étaient dans les mains de petits propriétaires indigènes. Les vraies grandes possessions approximativement le nombre de 45 — administrées par d'éminentes corporations coloniales françaises couvrent chacune plusieurs milliers d'hectares. La valeur actuelle des possessions françaises de caoutchouc aux colonies a été estimée à plus d'un million de francs.

LES CARTELS INTERNATIONAUX

Conformément au stade de développement avancé de l'économie capitaliste, les colonies de l'Asie et leurs exploiteurs impérialistes sont enchaînés par des cartels internationaux. Les Britanniques, par exemple, par la voie des « Royal Deutch-Shell réunis », à travers Shell, détiennent 40 pour cent du capital des deux principales Compagnies d'huiles, de la Cie de Batavia de production, et de la Cie Anglo-Saxonne de Pétrole de vente. L'enjeu britannique aux Indes Néerlandaises Orientales de production huilière fut récemment estimé à 26 millions de livres sterling. Des buts similaires furent atteints par des accords internationaux, restreignant la production, comme celui restreignant la production de l'étain signé en 1937 par le Congo belge, la Bolivie, l'Indochine française, la Malaisie, Thailand, les Indes Néerlandaises Orientales et le Nigéria.

Les cartels internationaux n'ont pu amoindrir la tension de l'économie, internationale. Des étincelles ont jailli de plus d'un heurt entre la Grande-Bretagne et les Etats-Unis au sujet de droits sur la fonte de l'étain et des restrictions sur le caoutchouc, etc... Seule la toute menaçante pénétration japonaise prévint une explosion plus sérieuse.

Le livre démontre clairement, comment le gouvernement colonial est l'agent de ce que l'auteur nomme le pays exploiteur « métropolitain ». Soumettant tout à ses buts économiques au travers de la construction de barrières de tarifs, la création de lignes de chemin de fer aux frais de la population indigène, le maintien de la population indigène en état d'esclavage, etc...

Naturellement, les profits ont été généreux. A Formose: « Le taux de profit des corporations japonaises était en moyenne de 30 %. Leurs dividendes étaient rarement au-dessous de 10 %. A Burma: « La moyenne des dividendes de la Compagnie (La Burma Oil Cie) pour ses actions normales était de 21,8 % entre 1928 et 1938. » (A noter qu'il s'agit des pires années de la dépression, particulièrement graves dans les colonies). Aux Indes Néerlandaises orientales: « ... d'un cinquième à un dixième de la population néerlandaise, ou bien dépend directement, ou est intéressée au point de vue financier au commerce ou à l'industrie des Indes Néerlandaises ». (Ceci est probablement un calcul modéré).

es super-prohts sont arraches à une popu ation indigène qui de ce fait est réduite à l prostration économique. Quelques reflets des conditions de la population indigène apparaissent de temps en temps à travers les lignes du texte. Au Thaïland:

Les cultivateurs du riz sont profondément endettés, et n'ont peu ou rien à dépenser. Le peu d'argent que possèdent les classes inférieures est enterré par ceux-ci ou converti en bijoux, tand's que les classes supérieures en ont assez d'envoyer de l'argent à l'étranger. « On évalue les dépôts à l'étranger à plusieurs millions de livies sterling. »

Il est intéressant de noter que sur une population de 14 millions au Thailand, à peu pri5p 3.000 seulement payent des impôts sur le revenu.

Formose illustre nettement quelques pratiques communes à tout le pays sous une forme ou sous une autre: « Des mesures administratives et légales aident également à augmenter les possessions japonaises. La confiscation de toutes les terres et forêts pour lesquelles aucun titre écrit ne pouvait être présenté, est un exemple de ces mesures. »

LONDRES PRECONISE LA FEDERATION DES INDES OCCIDENTALES CONTRE LES ETATS-UNIS

Le Ministère britannique des Colonies dans une lettre adressée à ses Gouverneurs coloniaux (Nem-York Times, 14-7-45) propose la Fédération de ses colonies des Indes Occidentales, à savoir des îles Bahama, Barbadoes, Leeward, Windward, Trinidad et de la Hondoura britannique.

Deux facteurs ont motivé cette proposition:

1° Pendant la guerre, l'impérialisme américain a acquis dans ces régions plusieurs bases aériennes et navales, en échange du prêt et bail, et tente actuellement à y supplanter totalement les Britanniques.

2° Les récents événements dans les îles Bahama ont entraîné la résignation du duc de Windsor comme Gouverneur.

Un fort courant d'opposition à l'exploitation coloniale britannique se développe à travers toutes les Indes Occidentales, dont la population souffre de la famine, des bas salaires ei de l'esclavage politique. Les impérialistes de Londres voient dans la Fédération de ces colonies un moyen de protection contre la pression des Etats-Unis ainsi qu'un moyen de concentration et de renforcement des méthodes de répression.

Ceylan 11 TROTSKYSTES LIBERES camarades du Parti Lanka Sama Samaja, Section de Ceylan de la IV® Internationale, ont été libérés le 24 juin dernier des geoles de l'impérialisme Britannique à la suite d'une vague de meelings de masses exigeant leur libération.

Menés par leurs leaders populaires, Philip Gunawardene et N. M. Pereira chantant le chant du Parti, ils sortirent de la prison où ils furent incarcérés. Une délégation du Conceil Pronvincial, dans lequel les deux membres du Parti furent élus avant leur première arrestation en 1940, était présent pour les saluer. Sur la route de 140 miles de la prison à la capitale de Ceylan, nos camarades furent acclamés par la foule sur tout le parcours.

EVASION AVEC LES GEOLIERS

Gunawardene et Pereira furent arrêtés d'abord en juin 1940, accusés d'activité révolutionnaire contre la guerre, et restèrent en prison jusqu'en août 1942, lorsqu'ils s'évadèrent en Inde avec leurs propres geoliers qu'ils avaient réussi à gagner à la cause du Parti.

Au début de 1944, ils furent trahis. à la police britannique et extradée à Ceylan pour être jugés. Le 8 février 1944 ils furent jugés par la Cour des Magistrats, à Yandy, Ceylan, et encore une fois jetés en prison.

MANIFESTATIONS DES MASSES

Des manifestations massives en faveur de leur cause ont été nombreuses dans tout Ceylan depuis leur dernière arrestation, comprenant toute la population indigène se joignant à la demande de leur libération. Lorsque nos camarades firent la grève de la faim en juin dernier, la crise atteignit son point culminant. D'immenses meetings furent tenus spontanément à Columbo et ailleurs. Le quarième jour de la grève de la faim une foule de 10.000 manifestants fut finalement informée par les autorités que les 11 avaient été Ibérés.

La libération de Gunawardene, de Péreire et de leurs camarades trotskystes était soumise à deux conditions de la part des autorités coloniales britanniques.

1° Ils devaient informer la police de leur changement de résidence dans les vingt-quatre heures. 2° Lorsqu'ils quittent la ville pour plus de trois jours, ils doivent déclarer à la police où ils se trouvent.

Malgré que le Parti ne soit pas encore complètement légalisé, la libération des camarades emprisonnés est considérée comme un prélude à une légalisation au moins partielle du Parti Lanka Sama Samaja.

La grande nouvelle de la libération des leaders de la Section de Ceylan de la IVe Internationale sera accueillie par les trotskystes et militants ouvriers du monde entier comme une autre victoire éclatante des forces de l'internationalisme socialiste.

Palestine L'ETERNELLE CRISE PALESTINIENNE

La Palestine, position stratégique clé en Méditerranée Orientale, terminus (à Jaffa) du pipe-line qui y amène le pétrole irakien, représente pour l'impérialisme britannique une escale indispensable sur la voie terrestre el maritime des Indes en même temps qu'elle constitue un coin enfoncé dans la charnière du monde arabe. Une poussière d'Etats, les uns indépendants (comme l'Arabie Saoudienne et le Yemen), les indépendants mais sous « protection » britannique (comme l'Irak et à présent les pays du Levant), d'autres encore, sous « mandat » (comme la Palestine et la Tranjordanie), d'autres enfin purement et simplement occupés (comme le territoire d'Aden) illustre la volonté de l'impérialisme d'y perpétrer à tous prix et par tous les moyens la division du monde arabe. La petite Palestine est devenu le champ clos où se heurtent avec violence — pour le plus grand bénéfice de l'impérialisme britannique — deux forces contradictoires: l'une représentée par l'immigration des juifs qui se croyent en droit de retourner après 2.000 ans à la terre biblique de « leurs ancêtres », et l'autre représentée par le peuple arabe établi depuis des siècles sur ces rivages de la Méditerranée. La situation tragique et sans issue dans le régime capitaliste faite au peuple juif, particulièrement en Europe, permet à la Grande-Bretagne d'ajouter un atout important dans son jeu politique au Moyen Orient: dès 1917 elle s'empressa de promettre aux leaders du mouvement « sioniste » la constitution d'un « foyer juif » en Palestine, sur laquelle elle s'octroya un « mandat » protecteur. Le sionisme, c'est-à-dire la politique du retour en Palestine devint non seulement l'espoir fallacieux des larges couches juives arriérées et misérables de l'Est et du Centre européen en butte à une sauvage persécution antisémite, mais encore un moyen supplémentaire pour accentuer à travers le monde entier la ségrégation des populations juives du milieu environnant. Après l'avènement d'Hitler le sionisme a gagné par contrecoup, de larges couches de la population juive rejetée sans espoir d'un pays à l'autre. Cependant le problème juif ne peut recevoir una solution dans le cadre de la politique sioniste: à présent plus de 600.000 juifs se trouvent déjà en Palestine, mais, outre le fait que ceci ne représente qu'un nombre infime par rapport aux 15 millions de juifs répandus dans le monde, il est tout à fait naturel que les 2 millions d'arabes

NATIONALE qui y sont établis soient opposés de toute leurs forces à l'immigration sioniste qui se propose de former une enclave indépendante en pleine terre Carabe. La Grande-Bretagne, qui ne soutient les revendications arabes pas plus qu'elle ne désire aider à la fondation d'un foyer juif, utilise leurs heurts réciproques pour mieux asseoir sa domination.

Depuis 1917 il y a une interminable « crise palestinienne »: les juifs n'y peuvent immigrer qu'un nombre très restreint (75.000 pendant 5 ans prévoit la cote d'autorisations établie en 1939). Or les juifs apatrides, les déportés dans les camps nazis, les victimes de l'antisémitisme sont évidemment en bien plus grand nombre que la « cote » prévue. La limitation de l'immigration ne peut satisfaire cette masse juive à qui « les grandes démocraties » refusent le droit de séjour et à qui elles ne laissent que l'espoir mensonger de pouvoir un jour aller à Jérusalem. Enfin la colonne juive établie en Palestine veut à tout prix renforcer ses rangs afin d'acquérir finalement un statut politique défini.

Inversement la population arabe ne peut tolérer ni la menace d'une immigration massive ni le danger d'une infiltration lente. Dressés les uns contre les autres les populations juives et arabes ont marqué des pages de sang l'époque de l'entre deux-guerres, espérant chacun qu'un jour ou l'autre l'impérialisme britannique cessera son double jeu.

Et l'interminable crise palestinienne va encore coûter beaucoup de sang. C'est précisément pour éviter ce danger que l'avant-garde révolutionnaire juive et arabe doivent se tendre la main en Palestine pour exiger ensemble :

1. Le droit pour la colonie juive qui y est actuellement établie, d'avoir un statut propre dans le cadre en Palestine, ETAT ARABE INDEPENDANT.

2. L'expulsion de l'impérialisme britannique, élément de trouble et d'intrigue.

3. L'arrêt de commun accord de l'immigration sioniste. Il faut comprendre que le problème palestinien est une chose, et que le problème juif en est une autre chose. La crise palestinienne peut être résolue par l'accord de la minorité juive avec la population arabe dans le cadre d'un état arabe. Le problème juif dans son ensemble ne peut être résolu qu'en abattant le capitalisme, fauteur des haines sociales et nationales.

Iran

UNE « PORTE » SUR L'U.R.R.S.:

L'IRAN SEPTENTRIONAL Une des plus importantes voies qui se soit développée pendant la guerre est celle du chemin de fer trans-iranien. En 1907 une convention anglo-russe marqua la limite des sphères d'influence en Perse des deux puissances. Immédiatement après 1917 la Russie Soviétique annula la convention. A présent I'U.R.S.S. exerce une pression diplomatique à Téhéran et demande que le Shan n'accorde des concessions à aucun autre pays dans l'aire septentrionale de la Perse qui borde l'U.R.S.S.

Voici ce qu'écrit à ce propos la revue libérale britannique « The Economist » (25 août 1945) :

« Des observateurs superficiels qui se souviennent de la tension de novembre dernier au sujet des pétroles et du mécontentement éprouvé par la Russie lorsque le gouvernement iranien d'alors se refusa d'accorder de nouvelles concessions d'exploitation, sont prêts d'attribuer la politique russe à des manœuvres dans le jeu. du pétrole. Mais logiquement cela remble peu nécessaire et peu probable. Le pétrole iranien pour lequel les étrangers ont obtenu des concessions jusqu'à présent, se trouve dans deux endroits:

L'aire la plus fameuse, et la seule exploitée commercialement jusqu'à présent, est dans le Sud et est exploitée principalement par l'AngloIranian Company. Depuis la révision, en 1933, de la concession accordée à cette compagne, quelques compagnies américaines, notamment la Sin-

Afri

Afrique du Nord

ALGERIE Nous avons esquissé les grandes lignes de la phase actuelle du problème colonial dans un chapitre de l'article publié dans le dernier numéro de « Quatrième Internationale » : L'impérialisme français en quête de grandeur.

Depuis lors plusieurs renseignements complémentaires viennent confirmer la continuité de la politique impérialiste française de Daladier à Pétain et de Pétain à De Gaulle.

Comment les impérialistes « luttent » contre l'inflation. Une statistique officielle estime que sur les 35 milliards de francs algériens représentant la totalité de la circulation fiduciaire de 1944, 25 à 26 milliards se trouvent à présent clair, Vacuum et Jersey Standard, y ont commencé des prospections.

L'autre aire, qui se trouve dans le Nord, comprenait avant 1914 les anciennes concessions tzaristes qui furent abandonnées à une tierce puissance. Malgré cette condition, des compagnies anglaises et americaines chercherent des 1920 a y obtenir des concessions; une compagnie améri caine - l'Amiran — réussit à en obtenir en 1937, mais elle abandonna ses droits l'année suivante, le transport du pétrole par la mer s'avérant peu économ que.

Il est difficile de voir dans le pétrole seulement un motif suffisant pour la politique actuelle de I'U.R.S.S. en Iran. »

On peut sans doute conclure que la compétition inter-impérialiste anglo-américaine dans leur semicolonie iranienne a un autre caractère que les visées « stratégiques » de Staline qui veut tenir fermée la « porte » de l'Iran septentrional.

Mais n'oublions pas que la Russie d'Octobre 1917 n'avait pas besoin des « avantages stratégiques » que recherche aujourd'hui la bureaucratie dégénérée du Kremlin, car l'U.R.S.S. de Lénine s'appuyait alors sur la confiance illimitée des peuples coloniaux dans les bolchéviks partisans sans compromissions de l'indépendance des colonies et des semi-colonies. que -entre les mains des indigènes. Afin de « résor» ber » l'inflation les impérialistes ont trouvé un moyen bien simple : les indigènes ne peuvent acquérir aucune propriété immobilière sans autorisation préalable, cette masse monétaire est pratiquement sans aucune valeur car, par ailleurs. le marché de produits industriels ou agraires est absolument vide. Ainsi, tandis que les colons et les européens peuvent acquérir non seulemen! des biens immobiliers mais encore pomper au prix légal tous les biens de consommation, les indigènes sont réduits à « thésauriser »... du papier sans valeur!

La situalion alimentaire. La situation alimentaire resie désespérée. La distribution des grains ou de la semoule (en théorie 150 gr. par jour et par tête) continue comme par le passé, à être faite dans les communes indigènes (baptisées « communes mixtes ») par l'administrateur français et par le « caïd », les deux larbins de l'impérialisme français qui s'arrogent la part du

IV INTERNATIONALE lion. Affamé et déguenillé (théoriquement les indigènes ont droit... à un demi-mètre de tissu tous les 6 mois!) le peuple algérien perd toute confiance même dans les partis européens qui se réclament de la classe ouvrière. - Les élections. Avant la guerre la masse indigène faisait une grande confiance au Parti stalinien aujourd'hui le P. C., devenu le partisan de la politique impérialiste, voit croître son influence parmi les européens alors qu'il perd tout crédit parmi les indigènes. Le battage pour l'application de la loi du 7 mars 1944 qui accorde une situation privilégiée à quelque 80.000 indigènes par rapport au reste de la population indigène, n'a trompé personne: aux dernières élections l'abstentionisme dans les collèges indigènes s'est élevé à 65 %

La répression La sanglante répression qui suivi les événements du 8 mai et qui a coûté la vie à plus de 15.000 indigènes, continue sournoisement: un algérien, M. Kadour, signalait récemment encore que tout européen « qui se sentirait menacé » pouvait provoquer facilement des massacres de villages indigènes avoisinants, en faisant des signaux convenu aux aviateurs français (les aviateurs de M. Tillon?) qui sillonnent jour et nuit le ciel de l'Algérie.

A Paris comme en Algérie la chasse aux membres du Parti du peuple algérien dirigé par le héros de l'indépendance algérienne, Missali Hadj, continue sans que la presse de gauche en souffle mot. Le peuple algérien veut secouer le joug odieux de la III° ou de la IV° République impérialiste française, tout comme Pétain, les « libérateurs », n'ont supprimé ni le code de l'indigémat, ni les délégations financières, ni le caïdat, ai les communes mixtes, ni l'état de siège.

Nigerie LES OUVRIERS INDIGENES REVENDIQUENT Ime tres grande greve a eclate en gerr carcame britannique au debut d mois de juillet.

nviron 150.000 ouvriers indigenes du Pi ac Works Department se sont mıs en aret pendant 3 semaines, revendiquant une augmentation des salaires, extraordinairement bas par rapport au coût de la vie.

Les grévistes ont immidiatement remplacé les chefs réformistes, qui, alarmés par l'extension du mouvement, ont manifesté le désir de cesser la lutte.

Ainsi, T. A. Bankole qui a représenté le mouvement ouvrier nigérien à la Conférence Mondiale des Syndicats de février 1944, a été remplacé par A. O. Imoudo, le président du Syndicat des Cheminots.

Imaudo a été exilé par les autorités britanniautorités britanniques pendant quatre ans et il retourna à Lagos seulement le 2 juin dernier.

Le gouverneur britannique A. Richards a ordonné l'arrestation de 10 leaders syndicalistes, parmi lesquels 9 seront traduits devant les tribunaux. Il a en outre réappliqué les mesures de censure et les lois en vigueur pendant la guerre européenne (abolies depuis le mois de mai dernier), qui lui accordent des pouvoirs dictatoriaux.

Les journaux West African Pilot et Daily Comet ont été suspendus pour avoir critiqué les leaders syndicalistes qui jouissent des faveurs du gouverneur. Les sections anglaises et américaines de la IVe Internationale ont envoyé des vigoureuses protestations au Colonial Office à Lomdres, et au gouverneur britannique de Nigérie.

Afrique du Sud

LA SITUATION DES TRAVAILLEURS SUD-AFRICAINS

« La saleté, la misère et la maladie » à Johannesburg ne peuvent être comparés qu'aux conditions des camps de concentration nazis, rapporte la Tribune de Londres du 6 juillet.

« Le nom de Johannesburg suffit à évoquer la vision des vastes ressources en or du Witwatersrand.., et pourtant des centaines de milliers d'indigènes vivent dans des conditions vraiment dtshonorantes dans quelques-unes des municipalités des villes indigènes. Dans quelques-unes de ces villes, les quartiers d'habitation sont faits de baraques, et il n'est pas rare de trouver des familles entières vivant dans une seule pièce. En réalité dans une seule ville, bien des gens habitent des « Tanks », baraquements qui étaient construits il y a cinquante ans pour faire face à la pénurie d'habitation, créés lorsqu'une ville avait dû être brûlée jusqu'au sol, à cause d'une déclaration d'épidémie.

RAVITAILLEMENT MISERABLE

« Pire encore est la situation alimentaire. Les légumes sont extrêmement chers dans la « Cité de l'Or » de nos jours, et les indigènes, mal rétribués doivent invariablement revenir à leur « mealie-meal » qui forme leur aliment essentiel, presque jamais relevé par d'autres mets. Malheureusement un tel régime donne le « pellagra » qui prévaut largement dans les villes, et on peut le dire, dans tout le pays, et qui peut entraîner la folie

« La moyenne des indigènes sud-africains ont le minimum nécessaire ni en alimentation, ni en éducation ni en logement ni en salaires, et d'une manière générale sont abandonnés par leurs « Trustees », ainsi que les Européens aiment à se désigner eux-mêmes.

LES REVENDICATIONS

DES OUVRIERS DE COULEUR

La Conférence des Syndicats non européens (groupant les ouvriers de couleur) de l'Afrique

IV INTERNATIONALE du Sud adopta le 6 août dernier une résolution revendiquant un salaire minimum de 10 shillings (2 dollars environ) par jour pour tous les travailleurs non qualifiés.

D'après le journal sud-africain The Sun, le contenu de cette résolution est le suivant:

« La présente Conférence des Syndicats non européens, revendique, en tant que droit élémentaire à l'existence pour tout travailleur non européen, un salaire minimum lui permettant de subsister.

« Nous commençons par exiger un salaire national minimum de 10 shillings par jour pour tous les ouvriers non qualifiés.

« Pour que ce salaire minimum corresponde au coût de la vie, nous revendiquons également l'adoption de l'échelle mobile des salaires, c'i està-dire que les contrats de travail doivent assurer automatiquement l'augmentation des salaires en relation avec la hausse des prix. »

La discussion de l'organisation d'un Congrès National des Syndicats non européens fut ouverte par J. Phillips, du Syndicat des Travailleurs non européens de lHabillement. Il déclara notamment:

« Une ligne plus nettement définie doit être adoptée de façon à ce que nous puissions occuper au sein du mouvement des Syndicats sudafricains la place à laquelle nous avons droit.

« Une coopération plus étroite entre les travailleurs de couleur et les travailleurs blancs est essentielle. Après tout notre lutte est leur lutte et nos buts sont identiques. »

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