Le nouveau plan quinquennal
La date de janvier 1946 a été fixé par le Soviet Suprême de l'U. R. S. S. pour le commencement du quatrième plan quinquennal 19461950. La guerre avait intérrompu le développement planifié de l'économie soviétique et l'interruption des publications statistiques depuis 1941 ne permet aucune analyse sérieuse de l'évolution économique de TU. R. S. S. de 1940 à 1945. Le nouveau plan quiquennal se propose de réparer les destructions causées par la guerre et de passer à la fin de 1950 le niveau économique de 1940
Selon l' « Etoile Rouge » du 29 mai 1945 plus de « 100 millions de dollars » sont nécessaires pour la reconstruction de l'Ukraine, soit 530 billions de roubles (taux officiel de change 1 dollar = 5,3 roubles).
Cette somme astronomique dépasse de 100 billions environ des roubles le budget total pour le premier et le deuxième plan quinquennal, et elle est 5 fois supérieure au revenu national global annuel le plus élevé d'avant-guerre (celui de 1938 évalué à 105 billions de roubles).
En d'autres termes, dans le cas où l'économie soviétique atteindra le niveau d'avant-guerre, elle sera obligée de dépenser le revenu national annuel des 5 années du quatrième plan quinquennal, pour restaurer l'industrie, l'agriculture, les villes ei les villages ruinés de la seule Ukraine. Mais l'Ukraine est l'une des sept Républiques soviétiques dont il faut envisager la reconstruction, les autres six étant: la Byélorussie, la Moldavie, la Finno-Carélie, la Lithuanie, la Lettonie, et l'Esthonie.
Le « budget de la victoire », adopté par le Soviet Suprême en avril 1945, consacre 45% des dépenses totales aux besoins militaires, c'està-dire approximativement la même proportion que pendant la durée de la guerre.
Il est peu probable que l'évolution de la situation internationale pendant l'exécution du nouveau plan amène la réduction de cette partie du budgel.
Par contre, les dépenses d'équipement pour l'année 1945, tout en marquant une légère reprise par rapport aux années de guerre, ne dépassent pas le 20 %
D'autre part, les effectifs humains pour la réalisation du plan sont nettement inférieurs par rapport. aux plans précédents. Les pertes humaines de l'U. R. S. S. pendant la guerre se chiffrent à 17.000.000 de morts et 3.000.000 d'incurables, et on estime que la population active de TU. R. S. S. se trouve diminuée d'environ 1/6°. Numériquement diminuées dans de fertes proportions les populations soviétiques sont également affaiblies par la baisse extraord -naire du niveau de vie el les privations consécutives à la guerre.
Et cependant le nouveau plan persiste dans la subordination de la production des biens de consommation à celle de moyens de production (« restauration et expansion des industries de base »).
Déjà avant la guerre, Staline et la bureaucrate soviétique, pour parer à la crise de maind'œuvre industrielle, faisaient appel au travail d'enfants de provenance paysanne.
Aujourd'hui cette source est presque tarie, la guerre ayant causé des ravages terribles dans cette catégorie aussi de la population. On comprend alors l'importance que représente pour la restauration de l'économie soviétique sous le régime bureaucratique, l'utilisation de la main-d'œuvre allemande. Dans ces conditions le nouveau plan quinquennal est-il réalisable avec les seules forces de l'U. R. S. S.?
Les promoteurs soviétiques eux-mêmes du plan, paraissent en douter fort.
Sans avouer expressement léchec déinitif du « socialicme dans un seul pays » ils reconnaissent que d'autres ressources seront nécessaires pour la reconstruction de l'économie soviétique:
a) Réparations en nature de provenance de la Finlande, de la Roumanie, de l'Allemagne.
b) Relations commerciales avec des pays comme la Pologne, la Hongrie, la Tchécoslovaquie.
c) Octroi des crédits américains et britanniques sous forme de machines, de produits textiles, etc.
Ainsi le problème de l'articulation de l'économie sovictique avec celle du « glacis » et de ses rapports avec le monde capitaliste est posé. Nous étudierons prochainement les conséquences qui s'en dégagent.
ETATS-UNIS
Les grèves
Plus d'un quart de million de mineurs américains ont interrompu le travail pendant 26 jours, ce qui a diminué de plus d'un million de tonnes la production quotidienne de charbon; les ouvriers de l'industrie de l'acier et de l'industrie pétrolière ont suivi, dans quatorze Etats, l'exemple des mineurs.
Dans le port de New-York enfin, quatre cenis navires ont été immobilisés par l'out-lock des dockers: D'autres grèves importantes, dont celle des ouvriers de l'industrie automobile, sont en perspective. Les causes générales de ces grèves sont surtout d'ordre économique.
Au moment où la démobilisation de l'armée menace de faire apparaître à nouveau le spectre du chômage les ouvriers tiennent à se pré-
IV INTERNATIONALE munir el à prendre dès à présent leurs précautions.
Durant la guerre les ouvriers étaient obligés de s'abstenir des grèves, de supporter l'arbitrage obligatoire et le blockage des salaires, relativement élevés grâce aux heures supplémentaires. Aujourd'hui le patronat, ayant la possibilité de puiser dans l'armée industrielle de réserve constituée par les quelques millions déjà des chômeurs, tente à comprimer les salaires, malgré la hausse du coût de la vie.
Les ouvriers, de leur côté, en luttant pour maintenir leurs salaires de guerre, malgré la suppression des heures supplémentaires, ne luttent en réalité que pour éviter l'abaissement de leur standard minimum de vie.
Ces grèves n'ont pas un caractère épisodique. Elles éclatent un peu partout et englobent souvent les ouvriers d'une branche entière de l'industrie. • Ellês se propagent rapidement d'un centre à l'autre du pays.
Elles sont souvent spontanées, malgré la volonté contraire des appareils syndicaux, et provoquent la solidarité active spontanée d'autres catégorie d'ouvriers.
Le gouvernement recours à des démonstrations de force contre les grévistes en employant les troupes (Chicago, Tolédo, etc.) et en réappliquant la législation antiouvrière de l'arbitrage obligatoire, de l'occupation des usines par l'armée, etc., qui était en vigueur pendant la guerre. La tendance du gouvernement est de faire de ces mesures « temporaires » un régime permanent réglant le marché du travail. C'est le seul domaine où le capitalisme « libéraliste » des EtatsUnis est sans réserve pour l'interventionisme étatique total.
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Le S. W. P., section nord-américaine de la IVe Internationale. a posé la condidature du C. Farell Dobbs pour le poste de maire de New-York. D'autre part, dans lebut d'activer la formation d'un parti travailliste aux EtatsUnis, le S. W. P. a pris la décision de soutenir dans les élections municipales à Détroit, centre de l'industrie automobile des Etats-Unis, la candidature des représentants ouvriers Richard Frankesteen (au poste de maire) et T. Loll, G. Edwards, Ch. Hill au conseil municipal, soutenus par la C. I. O.
ANGLETERRE
La grève des dockers
La grève nationale des dockers anglais qui a duré plus d'un mois prouve clairement deux choses :
Tout d'abord elle a montré à quel point la direction des Syndicats est liée à l'appareil de l'Etat et les efforts désespérés qu'elle fait pour freiner les luttes ouvrières. Deuxièmement elle a dévoilé la politique du gouvernement travailliste en ce qui concerne les revendications élémentaires des travailleurs. Au lieu de forcer les employeurs à donner satisfaction aux dockers et de mettre ainsi fin à la grève, le gouvernement travailliste a envoyé des soldats pour remplacer les ouvriers.
La grève est l'expression de la colère des dockers devant les perpétuels atermoiements et les tentatives avortées des chefs des Syndicats pour satisfaire leurs revendications. Quand, il y a dix mois, les dockers de Londres se mirent en grève, Donovan et d'autres chefs syndicaux leurs promirent d'agir immédiatement, s'ils reprenaient le travail. Les ouvriers n'accordèrent aucune confance en ces fallacieuses promesses mais entre temps ils avaient établi suffisamment de contacts pour qu'une lutte nationale fut rendue possible.
L'occasion de cette lutte se présenta quand les dockers de Birkenhead se mirent en grève.
Les revendications immédiates des dockers sont:
1° Salaire minimum de 25 sh. par jour (250 francs) ;
2° La semaine de 40 heures. Que la présente grève obtienne ou non satisfaction elle a néanmoins soulevé certaines questions fondamentales pour l'ensemble de la classe ouvrière anglaise. Ellę a, en premier lieu, démontré la nécessité de la démocratisation de la structure syndicale et établi le droit de contrôle des travailleurs sur leur direction. Deuxièmement elle a souligné l'importance d'un contact sur l'échelle nationale des leaders de la base en vue de mener la lutte sur le plan national contre la bureaucratie syndicale.
Le Parti Communiste Révolutionnaire, section anglaise de la IVe Internationale, a donné son appui actif au mouvement des grévistes et a été pour cette action de classe en butte aux attaques de la réaction bourgeoise et de la bureaucratie travailliste,
FRANCE
Les élections
Les résultats des élections générales du 21 octobre, en France, confirment la poussée à gauche des masses ouvrières et petites-bourgeoises constatée déjà par les élections précédentes (municipales et cantonales).
Sur un nombre de 19 millions 152.876 suffrages exprimés, les communistes ont obtenu 5.004.121 voix; les socialistes 4.761.578, et le nouveau parti qui a amalgamé l'ancienne droite et le centre, le M. R. P. (Mouvement Républicain Populaire), 4.580.222.
L'ancien parti radical, en pleine décomposition, n'a recueilli que 1.115.382 voix.
Les deux partis ouvriers détiennent la majorité absolue tant par le nombre des suffrages exprimés que par le nombre des représentants dans l'Assemblée Constituante.
Mais malgré ceite majorité ils persistent dans la politique de l'Union Sacrée et se sont déjà exprimé pour la formation d'un nouveau gouver- nement présidé par De Gaulle et avec la particapation du M. R. P. Une loi réactionnaire du gouvernement imposait le paiement d'une caution de 20.000 francs par candidat, non remboursable dans le cas où le candidat ne réussirait pas à obtenir le 5º des suffrages exprimés.
Malgré cet obstacle le Parti Communiste Internationaliste, section française de la IVe Internationale, a présenté des candidats dans la fre circonscription de la Seine (Paris), où il a recueilli 8.113 voix, et dans le département de l'Isère; où il a recueilli 2.700 voix.
Ces résultats doivent être considérés comme satisfaisants et démontrent clairement l'existence d'un courant qui se cristallise autour de notre Parti. avec de moyens ement sa campagne dectorale Le P. C. I. a mené sa campagne électorale plus à combattre simultanément la réaction bourgeoise qui lui interdit encore la parution légale de son journal « La Vérité », et les calomnies et la terreur staliniennes (écrits calomniateurs et provocateurs de l' « Humanité », attaques contre les réunions électorales, etc.).
GRECE
Les victimes de la terreur stalinienne
Tandis que l'EAM s'apprête à envoyer ses représentants à Londres pour « éclairer l'opinion britanique » sur la véritable situation en Grèce, les crimes commis et la terreur instaurée, par les bandes monarchistes et réactionnaires, il serait temps d'éclairer en même temps l'opinion ouvrière mondiale sur ce que fut réellement le régime de l'EAM et de l'ELAS et particulièrement le comportement de leurs dirigeants pendant les événements de décembre 1944 envers leurs adversaires politiques révolutionnaires.
Des centaines de militants ouvriers, dont la plupart a passé plusieurs années dans les prisons de la bourgeoisie grecque, dirigeants connus des syndicats, appartenant soit au mouvement de la IV° Internationale, soit à l'organisation archiomarxiste, soit au Parti Communiste même, ont été lâchement et sauvagement assassinés par les staliniens pour avoir manifesté leur foi politique contraire à celle professée par ces derniers.
La réaction et la terreur staliniennes se sont abattues sur l'opposition révolutionnaire du mouvement ouvrier grec avec une violence, qui, toute proportion gardée, dépasse de loin les fortaits staliniens pendant la révolution espagnole.
La longue liste des victimes de la réaction staliniennes en Grèce n'est pas encore complétée. Mais déjà nous commes en mesure de donner une première liste des victimes:
Militants appartenant au mouvement de la IVe Internationale:
D. Bourzoukis, avocat, membre du C. C.; N. Aravantinos, ouvrier, membre du C. C.; M. Miliadis, ouvrier; Théophilos, ouvrier; G. Doxas, ouvrier; S. Stergiou, ouvrier; J. Stasianos, pay-
. Magos, étudiant; Th. Ekonomou, étudiant; S. Spaneas, journaliste; Th. Adramitidis, M. Themelis et Th. Themelis, ouvriers; N. Venetianos, avocat; M. Maragakis, employé; N. Mouskas, ouvrier; S. Verouchis; K. Charitonides, ouvrier, etc.
Militants appartenant à l'organisation archéomarxiste:
M. Kavallièros, de la direction du syndicat des ouvriers boulangers d'Athènes; A. Papadopoullos, de la direction du syndicat des ouvriers de. chaussures d'Athènes; Zouris, ouvrier; les frères Kapetnaki (Agrini); Kalogerakis, Poniros, Polmos, Gikas, Pimenides, Vamvakas, etc.
Enfin plusieurs militants appartenant au Parti Communiste même, et ayant manifesté des divergences avec la direction ont été assassinés, parmi lesquels le C. Glaukos, membre du C. C., et le C. Douvas, militant syndicaliste connu, dirigeant de l'organisation communiste à Agrini.
Une Commission Internationale composée des représentants d'organisations ouvrières politiques ct syndicales doit se constituer et enquêter sur ces crimes.
Be stalinisme introduit dans le mouvemen uvrier des méthodes incompatibles avec la mo rale prolétarienne qui rappellent les procédés fascistes.
Aux calomnies, aux provocations, etc., il ajoute chaque fois que les conditions le lui permettent, l'assassinat systématique de l'aile révolutionnaire du mouvement ouvrier.
L'avant-garde prolétarienne mondiale doit s'émouvoir de ce danger réel, illustré de nouveau en Grèce d'une façon si tragique, et réagir par tous les moyens politiques qu'elle dispose.