L'article suivant nous a été envoyé par un vieux communiste allemand jadis membre dirigeant du P.C.A. Il est intéressant de voir comment l'expérience acquise par les éléments les plus sains de la vieille garde communiste allemande, depuis l'avénement d'Hitler en Allemagne, et surtout pendant cefte guerre impérialiste qui a marqué l'ppogée de la politique chauvine et traitre du stalinisme, les conduit vers les positions programmatiques de la IV Internationale. Ce fait constitue déjà une promesse importante que le nouvean Parti révolutionnaire en Allemagne ne se construira définitivement que sous le drapean de la /V" Internationale, et que le stalinisme rencontrera les plas grandes difficultés à reprendre racine en Allemagne. Ecrit en mars 1945, il continue à être d'une brûlante actualité.
Quelle que soit la façon dont la guerre se termine. un fait est sur et certain: d'après les plans el les intentions que l'on connait des aujourd'hui, le traité de Versailles n'aura été, en comparaison avec la * paix » qu'on prépare, qu'un véritable jeu d'enfants. Test vrai qu'on lance des menaces à l'adresse des fascistes allemands, mais les mesures décisives sur le plan social et politique, telles que le démeinbrement de l'Allemagne, les réparations et les déportations, se dirigent contre le peuple allemand lui-même. Ces mesures prouvent sans équivoque possible qu'on veut faire payer les masses allemandes pour les crimes d'Hitler. Hitler, une fois battu sur le plan militaire, disparaitra comme négrier du peuple allemand au service du capital financier allemand, mais sera immé. dintement remplacé de l'extérieur par les nouveaux négriers impérialistes. Un changement de négrier, c'est ce qu'apportera la nouvelle ‹ paix » au peuple allemand.
Dans la préparation propagandiste de celte • paix », il est devenu courant de présenter le peuple allemand comme entièrement contamine par nazisme. Pour s'assurer d'avance une justification, on doit rendre le peuple allemand responsable de tous les crimes fascistes.
De telles pratiques, du côté impérialiste, n'ont rien d'anormal. Beaucoup plus important et dangereux est le fait que les partis communistes officiels et l'Union soviétique, sous la direction de Staline. ne font plus de distinction entre Hiller et le peuple allemand et se désintéressent de la révolution allemande.
Au temps du Traité de Versailles, il y avait su moins une Internationale communiste qui obligeait les partis communistes des puissances victorieuses à lutter sans arrêt contre l'exploitation impérialiste que contenait ce traité. Mais aujourd'hui, pour éclairer les prolétaires, il faut soutenir une lutte difficile contre le courant chauvin des partis communistes officiels. Il faut que la classe ouvrière internationale comprenne entièrement l'importance formidable d'un moavement antifasciste allemand et d'une révolution allemande, malgré le sabotage communiste officiel. Il faut mettre le prolétariat international en état de fraterniser avec il continue à etre d'une brulante actualité. le prolétariat allemand, non seulement contre Hitler, mais aussi contre les négriefs impérialistes de demain, contre les maitres du deuxième traité super-Versmilles en préparation.
Rappel de quelques vérités élémentaires
Il est nécessaire pour la suite de cel article de rappeler certains faits historiques, Il ne faut pas oublier tout d'abord que le prolétariat allemand a terriblement saigné dans ses multiples essais héroiques de révolution, pendant la période entre les deux guerres mondiales, et ne pas chercher à présenter un peuple allemand homogène, qui se confond avec Thitlerisme.
Ce sont les militants allemands qui ont connu avant tous les horreurs de la domination hitlérienne.
Ignorer, par exemple, les milliers de révolutionnaires qui ont été fusillés, guillotinés, tués dans les camps de concentration par les fascistes, ce serait. insulter les morts.
Ces innombrables martyrs, qui ont fait — et font encore aujourdhui — leur devoir prolétarien jusqu'au bout, n'est-ce pas la meilleure preuve qu'il y a eu un mouvement populaire antifasciste en Allemagne, qu'Hitler et le peuple allemand ne se confondent pas?
On pourrait évidemment, en toute sympathie, analyser les fautes et les faiblesses du mouvement ouvrier allemand, dans l'intention de faire mieux, et de découvrir les motifs qui ont conditionné la victoire du fascisme. On pourrait reprocher à la social-démocratie les méthodes de Noske et ses coalitions avec la bourgeoisie, coalitions qui furent une trahison de la classe ouvrière, On pourrait reprocher au communisme allemand de n'avoir pas su éviter la scitsion de la classe ouvrière allemande, par un Front unique vraiment en état de combattre le fascisme. Mais ignorer tout simplement le mouvement antifasciste des ouvriers allemands et imaginer un peuple allemand influencé tout entier par Hitler, c'est aider Goebbels, chef menteur du Reich.
On ne saurait vraiment faire grief à l'auteur de ces lignes de se trouver dans l'obligation, devant une telle situation, de rappeler d'abord quelques vérités élémentaires du marxisme, en ce qui concerne la naissance du fascisme en Allemagne et le déchainement de la deuxième guerre mondiale.
Il est naturellement tout à fait erroné de considérer le Fascisme allemand comme un phénomène spécifiquement germanique. Prétendre cela serait faire du racisme pur et simple. En réalité, le peuple allemand n'est ni meilleur ni pire que les autres peuples. Seules les circonstances économiques et politiques particulières de l'Allemagne ont entrainé le fascisene comme résultat historique. Dans le cadre limité, de cet article, il faut se contenter de mentionner seulement que l'unification nationale de l'Allemagne, son évolution capitaliste et son apparition sur le marché mondial ont été tardives. Mais l'Allemagne rattrapa et dépassa très rapidement ses concurrents, développa de la façon la plus marquante un capitalisme de monopole, doué d'une force d'expansion formidable. el devint de par cela même le représentant le plus agressif d'un impérialisme revendiquant un partage. el après Versailles, un repartage des débouches et des sphères d'influence du monde. C'est là qu'il faut chercher la cause principale du militarisme allemand et de son agressivité, et non pas dans le caractère militariste du peuple, comme voudraient le faire croire ceux qui prennent la forme extérieure pour la véritable cause.
Il est incontestable qu'Hitler, comme représentant d'un impérialisme affamé, contraint à l'expansion par le haut degré de son développement technique et organisationnel, mais freiné par Versailles. a fourni le prétexte à la deuxième guerre mondiale. Mais ce n'est pas pour cela que les autres puissances impérialistes deviennent des c démocraties paisibles ». Si les impérialistes américains, anglais, français apparaissaient en 1939 plus pacifistes, C'est parce que, rassassiés et se sentant sûrs de leurs possessions, ils n'étaient pas disposés à ce moment à risquer une nouvelle guerre mondiale pour un nouveau partage du monde.
La guerre mondiale a duré assez longtemps pour démontrer entre temps le caractère également impérialiste des < Alliés 3. Le conflit sanglant auquel nous assistons n'est, en effet, qu'une tentative pour obtenir un nouveau partage des sphères d'intérêt capitaliste, Des rivalités impérialistes entre les < Alliés s se dessinent déja assez visiblement, par exeraple, à Toccasion du partage de l'Allemagne.
Les e démocrates » ne sont pas disposés à plaisanter quand leurs intérêts paraissent menacés par une action prolétaricane, ou simplement réellement antifasciste. Le sang versé par les & libérateurs › anglais dans leur semi-colonie grecque le prouve.
Somme toute, il ne faut pas oublier que le fascisme allemand n'est que l'enfant légitime du capitalisme, bien que, cette fois-ci, le fascisme allemand apparaisse comme l'agresseur, comme le principal responsable.
C'est le capitalisme qui engendre le fascisme aussi bien que la guerre. Par conséquent, ce serait une illusion dangereuse de penser qu'à l'avenir il n'y aurait plus de danger de guerre, si seulement le Fascisme allemand était abattu. Les guerres ne disparaitront qu'avec la disparition de l'ordre capita-
ATIONALE liste, Aussi longlemps que cet ordre existe, une rechute dans le fascisme reste inévitable,
Ceci est une raison de plus pour la classe ouvrière internationale de ne pas lutter seulement pour le renversement du fascisme allemand, mais de combiner cette lutte avec la lutte contre foute autre tendance fasciste, contre toute tentative réactionnaire, contre toute entreprise impérialiste de sa propre bourgeoisie.
Si l'on veut comprendre pourquoi le fascisme a atteint en Allemagne sa forme la plus perfectionnée, il faut tenir compte de son développement économique spécifique.
En Allemagne, le chemin normal de la fusion entre le capital bancaire et le capital industriel en un capital financier à caractère monopoleur a été particulièrement sinueux. Entre la production sociale et Tappropriation privée s'ouvrait un fossé profond. D'un côté, il y avait la majorité écrasante et incontestable de tout un peuple: de l'autre, une couche toujours plus petite de banquiers et d'industriels, se confondant de plus en plus avec le gouvernement, et qui montrait de plus en plus clairement son caractère parasitaire, encaissant des profits de monopoles de plus en plus élevés, aux dépens de son propre peuple.
La démocratie bourgeoise et le libéralisme correspondaient. dans T'essentiel, au capitalisme de libre concurrence. Au capitalisme de monopoles correspondait l'abolition de"la démocratie et du parlementarisme, l'invention de la théorie de la race des seigneurs, la réaction sociale et politique sur toute la ligne. Dans la mesure où la minorité régnante des capitalistes de monopoles devenait moins nombreuse. des décrets-lois el des mesures de contrainte étaient appliqués et tous les droits démocratiques étaient abolis. Dictature, totalitarisme et, finalement, l'Etat totalitaire d'Hitler ne sont que les conséquences politiques d'un capitalieme de monopoles poussé à l'extrême.
Naturellement, celte évolution capitaliste vers le fascisme n'était pas déterminée d'avance, comme une fatalité, Il existait une force qui pouvait faire dévier felte évolution vers le socialisme : le prolétariat allemand. Mais le prolétariat allemand fut battu. Les formidables sacrifices en vies humaines des ouvriers allemands restèrent vains, pour les raisons suivantes : scission de la classe ouvrière, réformisme, trahison de la social-démocratie, saignée de l'avant-garde communiste, et plus tard, incapacité d'un parti communiste de masse et d'une Internationale Communiste de former un front unique ouvrier capable de lutter contre le fascisme.
De plus, chaque nouvelle défaite de la classe ouvrière fut pour la bourgeoisie une occasion toujours mieux appréciée de renforcer ses gardes fascistes de S.A. et S.S. et de créer même un mourement de masses fascistes, composé d'éléments du Jumpenproletarial, de certaines couches de la petite bourgeoisie et des milieux de la paysannerie. Jusqu'au moment où la catastrophe la plus grande qu'il y ait jamais eu dans l'histoire du mouvement ouvrier international se réalisa : l'avènement d'Hitler.
Donc, si l'on veut parler de la responsabilité du peuple allemand concernant le fascisme, il faudrait considérer d'une façon objective toutes les raisons de la défaite du prolétariat allemand. Mais chercher les causes du fascisme dans le caractère tême du peuple allemand, c'est la plus grande des absurdités. Il faut chercher la cause du fascisme dans le développement spécifique de l'Allemnagne.. Ce fascisme a d'autant moins de rapport avec le peuple allemand dans son enserable qu'il est, au contraire, la tyrannie la plus brutale, la plus réactionnaire, lechniquement et organisationnellement la plus perfectionnée qu'une mince couche d'exploiteurs ait jamais exercée contre le peuple allemand.
Les causes de la résistance du fascisme
Or, s'il en est ainsi, un nouveau problème surgit immédiatement. Pourquoi le peuple allemand tolérat-il si longtemps cette tyrannie sanglante d'une minorité, "pourquoi ne renversa-t-il pas le fascisme et pourqusi n'essaya-t-il pas d'échapper au moins à T'effroyable boucherie du dernier round d'une guerre perdue, dans un moment où la défaite militaire «'Hitler était déja certaine?
Si de telles questions sont posées, il faul d'abord voir qui les pose et pourquoi il les pose. Si des militaristes et des impérialistes tels que les lords capitalistes anglais, qui ont acclamé l'avènement d Hitler et qui ont soutenu des années durant Je fascisme allemand, parlent aujourd hui de la nécessité du renversement de l'hitlérisme, c'est quils envisagent naturellement tout autre chose qu'une extermination réelle du systême fasciste. Ces espèces d'antifascistes ont déjà prouvé en Grèce, en Belgique, en Italie, en France, — et ils le prouveront encore dans d'autres
- qu'ils sont surtout contre les masses populaires, lorsque celles-ci sont réellement décidées a exterminer une fois pour toutes le fascisme. Les mots d'ordre de cer e démocrates ». visant soi-disant à provoquer la chute du fascisme allemand, ne sont en réalité qu'un moyen de combat pour la réalisation de leurs propres buts militaristes et impérialistes. Leur reproche à l'adresse du peuple allemand de tolérer toujours Hitler n'est qu hypocrisie, car, au fond, c'est justement en s'appuyant sur cette prétendue alliance ¿'Hitler et du peuple qu'ils préparent la punition du peuple allemand et l'instauration de leur pouvoir exploiteur et impérialiste sur toute l'Allemagne.
Mais on est obligé de donner des éclaircissements sur le problème en question si ceux qui le posent sont les masses popalaires de tous les pays. En ce cas, il faut dire : la destruction des organisations ouvrières allemandes, l'anéantissement systématique de l'avant-garde révolutionnaire du prolétariat allemand l'encadrement-des masses populaires dans des organisations fascistes techniquement parfaites, organisahone qui ne permeitent à personne en Allemagne de vivre en dehors de leur rayon d'action, l'effet de la démagogie sociale d'Hitler (au moins à l'époque qui précéda la guerre) et surtout l'appareil policier le plus formidable, le plus brutal et techniquement le plus perfectionné, développé à l'infini par la plus grande machine de guerre de l'histoire mondiale, comprimant tous les deux le peuple allemand dans un corset de fer — tout ceci serait à analyser profondément ai l'on voulait faire comprendre pourquoi le peuple allemand n'a pas encore chassé Hitler et pourquoi jusqu'à maintenant ce ne sont que des petits groupes et des individus isolés qui se sont sacrifiés dans la lutte contre Hitler.
C'est celte confusion entre Hitler et le peuple allemand, entretenue par les communistes officiels comme par les impérialistes des plus réactionnaires, qui empêche le reverserent d'Hitler par le peuple allemand. Et s'il y a des groupements qui prétendent , désirer la chute du fascisme allemand, comme par exemple le e Comité de l'Allemagne Libre 2, est-ce qu'une semblable organisation, totalement dénuée de principes et comprenant des généraux et des maréchaux qui prétendent avoir découvert leurs sentiments antifascistes pendant la captivité, pourrait trouver un écho parmi les masses populaires antifascistes en Allemagne même? Il va de soi qu'il faut répondre négativement à cette question.
Mais n'y a-t-il pas en Allemagne plusieurs millions d'ouvriers déportés de tous les pays? Eux au moins. on ne les suspectera pas d'avoir un penchant nature vers le fascisme. Pourquoi ces millions-là ne se révoltent-ils pas contre le fascisme? Parce que, eux aussi, ils sont pris dans le même corset de fer. Cest en première ligne le gigantesque appareil de contrainte d'Hitler qui a jusqu'à maintenant toujours réussi, contre le peuple allemand et en même temps contre les ouvriers étrangers, à jouer le rôle de briseur de la moindre activité antifasciste.
Mais an jour cette digue aussi sautera. Elle sautera dans un délai d'autant plus rapproché que ce mur de non-compréhension et de haine chauvine sera détruit, mur qu'on essaie systématiquement d'ériger entre le peuple allemand et les masses populaires des autres pays.
Les projets impérialistes
Voici comment la situation se présente aujourd bui: indépendamment des tentatives de révolte contre Hitler qu'il pourrait y avoir encore au dernier moment en Allemagne même, les impérialistes e alliés » veulent en finir avec cette affaire uniquement par les moyens militaires. Leurs plans sont les suivants: après une reddition sans conditions, ils voudraient d'abord écarter le peuple allemand de toutes possibilités de gouvernement et exercer eux-mêmes le pouvoir gouvernemental par intermédiaire d'un régime militaire ou plutôt d'une dictature de généraux. Ils envisagent actuellement le partage de l'Allemagne en quatre morceaux — une zone russe à l'Est, une zone anglaise dans le Nord-Ouest, une zone américaine dans le Sud-Ouest et une zone française dans le Sud. Il est intéressant de noter qu'on ne sait pas encore d'une Façon définitive à qui est réservé le morceau le plus important : la Rhur.
Pour ce qui est des plans concernant la structure sociale et économique de l'Allemagne vaincue, les solutions proposées, aussi monstrueuses les unes que les autres. sont les suivantes : L'Anglais Vansittart demande le démembrement complet de l'Allemagne: l'Américain Morgenthau préconise In transformation de l'Etat industriel allemand en pays purement agricole: et Varga, l'e éminent > économiste de Staline, propose l'ensemble de ces mesures : démembrement du terntoire, désindustrialisation, paiement de plusieurs milliards de réparations et déportation d'au moins 10 millions d'ouvriers allemands vers l'Est.
Et qu'en est-il de l'abolition des lois raciales, de la punition des bourreaux S.S., de la dissolution des organisations national-cocialistes, du chätiment des innombrables criminels de guerre? On entend encore, mais déjà moins fort, de tels bruits de propagande,
IV. INTERN mais par contre des nouvelles nous parviennent à la foin du front russe, américain, anglais et français suivant lesquelles il est sévèrement défendu aux soldats de répondre aux tentatives de solidarisation de la population, c'est-à-dire à toute activité antifasciste. La presse moscovite communique que les ouvriers de Haute-Silésie ayant donné l'assaut aux palais des bonzes nazis, les russes se sont empressés de rétablir l'ordre. La justification est à peu près celle-ci : la Piscines ne trait du pe marcontre des Alleriande pretendue colere du pour se soustraire à la responsabilité de l'ensemble des crimes fascistes,
Ce ne sont la que des signes avant-coureurs de la situation à venin Mais des aujourd'hui, on peut constater qu'il n'y aura pas d'extermination du fascisme, pas de punition des bourreaux nazis et des criminels de guerre, pas de destruction de la Gestapo et des S.S. si les forces antifascistes du peuple allemand Tui-même ne sont paj mobilisées et organisées. Et c'est une täche bien difficile.
Sans aucune équivoque, tous les plans impérialistes. visant au démembrement, déportations, paiement de téparations, ete., sy opposent. Ces plans exigent un peuple d'esclaves sans pouvoir et volonté et non pas un peuple fier el libre, capable de se délivrer luimême du fascisme.
Il faut même s'attendre, après quelques mesures destinées à jeter de la poudre aux yeux, à ce que les nouveaux négriers du peuple allemand emploient à nouveau une grande partie du vieil appareil fasciste de l'Etat et de la police pour opprimer les masses populaires antifascistes. Sil est exact, comme il a été annoncé ces jours derniers dans la presse suisse, que les Américains font des cours de e réeducation » des S.S., on peut déjà se faire une opinion sur ce qui va se passer. On verra en tout cas, sous les nouveaux détenteurs impérialistes du pouvoir comme sous Hiter, le danger principal dans internationalisme d'un prolétariat qui lutte consciemment pour le socialisme. pour échapper après l'enfer billérien, à l'enfer du nouveau super-Versailles.
On peut déja aujourd'hui prévoir ce que donnera alors au monde la propagande mensongère. On bavardera sur les influences néo-fascistes, on suspectera les ouvriers allemands de travailler de nouveau pour une renaissance nationale et pour une résurrection du militaisme allemand. Ce so au prolétariat allemand de prouver par l'action son internationalisme et son mépris pour tout racisme. Ce ne sera pas la faute du prolétariat, mais la faute des autorités occupantes c alliées 2. si beaucoup de fascistes échappent au chätiment et tächent même de s'introduire dans les rangs du prolétariat. Chasser cos provocateurs ne peut être que l'œuvre d'un prolétariat organisé sachant manier l'arme de l'internationalisme. Mais ce prolétaFiat doit trouver — on ne saurait trop revenir sur ce point capital — aide et assistance auprès de la classe ouvrière internationale elle-même..
La question du Parti Révolutionnaire
De même que, après la première, guerre mondiale, le traité de Versailles et ses suites, y compris l'avènement d'Hitler, n'auraient pu être empéchés que par une révolution prolétarienne allemande, de même le deuxième Versailles avec ses germes d'une autre•
ATIONALE guerre mondiale ne peut être empêché que par la victoire, du prolétariat et la fédération des peuples socialistes. Où en sonmes-nous en ce qui concerne les conditions préliminaires menant vers ce but? En quelles perspectives y a-t-il spécialement pour le prolétariat allemand dans sa double lutte, pour l'extermination du fascisme allemand d'une part, et contre la nouvelle exploitation impérialiste d'autre part ?
En général, on peut tout d'abord constater que les données objectives pour une révolation allemande sont absolument propices, peut-être même trop mures. Ceci est valable à tous les points de vue, soit que Ton envisage les crises inévitables de l'économie d'aprèsguerre sous Tere d'un nouvenu super-Versailles, soit que lon tienne compte du fait que la radicalisation se fait aujourd hur beaucoup plus rapidement qu'en 1918, et cela à l'échelle mondiale, ou que Ton s'en tienne tout simplement au développement techniqueorganisationnel du capitalisme allemand pour constater que la concentration du capital monopoleur allemand et ses rapports étroits avec les organes d'Etat oat posé les premiers fondements d'une socialisation générale.
C'est visiblement le facteur subjectif qui est le plus en retard. Non pas qu'il y ait encore en Allemagne me majorité on même une forte minorité fasciste, 1| est d'ores et deja absolument sûr que l'expérience des masses sous la domination fasciste et surtout les soaffrances formidables provoquées par une guerre totale, oni isolé Hitler et sa clique une foir pour toutes et pour toujours de la majorité écrasante du peuple allemand
Par facteur subjectif, il faudrait plutôt comprendre les forces organisationnelles et les élémenis dirigeants, qui auraient la capacité de mener un mouvement de masses vers un but socialiste.
Il est sür que, dans l'Allemagne de demain, après une telle saignée, régnera une apathie profonde et une fatigue nom moins grande, mais qu'aussi parfois éclateront des révoltes de désespoir, qui auront pour point de départ les conséquences sociales du deuxième Versailles. Il est possible qu'à ces sursauts de désespoir se melent même des tendances néo-fascistes. Par conséquent il est d'autant plus important qu'il y ait des forces qui sachent immédiatement éliminer les éléments nuisibles et qui, de plas, sachent coordonner les luttes isolées et leur donner un sens de classe et une direction socialiste.
En d'autres fermes : la situation de demain en Allemagne exigera la création d'un véritable parti révolutionnaire de masses avec un programme clair. correspondant à la situation. Cest-a-dire un vrai parti communiste, un parti qui sache lutter dans le sens de Liebknecht et de Luxembourg et qui puisse appliquer les enseignements et les expériences d'un Lénine.
Qu'est-ce qui reste encore de co parti en Allemagne? Il est vrai qu'il y a toujours de petits groupes qui travaillent suivant la méthode de la décentralisation totale, correspondant à l'illégalité la plus complète. Mais ne nour faisons pas d'illusions : en Allemagne, le Parti Communiste doit être entièrement rebati. Les vieux cadres révolutionnaites expérimentés sont à peu près entièrement liquides. Ils sont mortssous la hache du bourreau, ils ont péri dans les camps de concentration, ils ont disparu dans la boucherie générale de cette guerre. A l'extermination physique
IV* INTERN on peut ajouter → chose encore bien pire pour un parti — la dégénérescence spirituelle dans l'émigration. Arrachés à leur pays, le restant des cadres dirigeants du parti furcat de plus en plus victimes de la corruption politique, Ce qui en existe. encore ne cotapte plus dans l'histoire de la révolution allemande, C'eat de l'argile facile à manier dans la main chauvine de Staline, Il n'est que trop naturel que ce qui reste ne porte même plus le nom de e communiste ». mais s'allie, dans le cadre d'une e Allemagne libre 3, à d'anciens généraux-maréchaux d'Hitler.
Ainsi, comme en 1918, où le parti communiste sous Liebknecht était représenté surtout par in jeunesse ouvrière, c'est à cette dernière qu'il faut de nouveau adresser un vibrant appel. Mais ici surgissent encore d'autres problèmes qui ne seront pas faciles à réscudre. Si quelqu'un a été en Allemague la victime de la propagande, de la corruption et de la violence riational-socialiste, C'est bien la jeunesse. Spartneus et le jeune Parti Communiste étaient le parti des jeunes révolutionnaires. Cette fois-ci, il y a eu un monopole fasciste sur la jeunesse ef il faut d'abord une rééducalion et un travail d'éclaircissement considérable avant que des forces jeunes puissent diriger" de nouveau un véritable parti communiste. et par cela, les masses prolétariennes. Seulement, il ne faut pas se reprémenier ce propessus de rééducation à la maniere petite-bourgeoise ou-à la façon dont parent aujourd'hui les impérialistes de la rééducation de la jeunesse. L'école que nous envisageans sera la lutte elle-meme. Les masses s'éduqueni & un rythme mille fois plus rapide au cours des révolutions que dans des périodes de stagnation. Cela facilitera considérablement notre fäche pour gagner la jeunesse et organiser un parti revalutionnaire léniniste.
La création de ce parti constitue, de toute évidence, le premier et le plus important paragraphe du programme pour l'Allemagne d'aujourd'hui et de demain. Car une révolution ne vient pas d'elle-même, elle s'organise: ef un parti dont la théorie révolutionnaire correspond ; la pratique révolutionnaire et inversement est le levier le plus important de cette organisation.
Si on réfléchit profondément à tout cela, on ne peut avoir une perspective courte, en ce qui concerne l'Allemagne. Et en effet, bien qu'objectivement tout parle en faveur d'un processus révolutionnaire accéléré, il y a des facteurs subjectifs qui retardent. I faut les nanlyser clairement et il faut les voir juste. pour pouvoir mieux les neutraliser.
Cependant il faut à nouveau revenir à une question dont nous avons parlé déja maintes fois dans cel article. C'est la question de l'internationalisme. Celui qui a vécu l'an 1917 ef qui connait le rayonnement formidable d'Octobre ne saurait sous-estimer l'importance d'un sentiment véritablement internationaliste pour l'évolution de toutes les révolutions prolétariennes dans le cadre national. Mais où est aujourd'hui ce pole d'attraction tout puissant qui pourrait attirer ef féconder le mouvement révolutionnaire en Allemagne et dans le monde? Certes, même en Allemagne, il y a encore un restant de foi révolutionnaire se basant sur l'œuvre de Lénine. Mais quelle sera la situation lorsque le pays de la révolution d'Octobre, sous la direction de Staline, châtiera les ouvriers pour les crimes d'Hitler par le travail forcé et par des déportations en masse, tout comme les autres impe.
ATIONALE 35 rialistes? Comment, dans une telle atmosphère. pourrait se développer l'idée de la révolution d'Octobre, idée à rayonnement mondial?
Poser de telles questions, c'est y répondre par la constatation que la révolution allemande n a pas seulement un besoin urgent d'un parti communiste, mars aussi d'une véritable Internationale communiste, La Ill Internationale s'est dissoute, après qu'on eut extirpé de ses rangs les idées de Lenine. C'est le grand merile historique de la IV: Internationale davoir rallume letincelle de Mnternationale de Lénine, qui était en train de s'éteindre. Si nous autres, cocomunistes allemands, rencontrons en Allemagne mène un découragement concérnant la question de l'aide par une véritable Internationale, nous n aurons pas besoin de baisser nos têtes. Au contraire. nous pourrons dire : elle vit quand même cette Internatonale, malgré Hitler, la guerre, l'impérialisme, la dégénérescence du parti et malgré Staline: elle vit et elle veut vous aider, vous autres prolétaires allemands, pour que vous puissiez enfin victorieusement lutter pour votre Detobre! On peut être presque sür que les ouvriers étrangers en Allemagne seront des messagers de l'idée internationaliste, des qu'ils rentreront dans leur pays. Ils ont été en contact avec le prolétariat allemand et par cela sont mieux placés pour évaluer l'étendue du mensonge de la soi-disant unité des vues entre Hitler et le peuple allemand. Ceci sera d'une grande aide pour le prolétariat allemand à defaut d'un pole d'attraction internationale.
Sil faut formuler maintenant le paragraphe 2 du programme de la révolution allemande, on peut dire sans hésitation qu'il doit préconiser l'existence et le rayonnement toujours plus large et plus profond d'une véritable Internationale Communiste telle que l'imaginait Lénine.
Les perspectives de la Révolution
Les conditions objectives sont tellement müres qu'on a peine à simaginer qu'il puisse y avoir en Allemagne, après la chute d'Hitler, autre chose que la prise du pouvoir par le prolétariat. Mais les circonstances particulières sous lesquelles s'effectuera in chute d'Hitler font que cette chute et la révolution allemande ne se produiront pas en même temps. Probablement, Hitler tombera de par la défaite militaire, c'est-à-dire qu'il ne sera pas renversé par l'action révolutionnaire consciente de ses ennemis mortels, les prolétaires allemands, mais par ses ennemis frères de classe des autres pays. Des le début, un nouveau système d'exploitation impérialiste remplacera la dicfature d'Hitler. C'est alors que les conditions pour une révolution allemande, sous l'occupation militaire et dans un pays démembré, vont certainement mürir.
Le troisième grand paragraphe du programme de la révolution allemande serait donc le lancement des mots d'ordre qui doivent correspondre à cette situation particulière. Cest-à-dire, avant tout des mots d'ordre imprégnés d'esprit internationaliste. | est temps, des aujourd'hui, de faire comprendre aux prolétaires en uniforme qui occupent les divers secteurs de l'Allemagne qu'ils ne doivent pas s'abaisser à jouer le rôle de bourreaux vis-à-vis du prolétariat allemand.
Il faut également, et cela à l'échelle internationale, entreprendre la lutte contre le demembrement de l'Allemagne et contre les autres mesures impérialistes
IV• INTERN de colonisation, qui ne visent pas le fascisme, mais le peuple allemand. Cette lutte pour la conservation de l'unité économique et politique de l'Allemagne est pour le prolétanat allemand, non seulement un moyen d'empêcher la resurrection d'un nouveau chauvinisme et militarisme, mais c'est avant tout une chance pour la révolution victorieuse de gagner au socialisme un grand pays.
Le programme d'action lui-même, destiné à la lutte sur le plan de la politique intérieure, devra avoir un caractère transitoire. Après la dictature fasciste, les masses en Allemagne cherchent sene issue démocratique, Il s'agit de les aider à surmonter aussi rapidement que possible certaines illusions vagues sur la possibilité de créer sous le joug impérialiste quelque chose qui serait une véritable démocratie.
L'action véritable contre les bourreaux fascistes. le chatiment véritable des crimes de la Gestapo el des S.S., lépuration intégrale de tous les éléments corrompus par le fescisme, la véritable confiscation des fortunes des bonzes nazis et leur utilisation pour les buts sociaux du prolétariat, tout ceci constituera la grande école du prolétariat allemand, Il s'agit de conduire les masses jusqu'au point où elles commencent à comprendre de par leur propre action la nécessité de la prise du pouvoir. Ceci sera d'autant plus vite fait qu'elles se convaincront bientôt que la punition des nazis et des criminels de guerre, promise par les impérialistes, s'arrêtera juste au moment où les occupants commenceront à diriger leur attaque principale contre le danger prolétarien.
La lutte contre les déportations tiendra une large place, sans doute.
Si le prolétariat n'a pas encore la force de les empêcher directement, il faut lancer des mots d'ordre tels que : rétribution équitable, organisation syn dicale, hiberté individuelle et traitement humain, etc.
Aussi longtemps qu'ils avaient encore à lutter contre leur concurrent Hitler, les impérialistes ont proclamé qu'ils rétabliront tous les droits démocratiques en Allemagne. On les prendra au mot, bien qu'une démocratie ne puisse exister sous le joug impérialiste. Par conséquent, le prolétariat allemand recommencera quand même la lutte pour la véritable liberté de presse, de réunion et de parole, pour le droit de consituer des partis, des syndicats et le droit de grève. Le rôle moteur sera joué par la lutte contre la hausse des prix au moyen des organisations de contrôle, contre le sabotage fasciste au moyen des commissions de surveillance, contre l'anarchie capitaliste par les Comités d'entreprise, contre le sabotage technique el pour l'épuration des usines des élémento fascistes par les milices armées d'entreprise. Les manifestations contre la famine, les grèves, elc., tels seront les moyens principaux de celle lutte.
Finalement, une tâche importante consistera s'attacher à la promesse des impérialistes d'exterminer le fascisme et les causes de guerre en Allemagne. Mais ceci seulement pour démontrer que les impérialistes étrangers préférent s'unir aux capitalistes allemanda contre les masses prolétariennes plutôt que de prendre des mesures décisives pour tarir les sources économiques du militarisme allemand. L'expropriation sans indemnité des profiteurs de guerre, la socialisation des industries-clés, la confiscation des propriétés des junkers au profit de l'œuvre agricole et du paysan pauvre, tout cela devra être le point capi-
ATIONALE falcin de eude pilerienne pour l'extermination du
C'est justement ce prolongement socialiste d'un simple programme démocratique contre la guerre et le fascisme, touchant au point névralgique du système capitaliste, que chercheront à éviter en Allemagne les impérialistes, Sur ce point, ils se démasqueront clairement dans leur rôle de négriers ayant pris la place d'Hitler.
On a parlé d'un programme transitoire, parce qu il est certain que, dans sa lutte pour toutes ces revendications, le prolétariat allemand surmontera son apathie et deviendra une force capable de rétablir l'équilibre entre une situation objective propice et des prémisses subjectives défavorables.
Ce qu'il convient de souligner, C'est qu'on n'a fait que proposer ici tout un ensemble de revendications révolutionnaires. Elles n'ont de valeur que comme points de repère. En réalité, la période qui suivra la chute militaire d'Hitler ne sera naturellement pas une époque d'évolution normale et régulière. ll faut s'attendre à des événements imprévus, à des changements brusques. Des masses de millions d'hommes, armés par les impérialistes cux-mêmes pour la lutte contre Hitler, ont vraiment l'intention d'en finir une fois pour toutes avec le fascisme. Cette volonté antifasciste de millions d'êtres dans toun les pays trouble sensiblement le regroupement et le repartage des aphères d'influence impérialistes. Les événements de Grèce sont peut-être beaucoup plus significatifs que nous ne le pensons tous. Après six ans de guerre mondiale, nous entrons apparemment dans une longue -période de guerres civiles, qui doivent bouleverser lEurope et le monde de fond en comble.
Quoi qu'il en soit, la question du prolétariat allemand jouera toujours un grand rôle comme pierre de touche pour la classe ouvrière internationale. Son activité sera toujours le thermomètre spécial de la maturité générale de la révolution prolétarienne.
Si en est ainsi, si l'Allemagne reste un point essentiel, si l'on tient compte en même temps du fait que cette deuxième guerre mondiale est la dernière grande occasion au cours de ce siecle pour le prolétariat de conquérir le pouvoir, alors, véritablement. on n'exagère pas en constatant que le prolétariat allemand a une responsabilité envers l'humanité en général. Car si l'on manque cette occation où sont réunies les plus grandes possibilités objectives, comme il ne s'en accumule qu'une fois en des siècles, si les prolétaires allemands et internationaux se montrent à nouveau incapables d'établir leur pouvoir el de former l'Union des Nations socialistes, alors on sombrera inévitablement dans la barbarie.
D'autre part, on ne saurait surestimer l'importance d'une révolution allemande victorieuse. Elle aurait avant tout immédiatement une répercussion profonde dans le prolétariat russe. Le prolétariat russe, rendu conscient de sa force par le succès du prolétariat allemand, se tournera contre sa propre bureaucratie. Par cela, la dégénérescence provoquée par la théorie du socialisme dans un seul nays pourrait être enrayée. La révolution d'Octobre de Lénine, dont les fondements sont encore debout, pourrait ainsi être sauvée. Sinon il est impossible de prévoir vers quels nouveaux désastres la voie de Staline mènera encore l'humanité.
Mars 1945.