Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

La revue › nouvelle série n° 16-19

Bilan de la « Libération » en Europe

N. Marc · Quatrième Internationale, nouvelle série n° 16-19 · mars-juin 1945 · p. 19-30 · 11 468 mots

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par N. Marc.

Pour déterminer la capacité, les méthodes et les instruments des principales forces en présence dans la crise européenne, nous prenons comme point de repère, à l'Ouest, l'Italie — qui permet de dégager au mieux les caractéristiques de la période de & libération alliée > — et à l'Est. les événements de Roumanie, qui jettent une lumièr particulière sur la politique stalinienne dans la phase présente de liquidation en Europe de la deuxième guerre impérialiste.

I. - L'OCCUPATION « ALLIEE »

EN ITALIE

Plus de vingt mois se sont écoulés depuis l'entrée des troupes alliées en Italie, qui n'y vinrent, comme on nous l'a si souvent dit — que pour c extirper le Fascisme jusqu'à la racine, châtier les criminels de querre, permettre au peuple de s'exprimer librement et assurer un niveau de vie convenable à tous les membres de la société ».

1. - Le châtiment des traîtres et des criminels de guerre

En 1921, Mussolini reçut le pouvoir des mains mêmes de Victor Emmanuel III. Pendant 22 ans, la Maison de Savoie a été la complice déclarée de la dictature sanglante des chemises noires, de leur poltique de répression et de brigandage à l'e intérieur 3. comme de leurs agressions contre l'Abyssinie, l'Albanie ou la Grèce. Cependant la maison de Savoie resta debout même après le renversement de Mussolini en juillet 1943, même après l'entrée des « Alliés → dans la péninsule et aujourd'hui encore on trouve à lá tête de l'Italie un e lieutenant général du Royaume » qui n'est autre que le prince Humbert de Savoie. le fils de Victor Emmanuel. Comment se fait-il que la monarchie ait survécu à la débâcle militaire et à l'effondrement du parti fasciste qui avait été son meilleur soutien contre le peuple?

Bien avant l'entrée des troupes e alliées », l'écri-

(*) L'article que voici a été écrit le 25 avril 1945.

vain antifasciste Gaetano Salvemini signala (en décembre 42) que « la maison royale de Savoie et le pape sont tenus ga réserve par Churchill et Roosevelt comme les seules autorités légitimes autorisées à parler au nom de l'italie ».

Dès mars 43, Victor Emmanuel et Mussolini, les délégués au pouvoir des capitalistes italiens, voyaient leur régime chanceler sur ses fondements : pour la première fois depuis des décades, tout le Nord ouvrier de la péninsule d'était soulevé dans une grève générale héroïque contre les conséquences insupportables de ce régime de guerre, de terreur et de misère. C'est alors qu'en présence de la débâcle militaire qui approchait, de la ruine économique, de linstabilité sociale aigue, la monarchie se décida à sacrifier son valet Mussolini, tout en maintenant la charpente fasciste du régime — et à se refaire une nouvelle virginité par son passage dans le camp « allié ».

En juillet 43, Mussolini fut renversé par une mascarade de vote du Grand Conseil fasciste, en accord avec le roi, qui confia la place vacante de premier ministre au maréchal Badoglio, le fameux « boucher de l'Ethiopie ». Pendant deux mois la camarilla et le Vatican, en plein accord avec les généraux américains et anglais, tramèrent dans les coulisses un complot monstrueux contre le peuple d'Italie. La bourgeoisie italienne se décida de laisser à Hitler et à ses S.S. l'indomptable Nord ouvrier, tandis que le roi et son Badoglio se réfugiaient dans le Sud pour se mettre sous la protection des c Alliés 3.

Le Nord italien fut min à feu et & sang aussi bien par Hitler el'les S.S. que par les e Alliés »: qui -La fin de la guerre en Europe, et les événements qui se sont produits depuis lors, ont apporté, certes, de nouveaux éléments qu'on ne peut laisser en dehors d'une analyse, même sommaire - du c bilan de la libération s.

Cependant, nous nous sommes bornés seulement à ajouter quelques notes én bas des pages (notes datée du 5 juin), pour réactualiser. l'article, sans toutefois bouleverser sa structure primitive : nous avons pensé, en effet, que quelle que soit l'importance de ces événements, ils ne changeaient rien aux données essentielles et ne faisaient en fin de compte que compléter et préciser une évolution qui apparaissait déjà clairement, bien avant la proclamation officielle de la e victoire a alliée en Europe.

au lieu de bombarder le Brenner par où arrivaient les armées e ennemics > — s'employaient à détruire et à annihiler les foyers de résistance ouvrière à Milan, à Gênes et à Turin.

Quant au roi et à Badoglio, ils refirent leur entrée en Italie (a Brindisi) - d'où ils étaient partis une semaine auparavant - mais cette fois-ci en e démocrates 5 authentiques, nullement responsables pour le régime qu'ils avaient entretenu de tous leurs efforts pendant 22 ans! Cette sinistre farce, mise au point avec la complicité de la City et de Wall Street, ne fut pas — loin de là — du gout du peuple italien: les Alliés le savaient bien; ils n'osèrent avancer que prudemment. — au rythme de l'escargot — vers les centres comme Naples ou Rome et ils attendent encore devant les portes du Nord. Le roi s'établit d'abord a Brindisi, ensuite à Salerne, évitant Naples, et plus tard Rome. II n'osa se montrer en public que seulement un mois après l'armistice. Dans quelles conditions put-il le faire? C'est le journaliste américain Mathews qui nous le dit dans le c New-York Times > (4 novembre 1943) : « A présent, aussi longtemps que la mission alliée est pour le roi, celuici jouit de l'immunité.. Du moment que les Alliés sont en train de prévenir toute agitation sociale, tout ce que décideront le roi et le maréchal Badoglio restera valable. >

Ainsi, seule la présence des baionnettes alliées et de la mission qui avait la haute main sur toutes les affaires intérieures de l'Italie permirent à la monarchie de rester en place; cependant, même investi de cette e immunité ›. le roi n'osa pas faire son entrée au Quirinal à Rome. Il y délégua son fils pour gérer ses affaires. Cette nouvelle supercherie ne détourna pas la volonté du peuple d'en finir avec cette citadelle de la réaction: le 6 mars 45 encore, 20.000 personnes manifestaient spontanement devant le Quirinal en demandant la tête du roi et de ses complices.

Le criminel de guerre n° 1, le bourreau du peuple italien, maintient encore son pouvoir non pas contre mais avec l'appui de ses e ennemis o d'hier, les capitalistes de la City et de Wall Street venus en Italie.. pour le e châtier ».

2. - L'extirpation du fascisme jusqu'à la racine

La politique de la bourgeoisie italienne tendait évidemment au mainticn de la charpente fasciste sur laquelle s'appuya son régime pendant 22 ans : l'appui sur les Badoglio, après le licenciement de Mussolini, ne devait constituer qu'un changement de personnages dans une même pièce et dans le même décor. Sur ce terrain aussi, l'aide des alliés « démocratiques → fut inappréciable. Des le 18 juillet 1943 une semaine avant la chute de Mussolini - le général Alexander, alors gouverneur militaire de la Sicile nouvellement • libérée 2, définissait ainsi la structure du régime gouvernemental que les Alliés y Etablissaient :

« Toutes les personnes ayant un emploi officiel, administratif ou judiciaire, dans les provinces et dans les communes, et tous les autres fonctionnaires et employés municipaux du gouvernement (fasciste, ne loubliez pas N. M.) et tous les officiers et employés de l'Etat — sauf ceux qui ont été révoqués par moi

- sont requis de poursuivre leur travail sous ma direction. »

Mathews expliqua alors crüment dans son journal ce que cette politique signifiait en pratique :

• L'élimination de tous les fascistes paralyserait chaque fonction de gouvernement. Les anti-fascistes véritables d'ici ne sont pas d'accord avec cela, apparemment ils s'attendaient à ce que toute la charpente fasciste fut balayée, mais cela est impossible, et il en sera ainsi à travers toute l'Italie. Naturellement la première considération a été le rétablissement rapide de l'ordre et de la loi. Cela ne pouvait faire qu'avec l'aide de la police italienne. »

. Il en seta ainsi à travers toute l'Italie. »

Il en Fut réellement ainsi. Les Allies avaient, selon les clauses de l'armistice, « plein pouvoir sur la vie intérieure, économique et militaire du pays ». lls aidèrent de leur mieux la bourgeoisie italienne à couvrir et à protéger les chemises noires contre le peuple, 4 maintenir, comme le dit Salvemini, « le Fascisme moins Massolini ».

Mussolini lui-même s'était c échappé @ grace aux carabinieri, police qui obéissait aux ordres du roi et de Badoglio. Le plus grand procès des dirigeants fascistes qui ail eu lieu depuis la < libération a ne commença qu'en janvier 1945 et se termina en février... par l'évasion aussi miraculeuse que celle de • Mussolini de l'inculpé principal, le général Roatta, un des principaux chefs de l'office d'espionnage (S.I.M.) et de l'OVRA (la. Gestapo italienne).

Les quelques audiences du procès jetèrent lumière définitive sur la conception alliée de lic extirpation du fascisme jusqu'à la racine 3 = • Les agents de TOVRA défilent en qualité de « temoins → devant la Haute Cour. Ils ne sont pas épurés, ils ne sont même pas déplacés », constate amèrement ['c Avanti » du 9 février 1945. Et le journal communiste proallié el pro-Bonomi - le Unita s. est obligé de reconnaître le même jour que depuis vingt mois le gouvernement n'avait fait en guise d'épuration que * quatre procès retentissants qui ne résolvent rien o. Maintenant encore, la liste de l'OVRA (comme en France la liste des cagoulards et de la police secrète) reste... sccrete el la plupart des bandits qui ont torturé, incarcéré et tué des centaines de milliers d'êtres, peuvent continuer tranquillement leur besogne.

Les militaires monarchistes et fascistes restent eux aussi à leur place. La e Voce Republicana » écrivait le 25 janvier 1945 :

* Le maintien ou la nomination d'éléments monarchistes et fascistes à la tête des forces argées a maintenu parmi elles les caractéristiques morales qu'elles avaient acquises sous le régime passé. »

Dans ces conditions, on comprend les réactions du Nord ouvrier qui subit chaque jour la répression de ces mêmes ‹ squadristi › que les Alliés protègent ca territoire e libéré 3. Le 14 février, 1e Italia libera ». l'organe des Républicnins, rapportait cette déclaration caractéristique d'un résistant du Nord :

• On dit que des « hiérarques » importants, responsables directs de la catastrophe du pays, continuent à circuler cyniquement dans les rues de Rome. Aujourd'hui la police fasciste, les collaborateurs des Allemands du Nord, se fient à la douceur avec laquelle vous faites l'épuration. Joi entende de mes propres oreilles des fascistes et des policiers se décinrer complètement tranquilles pour l'ayeair. Ils sont

IV INTERN convaincus que l'arrivée des Alliés coincidera avec le désarmement de toutes les formations partisanes qui constituent la seule chose dont ils aient peur...» (*).

Le e châtiment des criminels de guerre > se traduit dans le langage impérialiste par l'appui constant accordé à la monarchie: l'€ extirpation du fascisme jusqu'à la racine > se traduit par la protection des assassina fascistes.

Ces méthodes de c démocratisation » de Europe apparurent cepencant encore insuffisantes : il fallut en outre ramener dans le jeu pour qu'il soit complet, un autre facteur un peu oublié au cours de la guerre: le Vatican. 3. — L'heure de l'Eglise,

You le visage de la nouvelle démocratie

L'esprit de rénovation < démocratique a de T'Europe, qui a si bien commencé par le soutien des maisons royales (en Italie comme dans les Balkans). par les pactes avec les cliques militaires et par la protection des fascistes (en Italie et en Allemagne même) ne pouvait être mieux traduit par les impérilistes de la City et de Wall Street que par la volonté de faire renaitre de ses cendres, comme élément plus ou moins ‹ populaire s. l'ancien centre catholique — élément éminemment souple, élément • d'ordre 2, jouissant encore d'une certaine popularité, L'appui accordé principalement par l'impérialisme yankee au centre catholique exprime à la fois et l'affaiblissement des partis réformistes traditionnels par rapport à la période qui suivit la liquidation de la première guerre mondiale en Europe — ce qui les rend bien moins utilisables aujourd'hui qu'alors -et la volonté de l'impérialisme de passer si possible des le début à l'instauration de régimes e d'autorité ». de régimes bonapartistes, essentiellement appuyés sur un appareil étatique renforcé et dont le soutien c populaire » serait constitué par des partis pas plus à gauche que le parti du centre catholique.

Les généraux et diplomates anglais et surtout américains, descendants des quakers ou des réformés anglicans, apprennent à présent à suer paisiblement dans leurs uniformes pendant les services religieux officiels mis en scène par les prélats catholiques, non point parce qu'ils oht découvert brusquement que le Pape est effectivement le représentant du Christ sur la terre, mais parce que la Papauté est un des instruments les mieux éprouvés de la politique européenne.

De son côté, l'Eglise, qui comprend vite ses intérets, est devenue la meilleure alliée de l'impérialisme américain qui lui offre la possibilité d'une véritable renaissance politique, Avec la bénédiction du pape et. le visa yankee, Brüning. le pourvoyeur d'Hidler, refait ses valises pour l'Allemagne; Schuschnigg. le dictateur catholique, réapparaît comme par miracle,

ATIONALE 21 tout prêt à se vouer à la « démocratisation » de l'Autriche. Bonomi forme ses coalitions grace nu centre catholique et Franco reste toujours debout et espère laver ses c péchés > grâce à l'eau bénite vaticane. Il n'en est pas autrement en France e fille aînée de l'Eglise 3, ou les Suhard soutenaient Pétain et soutiennent de Gaulle et où tous les démocrateschrétiens du pays sont deja devenus ministres.

C'est par l'intermédiaire du Vatican que furent négociées les modalités d'occupation de l'Italie. Salvemini révèle dans la revue américaine e The Nation » (3 février 1945) que e le Vatican a proposé et les Américaias accepté le plan d'occupation de Pitalie pour 5 ans - le Vatican aurait demande 10 ans — pour prévenir le communisme ».

Toute la hiérarchie de l'Eglise s'est mise en branle pour sauver la monarchie. Les socialistes ont révélé qu'une clause spéciale a été insérée dans l'armistice pour le maintien de la couronne, pour protéger les fascistes et le smilitaires réactionnaires, pour assurer le passage sans secousses du pays vers le nouveau régime e démocratique a que Salvemini a si bien désigné sous le nom de « fascisme moins Mussolini a.

Si le Kremlin a souscrit à tous les plans concernant la sort et le régime de l'Italie, comme nous le verrons plus loin, une rupture s'est cependant produite en ce qui concerne le Vatican. Malgré a la main tendue », le Vatican agit, et pour cause, uniquement comme lagent de l'impérialisme yankee et il peut jouer un rôle non négligeable dans toutes les combinaisons gouvernementales curopéennes comme dans toutes les intrigues anti-soviétiques. De là l'attitude de chantage et de menace du Kremlin à l'égard du Vatican, de la aussi la certitude de plus en plus insolente du Vatican que e son heure > de puissance 'sonne à nouveau au cadran politique.

L'impérialisme américain confie le soin de la c rée. ducation démocratique »-de l'Europe non seulement aux rois et aux généraux réactionnaires, mais encore aux congrégations religieuses et aux partis du Vatican tel est le visage de la e démocratie a qu'on prépare à l'issue de la deuxième guerre impérialiste.

4. — Les mêmes situations appellent les mêmes hommes

La protection de la monarchie, le maintien place des c hiérarques → et des agents de l'OVRA n'est qu'un aspect de la protection accordée par les impérialistes e alliés » aux c éléments de l'ordre ». L'autre aspect, aussi important, est celui de la reconstitution el de l'intervention de plus en plus audacieuse des forces politiques réactionnaires et profascistes dans la lutte politique, où elles d'apprêtent à reprendre au moment décisif la besogne de Mussolim en 1921. On l'a vu en Grèce, où le prétorien Zervas a armé ses bandes contre la classe ouvrière avec l'appui de l'Angleterre, et où les déments réae-

(*) Les événements ultérieurs ont complètement confirmé ces dires.

Das avant l'entrée des Alliés dans le nord, le cardinal Schuster se démenait pour sauver Mussolini el ses < hiérarquis 3. Les partisans se soucierent fort peu des tractations qui avaient été arrangées a cet effet, sous le patronage des Alliés et par l'entremise du Vatican entre le général en chef des partisans Cadorna, et les représentants fascistes, Mussolini ful arrêté et exécuté el en 3 jours plus de 15.000 e hie marquis » payèrent de leur vie leurs forfaits.

Effectivement. depuis leur entrée dans le Nord, les Alliés m'ont plus eu d'autre souci que le désarmement des e partisans → et la protection den fascistes qui avaient échappé à la colère populaire.

IV• INTERN tionnaires ont repris solidement les rênes du pouvoir. On le voit en Italie aussi, où les forces monarcho-fascistes relèvent cyniquement la tête : le vieux parti nationaliste — le parti Bleu — qui avait fusionné en 1921 sous le nom de e Mouvement nationaliste > avec Mussolini, revit aujourdhui sous l'aile protectrice de la mission e alliée 3. Les complices du fascisme, les militaires réactionnaires, se sentent protégés non seulement pour leurs actions passées, mais encore pour les nouveaux attentats qu'ils préparent. Un incident caractéristique éclaire largement ce fait. Le 19 février 1945, un groupe de matelots dirigé par des officiers réactionnaires se livra à une véritable attaque contre le journal des réformistes l'° Avanti >, sous le prétexte que ce dernier avait aftaqué l'armée. Les parlis ouvriers ont aussitôt évoqué les souvenirs des premières attaques des chemises noires. Le 22 février, à la suite d'une réunion. un cortège populaire manifesta son indignation contre ces faits devant le Miminal, où se trouve la Présidence du Conseil. Ces événements furent l'occasion pour les monarcho-fascistes de découvrir cyniquement leurs buts et leur jeu. Le 27 février, leur organe, le Italia Nuova >, publiait cette attaque empoisonnée contre e les petits jeunes gens › qui osèrent manifester dans les rues de Rome contre la Monarchie et les néo-fascistes instigateurs de l'attentat contre l'e Avanti a :

* Chers petits jeunes gens, écrivait l'e Italia Nuova 3, nous aussi nous voulons qu'aucun particulier ne se substitue à la loi lorsqu'il s'agit de réagir contre les mauvaises actions d'un journal. Seulement nous exigeons que le gouvernement punisse selon les termes de la loi quiconque insulte les forces armées combattantes. En 1920 et 1921, si le gouvernement laissait couvrir de crachats les hommes qui revenaient du front, ce n'était pas qu'il fåt faible ou imbécile, mais c'était parce qu'il voulait amener une réaction • saine et spontanée » du pays. Le Président du Conseil qui voulait cela s'appelait Bonomi. La réaction • saine et spontanée », ce fut le fascisme. >

La droite pousse à ln répression contre les ouvriers sous le prétexte que si cette répression n'a pas lieu, c'est e le fascisme (la droite elle-même) qui va réapparaitre > et s'en charger. Vingt mois après la • libération » la droite reprend du poil de la bête et d'apprête à l'attaque, Entre les masses laborieuses qui d'éveillent à la lutte, et la droite qui se ressaisit, se trouve le même Bonomi de 19211

Arrêtons-nous un peu et examinons-le en tant que personnalité politique.

Le journal suisse c Des Band 2, du 8 mars 1945, écrit de Bonomi qu'il « bénéficie de l'attention de Pie XII, de Roosevelt, de Churchill, de Benedetto Croce et même du communiste Togliati ». Le professeur Ivanoe Bonomi, qui bénéficie de toutes. ces * attentions », est le même président qui prépara en 1920 le lit du régime de Mussolini: il proclamait a l'époque (comme aujourd'hui) « l'indépendance absolue du gouvernement vis-à-vis des partis en conflit = (il s'agissait alors des socialistes d'une part, et des fascistes d'autre part). Bonomi fut renvoyé par les Fascistes triomphants à sa chaire et à ses livres où il put rester tranquillement pendant les 22 ans du régime de Mussolini. Voilà Thomme qui depuis près d'un an est à la tête du pays! Tant il est vrai que les mêmes situations appellent les mêmes hommes! Le indépendant > Bonomi, lié de longue date à la

ATIONALE Monarchie, fils choyé du Vatican, tremblant de peur devant les e excès » des ouvriers et ayant le prestige d'un vague opposant à Mussolini du fait qu'il avait été purement et simplement tenu à l'écart, était le meilleur successeur possible du discrédité Badoglio. Il représentait à la fois la e nouvelle démocratie >, avec toute sa servilité envers la couronne, sa peur de la révolution, son obséquiosité devant l'Eglise et l'habitude, contractée de longue date, de capitulation devant le fascisme. Voila Thomme rêvé pour les alliés, qui durent se défaire contre leur gré de Badoglio...

Que Roosevelt et Churchill s'appuient sur Bonomi pour sauver les privilèges des hiérarques, de l'Eglise et de la couronne, ce n'est pas étonnant. Mais comment se fait-il qu'on retrouve dans ce concert - au

: a la se voie Palme Train ne manque pas le Pape lui-même - - les représentants de la e gauche > avec à leur tête Palmiro Togliatti (Ercoli) 7 Ceci, nous allons le voir en examinant la position des partis staliniens envers les problèmes de In e libération a alliée et de ses conséquences.

5. — La situation économique 5. — La situation économique et « les partis démocratiques »

En Italie, comme dans toute l'Europe libérée, les ravages de la guerre impérialiste accentuèrent la sifuation désastreuse du pays et rabaissèrent encore davantage le niveau de vie des masses laborieuses, déjà terriblement éprouvées sous le régime fasciste.

Evalué au prix actuel de la lire. le montant des dégâts subis par l'Italie s'élève à plus de 1.000 milliards de lires. Une évaluntion encore incomplète estime que le travail de reconstruction exigerait 800 millions de journées de travail, car on a détruit plus de 1/8" des chambres habitables, pius de 1/5° des immeubles industriels, 50 p. c. du parc automobile, 80 p. c. du matériel ferroviaire (locomotives el wagons), 90 p. e. de la marine marchande, ainsi que 20.000 ponts. En outre, 90 p. c. des réserver forestières de l'italie méridionale et centrale ont été anéanties et plus de la moitié du cheptel a été tué.

La paralysie de l'économie et la rareté des produits font monter chaque jour les prix et la planche à billets fonctionne en permanence (la circulation fiduciaire est passée en 10 ans, de 1935 a 1945, de 12 milliards de lires à 300 millards d'après l'e Economist » du 2 février 1945). Le salaire moyen à Rome d'un ouvrier qualifié est de 150 a 250 lires par jour, alors que le pain à la taxe coûte 15 lires, et qu'au marché noir, le seul marché réel, les produits de base de l'alimentation atteignent, comme partout, des prix prohibitifs pour les ouvriers : le pain est à 100 lires le kg., les pâtes à 220 le kg. la viande à 700 lires, le beurre à 900 lires (a Rome).

Le chômage généralisé au milieu d'un pays à reconstruire, l'incapacité totale de la bourgeoisie italienne de faire autre chose que de trôner sur le marasme, les prélèvements opérés par les diverses armées d'occupation, aggravent chaque jour les conditions de vie des masses.

Litalie fut le premier pays où les contradictions accumulées par le fascisme el la guerre ont montré leur caractère explosif des mars 1943, lors de la grève générale du Nord ouvrier. Depuis lors, comme nous l'avons vu. le pays a été volontairement partagé en deux tronçons qui ont eu pendant ces derniers vingt mois une évolution politique différente.

Dans le Sud de la péninsule el dans le Centre, les partis politiques, les syndicats ouvriers ont réapparu à la lumière du jour et les luttes politiques ont des à présent révélé les instruments et les moyens que la bourgeoisie et ses patrons c alliés a entendent utiliser pour maintenir leur dictature. Cependant, presque des le début, une ‹ trêve politique » et une collaboration effective s'établit entre le gouvernement patronné par les < alliés > et la coalition (dans le * Comité de Libération Nationale >) des six partis • démocratiques > : partis libéral, démocrate-chrétien, démocrate du travail, partis d'action, communiste et socialiste. La trève ne fut en réalité qu'une série de capitulations de ces partis devant les citadelles de la réaction. malgré la croissance de la combattivité révolutionnaire des masses.

Les partis bourgeois libéral, démocrate-chrétien et démocrate du travail, partis du centre, apportèrent tout leur concours à Badoglio comme aux cabinets Bonomi nommés avec la bénédiction de la Couronne. Le parti bourgeois républicain (centre) resta antigouvernemental en maintenant ouvertement sa position anti-monarchiste; d'autres partis se situant à droite restent en dehors des combinaisons gouvernementales actuelles.

Parmi les six partis du C.E.N. Je Parti d'Action, parti petit-bourgeois, issu du mouvement antifasciste * Grustuzia e liberta », et qui par sa composition et par son orientation rappelle les anciens e socialistesrévolutionnaires» russes, a rompu _ certes d'une façon inconséquente — ensemble avec les e réformistes a, la trêve de la capitulation devant la monarchie. Tout en collaborant avec Bonomi, les actionnistes dénoncèrent les agissements de la monarchie, la farce de l'épuration, la protection des fascistes. A la constitution du deuxième cabinet Bonomi, en décembre 44, ils rompirent la coalition gouvernementale (tout en restant dans le C.L.N.) et ils aiguisérent leur position anti-monarchiste et anti-Bonomi.

Le parti réformiste, aussi pusillanime que possible, tout en s'opposant à la Monarchie, à Badoglio et à Bonomi, n'a rompu lui aussi la coalition qu'en décembre, Sa politique s'est traduite par une opposition verbale aux agissements criminels des impérialistes alliés: Cependant même cette politique semble c nudacieuse » si on la compare à la politique du parti stalinien.

Des octobre 1943, lors de la formation de la Commission Méditerranéenne Alliée, Staline apposa sa signature aux plans contre-révolutionnaires appliqués par les Etats-Unis et la Grande-Bretagne en Italie. Vychinski et Bogomolov apprirent aux staliniens ahuris qu'il fallait se contenter en Italie d'un gouvernement Badoglio. En avril 44, Ercoli, retour de Moscou, expliqua, avec son cynisme habituel, au correspondant du c Timees → à Naples (6 avril), « qu'en tant que communistes (?) nous savons que pour diriger une division on a besoin d'un général et pour un bateau de guerre d'un amiral. Nous sommes prêts à utiliser cette compréhension des choses. »

Les agissements contre-révolutionnaires de Badoglio, son incapacité de trouver une base quelconque dans les masses et l'hostilité complète du peuple contre Victor Emmanuel, n'empêchèrent pas du tout Ercoli de soutenir la camarilla et ses généraux : Ercoli se chargea méme de demander aux réformistes et au Parti d'Action de soutenir Badoglio et « d'élargir la base gouvernementale afin de la transforme

ATIONALE 23 en un gouvernement national (?) auquel tous les partis et toutes les classes prendraient part (7) . Après avoir soutenu Badoglio et lutté non contre la Monarchie, mais simplement pour le renonciation au trône de Victor Emmanuel en faveur du prince Humbert, les c communistes > coutinrent Bonomi, acceptèrent de c collaborer loyalement avec lui » et l'aiderent à former son deuxième cabinet en décembre 44, malgré le retrait du Parti d'Action et des réformistes de la coalition gouvernementale.

Le P. C. trouva cette fois comme prétexte à son attitude le fait « qu'il était impossible d'obtenir la majorité contre Bonomi... à l'intérieur des six partis du C.L.N. » 1

En février 45, après le scandale Roatta et l'attaque contre le Avanti >, le gouvernement chancelait à nouveau dangereusement sur ses fondements: le 22 février, avant la manifestation devant le Viminal, lorsque le bureaucrate Novella harangua la foule au nom du P. C., de nombreuses voix se sont élevées dans la foule excédée « pour demander que le parti communiste manifeste sa solidarité, non par des mots, mais par des actes, en sortant du gouvernement • (< Epoca ›, socialiste indépendant). On vit alors les staliniens jouer cyniquement sur les deux tableaux : d'une part pour sauver le gouvernement, d'autre part pour ne pas se couper des masses. Le correspondant du journal ‹ Observer a, du I1 mars, révèle aussi cette duplicité :

Jeudi — note l'e Observer '>- pendant que des protestations de masse avaient lieu contre l'évasion de Roatta, le Parti (communiste) se démena pour le mieux dans les deux camps : Togliatti appuya de tout son prestige le programme du gouvernement, de renforcement de l'autorité à l'intérieur, tandis que Spano (chef de l'organe central |€ Unita >) participa comme dirigeant à la manifestation demandant le renversement du gouvernement. »

Mandis que le e programme d'action socialistecommuniste > (publié le 10 février 45 par le Unita a et lc Avanti >) porte en guise de revendications les habituelles demandes vagues de a révision de l'appareil militaire, grico à l'épuration », « d'impôts sur les riches », sans plus de précision, et de < revalorisation des salaires 3, qui doivent être ramenés c en équilibre par rapport au prix de la vie ». de l'aveu même du journal bourgeois l'c Observer s. deja cité. les staliniens e se soumettent silencieusement dans le gouvernement à des mesures impopulaires comme Taugmentation du prix du pain », et en même temps que la vague de mécontentement gagne des couches de plus en plus larges, le parti ¿ communiste > fait lui aussi chorus avec les défenseurs de l'e ordre a pour demander le « renforcement de l'autorité gouvernementale » grâce aux mesures répressives et policières!

Cependant, un facteur nouveau extrêmement important, menace de jeter le trouble dans cette mare à grenpuilles : la libération du Nord ouvrier.

6. — Une « répétition des événements de Grèce »

Au fur et à mesure que le gouvernement bourgeois Sapprocha des grands centres ouvriers, de Brindsi à Rome, en passant par Naples, il dut perdre en che-

IV INTER min le maréchal Badoglio pour le remplacer par Bonomi et le roi Victor Emmanuel pour lui Faire succéder, ne serait-ce que pour la forme, le prince Humbert. Après la e capitulation sans conditions », les Alliés firent tout ce qu'ils purent pour consolider leur marionnette Badoglio au pouvoir : chantage économique envers les masses, combinaisons de coulisses, marchandages avec les leaders de l'opposition, Le 13 octobre 43, les Alliés proclamèrent l'Italie cobelligérante afin de donner à Badoglio une base plus solide et lui permettre de reconstituer l'armée, arme essentielle non pas tant à l'extérieur qu'à lintérieur du pays. Badoglio commençait à prendre confiance, et en novembre il assurait que : • Le gouvernement actuel a clairement défini sa täche qui est celle de conduire le pays JUSQU'A CE QUE LA PAIX SOIT GAGNEE. ALORS SON MANDAT CESSERA.> Cependant le discrédit du cabinet était si manifeste, et la pression révolutionnaire des masses, à Naples, si puissante, que le leader actionniste, le comte Sforza, qui avait déclaré à son départ de New-York • que ce serait presque une trahison que de ne pas soutenir Badoglio », dut se rétracter ouvertement un mois plus tard, le 22 novembre, à Naples, et accuser Badoglio de a reconstituer un mouvement royaliste, clérical et néo-fasciste ». Aujourd'hui, un problème dix fois plus complexe se pose devant la bourgeoisie : la libération du Nord ouvrier. le véritable foyer révolutionnaire de l'Italie En effet. 70 p. c. de la population ouvrière de la péninsule se trouve concentrée dans le Nord (soit près de 3 millions d'ouvriers). En 43, le Nord prodrisait les 4/5°" de toute la production industrielle de l'Italie, notamment 70 p. c. de la production de machines, 65 p. c. de celle du ciment, 80 p. e. de la laine et de la rayonne, 90 p. c. de la production de la soie. Traditionnellement, le Nord a toujours joué le rôle moteur dans. l'histoire italienne. Mussolini essaya après l'instauration de sa ‹ République néofascistes >. de mâter la résistance ouvrière — qui d'était montrée si violente dès mars 43, lors de l'explosion de la grève générale → et de combiner des mesures répressives inouies avec un soi-disant programme de • socialisme fasciste ». Un journal bourgeois sérieux, l'e Europa Kabel », expliqua en mars 44 que les fameuses lois € nouvelles = des chemises noires ne mettraient, comme de bien entendu, rien de fondamental en jeu, qu'il ne v'agissait en l'occurrence e que de la prise en charge par l'Etat de certaines entreprises → et évidemment qu'il e n'est même pas question d'une neutralisation quelconque du capital 3. Les bourgeois ne s'y trompèrent d'ailleurs pas. Les ouvriera non plus : la lutte contre

NATIONALE le nazi-fascisme et contre les magnats de l'industrie italienne devint chaque jour plus acharnée tlans le Nord. Aujourd'hui plus de 100.000 c partigiari > armés luttent dans le Nord malgré la répression Fasciste, malgré le fait que le nazisme qui s'effondre c trouve encore des troupes pour les envoyer contre les partisans s, malgré enfin le sabotage systématique des c Alliés ».

Les e partisans >, comme les larges couches ouvrières, ont compris en outre le rôle sinistre et pusillanime du gouvernement ‹ démocratique → de Bonomi. Les c Alliés › savent que la vague révolutionnaire c monte très haut dans le Nord > (c Daily Telegraph s, 10-4-45) et que l'on assistera à un conflit inévitable entre les ouvriers et le e gouvernemeht provisoire 3, comme les journaux suisses o anglais l'on répété des dizaines de fois.

Dans une expression devenue courante, ‹ on s'attend à une répétition en Italie des événements de Grèce >. Comme avant l'entrée à Rome, les Alliés essayent à nouveau de renforcer Bonomi en accor dant (27 février 45) * plus d'indépendance au gouvernement el en limitant l'action de la Commission alliée >.

Cependant, on prévoit déjà qu'il faudra peut-être perdre en route Bonomi et le prince Humbert. comme on a déjà perdu auparavant en chemin Badoglio et Victor Emmanuel. C'est en prévision de cet événement que les socialistes et le Parti d'Action ont quitté le cabinet Bonomi; c'est devant ces événements que les staliniens ont fait une nouvelle cabriole et ont défini une e nouvelle orientation a. Le 10 avril 1945, le vice-président du cabinet Bonomi, ic chef des staliniens italiens Ercoli, a déclaré qu'après la libération du Nord « les communistes devraient conduire le pays, au moyen d'élections générales, vers un complet renouveau démocratique > et il a ajouté que le rôle du prince Humbert devra prendre fin en faveur... d'une Commission de Régence Civile!

Ercoli sait parfaitement que la réunion du Nord de l'Italie renforcera puissamment les partis ouvriers et les mettra c volens-nolens = devant des responsabilités auxquelles ils ne pourront pas se dérober facilement. Le P. C. entend tromper dès maintenant les ouvriers du Nord et les partisans en leur promettant le e renouveau démocratique » sous l'égide... d'une Régence civile garante des e droits » de la Couronne! Cette sinistre dérision permet au journal socialiste e Avanti > de reprocher à Ercoli d'avoir été lui-même depuis longtemps & l'auteur du compromis avec la monarchie, qui prolonge l'influence dont se plaint le même Ercoli >, avec un tel retard (*).

(*) Les Alliés firent l'impossible pour isoler le Nord ouvrier, étouffer ce foyer de révolution prolétarienne, et y imposer la monarchie et le valet Bonomi,

Après l'exécution de Mussolini et des fascistes par les < partisans », le 30 avril 1945, les officiers de l'armée allemande du Nord se dépêchèrent de capituler afin de se mettre sous la protection des Alliés.

Les Alliés : a) établirent un cordon sanitaire autour des provinces du Nord, interdisant tout déplacement du nord vers le sud de la péninsule et vice-versa: b) les tribunanx populaires furent dissous ef l'épuration fut arrêtée; °) les • partisans » furent sommés de rendre les armes en même temps que les officiers des S.S. < prisonniers > étaient officiellement autorisés à garder leurs revolvers: d) l'état de siège et le couvrefeu furent mis en application.

Malgré le e cordon sanitaire », le prince Humbert fut le premier autorisé à se rendre dans le Nord; il fut

La jeune section de la IV* Internationale en Italie, le Parti Ouvrier Communiste, dénonce impitoyablement la fausse orientation du C.L.N., des socialistes et des staliniens supporters des Bonomi. Le P.O.C. concentre son agitation sur le slogan : e Pour un gouvernement socialiste-communiste » qui remplace le cabinet Bonomi, afin de mieux mettre en lumière devant les yeux des masses la politique réelle de trahison et de capitulation des staliniens et des réformistes devant la monarchie et ses patrons alliés.

Les événements qui se préparent en Italie, rendront toute sa vigueur au mot d'ordre central du • gouvernement socialiste-communiste > sur la base du programme minimum d'abolition de la monarchie, te prochane aux faci diabole ta de lauration hie, libertés démocratiques, des dlections immédiates à la Constituante et de l'armement du peuple.

Nous allons passer maintenant à l'analyse des érénements de Roumanie qui ont suivi un cours diffetent sous l'occupation soviétique: ces aspects differents de la situation nour faciliteront ensuite une conclusion d'ensemble..

Il. = - L'OCCUPATION SOVIETIQUE

EN ROUMANIE Les vieux et familiers problèmes des Balkans réapparaissent sous une forme qui n'est que partiellement nouvelle : et ils menacent de créer des troubles internationaux. > (L'Economist, 10-3-45.) 1. — Un abcès contre-révolutionnaire sur les arrières de l'Armée Rouge

L'entrée de l'Armée Rouge à Bucarest le 31 août 1944 a été accueillie avec une explosion de joie par les masses laborieuses et avec une colère impuissante par les cercles dirigeants du pays. Le mur insurmonreçu si ‹ chaleureusement → à Milan, qu'il dut déguerpir

ATIONALE 25 table que la bourgeoisie roumaine avait élevé entre la Roumanie et l'U.R.S.S. «'effondra brusquement et piteusement.

Cependant la bourgeoisie roumaine s'adapta vite au nouvel état des choses : pendant des mois, la camarilla avait mené des négociations secrètes seulement avec Londres et Washington pour se préparer à changer le fusil d'époule, mais devant la catastrophe militaire inévitable, la couronne ne se gêna évidemment pas de changer d'orientation à toute allure et d'accepter les conditions d'armistice de l'URSS. La monarchie comprit rapidement qu'elle avait une chance de sauver ses privilèges si elle ne láchait pas pied devant le désastre et si elle s'entendait avec la bureaucratie du Kremlin. Son calcul ne s'avéra pas faux: huit mois après d'occupation soviétique, la couronne e reconsolidée › patronne toujours les destinées d'un pays qu'elle a saigné à blanc, d'abord sous la protection de tous les impérialismes, ensyite sous la tutelle ‹ généreuse › du Kremlin.

La revendication démocratique élémentaire, le renversement de la monarchie et l'instauration de la République, si elle a été partout combattue et ouvertement sabotée par les e Alliés », n'a pas été non plus soutenue par l'URSS. En fait, toute la politique du Kremlin s'est ramenée sur ce chapitre à une véritable capitulation délibérée devant ces citadelles de la réaction. En Italie, en Yougoslavie, en Bulgarie, en Grèce même, pour mystifier les masses, les staliniens se sont contentés de soulenir par c opposition à la royauté → la formation des c Régences civiles = en fait le geren en te garant de lin si lion moins avec un représentant € communiste > devenu ainsi chique !

Cette capitulation ressort - comme nous allons le voir — encore plus crüment en Roumanie. Des l'entrée de l'Armée Rouge dans ce pays, Molotov précisait que a I'U.R.S.S. n'entendait nullement changer les bases sociales de la Roumanie ». Le 17 août 44, alors que les armées soviétiques contrôlaient déja presque la moitié du pays et que les combats continuaient, une déclaration officielle soulignait que les services de police c réguliers = continuaient à fonctionner comme par le passé dans le territoire occupé par I'U.R.S.S. L'amnistice conclu le 12 septembre 1944 après l'occupation du pays tout entier après 24 heures : des coups de feu furent tirés sur les fenêtres de son hötel. Humbert s'empressa de retourner à Rome.

Malgré l'état de siège, les appels aux partisans à rendre les armes et les menaces de toutes sortes, les Alles n ont pas reussi a étouffer la combattivité des masses et à leur faire accepter le retour de la monarchie et la reconnaissance de Bonomi. C'est devant ces réalités que les c démocrates > impénalistes anglo-americains montrent tout le caractère de leur intervention contre-révolutionnaire. En désespoir de faire plier le cou aux masses sous le joug de l'état de siège, les e Alliés » préparent une véritable provocation contre le Nord ouvrier. Comme en Grèce, on commence à dénoncer les < partisans > et on s'apprête fébrilement à massacrer les éléments révolutionnaires. Les chars et l'aviation alliés sont prêts à apporter aux masses torturées du Nord ouvrier une démonstration des intentions € démocratique » des brigande de la City et de Wall Street.

En même temps, les patrons e alliés » de l'Italie font l'impossible pour s'en tenir à la formule d'un gouvernement du type Bonomi.

"Le seul c changement » qu'ile acceptent, à la rigueur, de réaliser, c'est celui du templacement de Bonomi par Alcide de Gasperi; un tel e changement a n'est qu'une simple escroquerie politique : De Gasperi représente la même politique que Bonomi. Cependant, tandis que Bonorni est un sans-parti, de Gasperi est le porteparole des démocrates-chrétiens, membre du C.L.N. Les chefs e socialistes › et les chefs e communistes » s'apprêtent deja à capituler et à accepter la comédie du remplacement de Bonomi par Gasperi, su lieu de dénoncer la provocation qu'on trame dans le Nord contre la classe ouvrière, et la farce sinistre qu'on met en scène dans les coulisses gouvernementales à Rome.

20' gardait en place nom seulement la police et les généraux, mais aussi leur couronnement naturel: la monarchie. Le pouvoir fut confié par la Commission soviétique de contrôle au même roi Michel qui avail dirige la querre contre l'URSS, et à une équipe de généraux réactionnaires ayant à leur tête le général Sanatesco, un des massacreurs d'Odessa et de Tiraspol. Comme corollaire à la déclaration de Molotoy du début du mois d'noût. l= Kremlin précisa que « TU.R.S.S. ne désirait que l'ordre et la tranquillité sur les arrières de ses lignes », car la querre continuail.

Assurée ainsi de la protection de Staline, la camarilla royale procéda immédiatement à une véritable offensive contre-révolutionnaire dans le pays, en même temps qu'elle couvrit de son autorité renforcée le fascistes et les saboteurs maintenus sur place a tous les échelons de l'appareil étatique :

*. Les Russes étaient prêts à collaborer avec les généraux qui avaient déjà servi sous Horthy, Antonesco et le roi Boris, et qui étaient opposés à la politique axophile de leurs maitres — note le 5 mars 45 le correspondant balkanique du journal suisse c Der Bund ». Mais précisément dans les pays ou l'administration était de plus pénétrée d'éléments fascistes, ce besoin (russe N.M.) d'ordre à tout prix rendit une épuration radicale impossible, car elle eût entraîné inévitablement une désorganisation de l'appareil étatique. »

Il arriva en conséquence e que les fonctionnaires que l'on avail chargés de l'exécution des conditions de l'armistice se trouvaient être d'anciens membres de la Garde de Fer ou de zélés collaborationnistes », qu'c un ministre de l'Intérieur fut pris en flagrant délit de recel des légionnaires anti-russes → et que « des membres de nouvelles sociétés qui se sont fondées pour encourager les rapports d'amitié avec TU.R.S.S. étaient les mêmes qui avaient fait partie des sociétés analogues pour cultiver les bons rapports avec l'Allemagne nazie » (id.). Telle fut, des le débat, la rançon normale et immédiate de la politique c d'ordre » prônée par Staline-Molotov.

Si le rôle de la bureaucratie, soviétique n'apparut et n'apparait qu'obscurément dans la conscience troublée des masses, a réalité économique et politique dans le pays — l'aggravation des conditions de vie, le lourd tribut de l'armistice, comme l'insolence des attaques répétées de l'appareil étatique monarchicofasciste renforcèrent le mécontentement larges couches laborieuses et aiguisèrent l'instabilité sociale dans le pays. Comme par ailleurs, les généraux réactionnaires poursuivirent de pair le sabotage de l'effort de guerre soviétique et nouèrent des intrigues aussi bien avec les Alliés qu'avec T'Allemagne. Staline se vit obligé en l'espace de six mois (de fin août 44 a fin février 1945) de renvoyer trois cabinets diriges par des généraux (2 cabinets Sanatesco, | cabinet Radesco) d'une part pour s'assurer des instruments plus dociles et plus soumis, d'autre part pour essayer de crever l'abcès antisoviétique que les généraux et la camarilla avait fait éclore sur ‹ les arrières de l'Armée Rouge ». Finalement, Staline dut abandonner les généraux et pousser au pouvoir, après de violentes manifestations qui se déroulèrent dans le pays, une équipe plus indépendante de la camarilia, équipe qui tout en représentant pour le moment une soupape de súreté pou la colère des masses, était en même temps entièrement soumise aux besoins du Kremlin.

La politique d'appui. principalement sur les géneraux réactionnairees ( apolitiques > - représentants de l'appureil militaire policier et bureaucratique aboutit en l'espace de six mois à une complète faillite sur tous les plans.

Il s'avera ainsi. et cette vérité s'affirmera dans l'avenir, que chaque coup porté contre les masses Teborieuses du pays devenait nécessairement un coup porté contre l'Armée Rouge : Staline ne pourra sortir à sa guise de ce cercle vicieux.

2. - La répétition du « bloc des quatre classes »

Les deux principaux partir bourgeois du pays = le parti libéral de Bratiano et le parti national-paysan de Maniu, réapparurent sur Tarène politique à l'effondrement du = conducator a Antonesco. Leur opposition à la dictature avait tiré toute sa substance du fait que ces deux soi-disant partis c historiques > étaient (et restent) liés par une infinité de liens aux impérialistes anglo-saxons hostiles évidemment à l'inféodation du pays à l'Allemagne. La sarrête tout le caractère • démocratique » de la politique de Bratiano et de Maniu, le premier, agent des banques et du crédit hypothécaire agraige. le second, représentant typique du capital étranger et d'une fraction du capital industriel cofme aussi des koulaks.

-Staline ne put naturellement pas faire de ces partis, ni des exécuteurs fidèles des clauses de l'armistice, ni des éléments décidés à s'accommoder d'une orientation exclusive pro-UR.S.S. sur le plan de la politique extérieure. Comme avec les généraux, la rupture se consomma entre les Bratiano et Maniu d'une part, et la bureaucratie du Kremlin,

Staline dut passer à l'attaque contre ces éléments hostiles ou peu sürs, et confier la gérance du pays, comme en Yougoslavie et en Bulgarie, à un instrument politique — pour le moment entièrement à sa dévotion — le e Front national déinocratique 3.

La création du e Front > roumain — comme le front national bulgare ou yougoslave — fut l'œuvre du parti communiste, qui pour loccasion, jetta complètement par-dessus bord, même les réminiscences d'un programme révolutionnaire.

La plate-forme politique du < Front > : « la continuation de la guerre au côté de F'U.R.S.S., l'exécation des clauses d'armistice, la démocratisation du pays, réforme agraire et épuration rassembla c volens nolens s outre les socialistes réformistes, les socialister adhérant au Bureau de Londres et les partis bourgeois sans base de masse, certaines fractions des ‹ partis historiques.> et un bon nombre d'arrivistes de tout calibre et de politiciens bourgeois compromis.

A dix-huit ans de distance (1927-1945). Staline réédita à lusage des Balkans sa fameuse politique du c bloc des quatre classes » qui avait si tragiquement mené en Chine à l'étranglement de la révolution proétarienne. Toutefois, la r réédition > ne correspondait pas tant a des souvenirs historiques utilisés plus ou moins à propos, qu'à la nécessité : 1° d'em- pêcher le processus de radicalisation révolutionnaire des masses par la réalisation, même tronquée, d'une série de revendications démocratiques élémentaires; 2" de concilier l'immixtion dans les affaires intérieures roumaines de la diplomatie soviétique avec le maintien du pays sur des bases capitalistes: 3" d'exclure de la vie politique active tout élément politique important capable de faire le jeu des impérialistes étrangere. C'est ainsi qu'au bout de six mois de tentatives d'appui sur la droité — la camarilla, les généraux et en partie sur les nationaux-paysans - Staline dut déplacer son point d'appui vers le c Front national » qui malgré son faible poide dans les masses, restait seul utilisable.

Amené au pouvoir a la suite de manifestations de masse contre Radesco, que Vichinsky renvoya en bate (le 28 février 45), le Front national réalisn un cabinet qui traduit toute l'inconsistance du e bloc de quatre classes → et d'autres escroqueries politiques du même genre. Staline s'empressa d'abord de sauver le roi du sort de ses généraux ministres, non pas à cause de = plus grande maléabilité — ceci n'a jamais éte mis en doute - qu'à cause de l'utilité qu'il continuait à avoir comme alibi aussi bien envers les e Alliés > - pour les tranquilliser qu'envers les. masses pour justifier l'inefficacité et la timidité des réalisations gouvernementales.

La présidence du Conseil fut confiée à Petru Grozn, e stalinisant a, propriétaire terrien et leader d'un parti agrarien petit-bourgeois sans aucune racine dans les masses. Au poste de vice-président et de ministre des Affaires étrangères fut appelé Tataresco, transfuge des libéraux et politicien véreux, qui fut le premier ministre du roi Carol depuis 1933, dictateur de 1939 a 1940, fondateur du parti unique nuquel appartiennent les Gardes de Fer fascistes, le premier i s'orienter ouvertement vers l'Allemagne, des juillet 1940: son opposition à Antonesco, ne fut qu'affaire de simple concurrence. Groza et Tataresco sont des membres du F.N. e contrôles → par les staliniens: € contrôlés qui tournent et tourneront toujours selon la direction où souffle le vent.

Sur les 19 portefeuilles du cabinet Groza, 4 appartiennent aux communistes, 2 aux socialistes réformistes, 1 aux socialistes adhérant au Bureau de Londres, le reste aux e contrôlés » du genre de Tataresco ou de Groza.

Les 4 communistes, qui détiennent les postes de commande intérieur, justice. communications et propagande — sont les prisonniers impuissants aussi bien de leur politique petite-bourgeoise et du patronage contre-révolutionnaire de la bureaucratie que de leurs propres asociés du F.N. et de la couronne, à laquelle ils sont liés en leur qualité de c ministres du roi ».

Le cabinet Groza, émanation du F.N., n'est que le reflet d'une misérable politique de dosages el de combinaisons grotesques: les e communistes a détiennent le triste rôle d'agenis de transmission des volontés de la bureaucratie, et non des leaders de la Révolution.

Staline "'empressa de soutenir de tout son poids le nouveau cabinet : le 15 mars, la Transylvanie du Nord fut c restituée » à la Roumanie - (cette terre n'est d'ailleurs pas plus roumsine qu'hongrone).

Vichynski expliqua alors à Cluj, à l'issu d'un « Te avait accordé à Groza ce qu'elle avait refusé à Radesco, car la Roumanie, a-t-il dit, c n'avait pas eu jusqu'à présent un gouvernement capable d'assurer « l'ordre, le calme et la discipline dans le pays ».

C'est là tout le programme des préposés de Staline aux e affaires roumaines a. C'est là tout le programme « révolutionnaire » de la nouvelle édition du bloc des quatre alasses...

3. - L'épuration 5725

Une épuration radicale des éléments monarchicofascistes était une mesure de salubrité indiscutable non seulemeot à cause de la e tranquillité sur les arrières de l'Armée Rouge 3, mais aussi à cause de la terreur que ces élémenta ont toujours exercée contre le peuple roumain. Cependant, l'épuration n'avança que trei lentement jusqu'en février 1945; et pour cause, car la bureaucratie du Kremlin avait d'abord ersayé de s'entendre avec la droite. Si on n'a pas épuré — écrit • Der Bund s du 5-3-45 « c'était par égard pour ceux qui aujourd'hui crient le plus fort contre la lenteur de l'épuration — les occupants russes! Jusqu'à présent, ajoute le correspondant, la Commission russe d'armistice s'est contenue dans une réserve qui mérite d'être notée. Elle a évitée de s'intégrer dans les affaires intimes de la Roumanie et elle a même repoussé assez froidement quelques tentatives de rapprochement des commumistes roumains. w

Reposant sur son accord avec la droite, la bureaucratie N'avait calculé ni avec l'insolente audace des cléments monarchico-fascistes ni avec l'intensité de la réaction populaire: ce furent précisément ces facteurs qui obligerent le Kremlin à changer d'orientation. Encore peu de temps avant son renvoi, Radesco osait haranguer les ouvriers en ces termes :

« Mélez-vous de ce qui vous regarde. Vous n'êtes pas faits pour vous occuper des affaires publiques. Contentez-vous de bien travailler. »

Or, Radesco n'avait pas été nommé premier ministre par la volonté et la grace de Dieu, mais bien par la volonté du roi Michel, qui reste toujours à la tête du pays. et par la grice de Staline. Les manifestations qui se déroulerent le 28 février à Bucarest et dans d'autres villes importantes du pays, montrèrent par leur ampleur ls colère que soulève dans le peuple les manigances de l'appareil.

L'intervention ouverte de Vichynski dans la crise roumaine permit à la presse bourgeoise d'ergoter sur le fait que l'intervention avait été < unilatérale 3. alors qu'elle aurait du être précédé d'un accord entre les & trois grands a: et de laisser entendre que l'intervention de Vichynski aurait eu un caractère ¿ révolutionnaire →. A ces insinuations hypocrites, le Kremlin cépondit par un aveu cynique qui éclaire parfaitement sa politique :

• L'évolution démocratique dans tous les pays est sujette à des contradictions internes. Si elles sont surmontées de telle façon que ce soit UNE VICTOIRE POUR LA DEMOCRATIE (lisez pour In bourgeoine (N.M.). UNE VICTOIRE POUR LA CAUSE ALLIEE, que viennent faire alors les critiques?... » (c Izvestins » du 22 mars 45).

Ce n'est qu'après la rupture forcée avec la droite et l'appareil étatique roumain, comme avec les partis < historiques 2 que les staliniens s'aperçurent de la nécessité de l'épuration. L'épuration commença par une préparation bien orchestrée et 263 députés, une première fournée, furent mis sur la sellette.

Cependant, personne ne peut oublier que tant que la monarchie et ses hommes de main à la Tataresco resteront à la tête du pays, l'épuration ne pourra atteindre que tout au plus certains fascistes déclarés, et certains agents particulièrement gênants de l'impéralisme anglo-américain, mais elle ne pourra jamais, en dépit de ses allures radicales, atteindre le fascisme à la racine. Les événements ultérieurs le prouveront encore une fois, même si entre-temps l'épuration conte la tête à quelques comparses d'une importance plus ou moins grande. Cette e épuration > n'est, elle aussi, que de la poudre dans les yeux des masses.

4. — La situation économique et la réforme agraire

Sous le rapport économique certaines clauses de la convention d'armistice pèsent d'un poids supplémentaire sur les épaules des couches laborieuses : les 300 millions de dollars exigés par Staline - au mépris de la fameuse parole du temps de Lénine : € pas d'indemnités ni d'annexions > — sont extorqués par l'entremise de l'appareil aux masses et non au roi. aux églises, ou aux banques que personne n'a proposé d'exproprier: et les autres conséquences de la guerre, les mêmes que partout, ajoutent leur pression sur les masses: circulation fiduciaire énorme, manque de main-d'œuvre (ce qui en beaucoup d'endroits n'a pas permis de faire les semailles) désorganisation des transports, mobilisation générale depuis plus de cinq ans, etc.

Si les deux catégories de prix (industriels et agricoles) ont largement augmenté, l'écart entre eux. comme dans tous les pays du Sud-Est, est devenu énorme. Fin mars « on payait à Bucarest — d'après le e Zürcher Zeitung > du 1°5 avril 45 | Teuf 20 lei, le kilo de viande 160 lei (400au marché noit), le kilo de sucre 172 lei (550), le kilo de beurre 800 lei, le salami 2.500 lei. En même temps, on paye la paire de chaussures d'homme 16.000 lei, de femme 18.000 lei, et le complet masculin atteint jusqu'à 100.000 leil » Les mêmes marchandises coûtaient en 1936-39 : l'œuf 2 lei, la viande 18 a 22 lei, le sucre 33 lei, les chaussures 400 lei et le complet 5.000 lei. La moyenne se situe pour les produits agraires de 5 a 10 fois les prix de 39: pour les produits industriels, de 25 à 40 fois et plus. les prix de 39. Cependant les salaires restent à un niveau extrêmement bas, et l'aggravation des conditions de vie est d'autant plus accentuée que des avant la guerre la situation des masses laborieuses des villes comme des campagnes était proprement intenable.

Le petit paysan devenu e propriétaire → après la réforme agraire de 1920-1921 a été rendu l'esclave des banques et des usuriers. Pendant l'entre deux guerres, les seuls produits industriels qui pénétrèrent dans les campagnes furent non les batteuses, mais les tonneaux à alcool. Le problème de l'émancipation de la paysannerie roumaine n'eat pas tant dépendant du partage de la terre que de l'expropriation

NATIONALE des banqueset de la socialisation de l'industrie. Quoique la pression politique et sociale pour la distribution de la terre nit été irrésistible - dans tous les Balkans et particulièrement en, Hongrie - la solation à la misère des campagnes ne peut être trouvée simplement dans une e réforme agraire »= réforme qui d'ailleurs n'affecte que les terres de certains collaborationnistes, ne touche pas l'Eglise et la Couronne, et dont le repartage est assuré par-dessus la tête des paysans. Ces mesures, déjà appliquées par la bourgeoisie à l'issue de l'autre guerre, ne sont en réalité que des demi-mesures destinées à ouvrir une soupape de súrelé à l'effervescence des campagnes, et sont tout juste bonnes à mystifier la paysannerie. La revue économique anglaise The Economist → fait à ce propos l'aveu suivant :

* Les nouveaux petits propriétaires (après In nouvelle réforme agraire, N. M.) commencent dans la plupart des cas avec rien, sans bétail et sans instruments aratoires. Si l'ensemble de l'agriculture de l'Est européen n'est pas réorganisé sur une base coopérative après la guerre, et équipé avec des instruments agricoles, le prochain chapitre de l'histoire économique de la paysannerie sera aussi sombre que le chapitre qu'en vient de clore. »

Et le Economist » précise avec justesse et non sans humour:

* Une note ironique dans la présente série de réformes agraires, poursuivies sous les auspices des Russes, c'est que les Eglises en ont été exemptes. En Roumanie le roi Michel et la famille royale ont également été exempts. Les historiens marxistes désignaient les monarques des pays féodaux et semi-féodaux comme a des représentants couronnés de la classe des latifundiaires ». Que représente actuellement le roi Michel de Roumanie? »

Malgré le bluff des mesures c radicales → et des réformes e profondes » sous la tutelle du Kremlin, on n'a apporté aux classes travailleuses des villes el des campagnes en guise de changement, qu'une épuration tronquée et une répétition du bluff de la « réforme agraire s...

5. — « Ahl si les Américains ne nous tombaient pas dessus! »

On entend souvent les bureaucrates staliniens expliquer en Occident qu'on ne peut faire la révolution maintenant parce que « les Américains nous tomberaient dessus ». Ce faux argument montre seulement que les bureaucrates n'ont aucune confiance dans l'exemple et la force de la révolution prolétarienne, qu'ils ont oublié ce que c'est que la fraternisation dans tous les pays. Mais on pourrait mieus rétorquer ¿ ces mêmes bureaucrates la question : pourquoi les staliniens roumains ne sont-ils, au moins cux, pour la révolution prolétarienne? Peut-être parce qu'ils craignent que Staline ne leur c tombe > dessus?

Quoi qu'il en soit, au Gouvernement comme dans le pays, les néo-e démocrates → staliniens ne soufflent, mot contre le roi. pour la République. Au contraire, leur premier ministre Groza se vante de ‹ lharmonie qui existe entre la couronne et le nouveau cabinet 5.

• Le nouveau gouvernement veut prouver qu'il n'est pas communiste quoique les communistes détien-

IV• INTERN nent des positions clés », note le Observer > du 11 mars 45.

Les néo-démocrates te peuvent résoudre la question de la paysannerie par l'expropriation des banques: au contraire, les banquiers ont trouvé secours, et abri dans le e Front national 5 et dans le cabinet.

Pas un mot n'est dit pour la rupture des c communistes et des socialistes › avec les mandatés des trusts, les popes et les militaires, pour la constitution d'un gouvernement ouvrier et paysan : au contraire, Ta collaboration la plus intime avec les capitaines d'industrie, les métropolites er les officiers du roi, est affichée et proclamée avec force.

Cependant, la crise révolutionnaire continue à ron= ser les fondements du régime bourgeois, malgré la confiande que Staline témoigne à ce dernier, Le 27 février le c Zürcher Zeitung ≥ parlait d'une situation similaire à celle de la Grèce avant la guerre civile, el l'agence de presse londonienne Reuter affirmait (1°5 mars) que le maintien de Radesco aurait e jeté le pays dans la guerre civile ». L'effervescence révolutionnaire n'est pas éteinte dans les masses: malgré l'absence d'une organisation révolutionnaire, la poussée des masses remettra rapidement en jeu la stabilité du nouveau cabinet. Staline a du déplacer vers la gauche ses équipes ministérielles de Roumanie afin d'accorder une soupape au mécontentement des masses : ce processus n est pas terminé. La nouvelle coalition n'est, elle aussi, qu'une solution de transition.

III. - CONCLUSIONS

Partant de cet examen rapide et forcément incomplet - puisque limité chaque fois à un seul exemple on peut cependant dégager ces quelques caracté. ristiques qui forment l'essentiel du bilan de la e libération s:

1° Les buts. - On peut résumer dans les deux définitions générales les buts immédiats de In coalition alliée :

a) Assurer des avant, pendant et après l'écroulement du fascisme, le passage sans secousses à la période suivante de restabilisation des appareils étatiques bourgeois.

b) Pour ce faire, briser sur n'mporte quel point l'éclatement de la crise révolutionnaire.

Outre une longue occupation militaire, quels sont Ices instruments politiques et les moyens qui doivent assurer cette politique?

2° Les instruments a politiques ». — L'impérialisme anglais, lié de longue date par des liens multiples avec toutes les monarchies encore existantes en Europe, tente de les sauvegarder (ou de les imposer). non seulement comme un instrument dont la servilité et la docilité ont fait depuis longtemps leurs preuves, mais aussi comme l'élément essentiel qui peut assurer la stabilité et l'esprit de continuité dans chaque appareil étatique (Italie, Yougoslavie, Grèce, Roumanie).

L'impérialisme américain s'associe directement une autre vieille et éprouvée force réactionnaire, le Vatican • qui retrouve ainsi la possibilité de jouer un rôle important à l'échelle mondiale. L'association de la République puritaine du dollar avec les Congrégations de jésus n'est pas une association négligeable. En Yougoslavie (Croatie), en Italie, en Autriche, en

ATIONALE 29 Hongrie, en Allemagne même comme partiellement en France aussi, ce levier joue et jouera un rôle important dans la politique de renforcement de l'hégémonie impérialiste yankee. S'appuyant aujourd'hui sur le Vatican et le centre catholique, s'appuyant à gauche sur le réformisme, qui lui aussi émerge des ruines sans pouvoir trouver en Europe un acheteur solvable, l'impérialisme américain s'est assuré des instruments d'intervention politique qui peuvent, pendant toute une période, joyer un rôle important.

L'appui de Staline sur les partis e communistes a nationaux reste fonction non des intérêts de la révolution prolétarienne, mais des intérêts immédiats de la bureaucratie soviétique. Les partis < communistes », devenus partout les chefs de file de la collaboration des classes, aident les impérialismes européens à se remettre sur de nouvelles béquilles, protiquent une politique de dosage savant du chantage et de la pression envers les bourgeoisies respectives afin d'anenter leur politique extérieure vers e l'amitié ave l'URSS. ». et à cette fin, en vue de s'assurer des positions a clés a dans les appareils étatiques bourgeois (Italie, France, Balkans).

En même Temps les partis e communistes → tentent de fusionner avec les réformistes afin de renforcer leur main-mise sur l'ensemble de la classe ouvrière

- ou essayent simplement d'élargir le cadre de leur influence en supprimant toute frontière entre leur idéologie politique et l'idéologie politique des courants petits bourgeois. Là où l'occupation soviétique s exerce, les partis staliniens pratiquent la politique du bloc unique des e quatre classes a s'opposant à l'existence de toute autre formation politique (Balkans). La bureaucratie tend ainsi à s'assurer des points d'appui très étendus dans les pays qui sont sous son contrôle. Le processus d'intégration des P. C. dans les e Fronts nationaux > n'est pas un simple camouflago organisationnel : il est à la fois l'expression de la capitulation devant le capitalisme, une porte ouverte à une véritable liquidation future organique des P. C.

A ces facteurs essentiels, la bureaucratie a ajouté un nouvel élément politique qu'elle vient de tirer comme par hasard de sa tombe : l'église orthodoxe. Ce facteur peut jouer un rôle non négligeable dans les Balkans et dans le Proche Orient.

3° Les moyens. De même qu'une différenciation se manifeste entre les impérialismes et TU.R.S.S. quant aux instruments politiques, de même une diffé. renciation profonde se manifeste entre le camp impérialiste et l'URSS, quant aux moyens qui peuvent assurer le passage du cap de la crise révolutionnaire:

— La politique anglo-américaine converge : dans la volonté du maintien de l'appareil étatique policier, militaire, administratif le plus intact possible, avec les déments qui ont servi sous le fascisme: - dans l'hostilité envers toute réforme, tout déplacement pouvant menacer le fragile équilibre sur lequel se maintient l'édifice bourgeois en Europe : de là la politique dès le début brutale, la manière • forte » contre les premiers remous de la clame ouvrière européenne (Italie, Grèce, Belgique même) : de là aussi l'appel aux Pierlot. Papandréou et le maintien de tous les « hiérarques a fascistes à lous les rouages de l'appareil élatique en Italie comme en Allemagne occupée même.

Ces moyens immédiats n'excluent pas la possibilité

IV-INTERN de e concessions » démocratiques ultérieures devant la profonde vague de fond révolutionnaire qui sortira inévitablement de l'ebranlement causé par cinq années de guerre. Cependant, des & présent. la forme type de la c libération démocratique > sous la férule impérialiste voudrait s'arrêter à tout prix aux Bonomi et aux Brüning, c'est-a-dire au type même de gouvernement bonapartiste el policier.

La plotique de la bureaucratie soviétique est de par la nature même des instruments politiques qui la servent, essentiellement différente : de là aussi la tentative de changer l'ossature intérieure de ces instruments (création des F. N., élargissement par la fusion organique avec les courants pelits-bourgeois). Il est absolument oiscux de s'intéresser si la bureaucratie croit vraiment à la chimère d'un Etat démocratique stable dans le cadre du capitalisme pourissant. Ce qui est certain c'est que toute son action y tend comme si cela était possible et réalisable. La politique d'épuration des appareils étatiques bourgeois, de formation des armées (bourgeoises) < popalaires » comme des e réformes › agraires ou des s nationalisations › en général, sont non seulement une expression caractéristique du réformisme ou des utiles soupapes de súreté, mais aussi un réflexe instinctif de conservation de la bureaucratie contre les dangers représentés par les éléments anti-ouvriers.

Cependant cette politique n'a pas exclu et n'exclut pas des accords temporaires avec la droite (Finlande, Roumanie, Comité von Paulus): de même la politique envers la monarchie ne prend une forme d'opposition violente que là où se heurtent de front des intérêts opposés à ceux des « Alliés > (Grèce) : de même encore la politique anti-vaticane ne prend

ATIONALE un caractère aigu que là où se heurtent de front les intérêts de la buresucratie soviétique el celle de l'impérialisme américain.

Consciente de la fragilité de l'édifice bourgeois en Europe, la bureaucratie n'avance dans les voies de l'épuration, des nationalisations, de la lutte antimonarchique, ou des e réformes » que d'une façon inégale, variable de pays à pays: elle n'essaye pas de dépasser la résultante qui s'établit à chaque moment entre ses objectifs immédiats et l'intensité immédiate de la pression des masses.

25 avril 1945.

Note. - On peut dire en définition que la politique des bourgeoisies européennes tend naturellement à s'aligner sur celle des impérialismes anglais ou américain. Cependant elle s'aligne aussi sur la politique de la burcaucratie et des partis staliniens dans la mesure où l'URSS. représente un élément d'équilibre contre l'hégémonie anglo-saxonne et dans la mesure de la pression exercée par la radicalisation des masses (épuration, amalgame des partisans et de l'rmée, etc.) : pourtant cet e alignement = est d'autant plus transitoire que ses conséquences peuvent, à la longue, avoir des effets directs sur Tes assises même du régime bourgeois (de là, l'arrêt rapide de l'épuration ou de l'amalgame dans une armée c populaire ». avant même qu'Ercoli et Thorez sonnent la retraite).

Nous analyserons dans un article ultérieur les caractéristiques de la montée révolutionnaire — en partant, à cet effel, de l'analyse de l'effondrement de l'Allemagne et de ses conséquences.

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