par Patrice
Dans une Europe affamée, saignée à blanc. en ruines, rien n'est tant désiré que la paix. Mais quelle paix? Les impérialistes alliés nous bourrent déja le crâne avec l'idée quils ne s'occupent que de préparer une paix e dure mais juste », qui empêchera à tout jamais le retour du fléau de la guerre en Europe: et dans leurs déclarations publiques lis montrent une confiance sereine dans leur capacité d'imposer leur volonté aux peuples éprouvés du continent. Nous savons bien qu'ils mentent: que leur • paix • sera un indescriptible cauchemar d'injustices et que derrière leur suffisance ils sont rongés par une crainte nerveuse de la révolution socialiste. Car ils l'ont deja prouvé une fois, En 1917, ils faisaient les mêmes belles promesses. ils affectaient la même confiance : mais, une fois assurés que leur système d'exploitation humaine avait traverse les secousses historiques d'après-guerre, ils confessaient entre eux, dans des Histoires savantes et des Mémoires à tirage limité, ce que vraiment ils faisaient et sentalent à Versailles. Au moment où ils commencent à nous déverser de nouveaux flots d'hypocrisies. leurs propres paroles, qui donnaient le démenti à leur hypocrisie de 1917, sont d'une grande utilite pour comprendre et démasquer leurs mêmes mensonges d'aujourd'hui.
Les buts des hommes de Versailles étaient moins de ‹ signer la paix » que :
1) d'écraser l'Union Soviétique ;
2) d'empêcher une révolution socialiste en Allemagne vaincue:
3) d'étrangler la Hongrie soviétique:
4) de briser la révolution et d'aider la contre-révolution ailleurs;
5) de repartager le monde selon les revendications des trois impérialismes les plus forts.
L'ombre de TU.R.S.S.
Ce fut l'Octobre russe qui — en semant mutineries et mécontentement dans toutes les armées, grèves et manifestations dans tous les arrières — mit fin à la première guerre mondiale. Les négociations de Versailles se faisaient sous la grande ombre projetée à travers l'Europe par le nouvel Etat ouvrier la crainte qu'il ne se stabilisat hantait les delegués: leur préoccupation centrale était de l'écraser avant qu'il n'entrainat à la fois vainqueurs et vaincus dans la révolution socialiste. Le choix même de Paris refléta ce fait : le colonel House, émineno grise de Wilson, confessa plus tard:
Wilson et moi étions d'accord que la Suisse était le meilleur endroit pour la Conférence. Mais anres être férence. Mais apres etre arrive à Parls Batarrive • Paris, 1'a appris que la Suisse était menacée du chevisme, et on a decide qu'il ne serait pas Judicieux d'y tenir la Conférence.
Meme derrière les baionnettes de leurs propres armées, ces messieurs n'étalent pas très rassurés. Fiouse pressa toute la procédure du Traite < avant. comme il l'exprimait, que le monde entier ne tombe dans l'abime du bolchévisme • (1).
Dans son Journal, il écrivit le 22 mars :
Le Bolchévisme gagne du terrain partout La Hongrie vient d'y succomber. Nous sommes assis sur un magasin de poudre à fusil ouvert, et un de ces jours une étincelle peut l'allumer. (Ibid.)
Les témoignages ne manquent pas. Ray Stannard Baker (2) dit aussi :
L'effet du problème russe sur la Conference de Paris @tait profond : on ne peut comprendre Paris sans Moscou. Sans jamais etre du tout représentes à Paris, les Bolcheviks et le Bolchevisme étalent des éléments de polds 4 chaque tournant. La Russie jouait à Paris un rôle plus important que la Prusse.
Herbert Hoover, tout occupé de ses missions de ravitaillement anti-bolchéviques, déclara catégoriquement deux ans plus tard que
-
(1) Rose M. Stein : « M-Day a, New-York, 1936, p. 128.
(2) c Woodrow Wilson and World Settlement
Written from his Unpublished and Personal Material >, New-York, vol. 11, P. 64.
IV INTER toute In politique américaine pendant la liquidation de l'Armistice était de contribuer de tout son pouvois a empécher que l'Europe ne devienne bolchevique (S) La Conférence de Paix a Conference qui commenca ses travaux h
2 Janvier 1919 réunit les plénipotentiaires de vingt-sept nations. Mais pour enlever aux pe tites nations toute influence sur les décisions. on établit immédiatement un Conseil des Dix Pour les infâmies vraiment importantes, cela même était trop public et trop hasardeux: les principaux impérialismes créèrent in Conseil des Quatre, x les Quatre Grands » (le parallelisme avec San Francisco saute aux yeux) Se réunissant confidentiellement. avec seulement un secrétaire, ces < Quatre Grands > préparerent en secret la paix qui allait < abolir = la guerre.
Bien que les Bolchévils, des le lendemain de la prise du pouvoir, aient réclamé une conférence pour etablir une paix universelle sans annexions ni indemnités, la Conférence de Paix, il va sans dire, exclut les représentants soviétiques, tandis que les Russes blancs pulIulaient à Paris. Boris Bakhmetiev leur établit une permanence. utilisant les crédits de 325,500.000 dolliars accordés à Kerensky par les E.-U. Le VI' des Quatorze Points de Wilson disait:
Evacuation de tous les territoires russes et réglement de toutes les questions touréglement. chant la Russie de nature -garantir la coopération la meilleure et la plus libre des autres nations du monde, en lui donnant la possibilite bleine et entiere de détereliner de laçon independante son propre développe. inent politique, et de nature à l'assurer d'un accueil sincère dans la societe des nations libres sous les Tostitutions de son propre choix; et, plus qu'un accueil, toute alde aussi dont elle aurait besoin et qu'elle desirerait. Le traitement accorde à li Russie par les nations-sceurs dans les mois 1 venir sera ln preuve acide s deleus bonne volonté, de leur comorchenion de ses besoins indépendamment de leurs propres intérets, et de leur sympathile Intelligente et sans égoisme.
Six mois plus tard, Wilson mit en application cette homélie en envoyant des troupes américaines à l'assaut de l'Union Soviétique. Comme disait la Note Radek-Tchitcherine. citant l'assurance hypocrite de c l'aides:
•. cette alde s'exprima dans le fait que les troupes tchécoslovaques et bientor anres vos propres troupes et celles de vos allies essayerent à Archangel, i Murmank er dans lExtrême Orient d'imposer de force ati peuple russe le gouvernement des onpresseurs... (Fischer, pp. 147-8.) Mesures contre l'U.R.S.S.
Des le 12 décembre 1917, les Britanniques avaient armé des unités esthoniennes antisoviétiques. Le 23 décembre, les Impérialistes s'estimérent préts à partager le gâteau en Rus-
(3) Louis Fischer The Soviets in
NATIONALE ste méridionale sclon le document secret anglofrançais publié par le gouvernement soviétique
L'activité dirigée par la France se daveloppera au nord de la Mer Noire (contre l'ennenti). L'activité dirigée par l'Angleterre se developpera au sud-est de la Mer Noire (contre les Turcs) (4) 2. Vu que le céneral Alexéev a NovoIcberkasi a propose Texecution d'un proKramme cul envisage organisation d'une armée destinée d opérer contre l'ennemi, el vu que la France a adopté ce programme et alloué un crédit de cent millions dans ce but et tait des préporatifs pour l'organisation d'un contrôle inter-allié, Texecution de ce programme sera continué jusqu'a ce que de nouvelles dispositions soient prises en accord avec l'Angleterre. 3. Avec Cette reserve, les zones d'inHuence assignees a chaque gouvernement seront les suivantes La zone anglaise : les territotres ques, de territoire du Caucase, l'Arménie, In Ciéorgie, le Kurdistan. La zone français : 1a Bessarabic, l'UkralM9g Les depenses seront réparties et con- Ela Crimee trolées par un organe centralisateur interallié. (Fischer, on. cit., p. 836.)
Jusqu au milieu de l'été 1918, Wilson avait alloue 5 millions de dollars pour fournitures d'hiver aux civils dans le territoire russe occupé par les Alliés. Il en envoya encore 5 millions (portés plus tard a 8 millions) aux armées tchécoslovaques contre-révolutionnaires en Sibérie centrale : et il veilla à ce qu'elles reçoivent encore 5 millions du War Trade Board: Avant la mi-juin 1918, les Britanniques et les Français avalent débarqué à Mourmansk, suivis par les Américains, et avaient avancé de 240 kilomètres en direction de Leningrad. Le 2 août, un débarquement allié a Archangel renversa le Soviet, établit un gouvernement bourgeois, et s'étendit aussi au sud et à Test En septembre 1918, arriverent 4,700 Américains en renfort. En Sibérie, commençant les opérations en août 1918, après que les E-Ul, la Grande-Bretagne, la France, l'Italie et le Japon eurent convenu d'envoyer chacun 7,000 hommes, les Alliés s'emparérent de Vladivostok et de milliers de kilomètres de chemins de fer menant vers la Russie. (Les Japonais, trompant leurs alliés. envoyèrent 73,400 hormes. et appuyèrent l'Ataman Semenov; tandis que les autres appuyérent l'amiral Koltchak.) Les Français débarquerent à Odessa le 17 décembre 1918, après avoir préalablement donne l'ordre aux Allemands de n'en partir que juste avant leur arrivée, pour éviter un interregne bolchevik, Quelque temps auparavant le 16 novembre, Bakou fut prise par la flotte mixte britannique-russe blanche (Denikin). dont le vaisseau pavillon portait les étendards américain, britannique, français et tzariste. La Grande-Bretagne, qui finaleinent avait 184 mille hommes seulement en Russie septentrionale, maintint des états-majors avec la plupart des chefs blancs et envoya généreusement des mu-
History of Relations between the Soviet
Union and the Rest of the World , 1930, P. 174, Toute référence postérieure & Fischer se rapporte a cette œuvre
(4) Notez, bien les termes, A cette date, la France et l'Angleterre étaient formellement en suerre avec ta
Turquie, tandis qu'avec la Russie elles etaient au moins en pals, sinon alliées Néanmoins on nomme les
Turcs par leur nom pour les distinguer de est... la Russie !
World Affairs
IV INTERN nitions F ses dépenses totales dépassèrent 460,893.000 dollars. Ec Japon paya entre 291,600,000 et 340,000,000 de dollars. Les chifFres des dépenses de la France ne sont pas connus: mais son action l'est bien. Tandis que Wilson declamait des hypocrisies. Clémenceau, plus direct, écrivit vers le début de décembre au général Franchet d'Esperey, dont les troupes:
ATIONALE 11 aurait un Soviet à Londres >. Pendant la même réunion : Le President Wilson déciara qu'il ne serait pas tonne que Je refus des troupes britanniques et améticaines de se rendre en Russie pour combattre les Bolcheviks fût imputable au fait qu'en renversant le bolchevisme, elles craignaient de préparer le rétablissement du tsarisme. Les soldats réfléchissaient el etalent tres fatigués
De partout arrivaient à Paris des nouvelles d'e anto-démobilisations » des armées, d'émeutes dans les populations civiles, de grèves qui Retendaient. Dans tous les pays, les ouvriers se levaient pour protester contre l'intervention anti-soviétique des Alliés:
Le danger bolchevik est tres grand au moment actuel , dit Clemenceau, selon précis officiel des délibérations du Conseil des Dix a Paris, le 21 janvier 1919 • Le Bolchevisme s'étendail. Il avait enVahi les provinces baltiques, et au moment tenue ils avaient reçu de tres mauvaises nouvelles concernant son extension Виdapest et Vienne. Liltalle aussi etait menacle. Le danger ctait probablement plus krand la qu'en trance: Si le Bolchevisme, apres s'etre repandu en Allemagne, traversait 1'Autriche et In Hongrie et ainsi gaunait, l'itelle, l'Europe se trouvernit en tace d'un grand danger. Ainsi, il fallait faire quelque chose contre le Bolchevismer s
Mais quoi, et comment?
Car, même avant de dépouiller le peuple soviétique. les impérialistes étaient déja en lutte au sujet du butin. En dépit de l'accord cité plus haut les Anglais et les Français s'empolgnaient déjà en Russie méridionale. Les Japonais mettaient un baton entre les jambes de Koltchak parce qu'il était l'instrument des autres Alliés. Les Français appuyaient PetToura contre Denikine, qui servait surtout les Intérets britanniques. Et la simple mention du pétrole russe suffisait a faire sauter tous les Alliés A la gorge les uns des autres.
Ils ne pouvaient pas davantage se mettre d'accord sur le degré et la forme de l'intervention. « Comme le Baron Sonnino l'a suppose », dit Wilson pendant la méme réunion. c ils étaient tous repoussés par le Bolchévisme, et pour cela ils avaient dressé des hommes armés contre lul. > Eh bien, ils n'avaient besoin que de 150,000 hommes sürs pour écraser les Bolchéviks éprouvés; et ils avaient en principe le contrôle sur des armées de millions d'hommes. Mais.. mais.. nulle part ils ne pouvaient trouvers ces 150.000 hommes.
Et avec cela nous abordons la différence — la vraie et pas celle du mythe wilsonien repris par Roosevelt — entre Wilson et certains des autres. Les partisans de la c grande intervention . dont le chef était Winston Churchill (substitut pour Lloyd George, parti en panique pour l'Angleterre pour empêcher la grève générale), appuyé par Noulens et les états-majors, étaient pour l'attaque à outrance contre T'LIR. S.S., source du bolchevisme, même au risque de provoquer la révolution en Europe, Clémenceau était pour l'intervention prudente. pour l'aide aux armées blanches, et pour l'isolement de l'infection › par la création d'un = cordon sanitaire Wilson. House et enfin Lloyd envahissaient l'Ukraine :
Je Joins Ici une pian géneral pour
Lu Bolchevisme en provoquer Sa chut
XI215 letire qui présente in l'isolement economique
Russie dans le but de
(Retraduit de Pan-
Le 21 décembre il precisa par-télégramme
Le plan d'action des Allier est de real"ser a la fois Tencerclenient économique des Bolcheviks et Ta, réorganisation de l'ordre par des éléments russes
Lemplot du mot c économique = pour caracteriser des armees avançant par le feu et le fer doit etre attriboé a la célebre délicatesse Française. Franchet d'Esperey comprit.
Ainsi il est bien evident que les c Big Four étaient entièrement d'accord pour mettre au premier chapitre de l'ordre du jour la destructien totale de l'Etat ouvrier a les seuls points sur lesquels il avait des divergences d'opinion furent les méthodes et les beneficiaires.
* Grande Intervention » contre « Petite Intervention »
Ils colmencerent par une mesure sur laquelle tous les quatre furent d'accord affamer T'UR S.S. en resserrant encore le blocus. Ils forcézent les neutres → couper méme la quantité infime de vivres qu'ils laissaient passer vers l'Union Soviétique. En même temps, la quantité de vivres que les E.-Ul, livraient a travers la Croix Rouge et les Missions Hoover à toutes les armées blanches et aux territoires qu'ils avaient occupés fut beaucoup augmentée. Ensuite les ‹ Quatre Grands > se mirent au travail
Travail sale... et difficile. Fischer (pp. 162 et seg.), en exhumant d'un obscur document du Sénat des E. Ll. le compte-rendu de la première diicussion importante dans le bureau de Pichon, ministre des Affaires étrangères de France, le 1 janvier 1919 entre Wilson, Cle-
Pichon. Lloyd George, Balfour et Sonnino, révèle la préoccupation principale de ces messieurs:
Sils proposaient de tuer le Bolchevisme par Tépée, répondit Lloyd George, • les armees: se mutineralent... Lidee même d'écraser le Bolchevisine par une force miTitaire est une pure folle. Même en admettant que c'est fait, qui occupera la Ru- Rusie 2 5 • Koltchak et Denikine », fut la réponse prompte de ses adversaires. Churchill, Noulens. Foch et les militaires français et britanniques mettaient leur conflance dans les lemeuts anti-bolcheviks de la Russie. Mais Lloyd George, avec un instinct qui explique beaucoup de son succes politique, flairait deja la qualité inférieure des chefs russesblancs. Si une entreprise militaire étalt montée contre les Folcheviks 3. déclara-t-il e cela rendrait l'Angleterre bolchevique et I V
IV INTERN George étaient contre la e grande intervention 3. Pourquoi 7 Parce que, dit House
•. une invasion du territoire russe n'aurait comme effet que le renforcement des Bolchévistes... Une nation se soulève invariabiement pour la defense de son gouvernement contre un envahisseur étranger
Ils étaient prêts, cela va sans dire, a décimer la nation russe tout entière s'ils le pouvaient. Mais entre temps, disait en effet Lloyd George, nous serons pendus aux réverbères de Londres et de Paris.
La tactique wilsonienne
Wilson avait déja vu clair. et il était épouvanté. Dans un discours à Billings Montana le 11 septembre 1919, il s'écria :
Je parle de la Russie. N'avez-vous auçun symptôme de l'étendue de cette sorte d'esprit chaotique dans d'autres pays? vous aviez été avec moi (en Europe) vous auriez que la peur de tout homme qui relechit en Europe c'est que ce mal s'étendo a leur pays.. Ce poison-la court i travers toutes les veines du monde, et nous avons créé partout dans le monde des moyens de communication tels que toutes les veines du monde sont ouvertes et que le poison peut circuler. La T.S.F. le jette dans les airs. Le câble le murmure sous la mer. Les hommes le discutent dans de petits groupes: les hommes le discutent ouvertement dans de grands groupes. Il y a des apôtres de Lenine même parmi nous. (Tome IT, pp. 108-9.)
Jour après jour Wilson plaidait pour T'entrée des B-Ll. dans la S.D.N. pour arrêter le bolchévisme. Mais pas par la seule force des armes. Il ne crut jamais à son propre e conte de fées ». représentant le bolchevisme comme le produit de quelques, ‹ agitateurs >. A Minneapolis, le 9 septembre 1919, il déclara categoriquement :
Le sang a ete verse en fleuves, la fleur des nations européennes a été détruite, et enfin les multitudes silencieuses des homnies se sont réveillées, et lis ont décidé que, plutor que de voir cela recommencer, si les gouvernements ne. peuvent pas se mettre d'accord, Ils détruiront les gouvernements. (Tome I1, p. 69.)
Cing jours auparavant, il décrivit les révolutions comme le produit d'e une colère brülante qui ne peut étre supprimée... Les révolutions sont venues parce que les hommes savent qu'ils ont des droits et que ceux-ci sont méconnus. > La tactique de Wilson était : avec une main frapper partout où cela était possible la révolution qui s'étendait, avec l'autre essayer de séduire les peuples qui souffraient de la Révolution par la promesse démagogique d'une véritable solution dans le cadre du capitalisme.
Wilson, sensible à l'opinion publique, commençait à s'inquiéter de l'effet sur les peuples alliés de la série de propositions de paix faites par les Soviets: et il saisit l'Appel à la Paix lancé par Litvinov à la veille de Noël 1918 pour proposer aux autres une trêve et l'envoi
ATIONALE de délégués de toutes les factions russes à la Conférence. Les Français piquèrent une crise de nerfs. Des Bolcheviks a Paris? - Mon Dieu. ils convertiraient la France au bolchévisme!
Mais quand, le 12 janvier 1919, Tchitchérine eut encore une fois demande aux Américains de c bien vouloir fixer un lieu et une date pour ouvrir des négociations de paix avec nos réprésentants », on chargea Wilson de préparer une réunion des factions russes, mais à grande distance de Paris — disons dans une ile égéenne ou a Prinkipo. Bien qu'on eût décidé d'inviter les délégués soviétiques, l'invitation, on ne sait pourquoi, ne fut jamais transmise. Mais le Soviet, en ayant eu connaissance indirectement. • fut la seule des e factions > a accepter (5). Ce qui n'empèche pas Wilson de declarer plus tard, dans une communication officielle au géndral blane Koltchak, que le projet de Prinkipo avait ‹ échoué à cause du refus du Gouvernement Soviétique s. Car Wilson était furieux d'avoir échoué dans son projet, qui était bast sur l'idée que les Bolcheviks refuseralent, lui permettant de leur jeter la pierre.
Wilson envova aussi une mission secrète avec William Bullitt le 22 fevrier pour proposer l'immobilisation des divisions territoriales où elles étalent et le désarmement des troupes soviétiques, en échange des vivres des Alliés. Au moment du départ de Bullitt, l'Armée Rouge paraissait inébranlable: mais à son retour, les Blancs avançaient avec Koltchak vers la Volga et Moscou, et Wilson désavoua Bullitt.
En effet, Kaltchak était devenu le grand espoir des Alliés. A ses armées. les E.-Ll. versèrent des quantités immenses de fournitures de Croix Rouge, de matériel de chemin de fer et de stocks de guerre. Les bateaux du UI.S. Shipping Board lui transporterent 260,000 fusils via Vladivostok. Un syndicat de banques (Baring Bros, de Londres; Kidder, Peabody and Company, de boston: la Guarantee Trust Company et la National City Bank, de New-York) s'empressèrent de lui préter 38.000.000 de dollars. Mais il subit le sort de tous les c espoirs blancs ›: il battit bientôt en retraite vers TOural devant l'Armée Rouge de Trotsky.
Les Alliés ne perdirent pas espoir. Ils donnerent l'ordre à leurs consuls a Helsingfors d'appuyer le gouvernement finlandais s'il aidait Koltchak par une attaque simultanée sur Petrograd. Plus tard ils firent fortement pression sur la Finlande pour qu'elle appuyat une attaque de Yudenich sur la même ville. Sous prétexte qu'il était nécessaire de renforcer leur corps expéditionnaire pour l'évacuer en-toute sécurité (malgre loffre d'un armistice faite par les» Rouges), les Britanniques envoyèrent des renforts a Murmansk : puis, loin d'évacuer, ils lancérent une grande offensive pour effectuer une jonction avec Koltchak. Les forces ne furent pas retirées de Sibérie Jusqu'en avril 1920, et
(5) Par son acceptation, l'Union Soviétique s'offrit: a reconnaitre les dettes des régimes anteminières, rieurs,
TaveC interet sous forme de matières premières ; a accorder des concessions.
de bolsage, et autres; a discuter l'annexion de territoires russes par les puissances alliées. (Voir
Fischer. op. cit.,
167-8) Volla Jusqu'a quel point Lénine et Trotsky furent prets à faire des conppceselons pour obtenir le temps de respirer pour V'U.R.5.5.
même alors les Japonais restèrent. Comme instruments, les Alliés ne dédaignèrent personne. utilisant non seulement des bandits ordinaires comme Petlioura, mais leurs c ennemis » : l'Armistice et le Traite autorisèrent les Allemands à maintenir leurs armées dans les Provinces Baltiques de la Russie, à ne pas les retirer jusqu'a ce que ... les gouvernements des principales Puissances alliées et associées l'estiment à propos, en tenant compte de la situation intérieure de ces territoires ». Fischer dit :
Le cabinet Ebert à Berlin rendit volonfiers service aux Allies dans cette affaire, et bien qu'il retirät une partie de ses forces regulières fatiguées (lire c infectees »). # linançait les bataillons de volontaires irréguliers de von der Goltz.
Les mesures auxquelles, les hommes d'Etat alliés furent contraints par la logique politique de leur but fondamental — la répression générale de la révolution socialiste — dicta la carte stupide de l'Europe d'après-guerre, pre. ara le terrain à Mussolini et Hitler, et mens tout droit à la deuxième guerre mondiale en une seule génération.
Winston Churchill précisa très franchement les sentiments des délégués à la Conférence de Paix, au moment de prendre leurs places sur le volcan révolutionnaire:
Quand les crandes organisations de ce monde sont tendues au delà de leur polnt de rupture, leur structure s'écroule souvent par tous les côtes à la fols... (En Allemagne) les armées fideles furent valncues au front et demoralisces à l'arrière. La marine, fère et efficace, se mutina. La révolution fit explosion dans le plus discipliné et le plus docile des Etats... Un tel spectacle épouvante l'humanité; et un glas sonna dans les oreilles des vainqueurs à l'heure même de leur triomphe (6). Le problème allemand
De l'autre côté du Rhin parvenaient en effet des échos, menaçants. Même avant l'Armistice. le colonel House était anxieux au sujet de l'Allemagne : le 30 octobre 1918, il câbla à Wilson au sujet d'une conversation avec Clémenceau lattirai son attention sur le danger de dechainer le Bolchévisme en Allemagne, si Tes termes de PArmistice étaient trop sevères, et sur le danger qui en résulterait • pour l'Angleterre, la France et P'Italle... (7).
Les dirigeants allemands étaient également anxieux. House donne ce nouveau témoignage pendant les négociations pour l'Armistice :
Je viens de voir Foch qui m'a donné un procès-verbal (de l'entrevue avec les déléqués allemands, qui)... dirent qu'ils seront débordes par le Bolchevisme si nous ne les aidons pas à lui résister, et qu'ensuite nous Berons envahis par le même fléau. (Edem, p. 139.)
Et non sans raison. Le Parti Social-Démocrate se trouvait en face d'une montée révolu-
(6) = The World Crisis >, Londres, 1921, tome
(7) = Intimate Papers of Colonel House >, tome
(8) Ralph Haswell Lutz : e The German
(9) H. W. V. Temperley, ed c A History of 1920 : tome II, p. 445. Toute référence postérieure tionnaire qu'il ne se sentait guère capable d'endiguer. Ses dirigeants retenaient les ouvriers en criant : < Si nous faisons une révolution, 1 octobre 1918, un Manifeste dir ComBle l'Entente arrivera pour l'écraser! • Dès le cutif du Parti Social-Démocrate avait prévenu qu'une révolution ‹ ne ferait que stimuler l'appétit de conquêtes de nos ennemis 2 — cette révolution étant précisément celle qui, commencée le 9 novembre, devait élever ces messieurs au pouvoir gouvernemental. Quand les Conseils d'Ouvriers et Soldats (Soviets) discutaient la forme de gouvernement à créer — si les Soviets garderaient le pouvoir ou s'ils le transfereraient (comme ils le faisaient fatalement) à une Assemblée Constituante — le Conseil Suprême de Guerre Allié fit une déclaration tranchante : il ‹ ne régocierait pas avec les représentants d'une seule classe - c'est-à-dire avec un gouvernement de soviets ouvriers ». coté social-démocrate, Scheidemann, préconisant une Assemblée Constituante à la réunior lu 19 novembre des Conseils à Berlin, previn que.:
1. Entente ne reconnaitrait pas une dictature (prolétarienne) et ne lèverait pas • le blocus de la faim a pour un tel gouvernement. à l'aide russe, l'unité allemande s'écroule- Si les révolutionnaires faisaient appel rait et l'Entente оссиретиії - Berlin avant que les Soviets alent pu aider le prolétarat allemand (8)
Aujourd'hul la rodomontade favorite de la bourgeoisie est : < Nous étions trop doux avec les Allemands; nous aurions dü marcher jusqu'a Berlin. > Mais la raison véritable pour laquelle ils confièrent l'étranglement de la révolution aux Social-Démocrates au lieu de marcher eux-mêmes sur Berlin, fut plutôt qu'ils avalent peur. Temperley (9), l'historien britannique officieux de la Conférence de Paix, confesse la vérité :
Les troupes allemandes avaient été contaminées par la propagande bolchévique pendant l'occupation de la Russie. Il pouvait etre également dangereux de faire occuper l'Allemagne révolutionnaire par les troupes de l'Entente. (Souligné par nous.)
Churchill confirme au sujet des troupes britanniques d'occupation : • Des ordres stricts et réitérés contre la • Fraternisation > étaient nécessaires. > (Op. cit., tome V. p. 65.) Si les Alliés osent actuellement occuper l'Allemagne. c'est parce que la politique contre-révolutionnatre de Staline leur parait une garantie contre la bolchevisation des troupes d'occupation.
Les vivres comme arme politique
Un des points principaux sur lesquels les Alliés eurent de grandes difficultés à se mettre d'accord fut l'utilisation de l'envoi de vivres pour étouffer la révolution. Devait-on, par exemple, lever le blocus avant la signature du IV, p. 540. IV, e The Ending of the War ». pp. 118-19. Revolution 1918-1919 >, Standford, 1922, p. 75. the Peace Conference of Paris >, 6 tomes, Londres, à Temperley se rapporte à cette œuvre.
Traité de Versailles? Temperley confesse que la peur que l'anarchie complète ne se produlsit si des mesures n'étaient pas prises par les- Ailles, à l'insertion mena dans l'Accord de' l'Armistice du il novembre gis de l'article XXVI, qui dit en effet que bien qu'on continuat a maintenir le blocus en principe, les Alliés permettraient le ravitallement de l'Allemagne autant que cela paraltrait nécessaire. (Tome 1, p. 313.)
Les différences d'opinion entre les < Big
Four > furent compliquées par une rivalité impérialiste au sujet de la marine marchande allemande. Le 13 décembre 1918, quand on prorogea l'Armistice jusqu'au 17 janvier, les impérialismes alliés. malgré leur crainte de voir la faim amener le bolchévisme, stipulèrent comme condition de l'envoi de vivres en Allemagne la cession de la marine marchande. Les capitalistes allemands refosèrent, et la famine continua. On n'arriva pas à un accord avant le 13 mars, Line de ses conditions précisa que rien (des vivres stipulés dans l'accord)
ne serait distribue
Faux personnes sans emploi, aux personnes qui, par leur propre faute ou leur propre choix n'obtiennent pas de travail. (Lutz, op. cit., p. 116.)
Temperley confirme nos soupçons quant au but de cette clause :
Cette clause fut insérée principalement dans le but d'aider le gouvernement allemand à empêcher l'extension des désordres interieurs en Allemagne.
Crome L. p.
318.)
Le succès de cette tactique est constaté par
Lutz :
Il est significatif que blentôt après l'arrivée du premier bateau de vivres la situation politique changea de facon définitive et depuis ce temps, elle s'est constamment amélioréc... la menace du Bolchevisme et le danger de l'extension de l'anarchie de l'ALlemagne jusqu'aux mations alliées subsistaient aussi longtemps que l'Allemagne restait sans nourriture, (Op cit., p. 119.)
L'officieux Temperley confirme :
En fait, la situation en Allemagne était extrêmement dangereuse pendant les mois d'hiver et au commencement du printemps de 1919, à cause des explosions sporadiques de Spartacisme partout dans le pays, explosions qui menaçalent de se développer en
Bolchévisme.
La politique britannique et américalne fut de renforcer le gouvernement lemand existant, et de le mettre à même de restaurer la loi et l'ordre. On peut dire en toute vérité que c'est grace aux Autorites Militaires britanniques, parlaitement au courant de la situation allemande, des stocks de vivres furent envoyes en Alle magne des avril - probablement juste temps pour sauver le pays de l'anarchie et peut-être l'Enrope d'une grave catastrophe
(rome II, p. 115,)
Contre les ouvriers allemands, les capitalistes alliés et allemands faisaient solidement bloc.
Pendant la grève générale de la Ruhr en avril
1919. Lutz révéle
En annonçant l'arrivée des envois de vivres de la part des Allles, le gouvernement (allemand) declara que, agissant sur les instructions des Alliés,
B me donnerait rien aiceux qui continuaient à Taire grève.
(Souligné par nouss)
L'affaire en arriva à son point culminant avec le Fameux memorandum de Lloyd George du 25 mars 1919, dont les passages essentiels méritent d'etre cités:
Le danger le plus grand que le voie dans la situation actuelle, c'est que l'Allemagne unisse son sort a celui du Bolchevisme et place ses ressources, son Intelligence, vaste pouvolr d'organisation à la disposition des fanatiques révolutionnaires dont le rève est de vaincre le monde pour le Bolchevisme par la force des armes. Ce danger n'est pas une pure chimere. . Le gonvertement actuel en Allemagne est taible: -manque de prestige ; son autorite est contestée : I survit seulement parce quil n'ysa pas d'autre alternative que les sparlacistes (communistes), et l'Allemagne n'est na5 encore mure pour le spartacisme. Mais l'argument que les spartacistes emploient en ce toment même avec grand résultat, c'est qu'eux seuls Peuvent sauver l'Allemagne de la situation intolérable qui lui a ete léguée par ia guerre. lis offrent de libérer le peuple allemand de ses dettes envers les AThes et envers ses propres classes plis riches. lis lui offrent le contrôle complet de ses propres affaires et la perspective d'une terre et d'un ciet nouveaux. C'est vrai que le prix sera lourd Il y aura deux ou trois ans anarchie, peut-étie d'effusion sangy mais à la fin in terro restera, le peupie restera. la plupart des maisons et des usines resteront, et les chemins de fer et les routes resteront, et l'Allemagne, ayant rejete ses fardeaux, pourra Taire un nouveat depart. Si l'Allemagne passe aux spartacistes, JE est Inévitable qu'elle unisse son sort à celui des Bolchévistes Russes Si cela arrive, Toute l'Europe orientale sera emportée dans l'orbite de la révolution bolchevique et Jans l'annce nous verrons peut-etre presque trois cents millions de personnes organisées dans une vaste Armice Rouge sous des instructeurs allemands et des généraux allemands. equipée avec des canons allemands et des mitrailleuses allemandes prête renonveler l'attaque sur l'Europe occidentale. Clest une perspective que personne ne peut contempler sans Trémir Et pourtant les nouvelles qui sont arrivées de Hongrie bier montrent trop clairement due ce. danger n'est pas unc fantaisie. Si nous sommes sages, nous offrirons à l'Allemagne une paix qui sera préférable pour tout bomme de bon sens À l'alternative du Bolchevisme. Pourquoi l'Allemagne a gardé des armes
Au sujet du désarmement allemand les
Quatre Grands > étaient aussi d'avis differents. lémenceau et Tardieu étaient épouvantés par la grandeur de l'appareil militaire allemand. que Tardieu estima à presque un million d'hommes à la fin de 1919. Lloyd George et Wilson, au contraire, insistaient sur le fait que le capitalisme allemand avait besoin de ses limiers si on voulait empêcher une révolution socialiste. On avait limité l'Allemagne à une Reichswehr de 100,000 hommes. Mais on estimait la Reichswehr, bien qu'ille ne soit jamais tombée en-dessous de 200,000, nettement insufFisante. Temperiey expliqua :
L'intervention active de la Reichswehr a Jusqu'a présent supprime tout mouvement révolutionnaire, mais il paralt que, des émeutes et des révolutions avaient leu simultanement dans diverses régions, la force prescrite par le Traite de Pris ne serait pas suffisante pour ¿touffer le désordre, particulièrement s'il fallait employer ne parle des troupes surla frontar de Est bour seroarda contre une Invasion bolcheviste. (Tome IT, p. 461.)
Ainsi les Alliés permirent au capitalisme alle: mand de former d'autres services, e spéciaux Il y avait par, exemple la Sicherheltspolizes
I5
(plus tard le noyau de la Gestapo hitlérienne). tornée précisément, comme nous informe Temperley. * pour le cas où la Reichswehr cesserait d'être süre en résultat de la propagande politique de l'extrème gauche ». (Idem. p. 462.) Il y avait les Binwohnerwehren et les Zeitfreiwillige, qui, Temperley l'admet ouvertement, e furent tous formés pour le maintien de l'ordre et comme garantie contre les explosions spartacistes ». (Idem. p. 132.) Il y avait une organisation qui s'appelait la
Technische Nothille, ou Corps Technique d'Urgence, dans le but d'intervenir quand des entreprises d'une importance vitale pour la communauté généréle... sont fermées pendant les greves. (Idem, p. 462,)
Et il y avait les divers Freikorps de néfaste mémoire, dont la sauvagerie anti-ouvrière formait les futurs lieutenants d'Hitler. C'était ainsi que les Alliés frayaient le chemin a Hitler et à la deuxième guerre mondiale.
Les Alliés détruisent les Soviets hongrois
Le mot d'ordre de libération des minorités opprimées de l'empire des Habsbourg avait été l'un des plus populaires de la guerre. Le point X de Wilson fut:
Les peuples de l'Autriche-Hongrie, dont nous voulons voir la place sauvegardée et assurée parmi les nations, doivent recevoir les plus grandes possibilites de developpement autonome. - Et deux articles importants de la Convention Militaire entre les Alliés et la Hongrie signée le 13 novembre 1918, garantissent :
- Les Alliés n'interviendront pas dans l'administration interne des affaires en Hongrie 18. - Les hostilités entre la Hongrie et les Alliés sont terminées.
Telles furent les promesses: examinons leur exécution.
La révolution du 30 octobre 1918 établit en Hongrie un Etat démocratique indépendant — précisément ce qui, selon leurs propres déclarations, avait été le but des Alliés. Néanmoins en janvier 1919, la Roumanie envoya une armée. renforcée de Sénégalais français et conseillée par Franchet d'Esperey, pour occuper la Hongrie jusqu'a la ligne Tosza fixée par le traite. allié secret de 1916. Franchet d'Esperey rejeta brutalement les protestations du premier ministre pro-allié, Karolyl, et passa les armes livrées par les Hongrois selon les conventions de l'Armistice aux Tehèques, aux Roumains et aux Serbes qui envahissaient la Hongrie (10). Le Conseil Suprême consacra le fait accompli le 21' fevrier 1919 en établissant une ligne de démarcation < provisoire > approximativement en faveur des social-démocrates, mais peu après le pouvoir passa aux soviets hongrois.
Foch proposa l'attaque immédiate par les Tchèques et les Roumains, pendant qu'à Constantinople les militaires français établissaient un blocus strict. Ce qui épouvantait le plus les Alliés c'était que les Soviets russes se préparaient à créer une diversion pour les Roumains par une attaque directe sur la Bessarabie (que les Roumains venaient de voler a I'U.R.S.S.) et à pousser une colonne à travers la Bucovine jusqu'à la Hongrie. Mais l'armée blanche de Koltchak, avec un énorme appui allié. déclencha une offensive importante dans la région du Volga, et les Soviets, accablés de difficultés, durent abandonner leur plan. Toujours épouvantés, les Alliés, après l'échec d'une mission conduite par le général Smuts, permirent à Franchet d'Esperey de renouveler l'invasion franco-roumaine.
Mais Armée Rouge hongroise était autre chose que les troupes brisées de Karolyi. Elle repoussa l'armée tchèque, où les mutineries se multipliaient. du territoire hongrois, et entra en Slovaquie. Les Alliés étaient a demi paralyses par la peur d'aggraver les choses. T'emperley donne ce témoignage :
Bien que le Conseil des Quatre ait en effet donné des instructions pour qu'on dressat un plan d'action combinée contre Bela Kun— on ne fit rien, en dépit du fait que la Hongrie ait ete encerclée par les troupes francaises, serbes, roumaines, tchécoslovaques et italiennes En outre. Bela Kun et Lenine étaient en étroite communication pendant ce temps, fait souvent exposé et souligné par lé Grand Quartier Géneral, parce que la liaison entre les Bolchéviques russes et hongrois était lourde de risques sérieux pour la paix de l'Europe. (Tome IV. p. 160.)
Mais surtout ils utilisaient l'envoi de vivres comme arme politique. L'importance de cette arme est évaluée ainsi par Temperley :
On peut affirmer que la stabilité de tous les gouvernements provisoires établis essayant de s'établir pendant les premiers mois de 1919, se mesura entièrement sur leur capacité de procurer des vivres à leur peuple. Dans ces conditions, pendant que le péril bolchevik grandissait a vue d'œil dans l'Est, un secours, mème au lour le Jour, était de la plus extrême Importance. (Tome 1, p. 308.)
L'agent de Hoover, Gregory, dirigeait la campagne des vivres. Cyniquement et sans miséricorde, il minait par étapes la Hongrie soviétique, comme l'expose le camarade Charles dans l'article qu'on lira plus loin.
Entre-temps, les Alliés à Paris jouaient double et triple jeu avec Bela Kun. Mais les vraies intentions des hommes de Versailles devinrent claires le 17 Juillet, quand Franchet d'Esperey, agissant sur les instructions direcéquivalente à l'avance franco-roumaine. Le
20 mars, le lieutenant français Vix informa
Karolyl qu on allait encore couper des régions magyares de la nouvelle démocratie hongroise.
Karatui de
Pa tes
(Tome I, p.
gouvernement veler Faction comme l'admet Temperley
356), exigea la démission du hongrois sous peine de renouévénements que militaire. Les
Karolyi, menacé simuitanément par une vague communiste intérieure irrésistible, démissionna l'on connait se déroulerent. l'armée franco-roumaine fut victorieuse, et Bela Kun s'enfuit.
(10) Cf. Dauphin-Meunier 2oc La commune hongroise et les anarchistes s. Paris, 1926.
Be couvernement social-democrate cut rem laca les Soviets fut renversé par des officier réactionnaires, aidés par les Franco-Roumains. qui etablirent un cabinet dirige par Stephan Friedrich, un antisemite national-clerical. Les social démocrates épouvantés, qui s'étaient attendus à être récompensés pour leur abandon de Bela Kun. suppliaient les Alliés de restaurer gouvernement démocratique. Mais Sir George Clark, plénipotentiaire du Conseil Suprême Allié, préféra établir un nouveau gouvernement avec Huszar, dans lequel tout le pouvoir appartint en fait a Horthy. Son premier acte fut de massacrer 1,000 miliciens rouges qui avaient déposé leurs armes selon les lois de la guerre; puis il brüla 15,000 livres de la Bibliotheque Universitaire; et enfin, il été dépassée en sadisme. Entre 5.000 et 9.000 personnes non seulement des communistes, mais des social-démocrates, des liberaux, et des Juifs de tous les partis — Furent violées, mutilées et abattues dans une des orgies les plus répugnantes de l'histoire.
Rose Wilder Lane, le biographe de Hoover, indique à quel point les Alliés étaient fiers de leur ceuvre :
C'est Herbert Hoover & Paris et son homme de confiance, le capitaine Gregory, qui frent la contre-révolution à Budapest; la firent grace au pouvoir énorme que lenr donnait le contrôle des vivres et par un maniement habile de la situation politique Bila Kun et les Soviets s'écroulèrent: Vienne fut maintenue solidement раг le secours americain et les soldats américains: la Tchécoslovaquie se tint ferme, et l'Entope fut sauvée du Communisme le The Making of Herbert Hoover >, p. 333.)
Horthy, l'élu des Alliés, sempressa de mettre en vigueur des lois qui rétablirent la flagellation, annulèrent le partage des terres, abolirent toutese les libertés civiques, établirent les camps de concentration, fondèrent une supercensure, contraignirent les mineurs au servage et encouragerent les pogroms; il essaya même d'introduire le travail obligatoire géneral. Agissant parallelement, un tribunal militaire français envoya 600 miliciens au Maroc et en Algérie, et d'autres à la Guyane.
Une fois ces affaires arrangées, une Mission Militaire Inter-Alliée arriva de Paris pour contempler son cuvre. Les instructions qu'elle avait reçues du Conseil Suprême se terminaient par la déciaration :
Que ces puissances n'ont pas le moindre tes de la nation hongroise concernant le sir d' intervenir dans les allaires interie choix de son gouvernement... (11). Et ailleurs
Les c Big Four > voulurent faire de la Pologne la clef de voûte du système du cordon sanitaire, le tampon entre une Russie déja bolchevisée et une Allemagne qui menaçait de la suivre. Un tel Etat ne pouvait être que réac-
ATIONALE ionnaire: et une de ses premières actions tut le se lancer dans une orgie de pogroms.
L'Association de Secours Américaine, poussée par la Conférence de Paix, et se servant des fonds fournis par le Congrés Américain, distribua en Pologne entre février et août 1919 plus de 50.000,000 de dollars de vivres. Son but est avoue en ces termes =
Le général Tasker H. Bliss et le Ministre de la Guerre Baker insisterent en montrant qu'une telle aide était essentiolle pour con tenir l'extension du Bolchevisme et sauver la civilisation (12)-
Si les Polonais résistèrent à la pression des « Quatre Grands » qui les poussaient a frapper au moment de la plus grande faiblesse de l'Union Soviétique, ce fut seulement parce qu'ils. savaient qu'une victoire totale des Biancs entrainerait la revendication de la réintégration de la Pologue dans la Russie impériale.
Mais quand ce danger fut passé. les réactionnaires polonais se firent un plaisir de réaliser les desirs des hommes de Versailles. Rejetant les offres les plus généreuses des Bolcheviks, ils pénétrerent en Ukraine. appuyes par les vivres et le matériel de guerre américains et un prét de 50,000.000 de dollars. Les Français envoyèrent des armes et des conseillers militaires; et quand l'Armée Rouge. contreattaquant victorieusement, traversa la ligne Curzon, les Britanniques aussi dépécherent des armes et menacèrent de forcer la Baltique avec leur flotte si l'Armée Rouge ne se retirait pas. En effet, ce fut seulement le prolétariat mondial, avec son mot d'ordre. * Bas les pattes devant la Russie | > qui sauva l'ULR.S.S. Les ouvriers tcheques bloquerent des trains de munitions en transit vers la Pologne: les matelots et dockers de Dantzig firent grève contre les munitions destinées à la Pologne: et en Angleterre, le monyement ouvrier officiel tout entier. créa un = Conseil d'Action • et menaça d'une révolution si le gouvernement persistait à aider les réactionnaires polonais Walter Liggett, dans son t The Rise of Herbert Hoover >. déclare que des stocks de l'armée américaine d'une valeur supérieure a 1,000.000,0000 de. dollars furent donnés à l'armée polonaise, et que le sénateur Reed, le 4 janvier 1921, s'éleva, preuves en main, contre le fait que 40 millions de dollars du fonds de secours congressionnel, • furent dépensés pour maintenir l'armée polonaise sur le champ de bataille ». Liggett ajoute que. des 23,000,000 de dollars ramasses par souscription populaire précisément pour les enfants souffrants > des puissances centrales. la plus grande partie fut dépensée dans la guerre polonaise contre I'LI.R.S.S.
Dans les Stats Baltes, les Alliés employaient des troupes allemandes, d'abord régulières. ensuite les Freikorps. Ils permirent par exemple au général von der Goltz de prendre Riga le 28 mai 1919 — et d'y abattre plusieurs milliers d'hommes, femmes et enfants lettons sus-
Handholz cAn Undiplomatic Diary >, New-York, 1933, p. 369. Ce général américain
El) Harry fut membre de la mission
(12) Frederick L. Schuman American Policy Toward Russia Since 1917 >, New-York (1928), p. 176.
IV INTERN pects de bolchevisme. Et bien que les Britanniques aient vise eux-mèmes les Etats Baltes, en octobre encore ils furent très contents d'utiIser ses 20.000 hommes comme arrière-garde, pendant que leur nouvel espoir blanc. Yudenitch, renforce de tanks et d'équipes britanniques, lançait sa grande offensive sur Petrograd rouge.
Sur la base de leur politique du droit des peuples à disposer d'eux-mèmes, les Bolcheviks russes reconnurent le 31 décembre 1917 un Etat bourgeois indépendant dans la province de Finlande, antérieurement russe. Mais le nouveau gouvernement finlandais invita les troupes du Kaiser a entrer. Les ouvriers finlandais réagirent par une grève générale qui. le 27 Janvier 1918, renversa le gouvernement blanc et établit un gouvernement socialiste. Les blancs finlandais, sous le commandement du général tzariste Mannerheim. firent appel a laide allemande, et au Iraite de Brest-Litovsk les Allemands exigèrent le retrait des troupes soviétiques russes logées en Finlande.
Le 3 mars 1918, Mannerheim proclama:
• la demande du Gouvernement finlandais, des unités de la puissante et victorieuse armec allemande débarquerent sur la sol finlandais pour expulser les monstres bolchevils (Fischer, p. 10.)
Mannerheim fêta sa victoire sur les ouvriers et paysans finlandais en en emprisonnant 150,000; il en abattit carrément 15.000, tandis que 15,000 autres encore moururent en prison. Les Alliés furent prompts à reconnaître le gouvernement pro-allemand de Mannerheim. Des que l'Armistice le permit, Hoover dépécha de l'aide en abondance aide qui Hoover lui-même le confessa, ‹ permit au gouvernement finlandais de survivre ».
Après le démembrement du ridicule empire des Habsbourg, presque tous les Allemands et Autrichiens souhaitaient l'entrée de l'Autriche dans le Reich. Mais les Alliés envoyèrent un ultimatum à l Allemagne exigeant dans un délai de quinze jours l'annulation de l'article 61 de la Constitution de Weimar qui garantissait une représentation à l'Autriche. Les Alliés créèrent cette monstruosité que fut Autriche de Versailles. Ils donnèrent à la Tchécoslovaquie seule des territoires contenant 3 millions d'Autrichien (on se souvient de l'usage fait par Hitler du problème Sudéte en détruisant la Tchécoslovaquie). La misérable Autriche, créée par les Allies, fut économiquement inviable, avec une capitale de 2.000.000 d'habitants basée sur un territoire qul ne comptait que 4 millions d'habitants. Les résultats de la politique alliée furent un clérico-fascisme aussi sanguinaire que ridicule, et le veto à l'unification avec une Allemagne démocratique mena directement à l'Anschluss avec Hitler.
En effet, il n'y eut pas un pays en Europe qui, comme résultat des efforts des = fabricants de la paix, ne devint un magasin de poudre à cause des tendances anciennes et nouvelles de Timpérialisme et qui ne fut ronge par l'irrédentisme, lézarde par des nationalités opprimees et étrangle dans ses frontières.
Simultanément, dans leurs colonies ou grondait la révolte, les impérialismes alliés resserrèrent le noeud de la répression. Sur T'état des rérent le nœud de la repression. Sur létat des colonies et des troupes britanniques, par exemple. Sir Fenri Wilson, chef de l'Etat-Major Général, écrivit en janyier 1919 :
Nous fommes assis sur une mine qui peut sauter à chaque instant. Ce soir, l'irlande • télégraphié pour demander des renforts de tanks et de mitrailleuses et on est évidemment inquiet sur l'état du pays... Je soulignais l'urgence de la situation, en attirant l'attention sur le fait que si nous ne réalisions pas nos desseins nousperdrions non seulement notre armée du Rhin, mais aussi nos garnisons metropolitaines, colles d'irlande, de Gibraltar, de Malte, des Indes, etc. Dera maintenant. nous n'osons pas donner un ordre inopportun aux troupes et la discipline est une chose d'antan. Bouglas Haig disait que, avant le 15 février, nous n'aurions plus d'armée en France. (Fischer, p. 163.)
Ainsi épouvantés et énervés, les Alliés ravauderent hativement leur paix. Leur propre opinion véritable sur leur ouvrage est bien indiquée par Charles Seymour, grand admirateur de Wilson et un des historiens les plus sérieux de la Conférence de Paix, dans son ‹ Woodrow Wilson and the War >:
Ce ne fut point une pais de réconciliation... La place des Chinois à la table du traite fut vider pour eux; ce ne fut point une paix de justice puisqu'elle Shantung aux Japonals, et ils ne signerent pas. Le delegue sud-africain, le général Smuts, ne pot s'empêcher d'expliquer, en signant, la balance de considérations qui le déciderent à sanctionner an document ternational si plein de défauts. Ce ne fut pas, en effet, la paix parfaitement Juste que Wilson avait promise et que bien des fois depuis Il a affirmée telle Les Belges se plaignirent qu'on ne leur avait mas donne la rive gauche du Schelde : les Françals furent courrouces parce que leur frontière n'avait pas été protégée, les Italiens furent rendus amers par le refus d'approuver leurs revendications sur PAdriatique: les dirigeants radicaux, partout dans le monde, exprimèrent franchement Teur deception devant la faillite de l'effort pour Inaugurer un nouvel ordre social. L'acqulescement aux revendications japonaises sur Kiau-Chau fut dicte plutôt par l'opportunisme que par la justice L'Autriche, réduite en de ressources matérielles, fut coupée de la mer et on lui refusa la possibilité de se joindre à l'Allemagne. Les ambitions nationalistes des Roumains, des Yougoslaves et des Polonais furent excitees à fel point que des conflits ne pouvaient guère être évités. La Hongrie, orivee de son cercle de nationalites assuTettles, retablissement. veraineté sur elles. Les Rutheniens se plaiguirent de la domination polonaise Plus à l'Est, demeura le grand problème non résolu de la Russie. (Pp.
Ainsi la ‹ guerre pour garder le monde à la termina pał une paix par démocratie > se : termina une laquelle les Alliés imposèrent directement les régimes les plus réactionnaires à une moitié de l'Europe, et posèrent les bases de leur apparition rapide dans l'autre. Ainsi la c guerre pour en finir avec les guerres >, se termina par une paix par laquelle les Alliés rendirent absolument inévitable — si la révolution socialiste n'intervenait pas — une deuxième explosion impérialiste encore plus catastrophique.
De mal en pis
Nous assistons actuellement à la fin formelle de cette explosion — au moins dans ses aspects européens. Et on commence à préparer, à San Francisco, sa e liquidation » par une autre * paix >. Celle-ci ne sera pas une simple répétition de la paix de Versailles. De même que la deuxième guerre mondiale impérialiste ne fut pas une simple répétition de la première, mais sa continuation et son extension sur une échelle encore plus vaste, la nouvelle paix sera d'une brutalité sanguinaire digne de l'Apocalypse. Elle menacera toute la civilisation européenne de la destruction finale. Si on compare. point par point, lexposé précédent des buts et des actions des hommes de Versailles on se rendra compte que tous les éléments du désastre de Versailles existent, mais multipliés , et aggravés. Pour le sort des masses de l'Allemagne vaincue, que non seulement les hommes d'Etat bourgeols mais aussi les leaders syndicaux alliés Identifient avec les bourreaux mêmes de ces masses, les « fabricants de paix » ne se donnent même pas la peine d'être hypocrites. Tandis que les Thèses du Premier Congrès du Comintern prévenaient que les Alliés pourraient nourrir lidée outrageante d'imposer le travail forcé aux ouvriers allemands (13), maintenant la bureaucratie dégénérée du Kremlin annonce avec un cynisme ouvert son intention de réduire des centaines de milliers d'ouvriers allemands en esclavage. Si les nouveaux < Big Three >. < Big Four », etc.. se servent toujours de termes hypocrites, c'est seulement envers leurs c alliés → moins forts. comme un volle qui ne cache pas grand chose et derrière• lequel ils se préparent à disposer d'eux comme des pions. Chaque jour révèle plus ouvertement les vraies intentions des ‹ pacificateurs ». L'impérialisme américain annonce cyniquement son intention de garder des bases militaires partout dans le monde, non seulement dans des territoires conquis sur ses rivaux impérialistes, •mais même dans ceux de ses alliés plus faibles. On prépare la redistribution forcée des colonies par l'artifice des c trusteeships ». Dans un cauchemar d'inflation et de banqueroute, toutes les puissances préparent des dépenses fantastiques pour des armées permanentes. Elles vouent des millions d'étres humains à mourir de
ATIONALE Faim en Europe et ailleurs. Avec leurs plans concernant | Allemagne, elles se préparent a faire faire marche arrière à la roue de l'histoire en essayant d'abolir le centre industriel le plus important du continent. Quel que soit l'aspect qu'on examine, ils entassent folie sur folle, destruction sur destruction, dans une orgie de vandales.
Comme la dernière fois, les vainqueurs commencent a se quereller alors que le cadavre du vaincu nest pas encore refroidi. Les zones d'occupation de l'Allemagne, pour ne pas parJer de la distribution des routes d'aviation civile, des pétroles du Proche Orient, des marines marchandes, mettent déja aux prises les membres de la Grande Alliance. S'il y a une chose qui lie toujours les impérialismes britannique et américain en dépit de leurs rivalités meurtrières, c'est leur antagonisme commun contre. I'L.R.S.S. Déja les germes des guerres futures, encore plus désastreuses, se répandent entre les Alliés au moment même de leur nouvelle < paix ».
Il n'y a qu'une chose qui reste inchangée pour les impérialismes : leur terreur de la révolution socialiste. Cette fois, au lieu d'entendre de Moscou le tocsin appelant les masses laborieuses de l'Europe et du monde à la révolution mondiale pour mettre fin aux guerres, ils peuvent compter sur la participation honteuse de la bureaucratie stalinienne à leur ignoble besogne de répression de la révolution. Mais ils ont toujours peur. Ils savent bien que, malgre tous leurs rafistolages de la structure du capitalisme, celui-ci est historiquement condamné par ses propres contradictions, et que rien ne peut le sauver. Mais plutot que de céder la place au régime socialiste. Ils préféreraient entrainer toute la civilisation dans leur propre ruine. La lenteur tragique avec laquelle l'avantgarde des masses laborieuses se détourne de la démagogie du stalinisme traitre vers la seule solution, vers la solution révolutionnaire, va permettre aux impérialistes d'entrainer l'Europe très bas sur la pente fatale de leur ruine. Mais, à travers l'époque terrible dans laquelle nous entrons, à travers les famines, le sang, le chaos que les actuels e fabricants de paix » préparent dans leur cuisine de brigands pour le continent agonisant, les masses trouveront enfin leur chemin vers les rangs du Parti Mondial de la Révolution Socialiste, la Quatrième Internationale.
(13) « Manifestes, Thèses et Résolutions des Quatre Premiers Congrès Mondiaux de l'Internationale Communiste, 1919-1923 », Paris, 1934, p. 23.