Documents de la IVe Internationale

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La revue › nouvelle série n° 6-7

La crise de la direction révolutionnaire, unique cause des défaites de la Révolution mondiale

A. J. · Quatrième Internationale, nouvelle série n° 6-7 · avril-mai 1944 · p. 17-21 · 5 240 mots

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CHERCHER les causes des défailes essuyées par la classe ouerière, de 1914 à aujourd'hui, c'est aborder un problème capital, dont la solution revêt une imporlance vitale pour toute notre lutte actuelle. Il s'agit de regarder les faits en face, de tirer les leçons des échecs, de situer à leur place réelle les responsabilités, sans chercher à les masquer ou a les amoindrir.

Il s'agit d'expliquer clairement, d'analyser en marxiste les défailes de la révolution pour préparer sa future victoire. A celle condition seulement, la IV* Internationale abordera mieux armée les difficiles luttes qui L'attendent et dont dépend le sort de l'humanité.

1. - CRISE DU MOUVEMENT OUVRIER

SI chez tous les militants de la IV* Internationale règne et doit régner le sentiment aigu de leurs responsabilités devant la classe ouvrière et devant l'histoire. c'est que la IV° Internationale s'édifie en ayant constamment en vue la phrase du Prozramme Transitoire : • La ciise hia orique de l'humanité se réduit à la crise de la dirsction récolationnaire. » Par la est assignée clairement comme unique cause aux défeites de la révolution depuis 1917, la friblesse ou la dégénérescence de la direction révolutionnaire.

Cependant, une nouvelle explication essaie de se faire jour dans l'avant-gerde bolchevique-léniniste et re ette sur une crise du mouvement ouvrier" les causes des défaites.

En polit que, plus que partout, les définitions sont indispensables : que signifie la "crise du mouvement ouvrier" , Sagitil d'une crise des organisations, d'une crise de la classe ouvrière dans son ensemble ? Les notions de parti et de clisse doivent être so gneusement distinguées. Si l'auteur de cette innovation (2) les con'ond, ce n'est pas un fait du basard.

La "crise du mouvement ouvrier" est, d'après lui, à la fois la crise de la direct'on sombrant dans l'opportu• nisme jusqu'à la trahison et la crise qui traverse l'ensemble de la classe ouvrière pétrie de réformisme et vidíe de tout esprit révolutionnaire On comprend des lors qu'il ne soit plus nécessaire de distinguer entre parti et classe, car il existerait une reletion automatique entre la classe ouvrière et sa superstructure qu'est le parti, entre le parti et la superstructure que constitue son centre dirigeant ; il y aurait dépendance directe entre l'évolution de la classe ouvrière, celle du parti, celle de la direction ; si la direction dégénère, c'est que le prolétoriat a dégénéré. Il est pour le moins surprenant de voir utiliser dans les rangs de l'avantgarde, pour étayer sa thèse, les citations on ne peut plus réact onnaires de Monatte et Dolléans.

La conception de E R. est du plus pur matérialisme vulgaire, qui établit une relation mécanique entre toute superstructure et son infrastructure, aiors que la superstructure de l'économie qu'est la politique, la superstructure de la classe qu'est le parti, si elles sont fondamentalement rég es dans leur évolution par celle de l'économie et de la classe ouvrière, vivent cependant et se transforment sur leur propre plan, d'après leurs propres lois. « Seuls des marxistes "oulgaires"" , qui supposent que la politique est le reflet direct et immédiat de l'économie, peuvent croire que la direction reflète directement et immédiatement la classe ouerière. » (L. Trotsky). La méconnaissance de cette loi marxiste entraine | établir une égalité abstraite et fausse entre l'opportunisme dont a fait preuve la direction de la Il° Internationale, la faiblesse, puis la dégénérescence de la " nerationale cibles soisan dermismee réformisme chronique des masses.

D'autre part, si cette explication, avant un examen sérieux, conserve au moina une ombre de vraisemblance lorsqu'il s'agit de comprendre l'effondrement-de la Il Internationale, comment la maintenir lorsqu'il s'agit des défaites oui ont suivi la guerre ? Son inconsistance se révèle immédistement : il est ahsurde, stérile, unti-dialectique de poser. en dehors du temps et de l'espace, en dehors de toute condition historique, la thèse du "réformisme des masses"*

(1 L'opinion de la rédaction de Quatrième I-ternationale sur l'ensemble de la discussion engagée entre les esmarades E.R. et A.J. sera donnée au prochain numéro de la revue

(2) Voir l'article de E.R. dans le N° 3 de Quatrième Internationale: « La crise mondiale du mouvement ouvrier et le rôle de la IV Internationnie r

Il n'y a pas "en géneral" un état d'esprit réformiste dans les masses. Toute l'expérience historique enseigne, su contraire, que les masses vont spontanément a la révolution. Si elles sont réformistes, si en l'absence d'un parti capable de les trainer à la révolution, elles restent amorphes et passives, alors toute l'action révolutionnaire se réduit à un putchisme de hasard, au lieu de suivre la ligne du développement historique. * L'orientation des masses, dit le Programme Transitoire, est déterminées d'une part par les condition: objectives du copitnlisme pourrissant, d'autre part par la politique de trahison des dieilles organisations oucrières. »

On peut étendre à l'histoire de tout le mouvement ouvrier moderne cette loi : l'orientation des masses est détermila politique des orges obtiens es, les ode reconnie" omme née par les conditions objectives. "lois de l'histoire" et par leur direction. Lorsque la politique des orgenisations se dirige suivant les lois de l'histoire, le mouvement des masses se renforce et marche au triomphe: ce fut le cas en Octobre 1917.

Mais depuis 1914, il y a des exemples trop nombreux d'une discordance entre les "fois de l'histoire" et la politique des organisations, discordance due, soit à une trahison consciente au profit des intérêts des bureaucrates, soit à une incompréhension de l'époque et de son développement. C'est nu travers de cette contradiction que se détermine alors l'orientation de la classe ouvrière : la politique de trahison ou d'erreur peut, pour un temps, l'emporter sur les lois de l'h'stoire en raison d'une situation donnée, mais ce n'est jamais que pour un temps. Un jour arrive où le confit entre la forme politique et l'impérieuse poussée de la vie devient si aigu que le vieux moule craque, que les vieilles organisations éclatent ou s'effondrent. C'est pour quoi on ne peut parler du mouverment ouvrier en soi sans tenir compte de la période dans laquelle il se développe.

Il est incontestable que le prolétoriat et sa direction subissent, de façon permanente, la pression matérielle et idéologique des classes ennemies : le capitalisme ne serait pas le capitalisme sil n'en était pas ainsi : mais cette pression s'exerce sous des formes variées, se traduit par des effets variés et non par un réformisme constant et généralisé.

* On a pu parler d'une tendance réformiste dominente chez la classe ouvrière, dans certaines conditions bien déterminées : Marx et Engels signalent dans le prolétariat anglais, entre 1858 et 1892, cet état d'esprit explicable par la situation privilégiée de l'Angleterre, alors seul pays de monopole in dustriel, puissance coloniale considérable, dens uno époque de croissance continue où elle pouvait encore développer son essor sins concurrence sérieuse, sans heurts violents. Mais jomais Marx ni Engels n' caractéristique immuable du mouvement ouvrier, car celui-ci ont posé le réformisme comme une rique générale, son caractère dépend de cette situation histone se développe pas independamment de se m • diveloppe pas indépendamment de la situation historique: D'autre part, il n'y a pas de mouvement ouvrier homogène immuable : celui-ci renferme, au contraire, toutes les contradictions de l'époque et se trouve par la divisé en de multiples courants.

C'est une vérité trop connue pour qu'il soit nécessaire tions du système arrivées à leur paroxysme demandent une Iv revenir qu la époque de impérialisme, ou les contradicexploitation intensive des misses, le réformisme perd sa base d'existence, Pendant son plus bel age même, c'est-a-dire les années qui précédèreat la guerre de 1914, il apparait comme étant nécessairement un phénomène transitoire et voué à une régression rapide Si c' est encore une période de croissance du capitalisme, il est faux de la caractériser comme un temps de développement harmonieux, un temps didylle : en reslité c'est l'age où nait et croit l'impérialisme, stade suprême, forme d'épanou ssement gig ntesque, mais aussi de pourrissement du capitalisme, ou s'accumulent les contradict ons les plus explosives. Les Pentrelacement de deux processus : d'une part, les profits "lois de l'histoire" consistent alors dans réalisés par l'impérialisme permettent l'asservissement & l'idéologie bourgeoise d'une fraction du prolétariat, de sommet» privilégiés : d'autre part, plus l'impérialisme développe, en se développant, les contradictions qu'il porte en lai, plus il doit faire peser lourdement son exploitation sur de larges couches ouvrières. De plus en plus, la hase du rEformisme se resserrait, si bien que Lénine pouvait prédire l'impossibilité où il se trouvait de vaincre pour longtemps. soi, Pay adon de tarde orm de monique et endieire Pas plus qu'il n'y a de crise du mouvement ouvrier en dans les masses. Il faut le réaffirmer nettement, en face des tendances révisionnistes ant marxistes: la crise de l'humanité, c est in crise de la direction révolutionnaire. Il est vain de vouloir charger les masses pour alléger la responsabilité de la direction, ou dans ce cas, il faut renoncer à la perspective de la révo ution socialiste:

* Si l'on admet que la cause des défaltes réside dans les qualites sociales du prolétarial lui-même, il faut aiors reconnotre que la situation de la société contemporaine est désespérée. Dans les conditions du capilalisme pourrissant. le prolétariat ne croit ni en nombre, ni en culture. C'est pourquoi il n'u a pas de raison d'attendre qu'il s'alève jamais à la hauteur des lâches révolutionnaires. La queation se pese d'une manière entièrement différente pour celai qui a clairement compris quel profond antagonisme existe entre L'aspiration erganique, radicale, Inpincible, des masses tratailleuses à s'arracher au sanglant chaos capitaliale et le caractère conservateur, patriotique, complètement bourgeois, d'une direction qui se suroit à elle-même, Entre ces deux conceptions inconciliables, il faut choisir. » (L. Trotsky).

II. - EN QUOI CONSISTE u concret historique La guerre de 1914 clô-

I ne suffit pos de reconnaitre pour couse des délaites la crise de la direction révolut onnaire, il est indispensable de pousser plus loin l'analyse, de déterminer l'origine et le caroctare de cette crise. A cet effet. se reporter aux exemples historiques les plus rarponts peut seul permettre de tirer des conclusions qui ne soient ni arbitraires, ni fantaisistes.

Comme tout, phénomène social, la crise de la direction révolutionnaire n'existe pas en dehors d'un conteste historique déterminé. Il n'y a pas de crise tombée du ciel, dont les causes sont immuablement les-mêmes, permanentes et fatales. distinguées: l'avant-guerre et l'après-guerre. Si l'effondre- Avant tout, deux époques doivent être soigneusement ment de la Il Internationale doit être regardé comme une crise de in direction révolutionnaire, il serait faux de faire de cette explication une formule passe partout, ssns en prétoute une époque: depuis la guerre s'est ouverte l'age des ciser le contenu concret historique La guerre de révolutions où la perspective de la prise du pouvoir par le proléturiat n'apparait olus comme un but lointain, mais se présente dans l'immidiot à la classe ouvrière et à son parti. La guerre a marqué la maturité des conditions objectives de la révolution et montré la necessité urgente d'un changement social : par le bouleversement qu'elle a apporté dans tout le corps social, elle a en même temps fait accomplir un immense bond & la conscience des masses.

Dans ces nouvelles conditions, le rôle du parti et de sa direction ne peut plus être le même que dens une époque où, malgré les innombrables contradictions du système, les forces de production croissaient sans cesse et od le prolé tariat « n'était pas encore arrivé à se connottre dans la société, à comprendre son rôle, sa mission historique, a l'organiser, d s'assigner la táche de la prise du poucotr el à s'en acguliter. » (L. Trotsky, Europe el Amérique).

La Ile Internationale et la crise de la direction révolutionnaire

En quoi consiste la crise de ln direction révolut onnaire quand il s'agit de la Il Internationale ? Son effondrement n'est pas indépendant de toute son histoire, des conditions dans lesquelles elle s'est formée et développée.

La politique retarde sur l'économie: si le règne du capital. financier et du monopole des trusts débute dès la fin du XIX Sidele, In nouvelle éroque reflétant ce fait dans la politique, commence à la guerre. Avant la guerre, les contradictions s accumulaient mais restaient encore dans certains cadres : nat onalement celui de la lutte légale, internationalement celui de la paix armée. L'écocue n'avait pas encore pris en politique le coractère explosif qui, pendant les crises d'après la guerre, mettra entre les mains du parti la décision des événements : les prémisses objectives de In révolution socialiste mürissaient. 1 es circonstances historiques assignaient au parti un travail de préparation. d'org nisation. Ce rôle qui lui était dévolu, joint a la possibilité cu'avait encore l'Etat bourgrois d'accorder cuelques miettes, empêchèrent les purtis de la Il' Internationale de se dégoger totalement de l'Etst bourgeos, permirent la nissance et la victoire du courant opportuniste, incapable lorsque des tiches enti rement nouvelles se présentèrent. de s élever à leur h uteur.

Ainsi prit corps le rélormisme, qui se résoud, en dehnitive, dens l'incapacité à -nalyser en marxistes les phénomanes sociaux, à les envisager dans leur déroulement. à s orienter en intégrant les problèmes de l'heure dans une large perspective historique. La fameuse formule bersteinienne : • Le mouvement est tout, le but n'est rien • n'exprime rien d'autre que cette incapacité. Un esprit national borné est à la base du social-patriotisme, qui considère " que c'est précisément son Etal national qui, soit en raison de sa situation industriellé, soit à cause de sa forme démocratique ou de ses conquêter révolutionnaires, est précisément appelé d amener l'humanité au socialisme ou a la démocratie. » (L. Trotsky, 1915).

Dans la question de la guerre, l'absence de délimitation nette avec l'Etat bourgeois se mirque par la confusion entre des énoques historiau-s différentes: celle où existaient encore des guerres "justes" et celle des guerres impérialistes. Pour n'avoir pes su apprécier correctement la nouvelle époque, où le principe même de défense de la patrie et de guerre défensive perd son ancienne signification, Bebel comme Jaurès, admettant la défense de la patric "en général". parlent de guerre juste "en général", préparaient la voie à toutes les Équivoques et fausses interprétat ons. Une appréciation limitée aux "possil lités socialistes de son Etat national jointe 1 l'absence de "formules claires sur les guerres "défensives' justes explique que, malgré les scissions et les ruptures qui se produisirent, la majorité de la Il" Internationale se soit engagle dans le social-patriotisme.

Les sociaux-démocrates allemands ne défendaient pas Dlus les Hohenzollern ou la bourgeoisie que Guesde, Vaillant le communard et les ouvriers qui les suivaient ne défendaient les boncuiers et les rentiers fronçais : les uns voulnient l'industrie, la technique, les organ sations ouvrières allemandes, les sutres, la tradition révolutionnaire de la France, a terre promise du socialisme » (1).

L'explicat'on qui fait de là corruption le mot-ur de l'histoire et la cause du krach de la Il' Internationale apparait, à la lumière de l'analyse. simpliste et vulgoirement matérialiste : beaucoup plus subtile et danger/use qu une corruption matérielle, était la corruction nui atteignit les chefs de la Il" Internationale : il s'agissait de leur formation tout entière, de leur attechement confus à de vieilles formules inapplicables. dens des conditions nouvelles, de leur incapacité à se défaire d'une idéologie périmée, à dépasser l'étroitesse nationale pour s'élever à la perspective de la révo ution internationale.

Le marxisme n'a rien de commun avec le fatalisme qui consacre la nécessité inéluctable de ce qui a été. Mais le krach de la Il' Internationale, intimement lié au développement de toute une époque, signifiant, en face d'une rupture dans le rythme de l'évolution historique, l'incapacité à prendre un tournant complet, peut sans fatalisme atre considéré comme difficilement évitable. Les résolutions du Congrès de Stuttgart (1907), le manifeste de Bale (1912) avaient adopté un des principes essentiels des révolutionnaires marxistes, celui de l'utilisation de la querre ellemême pour accélérer le krach de la classe dominante =. • Et néanmoins, conclut Zinoviev, dans "Contre le Courant", nous ne deolons pas échapper à notre sort. le 4 Août 1914. La Il Internationale telle qu'elle étail ne pouvait donner aucun espoir, en dépit de toutes les bonnes résolutions qu'elle avait pu prendre. »

La crise de la direction révolutionnaire depuis la première guerre impérialiste

(1) Cf. L. Trotsky : L'Internationale Communiste après Lénine.

a crise de la direction révolut onnaire dans le cas de la Il Internationale est done int mem-nt liée à tout le caractère de l'époque. Elle reflète sous sa propre forme, non pas un réformisme des masses, mais la non-maturité générale des conditions objectives, ne mettant pas à l'ordre du jour dans de courts délais la prise du pouvoir. La guerre a Fouleversé cet état des choses et changé la nature de la crise de la direction révolutionnaire.

Mais la "conscience retarde sur la vie", les conditions objectives de la révolution mürissent plus vite que ne se forme et s'éduque une direction sélectionnée ayant parfaitement compris l'éroque de déplacements brusques, de revirements soudains ouverts par la guerre.

Toutes les conditions objectives sont depuis lors données pour que se constitue une direction révolutionnmire à 1. hsuteur de ses tâches : cependant, il n'y a pas entre les deux de rapport automatique : la société n'est pes aménaRée si rationnellement, elle se meut ou travers du déséquilibre et de la contradiction. La situation la plus révolutionnaire n'engendre pas d'elle-même une direction révolutionnaire : les délais du mûrissement de la situation tat durer lonstemes sans dépentrer. Il subit de la formation d'une direction à la hauteur de ses tiche ne coincident pas nécessairement.

Il n'y a pes depuis la guerre une situation révolut onnaire permanente, mais il existe toutes les conditions pour que surgissent des situations révolutionnaites dont l'issue est entre les mains du parti. C'est en cela que consiste le nouveau sens, le nouveau rôle du parti et de sa direction et la gravité profonde que prend la crise de la direction révolutionnaire.

Dans les échecs des mouvements révolutionnaires d'après guerre, deux époques doivent être distinguées: jus. qu'en 1923, l'inexistence ou la faiblesse des partis munistes est cause des défaites. Le 6 Janvier 1919. en Allemagne lorsque, le pouvoir était dans la rue et les masses mobilisies, prêtes à toute offensive, s'il y avait eu un Parti Communiste assez trempé, le triomphe de la révolution était assuré. Le mouvement des masses était suffisant, mais elles n'avaient pas de direct'on. En Mars 1921. le Parti Communiste Allemand, déja assez fort, tenta de provoquer une révolution ; l'échec vint du manque de liaison suffisante entre la direction et les masses. Le III' Congrès, en mettant en avant le mot d'ordre: « Vers le pouvoir en congutrant au préalable les messes », en tira pleinement les leçons.

La cause de la crise de la direction révolutionnaire absence de lisison avec les masses) est un legs de toute l'époque pessée. Une direction ne s'improvise (inexistence, pas.

Seul le parti bolchevik russe se trouva à la hauteur de ses tâches ; ce qu'explique les conditions spécifiques de la Russie, où le faible développement du capitalisme ne permettait aucune illusion sur les "possibilités socialistes l'Etat le plus réactionnaire, où d'autre part se greffaient sur les contradictions de In société capitaliste celles du féodalisme encore vivant. Le degré aigu de ces contradictions multiples explique que le pays le plus arriéré du point de vue capitaliste sit eu le parti révolutionnaire le plus avance.

Dans toute l'Europe, après la guerre, sous l'influence des conditions nouvelles créées par la victoire de la révolution russe, se croduit un déplacement des massis vers la I• Internationale dans lequel furent entranes les dirigeants, souvent malgré eux, sans qu'ils aient idcologique. ment rompu avec ls tradition et la formation social-démocrate, assimilé suffisamment l'expérience russe, compris le sens de l'époque nouvelle. Les partis communistes se formèrent sous le feu de la révolution, mais, entravés par le poids mort du passé, ne mûrirent pas assez rapidement.

A partir de 1923, la situation se modifie : il ne s'agit plus d'une discordince huritée des années précédentes entre la maturité absolue des conditions obiectives et de la non maturité des portis communistes. La cause des défaites réside dans les erreurs politicues de la direction: a Nous n'acons plus devant nous simplement des defaltes du prolétarial, mais des dérantes de la politique de l'Internatio nale Communiste. » (Leon Trotsky, L.T.C. après Lénine).

Déroute en 1923 en Allemsgne, en 1926 en Angleterre, en 1927 en Chine. L'exemple de l'Allemagne suffit à montrer que l'orientation colitinue fausse du Parti Comsituiton trop tard et ave bestaton. alors cue in toulo muniste est seule responsable de la défaite : il geoisie se trouvait dans une impasse. que le prolétariat était decidé à combattre. Le changement de tactique ne s'etant pas accompli esses tôt, une capitulation sans combat en résulta.

La gravité de la défite allemande de 1923 consiste non seulement en ce qu'elle ouvre une période de recu révolutionnaire, mais aussi en ce qu'elle témoigne des de.

buts d'une degénérescence du parti. Car les erreurs de l'Intera:Tionale Communiste n'ont pas un caractère individuel et épisodique, elles sont le fruit et l'expression d'une derinerescence. Il n'y a pas entre les deux époques

(1918-21, apres 1923) de solution de continuité. la faiblesse des partis communistes dans la première période de l'Internationale se trans'orme qualitativement en une dégénérescence.

Un tel phénomène est lié au caractère de l'époque, égo que "'esplosive où le parti, si la révolution ne triomet reflète, à sa manière propre, le recul de la révolution, le phe pas, ne peut durer longtem: 3e courrissement de la société qui en résuite loraque toutes les conditions objectives étant archi-mires, le prolétariat ne parvient pas à s'emparer du pouvoir

L'échec de la révolution mondiale qu'explique la faiblesse initiale des partis communistes entraine l'isolement de T'U.R.S.S. la crise de la Révolution d'Octobre qui permet, à l'intérieur de l'U.R.S.S., la renaissance des éléments, des tendances et des courants petits bourgeois la stabilisation internationale du capitalisme, née à partir de 1923 du changement défavorable du rapport des forces de classe, renforce cet isolement, modifie en U R.S.S. le rapport des forces vu détriment du prolétariat, favorise la défaite du courant prolétarien et entraine dins toute l'Internationale un accroissement de la dégénérescence. L'Internationale Communiste se transforme en grand organisateur des défaites et devient le plus grand obstacle à la révolution internat onsle La nature de la crise de la direction révolutionnaire

L'analyse historique des défaites capitales qu'a subies la révolution après la guerre permet de dégager la nature nouvelle de la crise de la direction révolutionnaire à notre époque et le caractère d'exceptionnelle gravité qu'elle revêt pour l'avenir de Thumanité.

Il peut paraitre peradoxal qu'à l'époque où le prolétoriat se lance dans les plus grands assauts, affirment sinsi sa volonté et sa capacité révolutionnire, ss direction ne se montre pas & la hauteur des tiches historiques qui lui incombent. Le parti est une fraction de la classe ouvrière, sa fraction la pius avancée : il reflète et exprime clairement les aspirations de la classe ouvrière, l'en rend consciente. Mais il ne se contond pas avec elle. S'il merite d'en arre appelé l'avant-garde, c'est qu il doit remplir des tâches spécifiques que la classe ouvrière seule n'arrivera jamnis à mener à bonne fin.

La loi qui se dégage de toutes les expériences des 25 dernières années est la suivante: lorsque la crise permanente du système copitaliste prend un caractère violent, suparavant" aigu et généralisé, les masses ne et se lancent spontenement dans la révolut on : veulent plus vivre comme mais s'il n'y a pas un parti révolutionnaire sufisamment fort, suffisamment trempé, elles ne vont pas jusqu'au bout, jusqu'à la prise du pouvoir.

Pour les amener & la conscience que la prise du pouvoir est nécessaire, pour qu'elles consolident leurs rositions et les fnssent avoncer malgré les contre-attaques furieuses de la Fourgeoisie, il faut un parti revolutionnaire. il lui revient d'analyser minutieusement la situation à chaque nouveau pes en avant ou en arrière, pour déterminer l'heure, qui ne sonne pas deux fos en période révolutionnaire. où il faut s'emparer du pouvoir. Sans parti, les assauts les plus héroiques des masses pourront ébranler jusqu'en ses fondations la citadelle bourgcoise, mais n'arriverant pas à l'emporter.

Tel est le nouveau sens pris par le Porti et, de façon plus restreinte, son centre dirigeant : plus est forte la poussée spontanée de la classe ouvrière vers le pouvoir, plus l'ordre Lourgeois semble menacé et grandes paraissent les chances de victoire de la révolution, plus aussi les risques sont considérables, plus le danger est aigu qu'en un délai très court, la vague qui semble irrésistible reflue prolondement et peut-étre pour longtemps.

Le caractère révolutionnaire de l'époque consiste dens tudes, des revirements brutaux s'op?rent, déterminis « non son extrème instabilité : des oscillations de fortes ampli- par des modifications des facteurs fondamentaux de léconomie, mais par des causes ou des poussées provenant strictement da domaine de la superstructure, sumbolisant pur la-même l'instabilité extrème de fout le sustème, dont les fondations sont rongées par des contradictions incompatibles. » (Léon Trotsky, L'I.C. après Lénine).

L'extrême mecourcissement des délais pendant lesquels se décident les événements consacre, en rapport avec la combativité très élevée des masses, le rôle decisit du parti, dans les mains duquel passe la clé du processus historique.

La crise de la direction révolationnaire consiste en un déséquilibre entre le parti et la classe ouvrière, ou le parti et na direetion : diséquilibre cui peut prendre plusieurs formes. Il arrive (Mars 1921 en Allemagne) que le parti soit en avance sur le développement de la situation, il arrive aussi qu'il soit en retard (Automne 1923 en

Allemagne) et ne sache pas reconnaître la révolution quand elle approche, ce qui n'est pas un donger moindre.

Ce n'est pas por hasard que dans les moments historicues décisifs éclate ce désaccord : la politique du parti ne répond pas automatiquement à la conduite de la classe ouvrière et à la marche des Evénements: a crise de la direction récolutionnaire à la veille du passage à l'insurrection. » écrit Trotsky. qui la signale comme un danger général qu'il faut bien voir et comprendre afin d'y parer.

Lorsque l'insurrection se présente dans l'immédiat, il faut que le parti sache tourner rapidement, adopter son orientation aux exigences nouvelles dé la situntion, il faut qu'il sache faire le bond bistorique nécessine. Les diffcultés et les dangers sont immenses, les tiches ardues. Or. la direction révolutionnaire est exposée plus encore que la classe ouvrière à la pression des classes ennemies. Aux moments décisifs, cette pression s'exaspère, provoque des hésitations et des remous dans le parti.

En crise de la direction révolutionnaire consiste en la difficuité à rompre avec l'ideólogie officielle lorsque la rupture est plus que jemais nécessaire, urgente. Cette difficulté ne signifie pes évidemment un asservissement déclaré aux conceptions et aux intrrêts bourgeois, mais prend la forme d'une absence de perspectives larges et d'une incompréhension de l'époque, de son caractère particulier, de la ligne et da rythme de son développement.

Le traditionnalisme, cette pierre d'achoppement des partis révolutionnaires, l'attachement à des formules, tonnes en leur temps, que la nouvelle situntion rend périmées. paralyse ou fausse l'action du parti. C'est ce qui s'est passé en 1923, en Allemigne, où le Parti Communiste s'étant assimilé de façon unilatérale le mot d'ordre du Hi" Congrès de I'I.C., continus à le suivre alors que le changement de la situation objective demandait un coup de barre. C'est ce qui s'est passé en Russie, en Février 1917. jusqu'à l'arrivée de Lénine: l'orientation Kamenev-Staline sattachait à la vieille formule de la "dictature démocratique du prolétarist et des tion vivante avait dépasse lancien schéma. , alors que la révolu-

Par l'exemple de la Révolution de Février et la question inévitable: que serait-il advenu si Lénine n'était pas errivé a temps? on est amené au problème de l'intervention de l'homme dans l'histoire, qui est seulement un aspect particulier de celui de la direction révolutionnaire. * Il u a des époques où Marx el Engels ne peuvent faire gogner un seul pouce d l'évolution historique en lui donnant des couba de cracache : il en est d'autres où des hommes de taille bien moindre, qui sont à la barre. peutent telarder le développement de la récolation internationale pour toute ane série d'années. » (L. Trotsky).

La valeur individuelle des dirigeants, leurs qualites ou défauts. ne foue un rôle décisif dans les événements nue sur le fond d'une situation déterminée. Lorsque l'individu dirige son acton dans le sens des forces historiques, cette act on peut prendre une importance inappréciable, faire gagner des et des dizaines d'années à la marche en ayant de Lénine n'était pas arrivé a temps. la crise du turait et te inévitablement plus longue, plus sigue voir assez t8t sa solution : la sitextion re 3 021 pu Etre perdue.

Le caractère de l'époque d'après-guerre assigne aux individualités en tant qu'anneaux de la chaine historique dans une situation donnée, un rôle plus décisif que jamais. Robespierre est tombé le 9 Thermidor, non par un renversement de surprise : le développement de la révolution fixait des limites nécessaires a la classe qu'il représentait ; le barraze était historiquement inévitable. Dans l'époque d'après-guerre, les forces historiques sont tontes dirigées dans le sens de la révalution socialiste, c'est pourquoi on peut affirmer que si la direction, par exemple les Thael. mann, Brandler et consorts avaient été à la hauteur des événements, la partie eut été gagnée à peu près à coup sür.

Il faut d'ailleurs se garder d'en conciure que le caractêre "explosit" général de l'époque permet a n'importe quel moment a l'individu et au parti de forcer le cours du déroulement : il est bien évident que sur la base du recul révolutionnaire engendré par les défaites, même un Trotsky ne, pouraite ple chura de Levénements. I en Teste pat ne pouvait, pas plus que Lénine ou Marx ne l'auraient moins vrai cue dans la mesure où toutes les conditions objectives sont müres pour la révolution, le rôle progressif ou néfaste de l'individualité se trouvo renforcé.

La conclusion qui s impose est que le problême capi tal de notre époque, en tant qu'époque des exolosions ré volutionnnires, est celui de l'avent-garde. L'article de E.R. précédemment cité, voulant à tout prix trouver immédiatement et directement une cause profonde aux défaites de la révolution, repose sur le postulat que s'il n'y a pas de direction révolutionnsire, ce ne peut être que parce que les conditions objectives de la révolution manquent et que les masses sont * réformistes".

Cette conception, résultat d'une analyse idéaliste remettant en jeu la perspective même de la révolution, est absolument fausse, paralysante et stérile. Les conditions objectives existent et permettent la création du parti. Mais encore faut-il qu'elles prennent corps dans une direction qui, les comprenant, comprendre son rôle. Si l'existence des conditions objectives suffisait • assurer la formation nutomatique du parti, ce serait la négation même de l'intervention des bommes dans l'histoire et enlêverait tout son sens & la lutte que nous menons chaque jour pour construire le parti.

Il n'y a pas de recette toute faite, ni d'infaillible panacée. Il faut, une fois assimilée la nature et les causes de la crise de la direction révolutionnaire, lutter contre la routine, la stagnation, les formules figées, s'efforcer de prendre les événements sous l'angle d'une perspective large, garder une vigittnce de tous les instants par l'auto-critique et lapprofondissement séricux des problèmes.

A. J.

Avril 1944. (Fin au prochain numéro)

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