LE déplacement de l'axe économique mondial de l'Europe vers l'Amérique, qui suivit In guerre de 1914-18, ebranla la bose de toutes les puissances • impérialistes européennes, tant vaincues que victorieuses. Le marasme de l'économie française et la stagnation de la production s'aggravèrent entre les deux guerres, les secousses sociales y devinrent de plus en plus violentes, tandis que les possibilités de concessions s'amenuisèrent et que la ruine financière s'agrandit. La décadence du système capitaliste, sa crise incurable, se traduisirent dans le freinage des forces productives et dans l'instabilité des rapports sociaux : la guerre mit complètement à nu ces signes de décomposition avancée.
La défaite rapide et l'occupation de la métropole. et plus tard des colonies, révélèrent des contradictions que les marxistes révolutionnaires avaient décelées et analysées dès le lendemain de l'autre guerre impérialiste.
• En apparence c'est la France qui, de tous les pays, s'est decrue en puissanee, note la "Résolution sur le Traité de Versailles, adoptée par le TV* Congrès de II.C., en 1922. En réalité, ajoute ce texte, la base économique de la France, sa petite population di minuant de plus en plus, son énorme dette interieure et extéricure et sa dépendance à l'égard de TAngleterre ne donnent pas un fondement suffisant à sa soif d'expansion impérialiste.
« Sous le rapport de sa puissance politique elle est gênée par la maitrise de (Angleterre sur toutes les bases navales importantes, par le monopole du pétrole détenu par l'Angleterre et /Amérique. Sous le rapport econoique, son enrichissement en munerai de fer, procure par le Traité de Versailles, perd so valeur du fait que les mines correspondan tes de charbon du bassin de le Rechr sont restées à l'Allemagne. Lespoir de remettre de Cordre dans les finances brantes de la France avec l'uide des réparations payées par l'Allemagne est apparu illesoire. La déprérintion du franc, provoquée consciemment par certains sitlierr de la grande indus trie francaise, constituera un moyen de reter sur les épaules du proletariat francois les charges de In querre aprés que lœuvre de la paia de Versailles sera apparue impraticable. a
Ces lignes de 1922 contiennent, en un raccourci saisissant, les éléments essentiels qui ont dominé la vie politique et écononrique de la France impérialiste dans lentre-deux guerres et donnent en contre les traits londamentaux de a gure politique de Limperialisme francais dans la période actuelle de In débrcle. Depuis 1914, les impérialismes cherchent à se jeter les uns sur le dos des autres le krach qui menace leurs économies respectives :
La "victoire" d'alors n'a rien résolu de ce point de vue, comme une telle "victoire" ne résoudrait rien aujourd'hui. Le problème qui est posé pour sortir de la crise chronique, du croupissement de l'industrie malgré le développement de certaines branches, de la desorganisation agraire et de l'ébranlement de Tensemble de l'économie, n'est pas celul de la "vietoire" d'une bande de brigands impérialistes sur d'autres brigands impérialistes, mais celui du renversement du capitalisme pourrissant par la révolution prolétarienne.
L'exemple vivant de la France montre parínitement que la crise de l'impérialisme n'est pas une crise de conjoneture mais de structure. L'appétit impérialiste de la France se montra au-dessus de ses moyens quoigu'elle espérait y trouver la solution de son propre Krach. Les 20 années d'équilibre instable qui suivirent montrèrent que cette immense construetion reposait, comme le dit un conte russe, sur des pattes de poulets.
Pour conjurer la ruine imancière, loligarchie impérialiste tenta de jeter le poids de ses dettes sur les épaules de la classe ouvrière et de la paysannerie; le frane de 20 sous devint le franc de 12 sous (Poincaré). de 8 sous (Auriol) et ensuite le franc flottant ouvrant la soupape de la hausse des prix. baine près quelques poussées désordonnées et -roude in reconstruction des régions dévastées. l'industrie croupit dans les eaux stagnantes de la crise à partir de 1930, et même la voie d'une reprise artificielle en vue de la guerre lui fut fermée, d'abond parce que l'impérialjsme français, fidèle à sa tradition, ne s'aventura pas à investir, méme en partie, son or (comme en Amérique), ensuite parce qu'il ne put pratiquer la voie allemande, puisqu'il n'avait pas pu briser la classe ouvrière. Instable et chancelant, il entra complètement désorganisé dans la deuxième guerre imperialiste.
LES CAUSES
DE LA DÉFAITE DE L'IMPÉRIALISME FRANÇAIS
Le fait que le rapport des forces entre l'impérialisme français et limpérialisme allemand se soit moditié dans l'entre-deux guerres au point que la France soit battue et delaite presque sans guerre, tandis que l'impérialisme allemand soutient le poids de la pins grande coalition de l'histoire, a fait naitre, même dans les rangs de l'avant-garde, toute une série d'appréciations fausses, aussi bien sur le caractère de Pimpérialisme français que sur le fond même du problème. celui de l'impérialisme.
La défaite et occupation n'étaient-elles pas • le signe évident que la France avait cessé d'etre une
STENEpuissance impérialiste puisqu'elle perdait, — en apparence du moins, - aussi bien la direction de son économie que celle de sa politique métropolitaine et coloniale ? = Poser ainsi le problème, c'est vider la potion de l'impérialisme de toute sa substance pour la réduire à une astraction.
Lénine définit l'impérialisme comme « l'étape du capitalisme arrivé à un stade de développement ou s'est affirmée la domination des monopoles et du capital financier, où l'ooportation des capitaux a requis une importance de premier plan, on le partage du monde a commencé entre les truats internationaux et ou s'est achené le partage du territoire du globe entre les plus grands pays capitalistes. »
Quelle place occupe la France dans ce stade de developpement el quelles sont ses caractéristiques ?
La France est depuis longtemps soumise à la • domination des monopoles et du capital financier * et a donné depuis longtemps le signe de la maturité excessive de son impérialisme, se traduisant précisément par l'exportation massive de ses capitaux: limperialisme français a pratiqué avant l'Amérique Fusure Internationale i une échelle telle que seule l'Amérique peut lui etre comparée.
• A la différence de l'impérialisme angkris, qui est colonisateur, écrit encore Lenine; T'imperialisme francais peut être appelé usurier. En Allemagne c'est une troisième cariante: ses colonies sont peu considérables et ses capitano se répartissent le yius également possible entre l'Europe et l'Amépique (du Sud). »
Ces caractères différents ont conditionné des résultats différents: l'industrie francaise n'a jamais été poussée au point atteint par l'industrie anglaise oo allemande et la fameuse devise française de Téquilibre entre l'agriculture et l'industrie" ne traduisit pas seulerent la fuite des capitaux devant le manque de charbon (et de pétrole), hase de toute industrialisation complète, mais aussi une maturité précoce et la recherche des placements avantageux dans les pays plus arrjérés.
Devant l'appareil industriel allemand dont le pivot est le charbonnage de la Rubr, devant l'industrie anglaise dont le fondement est le charbonnage du centre et de louest, l'appareil industriel français est nettement inférieur ; mais même l'impérialisme britannique n'a étendu sur l'Europe des mailles si nombreuses d'obligations et de créances que ne l'a fait l'impérialisine français.
Les exportations des capitaux anglais ont eu pour terrain l'exploitation de l'empire colonial le plus vaste et le plus riche : si l'industrie anglaise croupit et stagne elle aussi, T'équilibre reste maintenu par des réserves, un empire agrondi malgré ses tendances centrifuges, une flotte hier encore sans rivale.
L'impérialisme allemand a suivi un autre chemin el son "rétablissement" fut rendu possible non seulement à cause de T'incapacité de Timpérialisme français a bénéficier de sa victoire mais surtout à cause d'un formidable appareil industriel dégrevé de toute dette intérieure par la ruine massive de la petite bourgeoisie (dévaluation totale du mark en 1923), remis en marche par l'absorption des capitaux américains el soutenu a un niveau de production très élevé par l'écrasement de la classe ouvrière et son maintien sous la daile du fascisme.
Le caractère de l'impérialisme français, — ustrier, comme le nomme Lénine, - nérable a ses rivaux et ini a enleve les moyens de la rendo plus vul-
La enlevé les moyens de surmonter, méme superticiellement, sa crise structurale.
Sa victoire de 1919 ne lui fournit pas les possibilités de reconstruire son économie et jamais l'impérialisme français n'aurait pu le faire: cette tache de tirer la France de son croupissement revient à la classe ouvrière : la seule solution que pouvait concevoir la bourgeoisie battue et réactionnaire c'était de se construire sa muraille de Chine, dite ligne Maginot, pour défendre ses comptoirs et continuer à jeter ses capitaux dans le chemin rentable des prêts à l'étranger. Mais même sur cette voie le résultat fut périclité par la désorganisation du marché mondial et par l'écroulement du svstème de Versailles.
«Lexportation du capital, écrit encore Lénine, une des buses essentielles de l'impérialisme, accroit encore l'isolement complet de la couche des rentiers envers la production, donne un cachet de parasitisme a Tensemble du pays vivant de l'exploitation du travait de quelques pays et colonies transocéamiques.»
L'Angleterre souffrit moins du périelitement de ses avoirs puisque ceux-ci se trouvaient essentiellement dans son circuit colonial. Le cas de l'impérialisme français fut différent: sur les 05 milliards de franes-or exportés à l'étranger, 25 /- furent prêtés à la Russie. 13 - à la Turquie. 23 aux autres pays européens. 9-l, allèrent aux colonies. rique latine. Plus de la moitié de ces prêts furent perdus à la suite de la perte du marché russe et de la désorganisation permanente du marché mondial.
Pourtant, en saignant les colonies et en exploitant la métropole, la France jeta de nouvelles sommes dans le circuit mondial, après 1919, et, si les résultats furent moins "heureux" (l'entrée annuelle des béné. fices de ses investissements et de ses prêts s'élevaient a 9 milliards avant 1914, a 4 milliards avant 1939), la France Impérialiste garda entièrement son caractère d'usurier européen: mieux que partout ailleurs, le capitalisme se montra ici un frein insurmontable à la progression du pays et de ses forces productives.
Une fois entrée dans la crise de 1930, elle y resta sans pouvoir en sortir. La "politique économique" de 1036-39 est un monument de contradictions inconcilables : les phrases sur "Télévation du pouvoir d'achat" s'accompagnent d'une frénésie de hausse des prix: les endres de la "Troisième Rémublique" craquent & foulee les ioitures tandis ode la bourreoisie hésite encore à s'engager résolument dans la voie du fascisme et que le prolétariat piétine, freiné par une direction traitre.
L'économie délabrée montre même aux aveugles l'incapacité de la bourgeoisie à se tirer du marasme: dans la période qui précède la guerre actuelle, l'indice de production indique ine baisse nette par rapport même a celui d'avant 1914. Sur la base de 1913 = 100, lindice de production, qui était à 57 en 1919, remonta au niveau de 1913 en 1924, toucha au plus haut en 1930 avec 140, pour atleindre une moyenne de crise de 92, même en 1938.
L'agriculture, paralysée par les concurrences americaine, russe, balkanique, et meme coloniale, arriérée dans ses méthodes de production et handicapée par es ciseaux entre les prix industriels et les prix agraires. provoque l'exode des campagnes (la population agricole tombe de 54-/. a 48 , sans une contre-partie effective d'industrialisation urbaine) et l'agrandissement des terres en friebes (8), des terres cultivables).
Une économie stagnante, des finances deséquilibrées, une crise sociale permanente et une incapacité complète de s'en sortir, tel était Taspect de la France dominée par loligarchie tinanciero.
LES RÉPERCUSSIONS DE LA GUERRE SUR L'ÉCONOMIE FRANÇAISE a) L'INDUSTRIE
La guerre a désaxé davantage l'économie française et a changé les courants classiques de son commerce extérieur.
A la veille de la guerre, la France ne se suffisnit, sur 44 matières prenneres, que sur 8; pour 21 matieres indispensables, l'industrie française d'avant la guerre de 1939 ne pouvait pourvoir qu'a 10° de la consommation. Les importations provenaient, a la veille de la guerre, pour 40,3. d'Europe, 22/, d'Atrique, 18,5%. d'Amérique, 17,5*/. d'Asie et d'Océanie. Par zone de destination, les exportations se répartissaient ainsi : 54% vers l'Europe, 25%, vers l'Afrique, 12,4%. vers l'Amérique, 7,4% vers l'Asie et l'Océanie.
L'intégration de la France dons l'économie de guerre continentale a accentué davantage le marsme de son industrie. L'indice de production, tombé en 1901 il 50 (1938—100), n'a remonté en 2 ans que de 8 points. Le seul secteur qui travaille réellemen, est celui de l'industrie lourde, — principalement l'extraction du minerai de fer. — L'épuisement des stocks et la compression brutale de la consommation maintiennent les autres industries à un niveau de production très bas: la perte du petrole, du coton et du cuivre (Amérique), de la laine (Australie), du jute et de etain creent des conditions extrémement précaires pour les industries qui nie travaillent pas directement pour la guerre.
Mais ce n'est pas la qu'il faut rechercher la cause véritable de la stagnation ; le blocus et la perte de matières premières n'ont fait qu'accentuer un processus commence des apres la guerre de 1914-18 : il suffit de citer, à titre d'exemple, le cas de la métalJurgie. Malgré la conquête du bassin de la Moselle qui doublait les possibilités d'extraction de minerai de fer. la production du fer et de l'acier subit avant la guerre une baisse continuelle : 9,7 millions de tonnes en 1929. 7,9 en 1937, 6,2 en 1938. Sur 200 fours, jamais. avant 1030, ne furent mis en fonction plus de 50%. tandis que la majorité du minerai était dirigée vers l'Allemagne.
La désorganisation de l'économie et la paupérisation accentuent parallèlement un processus commence de longue date, celui de la concentration a outrance • L'Etat" intervient en aidant puissamment dans ce processus caractéristique à tous les grands pays imperialistes. En méme temps qu'un battage spectreulaire se poursuit autour de "T'appui à l'artisanat et à la petite industrie francaise" , la loi de la concentration des enreprises (da 17 Décembre 1941) favorise l'intervention des forbans de la grosse industrie, qui poursuivent systématiquement l'élimination et la paupérisation des couches moyennes (1).
Fi L'économie francaise tend à devenir, disait avant la guerre l'économiste bourgeois Perroux, un capitalisme de grandes unités e: la redistribution des actions et la part grandissante que s'est attribué l'impérialisme allemand (la traduction économique du mot "collaboration") ne change pas le fond de ce processus. " L'allié victorieux" de demain prendrait la place de l'impérialisme évincé, mais le processus continuerait dans le même sillon.
En autre fait important, - celui-ci directement causé par la guerre, c'est le déplacement de la main-d'œuvre: plus de 700.000 travailleurs ont été envoyés en Allemagne, et sur ce nombre, 400.000 ouvriers spécialises — : si l'on ajoute les 250.000 prisonniers "transformés" qui travaillent en Allemagne, le nombre de travailleurs francais dans le Reich dépasse le million (l'économie francaise a perdu, en outre, depuis la guerre plus d'un million d'hommes valides, actuellement prisonniers). La classe ouvrière, diminuée, a été "complétée" par l'intégration dans le cycle de production des femmes et des jeunes, en meme temps, la ser maine de travail a été "rallongée".
Dans cette situation, la grosse industrie prospère plus que jnmais. Grâce à l'abondance des capitaux mis en circulation par l'Etat lors du financement de la guerre et la réalisation des stocks, l'industrie a revalorisé son ontillage (en pavant ses dettes au taux du frane dévalué) et a réalisé des sommes immenses permettant non seulement d'acheter les entreprises moyennes paralysées par In pénurie des matières premières, mais encore ime grosse thésnurisation (aidéc par intervention de l'Etal, qui mobilise une grande partie des bénéfices apparents):
• Les sommes qui s'accumulent entre les mains des entrepreneurs sont immenses, écrivait récemment l'économiste bourgeois Bertrand de Jouvenel. Le grand consommateur, l'État, crennt des moyens de paiement à la mesure de ses besoins et de ceux qu'il est dans l'obligation de satiefaire, les revenus distribués dans l'économie n'ont jamais été plus élevés... Ces réserves des entrepreneurs sont d'autant plus fortés que la répartition entre les revenus du capital et revenus du travait a été profondément modi fée our dépens du travail par la compression rigourause des salaires réals. »
L'escroquerte de "l'Etat socialiste" des grands monopoleurs éclate ainsi à travers le propre aveu des économistes bourgeois. Le professeur Laufenburger benite " La France est le seul puus en Europe où le niveau des salaires soit aussi sensiblement inférieur nu niveau des prix de détail officiels, lui-méme loin en-dessous du cout réel de la vie. »
Le mythe du dirigisme économique bourgeois, tenant dans là formule "stabilité des prix, de la monnaie et des salaires", se traduit en réalité par hausse des prix. inflation, compression des salaires. Le fait que la circulation fiduciaire supporte une injection men-
(1) Les industries sont organisées sur le type des gros cartels allemands (Reichverein). A titre d'exemple, voici le cas de l'industrie de l'automobile: elle est groupée aujourd'hui en 4 cartels: Delnhaye plus Bernard, Unie, Simca et Laffy: Is Saurer rachetée par Hotchkiss plus Peugeot : là Ford plus Panhard et Berliet : et enfin le groupe des mastodontes Rensuit plus Citroën.
stelle de 15 milliards de nouveaux billets et que le | tabac les annuités de sa dette et la quote-part de la ranc garde une valeur internationale relativement stable n'est pas di seulement au parallélisme de l'inflation sobie par les autres monnaies, mais surtout et princicement au lait que c'est la classe ouvrière qui porte le poids principal de l'inflation, avec des salaires qui restent stationinires devant des bénéfices de plus en plus monstrueux et des prix en hausse continuelle. D'après des chillres loin en-des-ous du coût réel de la vie, le cours officiel des prix de détail s'établit à l'indice 260 en 1943 (1988 100) tandis que les salaires indiquent pour la meme période l'indice 150 (1338-100).
La tache patriotique de faire payer à la classe ouvrière la guerre, la défaite et les « immenses sommes qui s'accumulent entre les mains des entrepreneurs » est jalousement organisée par la nicaille et l'appareil bureaucratique français.
Dans les conditions du rationnement, de la pénurie de la liquidité financière et de l'inflation, la gangren du marché noir est un phénomène absolument naturel "Téconomie dirigée" par la bourgeoisie crée les conditions optima, non point pour enraver, mais pour développer le marche noir. Le controle ouvrier de la production et de la répartition pourrait seul supprimer les inégalités.
La situation de agriculture présente, en apparence, un aspect différent : si la baisse des produits agraires atteint pour des céréales essentielles, tel le ble ou le mais, des chutes de 10 et de 80%. (mais), le gonRement des prix a créé une grande liquidité dans les campagnes et une thésaurisation importante. Mais cette thesaurisation est plus vulnérable que toute autre, -non pas tant à cause de la dévaluation future du franc.
mais i cause de l'impossibilité de se convertir en produis industrieis et dentrainer une élevation, aussi bien des méthodes de calture que du niveau de pro duetion.
An contraire, le manque de produits industriels (nachines, engrais) et Tusige du matériel et du chep: (machines, engrais) et Fusage du matériel et du cheptel existant accentueront l'effondrement des prix à réouverture des marchés et laisseront la paysannerie, "remise i flot" présentement. devant la perspective L'un endettement encore plus lourd qu'avant 1910.
La redistribution d'actions que nous signalions plus haut pour la metropole, se produit également a Alger et dans toutes les colonies "françaises", et les impérialismes anglais et américain prennent une part active ¿ l'exploitation : après la prise des obligations du chemin de fer de l'Etat du Maroe, leurs intérêts se dirigent en prenière ligne sur les phosphates, le plomb et le manganèse. La Pierpont Morgan participe activement aux chemins de fer algériens et les exportations algériennes prennent maintenant surtout la direction de l'Angleterre : la reconstitution méme de "Tempire" apportera à l'impérialisme francnis une lourde hypothèque "alliée". b) LES FINANCES LES GROSSES BANQUES ET LE BUDGET
•Les immenses capitaux que l'impérialisme francais a jeté dans la circulation mondiale et qui ont assuré des positions de premier plan au capital financier francais, ne sont évidemment pas perdus. Si certains postes seront liquidés après la querre, laccumulation de l'usure continue néanmoins à se poursuivre aujourd'hui sur toute la surface du globe : mais les avoirs francais" bloqués en Amérique représentent plutot des couvertures de créances (frais de la guerre) que la promesse de bénetices futurs.
En Europe, cerlaines annuités continuent à parvenir en France. Ainsi la Bulgarie, par exemple, paye en dette ottomane (une escroquerie financière qui dure depuis cinquante ans déja). Les vieux investissements continuent de rapporter des sommes très faibles, mais restent toujours comme des créances... "en potentiel".
La thésaurisation, c'est-4-dire l'accumulation prélevée par une économie parasitaire sur les richesses coloniales et sur "le dessus du panier" que représentent les pourcentages des créances tirées sur les pays arriérés, fonetionne aujourd'hui au ralenti. Une nouvelle thésaurisation se produit dans la métropole, qui a sa base dans l'endettement de l'Etat qui a jeté, comme nous l'avons vu, de grandes sommes dans la circulation Educiaire. Le nouveau thésaurisant, c'est la génération qui monte de rastaquouères et de maraudeurs, des forbans de l'industrie, fournisseurs de guerre, et des rois de marché noir. Personne ne peut évaluer le plafond de cette thésaurisation cachée qui illustre la "*vertu française" de l'épargne: ces sommes se convertiront demain en des chaines d'or pour les petits rois et roitelets balkaniques, — si la révolation n'arrive pas à donner le grand coup de balai qui renversera ce régime pouri.
A côté de cette thésaurisation cachée, se produit aussi une thésaurisation visible dont l'intensité peut etre déterminée par l'observation des variations de la dette publique. Celle-ci s'élevait à 432 milliards de frs en Aout 1939 et atteignit 1.320 milliards en Décembre 1993, soit une augmentation de 888 milliards de frs, sur laquelle les avances de banques d'émission s'élèvent à environ 100 milliards. Près de 500 milliards investis dans les bons du Trésor constituent ce qu'on appelle la dette à court terme et sont réutilisés par l'Etat. Les épargnes-réserves thésaurisées dans les banques s'élévent a environ 220 milliards de frs dont 60" six grosses banques qui dominent le marche financier français).
Que vaut, en valeur absolue, cette épargne ? C'est une question qui dépend de l'avenir du franc, c'est-adire de la croissance de l'inflation, mais la hausse continuelle du papier-monnaie et des bons du Trésor, qui doivent soi-disant effacer les conséquences de l'augmentation de ce papier-monnaie, ne sont que l'indice d'un profond désarroi économique et du délabrement irrémédiable du vieux système financier et commercial.
Un seul fnit console les impérialistes français: c'est que ce delabrement n'est pas spécifique à la France, mais qu'il est général. En effet, les chiffres français ne sont pas tres loin de la tendance générale. La circulation liduciaire et le gontlement de la dette se sont produits aussi bien en Allemagne qu'en Amérique ou en Angleterre, comme le témoigne ce tableau :
Circulation Dette fiduciaire publique 1939-100 1939=100
Allemagne 335 670
Angleterre 188 230
Etats-Unis.. 270 384
France .. 332 209
Partout l'avenir est hypothèque et l'espoir c'est qu'on arrivera a faire comprendre au prolétariat international qu'il "doit" payer les pots cassés. La croissance des impots, l'augmentation des avances (inflation) et le conflement de la dette sont les éléments qui permettent de maintenir les budgets de plus en plus lourds exiges par la guerre impérialiste.
Au lendemain de l'autre guerre. l'impérialisme français se trouvait devant le problème d'un déficit rds de franes germinal et d'une | de "T'empiro"; le premier s'appuyant sur les baion- hit ans de t budgétaire de 35 milliards de trancs germine mina. soit 1.005 milliards de francs acru Is. A la fou de 1943 dette publinue de 170 milliards de tranes germina rien que la dette intérieur s'élevait (et seulement pour la France sans parler des hypotèques prises par de Gaulle) à 1.320 milliards et cette dette augmente chaque jour. Sur 360 milliards de revenu national annuel l'etai absorbait deja en 1942 S50 milliards 1 a On boit à quel point la marge disponible pour les besoins pribés est réduile. » (Laulenburger).
L'état monopoleur et "dirigiste" est devenu une immense machine qui pompe toute la sève du pays. Limpot suil une courbe ascendante et la masse de papier-monnaie s'agrandit sans cesse: l'épave financière française devient de jour en jour une charge plus insupportable sur les épaules de la classe ouvrière et des conches petites bourgeoises pauperisées.
Le budget de 1939, — budget de guerre et de famine, augu lavaient mené plus de 5 ans de décretslois de misère, — atteignait 137 milliards de depenses. Celui de 1942 atteignit 256,5 milliarus et celui d: 1944 arrive à 454 miliards !
Le budget français est l'image d'un trou beant que le capitalisme ne pert remplir que par une exploitotion encore plus monstrueuse du proletariat. * L'ordre nouveau" n'est qur le vieux désordre capitaliste qui n'amène av c lui que la misère et la famine.
LA SITUATION
POLITIQUE DE L'IMPÉRIALISME FRANÇAIS
La bourgeoisie française est entrée dans la deuxième guerre impérialiste au côie de l'impérialisme anglais auquel elle était liée pour in defense du butin acquis par les partages antérieurs de globe.
Mais, dès les débuts, l'impérialisme fronçais ne savait pas comment se débarasser de l'étreinte de son la empriso n' en Mediterranée et qui l'a empêche (en "atlie qui lui a « confisqué la victrire de 1918», qui accord avec l'Amérique) de dépouiller totalement la Ruht; par ailleurs, une infinite de liens de brigandages communs et d'intérêts scellent cette alliance et l'empêchent de se dissoudre au premier choe. La marche de la guerre renforce la tendanse à la sipture et un bloc impérialiste assez homogène se forma sur la plate-forme de la non-résistance? et de laccord avee l'impé ialisme allemand. Ce bloc, qui a derrière lui une grande partie de l'oligarchie impérialiste francaise, se cristullisa grãor à la défaite.
Au lendemain de la ca astrophe miitaire, sa politique s'exprima d'abord par le soutien du tandem de laquais Pétain-barlan, précisément pour réaliser un equilibre entre Timpérialisme allemand et l'impérialisme anglais. Pétain fnt un gouvernement légal" Voula par l'impér alisme franrais pour briser, a a faveur de la guerre, la classe ouvrière, reconstruire économiquement sous le paravent d'une s mi-neutralité un pays délabré, et recher her dans a soudure étroite avec "'empire" une solut aneriente myen en sous-main par l'impérialisme américain. en guerre de l'impérialisme américain broya entre la mente all-mande et anglaise la construction fragile de Juin 1940.
A partir de ce moment (fin 1941. début 1942, le gouvernement de Pétain fut ravalé au rang de simple commis à la tête de l'appareil bureaucratique et policier de la métropo e, de Gaulle en un commis à la tête cier de la metropo e, te sano sa nettes allemandes, le second sur les baior nettes angluises et américaines. L/oligarchie financière francaise utilise également ces deux commis sans se prononcer ni pour l'un, mi pour l'autre, en attendint de reconstituer le puzzie impérialiste français el de le coiffer d'un gouvernement "légal"; c'est-a-dire jouissant en plein de son appui.
"L'Etat frangais" de Vichy est le produit d'une bourgeoisie sénile et vite : c'est la solution la moins coûteuse pour l'impérialisme francais, Maigré le tribut qu'il paye a l'Allemagne, malgré la saignée d'ouvriers, malgré l'immixtion de Impérialisme allemand, limpérialisme français est le malgré l'utilisation des stocks, co-participant qui retire lis plus gros bénéfices d'un pays exsangna et délabré, et est, en définitive, celui qui maintient malgré tous les boul versements l'ossature mêm de so pouvoir: le contrò e de l'appareil hureaucratiaus administratif et policier, le droit de regard sur le plan economique.
Le capital financier français garde, mêm e après la défaite mitaire, la direction d: l'Etat et de son armature. Les deux commis, Pétain comme de Gaulle, re-résentent le même maure : un cas entre mille l'illustre parfaitement: c'est le cas du franc. La stabilisation du fruno a Alger a la parité de 200 frs la livre (15 % de dévaluation par rapport à 1939) traduit en Fravce la métropole comme dans les coionies semblent Jou r le même plafond Les signemonétaires circulant dans d'une espèce d'o-mose qui ls équilibre comme leau s'équilibre avoirs français restent bloqués dans certains endroits dans deux vases communiquanis Les (dans les pays extra-européens qui n'ont pas reconnu de Garile) mais les comptes européens alimentent Déconomie française comme par le passé, et le capifilisme francais touche ses dividendes même si l'occupant est Ii. Les valeurs en bourse - les "vedettes" françaises, — les Suez ou les Renault, se cotent au baréine d'Alger et de Londres : le trone trançais est encore "sain". L'impérialisme frai cais n'a pas perdu sur lui son contrôle.
CONCLUSIONS
L'exemple de la France n'est qu'un aspect du pourrissement atteint par l'impérialisme mondial.
La guerre a definitivement rejeté l'impérialisme français dans le camp des puissances secondaires destinées er à faciliter l'établissement d'un nouvel équilibre européen que dicterait l'impérialisme vainqueur. » (1)
Le "redressement" factice qui s'opère aux territoires coloniaux de l'Afrique du Nord sous le signe du "Comité National de Libération" auquel la bureaucratie soviétique vient de donner par l'entrée des deux représentants du parti stalinien, son plein appui, manque absolument de base réelle.
Il n'est rendu possible que grâce à « la prolongation el la généralisation du conflit qui a permis, grâce au jeu des antagonismes inter-impériaListes, aux nécessités actuelles de la guerre et aux exigences politiques d'une paix éventuelle capitaliste, de remeltre sur pied certaines forces de l'impérialisme français vaincu et de les rejeler dans le cycle de la lutte. » (1)
D'autre part, le régime abject de Pétain n'est que le signe de la décrépitude d'un impérialimo sénile, mür depuis trop longtemps pour la révolution prolétarienne. Le croupissement de l'industrie, le délabrement de l'agricultare, la ruine financière ne sont que l'image d'un mûrissement excessif : la propriété privée et les frontières nationales sont devenues un frein absolu à la progression des forces productives. "L'intégration de la France dans l'espace contrôlé par l'Allemagne " n'est qu'une addition de deux économies ruinées qui ne peuvent trouver un semblant d'éguilibre qu'en travaillant & la destruction du continent.
D'autre part, les zo années qui ont précédé la guerre ont montré l'incapacité des impérialismes anglais et américain à "organiser" le désordre capitaliste; les cinq années de guerre ont mené à la faillite de "l'organisation" impérialiste allemande. La leçon ne sera pas perdue : l'impérialisme est incapable d'unifier l'Europe.
Seul le socialisme, la révolution prolétarienne peuvent donner un cadre de développement harmonieux a tous les peuples de l'Europe. La question du changement de régime se trouve posée aujourd'hui, après les 5 ans de la deuxième guerre impérialiste, d'une façon incomparablement plus impérieuse et plus urgente que lors de la guerre de 1914. Le monde entier va au devant d'une formidable explosion révolutionnaire où la question de la victoire de la barbarie capitaliste on de la révolution prolétarienne sera posé ouvertement.
Les communistes internationalistes luttent contre toutes les annexions, pour le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes. Mais le capitalisme agonisant ne peut réaliser même cette revendication élémentaire: seul le socialisme peut donner aux peuples le droit à l'indépen• dance et mettre fin a toute oppression nationale.
La tâche de lutter contre l'impérialisme occupant et contre l'impérialisme français, le patron français, le flic français, pourra seule garantir une indépendance véritable.
Si pour le communiste internationaliste d'Allemagne la tâche n° 1 c'est le renversement de l'impérialisme allemand et la libération de tous les pays occupés ou annexés, la tâche des internationalistes de France reste celle de la lutte implacable contre l'impérialisme Français, menée de front par one lutte contre l'occupant sous les mots d'ordre de la révolution prolétarienne et de la transformation de la guerre impérialiste en guerre civile.
Parler aujourd'hui d'une soi-disant "insurrection nationale " qui se préparerait, en accord avec la bourgeoisie, sous l'œil bienveillant des brigands de Washington et de Londres, c'est parler comme un imposteur et un traître : la tâche de la lutte contre l'impérialisme est celle de l'accomplissement de la révolution socialiste.
« Le fascisme et la série des guerres impérialistes, écrivait Léon Trotsky, en Août 1040, peu avant son assassinat, sont une terrible école par laquelle le prolétariat doit passer pour s'afranchir des partis opportunistes, démocratiques, quenturisles, forger une avant-garde récolutionnaire et se préparer à résoudre la révolution prolétarienne, tâche hors de laquelle il n'y a ni ne peut y avoir de salul pour le développement de l'humanité. »
N. MARC.
(1) Thèses sur la liquidation de la deuxième guerre impérialiste de la Conférence Européenne de la IV Internationale (Revue Quatrième Internationale, n° 4.5).