par Li Fu-Yen
Nous regrettons de ne pouvoir publier que la dervière partie de Tétude remarquable que notre camarade la Fu-len a consacrée au développement du capitalisme japonais, a son etat actuel et a ser perspectives, parue dans la revue Fourth International, de nos camarades américains.
Dans la partie de retude que nous pubions aujourdhui le camarade LE Pu-yen dépeint les conditions sociales et économiques du prolétariat japonais et tire les conclusions de l'analyse économique et stotistique du capitalisme japomais, à laquelle il a consacré le début de son travail.
Nous espérons être bientôt à mesure de publier ea broche l'ensemble de cette étude importante et tellement netuelle.
LA SITUATION
DE LA CLASSE OUVRIÈRE a basse productivité de l'agricniture et de l'indusL trie familiale et artisanale a comme conséquence, étant donné le standard de vie très bas du peuple japonais, que l'excédent de le production sur la consommation est minime. Le standard de vie des paysans maintient très bas le niveau des salaires dans Pindustrie. La basse productivité de l'industrie artisanale et les bas salaires des petits commerces maintiennent très bas les salaires des ouvriers des petites usines. Ainsi, sur une large échelle, l'industrie moderne là où elle existe (particulièrement dans le textile) jouit d'un très grand avantage sur celle des autres pays.
L'industrie du coton et de la ravonne japonaise, utilisant la technique la plus moderne, recrute ses ouvriers dans les régions les pius pauvres de la paysannerie ayant un niveau de vie moyen-ageux. Comme on peut lire dans un journal japonais, Le Jiji :
* La population paysanne constitue le r6servoir de force de travail industrielle et son mond nombre empêche la montée des salaires. a Les tisserands et fabricants de textile bénéficient doublement, d'une part, de la productivité très élevée des machines modernes et, d'autre part, du degré d'exploitation maintenu très haut grâce à la pauvreté des couches paysannes. Tant que cette réserve de maind'œuvre bon marché n'est pas épuisée, et étant donné la situation toujours plus précaire de la petite paysannerie, le capital industriel a intéret à maintenir les survivances féodales et les moyens de production primitifs des paysans. Il ne désire pas voir se former une classe de paysans sans terre comme celle qui a fourni la principale main-d'œuvre à la première industrie anglaise, car la petite paysannerie lui assure une main-d'œuvre bien plus maniable et plus sure. L'industrie, travaillant sur une grande échelle pour l'exportation, n'est pas touchée par l'étroitesse du marché intérieur, conséquence naturelle de l'état arriéré et de la pauvreté de la paysannerie japonaise.
Les capitalistes du textile japonais, représentant la plus grande industrie du pavs, ne bénéficient pas seulement de la pauvreté du village, qui leur fournit la main-d'œuvre la moins coûteuse, mais également de la situation moyen-ageuse des femmes, qui les rend dociles et sans défense. La tradition et les lois sociales maintiennent la femme dans l'infériorité et non loin de lesclavage.
La femme japonaise n'a pas de personnalité légale ni aucun droit social ou politique. Elle peut etre vendue à une usine ou une maison de prostitution par contrat légal signé par son père ou son mari ou tout autre tuteur masculin, et son mari peut divorcer à son gré. La femme mariée n'a aucun droit de propriété ni aucun droit sur ses enfants. La loi interdit aux femmes d'étre membre d'un parti politique et la coutume leur interdit d'accompagner leur mari dans des lieux de plaisir, de danser (à moins qu'elles ne soient payées pour cela ou taxi-girls) ou d'avoir toute autre relation sociale avec l'autre sexe. Le niveau de vie moyen-geux, le manque de tout droit social, l'état d'esclavage font que les femmes sont exposées sans défense à la brutalité des formes les plus primitives de l'exploitation capitaliste. Elles n'ont pas les droits politiques et sociaux des hommes (quelque limités que ceux-ci puissent etre), mais elles doivent gagner leur vie, cote à côte avec eux dans les bureaux, dans les usines et aux champs.
Durant la féodalité, les filles ne geishas, et l'excédent d'enfants de sexe féminin était vendues qu'aux maisons de prostitution ou comme souvent liquidé par infanticide. Avec le développement des filatures de soie et de coton, les filles devinrent un bon placement pour les parents. Les maisons de prostant, tandis que les filatures font un contrat pour 1 an, titution achètent les filles directement, payant comprenouvelable chaque année si leur travail est satisfaisant et leur santé bonne, Dans les grandes usines, la durée du contrat est habituellement de 3 ans, mais l'acompte payé d'avance est minime. Ces dernières années, il n'était même pas nécessaire aux chefs d'entreprises d'embaucher des agents recruteurs : la détresse des paysans et leur endettement ayant pris des proportions si épouvantables qu'on pouvait compter sur le chef du village ou l'usurier pour obliger les paysans à vendre leur fille à l'industrie afin d'obtenir l'argent nécessaire pour le loyer et les intérets.
Les filles et leurs parents préférent l'industrie plutot que les maisons de prostitution, car le travail dans Tindustrie n'est qu'un louage temporaire alors que la maison de prostitution représente l'esclavage pour la vie, étant donné que le remboursement de lavance n'est jamais possible. N'empêche que dans certaines régions éloignées des centres industriels, comme Aomori ou d'autres préfectures du nord, il n'est pas toujours possible de faire un contrat avec des usines. Celles-ci obtenant facilement leur main-d'œuvre dans in région proche, sans avoir besoin de payer un long voyage: done, dans ces régions, un plus grand pourcentage de filles vont aux maisons de prostitution.
Les filles n'ont aucune part dans le choix de la maison de prostitution ou de l'usine. Le pêre ou le chef de famille masculin signe le contrat avec l'agent ecruteur, signifiant que sa fille travaillera pour une période déterminée, et une partie ou le total du salaire annuel lui est payé d'avance. Lorsque l'acompte est petit, il est stipulé qu'une partie du salaire mensuel de la fille sera envoyé à ses parents. Dans le cas des maisons de prostitution, une bien plus grande somme est versée au père et la fille ne peut quitter son temploi" avant qu'elle ait entièrement gagné ce compte par son "travail". En plus, comme elle doit payer les dépenses de robes très chères et que chaque jour de maladie doit étre déduit, il est très rare qu'elle arrive à rembourser l'avance par son travail. Le commandant Jamamuro, de l'Armée du Salut japonaise, a fait une enquête sur ce genre d'esclavage et a prouvé que sauf dans les cas où les filles arrivent à rembourser l'avance dans les deux ou trois premières années il leur faudrait 189 années pour obtenir leur liberté! de l'osine, les biens de son père ou de son tuteur sont Si la fille s'enfuit de la maison de prostitution ou saisis, de sorte qu'elle n'ose pas rentrer à la mai-son, même si elle peut s'enfuir, car elle sait que son père ou ses créanciers la renverront à son travail. En tout cas, il est très difficile de s'échapper car les gardiens de l'usine ou les flies la rendront à ses *propriétaires". De plus, elle n'a pas d'argent : son salaire est gardé par l'usine et, après déduction de ses frais de nourriture et de logement, envoyé à son père. Elle ne pourrait même pas payer son voyage de retour. Les filles qui arrivent à trouver du travail dans une autre usine où les condi- s'échapper n'ont plus qu'a tions peuvent étre encore pires, devenir serveuses de café ou prostituées sans carte. Une enquète de la police de Tokio a révélé que 70% des filles sans carte étaient d'anciennes ouvrières d'usine.
Les paysans qui réduisent leurs filles à ce genre d'esclavage y sont souvent poussés par la plus dure nécessité. Mais, même si cela était considéré plus naturel que les hommes de la famille la quittent en temps d'extrème détresse pour chercher un emploi industriel, il n'y a pas d'embauche pour eux car on préfère les jeunes filles. Pour les hommes, il n'y a que le travail comme "coolie" Mais il ne saurait sembler naturel que les hommes *, débardeur ou du travail intermittent.
fassent quelque sacrilice que ce son Macon malone sacrifice que ce soit. Toutes les trdiqui ont survécu malgré le déclin des formes éconoserier seme tama, con Mon me familial. lidéologie patriarcale miques féodales, placent les femmes à un niveau inférieur à celui des hommes et les traitent comme des esclaves qui devraient s'estimer heureuses de sacrifier leur vie ou leurs libertés pour leurs maitres, leurs pères ou leurs maris.
Ce n'est pas toujours la famine ou la pauvreté qui poussent le pavsan a vendre sa fille à l'usine ou a la maison de prostitution. Le pouvoir du chef de famille est tellement indiscutable et admis par tous que les paysans vendent leurs enfants souvent pour acquérir un capital afin d'améliorer leur situation, ou tout simplement pour faire la fete. Un paysan peut vendre sa ille a une maison de prostitution ou la louer à unefilature ou usine, prenant tout son salaire d'une ou deux années d'avance, afin d'acquérir plus de terre ou d'acheter un ou deux métiers et installer une petite manufacture de village, en un mot pour avoir un capital et devenir un petit capitaliste. Mais même quand un homme a acquis de cette manière, par la plus cruelle exploitation de ses propres enfants, des moyens de production bien à lui, sous forme de quelques métiers et peut-être d'un petit moteur, il n'en reste pas moins, en quelque sorte, lagent du capitaliste qui le fournit en fil et qui lui achète le travail fini.
Le manufacturier-négociant préfère donner du travail à l'extérieur, dans de petites entreprises villageoises, platöt que d'avoir ses ouvriers et de les faire travailler dans son atelier. Ceci est une preuve de la façon dont les gros industriels et commerçants profitent de la pauvreté des paysans et de la subordination des femmes. Le paysan est obligé de travailler, lui, sa femme et ses enfants, ainsi que des journaliers, 14, 15 et 16 heures par jour afin de pouvoir devenir un petit capitaliste, ou d'empècher que sa terre soit hypothéquée, ou encore pour qu'elle ne soit pas saisie par ses créanciers. Tandis que le gros manufacturier. négociant qui profite de lui ne pourrait jamais fairo travailler sous de telles conditions dans son usine. La Joi empêcherait une telle exploitation et, tôt ou tard, les ouvriers d'une usine arrivent toujours à améliorer leur sort. Voila le secret de la survivance et de l'extension de l'industrie familiale au Japon. CONDITIONS DE TRAVAIL
Quelles sont les conditions de travail dans les grandes industries textiles ? Les filles sont laissées sans argent. Tout ce qui reste de leur paie, après déduetion de la nourritare, des assurances et de très peu d'argent de poche, est gardé pour elles par le manager et leur est remis seulement après complète expiration du contrat. Nombreuses sont les filles qui ont à peine 14 ans. La plupart ont de 15 à 16 ans. Amenées de la campagne, n'ayant aucune connaissance des lois pouvant les protéger, elles sont sans-défense vis-a-vis de leur employeur. Elles ne réalisent même pas que leur contrat n'est pas tout à fait légal. Mais même si elles le savaient, la loi n'est pas toujours appliquée par les autorités. La police soutient les employeurs et laisse la loi de côté en capturant et rendant à leurs propriétaires les filles qui s'enfuient des maisons de prostitution ou des usines. Cependant, si une fugitive tenait tête et n'était pas kidnappée par des "soshis" (brutes louées), elle pourrait garder sa liberté. Mais même dans ce cas elle n'oserait pas retourner chez elle, même ayant l'argent du voyage, car elle sait que son père la renverrait au travail, ou bien parce qu'ayant deja touché son salaire d'avance sa petite propriété serait saisie, on bien parce que sons le netit complément de son salaire mensuel. le reste de sa famille mourrait de faim.
pouvaient étre | tions japonaises affirment que c'est à la femme de se
Quant aux conditions de travail dans les grandes usines, on a peu entendu parler, ces dernières années, de filles qui tentèrent de s'échapper. Les conditions économiques suffisent à les retenir au travail, ces conditions étant un peu meilleures que dans les petites fabriques. Ces ouvrières, ayant réalisé qu'elles sont obligées de rester à l'usine au moins pour quelques années de leur vie, se sont unies pour améliorer leurs conditions de travail. Cependant, de telles tentatives ont été rendues très difficiles, d'une part, par la mentalité de ces filles et, d'autre part, par le systeme de vie à l'intérieur de l'usine. Il faut un certain temps à ces filles pour se libérer de l'idée d'infériorité et de soumission à l'autorité, qui leur ont été inculquées des le berceau.
Et quand vient le temps où les conditions de leur nouvelle vie et les conceptions de solidarité entre travailleurs, qui leur ont été enseignés par les ouvriers dans l'usine, les ont préparées & se débarrasser des idées arriérées de leur village et à militer pour leurs intérêts communs avec d'autres travailleurs, leur contrat est fini ou leur santé ruinée, et c'est le tour d'un nouvean troupean d'esclaves de prendre leur place dans l'usine.
Des grèves éclatent quelquefois au Japon, mais alors les employeurs enferment simplement les filles dans les dortoirs, les séparant ainsi des hommes et rendent toute communication impossible. Malgré toutes les difficultés, des grèves ont éclaté chez les hommes et les filles s'y sont jointes. Les managers craignent les hommes car ce sont eux qui encouragent les filles à se révolter et qui commencent les grèves. Pour cela. on n'embauche pas d'hommes ; dans l'industrie textile, il y a seulement un faible pourcentage d'ouvriers. La vie cidéale » des travailleurs au Japon, car c'est ainsi qu'elle est représentée par les apologistes du système, est en réalité tout le contraire, comme nous l'avons deja vu.
La nourriture ne vaut que la moitié da prix demande : les dortoirs sont surpeuples et a peine chatfés. Les repas : un peu de riz et quelques légumes, un peu de poisson trois fois par semaine et très rarement un peu de viande.
In soi-disant culture donnée par les employeurs dans les usines a comme but, ou en d'augmenter la capacité professionnelle des ouvrières ou de les maintenir dans un état de parfaite docilité. A celles qui savent à peine lire et écrire, on enseigne juste ce qui taut pour qu'elles puissent comprendre les instructions pour le travail. On leur apprend aussi a "arranger les fleurs" et à " servir le thé . Ce sont là des arts enseignés aux filles de la bourgeoisie. En en faisant bénéticier de simples ouvrières, on cherche, d'une part, a leur donner l'espoir d'un beau maringe et, d'autre part, à maintenir leur docilité féminine. Il en est de même pour les classes de « morale » qui existent dans toutes es grandes fabriques, On entend par « morales les règles de la bonne conduite: obéissance et loyauté envers les parents, les employeurs et l'Empereur : travail dur, douceur et soumission. Ce sont la les suprêmes vertus de la femme !
Quels sont les salaires ? En 1934. les salaires, deja bas, sont descendus au-dessous de 70 sens par jour. Depuis, le gouvernement a dissout tous les syndicats t i présent les salaires, même s'ils ne sont pas descendus plus bas, n'ont guère monté. Les ouvriers américains ont découvert que les salaires ne montent guère avec le prix de la vie. Mais comparés avec les ouvriers américains, les ouvriers japonais sont sans défense vis-d-vis de leurs employeurs. Leurs syndicats ont été dissous, leurs leaders, emprisonnés ou tués. Le résultat en est que la différence entre les salaires et les prix a augmenté beaucoup plus qu'aux EtatsUnis. Que valent 70 sens par rapport aux conditions de travail américain? Cela vaut un salaire un peu inférieur à 20 cents pour 8*1/2 de travail intensif. Queiques salaires sont un peu plus hauts, d'autres, un peu plus bas. Senle l'industrie Tourde, dont la production altelgnit des chiffres record après l'invasion de la Mandchourie, en 1931, et où une pénurie aiguë de maind'œuvre qualifiée se fit sentir, bénéficie de salaires plus élevés. Ainsi, les forgerons, en 1934, conformément aux données de la Chambre du Commerce et de l'Industrie de Tokio, gagnaient 1 $ 25 par jour et les fondien a 580. Compares aux Eats-Unis ou a Angledeurs, tandis que les tourneurs arriterre, ces salaires sont terriblement bas. Mais ils restent très haut en comparaison non seulement avec ceux des femmes des industries textiles, mais aussi avec ceux des hommes dans toutes les autres industries. Les solaires des mécaniciens, au Japon, en 1941, étaient environ trois fois plus élevés que ceux des potiers ou des charpentiers ou des ouvriers de l'industrie chimique et environ sept fois plus élevés que ceux des tisserande, dans les filatures de coton. En comparant ces salalres avec leurs équivalente en Amérique ou en Angleterre, on ne doit pas se laisser berner par les arguments des exploiteurs japonais qui prétendent que bien qu'assez bas ils sont suffisants pour assurer le confort des ouvriers.
La vie n'a jamais été bon marché au Japon, sauf pour les touristes, qui proftent du change. Le riz, par exemple, y est plus cher au détail qu'à Londres. Les tissus de coton sont à peine meilleur marché et les loyers sont très chers en raison du taux élevé des intérets et des gros profits réalisés par les propriétaires, qui, normalement, parviennent à couvrir le prix de revient d'un immeuble en 7 on 8 ans. Dans les quartiers pauvres de Kobé et d'Osaka, les ouvriers vivent dans de minuscules chambres surpeuplées. Dans certains cas, le plancher, trop exigu, ne suffit pas pour que toute la famille soit couchée et dorme en même temps. Il y est impossible de faire la cuisine et on la fait sur de vetits réchauds à charbon à l'extérieur. En général, l'argument que les Japonais préfèrent leur vie traditonnelle dans des maisons en papier, sans meubles ni chauffage, et que leurs salaires sont suffisants pour leur train de vie ne supporte pas l'examen. Les riches profitent bien des maisons en pierre avec chanffage central et nourriture européenne. Pendant les années de la baisse du change, de la montée des prix et de l'expansion sans précédent des exportations, les salaires ont baissé et la vie des ouvriers est encore pire. Cela n'était rendu possible qu'à cause de la détresse du village, réservoir inépuisable de maind'œuvre, et du manque de résistance organisée de cette dernière. Comme dit l'économiste bourgeois Kamekishi Takahashi: « Le standard des salaires nu Japon est base sur les goins des paysans, • Il a caleulé que les salaires de deux femmes dans les filatures de coton étaient équivalents au revenu d'une famille agricole de trois personnes adultes.
Il n'y a pas d'autre grand pays capitaliste avec des conditions économiques aussi primitives et une exploitation aussi ébontée que le Japon. Il n'y a nulle part un pavs nussi écrasé par le poids de son passé, un pavs avec une telle détresse d'une part et une telle richesse d'autre part, un pays dans lequel les antagonismes de classes ont accumulé une telle tension sociale que le point d'éclatement est toujours proche.
Nous avons vu les raisons des conditions de vie au Japon, mais il faut en chercher l'explication proConde dane a nartienlarité de son développement. Alors que dans l'Occident la classe capitaliste s'est formée en tant que classe indépendante, avec des intérêts à part et même antagonistes avec ceux de la noblesse, au Japon, la classe capitaliste représente une excroissance organique de la féodalité. En Occident. In bourgeoisie établit son pouvoir et libéra les forces productives des entraves de la féodalité par la guerre civile et des révolutions violentes contre les défenseurs de la vieille société, balayant au cours de ce processus tous les débris accumulés qui étaient un obstacle au progrès de la société vers un niveau de vie nouveau et plus élevé sous un svstème de relations canitalistes. An contraire. les marchands capitalistes japonais, em, bryons de la bourgeoisie moderne, s'allièrent à l'an- cienne léodalité et préservèrent tout ce qu'ils purent des institutions et coutumes féodales pouvant s'adapter à l'exploitation capitaliste. Cela met sur le tapis une autre question : quelle est la cause de cet état de choses? C'est que le développement du capitalisme au Japon, contrairement à celui des pays d'Occident, se produisit non pas à la suite de l'accumulation au sein de l'ancienne société féodale de facteurs économiques et sociaux qui exigeaient d'une facon impérative une rupture nette avec l'ancien système, mais par peur de la conquête et de la domination étrangères.
Ainsi, la "nouvelle" classe dominante, venue au pouvoir avec la restauration de 1868, s'est embarquée sur des conquetes impérialistes sans posséder les ressources économiques suffisantes. L'économie capitaliste, des sa naissance, était déja accablée par de lourds besoins mintaires.
Jusqu'en 1868, le Japon-était un ensemble de principautés ou de fiefs, — 260, pour étre précis, - soumis au Shogun (exactement le commandant en chef héréditaire des armées). Les deimios ou nobles étaient ses vassaux, et les samourais les soldats des daïmios. Pendant la dernière période de la féodalité, Empereur vivait en exilé à Kyoto, et souvent très pauvrement. La maison royale a été rétablie à la restauration de 1868 par la nouvelle combinaison gouvernementale d'éléments de l'aristocratie féodale et de commercants. Ce qui nous intéresse, ce sont les raisons qui empêchèrent le développement des nouvelles forces productives, qui ont rendu la bourgeoisie d'Occident une classe capitaliste indépendante, assez puissante pour prendre le pouvoir, contrairement à la très faible bourgeoisie du Japon.
Les derniers des shoguns de la lignée de Tokugawa étaient hostiles aux idées nouvelles venant de l'étranger. Ils expulsèrent done les étrangers, méme les missionnaires, et interdirent tout commerce extérieur sous peine de mort, ainsi qu'ils interdirent tout commerce intérieur en probibant la construction de routes et de ponts. Mème sur les rares routes qui existaient, comme celles menant de Jedo (nouveau Tokio) à Kyoto, l'usage des ponts était interdit et il fallait passer les rivières en bac.
La raison de cette politique intérieure était la peur des shoguns devant une révolte probable des daïmios. Cette politique présente un contraste frappant avec
Le caractère réactionnaire de cette guerre, les mensonges éhontés de la bourgeoisie de tous les pays qui couvre ses buts de rapine sous l'idéologie « nationale », intensifient, sur la base d'ane situation objectivement révolutionnaire, les sentiments révolutionnaires des masses.
Notre tâche est de porter ces sentiments à la conscience des masses, de les approfondir et de leur donner une forme.
La seule expression correcte de cette tâche est le mot d'ordre: «Transformez la guerre impérialiste en guerre civile ».
Tout le contenu de la lutte des classes pendant la guerre, toute «action des masses » doit conduire inévitablement à ce but.
« Le Socialisme et la Guerre».
celle des monarques anglais, qui développèrent les « routes royales » comme un moyen de faire échec aux seigneurs féodaux et qui contribuèrent matériellement au développement du commerce en Angleterre.
La péricde durant laquelle le Japon était pratiquement coupé du monde extérieur, nommée le a tokugawa Seclusion », dura de 1641 4 1853. Elle se termina orsque le Commodore Perry, sous les ordres du Président des Etats-Unis Fillmore, arriva À Jedo Bay avec une escadre navale, afin d'exiger l'ouvertare et la sécurité de certains ports japonais pour la marine américaine.
Pendant cette période de séquestration, la société japonaise était en stagnation. Une classe de commercants s'était formée, mais lisolement force du pays les empéchait de profiter de leurs biens en travalllant avec Tétranger. En même temps, le maintien rigide de l'esclavage dans les villages, joint a la division artificielle du pays et à d'autres obstacles au libre échange des marchandises, les empêchaient d'employer leurs fortunes au développement de l'industrie et du commerce intérieur. Le capital accumulé par le commerce était place en propriétés foncières, sous forme de prets usuriers et d'hypothèques. L'ALLIANCE DES FÉODAUX
ET DES CAPITALISTES Finalement, les marchands s'unirent avec le clan anti-Tokugawa. - des Satsumaet, des Choshu, des Hizen et des Tosa. - et avec les hordes des mécontents Samourai et Ronin (samourai sans seigneur) pour renverser les partisans des shoguns et unifier le pavs sous l'Empereur. Il est intéressant de noter que cette guerre civile était surtout financée par les marchands. Cétaient principalement les marchands d'Osaka. nouveau centre commercial le plus important du pays, qui financèrent cette "révolution ". Cette étrange alliance des féodaux et des capitalistes a persisté jusqu'aujourd'hui, car après la Restanration, les marchands ne tentèrent pas de se dissocier de leurs alliés, mais au contraire se melèrent à eux.
Les raisons de cette évolution sont inultiples. D'une part, les intérêts des marchands étaient trop étroitement liés à ceux de la classe dirigeante féodale. Il n'y avait pas de classes moyennes indépendantes, et ainsi l'aristocratie pouvait garder le contrôle politique même après la Restauration et éventuellement transformer une partie d'elle-même en industriels et en banquiers. D'autre part, le danger des invasions étrangères, la peur que le Japon ne devienne une colonie des puissances occidentales (celles-ci avaient déja obligé le Japon à octroyer à leurs nationaux des privilèges extra-territoriaux, comme en Chine) obligérent le pays à s'engager dans la voie du militarisme, et par lá renforcèrent la caste militaire provenant de la noblesse féodale.
Après la Restauration, ce fut le nouvel Etat national, dirigé par les samourais et dans l'intérét des clans victorieux, qui entreprit le financement du développement industriel, et l'aristocratie féodale, en partie liée aux marchands et aux usuriers, devint la nouvelle classe dominante des banquiers, des industriels et des bureaucrates, alliée aux propriétaires fonciers.
Sans entrer dans de plus amples détails, on pent dire que la transformation d'une section de l'aristocratie féodale en une classe capitaliste dans l'espace d'ime génération et l'emploi du pouvoir de l'Etat. - qui resta entre les mains du groupe victorieux de l'aristocratie,
C'est-a-dire des samourais de Satsuma et de Choshu, à des fins d'un développement industriel au bénéfice d'un petit groupe se composant d'elle-méme et de ceux des marchands qui s'étaient alliés aux clans, expliqne dans une large mesure la disproportion de l'économie nationale du Japon actuel et les multiples survivances féodales.
En même temps, comme la transformation du Japon en un Etat moderne fut le résultat de la peur de l'invasion étrangère (les puissances occidentales étaient déjà, en ce temps lå, en train de se partager la Chine) et comme les samourais étaient étroitement liées à Tarmée et a la marine, l'Etat seconda le développement industriel avec toujours comme premier objectif la satisfaction des besoins militaires.
En un mot, étant donné que la transformation du Japon en un pays industriel moderne fut le résultat d'un stimulant extérieur et non pas d'un développement naturel au cours de plusieurs générations, et étant donné que le développement du pays avait été auparavant entravé artifciellement, une rupture brusque avec le passé était impossible. La féodalité était démeurée à peu près intacte, empoisonnant et entravant le développement futur du Japon.
Au temps de la Restauration, ainsi que nous l'avons déjà montré, la bourgeoisie embryonnaire était trop faible pour établir sans partage so propre domination et pour débarrasser la société de tous les débris féodaux. Aujourd'hui qu'elle est parvenue à sa pleine maturité, elle ne peut plus le faire sans se détruire elle-même. Ainsi, la tâche de nettoyer la société japonaise incombe à une autre classe, la classe ouvrière alliée aux éléments exploités du village. En réalité, la structure économique et sociale tout entière se trouve dans un tel état de décadence et de pourriture que les masses japonaises ne peuvent survivre que si elles se dressent et détruisent le présent ordre de choses. La révolution prolétarienne, en nettoyant le pays des derniers vestiges de la féodalité et en accomplissant ainsi une tâche bistorique que la bourgeoisie a été incapable d'accomplir, sera obligée de renverser et d'exproprier celle-ci et de procéder à la reconstruction de la société sur des bases socialistes. Ainsi les tâches "démocratiques" de la révolution japonaise sont liées anx tiches socialistes du prolétariat, comme cela s'est passé en Russie. Telle est la voie future du Japon.
Reste une dernière question à examiner brièvement: la classe dirigeante, pendant les quelques années de préparations militaires intensives qui conduisirent à l'éclatement de la guerre dans le Pacifique, a-t-elle réussi à altérer tellement la structure économique du Japon et le système de relations sociales qui l'accompagne de façon à ce qu'une modification qualitative se produise, annulant l'analyse que nous venons de faire ? Reste-t-il oui ou non vrai que le Japon est le chainon le plus faible de la chaine impérialiste ?
Sous la forte impression du coup de massue frappé par le Japon à Pearl Harbor et de la facilité relative qu'ont eu ses forces armées à conquérir Hong-Kong, Malaya, Burma, les Indes Néerlandaises et les Philippines, les journalistes bourgeois, en chœur, se livrèrent à l'auto-critique de leurs vues antérieures, répétant à qui mieux mieux: « Nous avons sous-estimé la force du Japon ».
Et, avec la hate intempestive qui le caractérise en pareil cas, le a Workers Parly • (1) se joignit aux antres. Une fèvre de révisionnisme semble consumer les théoriciens de ce camp. Ainsi, lors de l'invasion de la Finlande, de la Pologne et des Pays Baltes par l'Armée Rouge, ils abandonnèrent la définition marxiste de l'Union Soviétique en tant qu'a Etat ouvrier dégénéré», découvrant qu'elle n'était, après tout, qu'un • Etat bureaucratique collectiviste ». Puis, leur délire allant croissant, ils abandonnèrent la lutte de la Chine
(I) L'organisation scissioniste de {chachtmann.
contre l'impérialisme japonais, découvrant qu'elle avait cessé d'être progressive. Puis ils décrétèrent que nous avions sous-estimé la force de l'impérialisme japonais, du port de vue économique et militaire (2). La pénétrante estimation faite par Trotsky de l'impérialisme aponais était ainsi jetée au panier. L'analyse scientique perdait soudain tout son sens sous l'éclat aveuglant des premières victoires militaires japonaises.
Si ces analystes faibles d'esprit avaient été des politiciens au temps de Lénine, ils eussent été probablement impressionnés par "le rouleau à vapeur russe" et aurient accuse Lenine de sous-estimer le tzarisme.
Des appréciations de ce genre, tirées dévenemenis conjoncturaux ou épisodiques, ne sauraient se substituer, en politique révolutionnaire, à l'analvse scientifique des faits. Ceux qui suivent cette voie prennent l'accident et l'incident pour l'essence principale et se perdent éventuellement dans un labyrinthe de détails. La prudence en matière d'analyse ne fait pas partie du caractère des révisionnistes petits-bourgeois. L'évidence même de la grande et fondamentale faiblesse du Japon aurait dû leur donner à réfléchir. Mais pas du tout : « Le Japon a gagné quelques victoires, le Japon ne pouvait étre aussi faible que nous le pensions. Nous devons réviser notre estimation. » C'est précisément ici que les révisionnistes montrent toute la distance qui les sépare du marxisme. L'essence même de la méthode marxiste consiste à partir d'une analyse Tondamentale économique et sociologique dans laquelle les phénomènes secondaires trouvent leur place naturelle.
Les révisionnistes abandonnèrent cette métbode et substituerent a elle leur propre impressionnisme petit-bourgeois. Ils comprenaient, bien entendu, que seules les victoires japonaises ne pouvaient fournir pour une révision une base adéquate.
Mais après quelques tatonnements, les théoriciens de la New International découvrirent que les marxistes avaient ignoré certaines modifications industrielles et politiques importantes qui avaient eu lieu au Japon, modifications qui ‹ avaient continué à se produire grosso modo depuis la dernière guerre ». En quoi ces changements consistaient-ils ? Selon nos théoriciens, a eu lieu une modification économique « transformant l'agriculture et l'industrie légère de biens de consommation en industrie lourde •, et sur le plan pontique « les sociétés secrètes et les castes militaires. jui maintenant dominaient d'une facon absolue la vie lu pays, auraient reussi a canaliser et à concentrer les énergies nationales en vue de leurs sinistres projets ». Avec un manque tout à fait caractéristique de précision, l'auteur a évité d'indiquer le poids véritable des changements industriels qui ont eu lieu selon lui. Et au moins quelques-uns de ses lecteurs ont dû se frotter les yeux en lisant que la bourgeoisie impérialiste avait perdu son pouvoir au Japon et avait été remplacée par des sociétés secrètes et des castes militaires ».
Notre analyse de l'économie japonaise réfute l'assertion que, soit au début de la dernière guerre, soit plus tard, ont eu lieu des changements qualitatis de sa structure. Les rapports entre l'agriculture et l'industrie, entre l'industrie sur une petite échelle et celle sur une large échelle, entre l'industrie lourde et l'industrie légère sont restés presque constants. Rien absolument n'indique que même pendant les dernières années qui précédèrent la guerre dans le Pacifique il y ait en quelque chose qui ressembie, ne fusse que de loin. à une altération radicale sur l'un de ces plans, Et si la bourgeoisie japonaise, pendant les années de paix relative, ne pouvait pas effectuer un changement de ce genre, il est tout à fait certain que pendant les deux
(2) Voir l'article sous le titre de = Guerre dans l'Extrème-Pacifique 1, de Heary Judd. New International, Mai 1942.
le meme contre des 1 rialismes américain et anglais ne ressemblent en rien dernières années sous le poids d'une guerre contre des antagonistes puissants, celni-ci n'a certainement pas eu lieu.
Les survivances féodales subsistent indubitablement dans toute leur force, et avec elles, retat economique et social orriéré. On ne saurait nier que de grands efforts ont été faits en vue d'acquérir une industrie lourde et qu'il y a en un léger déplacement en ce sens de l'industrie légère. Mais les résultats de ces efforts ont été pitoyablement restreints et les proportions fondamentales de l'économie, - ou plutot ses disproportions, — subsistent. Sur le plan social, le léger changement effectué n'a amené qu'une recrudescence des rudes conditions de vie des masses, en raison de l'angmentation de In pénurie des biens de consommation, déterminant une acuité accrue de la tension sociale.
Par leurs conquêtes territoriales initiales, les impérialistes japonais se procurèrent des matières prenières diverses, vers lesquelles auparavant ils avaient à peine accès, mais cet avantage a été contrebalancé par la perte d'importants marchés d'exportation et d'importation. En ce qui concerne son coton brut, le Japon doit maintenant se contenter de la maigre récolte chinoise et des stocks qu'il a pu accumuler avant la guerre. Il n'est pas un seul pays où il puisse se procurer du blé, — qu'il importait auparavant d'Australie, — à l'exception, peut-ețre, de la Russie Soviéaustralienne. A Malaya, il a pu prendre un peu de fer tique. Et il ne peut pas non plus remplacer la laine et de charbon, mais en petite quantité qui est loin de compenser la perte du fer américain (le fer des Philippines était vendu au Japon déjà avant la guerre). Il ne saurait y avoir de compensation pour la perte de l'acier travaillé et des machines que le Japon importait d'Amérique. Quand son équipement d'avant-guerre sera épuisé ou usé, sa propre industrie lourde, tout à fait insuffisante, sera loin de pouvoir satisfaire tous ses besoins. Le Japon a perdu ses avantageux marchés pour sa sore, et on peut imaginer les désastreux effets de cette perte sur la poptilation rurale. Un abondant approvisionnement en pétrole et en caoutchouc a été acquis par le Japon par la conquete de Burma, des Indes peu développée pays dont industrie automobile est si Néerlandaises et de Malaya. Mais a quoi sert une telle abondance à un lés avantages que l'accès à d'abondantes sources de En tous cas, on ne doit pas perdre de vue que matières premières précieuses ont procuré au Japon sont temporaires et dépendent de communications maritimes adéquates et bien protegées entre les territoires occupés et ce pays. Pendant un certain temps. toutes les voies de mer vitales pour le Japon ont été harcelées par les sous-marins américains. Dès qu'un cercle d'acier sera forgé autour du Japon, rendant le blocus intégral, tous ces avantages vont disparaitre.
Le Japon reste faible et vulnérable et, pour la pre mière fois dans son histoire, a engagé la utte contre les ennemis plus puissants que lui. Au debut de si carrière moderne, 1 a pu. sans trop de dillicultes, vamcre la Chine arriérée dans la guerre de 1894-95 et s'emparer de Formose et de la Corée. Dix ans plus tard, bien qu'arrière lui-mème, il attaqua un pays qui l'était plus encore et arracha au tzarisme les droits et les guerre de 1914-18, ne se sentant pas très sur de luiintérets" de la Russie en Mandchourie, Pendant la mème dans cette lutte contre des rivaux puissants, l'impérialisme japonais joua un role secondaire,se contentant de s'emparer des possessions allemandes en Extrême-Orient.
En 1931-32, les armées japonaises eurent faeilement raison en Mandchourie des soldats démoralisés et mal équipes du laible et corrompu Chang-Hsueh-Liang.
Pendant la seconde guerre qu'il entreprit contre la Chine, en 1937, le Japon rencontra de sérieuses difficultés, mais réussit cependant à réaliser ses projets contre le régime réactionnaire de Chang-Kai-Chek. Mais aujourd'hui la situation est très différente. Les impéà la Russie tzariste ou à la Chine arriérée. Dans les campagnes militaires du passé, la faiblesse du Japon était plus que contre-balancée par la faiblesse de ses adversaires. Maintenant c'est l'inverse.
Les campagnes qui se terminerent par la mainmise sur les colonies anglaises, hollandaises et americaines dans le Pacifique ne constituent pas un indice véritable de la relation de forces entre le Japon et ses adversaires. Sans que ceux-ci se soient unis contre lui, ils obligèrent cependant les impérialistes japonais a employer système à une haute tension, découvrant ainsi ses toutes leurs forces, à soumettre tout leur -ses Joints faibles. Dans toutes ces campagnes, cependant, le Japon eut le grand avantage de la surprise, de l'initiative et de la proximité relative de ses champs ses d'action. Il mit à profit, également. la haine des populations indigènes contre leurs maitres bianes impérialistes.
Ainsi les premières conquêtes faciles du Japon ne sont pas davantage une preuve de la puissance de l'impérialisme japonais que les premières victoires des armées russes sur le front austro-hongrois, pendant la première guerre mondiale, n'étaient une preuve de la puissance du tzarisme.
L'assertion de Trotsky que l'impérialisme japonais est atteint des maladies les plus graves, n'implique en aucune façon qu'il soit tout à fait sans force et ir rapable de gagner des batailles. Et, cependant, c'est ce que semblent croire les révisionnistes petits-bourgeois. Le gros des forces des adversaires impérialistes dans le Pacifique n'a pas encore pris part au combat. Les batailles qui ont lieu actuellement, sont des escarmouches de prise de positions (1). Quand viendra le jour oi le Japon sera obligé de jeter toutes les forces qu'il possède dans la bataille et de défendre son propre terri toire contre le blocus et les attaques directes, les debilitantes infirmités de la société japonaise deviendront sensibles. Plus cette bataille décisive est ajournée, et plus grande sera la violence avec laquelle ces faiblesses se manifesteront dans le combat, car l'impérialisme japonais vit maintenant artificiellement en entamant profondément ses maigres réserves. De larges brèches vont s'ouvrir dans la structure sociale du Japon. La défaite militaire et la révolation suivront. L'ANALYSE DE TROTSKY
RESTE VALABLE * Le Japon est économiquement plus faible que la Russie ou l'Amérique » écrivait déja Trotsky, en 1933. Ceci, l'analyse que nous venons de faire l'a prouvé en tous points.
« L'industrie japonaise est incapable d'assurer des armes et un équipement militaire approprié à une armée de plusieurs millions d'hommes. pour une guerre de plusieurs années, déclarait-il ». Trotsky, de toute évidence, n'entendait pas par là une guerre du type de celle que le Japon entreprit plus tard contre la Chine, au cours de laquelle il ne se trouva jamais dans la nécessité de mobiliser Tensemble de ses forces. Il entendait le type de guerre totale que le Japon va étre, dans le plus proche avenir:
contraint de mener contre les impérialismes anglais et américain réunis, chacun desquels est en soi économiquement supérieur an Japon et qui ensemble forment
Japon n'est pas prét d'égaler la une coalition dont le
(1) L'article fut publié en avril 1944.
Puissen de Temand je date conict a domai l'assertion de Trotsky.
" Le système financier du Japon ne peut supporter le fardeau des armements milituires, même en temps de paix •, avait dit Trotsky. Si cela a eu neu, cependant, ce fut au prix d'une inflation terrible et d'une misère encore plus grande, d'une dislocation de Téconomie, d'un arrét virtuel de tout développement national, accompagnés d'un danger de révolution sociale plus imminent aujourd'hui qu'il ne l'a jamais été.
• Le soldat japonais, dans l'ensemble, n'est pas capable d'utiliser avec efficacité la nouvelle technique et de s'adapter à la nouvelle tactique de la interre», écrivait Trotsky.
Examinons le cas : quelles peuvent étre les capacités techniques des soldats japonais qui, dans l'ensemble, - proviennent d'un pays ou prédomine l'agriculture primitive, et où une grande partie de l'industrie est représentée par de petites fabriques et des ateliers familiaux dans lesquels même un petit moteur est une rareté, et les outils mécaniques aussi ; un pays qui ne possède qu'une automobile sur 800 habitants; un pays qui auraient pu créer quelques aptitudes chez des millions de gens pour la manipulation des instruments compliqués de la guerre moderne n'est pas encore répandu. Et que dire de Tetat physique du soldat, taceur nullement négligeable quand il sagit d'estimer la force de résistance du combattant japonais, Des décades de privations ont complètement débilité le peuple japonais.
Dans son livre Te Japon défle le monde, publié en 1938, James A. B. Scherer, qui a longtemps vécu dans ce pays, écrit :
• Sur le plan physique, le soldat japonas commence a montrer les résultats alarmants de la sous-alimentation qu'il a endurée pendant son enfance et du surmenage scolaire. Larmée a récemment publié des statistiques d'où il s'avère que les cas de tuberculose ont nugmenté d'environ vingt fois depuis 1890 et qu'il y a actuellement 24 cas de tuberculose sur 1.000. Une publication de Tokio, Le Japon Contemporain, dans son n° de septembre 1936, donnait cette information hautement significative que « pour diverses raisons 40% des recrues de 1935 étaient déclarées Inaptes au service ». Egalement significatif est le fait que depuis quelques années la taille minimum des recrues a dû etre abaissée de 5 pieds 1 inch (1) a 4 pieds 10 % inches pour obtenir suffisamment d'hommes. De longues années de sous-alimentation ont réduit la taille du peuple japonais et l'ont physiquement débilité. Trotsky avait done raison quand il disait : • Le soldat japonais, dans l'ensemble, n'est pas capable d'utiliser efficacement la nouvelle technique et de s'adapter à la nouvelle tactique de la guerre, » Cette assertion va recevoir une confirmation dramatique dans les événements qui sont en train de se dérouler sur le théatre de guerre du Pacifique.
Entin, Trotsky déclarait que • le peuple japonais est fortement hostile au gouvernement. Cette nation désunie ne saurait étre unifiée par des objectifs de conquête. » L'hostilité des masses envers la classe dirigeante japonaise a déjà été prouvée maintes fois. La répression brutale, les poursuites contre toute personne soupçonnée d'avoir des "opinions dangereuses". la suppression des syndicats et des partis politiques, sont autant de preuves éloquentes de l'acuité des antagonismes de classes.
Jusqu'à présent, on doit considérer que la haine (1) Le pied anglais équivaut a 0 m. 3048.
des exploiteurs ne s'est pas étendue jusqu'à inclure la "divine" monarchie qui, en même temps qu'un parlement, - caricature des institutions parlementaires ccidentales, - couronne la structure du pouvoir impérialiste.
Cependant, ce parlement corrompu est discrédité depuis longtemps. Pour une longue periode pendant le régime des shoguns, les empereurs japonais Vivaient en exilés sur leur propre territoire. A la Restauration de 1868, la classe ascendante des commerçants, alliée avec les clans féodaux anti-Tokugawa, l'empereur comme monarque absolu, el celui-ci daigna accorder la Constitution de 1889 (décalquée, comme par hasard, sur la rigide constitution prussienne de Hismarck) Ces précurseurs de la bourgeoisie impérialiste entretenaient sciemment l'idée d'un empereur divin et patriarcal, espérant réaliser par là une ''unité nationale " d'en haut, plutôt que par des reformes tondamentales d'en bas. Cela n'a pas été réalisé.
Le mythe d'un empereur "divin", qui est adopte dans le Shinto, la religion officielle d'Etat, a un faible pouvoir effectif sur l'esprit populaire. Par exemple, le professeur Embree, une autorité éminente sur la vie taiblement dans rurale sponaise, nous dit que le Shinto n'entre que faiblement dans la vie quotidienne des villageois japonais, qui représentent plus de la moitié de la population. Les habitants de Tokio sont virtuellement obligés de se courber très bas quand ils passent dans le voisinage du palais impérial et faire une révérence quand l'Empereur passe à cheval. les jours de cérémonies. Les soldats en campagne doivent aussi, les jours de fète nationale, tourner leur visage dans la direction du palais impérial et se prosterner en signe de vénération.
Il est impossible de déterminer la valeur exacte de la croyance en la " divinité" impériale. On ne peut mettre en doute qu'un grand nombre de gens se livrent au culte de l'Empereur On ne peut pas non plus douter de la valeur de ce culte pour la classe dominante. parasitaire du fait qu'il contribue à maintenir le peuple dans la soumission. N'empêche que le culte de l'Empereur, — même s'il est généralement appliqué, — et l'unité de la nation ne sont pas la même chose. La latte de classes est une indiscutable réalité. Ceci peut étre affirmé avec une certitude absolue. Lorsque les masses découvriront la connexion entre la monarchie et leurs exploiteurs; lorsqu'elles apprendront, comme l'ont fait Ins masses russes en leur temps. que la monerchie est simplement tine invention de la classe dominante pour les maintenir dociles et loyales" . alors la dernière digue contre la révolation sociale an Japon sera brisée.