Le stalinisme, expression politique des intérêts de la bureaucratie soviétique, est le résultet de l'évolution économique et sociale dans un Etat ouvrier, soumis de toutes parts 1 la pression de l'entourage impérialiste. Mais le phénomtne stalinien, en dépit de son coractère spécifique, offre d'incontestables analogies avec le phénomène fasciste Ces analogies demandent à être analysées. Fascisme et stalinisme, conséquences du retard de la révolution mondiale
Le fascisme est la conséquence du retard de la révolution prolétarienne dans des pays impérialistes, c'est-à-dire économiquement mürs pour le socialisme. Il est le résultat de la contradiction entre un niveau très élevé de la productivité du travail et le maintien de l'appropriation privée des moyens de production ; il est le résultat de l'effort, de plus en plus conscient, pour étouffr le développement des forces productices, afin de les maintenir dans les limites du marché capitaliste, effort qui nécessite la création de tout un appsreil de caractère semi-étatique et bureaucratique, et qui pousse au maximum les phénomènes de parasitisme propres à l'impérialisme. Le fasc'sme est, en même temps, un pas en avant dans la voie de la militaris: ton de l'économie. afin de préparer l'expansion impérialiste, expansion destinée elle-même à offrir un nouveau champ d'act'on aux forces productives et aux copitaux qui s'accumulent et poar lesquels le marché national est désormais un cadre trop étroit.
Le stalinisme, de son côté, est aussi la conséquence du fit que la révolution prolétarienne n'a pas éclaté dans les pays économiquement plus avancés que 1U. R.S• S., car C'est en ra'son de ce retard de la révolution mondiale que Ton ass ste au développement économique d'un pays dans lequel les rapporis de propriété sont, pour ainsi dire, en avance sur les forces productioes : d'un pays dans lequel la propriété est collectivisée, alors que sa faible base économique engendre constamment la tendance à l'apparition d'une classe de propriétaires privés. La bureaucratie, qui a intéret à maintenir la propriété collective car elle en profite), représente, à la fois, un obstacle à la réalisation de cette tendance et une des formes sous lesquelles elle peut se manifester, étant donné que la propriété collective empêche précisément qu'apparaisse, sans rupture, une nouvelle classe expleiteuse.
Mais, 4 certains égards, les analogies entre fascisme et stalinisme sont plus profondes encore :
Fascisme et stalinisme ont taus deux été engendre lie Fascisme et stalinisme ont tous deux été engendrés par le recul du mouvement ouorier. recul provoqué magne, notamment, par les trahisons des directions ouvrières staliniennes et social-démocrates, provoqué en U.R.S.S. par le phénomène classique de reflux des masses au lendemain de la période proprement révolutionnaire, reflux aggravé d'ailleurs par la noliticue antiouvrière du stalinisme. De même que le recul du mouvement ouvrier a permis la naissance de ces deux chénomènes, de même le mécontentement des masses et ler intervention dans la guerre doit amener leur effondrement.
En ellemagne, le dern'er discours d'Hitler prouve que Ies masses, bien que sans doute encore fortement soumises, sur le plan du sentiment national, au régime, en ra'son de ses victoires militaires, se détachent de lui sur le plan social : d'où les innomhrables promesses d'un avenir meilleur que contient ce discours En U.R.S.S., la guerre remet au premier alan les masses ouvritres et paysannes : elle oblige le stalinisme a leur rendre les armes, à faire appel à leur initiative : dans cette mesure, déji, la guerre entraine un «faiblissement des positions de la buresucratie, Mais les raisons de cet faiblissement sont bien plus profondes encore : la buresucratie fondait son pouvo.r sur l'idée fausse, el ebarde, de la possibilité d'un développement indépendant de TU R.S.S. : 1a guerre elle-même vient désormais révéler sur yeur des masses que l'U.R.S.S. ne pourra se sauver qu'en la sant appel a la révolution mondiale, c'estet rascisme a-dire en chassant la bureaucratie pour redonner le pouvoir au prolétariat en armes, seul capable de faire appel au prolétariat international.
Fascisme et stalinisme développent tous deux les mêmes mustifications qui correspondent à une certaine base objective. Tous deux parlent du socialisme, alors que ni l'un ni Lautre ne tendent vers lui. Tous deux présentent leur "5ocialisme" comme pouvant être une réalisation nationale. Cette nécessité où se trouvent fascisme et stalinisme de tromper les masses, en employant une phraséologie socialiste, est simplement le reflet du fait que l'économie, à l'échelle mondiale, est mûre pour le socialisme : les autres formes d'économie ne parviennent, de plus en plus, à se maintenir qu'en se donnant le visage du socialisme. Cette mystification repose sur des bases objectives bien déterminées : en Union Soviétique, elle repose sur la propriété collective elle-même, sur le système de planification, l'ensemble étant présenté comme constituant déji le socialisme, alors quil ny a là que des prémisses. En Allemagne, cette même mystification repose sur l'intervention croissante de l'Etut dans la vie économique, sur les limitations constantes aprortées aux "libertés" des propriétaires privés (limitations qui. favorisent le capital financier et la militarisation de l'économie), sur des embryons de planifications économiques, etc. C'est précisément parce qu'une telle mystification est fondément contraire à la vérité que stalinisme et fascisme sont obligés d'imposer un régime dictatoriel, sont obligés de s'opposer à toute liberté de pensée et d'expression. car la liberté de propagande aurait vite fait de révéler aux masses l'ampleur de la mystification dont elles sont les victimes: d'où le lourd appareil de répression policière qui caTactérise ces régimes, d'où, aussi, leur fragilité dès que cet appareil ne peut pas fonctionner en toute efficacité, ce qui est précisément le cas en temps de guerre.
Fascisme et stalinisme, enfin, sont tous deux une dernière expression d'une idéologie petite-bourgeoise qui sureit à l'influence politique de cette couche sociale. La croyance en la possibilité d'un so ialisme national est une croyance essentiellement petite-bourgeoise, qui arrive au premier plan de la vie politique précisément su moment où la petite bourgeoisie cesse d'être la couche la plus nombreuse de la société et doit abandonner définitivement le théâtre de l'histoire (où elle n'est plus représentée, de facon déformée, que par la bure ucratie). Et ce n'est pas par hasard. Les dernières décades ont été caractérisées, tant en U.R.S.S. qu'en Allem gne, par la prolétarisation de larges masses petites-bourgeo ses : cette prolétarisation a été la conséquence, en Allemagne, de l'inflation et de la crise économique, en U.R.S.S., de la révolution et.
surtout politique d'industrialis tion et de collectivisation poussé vers les usines des millions de paysans qui, hier encore, étaient des petits propriétaires. Ces masses petitesbourgeoises, bien que prolétarisées, ont conservé, dans une certaine mesure, leur manière de penser antérieure : elles continuent notamment, à croire à un progrès possible dans un cadre national, alors que le développement des forces productives est tel que ce cadre national doit étre ban. donné : elles continuent à croire à la toute-puissance politique d'une elite (la buresucratie) ou d'un homme (le "Chef". . Fuhrer ou Vojd). C est précisément la nécessité où se trouvent fascisme et stalinisme de maintenir cette idéologie petite-lourgeoise, pour se maintenir eux-mêmes, qui explique nombre de leurs mesures et, en premier lieu, la structure donnée eux org-nisations du porti, qui doivent arriver a grouper ces petits-bourgeois prolétarisés, ces plébéiens, afin de les réunir, de conserver leur idéologie comme en "serre chaude". , afin de s'appuyer sur eux, sur ces derniers représentants idéologiques de la petite-bourgeoisie qui se meurt. C'est cette nécessité, aussi. qui explique les tentatives const imment faites en vue d'entretenir, au sein du prolétariat, une couche privilégiée (bureaucrates du Front du Travail, bureaucrates syndicaux ou stakhanovistes 1) fa-. cilement influençables par cette idéologie. Mais il est évident que ces tentatives sont vouées à l'échec et que le jour où les petits-bourgeois prolétarisés se résorberont dans la masse
IV• INTERNATIONALE prolétarienne est proche, d'autant plus proche que la guerre, cette grande niveleuse d'hommes, exercera plus profondément ses ravages.
Le fascisme et le stalinisme apparaissent ainsi comme deux phénomènes symétriques, engendrés par le retard de la révolution mondiale, dans un monde déjà mür pour le socialisme et dans lequel la petite-bourgeoisie ayant dépéri se survit encore momentanément à elle-même, dans l'idéologie de la bureaucratie et des couches prolétariennes les moins évoluées. Mais si fascisme et stalinisme sont tous deux la conséquence du retard de la révolution mondiale, ils contribuent aussi, l'un et l'autre, A retarder cette révolution. Fascisme et stalinisme, freins à la révolution mondiale
Le fascisme joue ce rôle de "frein " de l'histoire dans la mesure où il parvient lui-même à limiter le développement des forces productioes (Il faut d'ailleurs immédiatement ajouter que cette tendance à limiter le développement des forces productives, tendance inhérente au fascisme, est compensée, dans une large mesure, par le fait que l'expansionnisme et le militarisme, propres à l'impérialisme, exigent, au contraire, de pousser la productivité du travail au maximum). Il a ioué aussi ce rôle de frein dans la mesure où. sur le plan de la politique internationale, il a exercé une pression constante sur l'U.R.S.S., permettant à la buresucratie soviétique de renforcer sa propre domination, en apparaissant comme la médiatrice nécessaire entre l'Etat ouvrier et l'impérialisme.
Le stalinisme joue ce rôle de "frein" , d'une part, en tant qu'il protège les intérêts matériels de la buresucratie et qu'il lui accorde une part croissante dans le revenu national soviétique, ce qui compromet l'accumulation socialiste et, par conséquent, le développement des forces productives. Il joue ce rôle de frein, d'autre part, en fant que protégeant les intérêts généraux de la bureaucratie, il manœuvre consciemment contre le prolétariat mondial, dont le succès, en bouleversant la base économique de l'Etat ouvrier qui se constituerait alors, en accroissant la productivité du travail dans cet Etat ouvrier, détruirait la base objective de la puissance de la bureaucratie.
Sous cet angle, bureaucratie soviétique et bureaucratie des pays fascistes apparaissent comme deux phénomènes voisins et comme deux phénomènes se conditionnent l'un l'autre, se conditionnant d'autant plus que la menace impérialiste constante qui a pesé sur l'U.R.S.S. l'a obligé ellemême à militariser son économie et à sacrifier le développement de la production des objets de consommation (seule base objective d'un progrès culturel également nécessaire su renversement de la bureaucratie) à la production de guerre.
Oppositions entre fascisme et stalinisme
Pourtant, ces deux phénomènes sont, en même temps, des phénomènes entièrement opposés. La bureaucratie des pays fascistes représente une dernière barrière élevée pour la protection de la propriété privée ; la bureaucratie soviétique est, elle, objectivement amenée à défendre la propriété collective ( ans la mesure où cette défense ne risque pas de porter atteinte à ses propres privilèges — ce qui serait précisément le cas si elle devait faire appel à la révolution mondiale — et c'est précisément pourquoi elle est également incapable de mener cette défense jusqu'au bout et logiquement).
L'oppos tion précédente s'exprime encore dans cette autre : le renversement de la bureaucratie des pays fascistes suppose une réoolution sociale, car son existence est liée à celle de la propriété privée : tandis que le renversement de la bureaucratie soviétique suppose seulement une révolution politique, car elle n'exige aucune transformation du régime de la propriété.
Fascisme et stalinisme apparaissent ainsi comme deux phénomènes transitoires, nés du retard de la révolution mondiale : comme deux phénomènes exprimant, à des degrés différents, des faits de parasitisme social : comme deux phénomènes donc qui ne préfigurent en aucune façon la future suciété socialiste. La bureaucratie, dans les deux cas, loin de représenter un phénomène d'avenir, représente, au contraire, un phénomène caractéristique du passé, mais d'un passé qui s'est amplifié en se survivant et qui, sil devait persister, n'ouvrirait à l'humanité que des perspectives de décadence.