Si nous reproduisons ce texte de Lénine qui date de Mai 1901, c'est que nous le jugeons très actuel par nombre de ses côlés. Actuel parce qu'il fixe une ligne de conduite aux révolutionnaires ( en /901, les sociauxdémocrates) dans une période de mürissement des conditions révolutionnaires. Actuel aussi parce qu'il définit une position des marxistes ois-i-vis du terrotisme, position qui est ans appel, au moins pour ceux qui combattent sous le drapeau de Marx, Engels, Lénine et Trotsku.
La lutte contre le terrorisme, qui cause à l'heure présente dix mille fois plus de ravages dans les rangs ouvriers que dans les rangs hitlériens, est de nouveau à l'ordre du jour. Dans La Vérité et dans Quatrième Internationale, nous nous sommes efforcés et nous nous efforcerons de montrer qu'il y a autre chose à faire, de moins "héroïque" peut-être, mais qui portera des fruits autrement plus abondants, mais qui mènera à la victoire du prolétariat.
Depuis ces dernières années. la quest on " Que faire? " s'imcose avec une force particulière aux sociaux-démocrates russes. Il ne s'agit alus de la route à prendre (comme en 1885-91), mais pratiquement que devons-nous faire, et comment, sur la route cho sie ? Ce qui est en jeu, c'est le système, le plan concret de travail. Il faut l'avouer, cette question, essentielle pour un parti de réalisation, du caractère et des modalités de son action militente, est toujours sans solution et suscite encore entre nous de sérieux différends, qui manifestent une inconstance et des hésitations de pensée regrettables. D'une part, la tendance "économique", qui veut tronquer et rétrécir le rôle de l'organisation et de l'agitation politiques, est encore loin d'être morte. D'autre part, continue à porter la tête haute l'éclectisme sans principes, qui s'adapte à toute nouvelle orientation et est incapable de distinguer les besoins du moment des buts essen- tiels et des exigences durables du mouvement pris dans son ensemble. Comme on le sait, cette tendance niche su " Rabotchete Dielo" (La Cause Ouurière). Sa dernière déclaration de principes, le retentissant article portant le titre retentissant: "Un tournant de l'histoire"" , confirme et illustre cette caractéristique. fier encore, nous coquétions avec
"l'économisme" , nous nous indignions de la condamnation caté orique portée contre la "Rabolchala Musl" (La Pensée Oacriêre), nous "¿dulcorions" la formule donnée por
Blékhanov de la lutte contre l'autocratie : aujourd'hui nous voilà déja citant la phrase de Liebknecht: * Si les circonstances changent en 24 heures, il faut, en 24 heures, changer de tactique * : nous parlons déjà d'une "solide organisation de combat" pour attaquer de front, pour donner l'assaut à l'absolutisme, d'une large agitation politique et révolutionnaire (voyez quelle énergie, et révolut onnaire, et politique I) dans les masses, "d'un appel incessant à la protestat'on dans la rue * de "la préparation de manifestations publiques d'un caractère politique bien tran hé isic) ,etc...
Nous pourrions, certes, exprimer notre satisfaction de voir le Rabotchete Dialo s'ass miler si vite le programme formulé par nous dans le premier numéro de l'Iskra : constituer un parti solidement organisé, visant non pas seulement à enlever des concessions de détail, mais à conquérir la forteresse même de l'absolutisme. Malheureusement, l'absence chez nos disciples de tout point de vue ferme est de nature à gâter notre plaisi:.
Le nom de Liebknecht est, il va de soi, invoquer à tort. En 24 heures, on pest ch nzer de t ctique sur quelque point spécial, sur un détail quelconque de la structure du parti. Mais pour chinger, je ne d'rai pas en 24 heures, mais en 24 mois, ses idées sur l'utilité générale, permanente et absolue d'une org nisation de combat et d'une agitation , olitique dans les masses, il faut être dénué de tout principe directeur. Il serait ridicule d'invoquer les diversites des circonstances, la différence des périodes: la constitution d'une organisation de combat et l'agitation politi ue sont obligatoires dans n'importe quelle circonstance "grise, pacifique*, dans n'importe quelle période de "déclin de l'esprit révolutionnaire" . Bien plus, c'est précisément dans ces circonstances et dans ces périodes qu'elles sont plus nécessaires, car, au moment de l'e plosion de la confarration, il est trop tard pour créer une organisat on : elle doit être déjà prête, afin de déployer du coup toute son activité. " Changer de tactique en 24 heure " 1 Mais pour changer, il faut d'ahord avoir une tactique. Sans une organisation solide, experte à la lutte politique en toutes circonstances et en toutes périodes, il ne saurait même être quest'on de ce plan d'action, systématique, établi à la lumière de fermes rincipes et invariablement suivi, qui, seul, mérite le nom de tactique.
Voyez en effet : on nous avoue que " histoire met à l'ordre du jour de notre parti un problème absolument nouveau : celui de la terreur. Hier, ce qui était " absolument nouveau' • cétait le problème de l'orzanisation et de lagitation politiques, aujourd'hui, c'est celui de la terreur. West-il pas singulier d'entendre des genr, oublieux de leurs antécédents, parler de changement radical en tactique ?
Heureusement, le Rabotchéis Diéio a tort. Le probl me de la terreur n'est pas du tout nouveau, il nous suffira de racpeler en peu de mots les idées auxquelles est errivée la social-démocratie ruise. En principe, nous n'avons jam s renié, nous ne pouvons pas renier la terreur. C'est un acte de guerre, qui peut être utile et même indispens ble i un certain moment du combat, en présence d'un certain ét.t de l'armée et de certaines conditions. Mais le fait est qu'on nous présente auiourd'hui la terreur, non point comme une opération entre besucoup d'autres. étroitement rattachée, adaptée à tout système de combat d'une armée, mais comme un moyen d'attaque isolée, indépendant de toute armée, et se suffisant a lui-même. En l'absence d'organisation centrale. et avec des organisations locales faibles, il ne saurait, en effet, en être autrement. Et c'est bien pourquoi, nous le déclarons catégoriquement : dans les circonstances données, la terreur est une arme inopportune, inopérante, elle détourne les soldats les plus actifs de leur tâche véritable et la plus importante pour le mourement, elle désorganise, non pas les forces gouvernementales, mais les forces révolutionnaires. Souvenez-vous des derniers événements: sous nos yeux, les ouvriers et le "bas peuple" des villes se meut en foule au combat, et les révolutionnaires n'ont pas l'état-major nécesssire de dirigeants et d'organisateurs | Si les révolutionnaires les plus énergiques s'en vont dans la terreur, ne risquonsnous pas d'affaiblir les unités combattentes, les seuls clé ments sur lesquels on puisse fonder un espoir sérieux ?
N'avons-nous pas à craindre une rupture de la liaison entre les organisateurs révolutionnaires et ces foules isolées d'hommes mécontents, protestant et prêts au combat, mais faibles précisément parce qu'isolés ? Or c'est cette liaison qui est le gage unique de notre succes. Loin de nous lidée de reluser toute importance à des coups héroiques isolés, mais notre devoir est de prévenir de toute notre énergie contre cet engouement pour la terreur auquel tant de gens sont si enelins aujourd'hui, su point d'y voir notre arme principale et essentielle.
La terreur ne sera jamais un acte de guerre comme les autres : elle ne conv'ent guère que comme méthode → entre autres — d'assaut décisif. Pouvons-nous, au moment actuel, conseilles cet assaut? Le Rabotchtie Diélo, visiblement. pense que oui. Du moins il s'écrie: • Formez vos colonnes d'assaut l •. Mais c'est encore la un zèle mal à propos. Le gros de nos forces est formé de volontaires et d'insurgés. Pour une armée permanente nous n'avons que quelques petits détachements, et encore ils ne sont pas mobilisés, n'ont pos de ligisons entre eux, ne sont pas instruits à se former en colonnes, sans parler de colonnes d'assaut. Dans ces conditions, tout homme capable d'envisager l'ensemble de la lutte en cours, sans sen laisser distraire à chaque tournant" de l'histoire, doit comprendre que notre mot d'ordre, à l'heure actuelle, ne saurait être A l'assaut |", mais bien "Entreprenons le siige de la forteresse ennemie l* En d'autres termes, l'objectif immédiat de notre parti ne sera pas d'appeler dès maintenant a l'attaque les forces dont il dispose ; il devra, au contraire, inciter à mettre sur pied une organisation révolutionnaire capable de grouper toutes les forces existantes et de conduire, non pas nominalement, mais en fait, le mouvement, c'est-à-dire une organisation toujours prête à soutenir n'importe quelle protestation ou explosion et à en profiter pour multiplier et endurcir l'armée de la lutte finale.
La leçon de Février et de Mars est si éloquente qu'on ne rencontre guère aujourd'hui d'objections de principe à cette conclusion. Seulement, ce que l'heure présente réclame de nous, ce ne sont pas des principes, mais une solution pratique, Il ne suffit pas de se faire une idée du genre d'organisation qui est nécessaire, du travail pour lequel elle est nécessaire, il faut établir un plan qui permette de commencer à la construire de tous les côtés à la fois. Vu l'urgence et l'importance de la chose, nous nous décidons, pour notre part, à oftir à l'attention des camarades une esquissse de plan, qui sera développée plus en détail dans une brochure en préparation (Quie fare P). A notre avis, le point de départ de notre activité, le premier pas concret vers la création de l'organisat on désirée, le 6l conducteur enfin qui nous permettra de faire progresser sans cesse, en profondeur et en largeur, cette organisation, c'est la fondation d'un journal politique pour toute la Russie. Avant tout, il nous faut un journal. Sans cela, toute propagende, toute agitation systématique fidèle aux principes et em rassant les divers arpects de la vie est impossible. Et cest pourt nt Il le but principal et constant de la sociil-démocratie en général, et cela davantage encore aujourd'hui, où un certain intérêt pour la politique et pour le socialisme s'est éveillé dans des milieux très étendus de la population. Jama's encore on n'avait senti avec autant de force qu'aujourd'hui le besoin de compléter l'agitation fragmentaire par l'action personnelle, les tracts, les brochures éditées sur place, en un mot par cette aritition généralisée et régulière dont la presse cériodiaue est l'arme indispensable. On reut le dire sans exagération. la fréquence et la régularité de paruton (et de diffusion) du sourn.l donne la mesure la blus exacte du derré de solidité qu'a atteint cette branche initiale et es entielle de notre activité militaire.
Ensuite, il nous faut un journal de toute la Russie. Si nous n'arrivons pas et tant que nous n'arriverons pas à unifer l'action que nous prétendons exercer sur le peuple et sur le gouvernement par la voie de la resse, ce sera une utopie de penser coordonner d'autres modes d'action plus complexes, plus difficiles et d'ailleurs plus décisi's. : e dont notre mouvement souffre le plus, dans la doctrine et dans sa pratique, en matière d'orranisition, c'est la dispersions c'est que l'énorme maiorité des sociaux-démocrates sont a peu près totalement absorbés par des besognes purement locales aui réduisent à la fois leur horizon. l'envergure de leurs eforts. leur accoutumance et leur actitude / la cons. piration. C'est dans cette dispersion qu'il nous faut chercher les racines les plus crofondes de cette in onstance et de ces hésitations dont nous avons parlé plus haut. Le premier pas pour échapper à ce défaut, pour transformer plusieurs mouvements locaux en un seul mouvement penrusse doit être la fondation d'un journal de toute la Russie. Enfin, il nous faut alsolument un journel politique. Sans journal politique, dans l'Europe moderne, pas de mouvement qui puisse mériter la qualification de politique. Sans cela, impossible de venir il bout de notre lache: concentrer tous les déments de mécontentement et de protest-tion politique pour en léconder le mouvement révolutionnaire du prolétarial. Nous avons fait le premier pas, nous evons éveillé dens la clesse ouvrière la passion des révélations "économiques' touchant la vie des fabriques. Nous devons faire le pas suivant: eveiller dans tous les éléments un peu conscients de la population la passion des révélations politiques : ne nous inquiétons pas si les voix accusatrices en politique sont encore si faibles, si rares, si timides. | La cause n'en est nullement dans une résignation générale à l'arbitraire policier. La cause, c'est que les hommes capables d'accuser et disposés à accuser n'ont pas de tribune du haut de iaquelle ils puissent parler, pas d'auditoires écoutant avidemment et encourageant les orateurs, et qu'ils ne voient nulle part dans le peuple de force à laquelle il vaille la peine d'adresser ses peines contre le gouvernement "tout-puissant" Mais, dès maintenant, tout cela change avec une rapidité fantastique. Cette force existe: c'est le prolétariat révolutionnaire. Il a déjA prouvé qu'il est prêt, non seulement a entendre et à soutenir un appel à la lutte politique, mais encore à se jeter hardiment dans la mêlée. Nous avons aujourd'hui le moyen, et le devoir, d'offrir au peuple tout entier une tri. bune pour accuser le gouvernement tzariste: cette tribune, ce sera un journal social-démocrate.
Notre classe ouvrière russe, à la différence des autres classes et catégories de la société russe, manifeste un intérêt soutenu pour les circonstances politiques et présente constamment — non pas seulement dans les moments de particulières effervescences — nne énorme demande do publications illégales. En prétence de cette demande mossive, de la for. mation déjà commencée de dirigeants révolutionnaires expérimentés, du degré de conversation atteint par la classe ouvrière, et qui lui assure en fait la maitrise des quartiers ouvriers des grandes villet, des centres usiniers, dea bourgs industriels, la fondation d'un journal politique est chose parfaitement réalisable pour le prolétariat. Par l'entremise du prolétariat, le journal pénétrera dans la petite-bourgeoisie des villes, parmi les artisana des compagnes et des paysans, et deviendra ainsi un véritable ergane politique populaire.
Mais la diffusion des idées, l'éducation politique et le recrutement d'alliés politiques n'épuise pas le rôle du journal. Il n'est pas seulement un propagandiste collectif et un agitateur collectif: il est aussi un organisateur collectif. A ce dernier point de vue, on peut la comparer à l'échafau. dage élevé sutour d'un bâtiment en cenatruotion, époussnt les contours de l'édifice, facilitant les communications entre les constructeura, permet ant de répartir plus aisément la tâche et d'embrasser l'ensemble des résultats obtenus par le travail organisé. Avec l'aide du journal et à propos du journal se constituera d'elle-même une organisation permanente, qui ne s'occupera pas seulement de choses locales. mais fere un travail général et régulier, habituant ses membres & suivre attentivement les événemeats politiques, à apprécier leur importance et leur influence sur les diverses catégories de la population, à trouver pour le parti révolutionnaire des modes cenvenables de réaction en fometion de ces Evénements. Les nécessités techniquer — la lauraiture au journal de matériaux, ta bonne diffarion = obligeot déjà à avoir tout un réseau d'agente locauz au service d'un seul et même parti, d'agents en relations personnelles les uns avec les autres, connaissant la situation générale, t'exercant & exécuter régulièrement les diversa fonctions frazmentaires d'un travail panrume, enrayant leurs forces dans la préparation de telles ou telles actions révolutionnaires. Le réseau d'agents sera justement le squelette de l'organi. sation qui nous est nécessaire: sufframment étendue pour embrasser tout le paye: suffsamment large et diverse pour réaliser une division du travail, stricte et détaillée : suffisamment terme pour pouvoir, en toutes circonstances, à tous les "tournante , en face de toutes les surprites, poursuivie sans écart sa besogne propre : sufframment souple pour mvoir, d'une part. éviter la bataille & découvert contre un ennemi supérieur co nombre, qui a rassemblé toutes sci forces sur un seul point, et, d'autre part, profiter de la maladrese de cet eunemi et tomber sur lui à l'endroit et au moment où ils y attend le moins. Awourd hui nour incombe la tâche telalivement facile de soutenir les étudiante qui manifestent dans les rues des grandes villes D. Demain se présentera peut-être une tâche plus malairée, comme celle de soutenir le mouvement des sans-travail dens telle ou telle région. Après-demain nous aurona à être à nos postes pour prendre une part rivo utionnaire à une révolte paysanne. Aujourd'hui nous devoms exploiter la tensios politique qu'a engendrée le gouvernement par sa campagne contre tes zemstvos. Demain, nous devrons encourager l'indignation populaire contre les abus de tel ou tel Bachi-bouzouk offciel et contribuer par le boycottage. les campasnes de presse, les manifestations. ete... Pour arriver à ce degré de préparation au combat, il faut l'activité permanente d'une armée régulière. Si nous groupons noa forces dans un journal commun, nous verrons se former à l'œuvre et sortir du rang, non seulement les plus babiles propagandistes, mais encore les plus experts organinateurs, les plus capables di. recteurs politiques du paitivaptes à lancer à la minute voulue le mot d'ordre de la lutte finale et à conduire le combat.
En conclusion, deux mots pour éviter un malentendu porsible. Nous avons parlé tout le temps d'une préparation systématique, méthodique, mais nous n'avons nullement voulu dire par là que l'absolutisme se poursit tomber que par suite d'un siège en règle ou d'un assaut organise. serait raisonner en stupide doctrinaire. Il est parfaitement possible, au contraire, et bistoriquement c'est chore infiniment plus vraisemblable, qu'il tombe sous le chec d'une explosion spontanée ou d'une de ces complications politiques imprévues nui menacent constamment de tous côtér. Mais il n'est pas un parti politique qui puine, sans tomber dans laventurisme, régler sa conduite sur des explosions et des complications bypothétiques. Nous devons poursuivre notre chemin, accomplir sens relache notre labeur systématique, et moins nous compterens sur l'inattendu, plus nous aurons de chances de n'être pas surpris à l'imerovite car les "tournants de l'histoire (lakre n" 4. Mat 1901). (1) Au début de 1901, le mourement comtescé comme on l'a vu parmi les étudinots de Kier, se répercuta à St-Pelerebeure, Kharkor, Moscou Dase cette dernière ville, des milliers d'ouvriere se joiztirent aux étudiants pendant les manifestations des 23 et 26 février.