Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

Textes rejetés : amendements à « La situation mondiale et les tâches de la IVe Internationale »

avril 1948 · Le IIe Congrès mondial (2-21 avril 1948) · 12 494 mots

• Amendements présentés par le RCP, section britannique de la IVe Internationale, à la résolution sur « La situation mondiale et les tâches de la IVe Internationale »

Supprimer la dernière phrase du r paragraphe au chapitre intitulé « Les antagonismes sociaux », phrase commençant par : « Un conflit entre une aile gauche... », et la remplacer par : « En Grande-Bretagne, le gouvernement travailliste a conservé l'appui de la vaste majorité des travailleurs et sa présence a été décisive pour contenir la lutte de classe. Les mesures de nationalisation, la législation sociale, l'élévation du niveau de vie de sections de travailleurs qui étaient autrefois les plus exploitées, l'absence presque totale de chômage — tous ces facteurs ont contribué au maintien des illusions des travailleurs dans la direction réformiste. Au sein du Labour Party, quoiqu'il existe des courants oppositionnels, aucune aile gauche organisée ne s'est consolidée. Dans le domaine parlementaire, qui doit nécessairement refléter la situation au sein du parti, l'opposition a été sporadique, la seule attaque conséquente contre le gouvernement venant des éléments pro-staliniens. Le détachement des travailleurs de la direction travailliste continuera à être un processus assez lent et qui ne pourra se réaliser qu'à la suite d'une période de luttes de masses. L'accroissement du chômage, les débuts de la crise accéléreront de manière décisive ces développements et mèneront à des conflits exacerbés entre une aile gauche représentant les aspirations socialistes des travailleurs et la direction du Labour Party. »

Supprimer la dernière phrase de la section intitulée « L'URSS et les satellites », dans le chapitre sur « La situation économique », et la remplacer par : « Les intérêts de la bureaucratie russe l'obligent à poursuivre l'intégration de l'économie de ces pays à celle de la Russie et aller de l'avant aussi avec l'industrialisation de ces pays. Dans la mesure où cette intégration s'accomplit bureaucratiquement — et tant que les biens d'équipement et l'assistance provenant de l'impérialisme américain sont interdits à ces pays, cependant que la Russie est incapable d'accorder pareil assistance —, l'économie de ces pays se développera sur une base similaire à celle de l'URSS : par l'introduction du système russe de travail aux pièces et du système russe de différenciations et de discipline ouvrières. Ces facteurs, joints aux charges accrues des préparatifs militaires, indiquent que ces pays souffriront des mêmes tensions et contradictions que l'économie russe elle-même et que le développement industriel s'effectuera aux dépens de l'élévation du niveau de vie des travailleurs. Le développement plus progressif de ces pays dépend, non de la création d'une unité économique fermée, mais de l'extension de leurs liens économiques avec les pays plus avancés de l'Ouest sur la base du renversement de la bourgeoisie dans le pays d'Europe occidentale, de la planification des échanges commerciaux, de la reconstruction et de l'unification de l'économie allemande et de l'utilisation de l'initiative des masses dans tous les domaines. »

Supprimer les paragraphes 3, 4 et 5 du chapitre intitulé : « Les partis communistes », et remplacer par : « Le "tournant gauche" a eu pour effet une combativité accrue de la part des staliniens dans les pays d'Europe occidentale et, en particulier, les staliniens se sont opposés à la bourgeoisie au fur et à mesure que celle-ci devenait de plus en plus liée à l'impérialisme américain et dépendante de celui-ci. Nous avons assisté à un retour à une politique gauchiste "de classe". Il faudra sérieusement envisager, pour la période qui vient, les préparatifs de grève générale et de lutte armée, et même le recours à la guerre civile selon l'exemple de la Grèce, comme caractéristiques de la politique stalinienne. Il n'est guère probable que le stalinisme permette l'écrasement des partis communistes ou des organisations qu'il contrôle, sans une lutte. Les événements d'Europe orientale et en particulier de Tchécoslovaquie montrent que la politique stalinienne actuelle ne se maintient pas entièrement dans le cadre de la collaboration de classes, comme dans la période d'avant le Kominform, mais qu'elle est dirigée contre la classe capitaliste d'Europe et d'Amérique et peut même, dans des circonstances favorables où les staliniens exercent un contrôle puissant sur le mouvement ouvrier, être dirigée vers le renversement des capitalistes. En tout temps, il est toutefois nécessaire de reconnaître que le degré d'intensité avec, lequel cette nouvelle ligne stalinienne pourra être développée dépend des rapports existants entre l'impérialisme américain et la bureaucratie soviétique. Si ces rapports venaient à s'améliorer, sur la base d'un compromis entre les deux — ce qui demeure toujours possible —, les staliniens vireraient une fois de plus à droite, ce qui permettrait de les démasquer bien plus rapidement aux yeux des masses. En Europe occidentale, où la bourgeoisie et la machine d'État sont plus solides qu'elles ne l'étaient dans les pays du "glacis", la crainte des staliniens de toute action révolutionnaire véritable — véritable dans ce sens qu'elle serait basée sur la pleine et libre participation des masses — leur fera avoir une attitude hésitante et indécise dans toute grande lutte et fournira aux partis trotskystes, qui doivent combiner la tactique d'unité d'action et de front unique à une critique ferme et incisive pour démasquer les dirigeants staliniens, de grandes possibilités. »

• Amendements présentés par Haston, Hunter, Dan et Capa sur « La situation mondiale et les tâches de la IVe Internationale »

Supprimer le premier chapitre « L'Europe occidentale et les États-Unis » et le remplacer par : « Malgré les destructions causées par la guerre, la plupart des pays d'Europe occidentale, à l'exception de l'Italie et de l'Allemagne, ont rétabli leur production plus rapidement qu'après la première guerre impérialiste. L'augmentation de la production a eu lieu malgré le retard apporté par la rareté des matières premières, la dislocation du marché mondial et, dans différents pays, la vigueur de la lutte de classe. Le fait que ces régimes capitalistes aient pu surmonter leurs difficultés dans une certaine mesure et arriver aujourd'hui à une certaine stabilité économique, plus importante qu'après la fin de la guerre, souligne la politique de collaboration de classes des staliniens et sociaux-démocrates durant cette période, qui, avec l'aide financière de l'impérialisme américain, réussirent à remettre sur pied la structure capitaliste ébranlée. La nécessité de préserver une base en Europe, de réagir à l'extension de l'influence de la bureaucratie soviétique, au renforcement du stalinisme et du mouvement révolutionnaire, de trouver une solution aux problèmes créés par l'énorme supériorité économique des États-Unis sur les autres puissances capitalistes, tous ces facteurs obligent l'impérialisme américain d'adopter un nouveau plan d'aide au capitalisme européen. Sans résoudre en aucune façon les problèmes décisifs du capitalisme, le Plan Marshall, doublé par la nouvelle politique américaine d'agression contre la bureaucratie soviétique, peut avoir d'importants résultats du point de vue d'une courte perspective. Le Plan Marshall sera un facteur très important pour atténuer la dépression en Amérique. C'est un débouché pour le capital accumulé à Wall Street. Tout en ne représentant qu'un pourcentage infime de la production américaine, par leur intervention dans l'économie, les exportations prévues par le Plan Marshall peuvent constituer la différence entre une catastrophe économique et une courte période de "prospérité".

Pour la perspective immédiate, nous devons nous attendre à ce que les États-Unis aideront à étayer l'économie de la Grande-Bretagne et de l'Europe occidentale. L'Amérique renforcera sans aucun doute les bourgeoisies de France et d'Italie, augmentera leur confiance contre les staliniens et stabilisera encore le gouvernement travailliste de la Grande-Bretagne. Dans la mesure où l'impérialisme américain verra venir les dangers de la guerre civile dans une tentative d'imposer des dictatures militaires en Europe, il est probable qu'il retiendra les forces réactionnaires en donnant aux politiciens de la soi-disante troisième force la possibilité de maintenir leur faible influence sur les affaires politiques. La nouvelle politique étrangère américaine sera importante particulièrement en ce qui concerne l'Allemagne. L'aide impérialiste américaine doit être maintenant beaucoup plus dirigée vers la reconstruction de l'économie en Allemagne occidentale dans le double but d'aider les autres économies capitalistes et de réagir contre la pénétration stalinienne. Néanmoins, l'activité économique accrue en Allemagne ne veut pas dire l'atténuation des luttes de classe, mais au contraire augmentera la confiance des masses en elles-mêmes et leur volonté de combat. Le succès du Plan Marshall dans la stabilisation des rapports de forces entre l'impérialisme et la bureaucratie soviétique en Europe entraînera très probablement de nouveaux compromis entre l'impérialisme américain et la bureaucratie soviétique. Pourtant, loin de résoudre définitivement les problèmes du capitalisme mondial, le Plan Marshall accumulera de plus grandes contradictions. Plus l'économie européenne sera stabilisée, plus il y aura des occasions de frictions entre les puissances capitalistes. Le capitalisme des États-Unis avec une politique d'échanges basée sur la prépondérance économique doit tenter de s'ouvrir tous les marchés sur la base d'un libre échange alors que les capitalistes européens lutteront pour défendre leurs intérêts par des accords bilatéraux et par la tentative de fermer leur marché intérieur aux produits des États-Unis. Leur antagonisme commun contre la Russie n'empêchera pas les nations capitalistes d'entrer mutuellement en conflits aigus. En renforçant l'économie de l'Europe occidentale contre la bureaucratie soviétique et en écartant la crise révolutionnaire, l'impérialisme américain renforce ses propres concurrents et prépare le terrain pour une lutte toujours plus accrue de conquête de marchés — politique qui ne peut qu'approfondir les effets d'une éventuelle débâcle économique du capitalisme mondial. »

• Propositions d'amendements à la résolution « La situation mondiale et les tâches de la IVe Internationale », présentées par Edouard (Allemagne).

« 1. Tout en reconnaissant que les conditions objectives restent favorables à l'échelle

internationale au renforcement de nos sections et à leur transformation plus ou moins

rapide en partis de masse, il n'en faut pas moins faire une distinction, au moins entre :

a) d'une part, les sections des pays coloniaux ou semi-coloniaux telles que les Indes,

l'Indonésie et, sur un autre plan, le Japon, où les conditions sont remplies, comme

nous le montre l'exemple des Indes, pour le développement rapide de partis de

masse trotskystes ;

b) d'autre part, les sections de l'Europe occidentale et particulièrement la France où le

poids et l'emprise du stalinisme sur les masses sont tels que vraisemblablement

pendant assez longtemps nous ne pourrons nous développer comme partis de

masse mais devront apparaître essentiellement comme le pôle de regroupement

révolutionnaire de l'avant-garde prolétarienne.

2. Ces considérations commandent notre stratégie, notamment dans la question du front

unique où tout en nous efforçant de créer l'unité d'action des travailleurs sur des objectifs

bien déterminés, _ nous éviterons les appels illusoires aux directions traîtres non suivis

de dénonciations sans tenir compte des rapports de forces, appels qui ne peuvent que

nous disqualifier aux yeux des travailleurs qui ont rompu ou qui sont sur le point de

rompre avec ces directions. 3. Notre politique à l'égard des partis socialistes devra tenir compte de leur composition

sociale et de leur caractère ouvrier ou non, la SFIO, par exemple, ne pouvant être assimilé

au Parti socialiste autrichien, le premier n'ayant plus lieu d'être considéré et par sa base

et par sa politique comme un parti ouvrier mais comme un parti petit-bourgeois

entièrement au service de la bourgeoisie.

4. S'il est vrai qu'il existe dans les partis socialistes, voire communistes, "de puissants

courants centristes progressifs" (RDR ?), il faudra y effectuer immédiatement un travail

de &action pour attirer à la IVe Internationale les éléments qui sont sur le point de

rompre avec les organisations traditionnelles.

5. S'il est vrai que "sur la voie de la mobilisation révolutionnaire, le stalinisme est l'obstacle

numéro un pour le prolétariat mondial", la dénonciation de la politique contre-

révolutionnaire de l'URSS, des partis communistes et de leurs crimes, ne doivent pas

rester lettre morte, mais donner lieu dans les organes centraux à une propagande

antistalinienne sur ce qui se passe en URSS et sur la politique criminelle des partis

staliniens en Europe et ailleurs. »

•

« Résolution sur les tâches et la construction de la IVe Internationale », présentée par Chaulieu (France) et Bergson (États-Unis)

1. La majorité de la IVe Internationale est complètement désarmée, du point de vue

politique, face aux grandes crises sociales qui ébranlent l'Europe et l'Asie et qui, pendant

la période prochaine, par le moyen de la guerre et de la révolution, détruiront et

transformeront les frontières, les forces physiques et sociales, les illusions subjectives,

les mouvements de masse et les partis — qui ont eu besoin de décade pour se construire.

Essentiellement, le processus d'exacerbation des antagonismes sociaux actuellement

n'agit pas comme un facteur de retardement sur le processus de la guerre et sur

l'antagonisme

russe-américain,

mais

comme

un

facteur

d'accélération

et

d'intensification de celui-ci. L'opposition Russie-Amérique n'étant pas une opposition

qui reste extérieure aux luttes sociales, mais, au contraire, une opposition qui les pénètre

profondément, il est faux de répéter aujourd'hui mécaniquement — comme le fait la

majorité — que « la guerre ne pourrait venir qu'après l'écrasement du prolétariat ». Les

luttes qui surgiront inévitablement d'ici la troisième guerre mondiale, comme cette

guerre elle-même, offriront un terrain objectif de possibilités étendues pour la

construction d'une internationale révolutionnaire, si cette internationale est capable

d'intervenir de manière adéquate auprès des masses.

2. En capitulant, d'un côté face aux tendances rétrogressionnistes qui nient que le

prolétariat est subjectivement mûr pour la propagande révolutionnaire (Shachtman,

l'ex-majorité française, etc.) ou à ceux qui spéculent sur le boom ou la stabilisation

économique (Shachtman, majorité anglaise), et d'autre part, incapable d'effectuer une

rupture théorique avec ces « trotskystes conséquents » sur la question russe qui

soutiennent que l'économie nationalisée est une force économique progressive

(majorité anglaise), la majorité de la IVe Internationale court d'une crise politique à

l'autre, incapable de vaincre théoriquement les stalinophobes et les stalistophiles dans

ses propres rangs qui représentent des courants sociaux réels à son extérieur. Elle est

par conséquent obligée de plus en plus de faire des compromis même avec sa propre

perspective révolutionnaire abstraite et de substituer l'activisme, la discipline et

l'organisation aux fondations théoriques solides et à un net programme révolutionnaire.

3. La tâche qui prime sur toutes les autres dans le domaine de la construction de

l'internationale, c'est la tâche de la compréhension et de l'analyse correcte de la

période historique et de la situation immédiate.

a) La IVe Internationale doit reconnaître et placer devant le prolétariat, par une

propagande et une agitation inlassable, la conception que la seule force économique

progressive aujourd'hui est la force créatrice du prolétariat révolutionnaire.

b) La IVe Internationale doit mener inlassablement une propagande et une agitation

révolutionnaire pour l'unification de l'action révolutionnaire du prolétariat mondial,

y compris le prolétariat russe. Les organisations de la IVe Internationale doivent

profiter de tout événement important de la lutte de classes dans un pays déterminé

(grèves de novembre-décembre 1947 en France, élections italiennes, etc.) pour

appeler le prolétariat des autres pays à une lutte coordonnée et à une liaison

organique, par-dessus les Seize ou le Kominform, à travers les frontières.

c) Le réarmement idéologique et politique de l'organisation implique la compréhension

du véritable caractère du « programme transitoire ». Celui-ci n'est ni le programme

minimum auquel l'ont réduit les tendances de droite de l'internationale, ni une série

de « revendications toujours plus élevées », comme le veut la conception de la majorité

actuelle qui aboutit également à l'impuissance. Le « programme transitoire » est fondé

sur la contradiction entre l'adhésion des masses aux organisations traditionnelles,

syndicales et politiques, adhésion qui exprime leur volonté d'en finir avec les rapports

d'exploitation, et le rôle objectif de ces organisations consistant à maintenir sous une

forme ou sous une autre ces rapports. Dans ce sens, un point central de la propagande

révolutionnaire devient la démonstration constante devant le prolétariat que seule la

lutte pour son propre pouvoir lui permettra de résoudre en même temps ses

problèmes immédiats et ses problèmes historiques.

La lutte pour les mots d'ordre transitoires signifie la lutte constante pour la

destruction de la bureaucratie ouvrière, réformiste ou stalinienne. Cette lutte

implique tout d'abord la démonstration devant le prolétariat du rôle objectif de cette

bureaucratie dans le maintien des rapports d'exploitation et l'explication des racines

matérielles et sociales de ses intérêts hostiles au prolétariat. D'autre part, cette lutte,

spécialement en ce qui concerne la bureaucratie stalinienne dans les pays

capitalistes, ne peut absolument pas être menée uniquement sous le signe d'un plus

grand « radicalisme » contre la propriété privée ou l’État national bourgeois, que le

stalinisme lui-même est parfaitement capable de montrer et montre de plus en plus.

Ceci signifie que la délimitation d'avec les staliniens n'est pas essentiellement une

délimitation sur la combativité plus ou moins grande de l'une ou de l'autre

organisation, mais sur le contenu du programme : la démonstration doit être

constamment faite devant les ouvriers que les staliniens ne visent qu'à

l'établissement, sous une autre forme, des mêmes rapports d'exploitation.

Dans ce sens, tout en participant activement à toutes les organisations de masses,

les militants de la IVe Internationale doivent impulser toute tentative des masses à

s'organiser d'une manière autonome par rapport à la bureaucratie ouvrière

(comités de lutte, comités d'usine). Dans le même sens, toute interprétation du mot

d'ordre transitoire « gouvernement ouvrier et paysan » autre que celle de

« gouvernement des comités des ouvriers et des paysans » (comme par exemple

l'interprétation « gouvernement PC-PS-CGT » par la majorité française) doit être

rejetée comme mettant l'accent sur le rôle de la bureaucratie ouvrière et non pas

sur l'action et l'organisation autonome des masses elles-mêmes.

d) La IVe Internationale doit placer concrètement devant le prolétariat mondial des

plans pour la reconstruction révolutionnaire de la société par les organisations du

prolétariat mondial, en y incluant et en exigeant spécialement la mobilisation du

prolétariat américain. La lutte essentielle contre le Plan Marshall ou le Plan Molotov

consiste à la démonstration de la possibilité immédiate de reconstruction de

l'économie mondiale si les possibilités créatrices du prolétariat américain et du

prolétariat russe étaient libérées du joug de l'exploitation et mise en œuvre en liaison

avec le prolétariat européen.

e) L'accomplissement des tâches énormes qui se posent à l'internationale signifie la

compréhension juste du caractère du parti révolutionnaire. Le parti n'est ni un cercle

de discussions ni un agglomérat d'activistes. La synthèse de la théorie et de la pratique

est devenue actuellement une nécessité quotidienne brûlante. Le type du parti est

l'ensemble organique de militants révolutionnaires éduqués et enracinés dans les

masses, capables par leurs aptitudes et par l'audience qu'ils ont, de les conduire dans

les luttes décisives. Ceci implique le rejet de la mythologie du « petit parti de masse »,

mythologie droitière qui pénètre de plus en plus la majorité de l'internationale.

L'immensité des tâches ne peuvent être remplies que par les masses elles-mêmes ;

c'est pendant la période révolutionnaire que le parti révolutionnaire devient un parti

de masse, mais il ne pourra le devenir qu'à condition de réunir en son sein les meilleurs

éléments de la classe, de les éduquer théoriquement et pratiquement, de leur

inculquer une intransigeance absolue sur le programme révolutionnaire et une

confiance illimitée dans le rôle créateur des masses prolétariennes et de leur action

autonome.

• Lettre ouverte au PCI, section française de la IVe Internationale (Mexico, juin 1947), signée par Natalia Sedova-Trotsky, Benjamin Péret et G. Munis (extraits)

(...) Le premier point à comprendre dans la situation mondiale et si on ne le comprend pas toute l'action demeure stérile, c'est que l'État et le gouvernement russe actuel, loin d'avoir pour base quelques restes de la Révolution bolchevique de 1917, représentent face à elle la contre-révolution la plus féroce et la plus complète. À lui seul, le gouvernement russe actuel a contribué à la déroute de la révolution mondiale et plongé les masses dans une prostration beaucoup plus que les vieux gouvernements capitalistes réunis. Oui, la politique de la Russie et du stalinisme mondial, expression de ses intérêts économiques, s'abat sur les aspirations et les espérances humaines bien plus lourdement que le capital financier de Wall Street et de la City avec leur armée et leur police respective.

Sans Moscou et le stalinisme mondial ou bien la guerre impérialiste aurait été évitée grâce à la révolution européenne ou bien elle aurait été transformée rapidement et victorieusement en guerre civile. L'action spontanée des masses se dirigeait dans ce sens sous l'occupation nazie, mais le stalinisme et le capitalisme mondial dans une union parfaite la détournèrent vers la guerre impérialiste au moyen des mouvements nationaux. Nous nous trouvons ainsi aujourd'hui devant la domination la plus complète et la plus réactionnaire du monde par les trois Grands victorieux, ce qui constitue une menace perpétuelle de nouvelles guerres impérialistes et donne aux masses l'amère sensation d'être frustrées. La crise du mouvement ouvrier mondial se résume donc dans la capacité organique du stalinisme (la social-démocratie a peu d'importance) à enterrer l'activité des masses pendant et après la guerre dans la tombe creusée en commun par les vieux impérialismes et la contre-révolution russe en dépit de leurs querelles.

En sa qualité de noyau régénérateur, la IVe Internationale aurait dû se développer comme parti mondial luttant pour transformer la guerre impérialiste en guerre civile, adaptant sa tactique, ses lignes générales et les consignes aux changements qui se produisirent et se manifestèrent clairement pendant la guerre. La persistance à appliquer des consignes et des tactiques dépassées par les événements, la non-correction de certaines fautes, entraîna un grave préjudice politique et organique pour l'internationale. On ne peut douter un seul instant que ceci ne soit la cause de notre faible développement et de la crise particulière que traverse l'internationale, crise exprimée par les diverses tendances et sous-tendances au point de vue contradictoire, voire diamétralement opposé, sur les problèmes les plus importants. (...)

(...) Prenons les principaux problèmes dans l'ordre chronologique :

La lutte contre la guerre impérialiste

À ce sujet, on ne peut guère parler de l'internationale car le centre international isolé, coupé de tout contact avec les sections d'Europe et d'Asie, n'existait pratiquement pas. Mais il est possible au contraire de parler des différents partis. Le plus en vue, celui qui par sa situation géographique, ses conditions de légalité et sa capacité de rayonnement apparaissait automatiquement comme le représentant de la politique de la IVe Internationale, a-t-il su maintenir, face à la guerre impérialiste, une attitude intransigeante révolutionnaire et internationaliste ? Non, franchement non. Une autre réponse ne servirait qu'à rendre difficile une solution positive à nos difficultés, si ce n'est à les aggraver. Devant la guerre, le parti américain eut une attitude opportuniste assimilable à celle adoptée par le centrisme, et incompatible avec celle que nous devons avoir. Il la définit lui-même comme non-appui, transformation de la guerre impérialiste en véritable guerre contre le fascisme, opposition politique, etc. et en général il s'abstint de toute agitation et de tout travail spécifique contre la guerre, tant au front qu'à l'arrière. Et la politique de ce parti apparut devant le monde pendant des années comme étant la politique officielle de la IVe Internationale. D'autre part, ce qui existait alors comme centre international accepta tactiquement cette politique comme bonne. Évidemment, la politique du parti américain entraîna vers l'opportunisme tous les groupes de la IVe Internationale dans le monde.

Suivant cet exemple, ou du moins s'abritant derrière lui, le parti anglais lui-même, quoique se situant à la gauche du parti américain, affaiblit sa politique en face de la guerre de façon centriste. Il y eut d'autres irradiations opportunistes dont nous ne croyons pas nécessaire de parler ici. Il suffit de signaler le fait pour des discussions postérieures. (...)

(...) L'erreur la plus grave dans ce domaine vient de la nouvelle direction mondiale élue dans la préconférence d'avril 1946. Jusqu'à aujourd'hui, plus d'une année s'est passée et la discussion sur la politique des principaux partis pendant la guerre impérialiste n'a pas été amorcée. Cette erreur est d'autant plus impardonnable que la direction avait à sa disposition, et ceci depuis le jour de sa constitution, d'importants documents permettant d'ouvrir cette discussion. Cette erreur peut être d'autant plus grave pour le mouvement que la nouvelle direction se refuse à mettre comme premier point de l'ordre du jour du congrès mondial, en préparation, l'attitude de nos principaux partis devant la guerre impérialiste et les mouvements nationaux. (...)

Défense inconditionnelle de l’URSS !

L'idée de la défense de l'URSS n'est pas comme le pensent malheureusement certaines tendances absolument « consubstantielle » de notre mouvement. Le critère qui a toujours présidé à notre attitude devant ce problème est le suivant : la défense de l'URSS dans une guerre contre des ennemis extérieurs aide-t-elle ou porte-t-elle préjudice à la révolution mondiale ? La réponse dépendait naturellement de l'estimation que l'on avait sur la nature sociale de l'URSS et de cette question : restait-il quelque chose de la révolution d'Octobre qui méritât d'être défendu. Il est impossible que nous analysions ici ce problème. Nous ne pouvons procéder que par affirmation, puisque notre intention est de faire réfléchir et de faire discuter l'internationale. Le déroulement de la politique extérieure russe, au fur et à mesure que les armées du Kremlin s'avançaient vers l'Occident, révélait une contradiction de plus en plus aiguë avec la notion de l'« État ouvrier dégénéré » basée sur les restes de la révolution prolétarienne et sur laquelle reposait l'idée de la défense inconditionnelle. Tout en le regrettant beaucoup, car la direction mondiale fait partie de notre organisation et de nous-mêmes, nous ne pouvons cacher que le secrétariat de l'internationale a manqué à ses plus élémentaires devoirs, en ne mettant pas en discussion, le jour qui suivit sa constitution, si la « défense inconditionnelle de l'URSS » était toujours un mot d'ordre favorable à la révolution mondiale, ou bien s'il apparaissait comme incompatible avec elle à la lumière des terribles événements qui s'étaient déroulés. Tout simplement, le secrétariat international a ignoré ces événements et a continué à soutenir la défense inconditionnelle, et à influencer dans ce sens l'internationale. Sans faire autre chose ici qu'affirmer, nous vous déclarons, camarades du parti français et de l'internationale, que la « défense inconditionnelle » de l'URSS se révèle comme incompatible avec la défense de la révolution mondiale. La défense de l'URSS doit être abandonnée et très rapidement, car elle entrave tous nos mouvements, émousse nôtre progression théorique, et nous donne aux yeux des masses une physionomie stalinisante. Il est impossible de défendre l'URSS et la révolution mondiale en même temps, l'une ou l'autre. Nous nous prononçons pour la révolution mondiale et contre la défense de l'URSS, et nous vous invitons à faire de même. Gardez-vous surtout de ces tendances qui cachent leur opportunisme devant la guerre impérialiste et devant la situation présente en tirant vanité de leur fidélité au programme de la IVe Internationale sur la question de l'URSS. Ce genre de fidélité est destructive et semblable à celle des « vieux bolcheviks » de 1917 au sujet de la vieille théorie, pleinement bolchevique, de la dictature démocratique du prolétariat et des paysans, devant laquelle Lénine apparut comme un révisionniste. Pour continuer à être fidèle à la tradition révolutionnaire du bolchevisme, Lénine rompit avec des idées essentielles du bolchevisme, exécutant dans son parti une révolution préalable qui permit celle d'Octobre. Pour être fidèles à la tradition révolutionnaire de la IVe Internationale, nous devons abandonner la théorie trotskyste de la défense de l'URSS et nous accomplirons ainsi dans l'internationale une révolution idéologique indispensable à l'aboutissement de la révolution mondiale.

Ceci est sans aucun doute la question la plus importante qui demeure en litige dans notre mouvement, car d'elle dépendent plus ou moins toutes les autres. Si la tendance hostile à la défense de l'URSS peut être accusée de révisionnisme, son révisionnisme a le même caractère que celui de Lénine en 1917. Si par contre l'emporte la tendance défensive, alors surgira un nouveau réformisme, semblable à celui des vieux bolcheviks de 1917, lorsque Lénine intervint avec les Thèses d'avril. En effet, les partisans de la défense arrivent à cette conclusion, que, lorsque la caste contre-révolutionnaire russe entre dans les pays d'Europe et d'Asie « elle se voit obligée » d'exproprier le capitalisme et d'adapter l'économie aux formes de propriété existantes en Russie, formes qu'eux-mêmes considèrent comme socialistes et surgies de la révolution. Lorsque Thorez, Togliatti et d'autres leaders staliniens ont parlé de nouvelles voies ouvertes pour la réalisation du socialisme sans passer par la révolution, ils avaient en tête grosso modo cette même idée. Mais la soi-disant expropriation du capitalisme ne consiste pas dans la nationalisation, plus ou moins complète, avec ou sans indemnité, cela n'a pas d'importance, des moyens de production. D'autre part, la nationalisation est le produit automatique de la concentration du capital dans son époque d'évolution, c'est-à-dire de dégénérescence et de décomposition. D'autre part, le prolétariat européen s'empara, il y a deux ans, des moyens de production. En les nationalisant, les Russes — comme le firent aussi les Anglais et les Américains par ce procédé, ou par la dévolution au capitalisme privé — réalisaient une opération d'expropriation du prolétariat. Et c'est ainsi que les partisans de la « défense inconditionnelle » ont présenté l'expropriation du prolétariat pratiquée par les troupes russes avec l'aide des partis staliniens et réformistes, comme progressive, presque révolutionnaire, comme quelque chose que le prolétariat devrait défendre. Là est contenu en puissance — et c'est peu dire — toute une tendance réformiste.

Gouvernement stalino-réformiste et front unique avec le stalinisme

En France, cette idée est représentée concrètement par la formule : « gouvernement PS-PC-CGT », formule commune à la tendance Craipeau et à la tendance Frank qui partagent en outre la théorie, puissamment réformiste, de la défense de l'URSS et la majorité des idées qui portent préjudice au mouvement français. Sur ce point, nous devons nous limiter à des affirmations, car l'analyse de ce problème ne pourrait être contenue dans les proportions raisonnables d'une lettre ouverte. Dans sa totalité, la position face à cette consigne dépend de la position face à la défense de l'URSS, et d'une manière plus générale de l'appréciation des conditions actuelles du capitalisme et de l’État de conscience des masses. Lorsqu'en 1917, les bolcheviks se prononcèrent pour l'idée du gouvernement menchevik (chasser du gouvernement les ministres bourgeois), ils le faisaient en tenant compte d'une part des illusions des masses envers les mencheviks et la démocratie bourgeoise — illusions totales à ce moment — et, d'autre part, en tenant compte de la nature des contradictions entre les mencheviks et les anciennes classes, contradictions qui avaient obligé les premiers à accorder bon gré mal gré de plus grandes libertés aux masses et à l'avant-garde révolutionnaire, ce qui permettait à ces masses de condenser leur expérience en lui donnant une forme organique et de passer aux étapes supérieures de la lutte. L'existence des soviets, légalement admise par le gouvernement Kerensky et auxquels participaient en front unique les mencheviks, les BL et les SR, permettaient ce développement.

De telles conditions existent-elles aujourd'hui ? Évidemment non en ce qui concerne la social-démocratie, et plus évidemment non en ce qui concerne le stalinisme. Nous ne croyons pas nécessaire d'indiquer ici l'évolution conservatrice suivie par la social-démocratie pendant ces dernières années, le stalinisme est aujourd'hui mille fois plus dangereux pour la révolution car il représente les idées et les intérêts d'une contre-révolution triomphante en Russie, qui offre au monde — et d'une façon plus immédiate à l'Europe — son expérience, sa puissance, sa solution particulière contre le prolétariat en marche vers le socialisme. Les partis staliniens sont aujourd'hui les représentants et les disciples de la contre-révolution installée au Kremlin. Comparés à eux, les mencheviks de 1917 étaient très révolutionnaires. Les consignes de front unique et de gouvernement formé de leaders ouvriers constituaient en Russie un tout à la fois inséparable et provenant des formes de la démocratie prolétarienne existant dans les soviets, qui — et ceci est très important — furent créés et se maintinrent grâce à la collaboration des mencheviks et des socialistes-révolutionnaires. Le stalinisme est aujourd'hui incompatible avec toute forme de démocratie prolétarienne. Partout où a surgit un pouvoir révolutionnaire, depuis l'Espagne jusqu'à Varsovie, Paris et Milan, le stalinisme s'est employé à le détruire. Le stalinisme ne peut permettre que les révolutionnaires prennent la parole. Le schéma de front unique et de gouvernement PS-PC-CGT ne peut d'aucune manière faciliter la création d'organismes de la démocratie et du pouvoir prolétarien, et tout gouvernement stalinien ou d'influence stalinienne entraîne avec lui une impérieuse tendance à supprimer physiquement l'avant-garde prolétarienne. Il est donc urgent et nécessaire que le PCI et notre mouvement international rejettent ces deux mots d'ordre périmés aujourd'hui. L'exemple d'Europe orientale n'est-il pas assez éloquent ? D'autre part, le prolétariat n'a plus aujourd'hui de véritables illusions sur la démocratie bourgeoise, sur la social-démocratie et sur le stalinisme. Ce qu'il redoute, c'est de se trouver emprisonné dans les appareils organiques des deux tendances, celle du stalinisme surtout. À ceci contribue, dans une large mesure, l'inexistence d'une organisation révolutionnaire qui lui inspire confiance, c'est-à-dire directement ou indirectement notre politique actuelle. Hier, il était encore nécessaire au prolétariat de passer par les expériences des gouvernements constitués par des leaders ouvriers pour comprendre que la révolution était l'unique issue possible. Aujourd'hui non. Il faut être aveugle pour ne pas le voir. L'expérience a été longue et douloureuse. Le prolétariat comprend qu'il n'y a pas d'autres solutions à ces problèmes que la révolution, mais il se montre pessimiste, inerte au sein des organisations traditionnelles, car il ne voit aucune autre organisation qui lui offre des possibilités de faire cette révolution. Il romprait difficilement avec son pessimisme et son inertie, si nous — vers qui converge un peu de son espérance, sans que nous puissions pour cela lui inspirer la confiance qui le pousserait à agir — lui conseillons encore de voir la façon de gouverner de Thorez. Puisse-t-il ne jamais la voir. Pour inspirer confiance au prolétariat et le pousser à la rupture avec les organisations qui l'emprisonnent, le plus indiqué serait la création d'un front unique avec toutes les organisations ouvrières minoritaires qui s'opposent à la collaboration de classes et prennent le parti de la révolution et de la démocratie prolétarienne en général. Ainsi le prolétariat verrait un noyau relativement fort rompre le cercle asphyxiant tracé autour de lui par le stalinisme et le réformisme. En résumé, le mot d'ordre de gouvernement PS-PC-CGT tel qu'il a été employé en France, ou de gouvernement stalino-réformiste en général, est aujourd'hui complètement erroné et sert uniquement à maintenir les masses là où elles sont et aussi — il est pénible mais nécessaire de le dire — à développer les nouvelles tendances réformistes qui existent en puissance au sein de la IVe Internationale.

Il est impossible de ne pas vous dire, camarades du PCI français, que la crise de votre parti en particulier et de l'internationale en général ne se résoudra pas en appuyant la tendance Frank contre la tendance Craipeau, mais en appuyant les deux tendances qui se prononcent contre la défense de l'URSS et contre le mot d'ordre du gouvernement PC-PC-CGT. La fidélité au trotskysme n'est pas la fidélité à la parole écrite, mais à l'esprit révolutionnaire du trotskysme. Entre les deux tendances qui aujourd'hui semblent les plus fortes en France, la moins mauvaise serait celle qui offrirait au parti un régime permettant, au moment de la discussion la plus large et la plus démocratique, de réaliser les changements politiques nécessaires actuellement.

Les nationalisations

Faisant suite à ce que nous avons écrit plus haut, notre opposition au mot d'ordre des nationalisations est logique. Ce mot d'ordre appartient également au domaine de la « lettre écrite », et loin d'être fidèle à la tradition révolutionnaire trotskyste, il représente ou tout au moins apporte une aide à ce que nous avons appelé plus haut : nouveau réformisme en puissance. Dans les moments révolutionnaires, les nationalisations ont servi tant à la contre-révolution russe qu'à la contre-révolution de plus pure souche bourgeoise à exproprier le prolétariat qui entrait en possession des moyens de production, et dans les moments de passivité des masses à concentrer la propriété dans les mains de l’État — fétiche religieux et oppresseur —, État qui entravait les grèves, empêchait la démocratie — service de police stalino-réformiste dans les usines de France — et entreprenait la création d'un ordre corporatif. Face à ce mot d'ordre périmé, nous devons mettre en avant celui d'expropriation du capitalisme et de destruction de son État par des comités ouvriers démocratiquement élus. Chaque conflit ou chaque situation qui se présenteront entre le capitalisme et le prolétariat doivent faire comprendre à celui-ci que les nationalisations aggravent la situation loin de favoriser ses intérêts et ceux de la révolution en général. La consigne d'expropriation doit devenir chaque jour plus compréhensible pour le prolétariat. Nous croyons pour notre part qu'elle l'est déjà dans ce qu'elle a de plus général.

L'internationale n'a pas eu de politique révolutionnaire pendant la guerre, ou plus exactement elle n'a pas eu de politique. Elle sommeillait pendant que ses partis les plus en vue, principalement le SWP suivait une politique complètement opportuniste de « triomphe révolutionnaire » face à la guerre en même temps qu'il s'érigeait en dépositaire de la fidélité au programme (quelle partie du programme est plus importante que la lutte contre la guerre ?) et mettait surtout en avant la défense de l'URSS. Nous disons à ces tendances qui ne sont pas absentes dans le parti français qu'elles ont rompu avec le programme dans ce qu'il a d'essentiel, et que seule une rectification complète, honnête et faite d'une façon critique leur permettra de parler de fidélité au programme sans engendrer la confusion. Mais il existe d'autres tendances dont la fidélité au programme est plus véritable, qui devraient se mettre en garde contre elles-mêmes car elles risquent de permettre que l'internationale tombe entre les mains de tendances opportunistes dangereuses pour sa force organique, ce qui amènerait sa mort idéologique. Notre programme doit être adapté aux changements gigantesques survenus pendant la guerre. C'est là que demeure la fidélité et non dans la répétition inaltérable, et encore moins dans la répétition partielle qui laisse de côté le défaitisme révolutionnaire et interprète le reste sous une forme droitière.

La destruction criminelle de la révolution espagnole par le stalinisme principalement et le commencement immédiat de la guerre impérialiste marque la fin d'une étape qui avait été ouverte par la fin de la guerre impérialiste antérieure et le triomphe de la Révolution russe. Tout a subi des transformations importantes, le vieux capitalisme et la Russie stalinienne, l'attitude générale des masses et leurs idées envers la démocratie bourgeoise et les organisations traditionnelles. L'Europe est une vaste prison, un champ de torture dont les gardiens et les tortionnaires sont tantôt de nationalité allemande et italienne, tantôt américaine, française, anglaise et russe. Une nouvelle étape est née dans l'implacable lutte de notre époque pour trouver une solution révolutionnaire à ces conflits. Notre programme ne peut être le même exactement que lors de l'étape antérieure. S'il veut continuer à être authentiquement révolutionnaire, il doit se modifier.

Nous ne doutons pas un seul instant que la cause fondamentale de la crise du parti français et de l'internationale se réduit aux opportunismes d'hier face à la guerre impérialiste et aux mouvements de résistance et à l'inertie idéologique qui empêcha de changer à temps ce qui était nécessaire. Aujourd'hui, cette inertie continue, sous l'égide de la nouvelle direction mondiale. La crise ne fera qu'empirer si on ne la résout pas en adoptant les changements mentionnés dans cette lettre.

(...) Une fois de plus, la fidélité au trotskysme n'implique pas la répétition littérale de ce que le trotskysme a affirmé hier, en supposant même que ses affirmations ne soient pas déformées d'une façon droitière. La fidélité au trotskysme est la rectification sincère, décidée de quelques affirmations qu'il fit hier. La révolution est aussi révolutionnaire, elle a besoin de modifier et de nier radicalement ses propres affirmations antérieures. Oui, la révolution est révolutionnaire.

À bas le conservatisme « trotskyste ». À bas le fétichisme « trotskyste ». Finissons-en avec la défense inconditionnelle de l'URSS. Pour une internationale idéologiquement ferme et rénovée. Vive la révolution prolétarienne française. Vive la révolution mondiale. Vive la IVe Internationale.

(Bulletin Intérieur du SI de la IVe Internationale, n° spécial, décembre 1947)

• Résolution de la tendance Johnson-Forest (minorité du SWP) « La situation politique mondiale et la IVe Internationale » (extraits) La tâche du congrès mondial

La tâche immédiate de la IVe Internationale consiste à construire les partis de masse de la révolution socialiste mondiale.

En France et en Italie en particulier, des éléments substantiels ont montré que l'époque exige un point de concentration vers lequel peuvent rallier les forces de l'avant-garde qui ont rompu avec la social-démocratie et le stalinisme. L'incapacité de la IVe Internationale fut de ne pas fournir ce point de concentration révolutionnaire. C'est la tâche du congrès mondial d'examiner cette faiblesse d'une façon précise et fondamentale et d'y remédier.

Le résultat d'une décade de crise ayant ébranlé le monde, comprenant la guerre, des révolutions et la chute de grands États, n'a pas été la consolidation de l'avant-garde révolutionnaire autour de la « position trotskyste orthodoxe » comme le prétendent les documents majoritaires incroyablement superficiels et

inamendables. Malgré d'héroïques sacrifices et une adhésion presque unanime à ses principes fondamentaux, la IVe Internationale demeure une secte ébranlée par des tendances opposées.

Le congrès mondial n'accomplira pas ses tâches élémentaires s'il ne reconnaît pas que deux tendances dangereuses ont pénétré profondément dans la IVe Internationale. Une tendance, représentée par l'IKD et les shachtmanistes, se balançant continuellement entre la révolution prolétarienne et un menchevisme implicite et l'autre représentée par l'actuelle minorité française (tendance Parisot) se balançant continuellement entre la révolution prolétarienne et le stalinisme.

La première tendance reflète la puissance de l'impérialisme américain, l'autre, la puissance de la Russie stalinienne. La première tendance est directement réfractée dans le mouvement ouvrier à travers la social-démocratie, l'autre à travers les partis staliniens. Mais, dans le mouvement révolutionnaire, ces deux forces sont unies dans des prémisses théoriques fondamentaux — le scepticisme et le pessimisme sur la capacité du prolétariat dé construire l'ordre socialiste international, unique solution à la crise universelle et représentant les besoins immédiats des masses. Le congrès devra se concentrer sur la lutte contre ces tendances.

La tâche immédiate du congrès mondial

La tâche la plus immédiate du congrès mondial consiste dans la construction de barrières contre toutes les tendances régressives dans l'internationale, aussi bien cachées qu'ouvertes, aussi bien implicites qu'explicites. Cela comprend le rejet de certaines thèses défendues par la majorité de la IVe Internationale elle-même.

1) Le congrès mondial repousse la thèse selon laquelle la victoire de l'impérialisme

américain dans la troisième guerre mondiale se traduira dans la colonisation de la

Russie et permettra à l'impérialisme de survivre pour des décades. En défendant cette

thèse, la majorité de la IVe Internationale :

a) fait particulièrement aujourd'hui de l'agonie du capitalisme une phrase d'agitation

creuse ;

b) ne permet pas au prolétariat et à l'internationale de tirer les leçons de la guerre et de

la barbarie irrémédiable de la société bourgeoise ;

c) encourage la croyance cachée dans la théorie de l'exception américaine et réduit le

potentiel révolutionnaire du prolétariat américain à un simple accessoire du marché

des produits américains ;

d) encourage la conception de la subordination coloniale de tous les grands États par un

impérialisme dominant, ceci n'étant rien d'autre qu'une variante de l'analyse de l'IKD

sur la « question nationale ».

Par cette thèse, la majorité de la IVe Internationale renforcé les théories régressives spécifiques à l'IKD et à Shachtman et renforce des tendances social-démocrates qui tiennent leur source précisément de cette perspective.

En même temps, cette thèse renforce le stalinisme en Russie et au dehors, en représentant la préservation de la propriété nationalisée en Russie, et non la révolution prolétarienne, comme le seul obstacle à la continuité du capitalisme et sa barbarisation du monde. Ainsi cette thèse n'est qu'une autre variante des prémisses fondamentaux de la minorité française.

2) Le congrès mondial repousse la thèse de la majorité de la IVe Internationale selon

laquelle la guerre n'est possible qu'après la défaite du mouvement prolétarien du

monde entier. Il faut lier à cela la thèse que le prolétariat en Europe occidentale n'est

pas en danger d'une contre-révolution pour longtemps.

Ces thèses :

a) sont en contradiction avec toute l'expérience de notre époque en tant qu'époque de

guerres impérialistes et de révolutions prolétariennes ;

b) repoussent l'expérience de la Première Guerre mondiale et de la Seconde Guerre

mondiale et du rythme accéléré du développement dans toutes les sphères ;

c) ignorent les rapports dialectiques de révolution et de contre-révolution (la guerre y

comprise) dans toutes les époques modernes et particulièrement dans la nôtre ;

d) désarment le prolétariat devant la poussée impérialiste vers la guerre et montre un

manque de sérieux sur l'une des plus importantes questions, la guerre impérialiste.

2) Le congrès repousse sans équivoque la découverte soudaine par la majorité de la IVe

Internationale que « dans les conditions favorables actuelles, il est nécessaire de

démontrer notre, programme dans l'action. Autrement, nous sommes en danger de

stagnation et de déclin » (projet de résolution, novembre 1947).

Imposer comme perspective à des partis de la taille de ceux de la IVe Internationale

qu'un « parti révolutionnaire de masse ne peut se construire que dans l'action »

comme alternative contre la stagnation et le déclin est dans les circonstances

concrètes non pas la répétition d'une vérité mais un signe de démoralisation et le

début d'une tendance politique distincte qui doute de ses capacités de gagner les

éléments d'avant-garde dans le prolétariat par une lutte intransigeante pour le

programme révolutionnaire.

4) Le congrès repousse toutes les suggestions et analyses tendant à montrer que les

partis communistes ont, en tant qu'organisations, atteint une indépendance

quelconque et plus grande qu'en 1939 vis-à-vis du Kremlin.

La fausse perspective de la IVe Internationale avant la Seconde Guerre mondiale

Le congrès mondial reconnait que ses perspectives de développement mondial et de son propre renforcement politique durant la période commençant avec la Seconde Guerre mondiale se sont avérées fausses par une série d'erreurs théoriques fondamentales sur le développement de forces sociales et politiques fondamentales de notre époque. Ces erreurs ne sont pas des erreurs de simple prédiction concrète (qui sont inévitables et jamais décisives). Elles comprennent les perspectives fondamentales sur lesquelles fut fondée l'internationale.

1) La IVe Internationale déclarait dans son programme, comme résultat d'une analyse

fondamentale de plusieurs années, qu'il y avait des tendances grandissant de façon

ininterrompue dans la bureaucratie russe vers la restauration de la propriété privée en

Russie. Cette théorie s'est avérée fausse. La bureaucratie stalinienne n'est d'aucune

façon un agent de l'impérialisme mondial. Elle n'a pas montré une tendance

d'« assimilation » ni au fascisme Classique ni à la démocratie bourgeoise.

2) La IVe Internationale déclarait comme résultat d'une analyse fondamentale de

plusieurs années, que les partis nationaux de la IIIe Internationale s'étaient réconciliés

avec leur propre bourgeoisie et qu'en tant qu'organisation, s'avéreraient ainsi dans la

crise d'une guerre. Ceci s'est avéré être absolument faux. À partir de ces théories, la IVe

Internationale prédisait son renforcement dans les perspectives suivantes de

développement dans la crise révolutionnaire.

a) Les forces de contre-révolution et de révolution seraient polarisées autour de la

défense ou de l'attaque contre l’État national et de la propriété privée bourgeoise,

deux conceptions qui sont liées ensemble de façon répétée dans son analyse. La

division fondamentale du monde était entre la propriété nationalisée réalisée pour

la première fois en Russie et la propriété privée de la bourgeoisie mondiale.

b) La contre-révolution se révélerait être la bourgeoisie mondiale et ses agents. Ces

agents étaient la bureaucratie restaurationniste, la IIe Internationale et la IIIe

Internationale. Ces forces de la contre-révolution seraient liées ensemble dans la

défense de la propriété privée en dehors de la Russie et sa restauration â l'inté-

rieur de la Russie.

c) Les

principales

forces

révolutionnaires

seraient

dans

le

prolétariat

révolutionnaire à l'échelle mondiale, lié à la « conscience socialiste » du prolétariat

russe, dans la défense de la propriété nationalisée en Russie et pour le

renversement de la propriété privée en dehors de la Russie.

d) La IVe Internationale, par sa défense de la propriété nationalisée en Russie et sa

politique de « défaitisme révolutionnaire » vis-à-vis de la guerre impérialiste, se

préparait à prendre la direction des forces révolutionnaires à travers le monde et

particulièrement contre la bureaucratie stalinienne et la IIIe Internationale, agent de

l'impérialisme mondial.

Le congrès mondial déclare que, pour sa propre existence, il est vital d'adopter les prémisses suivants, prouvés par l'histoire même de la IIIe Internationale :

1) La nationalisation de la propriété et la défense de la propriété nationalisée ne

doivent nulle part être mis à l'égal de la lutte pour la révolution prolétarienne.

2) L'histoire a montré qu'une organisation politique mondiale, basée sur le prolétariat

peut fonder sa politique sur la « défense de la propriété nationalisée » incluant si

nécessaire la répudiation de la propriété privée bourgeoise, de l'État national

bourgeois et de la défense nationale, sans cesser pour cela de devenir l'ennemi de la

révolution prolétarienne internationale.

La tache théorique de l'internationale est de reconnaître ces développements et de les placer sur une base économique et sociale inébranlable. La IVe Internationale doit prendre à cœur les mots de Lénine, préfaçant l'analyse économique de l'impérialisme et répétés incessamment dans les premiers cours de la fondation de la IIIe Internationale :

« Pas le moindre progrès ne peut se faire vers la solution des problèmes pratiques du mouvement communiste et de la révolution sociale imminente à moins que les rôles économiques de ces phénomènes (la dégénérescence de la IIe Internationale) soient compris et à moins que leur signification politique et sociologique soit appréciée. »

La politique de la révolution sociale

La IIIe Internationale est née du développement logique de l'internationalisation des masses opprimées et du renforcement des luttes de classe en opposition fondamentale aux castes sociales. Aujourd'hui, la consolidation de ce garde du corps du capital d'État est accompagnée de transformations qualitatives dans tous les aspects qui préparèrent la base révolutionnaire de la IIIe Internationale. Les masses travailleuses sont totalement internationalisées objectivement par les conditions de la production bourgeoise et de la politique bourgeoise.

Ce prolétariat, éduqué par les nouvelles conditions de la production bourgeoise et de la politique bourgeoise, a développé maintenant une qualité spécifique de cette génération. Il a montré maintenant qu'il se révolte non seulement contre les maux de la superstructure de la société bourgeoise mais contre la production capitaliste elle-même. Il est objectivement allié à des dizaines de millions de petits-bourgeois paupérisés et des centaines de millions de coloniaux, décidés à rompre l'oppression impérialiste. La IVe Internationale doit donc éduquer ses cadres en rapport avec ces vastes masses révolutionnaires et la garde prétorienne du capital. La « trahison » par la caste bureaucratique, son existence même, ne doivent pas être expliquées autrement que par la nécessité au capital de supprimer cette immense force révolutionnaire rassemblée maintenant dans les masses du monde, et de maintenir le prolétariat en tant que prolétariat. Ceci doit être le fondement théorique du programme révolutionnaire transitoire. Sans cela, il n'y a pas de base sociale pour dénoncer révolutionnairement la caste bureaucratique. On considère que la caste bureaucratique agit simplement par « stupidité, intentions malicieuses ou erreurs » (Lénine). Dans de telles circonstances, la IVe Internationale ne peut être considérée que comme une direction politique de remplacement et la nécessité de son existence même est mise en doute non seulement par le prolétariat mais par ses propres membres qui commencent à regarder du côté de la IIe et de la IIIe Internationale.

Le programme de la IVe Internationale

Sur cette base théorique, le programme immédiat de la IIIe Internationale consiste à mobiliser le prolétariat pour la destruction du pouvoir des administrateurs « ouvriers » du capital dans le processus de production et de substituer à ces administrateurs le contrôle ouvrier du processus de production.

La lutte pour l'organisation du prolétariat dans les comités d'usine et une milice ouvrière fut le programme de la mobilisation révolutionnaire pour plus d'une génération. Ce fut le sens même du programme transitoire. Mais précisément le développement des rapports de classes et la transformation de la caste bureaucratique d'une arme politique en administrateurs de la production capitaliste, transforme ces mots d'ordre en une nécessité pratique de la politique révolutionnaire. Le mot d'ordre pour la milice ouvrière, l'armement de tout le peuple et la suppression de forces armées spéciales prend une validité spécifique à cause de la fusion entre l'appareil industriel et l'appareil militaire. Ces mots d'ordre ne naissent pas d'une quelconque crise révolutionnaire ultime, mais du caractère des conditions imposées au prolétariat par l'étatisation de la production. La crise révolutionnaire est concrètement permanente.

La lutte pour le socialisme international

Le prolétariat international est historiquement le porteur du socialisme international. Aujourd'hui, la production et la politique bourgeoise ont poussé le prolétariat à reconnaître concrètement que seule la reconstruction internationale de l'économie peut sauver la société. La tâche de la IVe Internationale est de montrer cette nécessité au prolétariat mondial. La IVe Internationale doit montrer concrètement au prolétariat aujourd'hui (si pas aujourd'hui, alors quand ?) son plan pour la reconstruction socialiste internationale de l'économie mondiale.

Le stimulant le plus puissant pour la consolidation de l'avant-garde en Europe et sa conversion en un point de ralliement et de concentration politique pour des éléments révolutionnaires est la démonstration concrète que l'avant-garde du prolétariat américain offre vigoureusement et concrètement au prolétariat d'Europe et d'Amérique une alternative à la domination impérialiste.

Depuis 1943, la IVe Internationale fut sans cesse avertie de la nécessité de donner une expression aussi concrète que possible au mot d'ordre des États-Unis socialistes d'Europe. C'est précisément parce qu'elle n'a pas su faire cela qu'elle subit et continue à subir toute une série de sérieux coups.

a) Elle a permis à la bourgeoisie et à la bureaucratie stalinienne de prendre l'initiative à

travers un « internationalisme » falsifié, contre-révolutionnaire, mais de toute façon

concret.

b) Elle laisse le prolétariat désarmé politiquement vis-à-vis de l'intervention

théoriquement et pratiquement forte de la bourgeoisie américaine et du Kremlin

dans tous les aspects de l'économie et de la politique européenne.

c) Sans un propre plan concret opposé au Plan Marshall, elle ne permet pas seulement

aux administrateurs « ouvriers » du capital américain de se poser en apôtres de

l'internationalisme et d'aide prolétarienne fraternelle. Par sa façon abstraite de

présenter la stratégie des États-Unis socialistes d'Europe, elle s'abaisse à n'être qu'un

honteux suiveur de la puissante opposition stalinienne, et de plus encourage les

tendances pro-staliniennes.

d) L'absence d'un plan qui inclut l'économie russe sous le contrôle du prolétariat russe

laisse le prolétariat russe, le prolétariat d'Europe orientale et les troupes d'occupation

russes sans la moindre parcelle de perspective opposée aux deux impérialismes, sème

des illusions sur la viabilité de l'économie russe et facilite de plus la pénétration dans

le mouvement des mensonges sans pareil et des falsifications par la propagande

stalinienne.

Dans les pays coloniaux, la IVe Internationale est mise devant la même nécessité de concrétiser devant l'avant-garde des plans pour des fédérations régionales et la reconstruction économique intégrée sur une base socialiste.

La répétition de perroquet à la fui de chaque résolution, de chaque article et de chaque discours que seuls les États-Unis socialistes d'Europe peuvent sauver l'Europe est une abstraction, non seulement inutile mais objectivement, comme toutes les abstractions, une aide aux plans et à la propagande réactionnaire de la bourgeoisie pour les « États-Unis d'Europe ».

Revendications immédiates et pouvoir ouvrier

Dans cette période, les revendications fondamentales des masses sont et demeureront la lutte pour les nécessités élémentaires de la vie, la lutte contre le coût élevé de la vie, la lutte contre la guerre qui dominent les perspectives immédiates des masses européennes. Mais c'est tromper grandement et criminellement le prolétariat que de lui laisser des illusions sur la possibilité de conquérir ces revendications en dehors d'une mobilisation révolutionnaire et du renversement de la société bourgeoise. Des revendications partielles exigent des solutions totales.

Comme cela fut indiqué au IIIe Congrès de l'IC lors de la profonde crise révolutionnaire de la société bourgeoise, tous les mots d'ordre qui ne visent pas à la mobilisation et à l'organisation du prolétariat pour l'action révolutionnaire mènent inévitablement au retour à la politique du « programme minimum » de la social-démocratie.

Dans toutes les crises révolutionnaires, les énergies et l'intransigeance révolutionnaire du prolétariat sont affrontées par les classes intermédiaires qui cherchent à les corrompre et à les désagréger. Aujourd'hui, cela se produit à travers la bureaucratie ouvrière et ses alliés petits-bourgeois, qu'ils soient dirigés par le stalinisme ou la social-démocratie. Ainsi, l'arme politique fondamentale contre les instincts révolutionnaires du prolétariat consiste dans la tromperie sur les « nationalisations » et l'« économie planifiée ». La tâche de la IVe Internationale consiste à briser cette propagande sciemment trompeuse en faisant une distinction intransigeante entre les nationalisations bourgeoises et les nationalisations prolétariennes comme le fit la IIIe Internationale de Lénine entre la démocratie bourgeoise et la démocratie prolétarienne.

Même des mots d'ordre comme les nationalisations' liées au contrôle ouvrier, pour un gouvernement des ouvriers et des paysans, etc., même le mot d'ordre pour la confiscation de la propriété de la bourgeoisie sèment des illusions démocratiques et pacifiques dans les masses à moins qu'ils ne soient utilisés dans la plus stricte subordination à l'auto mobilisation du prolétariat.

La stratégie de la révolution mondiale A. La révolution européenne.

La stratégie léniniste de la révolution européenne durant la Première Guerre mondiale envisageant comme perspective générale théorique algébrique la possibilité (non la nécessité) de l'établissement du pouvoir prolétarien dans un État et l'organisation initiale de la production socialiste comme préliminaire et comme pont vers la lutte pour les États-Unis socialistes d'Europe.

Les

conditions

économiques

concrètes

de

la

Seconde

Guerre

mondiale, l'internationalisation de la production et de la politique bourgeoise, la dégénérescence de la société bourgeoise ont imposé à l'avant-garde prolétarienne un changement qualitatif de sa stratégie générale.

La IVe Internationale considère toujours les grands mouvements des masses dans l'état actuel concret du développement. Elle lutte pour la coordination des actions révolutionnaires du prolétariat dans les différents pays. Elle montre concrètement au prolétariat de France, d'Italie et d'Espagne la nécessité d'aider le prolétariat allemand. Elle inculque à l'avant-garde la conception qu'une grève générale révolutionnaire, par exemple en France, doit préparer et influencer le prolétariat allemand ; qu'une prise révolutionnaire des usines en France ou en Italie doit être accompagnée d'une préparation du prolétariat allemand à prendre les usines dans la Ruhr. Elle prépare sans cesse le prolétariat pour de grandes actions de masse indépendamment des limites nationales et accomplies d'une façon révolutionnaire sur une échelle correspondant à celle de la brutalité barbare avec laquelle les puissances impérialistes ont dispersé les populations d'Europe.

Avec les prochaines élections en Italie, suivant de près les événements en Tchécoslovaquie, l'Europe fait un autre pas important sur l'échelle nationale et internationale. La combinaison de mobilisation constitutionnelle et extra-parlementaire se pose avec une acuité et une clarté extrême, les élections italiennes devraient être le centre d'une agitation internationale, appelant les ouvriers italiens non seulement à voter, mais en même temps à agir directement, comme en France en 1936. En même temps, la IVe Internationale, particulièrement en Europe occidentale, devrait faire de l'agitation pour l'action de masse afin de soutenir les ouvriers italiens. Cette sorte d'agitation et de propagande internationales sont la seule base sur laquelle l'internationale peut exprimer journellement et heure par heure les besoins et élans révolutionnaires internationaux des masses et être élevée par celles-ci à leur direction.

Dans l'état actuel des rapports entre la production et la politique, la IVe Internationale lie toujours la mobilisation révolutionnaire du prolétariat pour la prise du pouvoir avec la mobilisation révolutionnaire des masses comme base économique pour la production socialiste. De ce fait, la révolution devient permanente et embrasse dans un tout concret les revendications les plus immédiates et la plus grande tâche historique.

La IVe Internationale se dirige toujours en reconnaissant que dans cette période le contenu international de la lutte prolétarienne dépasse les formes nationales et n'est « nationale que dans la forme » et que l'existence des activités internationales du mouvement ouvrier ne dépend nullement de l'existence ou de l'influence d'une internationale révolutionnaire des ouvriers.

Si durant la Seconde Guerre mondiale la clé stratégique de la révolution européenne et du maintien par la IVe Internationale d'une perspective révolutionnaire inébranlable fut la reconnaissance du potentiel révolutionnaire du prolétariat allemand sous Hitler, dans la période actuelle, la IVe Internationale ne peut se construire fermement que sur la reconnaissance stratégique de l'immense potentiel révolutionnaire inhérent au prolétariat russe et américain à cette étape de la centralisation du capital et socialisation du travail.

B. La stratégie révolutionnaire et la révolution russe.

Aujourd'hui, la centralisation du capital européen et la pénétration de l'Armée rouge dans le cœur de l'Europe ont rendu insignifiant le danger de la restauration des koulaks et ont fait du prolétariat russe et des masses de paysans organisés dans l'Armée rouge une partie intégrante de la lutte concrète à l'échelle internationale pour la prise révolutionnaire du pouvoir et sa transformation ininterrompue en production socialiste. La tâche aujourd'hui et désormais consiste dans l'intégration des forces révolutionnaires européennes, particulièrement en Europe occidentale et centrale, avec le prolétariat russe. À l'intérieur et à l'extérieur de la Russie, les grandes masses opprimées d'Europe, brûlant d'indignation devant l'oppression totalitaire, chercheront à détacher de la NKVD, la bureaucratie du Kremlin, la caste des officiers, et de leurs satellites coloniaux bureaucratiques des grandes masses de paysans et ouvriers russes.

Le mot d'ordre de la révolution à l'intérieur de la Russie, tout en étant affecté par le développement historique de la Russie, ne différera pas essentiellement de ceux d'Europe occidentale, étant guidé par la même nécessité de l'organisation indépendante des ouvriers pour la prise du pouvoir d'État et l'établissement de l'unité ouvrière sur une échelle internationale, afin de résoudre les problèmes les plus immédiats.

Si la troisième guerre mondiale n'est pas évitée par la révolution prolétarienne et prend son cours prévu, les vastes forces révolutionnaires fondamentales en Europe seront plus ou moins rapidement transformées en une armée internationale du mouvement de résistance. Aujourd'hui, l'avant-garde révolutionnaire a comme tâche de préparer l'action internationale sincère des forces révolutionnaires et de briser le pouvoir du Kremlin et de ses satellites.

La IVe Internationale est avertie une fois de plus que :

1) Toute l'expérience depuis la Seconde Guerre mondiale montre que ce fut le

Kremlin, l'Armée rouge et leurs forces satellites qui empêchèrent la destruction de

l'appareil d'État bourgeois et la création d'une unité du prolétariat européen

s'étendant irrésistiblement.

2) En basant sa politique spécifiquement européenne sur la nécessité de la « défense

militaire » de la propriété nationalisée de l'URSS à moins qu'il y ait un mouvement

révolutionnaire concret et malgré tous ces efforts, la majorité de la IVe

Internationale subordonne toute l'Europe à l'aide, par tous les moyens, de la

victoire de l'Armée rouge.

La majorité de la IVe Internationale se coupe de la lutte indépendante pour le

renversement de la bureaucratie stalinienne, en posant comme limite définitive à

cette lutte l'éclatement effectif de la guerre et parce qu'elle doit être dirigée dans la

politique par la préparation indispensable pour la « victoire militaire » qui

aujourd'hui comprend tous les aspects de l'économie.

3) En reléguant sans équivoque le prolétariat russe à la passivité révolutionnaire,

excepté un stimulateur de l'extérieur, la majorité de la IVe Internationale prépare

inévitablement des tendances dans ses propres rangs qui répéteront essentiellement

la politique démoralisante du IKD et du Workers Party durant la Seconde Guerre

mondiale, politique née de la conception que le totalitarisme empêchait le prolétariat

allemand de renverser Hitler.

4) Elle impose au prolétariat américain la nécessité de faciliter la « victoire militaire »

de l'URSS jusqu'au moment où celle-ci est prête pour la lutte révolutionnaire.

C. La lutte pour la révolution américaine.

Dans les formes de propriété bourgeoise, l’État américain a atteint un stade avancé d'étatisation, et également dans la forme d'organisation syndicale et de soumission politique aux partis capitalistes, le prolétariat américain a développé une hostilité sociale et politique contre la société bourgeoise concentrée essentiellement clans sa résistance de plus en plus déterminée contre le processus même de la production capitaliste et son cynisme concernant la politique bourgeoise.

L'aspect essentiel de la politique américaine, c'est la terreur bourgeoise et petite-bourgeoise vis-à-vis de ce vaste potentiel du prolétariat pour l'action révolutionnaire de masse. Plus que les autres, la bureaucratie ouvrière connaît les sentiments et le pouvoir du prolétariat. Elle tente désespérément à maintenir le statu quo dans toutes les sphères. Elle craint que la moindre dislocation du processus normal dans la politique et l'industrie peut déchaîner une avalanche qu'elle ne pourrait contrôler.

L'absence d'une organisation politique traditionnelle du prolétariat, tout en étant dans un certain sens une faiblesse, ne décroît nullement le potentiel révolutionnaire du prolétariat américain. Politiquement, la bureaucratie ouvrière aux États-Unis, comme la bourgeoisie tsariste, est arrivée trop tard pour renforcer une discipline et créer une base quelconque pour la domination politique du prolétariat américain comme cela fut le cas en Grande-Bretagne.

Le vent de la crise peut pousser la bourgeoisie à incorporer la bureaucratie ouvrière dans l'appareil gouvernemental — une carte qu'elle tient toujours en réserve. Le vent de la crise peut même forcer la bureaucratie ouvrière à former un parti ouvrier indépendant.

La grande force sociale et révolutionnaire du prolétariat américain est dans la production. Son pouvoir de créer et de développer sa propre organisation politique viendra de sa poussée révolutionnaire et de sa capacité organisationnelle nationale basée sur le processus capitaliste de la production.

Le plus grand danger pour le mouvement aux États-Unis consiste dans son attitude vis-à-vis du prolétariat américain et dans le fétichisme parlementaire vis-à-vis du parti ouvrier. Loin de montrer une exception, la situation objective aux États-Unis, derrière une mince couche de formes traditionnelles, montre tous les traits révolutionnaires inhérents dans le capitalisme d'État.

Heureusement que Trotsky, qui était en contact étroit avec le mouvement américain durant ses dernières années, a laissé un héritage précieux de discussions, d'observations, etc. concernant la révolution américaine. Tout cela constitue aujourd'hui l'héritage le plus précieux pour toute l'internationale.

D. Le capital et l'état permanent de la crise révolutionnaire.

Dans l'étape actuelle de l'impérialisme, la crise révolutionnaire est permanente. La IVe Internationale doit donc se garder d'interpréter la tendance de passivité du prolétariat, dans n'importe quelle période, comme un signe de retour au programme minimum et de revendications partielles.

Précisément, la situation objective créée par la barbarie capitaliste exige la plus grande vigilance de la part de la IVe Internationale pour accomplir des reculs tactiques sans d'aucune sorte désarmer le prolétariat et le parti devant le caractère révolutionnaire permanent de la production étatiste et la désintégration de la société capitaliste.

Le congrès mondial forme une commission internationale pour mettre à jour et adapter le Programme de transition au monde d'après-guerre.

La construction de la IVe Internationale

La lutte contre l'opportunisme. La base théorique de l'opportunisme est la conception qu'à l'échelle internationale le capitalisme peut résoudre des contradictions et modérer ses antagonismes. L'opportunisme de la période de la Première Guerre mondiale était basé sur la théorie de l'ultra-gauchisme de Kautsky.

Le léninisme y opposait la théorie de l'antagonisme croissant. Aujourd'hui, le conflit entre les deux impérialismes a changé qualitativement la théorie opportuniste de l'ultra-impérialisme. L'opportunisme stalinien est basé sur la théorie que le monde peut être organisé par la victoire de l'impérialisme russe. Ceci trouve son expression dans l'opportunisme de l'actuelle minorité française qui prend maintenant les mesures liquidatoires correspondant à ses prémisses théoriques. L'opportunisme social-démocratique est basé sur la conception que la victoire de l'impérialisme américain pourra organiser la société et modérer ses antagonismes. Ceci s'exprime dans le mouvement révolutionnaire dans les tendances parlant du « point mort » de la « stabilisation », du « boom économique » et dans la politique souvent menchevique, afin que l'avant-garde révolutionnaire ait « le temps de construire le parti révolutionnaire » et puisse éduquer les masses pour les sortir de leur état arriéré, etc. À cet opportunisme dans la politique extérieure correspond le sectarisme dans la politique intérieure du parti incluant tout (Shachtman), dans lequel de petits groupes et de petites sectes s'occupent essentiellement non pas avec la lutte de classe contre la bourgeoisie, mais avec la protection de la vie idéologique des minorités à l'intérieur du mouvement révolutionnaire.

La pression de deux impérialismes en conflit s'exprime sous deux formes dans la IVe Internationale. L'une par la peur que le stalinisme organise le monde et qui voit une organisation temporaire et une stabilisation par l'impérialisme américain. L'autre substituant à cette théorie menchevique de stabilisation temporaire pour le capital américain la théorie du « caractère progressif » de l'expansion stalinienne. La dernière résolution de la majorité de la IVe Internationale montre que ces tendances opposées sont tellement incorporées dans la politique de la majorité de la IVe Internationale qu'elle incarne maintenant essentiellement la capitulation combinée de deux tendances, c'est-à-dire en dernière analyse la capitulation devant les deux impérialismes concurrents. La lutte dans l'internationale continuera jusqu'à ce qu'elle trouve une base révolutionnaire absolument claire indépendante du duel impérialiste. La majorité ne pourra imposer qu'une discipline formelle sur les tendances divergentes. Elle sera incapable de consolider les cadres révolutionnaires que développe le capitalisme lui-même. Plus elle cherche à attirer et à regrouper les éléments d'avant-garde cherchant à rompre avec le stalinisme et la social-démocratie sans pouvoir les consolider sur une base politique ferme distinguant la IVe Internationale des IIe et IIIe Internationales, plus les tendances à l'intérieur de la IVe Internationale représentant la capitulation devant ces deux forces se renforceront.

• Motion sur le Programme de transition en ce qui concerne le stalinisme, de Bergson et Chaulieu

À la lumière des événements pendant et après la Seconde Guerre mondiale, le congrès désigne une commission internationale chargée de mettre à jour le Programme de transition sur les points suivants :

Le caractère social-patriote des partis staliniens •

Le programme de transition comprend les passages suivants :

« L'internationale communiste est entrée dans la voie de la social-démocratie à l'époque du capitalisme pourrissant, alors qu'il ne peut plus être question de réformes sociales systématiques ni de l'élévation du niveau de vie des masses ; alors que la bourgeoisie reprend chaque fois de la main droite le double de ce qu'elle a donné de la main gauche (impôts, droits de douane, inflation, « déflation », vie chère, chômage, réglementation policière des grèves, etc.) ; alors que chaque revendication progressiste de la petite bourgeoisie conduit inévitablement au-delà des limites de la propriété capitaliste et de l’État bourgeois. » (p. 24, éditions de la Taupe rouge, 1977)

« La IIe Internationale répète sa politique de trahison de 1914 avec d'autant plus d'assurance que l'Internationale "communiste" joue maintenant le rôle de premier violon du chauvinisme. » (p. 43)

« La politique actuelle de l'IC en Espagne et en Chine — politique qui consiste à ramper devant la bourgeoisie "démocratique" et "nationale" — démontre que l'IC, elle non plus, n'est plus capable d'apprendre quelque chose ou de changer. » (p. 65)

Le caractère restaurationniste de la bureaucratie stalinienne

Le Programme de transition comprend les passages suivants :

« Le pronostic politique a un caractère alternatif : ou la bureaucratie, devenant de plus en plus l'organe de la bourgeoisie mondiale dans l’État ouvrier, renversera les nouvelles formes de propriété et rejettera le pays dans le capitalisme ; ou la classe ouvrière écrasera la bureaucratie et ouvrira une issue vers le socialisme. » (p. 61) « Les éléments fascistes, et en général contre-révolutionnaires, dont le nombre augmente sans cesse, expriment de façon de plus en plus conséquente les intérêts de l'impérialisme mondial. Ces candidats au rôle de compradores pensent, non sans raison, que la nouvelle couche dirigeante ne peut assurer ses positions privilégiées qu'en renonçant à la nationalisation, à la collectivisation et au monopole du commerce extérieur, au nom de l'assimilation de la "civilisation occidentale", c'est-à-dire du capitalisme. » (p. 61)

« Le prolongement de sa domination ébranle chaque jour davantage les éléments socialistes de l'économie et accroît les chances de restauration capitaliste. C'est dans le même sens qu'agit aussi l'Internationale communiste, agent et complice de la clique stalinienne dans l'étranglement de la révolution espagnole et dans la démoralisation du prolétariat international. » (p. 62)

« C'est de là, c'est-à-dire de la droite, qu'on peut s'attendre, dans la prochaine période, à des tentatives de plus en plus résolues de réviser le régime social de l'URSS en le rapprochant de la "civilisation occidentale", avant tout de sa forme fasciste. Cette perspective rend fort concrète la question de la "défense de l'URSS". » (p. 62)

Dans son travail de mise à jour du Programme de transition sur ces deux points importants, le congrès mondial reconnaît :

a) que la bureaucratie stalinienne n'est en aucune manière un agent de l'impérialisme

mondial et n'a manifesté aucune tendance, dans quelque sens que ce soit à

« l'assimilation » ni au fascisme classique, ni à la démocratie bourgeoise ;

b) que les partis nationaux de la IIIe Internationale ne se sont en aucune manière

réconciliés avec leur propre bourgeoisie et, en tant qu'organisations, ne se sont pas

avérés comme tels au cours de la guerre ;

c) que la nationalisation de la propriété et la défense de la propriété nationalisée ne

doivent nulle part être identifiées à la lutte pour la révolution prolétarienne. L'histoire

a démontré qu'une organisation politique de caractère mondiale, basée sur le

prolétariat, ne peut fonder sa politique sur la « propriété nationalisée », y compris là où

cela est nécessaire, par la répudiation de la propriété privée bourgeoise, de l’État

bourgeois national et de la défense nationale, sans pour cela cesser d'être l'ennemi de

la révolution prolétarienne internationale.

— Motion de Walter : approbation de la ligne générale du texte de la commission incluant les

amendements en accord avec la ligne générale. 23 pour, 5 contre (Bergson, Munis, Chaulieu,

Haston

— avec déclaration —, Hunter), 4 abstentions (Dan, Edouard — 2 —, Barois). Armstrong

et Filiatre étaient absents.

Vote consultatif : 8 pour (déclaration de Capa), 1 contre (Pedro).

— Amendements du RCP : 3 pour (Dan, Haston, Hunter, René pour le premier point), 29

contre. Vote consultatif : I pour (Capa), 7 contre, 1 abstention (Andersen).

— Amendements de Dan, Haston, Hunter, Capa : 3 pour (Dan, Haston, Hunter), 28

contre, I abstention (Ernesto).

Vote consultatif : 1 pour (Capa), 7 contre, I abstention (Andersen).

— Résolution Chaulieu-Bergson : 2 pour (Chaulieu, Bergson),

26 contre, 4 abstentions (Ernesto, Edouard — 2 —, Barois).

Vote consultatif : 9 contre.

— Motion de Munis : 1 pour (Munis), 27 contre, 4 abstentions (Bergson, Ernesto,

Chaulieu, Barois).

Vote consultatif : 9 contre.

— Résolution de la tendance Johnson-Forest : 2 pour (Bergson, Chaulieu avec réserves), 27 contre, 3 abstentions (Ernesto, Poète, Barois).

Vote consultatif : 9 contre.

— Motion sur le Programme de transition de Bergson et Chaulieu :

2 pour (Chaulieu, Bergson), 24 contre, 6 abstentions (Ernesto, Le Van, Poète, Edouard — 2 —, Barois).

Vote consultatif : 9 contre.

Source : Rodolphe Prager (dir.), Les congrès de la IVe Internationale, t. 3, p. 92–118 (La Brèche, 1978-1989 ; éd. numérique 2022).

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