Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

Résolution sur l'évolution des pays du « glacis » (VIIe Plénum du CEI, 9-18 avril 1949)

9-18 avril 1949 · 1948-1950 : la crise yougoslave, l’évolution du « glacis » soviétique et la révolution chinoise · 6 239 mots

In English: Title: Resolution on the Evolution of the Countries of the "Buffer Zone" ["glacis"] — traduction assistée par machine.

1. Au cours de l'année 1948, d'importants changements se sont produits en Europe

orientale. La nationalisation de l'industrie du système bancaire et du système de

communications et des transports a été pratiquement complétée en Bulgarie, en

Yougoslavie et en Tchécoslovaquie ; elle est en voie d'achèvement en Pologne et en

Hongrie et est largement entamée en Roumanie. Le commerce de gros se trouve

également en voie d'étatisation dans la plupart de ces pays. Seuls le commerce de détail

et l'agriculture restent encore dans leur majeure partie entre les mains de proprié-

taires privés. Le développement du système de coopératives dans ces deux domaines

a été de plus en plus soustrait à l'influence des éléments bourgeois à la suite d'une

intervention étatique accentuée, mais il continue de se mouvoir dans le cadre de la

petite production capitaliste. Enfin, le commerce extérieur, pratiqué dans sa plus

grande partie par des firmes étatiques, continue à dépendre largement, surtout dans

les pays les plus avancés du « glacis » (Pologne, Tchécoslovaquie, Hongrie), des

relations avec les pays occidentaux, parmi lesquels la Grande-Bretagne tend à se sub-

stituer aux États-Unis en tant que fournisseur et client le plus important. L'évolution

de la Finlande et des zones d'occupation soviétique en Allemagne et en Autriche, qui

font également partie du « glacis stratégique » de l'URSS, a cependant été fort différente

de celles des autres pays du « glacis » et doit être traitée à part.

2. Aux changements économiques mentionnés ci-dessus correspond une série de

changements politiques et idéologiques fort significatifs. Les derniers partis

politiques d'opposition ont été éliminés dans tous ces pays (à nouveau, exception

faite pour la Finlande et les zones d'occupation en Allemagne et Autriche qui

connaissent une évolution distincte). La liquidation de la social-démocratie

indépendante s'y est achevée avec la fusion du PPS et du PPR en Pologne. Les derniers

mois ont été marqués par l'attaque contre toute église indépendante de l’État, dernier

centre de ralliement potentiel d'une opposition politique. La totalitarisation de la vie

sociale s'est ainsi terminée, privant en premier lieu le prolétariat, la seule classe qui a

gardé un minimum de cohésion sociale dans ces pays en pleine transformation, de

toute possibilité d'expression pour ses préoccupations et ses intérêts. En même temps,

les partis staliniens ont opéré un tournant idéologique. Au lieu de caractériser, comme

par le passé, les pays du « glacis » comme des pays transitoires entre le « capitalisme »

et le « socialisme », ils caractérisent maintenant aussi bien l’État que l'économie de ces

pays de « socialistes ». Ce tournant idéologique a été achevé par la nouvelle thèse qui

identifie le régime de la « démocratie populaire » à la « dictature du prolétariat », en

opposition flagrante à toutes les affirmations passées.

En même temps, les contradictions sociales, violemment comprimées par la dictature

stalinienne, ont commencé à s'exprimer à l'intérieur même des partis staliniens, créant

les menaces les plus sérieuses à la fois pour le monolithisme du stalinisme

international (rapports avec le Kremlin) et pour celui des différents partis staliniens

des pays du « glacis ». Les méthodes absolutistes et bureaucratiques ainsi que

l'orientation fondamentale de la bureaucratie soviétique, piétinant les intérêts les plus

immédiats des masses et de l'économie du « glacis » à son profit, ont provoqué une

tension telle à l'intérieur même de l'appareil stalinien qu'elle a obligé le Kremlin à

passer à l'action préventive (Tito) ou à une réaction terroriste contre des éléments

dirigeants de l'appareil du « glacis » (Koce, Kostov). Cette crise du stalinisme ne pourra

que s'étendre et s'approfondir au fur et à mesure que s'exacerberont les contradictions

économiques, sociales et nationales dans le « glacis » et que le Kremlin tente d'imposer

partout son contrôle absolu et direct sur les partis communistes.

I. Les étapes dans l'évolution du « glacis »

3. Comme l'indiquent les thèses sur « L'URSS et le stalinisme » adoptées par le IIe

Congrès mondial de la IVe Internationale, la situation particulière des pays du

« glacis » est fonction d'une série de développements historiques particuliers dans

ces pays :

a) l'affaiblissement (Finlande, Roumanie, Hongrie, Bulgarie) ou la quasi-disparition

(Pologne, Yougoslavie, Tchécoslovaquie) des anciennes classes possédantes et

l'écroulement de leur appareil étatique au cours de la guerre, des défaites

militaires, de l'occupation nazie, des guerres de partisans, de l'occupation russe,

etc. ;

b) le poids économique, politique et militaire décisif obtenu par l'URSS dans ces pays

à la suite de ses victoires militaires ;

c) la montée révolutionnaire se développant dans certains de ces pays parallèlement

à la liquidation de la guerre (Yougoslavie, Pologne, Tchécoslovaquie, Bulgarie) ; la

canalisation

(Yougoslavie,

Bulgarie)

ou

l'étranglement

(Pologne,

Tchécoslovaquie) de cette montée par l'armée russe ou par les partis staliniens

indigènes, ou par la combinaison des deux.

Le facteur décisif qui a permis à l'évolution du « glacis » d'avoir été ce qu'elle a été fut la non-intervention impérialiste dans ces pays, qui abandonna pratiquement leur bourgeoisie, affaiblie à l'extrême, à l'écrasante supériorité politico-militaire de la bureaucratie stalinienne. Seule cette non-intervention explique pourquoi la résistance des classes possédantes agonisantes de ces pays a pu jusqu'à maintenant être liquidée progressivement par les staliniens sur la voie froide, sans qu'une large mobilisation des masses ne fut nécessaire. Mais cette non-intervention impérialiste à son tour fut fonction d'une conjoncture historique déterminée :

a) de 1944 à 1946, elle correspondit aux accords de Téhéran, de Yalta et de Postdam,

et constitua le prix que l'impérialisme mondial paya à Staline pour l'écrasement du

prolétariat allemand et pour son aide active tant dans l'étranglement des

mouvements insurrectionnels grec et italien que dans la reconstruction de l’État et

de l'économie capitalistes de tous les pays du continent en dehors du glacis ;

b) de 1947 à 1949, elle correspondit aux rapports de forces politico-militaires de la

Guerre froide, tels qu'ils se présentaient sur le continent européen, c'est-à-dire

surtout à la supériorité écrasante de l'armée russe sur toute autre puissance année

en Europe, à l'instabilité permanente du régime capitaliste en dehors du « glacis »

(grèves et troubles constants, etc.) qui rendirent parfaitement illusoire et

matériellement impossible toute intervention directe en faveur de la bourgeoisie

disparaissante du « glacis ».

4. Dans le cadre de cette conjoncture historique concrète, la politique de la bureaucratie

soviétique et des partis staliniens dans les pays du « glacis » a passé également par deux

étapes distinctes :

a) Une première étape allant jusqu'à la fin de 1947, pendant laquelle la bureaucratie

stalinienne a surtout recherché une solution empirique de problèmes immédiats.

Pendant cette période, l'accent de cette politique a été mis sur l'utilisation des

ressources des pays du « glacis » pour atténuer, dans la mesure du possible, les effets

de la crise de reconversion en URSS même. C'est pourquoi, d'une part, tout un

dispositif d'exploitation de ces pays au profit de la bureaucratie soviétique a été mis

en place (conventions d'armistice, traités, réparations, saisies des anciennes

propriétés allemandes, sociétés mixtes, traités commerciaux à tarif préférentiel, etc.)

et, d'autre part, chacun de ces pays a été plus ou moins abandonné à son propre sort

quant aux problèmes immédiats de sa propre reconstruction économique. Pendant

cette étape, la bourgeoisie garda de façon générale des positions économiques très

fortes, sinon prédominantes, dans tous ces pays à l'exception de la Yougoslavie — et

les nationalisations resteront limitées aux entreprises saisies par les ouvriers à la fin

de la guerre et restées sans propriétaires légaux. On peut caractériser cette étape

par les efforts de la bureaucratie stalinienne et des partis staliniens indigènes pour

utiliser des rapports de production capitalistes à leur propre profit.

b) Une seconde étape s'amorça dès que fut formulée à ces pays l'interdiction

stalinienne de participer au Plan Marshall, mais elle se développa seulement au

début de 1948. Pendant cette étape, marquée d'autre part par la solution des

problèmes immédiats d'après-guerre les plus dangereux pour l'économie

soviétique, la politique de la bureaucratie soviétique dans le « glacis » consista

essentiellement à consolider ses positions prédominantes dans ces pays à plus

longue échéance, contrecarrant les efforts de l'impérialisme américain pour les

réattirer dans sa propre orbite. Dans le cadre de cette nouvelle orientation de la

bureaucratie soviétique se placent avant tout : la liquidation de fortes positions de

la bourgeoisie indigène dans l'industrie et le commerce ; l'initiation d'un effort de

développement économique et d'industrialisation de ces pays de façon « planifiée » ;

la limitation de la mainmise des koulaks sur l'agriculture. Cependant, cette nouvelle

orientation de la bureaucratie soviétique ne pouvait pas éliminer de l'économie des

pays du « glacis » les difficultés structurelles d'une planification résultant de la

politique stalinienne à l'étape précédente : l'existence de l'hypothèse soviétique sur

l'économie de ces pays ; les limitations nationales étroites dans lesquelles ils sont

restés enfermés ; le caractère capitaliste de l'agriculture ; l'apathie et souvent

l'hostilité passive du prolétariat en face des efforts bureaucratiques de

« planification », etc. C'est pourquoi la « planification » garde tout son caractère

hybride et diffère encore structurellement, fondamentalement, de la planification

soviétique, qui est elle-même une déformation bureaucratique d'une véritable

planification socialiste.

Ces variations de la politique de la bureaucratie ne correspondent pas seulement à

des changements de la situation objective. L'empirisme bureaucratique reflète, sous

un masque de préoccupations immédiates, le manque de perspectives historiques et

l'impossibilité d'adopter une orientation fondamentale. Cela correspond à son tour

aux rapports concrets de la bureaucratie avec la bourgeoisie et le prolétariat. C'est

parce qu'elle voulait tout d'abord étrangler toute possibilité révolutionnaire qu'elle a

été amenée à conclure des compromis temporaires avec la bourgeoisie ; c'est parce

que ses privilèges sont historiquement incompatibles avec le maintien du régime

capitaliste qu'elle a dû s'engager dans un cours de « liquidation » graduelle et

bureaucratique des forces capitalistes dans le « glacis ».

5. De même que pendant la première étape la bureaucratie soviétique s'était rendu

compte empiriquement qu'une intégration progressive des pays du « glacis » dans son

propre système économique est impossible avec la subsistance d'un large pouvoir éco-

nomique de la bourgeoisie indigène, de même la bureaucratie commence à apprendre

aujourd'hui de l'expérience douloureuse de tous les jours que cette même intégration

reste impossible sans l'élimination des barrières structurelles qu'elle a elle-même

imposées à toute planification véritable de l'économie de ces pays.

L'expérience du schisme de Tito a servi à lui illustrer le danger que des partis staliniens

au pouvoir dans le « glacis » deviennent des agents de transmission de forces sociales

contradictoires qui se développent à la faveur des difficultés économiques croissantes.

Le danger d'une pression impérialiste croissante, en fonction de l'achèvement de la

première étape du Plan Marshall, d'un relèvement relatif de l'industrie de l'Allemagne

occidentale, du réarmement américain, etc., influent sur elle dans le même sens. C'est

ainsi que s'esquisse une troisième étape dans l'évolution de la politique stalinienne

envers le « glacis », caractérisée jusqu'à maintenant par les indices suivants :

a) des mesures de coordination économique croissante entre les différents pays,

mesures qui ont abouti à la constitution du Conseil d'aide mutuelle et qui semblent

se développer dans la direction d'un pool des ressources disponibles pour

l'exportation et d'une union douanière ;

b) de premières mesures de suppression ou d'adoucissement de l'hypothèque russe

sur l'économie de ces pays (vente à la Bulgarie des biens allemands saisis par l'URSS

en 1944 ; réduction des réparations hongroises, roumaines et bulgares ; octroi d'un

crédit d'or et de devises à la Pologne et à la Tchécoslovaquie, etc.).

Cependant, ces mesures ne font qu'esquisser la possibilité d'une nouvelle étape de la politique stalinienne envers le « glacis » et ne peuvent ni par elles-mêmes ni par les plans dressés jusqu'à présent, et s'échelonnant jusqu'en 1952, modifier fondamentalement les obstacles structurels à une « planification » du « glacis », même dans les limites de la planification soviétique.

II. La nature sociale des pays du « glacis »

6. De ce qui précède, on peut déduire que les pays du « glacis » — abstraction faite de la

Finlande et des zones d'occupation soviétique en Allemagne et en Autriche —

constituent aujourd'hui le type même d'une société hybride et transitoire, en pleine

transformation, aux contours encore flous et imprécis, dont il est extrêmement

difficile de résumer la nature fondamentale dans une formule concise.

La définition la plus exacte qu'on peut donner de la nature sociale de ces pays est une

définition opérant par description. Ces pays apparaissent comme étant une société dans

laquelle :

a) la transition entre le capitalisme et la société soviétique résulte non pas d'une

révolution prolétarienne mais de bouleversements politico-militaires ayant éliminé

la grande bourgeoisie et la majeure partie de la bourgeoisie moyenne ;

b) ne subsistent que des survivances capitalistes dans la petite industrie et dans le

commerce ;

c) l'agriculture reste capitaliste, tant par le régime de la propriété (absence de

nationalisation du sol) que par le mode dominant d'exploitation (petite propriété

privée) ;

d) le commerce extérieur, monopole étatique de fait sinon légal, ne peut se libérer de la

pression et de la force d'attraction du marché mondial capitaliste, par suite d'une

base matérielle insuffisante pour une planification même bureaucratique dans

chacun de ces pays ;

e) en face d'une paysannerie, bouillon de culture de forces capitalistes, se trouve un

prolétariat qui n'a eu aucune part importante dans la cristallisation de la nouvelle

situation sociale et qui, pour cette raison même, ne possède aucun lien subjectif

important avec l’État actuel, exception faite pour la Yougoslavie ;

f) sauf dans des rares exceptions, la formation d'une couche bureaucratique indigène

autour de la bureaucratie des PC au pouvoir ne se trouve qu'à son stade initial ;

g) la forme bonapartiste et policière extrême de l’État reflète à la fois ses origines

historiques et la prostration actuelle des classes fondamentales de la société ;

h) cependant, cette forme bonapartiste de l’État se distingue à la fois du bonapartisme

classique (en dernière analyse instrument de la bourgeoisie) et du bonapartisme

soviétique (instrument d'une bureaucratie ouvrière dans une société post

capitaliste) et constitue avant tout un instrument de domination de la bureaucratie

soviétique, expression de rapports de forces internationaux qui se superposent à

des relations de classe données en faisant violence à leur expression normale.

7. Quels sont les facteurs qui déterminent la différence sociale entre les pays du « glacis »

et l'URSS ?

a) sur le plan économique : la nationalisation de la grande industrie, des banques, des

moyens de communication et du commerce de gros crée des conditions nécessaires

mais non suffisantes pour une planification, même sous une forme bureaucratique

déformée comme en URSS. Les cadres nationaux étroits dans lesquels sont enfermés

chacun des pays du « glacis », leur manque de ressources matérielles suffisantes pour

permettre un développement des forces productives, l'hypothèque que la

bureaucratie soviétique a imposée à l'économie de ces pays, le caractère agricole

prédominant de ces pays qui, en l'absence de la nationalisation du sol et sous le régime

prédominant de la petite exploitation privée, reproduisent le capitalisme tous les

jours à l'échelle du village, la dépendance dans laquelle se trouvent ces pays envers le

marché mondial capitaliste pour obtenir les moyens matériels de leur

industrialisation, l'ensemble de ces facteurs crée une situation telle que la majeure

partie de la production de ces pays est encore destinée à un marché capitaliste (soit

intérieur, soit extérieur), pour cette raison même est soumise à l'influence de toutes

les oscillations de la conjoncture capitaliste mondiale et au jeu de la péréquation du

taux moyen de profit. Les conditions de fusion entre le marché paysan petit-bourgeois,

l'industrie étatisée et le marché mondial capitaliste, que Lénine et Trotsky dessinaient

comme un danger pour l'URSS dans la période de la NEP, est aujourd'hui la situation

déterminante des pays du « glacis ». Cela s'exprime par le fait que, dans les pays

avancés du « glacis » (Pologne, Tchécoslovaquie, Hongrie), le commerce extérieur

englobe environ la moitié du revenu national et que non seulement aujourd'hui, mais

même en 1952 (d'après les plans actuels), plus de la moitié de ce commerce se fera

avec les pays occidentaux d'où doivent venir les éléments décisifs pour

l'industrialisation de ces pays. Cela s'exprime également par le fait que ces pays ont

été obligés dans presque tous les cas d'indemniser le capital étranger pour sa

propriété nationalisée dans le « glacis » et de reconnaître les anciennes dettes,

imposant ainsi un poids supplémentaire à leur économie déjà tendue à l'extrême.

b) Sur le plan social : du fait que la situation actuelle n'est pas le résultat d'une révolution

prolétarienne victorieuse mais de succès de la bureaucratie soviétique sur le plan

politico-militaire remportés aussi bien contre la bourgeoisie que contre le prolétariat ;

du fait aussi que la formation de castes bureaucratiques ne se trouve qu'à son stade

initial, il découle que, à l'exception de la Yougoslavie, il est très improbable sinon

exclu qu'une guerre civile soit nécessaire pour renverser l'orientation actuelle de ces

pays vers une assimilation structurelle à l'URSS. La même chose s'applique

également à la structure de l’État. Sauf dans le cas de la Yougoslavie, les appareils

étatiques du « glacis » ne résultent pas d'une destruction violente des anciens

appareils étatiques bourgeois, mais de leur « conquête » par les partis staliniens à

l'aide de la pression russe et d'une série d'épurations successives. Il s'ensuit que cet

appareil est encore aujourd'hui saturé d'éléments bourgeois et petits-bourgeois,

surtout dans le cadre de l'armée, de la diplomatie et de la direction économique.

Dans la période qui suivit la révolution d'Octobre, le contrôle du prolétariat sur les

cadres bourgeois au service de l’État ouvrier ainsi que la démocratie du Parti

bolchevik freinèrent l'influence néfaste de ces éléments sur la direction de l’État et

de l'économie. À l'étape actuelle du « glacis », issu non d'une révolution

prolétarienne mais de manœuvres de la bureaucratie, pareil contrôle fait

complètement défaut, accroissant de ce fait le poids des éléments bourgeois dans

l'appareil, qui reflètent également les différences structurelles entre l'économie du

« glacis » et celle de l'URSS. On peut dire également qu'un retour du « glacis » dans

l'orbite capitaliste n'exigera pas la destruction de l'appareil actuel, mais son

« épuration » dans un sens inverse.

c) Sur le plan politique : le sort de ces pays du « glacis » n'est pas encore décidé, non

seulement dans un sens historique comme pour l'URSS, mais dans un sens beaucoup

plus immédiat. L'ensemble des courants actuels de la politique mondiale : le Plan

Marshall, la « reconstruction » relative de l'Allemagne occidentale, le réarmement

américain, les perspectives économiques de l'impérialisme américain et du plan

quinquennal soviétique, le développement de la lutte du prolétariat et des peuples

coloniaux, tous ces facteurs décideront dans les mois à venir du sort immédiat des

pays du « glacis ». Comme l'indiquent les plans politiques et stratégiques de

l'impérialisme et de la bureaucratie stalinienne, il est très improbable sinon exclu

qu'il faille une guerre pour ramener quelques-uns de ces pays dans l'orbite

impérialiste. Cette raison s'ajoutant à celles indiquées plus haut, il apparait erroné

de modifier dès aujourd'hui notre appréciation de la nature sociale de ces pays, tout

en indiquant clairement le processus de leur assimilation structurelle à l'URSS et les

étapes déjà réalisées de cette assimilation. C'est pourquoi les tâches de la IVe

Internationale dans ces pays restent de façon générale telles qu'elles ont été

énumérées par le IIe Congrès mondial, et c'est seulement dans l'éventualité précisée

au point 9 qu'une révision s'imposerait.

8. L'ensemble de cette description revient à ceci que les pays du « glacis » - à part la

Finlande et les zones d'occupation russes en Autriche et Allemagne se trouvent en voie

d'assimilation structurelle à l'URSS, mais que cette assimilation n'est pas encore

achevée. Les 'différences sociales entre l'URSS et le « glacis » énumérées ci-dessus sont

de nature qualitative, bien que du point de vue quantitatif la société des pays du

« glacis » se rapproche plus de la société soviétique que de celle des pays capitalistes

« normaux », de même que l'URSS elle-même se trouve quantitativement bien plus près

du capitalisme que du socialisme. C'est seulement dans ce sens que nous pouvons

continuer à définir les pays du « glacis » comme des pays capitalistes en voie

d'assimilation structurelle à l'URSS. Cette définition forcément lapidaire et trop concise

pour développer les différents aspects du « glacis » signifie donc essentiellement qu'au

cours du processus d'assimilation structurelle de ces pays le saut dialectique ne s'est

pas encore produit. Elle insiste à la fois sur les origines historiques de la situation

actuelle et sur sa physionomie sociale encore indécise, mais n'implique nullement la

présence au pouvoir d'une bourgeoisie comme classe dominante dans ces pays. Cette

définition implique que la situation des pays du « glacis » diffère également de la

situation d'une société capitaliste « normale » et « classique ». Elle sert exclusivement à

situer ces pays par rapport à la fois au capitalisme et à l'URSS, la sociologie marxiste

excluant l'existence d'économies et d'États ni capitalistes ni soviétiques (ouvriers ou

ouvriers dégénérés).

9. Dans quelles mesure cette assimilation structurelle peut-elle s'achever au point où il

faudrait modifier notre appréciation de la nature sociale du « glacis » ? Les facteurs

énumérés plus haut indiquent en même temps les obstacles concrets à l'achèvement de

cette assimilation et les conditions dans lesquelles cette assimilation serait effectivement

parachevée. On pourrait les ramener à un facteur : la réalisation d'une coordination

effective et une planification de l'ensemble de l'économie de ces pays organiquement liée

à celle de l'URSS, capable de renverser la tendance actuelle de dépendance, qui est

déterminante, de ces pays envers l'économie capitaliste. Ceci pourrait se produire par

exemple dans le cas d'une suppression des frontières nationales entre les pays du

« glacis ».

C'est en effet l'existence de ces frontières qui limite à l'extrême la base matérielle sur

laquelle devrait se construire une économie planifiée et qui en même temps exige le

maintien d'une série d'appareils étatiques qui, par suite de leur origine, ne peuvent

qu'être saturés d'éléments bourgeois. En même temps, la suppression des frontières

nationales donnerait une impulsion réelle à un développement des forces productives et

constituerait, même si elle était effectuée par la bureaucratie stalinienne conservatrice,

un acte progressif d’une grande importance historique, réellement comparable, selon

les paroles de Trotsky, à l’unification de l’Allemagne par Bismarck et la maison de

Hohenzollern. Pareille suppression de frontière quelle s’effectue par l’incorporation de

certaines ou de tous ces pays dans l’URSS ou quelle s’effectue par la constitution d’une

fédération balkano-danubienne formellement indépendante de l’URSS mais véritable

cadre unifié pour la planification de l’économie, peut être définie comme un point décisif

dans le processus d’assimilation structurelle de ces pays à l’URSS ou la nature sociale de

ces pays se transforme qualitativement. Sur le plan de l’état, elle exigerait la disparition

des appareils étatiques hybride actuelle et la constitution d’un appareil étatique d’un

type nouveau copié sans doute sur celui de l’URSS. C’est par rapport à cette réalisation

que devront être évaluées d’autres modifications de la situation dans le même sens :

éventuelle nationalisation du sol, début de la collectivisation des terres, établissement

d’un plan de développement économique commun du « glacis », renversement de ses

rapports économiques et commerciaux avec l’Occident, ect.

Tout ce qui précède constitue une variante probable d’un processus historique objectif

et nullement un objectif d’action désirable pour le prolétariat révolutionnaire. En

précisant les conditions dans lesquelles l’assimilation du « glacis » à la société russe

serait achevée par l’action stalinienne, la IVe Internationale, tout en modifiant dans ce

cas son attitude envers le « glacis » en cas de guerre, ne reculerait en rien dans sa lutte

contre l’oppression policière des masses du « glacis » par la bureaucratie soviétique et

ses agents. C’est précisément dans les conditions d’un développement dans le sens

indiqué ci-dessus que la lutte de la IVe Internationale pour des républiques soviétiques

indépendantes polonaise, tchèque, hongroise, ect., prendrait tout son sens liée à une

dénonciation sans merci de tous les éléments d’oppression nationale que la

bureaucratie introduit et introduira dans le « glacis ». Face à la perspective stalinienne

d’intégration bureaucratique du « glacis » dans l’URSS, la IVe Internationale développe

devant les masses du « glacis » la perspective révolutionnaire de l’intégration de

républiques socialistes soviétiques indépendantes dans une fédération balkano-

danubienne indépendante et dans les États-Unis socialiste d’Europe.

III. Les cas particuliers

10. C’est dans le cas de pays faisant partie du « glacis stratégique » de l’URSS, mais ayant

en même temps suivi une évolution économique et politique particulière, qu'apparaît

le mieux le caractère contradictoire, combiné, non rectiligne de l'ensemble de l'évolution

du « glacis ». Le cas de ces pays indique en même temps combien il faut se garder de

généralisations péremptoires et combien il est nécessaire de suivre pas à pas l'évolution

de la situation réelle de chaque pays particulier. Le cas de la Yougoslavie se situe à une

extrémité du spectre constitué par les nuances qui différencient la situation de chaque

pays du « glacis ». De tous les pays du « glacis », la Yougoslavie a été le seul dans lequel

s'est opérée la liquidation de la plus grande partie des anciennes classes possédantes,

ainsi que la destruction de l'appareil d'État bourgeois à travers l'action des masses, à

savoir la guerre des partisans qui a pris dans ce pays le caractère d'une véritable guerre

civile. De cette différence fondamentale entre la Yougoslavie et les autres pays du

« glacis » découlent des différences particulières sur une série de plans : bases réelles du

PC dans les masses ; attitude fondamentalement différente des masses envers le nouvel

État ; relations différentes entre le PC yougoslave et la bureaucratie soviétique ;

possibilité d'une véritable différenciation du mouvement ouvrier à la suite de la crise de

Tito, malgré l'existence indéniable d'un régime policier dans le pays. Bien que l'ensemble

de ces facteurs n'élimine aucun des obstacles structurels d'une véritable planification, et

pour cette raison rend l'économie de la Yougoslavie encore qualitativement différente

de l'économie russe, elle fait sans aucun doute de ce pays celui qui, sur le plan social et

politique, se rapproche le plus de la structure soviétique. La défense de la Yougoslavie

contre la campagne de calomnies, de blocus économique, etc., de la part de la

bureaucratie soviétique se place dans le cadre de notre appréciation du mouvement

ouvrier de ce pays, des origines de son État et des possibilités révolutionnaires ouvertes

par ce mouvement ouvrier et les origines de cet État qui priment sur des considérations

purement économiques.

11. La Finlande se place à l'autre bout du spectre du « glacis ». Face à une bourgeoisie à peine

ébranlée par la guerre et gardant formellement en main ses positions économiques et

étatiques ; face à un prolétariat plus évolué et, par suite d'une série de développements

historiques, peu malléable aux manœuvres staliniennes ; face aussi à un soutien

impérialiste plus résolu envers la bourgeoisie finlandaise qu'envers n'importe quelle

autre bourgeoisie du « glacis », la bureaucratie stalinienne s'est limitée à imposer à la

Finlande un tribut économique et à occuper certaines positions stratégiques, laissant du

reste le pays évoluer dans le cadre d'une économie bourgeoise quasi normale. Cela a

trouvé son reflet politique dans un regroupement des forces conservatrices aboutissant,

après une période de transition inévitable, à l'expulsion des staliniens de la coalition

gouvernementale et à l'élimination des premières positions qu'ils avaient conquises dans

l'appareil étatique à la suite de la victoire militaire de l'URSS. Bien entendu, l'évolution de

la Finlande ne peut pas être considérée comme plus définitive que celle du reste du

« glacis ». La situation internationale peut obliger la bureaucratie à renforcer sa pression

sur ce pays et à un nouvel effort désespéré de résistance militaire de sa part. Le cas de la

Finlande est cependant d'un intérêt important surtout parce qu'il démontre que la

bureaucratie n'a nullement essayé ou réussi à imposer à l'ensemble du « glacis » un

schéma unique d'évolution, et parce qu'il illustre le fait qu'une certaine conjoncture

interne, une certaine prostration des classes sociales fondamentales, était une condition

nécessaire à la réussite même temporaire des manœuvres staliniennes dans le « glacis ».

12. La zone d'occupation en Autriche se rapproche fortement de la Finlande. La bureaucratie

soviétique a dû se limiter à saisir quelques gages économiques (anciennes propriétés

allemandes) et à occuper des positions stratégiques importantes, mais elle n'a pu

influencer ni l'orientation économique générale de l'Autriche évoluant dans le cadre

d'une économie capitaliste normale incluse clans le Plan Marshall, ni l'évolution sociale

et politique éliminant le PC du pouvoir de la bourgeoisie. Comme dans le cas de la

Finlande, les rapports de forces internationaux ont été le facteur décisif entraînant cette

évolution, mais les rapports concrets entre les classes ont été également un obstacle

majeur aux manœuvres staliniennes.

Enfin, la zone d'occupation allemande constitue un autre cas spécial, se situant à mi-

chemin entre celui du « glacis » en général et celui de l'Autriche. La caractéristique

décisive de la situation en Allemagne orientale, c'est la saisie du secteur le plus important

de l'industrie par l'URSS et sa transformation en propriété soviétique, effectuée

parallèlement à des démantèlements sur une grande échelle. Les nationalisations

touchent, à côté de ce secteur russe de l'économie, une partie importante mais non

exclusive de la grande industrie et du commerce de gros, et il subsiste une bourgeoisie

moyenne drainant à elle une partie considérable du revenu national. Enfin, la formation

d'une couche bureaucratique s'élevant sur le prolétariat et agissant comme le bras

prolongé de la bureaucratie russe y est plus avancé que dans les autres pays du « glacis ».

Si la situation de l'Allemagne orientale reste indécise, c'est que, plus que tous les autres

pays du « glacis », elle dépend en premier lieu de la situation internationale, à savoir d'une

solution éventuelle du problème allemand dans son ensemble et de l'orientation

particulière des USA et de l'URSS envers ce problème. On ne peut pas encore dire si la

bureaucratie soviétique est décidée à garder de toute façon ses positions en Allemagne

orientale, ou bien si elle serait prête à les considérer comme une monnaie d'échange, à la

fois pour conserver le reste du « glacis » et pour obtenir une certaine influence sur

l'ensemble des affaires allemandes (mot d'ordre de l'unification, etc.). Dans ces conditions,

le statut de la zone d'occupation ainsi que l'orientation de son évolution restent plus flous

que le statut et l'orientation du reste du « glacis » et la tendance à l'assimilation structurelle

à l'URSS y est moins prononcée.

Du point de vue des tâches, la IVe Internationale continue à y défendre les positions des

thèses du congrès mondial et considère que n'importe quelle mesure de la bureaucratie

soviétique, y compris l'incorporation éventuelle, fort douteuse d'ailleurs, de l'Allemagne

orientale clans une fédération balcano-danubienne doit être combattue et considérée

comme réactionnaire par rapport à la destruction de l'unité allemande et à la paralysie du

prolétariat allemand qu'elle provoque.

IV. La signification théorique de l'évolution du « glacis »

13. L'apparition de régimes nouveaux de transition comme c'est le cas pour les pays du

« glacis », transition entre le capitalisme et l'URSS, n'est pas l'effet d'un hasard ni le

résultat d'accidents historiques négligeables. Seuls des doctrinaires incurables peuvent

concevoir le capitalisme et le socialisme comme des entités fixes, données une fois pour

toutes, auxquelles devrait correspondre un processus historique vivant, contradictoire et

riche dans la cristallisation de formes combinées toujours nouvelles. En réalité,

l'apparition de régimes de transition mixtes, d'un caractère combiné, est l'expression la

plus nette de notre époque historique définie par :

a) une décomposition de plus en plus avancée du capitalisme ; les conditions de retard

prolongé de la révolution mondiale, fonction essentielle de la direction stalinienne

contre-révolutionnaire du mouvement ouvrier mondial ;

c) l'existence de l'URSS non seulement comme puissance qui continue à polariser les

aspirations révolutionnaires d'une partie importante du prolétariat mondial, mais

aussi comme puissance étatique ayant un poids politico-militaire propre, avec sa

propre logique d'expansion.

C’est seulement à la lumière de ces trois facteurs qu’on peut comprendre l'apparition et l'évolution d'un phénomène nouveau et combiné comme celui du « glacis » soviétique et qu'on peut en même temps limiter sa portée historique réelle.

14. La constatation de l'existence de pareils régimes de transition ne met nullement en

question notre appréciation du râle contre-révolutionnaire du stalinisme ni notre

appréciation du stalinisme en tant que force dissolvante de l'URSS et en tant que force

organisatrice des défaites du prolétariat mondial :

a) L'appréciation du stalinisme ne peut pas se faire d'après des résultats localisés de sa

politique, mais doit partir de l'ensemble de son action sur le plan mondial.

Considérant l'état de décomposition que présente le capitalisme mondial, même

aujourd'hui quatre ans après la fin de la guerre, et considérant la situation concrète

de 1943-1945, on ne peut douter que c'est le stalinisme qui, sur le plan mondial, est

apparu comme le facteur décisif qui a évité un écroulement brusque et simultané de

l'ordre capitaliste dans l'ensemble de l'Europe et de l'Asie. Dans ce sens, les

« succès » obtenus par la bureaucratie dans te « glacis » constituent tout au plus le

prix que l'impérialisme lui a payé pour services rendus sur l'arène mondiale, prix

d'ailleurs constamment remis en question à l'étape suivante.

b) Du point de vue mondial, les réformes réalisées par la bureaucratie soviétique dans

le sens d'une assimilation du « glacis » à l'URSS pèsent incomparablement moins sur

la balance que les coups portés par la bureaucratie soviétique, aussi et surtout à

travers son action dans le « glacis », à la conscience du prolétariat mondial, qu'elle

démoralise, désoriente et paralyse par l'ensemble de sa politique qu'elle rend même

en partie perméable à la campagne impérialiste de préparation de la guerre. Du

point de vue de l'URSS même, les défaites et la démoralisation du prolétariat

mondial provoquées par le stalinisme constituent un danger incomparablement

plus grand que la consolidation du « glacis » ne constitue un renforcement.

c) Dans le « glacis » même, où les conditions objectives et subjectives étaient mûres pour

un renversement immédiat du capitalisme en 1943-1944, la politique stalinienne a

conduit au renforcement temporaire de forces anti prolétariennes, créé mille

obstacles nouveaux dans la voie de l'abolition du capitalisme et provoqué ainsi

l'ensemble du processus douloureux et saccadé d'assimilation, s'étirant sur un

nombre d'années et rendant le prolétariat dans sa plus grande partie apathique et

même hostile là où le mouvement révolutionnaire du aurait réalisé la liquidation

du capitalisme dans ces pays dans un temps beaucoup plus court et avec un

minimum de frais.

d) Par suite de l'expansion même de la bureaucratie soviétique dans les conditions

concrètes mentionnées, les contradictions objectives dans la situation du « glacis »

ont tendance à s'introduire au sein même de la bureaucratie et de l'économie

soviétiques, y multipliant les tensions et les antagonismes déjà multiples et

préparant le terrain pour le développement de tendances centrifuges de nature

multiple (tendance Tito d'une part, tendance Gomulka-Akermann de l'autre).

15. Historiquement, les conditions mentionnées plus haut non seulement indiquent les

raisons de l'apparition de régime de transition, mais circonscrivent en même temps les

limites de la viabilité de la bureaucratie soviétique :

a) sur le plan social, le renversement de la bureaucratie soviétique reste fatale dans le

cadre d'une décision mondiale de la lutte de classe, inévitable à la longue dans un

sens ou dans l'autre ;

b) sur le plan politico-militaire, ce même renversement reste également inévitable si le

prolétariat mondial ne réussit pas à briser à temps l'impérialisme, entraînant aussi

dans cette éventualité la chute de la bureaucratie.

L'apparition de régimes de transition du genre du « glacis » exprime donc seulement le caractère d'interlude représenté par l'étape historique allant de 1943 à aujourd'hui : interlude entre le point le plus bas du recul mondial de la révolution prolétarienne et la nouvelle montée révolutionnaire mondiale qui n'a été qu'esquissée jusqu'à maintenant ; interlude entre la Seconde Guerre mondiale et le heurt final entre l'impérialisme et l'URSS. C'est seulement dans le cadre de cet interlude limité dans le temps que le « glacis » et tous les phénomènes reliés à celui-ci apparaissent sous leur véritable aspect provisoire et temporaire et que la véritable nature du stalinisme apparaît plus prononcée que jamais dans le sens indiqué par la IVe Internationale. Le vote de cette résolution qui a été acceptée dans sa ligne générale comme base de discussion dans l'Internationale jusqu'au prochain plénum du CEI a été accompagné des déclarations suivantes :

Déclaration du camarade Jérôme (Raptis) : « Je considère que la résolution ne répond pas positivement sur la nature de classe de la Yougoslavie et que l'analyse donnée de ce pays devait logiquement aboutir à la conclusion que la Yougoslavie a cessé d'être un pays capitaliste. »

Déclaration des camarades Colvin et Ali (Ceylan et Indes) :

« a) La résolution ne s'attaque pas aux différences dans le développement des événements en

Yougoslavie et aux questions qui en résultent ;

b) la Yougoslavie est un État ouvrier dégénéré ;

c) bien que le processus d'assimilation structurelle ait été poursuivi dans les autres pays du

"glacis", ces changements sont encore de nature quantitative et ces États restent dans un

état de transition tels que définis dans la résolution adoptée au IIe Congrès mondial et

dans la présente résolution.

Source : Rodolphe Prager (dir.), Les congrès de la IVe Internationale, t. 3, p. 330–342 (La Brèche, 1978-1989 ; éd. numérique 2022).

Une erreur sur cette page ?