1. Entre le Xe et le XIe Plénum du CEI, le SI a, dans ses relations avec la section française,
appliqué strictement la lettre et l'esprit de l'accord du Xe Plénum : associer les deux
tendances du PCI dans l'application de la ligne de l'internationale avant, pendant et
après le VIIIe Congrès du parti. Les représentants du SI au sein de la direction française
se sont particulièrement efforcés d'amener les dirigeants de la tendance Bleibtreu-
Lambert à la rédaction en commun de documents politiques préparatoires au VIIIe
Congrès du parti. A ces efforts d'association poursuivis pendant plusieurs mois, les
dirigeants de la tendance Bleibtreu-Lambert ont répondu en refusant de discuter
auparavant avec les représentants du SI et du CEI, et en rédigeant dans des assemblées
fractionnelles des documents politiques opposés à la ligne du Xe Plénum. Ils ont de ce
fait rompu l'accord du Xe Plénum qui prévoyait non pas un congrès complètement
souverain du PCI — ce qui aurait été anti statutaire après le congrès de l'internationale
— mais un congrès souverain seulement dans le cadre de l'application de la ligne du Xe
Plénum. La rupture de l'accord du Xe Plénum par les dirigeants de la tendance Bleibteu-
Lambert a été réalisée malgré tous les avertissements des membres du SI, qui
expliquaient aux représentants de cette tendance qu'une telle violation de l'engagement
pris devant toute l'internationale entraînerait leur disqualification pour diriger la
section française en tant que tendance.
2. Le XIe Plénum du CEI, tirant les conclusions de la violation par les dirigeants de la
tendance Bleibtreu-Lambert des accords du Xe Plénum, décida que l'application de la
ligne de l'internationale en France ne pouvait plus être garantie que si la direction de la
section française était composée en majorité de camarades qui avaient montré en
pratique leur volonté et leur capacité d'appliquer cette ligne. Il avertit en même temps
tous les membres du PCI que seuls ceux qui reconnaîtront les décisions de
l'internationale comme liant tout le parti, c'est-à-dire seuls ceux qui reconnaissent la
discipline internationale, pourraient rester membres de la IVe Internationale et de sa
section française. Il décida enfin que ce changement de direction n'interviendrait qu'au
VIIIe Congrès du parti, et que d'ici le VIIIe Congrès, la direction du parti resterait
inchangée telle qu'elle était depuis le Xe Plénum du CEI.
3. La résolution du XIe Plénum du CEI, de même que la lettre envoyée par le CEI à tous
les membres du PCI, précisaient en même temps que la seule condition pour
l'appartenance à l'internationale et à sa section française, c'était, comme le demandent
les statuts de l'internationale, la reconnaissance et l'application de la discipline
internationale dans l'action. Le CEI donnait sa garantie solennelle que, comme par le
passé, aucun membre de notre organisation internationale ne serait sanctionné pour
ses idées, la défense de ses idées à l'intérieur de l'organisation ou la constitution d'une
tendance.
4. Déjà au cours de la session du XIe Plénum, le représentant de la tendance Bleibtreu-
Lambert au CEI, annonça aux membres du CEI que sa tendance avait décidé de ne pas
reconnaître et de ne pas exécuter les décisions organisationnelles qui seraient prises par
le CEI en ce qui concerne la direction de la section française. Ses paroles ne laissaient plus
de doute quant à la décision des dirigeants de cette tendance de scissionner avec
l'internationale. Les actes de ces dirigeants allaient, pour une fois, être fidèles à leurs
paroles. Au lendemain du XIe Plénum, ils ne participèrent plus qu'à quelques réunions du
BP pour en violer d'ailleurs ouvertement les décisions. Puis ils cessèrent toute
participation aux travaux du BP, convoquèrent illégalement le CC en dehors du BP ou du
secrétariat, par la seule décision d'une fraction, et exclurent de l'organisation les membres
du parti restés fidèles à l'internationale. Ils manifestent ainsi nettement leur résolution
d'empêcher par tous les moyens la tenue du VIIIe Congrès du parti, congrès auquel ils ne
pouvaient plus obtenir une majorité pour la scission avec l'internationale. Cette résolution
s'était déjà préalablement précisée par leur sabotage de la publication des documents poli-
tiques du congrès, par leur sabotage de la discussion politique dans le parti et par leur
décision de fixer le congrès de l'organisation jeune les mêmes jours que le congrès du parti.
5. Le SI approuve complètement la décision de la tendance du PCI restée fidèle à
l'internationale, de refuser de reconnaître et d'appliquer toutes les décisions prises par
la fraction Bleibtreu-Lambert en violation de la discipline internationale. Il approuve
notamment et salue l'effort entrepris avec succès par cette tendance pour empêcher que
les scissionnistes n'emportent dans leur scission l'appareil technique du parti, propriété
de l'internationale. Il déclare illégales les décisions suivantes prises par la fraction
Bleibtreu-Lambert et appelle tous les membres du parti à les ignorer complètement :
a) La convocation du CC du 29 juin qui n'a pas été proposée préalablement ni décidée
par le BP et le secrétariat du parti constitués régulièrement au Xe Plénum et
reconnus par tout le parti.
b) La « suspension » des membres du CC fidèles à l'internationale, en violation de la
décision du XIe Plénum qui interdit toute modification dans la composition des
organismes de direction du parti avant le VIIIe Congrès.
c) La désignation d'un nouveau « BP » qui viola la même décision du XIe Plénum.
d) Les mesures d'exclusion prises contre les camarades qui se placent sur le plan de la
discipline internationale, prises en violation des statuts de l'internationale.
e) La décision de la fraction Bleibtreu-Lambert de saboter le VIIIe Congrès du parti
convoqué démocratiquement et régulièrement par sa direction régulière.
6. Le SI rappelle à tous les membres du PCI que ne seront considérés membres de
l'internationale et de sa section française que ceux qui reconnaissent et exécutent les
décisions du XIe Plénum et du VIIIe Congrès du parti convoqué par sa direction
régulière fonctionnant depuis le Xe Plénum. Tous ceux qui, par des actes quelconques,
refuseront de reconnaître et d'appliquer ces décisions seront automatiquement
exclus de l'internationale dès la fin du VIIIe Congrès.
Le SI appelle tous les membres du parti à manifester leur fidélité à l'internationale et
au trotskysme en faisant échouer toute aventure scissionniste. La IVe Internationale
reste ouverte à tous les militants trotskystes qui reconnaissent son programme et sa
discipline internationale. Ceux qui rompront avec elle sous de vils prétextes seront
traités comme le méritent des renégats et des ennemis de l'organisation.
La section française de la IVe Internationale continuera à se construire avec tous
les militants révolutionnaires qui appliqueront en pratique l'internationalisme
prolétarien et se montreront ainsi dignes des tâches historiques que leur
internationale est appelée à résoudre.
Le SI appelle toutes les sections de l'internationale à manifester à l'occasion du VIIIe
Congrès de la section française de la IVe Internationale leur solidarité pleine et
entière avec tons les camarades français fidèles au parti mondial de la révolution
socialiste.
Le secrétariat international
Le 1er juillet 1952
Résolutions du XIIe Plénum du CEI concernant la section française
I.
Le XIIe Plénum du CEI approuve les mesures et décisions prises par le SI en application
des décisions du XI Plénum dans la section française.
Il constate que les membres du groupe suspendu par le SI s'étaient mis eux-mêmes
en dehors de l'internationale par la violation des décisions du XIe Plénum et
n'avaient aucun droit de se réclamer de la IVe Internationale.
Votée à l'unanimité, sauf 1 abstention (Suisse).
II.
En raison de la présentation erronée faite par le camarade Bleibtreu des travaux
de la commission, le CEI décide de donner à tous les membres du BP du groupe
suspendu huit jours pour accepter la résolution suivante élaborée par la
commission française, faute de quoi la suspension prononcée par le SI sera
transformée en exclusion prononcée par le CEI.
Pour les autres membres du groupe, le délai est — dans les mêmes conditions —
fixé au ler janvier 1953.
Votée à l'unanimité.
III
Résolution sur la solution de la crise dans la section française 1. Il y aura une discussion de trois mois entre le groupe de camarades suspendus de
l'internationale et une commission de membres du CEI, ainsi qu'une délégation du
PCI reconnu par l'internationale. La discussion sera menée par écrit dans des
bulletins, qui seront également portés à la connaissance des membres du CEI et
des membres du PCI reconnu, dans un but d'information.
2. Au bout de cette période, la commission du CEI désignera, conformément aux
décisions du XIe Plénum, la direction du PCI unifié, dans laquelle il y aura de toute
façon des représentants des deux tendances. Cette direction fixera les modalités
pratiques de l'unification.
3. Le parti unifié appliquera naturellement la ligne de l'internationale, reconnaîtra ses
statuts et sa discipline, y compris les dispositions du paragraphe 13.
4. Pendant la période de discussion, le groupe de membres du PCI suspendus de
l'internationale poursuivra son activité, d'après ses propres décisions, pour
lesquelles il n'engagera pas la IVe Internationale (ce qui implique l'abandon du titre
de « Section française de la IVe Internationale » dans toutes ses manifestations et
publications) et pour lesquelles l'internationale pour sa part dégage toute
responsabilité.
Votée à l'unanimité.
IV.
Le XIIe Plénum du CEI, constatant qu'une résolution vient d'être adoptée ouvrant la voie pour la réunification de la section française, considère que la campagne électorale dans le premier secteur de la Seine sera de toute façon un test sur le sérieux avec lequel est entrepris ce dernier effort de maintenir l'unité du PCI décide que de toute façon la candidature du camarade Pierre Frank, secrétaire de l'internationale, représentant la politique de l'internationale en France, sera maintenue ; invite les camarades du groupe suspendu à retirer leur candidat en signe de leur volonté de régulariser leur situation dans l'internationale telle qu'elle est aujourd'hui, avec sa politique et sa direction actuelles ; propose qu'au cas où ce retrait de candidature aurait effectivement lieu, une commission mixte des deux tendances rédigerait les circulaires et affiches et s'efforcera d'associer tous les membres du PCI à la campagne.
Votée à l'unanimité.
18 novembre 1952
(L'ensemble des documents de ce dossier ont été publiés, « en partie, dans le « Bulletin intérieur du SI », n° 1, juillet 1952, et, en partie, dans les Cahiers du CERMTRI, n° 44 et n° 45, mars et juin 1987).