Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

La 3e révolution chinoise

juin 1952 · Comité exécutif international (XIe Plénum) · Après le IIIe Congrès mondial (1952-1954) · 5 026 mots

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(Résolution adoptée par le 11: Plenum du Comité Exécutif International - Juin 1952)

I. — LA SIGNIFICATION DE LA VICTOIRE DE MAO TSE-TUNG

1. — Après quarante années de convulsions, le pouvoir politique des rié-taires fonciers et des compradores, instrument de limpérialiome, + été détruite en Chine par la victoire militaire de l'Armée populaire de Libération. La constitution laquelie l'impérialisme, allié aux classes dominantes chinioses, bloqua la réalisation des tâches historiques de cette révolution : libération du Le de l'emprise impérialiste ; unification nationale ; solution de la question agraire ; liquidation de toutes les survivances féodales et pré-féodales dans le domaine de l'Etat, de l'économie, des mœurs, de la culture, etc. La dynamique de cette révolution est celle Ps Le na Puion socialiste. L'accomplissement des tâches démo-ques-bourgeoises elles-mêmes impose cette transer: issar de la dictature du prolétariat. iv A 4 LR

2. — La destruction du pouvoir de Tchang-Kaï-Chek et êu Kuomintang a été la précondition nécessaire pour que soit entamée la solution &@es tâches historiques de la 3 révolution chinoise. Ainsi se trouve infirmée, autant qu'au coùrs de la 2 révolution chinoise, la thèse fondamentale de la théorie mencheviste Martynov-Boukharine-Staline) de la révolution « par étapes », Ce n'est pas en alliance avec le Kuomintang et avec la bourgeoisie chinoise, mais en conclusion d'une lutte sanglante contre ceux-ci, que les tâches de la révolution bourgeoise ont commencé à être résolues, Ce n'est pas par l'alliance avec Tchang-Kaï-Chek, mais. par la rupture de cette alliance, que la 3° révolution chinoise à commencé. La théorie trotskyste de la révolution permanente, défendue avec acharnement depuis 25 ans par les trotskystes chinois et le mouvement trotskyste international, sest ainsi trouvée confirmée dans une de ses thèses fondamentales.

3, — La constitution de la République populaire de Chine n’est que le début de la 3° révolution chinoise, Elle représente le début d'un processus de révolution permanente qui se déroule sous nos yeux. Aucune des tâches de la révolution chi-noïte n’est encore définitivement résolue, Si la libération du pays de l'emprise impérialiste est en gros terminée, tout le capital étranger n'a pas encore été exproprié. La menace impérialiste continue à peser sur la Chine populaire par la présence des armées impérialistes, ou à la solde de l'impérialisme, en Corée, à Formose, au Vietnam et en Birmanie, par la présence de la 7 flotte américaine dans les eaux de Formose, et par la présence de troupes :t de bases américaines au Japon. L'unification du marché national de produits alimentaires et de produits de £onsommation. industrielle a notamment réalisé de grands progrès. Hong-Kong, Macao, Formose et des enclaves russes dans les territoires chinois {notamment en Mongolie intérieure et au Sin-Kiang) échappent en pratique à la juridiction du gouvernement central, Leur rattachement permettra la réalisation totale de l'unité naätionale,

La réforme agraire a abouti à la destruction de l’ancienne classe possédante des propriétaires fonciers ; cette réforme n'a néanmoins cependant pas été complètement achevée, Dans les régions nouvellement libérées ia propriété des paysans riches subsiste ; dans les régions anciennement libérées, elle renaît puissamment sur la base du processus d'accumulation primitive. La propriété privée du soi, l'achat et la vente libre de la terre, aboutissent à une nouveile concentration de 14 propriété entre les mains des koulaks et assujettissent les paysans pauvres comme par le passé à l'usure et à l'exploitation commerciale par !a bourgeoisie. Les survivances féodales et pré-féodales ont été liquidées effectivement dans le domaine économique et juridique ; dans la réalité sociale, notamment dans le domaine des mœurs et de la culture, leur liquidation représente un long processus dont seuls les premiers pas ont été posés. Dans le domaine de l'Etat, la symbiose entre la propriété bourgeoise et les tendances bureaucratiques de l'appareil du P,C. repré. sente un obstacle puissant à un véritable bouleversement démocratique, L

4. — Ainsi Se confirme également une autre thèse sssentielle de la théorie de !

la revolution permanente : les tâches de la révolution bourgeoise dans un pays arriéré comme la Chine ne peuvent être résolues sans ja iranscroissance de cette révolution en révolution socialiste, Pour que les tâches historiques de la révolution chinoise soient fondamentalement résolues, il faut la destruction de la grande propriété bourgeoise, le débordement de la révolution au delà des frontières

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Le Re Q U A T RD MR

INTER N ATI ONALE actuelles de ln Ohine continentale, la mobilisation des masses ouvrières dans 168 villes, Lan vonolidution du pouvoir révolutionnaire actuel exige que l'appareil d'Etat soit solidement aauls sur les comités véritablement démocratiques des ouvriers et des paysans pauvres. L'autre terme de l'alternative ñaistorique, c'est la consolidation des rapports de propriété capitalistes dans les villes et les campagnes, l'infiltration de l'ennemi de classe dans l'appareil d'Etat et dans le P.C. sa fusion avec l'impérialisme et son pence à Formose, en Corée et en Birmanie, et la réouverture, au momont opportun, de la guerre civile pour la reconquête du pouvoir d'Etat par les anciennes classes dominantes.

5, — Lu Victoire de Mao-Tsé-Tung représente l'événement révolutionnaire le plus important depuis la révolution socialiste d'Octobre 1917, Elle a bouleversé les l'apports de forces entre les classes en Asie et puissamment stimulé le mouvement anti-impérialistée au Vietnam, en Birmanie, en Malaisie, aux Philippines, en Indonésie ot même aux Indes, au Japon et à Ceylan. Elle a porté un coup terrible à l« domination mondiale de l'impérialisme et ainsi favorisé indirectement les mouvements anti-impérialistes au Moyen-Orient, en Afrique et en Amérique latine. Elle a modifié les rapports de forces entre les classes à l'échelle mondiale, obligé l'impérialisme à réviser ses plans militaires, politiques 2t économiques, et déter-mi une évolution des rapports de forces internationaux fondamentalement défavorable à. l'impérialisme. Elle a en même temps commencé à réduire le degré de contrôle du Kremlin sur le mouvement communiste et le mouvement des masses en Asie, sur faquelle la bureaucratie soviétique a été obligée d'admettre momentanément une co-direction Pékin-Moscou comme partenaires à droits égaux dans l'alliance sino-soviétique,

Il. — LES CAUSES DE LA VICTOIRE DE MAO TSE-TUNG

6. — Les anciennes classes dominantes gouvernaient la Chine comme des agences des impérialistes, essentiellement des impérialismes japonais, anglais, américain et français, La défaite totale de l'impérialisme japonais dans la deuxième guerre mondiale, et l’affaiblissement extrême des impérialismes anglais et français, portèrent un coup mortel à la domination des propriétaires fonciers et des compradores sur la Chine. L'impérialisme américain devint ie seul gerant de ce pouvoir. Mais il devenait en même temps le seul garant de l'ordre Leurgeois dans le monde entier. Incapable d'engager son potentiel militaire et économique sur tous les continents à la fois, l'impérialisme américain fut obligé en 1947-1948 de concentrer ses efforts sur la consolidation du capitalisme en Europe occidentale. Son retrait de la Chine porta le coup de grâce à Tchang-Kaï-Chek.

7. — Le retrait de l'impérialisme yankee de la Chine s'explique cependant à son tour par l'effondrement propre du régime du Kuomintang isolé de toutes les classes de la nation, impuissant à arrêter l'inflation galopante, entraîné aveuglé-ment vers le désastre économique, capable d'organiser «seulement une corruption monstrueuse qui rendait d'avance inadéquate touté aide américaine, et dont la défaite militaire fut précipitée par la désagrégation de ses aymées paysannes sous l'influence de la réforme agraire de Mao. La décomposition du pouvoir du Kuomintang, résultat de la décomposition d'une société chinoise qui se survivait depuis plus d'un quart de siècle et qui s’est avérée impuissante à résoudre un seul des problèmes vitaux du peuple chinois, a produit les conditions objectives pour la victoire de Mao-Tsé-Tung,

Mais pour que cette victoire fût effectivement remportée, des conditions objectives ne suffisaient pas. Il fallait encore une modification dans l'attitude de la direction du P.C. chinois sur la quéstion de la conquête du pouvoir dans toute la Chine, Le PC. chinois, engagé après août 1945 comme en 1925-27 et en 1937 dans une politique de collaboration de classe avec la bourgeoisie et son principal instrument, le Kuomintang, fut amené à modifier cette orientation sous la pression conjointe des deux principales forces sociales antagonistes : de la bourgeoisie, qui refusa un compromis et se lança dans une campagne militaire de conquête des territoires occupés par le P.C, et de la paysannerie pauvre qui commença spontanément à partager les terres dans les territoires de la Uhine septentrionale.

La modification de l'orientation du PC. chinois passant d'une politique de coHaboration avec Tchang-Kai-Chek à une politique de liquidation du pouvoir du Kuomintang, s'est opérée progressivement à travers les étapes suivantes :

a) Les directives de mai 1946 autorisant une réforme agraire limitée dans les régions de la Chine occupées par le PC.

. b) La loi sur la réforme agraire d'octobre 1947 proclamée pour l'ensemble de la Chine,

€) La, proclamation de décembre 1947 appelant au renversement du gouvernement du Kuomintang, à

Cette: modification de l'orientation du P.C. chinois a été favorisée par le fait que sa direction remplit d'un contenu nouveau la vieille théorie de la « révolution par étapes.», insistant davantage que par le passé sur le rôle dirigeant du prolé-

QU'A TR'TEME : IN T € R NA TI ON’ AL:E

-“tariat dès la première étape de la révolution, et sur l'intégration de cette révolu- -tion, malgré son caractère bourgeois-démocratique, dans la révolution prolétarienne mondiale.

3 9. — La politique de la bureaucratie soviétique, loin le favoriser cette transformation de l'orientation pratique du P.C. chinois, a tout fait pour le maintenir sur $es anciennes positions : : $

&) par la conclusion de l'accord de 1945 avec Tchang-Kaï-Chek ; b) par l'occupation et le démantèlement industriel le ia Mandchourie, qui: y paralysèrent la lutte ouvrière pendant l'étape décisive de la guerre civile; c)par l'aide technique accordée à Tchang-Kaï-Chek (départ -des troupes russes de centre vitaux de Mandchourie retardé jusqu'à l’arrivée des troupes du Küûo-mintang) ; 4 à) par la pression exercée sur le P.C. chinois pour que celui-ci maïntienne la tactique de guérillas et n’attaque pas les grandes villes ;

€) par les efforts développés par la diplomatie soviétique pour arriver à la constitution d'un gouvernement de coalition Tchang-Mao.

S'il est vrai que l'existence de l'URSS. et du glacis a objectivement facilité la victoire de Mao, et que l'abandon aux troupes communistes d'une partie du matériel de l'armée japonaise capturé par l’armée russe a créé des conditions militaires plus favorables à cette victoire, les facteurs cités ci-dessous ont pesé beaucoup plus lourdement dans la balance. Ils signifient que la victoire de Mao-Tsé-Tung n'a été acquise en définitive que parce que l'orientation du P.C. chinois l'a conduit à agir en fait en dehors de la direction donnée par le Kremlin.

Ill. — CARACTERE DU POUVOIR DE MAO TSE-TUNG

10. — Ni par son programme, ni par ses traditions, ni par la dynamique de sa politique, le P.C. chinois ne peut être assimilé à un parti paysan. En se plaçant doctrinalement sur le plan du marxisme-léninisme, en affirmant que son but historique représente la constitution de Ja société communiste sans classes, en éduquant ses cadres dans cet esprit ainsi que dans l'esprit d'attachement à l'URSS, le PC: chinois présente grosso modo les mêmes caractéristiques que les autres partis staliniens de masse des pays coloniaux et semi-coloniaux. Ses conceptions stratégiques opportunistes et menchévistes sur le « bloc des quatre classes », la « construction d'un capitalisme démocratique », « l'égalité de droits du Capital ét du Travail », etc., se sont certes trouvées renforcées pendant toute une période Par sa composition sociale prédominamment paysanne. Elles ont contrecarré Ja jonction de la montée révolutionnaire dans les villes avec Ja révolution agraire en 1945-46, déterminant ainsi la forme particulière qu'a prise la première pbase de la révolution. La pénétration d'éléments koulaks dans le P.C. a même pu transposer temporairement la lutte de classe dans ses rangs. Mais il s'est avéré en définitive que, soumis à la pression des forces sociales antagonistes, le P.C, chinois s’est engagé, de façon empirique, hésitante, contradictoire, cpportuniste, sur la voie de la révolution et non pas sur celle de la contre-révolution. Voilà la preuve la plus sûre qui confirme la nature de classe du P.C, :hinois comme celle d’un parti ouvrier opportuniste. L'arrêt du recrutement paysan et la cam e de recrutement ouvrier depuis 1950 ont souligné davantage encore le caractère de Classe du P.C. chinois comme l'a fait l'ensemble de la politique internationale de ce parti A l'époque impérialiste, ce n'est pas une guerre paysanne, c’est-à-dire le soulèvement de la paysannerie sous une direction paysanne, qui peut renverser le pouvoir de la féodo-bourgeoisie dans un pays arriéré. Seule l'insurrection pay-sapne centralisée, capitalisée et dirigée par un parti ouvrier, peut commencer à résoudre les problèmes de la révolution.

11. — La destruction de l'ancien régime à la campagne s'est faite en partie par l'action directe des masses de paysans travailleurs, en partie par l'action du nouveau pouvoir s'appuyant sur une mobilisation partielle ou générale des masses. Cette transformation variant de région en région, liée aux énormes différences de conditions sociales dans les diverses régions du pays, a produit une carte des plus bariolée des rapports sociaux en Chine. Mais les traits dominants de ces rapports à l'échelle nationale sont les Suivants :

æ) Le pouvoir des anciennes classes possédantes à la campagne (propriétaires fonciers et éemi-féodaux dans le Nord — « gentry » dans le Centre et le Sud) est complètement détruit,

.b) Des rapports bourgeois de propriété subsistent généralement : vente et achat libres de la terre, accumulation primitive illimitée, transfert de la majeure partie du capital accumulé à la campagne vers des fins commerciales et spéculatives.

c) La propriété des paysans riches subsiste dans certaines régions et a été détruite dans d’autres.

a) Dans la Chine septentrionalé et centrale les nouvelles conditions socialas se sont stabilisées et aboutissent à une nouvelle différenciation sociale, la formation #ane classe de koulaks drainant les profits de la réforme agraire à son ‘bénéfice de plus en plus exclusif, HERE

€) Dans la Chine méridionale les conditions sociales sont encore en plein

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D. © — |_ His bouloversæment ; In conclusion de la réforme agraire s'y combine avec les tâches de Mk lutte antl-impérialiste, la propriété foncière y étant surtout concentrée sntre les mains de ln bourgeoisie.

1) Dans I Chine du Sud-Ouest la réforme agraire est encore en cours.

12 Dans les villes il n'y a pas eu une modification fondamentale des rapports de propriété, Le nouveau pouvoir s'est emparé du secteur déjà nationalisé par le Huomin! {ancienne propriété japonaise) et a en outre nationalisé la propriété des 4 familles monopoleuses (« capital bureaucratique »), Cela représente la fraction majeure de l’industrie lourde et du commerce extérieur (où le monopole d'Etat existe de fait). C’est surtout en Mandchourie que ce sectæur nationalisé possède un poids important. Dans le reste de la Chine où prédominent l'industrie légère et le capital commercial, la propriété privée capitaliste reste décisive. Après une période de transition, dominée par les besoins de la reprise économique, le (pu Sa central a encouragé par de nombreux moyens l'accumulation et le loppement du capital privé, I1 a dans ce but imposé des restrictions considérables à l'action revendicative ouvrière. Néanmoins, le “éveloppement du mouvement ouvrier syndical et coopérateur, l'introduction de la sécurité sociale, l'arrêt progressif de l'inflation, la fixation des salaires sur la base de l'échelle mobile, représentent des avantages substantiels déjà obtenus par Ja classe ouvrière, Ces avantages favorisent un développement progressif de l’auto-confiance, de l'esprit combattif et de la politisation du prolétariat ; développement que le cours Futur du P.C. chinois sera obligé de favoriser de plus en plus,

18. Dans. l'ensemble, les relations politiques, économiques et sociales qui prévalent actuellement entre les classes en Chine représentent une situation particulière de dualité de pouvoir, le pouvoir politique, entre les mains du P.0., étant obligé de s'appuyer de plus en plus sur les ouvriers et les paysans pauvres. Câtte situation correspond à l'étape initiale de solution des problèmes de la révolution permanente, Elle s'exprime en pratique par la symbiose entre le pouvoir politique central contrôlé à l'échelle nationale pur le PC. et son armée, et le pouvoir économique prédominamment encore entre les mains de la bourgeoisie Lu participation des représentants de la bourgeoisie au gouvernement central n'est pas une simple fiction. Si ces représentants n'y exercent pas un pouvoir exécutif réel, leur fonction n'est pas celle d'otages mais d'observateurs dont ln présence au gouvernement, nécessaire pour la politique actuelle du PC, reflète le pouvoir réel que la bourgeoisie exerce encore dans de nombreux domaines, Ils pourraient également, dans certaines conditions favorables pour elle, devenir l'instrument du début de des. truction du nouveau régime, Le pouvoir économique que la Ro pense encore agit comme une menace constante de corruption ut de di ation de l'appareil d'Etat et de l'appareil du P.C. Plus on descend vers les échelons infe-rieurs de l'appareil d'Etat, moins la dualité de pouvoir est formelle et plus ele devient effective,

14. — La situation de dualité de pouvoir est éminemment transitoire. Le sens de son évolution est déterminée par les rapports de forces entre les classes sur le plan national et international. Le facteur décisif dans c* sens, c'est aujourd'hui le rôle du gouvernement central. Ce gouvernement ne reflète pas parallèlement la pression des classés antagonistes mais il agit, malgré ses hésitations ceniristes, fondamentalement dans le sens de la destruction de ce qui subsiste encore de pouvoir de la bourgeoisie. Ce qui est décisif sur ce plan, ce ne sont pas les théories gouvernementales petites-bourgeoises de conciliation entre le Capital et le Travail mais le sens historique de son action face aux conflits »xplosifs entre les classes, à l'échelle nationale et internationale. Nous caractérisons ce gouvernement comme un Gouvernement ouvrier et paysan parce que, d'une part, il a rompu en pratique avec les intérêts historiques de la bourgeoisie pour s'engager sur la voie de la révolution, et parce que, d'autre part, il n'a pas encore achevé la destruction du pouvoir de la bourgeoisie ni liguidé la dualité du pouvoir du haut) en bas de l'appareil d'Etat. Ce gouvernement ouvrier et paysan ne sera qu'une courte phase transitoire dams la voie de la dictature du protétariat, vers laquelle le poussa de plus en plus la dynamique de la situation nationale et internationale.

IV. — LES PERSPECTIVES DE LA REVOLUTION CHINOISE

15. — La caractéristique du PC. comme parti ouvrier opportuniste agissant dans un pays semi-colonial a une double signification raflétant les deux aspects fondamentaux dans la politique contradictoire de ce parti. Chaque pas en avant que fait le P.C. dans la voie de la révolution, il le fait avec mille hésitations et de façon complètement empirique. En vérité ces pas £e font en contradiction avec l'ensemble de sa tradition idéologique et programmatique et avec sa doctrine officielle du moment : la doctrine de la « démocratie nouvelle ». Mais le fait même que, propulsé par les immenses forces sociales explosives que l'éclatement de la 3° Révolution chinoise a libérées, le P.C. est obligé et sera de plus en plus obligé de s’en; r sur la voie de la révolution permanente, détermine la nature de classe et le rôle objectif joué par ce parti. Tout le bagage programmatique menchéviste et tout l'opportunisme que le P.C. chinois traîne avec lui, ont jà fait un tort énorme à la révolution. Ils ont provoqué l'absence de synchronisation entre la montée ouvrière (1945.47) et la montée paysanne consciemment arrêtée par le PC.

QUATRIEME IN T E R N AT I O N AL E durant cette époque. Ils ont contribué au recul du mouvement des masses dans les villes (1947-50) provoqué par la désagrégation de l'économie. Ils ont accumulé les difficultés dans le domaine économique par sa façon incomplète de réaliser la réforme agraire. Ils provoqueront à l’avenir sans aucun :loute des crises multiples. L'empirisme est un instrument des plus inadéquat pour rémiser des tâches historiques aussi grandioses que celles de la révolution chinvise. Mais le fait d’avoir commencé à les réaliser en pratique reste le critère décisif pour déterminer l'évolution future dé la politique du P.C. qui se heurtera de plus en plus aux limites,

“le lVempirisme, de l’opportunisme et de conceptions programmatiques fausses,

16. — Cette évolution sera déterminée avant tout par :a pression de la situation internationale, de la polarisation mondiale des forces de classe en deux camps se heurtant l'un à l'autre, Plus la guerre approche, plus l'impérialisme cain mettre au point ses bases d'agression contre la République populaire de Chine en Asie, et plus le maintien de la propriété privée dans l'industrie grande et moyenne, servant de base de départ aux entreprises contre-révolutionnaires de la bourgeoisie chinoise, entrera en conflit avec les conditions élémentaires de sécurité de l'Etat. Ceue-ci doit considérer une victoire militaire de l'impérialisme américain comme la geule chance de restaurer son pouvoir. Elle ne pourra que saboter par tous les moyens la conduite de la guerre de la République populaire de Chine avec l’impérialisme, L'éclatement de la guerre de Corée attisant la guerre civile dans le pays a déjà placé le régime de Mao-Tsé-Tung dans l'obligation d'accentuer ‘sa lutte coatre la bourgeoisie, ainsi que son tournant à gauche initialement déclenché par l'extension de la réforme agraire en février 1950. L'éclatement de la guerre mondiale sera vraisemblablement le début d'un tournant fondaraental du P.C. à l'égard du capitalisme, aboutissant à la liquidation de la dualité de pouvoir à tous les échelons de l'appareil d'Etat. L'exécution d'un tel tournant ét le parachèvement de Yexpropriation de la bourgeoisie citadine, marqueront alors la transformation du gouvernement ouvrier et paysan en dictature du prolétariat. L'échec de cette transformation signifierait vraisemblablement la réouverture de la guerre civile en Chine, le gouvernement révolutionnaire et le gouvernement contre-révolutionnaire s'alrontant sur le territoire même du pays avec leurs forces armées, remettant ainsi en question toutes les conquêtes de la révolution. L®s rapports de forces entre les classes, très défavorables à l'impérialisme à l'échelle internationale, et les perspectives d'un élargissement de plus en plus ample des luttes révolutionnaires dans le monde, rendent ce second terme de l'alternative très improbable.

17. — Plus se polarisent à l'échelle mondiale les forces de classe, plus le PC.

se voit entraîné à raidir son attitude envers la bourgeoisie et plus il sera übligé “ie faire appel aux masses prolétariennes pour appuyer cette politique, fût-ce par une mobilisation limitée et contrôlée (cf. la campagne récente contre le gaspillage et le bureaucratisme), et plus il risque d’être poussé à son tour en avant par la pression même des masses. Ceci deviendrait particulièrement le cas lorsque les contradictions sociales fondamentales inhérentes à l’état actuel de la Chine et à la politique actuelle du P.C., éclateratent violemment : conflits éntre paysans pauvres et éléments exploiteurs à la campagne, d’une part; conflits entre ouvriers et capitalistes « démocratiques » dans les villes, d'autre part, Les succès économiques mêmes que le nouveau régime remporte favorisent en définitive la maturation de ces conflits, s'ils en retardent quelque peu l'échéance. L'étape à venir est une étape de luttes de classes exacerbées dans lesquelles le P.C. sera obligé d'agir contre la bourgeoisie citadine et rurale, L'immensité du pays, le controle central et bureaucratique difficile, la renaissance rapide du capitalisme et de l'exploitation à la . campagne, l'inégalité du rythme du réveil révolutionnaire de dizaines de millions d'exploités, — tous ces facteurs réduiront les possibilités de prolonger longtemps la menœuvre conciliatrice actuelle du P.C. et précipiteront un règlement de comptes tinal entré les classes, de 4

18. — Le P.C. est entré dans la 3* Révolution chinoise orme un parti stalinien FS! ancipant empiriquement de la direction du Kremlin, Les forces sociales internationales el nationales qui agissent sur lui déterminent sa transformation d’un parti ouvrier fonciérement opportuniste en parti centriste de gauche allant de l'avant sur la voie du parachèvement de la révolution. Mais ces mêmes forces moditieront la composition et, dans une certaine mesure, même la structure du PC, chinois. La réalisation de la réforme agraire avait déjà fait éclater l'organisation du P.C, dans de nombreux villages basée sur des éléments riches ou koulaks. Le déroulement de la lutte de classe au village propulsa ure épuration constante dans le même sens, Le réveil des masses accentuera de plus en plus la pénétration du prolétariat dans le P.C. La rupture avec la bourgeoisie donnera vraisemblablement l'hégémonie à l'élément prolétarien du point de vue de la composition socialet du parti. Ce bouleversement constant du P.C. lui-même autant objet que sujet de la révolution permanente, déserrera inévitablement, du moins pendant une période transitoire, le monolithisme et le degré de contrôle organisationnel de l'appareil. Il n’est pas exclu que ce bouleversement aboutisse à une différenciation à la direction même du parti, Il ést plus vraisemblable que celle-ci, constituée depuis une longue période, maïintiendra son unité extérieure pendant tout le cours ascendant de la révolution, et présidera dans sa grande majorité à la transformation du P.C. chinois en un ‘parti centriste de gauche. Cette transformation, en renforçant ies assises du pouvoir du PC. et son appui dans la population laborieuse, renforcera également son autonomie et son esprit critique envers le Kremlin. Dans ie même sens jouera la

QUATRAPR ME. 1 /N TE R IN À T 1 O N À. LE politique spotiatrice de ln bureaucratie soviétique dans ses relations économiques avec In CHINE AVRIL Une défaite décisive de l'impérialisme dans le monde, ou du moins un Modiiontion radicale de la situation mondiale, la rupture publique du P.C. chinois a%0e le atalinisme est cependant peu vraisemblable.

V. — LA 1V2 INTERNATIONALE ET LA REVOLUTION CHINOISE

1 Æyunt pleinement assimilé l'importance historique décisive de l’éclatement de ln Révolution chinoise, la IV* Internationale défend celle-ci incondition-nelloment contre tous-ses ennemis de classe, Elle dénonze les manœuvres et les prossions économiques, politiques et militaires de l'impériatisme tendant à empécher ln atbilisation du pouvoir de Mao-Tsé-Tung et préparant en fait une guerre d'intervention contre-révolutionnaire en Chine. Elle appuie pleinement la demande du pouvernement de Mao pour que soient retirées les troupes impérialistes ou à la solde de l'impérialisme, de Formose et des régions limitrophes de la Chine : Corse, Vietnam, Birmanie. Elle exige l'abolition des derniers traités inégaux liant la Chine à la Grande-Bretagne, au Portugal et à l'URSS. ce qui implique le retour à la Chine des dernières enclaves étrangères sur son territoire : Hong-Kong, Maeno, zones d'influence russes au Sin-Kiang, en Mongolie extérieure, ete. Elle appuie la campagne du gouvernement de Mao pour sa reconnaissance de jure et de facto par tous les Etats du monde et pour son entrée immédiate comme representant du peuple chinois dans l'O.N.U. Elle demande ia levée du blocus de fait de la Chine et l'établissement de relations commerciales sur un pied d'égalité entre tous les pays et la Chine. Elle appelle tous les gouvernements asiatiques et toutes les organisations ouvrières et syndicales du nonde entier à élaborer un plan d'ensemble de développement économique et d'industrialisation de l'Asie sans paiement de tribut aux impérialistes, et sur la base de l'aide réciproque entre pays ayant échappé au contrôle de l'impérialisme. Elle appelle nctamment les organisations ouvrières de l'Europe occidentale à inscrire dans leur programme le principe d'une aide désintéressée d'équipement industriel à la Chine révolutionnaire et à la réaliser dès l'établissement de gouvernements ouvriers (ou ouvriers et paysans) dans leur pays. Il va de soi aue les membres chinois de ia IV* Internationale se trouvéront à l'avant-garde de la défense des conquêtes de la révolution chinoise contre toute attaque contre-révolutionnaire et qu'ils participeront également à l'avant-garde dans la lutte pour toute réalisation révolutionnaire déclenchée par lé nouveau régime ou par les masses.

20. -- La IV° Internationale et les trotskystes chinois accordent un soutien critique au gouvernement de Mao-Tsé-Tung, Ceci implique une critiqué vigoureuse de l'orientation de ce gouvernement sur les points suivants :

a) Sur la structure de l'Etat et le régime du parti. L'Etat chinois n'& pas de structure soviétique ; le gouvernement ne s'appuie pas essentiellement sur des comités d'ouvriers et de paysans ; là où ceux-ci :xistent à l'état embryonnaire, ils ne sont pas démocratiquement élus; là où des comités ont été sporadiquement constitués par les masses, leur développement démocratique en général a été arrêté par le gouvernement, La répression des éléments d'opposition révolutionnaire doit être particulièrement condamnée.

b) Sur l'identification de là fonction des syndicats, du parti et de l'Etat dans le domaine industriel, Même si le maintien d'un secteur capitaliste dans l'économie est jugé indispensable, le rôle du parti et des syndicats ne peut pas consister à proclamer « l'égalité du Capital et du Travail ». Il est de Jeu devoir de défendre les intérêts de classe des vuvriers Contre les capita-stes.

c) Sur l'inachèvement de la réforme agraire, notamment le maintien dé la propriété des paysans riches et l’absence d’instituts étatiques de crédit à bon marché à la paysannerie, ,

4) Sur les conceptions théoriques fasses de la révolution e par étapes » du « capitalisme démocratique », etc. è

Cette critique doit être avancée en général de façon c#nstructive et avec une conscience nette de la réalité économique et sociale du pays. Dé toute façon, la dictature du prolétariat en Chine devra être accompagnée c'une période de NÉ P. beaucoup plus large et plus longue qu'en Russie, sans suppression complète de Ia propriété ‘privée dans le domaine de la petite industrie urbaine et villageoïse, du commerce, de l'artisanat, etc, Le rythme d’accumulation industrielle par tête a nabitant sera, pendant une longue période transitoire, relativement bas et essén-tiellement fonction du rythme de développement des forces productives à la cam: pagne et LR me sas

.. — Afin de réaliser l'orientation de défense inconditionnelle de 1 populaire chinoise et de soutien critique du gouvernement Mao, les net Ni. nois de la IV*° Internationale devront s'intégrer complètement dans le mouvement de masse de leur pays, tel que cela a été décidé par le IXi* Congrès Mondial de la IVe Internationale. Cette intégration a pour but de se lier aux couches les plus combattives et les plus conscientes du P.C. et des autres crganisations de masse, afin de les pousser en avant vers un parachèvement de la révolution permanente en ue et de Dsl pese la Le ere de ces organisations et du pouvoir.

s formes ques de ce orientation seront. établie. ar la s en consultation étroite avec le CE, Fa res LE

Source : Quatrième Internationale, vol.11 n°1, novembre 1952 - janvier 1953 · scan (Radar, 16-014-00060).

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