Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

Préambule des Statuts de la IVe Internationale

1948 · IIe Congrès mondial · La réunification : le VIIe Congrès mondial et après (1963-1965) · 2 689 mots

In English: International Information Bulletin (USec), no. 1, Jan 1969, Appendix II (fi-iib-archive/articles/1-jan-1969-intl-inf-bull/p002_02); inventory #17 (texte anglais publié, pas encore en ligne ici).

Texte lu par machine (OCR) sur le scan de la revue : il contient des fautes de lecture. Pour citer, reportez-vous au scan.

(adoptés par le ?* Congrès Mondial, 1943)

En exprimant les intérêts historiques du prolétariat mondial, la IVe Internationale a pour base le programme et les conceptions organisationnelles du marxisme révolutionnaire défendu en différentes périodes historiques par la Première, la Deuxième et la Troisième Internationale.

Quand la Première Internationale fut fondée à Londres, en 1864, ses statuts portaient :

« Considérant :

« Que l'émancipation de la classe ouvrière doit être obtenue par la classe ouvrière seule ;

« Que Ia lutte pour cette émancipation ne signifie aucunement une lutte pour la création de nouveaux privilèges de classe et de monopoles, mais l'établissement de légalité des droits, et des devoirs et pour la suppression de toute domination de classe ;

« Que la soumission économique de l’homme au Travail sous le régime des possesseurs des moyens de production (c’est-à-dire de toutes les sources de la vie) et l'esclavage sous toutes ses formes — sont les causes principales de la misère sociale, de la dégradation morale et de la dépendance politique ;

« Que l'émancipation économique de la classe ouvrière est partout le but essentiel auquel tout mouvement politique doit être subordonné comme moyen ;

« Que tous les efforts en vue d’atteindre ce grand but ont échoué par suite de manque de solidarité entre les travailleurs des différentes branches du travail dans chaque pays et d'alliance fraternelle entre les travailleurs des pays différents ;

« Que l'émancipation n’est point un problème local ou national mais un problème social embrassant tous les pays où le régime social moderne existe et dont la solution dépend de la collaboration théorique et pratique des pays les plus avancés ; que la rénovation actuelle simultanée du mouvement ouvrier dans les pays industriels de ‘VEurope éveille en nous d’un côté de nouveaux espoirs, mais, de l’autre, nous donne un avertissement solennel de ne pas retomber dans les anciennes erreurs, et nous appelle à la coordination immédiate du mouvement qui jusqu’à présent n’avait point de cohérence. »

La Première Internationale dut quitter la scène de l’histoire avant d’avoir pu accomplir la tâche qu’elle s’était fixée. Son drapeau et son programme furent relevés par la Deuxième Internationale, fondée à Paris en 1889, qui solennellement s’engagea à compléter l’œuvre de la Première Internationale et qui, dans les décades qui suivirent, rassembla le mouvement socialiste le plus puissant qu’on avait jamais vu jusqu’alors.

Mais, la période historique fut caractérisée par un essor du capitalisme et un développement du marché mondial, avec des marges de profit suffisantes pour permettre d'accorder des réformes substantielles aux masses travailleuses. Ceci donna naissance à toute une couche sociale d’ « aristocratie ouvrière », ayant des illusions dans la possibilité d’une réforme du capitalisme et d’une transition pacifique au socialisme. Le conservatisme de cette couche sociale et sa révision du marxisme entraînèrent une dégénérescence réformiste de la Deuxième Internationale qui, au moment où éclata la première guerre impérialiste mondiale en 1914, atteignit son point culminant. La Deuxième Internationale montra qu’eile n’était pas du tout une Internationale, mais une simple fédération de partis nationaux, dont les chefs, trahissant le programme socialiste internationaliste et leurs propres engagements solennels, maintes fois répétés, passèrent au service de leur propre bourgeoisie.

: La Troisième Internationale, fondée en 1919 à Moscou, restaura les principes de l’internationalisme prolétarien et du marxisme révolutionnaire, les appliquant correctement à la période de décadence impérialiste. Ses statuts déclaraient :

« L’Internationale Communiste se donne pour but la lutte armée pour le renversement de la bourgeoisie internationale, et la création de la république internationale des Soviets, première étape dans la voie de la suppression complète de tout régime gouvernemental. L’Internationale Communiste considère la dictature du prolétariat comme lunique moyen disponible: pour arracher l'humanité aux horreurs du capitalisme. Et lInternationale Communisme considère le pouvoir des Soviets comme la forme de dictature du prolétariat qu’impose l’histoire.

« L’Internationale Communiste soutient, intégralement et sans réserves, les conquêtes de la grande révolution prolétarienne en Russie, de la première révolution socialiste, dans l’histoire, qui ait été victorieuse et invite les prolétaires du monde à marcher dans la même voie. L’Internationale Communiste s'engage à soutenir par tous les moyens qui seront en son pouvoir toute république socialiste qui serait créée en quelque lieu que ce soit ».

Mais la Troisième Internationale suivit la Deuxième dans la dégénérescence, bien que ce soit pour un ensemble de causes historiques complètement différentes.

Par suite du succès de la première révolution prolétarienne, le Parti communiste russe devint la principale section dominante de la Troisième Internationale. Du fait que cette révolution s’accomplit dans un pays arriéré et qu’il y avait une disproportion énorme entre les besoins et les moyens de consommation, une bureaucratie grandit qui, à cause du retard de la révolution prolétarienne dans d’autres pays, finit par s'emparer du contrôle de l’appareïl de l'Etat soviétique et du Parti communiste de l'Union soviétique. En raison de ce contrôle, la Troisième Internationale devint de plus en plus un simple instrument de défense des intérêts de la bureaucratie soviétique hors de l'U.R.S.S.

La lutte contre la déformation stalinienne de la politique de Lénine, commencée à l'échelle nationale en Russie en 1923 par Léon Trotsky et l’Opposition de Gauche, se développa jusqu’en 1928 pour devenir mondiale sous la forme d’une Opposition de Gauche Internationale qui prit le nom de Ligue Communiste Internationaliste. Malgré les exclusions bureaucratiques effectuées par les stipendiés du Kremlin contre les oppositionnels dans toutes les sections du Comintern, malgré les emprisonnements ét les assassinats en U.R.S.S., la Ligue Communiste Internationaliste estimant qu’il était encore possible de réformer le Comintern, se considéra elle-même seulement comme une opposition et s’efforca de rejoindre les rangs des différentes sections nationales. : Mais lorsqu’en 1933, menacé par l’arrivée d'Hitler au pouvoir, le P.C. allemand -— puissant mais stalinisé — capitula et permit au prolétariat allemand d'aller à la défaite et au massacre sans lui donner le moindre signal d’une lutte unie et organisée, il fut clair que la réforme du Comintern n’était désormais plus possible. L’Opposition @: Gauche Internationale fit appel en septembre 1933 à la construction d’une IV: Internationale qui tint sa conférence de fondation en 1938. Le cadavre de la HI: Internationale fut finalement enterré en 1943 par un ukase de Staline.

Héritière des traditions et des principes du marxisme révolutionnaire et de l’inter-natienalisme prolétarien, la IV° Internationale se fixe pour but d’achever la tâche de la révolution socialiste mondiale.

IT

L’humanité à déjà atteint le niveau de développement économique nécessaire et suffisant pour le passage du capitalisme au socialisme. A l'échelle mondiale existent les prémisses pour l’organisation socialiste de la société, pour une production planifiée mondiale tournée vers l’usage plutôt que pour une production chaotique en vue du profit.

Le point critique, en un certain sens, à effectivement été dépassé. En châtiment historique pour n’avoir pas encore pu parvenir au socialisme, l'humanité voit aujourd’hui se dégrader des parties du monde, comme l’Europe, caractérisée auparavant par le plus haut degré de développement et d'organisation industrielle. Ruinés par une série de guerres catastrophiques, ces pays ont vu leur production et leur productivité baisser, leur richesse réelle gaspillée, leur économie intérieure et leurs finances sombrer dans un désordre inextricable, et leurs populations implacablement réduites à des niveaux de vie de plus en plus bas. Profitant de la conjoncture temporaire créée par la guerre et la période qui la suivit immédiatement, des pays coloniaux et semi-coloniaux ont essayé de réaliser une industrialisation comparable à celle accomplie par les pays impérialistes actuels à l’époque où le capitalisme était jeune et en plein essor, pour s’apercevoir seulement qu’ils sont arrivés trop tard sur la scène historique ; leur route est barrée et ils tombent dans la crise avant que leur développement ne soit très avancé. Dans le seul pays capitaliste qui émerge de la seconde guerre impérialiste mondiale avec une capacité productive énormément accrue, les propres défenseurs du capitalisme eux-mêmes admettent comme une certitude une crise catastrophique prochaïne avec. toutes ses conséquences, limitation de la production, chômage haim et misère.

A cette réalité infernale, le capitalisme. n’offre pas d’autre réponse qu’une nou-veille guerre mondiale qui menace l’humanité d’un retour à la barbarie, sinon d’une totale destruction.

Les prémisses objectives de la révolution socialiste sont plus que mûres. Si le prolétariat mondial, la seule classe progressive de la société contemporaine ne réussit pas à accomplir la révolution prolétarienne mondiale, toute la civilisation et toute la culture humaine tomberont inévitablement en ruines,

Ce n’est pas la volonté des masses travailleuses qui fait défaut. Dans les dernières décades, le prolétariat mondial et les masses coloniales opprimées ont montré à maintes reprises qu’ils sont prêts à s'engager avec courage et esprit de sacrifice dans la voie révolutionnaire et à mettre fin, une fois pour toutes, au système d'exploitation impérialiste. En Allemagne, en Chine, en Espagne, en France, en Grèce, partout les travailleurs se sont lancés de tout cœur dans la lutte, mais n’ont abouti chaque fois qu’à une défaite sanglante due aux directions fausses et traîtres de la social-démocratie et de la bureaucratie stalinienne.

L’héroisme spontané en soi ne suffit pas plus que l'existence des prémisses éco-nmomiques objectives. Toute l’histoire a montré que, sans la direction du parti révolutionnaire, aucune victoire durable n’est possible pour les travailleurs. Les deux décades terribles qui viennent de s’écouler ont prouvé que les guides traîtres que sont les usurpateurs staliniens d’octobre, ont égalé et même surpassé dans la trahison les traîtres sociaux-démocrates.

La crise historique de lhumanité est ainsi la crise de la direction du prolétariat ; l'alternative historique, le socialisme mondial ou la chute dans la barbarie, pivote autour de la crise de la direction révolutionnaire.

Dans chaque pays la direction du prolétariat doit être arrachée à la social-démocratie contre-révolutionnaire et aux traîtres staliniens, Les fers qu’ils ont forgés pour lier et immobiliser les masses travailleuses doivent être brisés. C’est seulement en rompant résolument à la fois avec le réformisme classique de la social-démocratie et avec le néo-réformisme stalinien que le prolétariat de chaque pays peut bâtir le parti révolutionnaire sans lequel aucune lutte pour le socialisme ne peut être couronnée de succès.

Mais aujourd’hui, la politique et l’économie du capitalisme, son marché, ses crises, ses guerres ont tous un caractère international. Le parti révolutionnaire qui se fixe pour but de renverser le capitalisme, doit, lui aussi, être international, De même que sans révolution mondiale, le socialisme ne peut être réalisé dans un seul pays, de même sans un parti mondial, aucun groupement révolutionnaire DEMI ne peut se développer pleinement,

Un tel parti mondial, une telle Internationale, ne peut aucunement être un simple agglomérat de partis nationaux, ayant des programmes différents, unis entre eux seulement par des liens lâches, de nature fédérative, mais doit avoir pour arme le programme politique international dont tous les programmes nationaux sont des adaptations aux problèmes aux problèmes particuliers de chaque nation. Ni l'emprise temporaire sur les masses révolutionnaires, ni le pouvoir matériel, qu’il soit ou non de nature étatique, ni une organisation miroitante, ni une activité énergique, ni des statuts méticuleux ne peuvent sauver une Internationale dont les principes et le programme sont faux et ne peuvent supporter l’épreuve de l’histoire.

La IV: Internationale, héritière directe de tout ce qui était révolutionnaire dans la Première, la Deuxième et la Troisième Internationale a le programme qui suppor-tera l'épreuve de l’histoire. Elle repose sur les quatre premiers Congrès de l'Internationale Communiste de Lénine et Trotsky, sur tous les documents programmatiques de lOpposition de Gauche Internationale, du Mouvement pour la Quatrième Internationale, et sur le Programme de Transition adopté à sa propre Conférence de Fondation en 1938 : « L’Agonie du capitalisme et les tâches de la IV* Internationale ».

Ainsi armée, elle sera capable de créer la grande Internationale révolutionnaire des masses qui seule peut conduire les masses travailleuses à la victoire mondiale du socialisme.

IIT

Le parti est l’incarnation du programme. De même que la nature internationale du capitalisme exige un programme de caractère international, de même l'extension mondiale du mouvement ouvrier exige que le parti révolutionnaire qui s’est fixé pour but le renversement du capitalisme soit aussi un parti mondial. Sa stratégie doit être mondiale, inclure tous les problèmes et être internationalement coordonnée. C’est de cette stratégie internationale que doivent découler les tactiques nationales, adaptées aux particularités spécifiques de chaque nation. Ceci exige par conséquent une organisation mondiale et une direction internationale centralisée.

C’est pourquoi le régime intérieur de la Quatrième Internationale est déterminé par les principes et la pratique à l'échelle internationale comme à Véchelle nationale et locale, du centralisme démocratique, c’est-à-dire, de la plus grande démocratie possible dans la discussion intérieure pour l'élaboration d’une ligne politique, et la plus ferme discipline dans l'application de cette ligne, une fois qu’elle à été déterminée. Ce n’est pas simplement une méthode préférée, mais un principe d'organisation. En tant que parti bolchévik, la Quatrième Internationale n’a rien de commun avec les conceptions dont les organisations réformistes et centristes ont fourni l'exemple, et qui reviennent à une agglomération de partis ou de groupes nationaux autonomes (y compris à l’occasion plusieurs groupes dans un seul pays), avec des lignes politiques divergentes.

De telles conceptions W’organisation ont une origine politique et même de classe. Elles peuvent peut-être satisfaire quelques besoins locaux et temporaires du proléta- .riat mais ne sont pas au niveau de ses tâches historiques.

Contre les conceptions fédéralistes d'organisation, la Quatrième Internationale demeure sans équivoque sur la conception bolchévique d’un seul parti mondial et d’une direction internationale centralisée. Pour elle, l'unité politique internationale n’est pas une facade décorative mais le véritable centre de ses vues théoriques et de sa politique. Elle exige que le cadre idéologique du parti soit rigoureusement délimité. Elle n’est pas pour la démocratie dans l’abstrait, mais pour la démocratie centralisée, 3

L'unité de ses vues politiques est atteinte par des voies démocratiques, au moyen d'un congrès mondial tenu périodiquement, composé des délégués de ses sections nationales, et qui forge dans la discussion une ligne politique majoritaire et qui élit, pour lappliquer, un Comité Exécutif stable, désigné nominalement. La Quatrième Internationale ne conçoit pas la discussion comme un exercice purement intellectuel, mais comme le moyen d’arriver à une décision ; parce qu’elle se considère elle-même comme une organisation pour l’action. En accord avec la ligne générale parfaitement juste des « 21 Conditions » du Comintern, elle détermine sa propre composition, la ‘limitant aux militants des sections nationales qui acceptent et appliquent son programme et sa discipline. Elle établit une stricte distinction entre membres et sympathisants et dans les périodes d’illégalité elle procède à un resserrement soigneux de sa structure. Ses décisions politiques et organisationnelles, appuyées par l'autorité de son Congrès Mondial, démocratiquement élu, engagent toutes les sections.

La nécessité d’une direction internationale centralisée comporte une grave responsabilité pour ceux qui la composent. Les sections nationales doivent accepter quand c’est nécessaire, de se priver de leurs plus importants dirigeants nationaux. Le centralisme démocratique n’étant pas un schéma inflexible, les dirigeants élus par lInternationale, tout en s’efforçant dans toutes les conditions de maintenir le juste équilibre, doivent savoir prendre en considération la nécessité de renforcer, suivant la conjoncture et les tâches, tantôt l'aspect centraliste, tantôt l'aspect démocratique. Ceci comporte une application correcte et souple non seulement de la ligne déterminée par le congrès mondial, maïs aussi des statuts dont la formulation est nécessairement rigide.

Car une Internationale et le centralisme démocratique qu’elle représente ne sont pas créés par une simple décision, mais se développent dialectiquement. Si elles ont en premier lieu pour base le programme politique international, leur croissance et leur renforcement demeurent cependant fonction de la croissance et du renforcement des sections nationales et du progrès constant de leur homogénéité politique. L’autorité politique et morale des organismes directeurs centraux ne peut pas être bureaucratiquement imposée. Elle doit être gagnée au moyen €e leur propre activité. Ainsi le caractère plus ou moins concret et détaillé des statuts doit refléter avec exactitude le degré de centralisation que VInternationale a atteint et qu’elle atteindra, dans la période qui va jusqu’au prochain congrès mondial, lorsqu'ils sont sujets à révision.

Les statuts actuels de 1948 s’appuient sur les principes et l’analyse établis ci-dessus. À ce titre, ils reflètent les grands progrès faits par la IV° Internationale depuis sa constitution il y x dix ans.

Source : Quatrième Internationale, n°23, novembre 1964 · scan (Radar, 16-014-00103).

Une erreur sur cette page ?