Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

Le Parti ouvrier communiste (Italie) et la IVe Internationale

avril 1948 · Le IIe Congrès mondial (2-21 avril 1948) · 3 408 mots

Le trotskysme italien trouve ses origines historiques dans la Nouvelle Opposition italienne qui s'est constituée dans le Parti communiste italien en 1930 quand des dirigeants du parti dont Blasco (Tresso) rompirent avec le Komintern. Ce groupe de la Nouvelle Opposition italienne ne prit jamais une forme organisée stable. Il édita pendant un certain temps un bulletin et un journal mais bientôt il dut cesser toute activité publique. A la veille de la guerre, il était arrivé à un état de décomposition complète. Les militants qui continuaient à être actifs l'étaient dans le cadre de l'organisation française.

Après l'entrée en guerre de l'Italie et l'occupation de la France, quelques-uns de ces éléments furent déportés ou emprisonnés et envoyés en déportation dans les îles. Entre-temps, le camarade Blasco, emprisonné au Puy, fut libéré par une attaque de partisans sur la prison, puis tué dans des conditions qui n'ont jamais été éclaircies. On admet généralement que les staliniens l'ont exécuté.

Sur les lieux de déportation, les quelques cadres trotskystes dirigés par le camarade Fosco (Di Bartolomeo) constituaient un petit noyau qui devait servir de noyau central pour une organisation trotskyste. Dès leur libération et leur retour dans la péninsule, ils commencèrent une activité politique dans des conditions alors très favorables à la constitution de groupes d'opposition en dehors des grands partis ouvriers. Mais leurs activités fut entravée par le fait que le Nord de l'Italie resta occupé et qu'une fois libérés ils ne purent se regrouper qu'en plusieurs étapes. Dans le Sud de l'Italie, dès septembre 1943, les éléments oppositionnels des partis traditionnels avaient constitué une organisation qui tendait à devenir le point de rassemblement des éléments les plus radicaux. Les camarades dirigés par Fosco, groupés à Naples, commirent alors une première erreur en n'entrant pas dans cette organisation et en ayant un développement en réalité étranger à celui de l'avant-garde révolutionnaire de cette partie du pays.

Renforcé par plusieurs membres des armées d'occupation britanniques qui étaient des militants trotskystes dans leur pays, le groupe de Fosco prit contact avec un groupe communiste d'opposition dans les Pouilles, dirigé par le camarade Mangano. C'est du contact et de la fusion de ces deux groupes qu'est né le POC.

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Qu'était la Fédération des Pouilles ?

La Fédération des Pouilles était une partie de l'opposition de gauche italienne (Sinistra Italiana), qui s'était constituée en 1926 au congrès de Lyon du Parti communiste italien, mais qui, en réalité, avait gardé la physionomie politique de la tendance de Bordiga dès la naissance du PC (plate-forme de Rome) et même avant, dans le vieux Parti socialiste italien. Les divergences entre la Gauche italienne de Bordiga et l'Opposition de gauche internationale apparurent dès 1928-1929. Elles firent l'objet alors, d'une ample correspondance entre le camarade Trotsky et les représentants à l'étranger de cette Gauche communiste, et amenèrent une rupture à la conférence de Copenhague de l'Opposition de gauche (1932). Elles portaient surtout sur l'appréciation des partis se réclamant de la classe ouvrière, sur la tactique du front unique et du gouvernement ouvrier et paysan, sur l'utilisation des mots d'ordre démocratiques et sur la stratégie léniniste dans la questions nationale et coloniale. Ces divergences peuvent être résumées ainsi : les bordiguistes ne reconnaissent que les décisions du Ier et du Congrès de l'Internationale communiste et considèrent l'internationale comme ayant dégénéré à partir du IIIe Congrès.

A ces divergences initiales s'ajoutèrent ensuite des divergences plus fondamentales encore sur l'appréciation de la nature de l'URSS et du stalinisme, sur l'appréciation de l'époque dans laquelle nous vivons, sur l'appréciation de la nature du parti de classe, rejetant la conception du centralisme démocratique pour celle du centralisme organique.

La vieille Fédération des Pouilles du Parti communiste italien était en majorité partisane de la tendance de Bordiga dans ce parti. Quand les relations furent coupées, en raison de la dictature fasciste, elle suivit sa propre orientation qui était parallèle à celle des bordiguistes à l'étranger. Cependant, dès la chute du fascisme, les camarades de la Fédération des Pouilles, tout en maintenant en entier la vieille plate-forme de la Sinistra Italiana, se déclarèrent partisans d'une IVe Internationale. Ils ignoraient d'ailleurs l'existence effective de la IVe Internationale. Le camarade Fosco entamait des pourparlers avec eux et réalisait rapidement une fusion entre les deux organisations. Cette fusion fut réalisée sans discussion et sans accord préalables entre les deux groupes, sur la portée et la signification de l'adhésion du nouveau parti à la IVe Internationale.

Les camarades de la Fédération des Pouilles, en effet, étaient de l'avis que la IVe Internationale n'était qu'une organisation en puissance qui n'avait pas encore le droit d'imposer une discipline politique aux différents partis se réclamant d'elle. Cette position perça d'ailleurs dans la première lettre adressée par eux au secrétariat international dans laquelle le POC demandait son adhésion à la IVe Internationale. Cette position fut rectifiée lors d'un comité central ultérieur du POC qui suivit de quelques mois l'envoi de la première lettre et qui, en réponse à une lettre du SI, prit la position traditionnelle du mouvement trotskyste. À cette réunion cependant, le camarade Mangano ni aucun autre camarade de la Fédération des Pouilles n'était présent. Cette équivoque initiale a continué à peser sur les rapports entre le POC et l'internationale du début jusqu'à ce jour.

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La reconnaissance du POC comme section de la IVe Internationale

Lorsque le SI, établi à ce moment-là sur le continent américain, reçut la demande d'adhésion et de reconnaissance officielle de la part des camarades du POC, il était encore coupé de la plupart des sections d'Europe continentale, ainsi que de presque tous les camarades responsables du mouvement trotskyste en Europe qui auraient pu lui fournir des informations directes au sujet de l'état réel des différents courants du mouvement ouvrier de gauche italien. Il dut juger presque exclusivement d'après les informations transmises par le camarade Fosco, informations en partie inexactes, en partie incomplètes, Fosco voulant obtenir aussi vite que possible la reconnaissance officielle du nouveau parti, reconnaissance sur laquelle il désirait précisément s'appuyer dans ses rapports avec la Fédération des Pouilles et pour le développement même du POC dans les régions du Nord où il désirait affronter plus tard les bordiguistes comme section officielle de l'internationale.

Sur la base d'informations incomplètes, le SI hésita à accorder la reconnaissance du POC. Il demanda d'abord des précisions quant à la ligne politique de la nouvelle organisation et quant à sa conception précise sur la signification de son adhésion à la IVe Internationale. Mais une très forte pression fut exercée sur lui par la tendance minoritaire du parti néo-zélandais (lire américain) et par d'autres sections d'outre-mer qui crièrent au scandale et accusèrent le SI de saboter pour des raisons de tendance l'extension et l'influence de notre mouvement vers de nouveaux partis.

On peut dire aujourd'hui que le SI a commis à ce moment-là une très grave erreur en cédant à cette pression et en se laissant entraîner dans une reconnaissance tout à fait prématurée d'une organisation dont il ne connaissait ni l'exacte composition ni la véritable orientation politique de la majorité des membres. La fusion sans principes réalisée par le camarade Fosco a eu pour conséquence d'introduire dans l'internationale un groupe compact de militants en désaccord fondamental avec tout son programme. La reconnaissance officielle du nouveau parti par le SI a eu pour conséquence de créer le cadre formel dans lequel ce groupe de militants put s'emparer du drapeau de la IVe Internationale dans ce pays et défendre sous ce drapeau une politique fondamentalement étrangère à la politique du mouvement trotskyste.

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La première étape dans l'existence du POC

La première étape dans l'existence du POC va de sa constitution au début de 1944 jusqu'au CEI d'octobre 1946. Pendant toute cette période, la direction du parti fut entre les mains des camarades réellement trotskystes. La Fédération des Pouilles vivait à l'écart de la direction du parti, ne collaborait pratiquement à aucun de ses efforts pour faire sortir un organe public, d'abord illégal, puis légal, et se comportait en fait comme un parti dans le parti. La direction du parti ayant à surmonter de très grandes difficultés en particulier le fait que le POC né dans le Sud du pays, se heurtait dans le Nord, au moment de la libération, à un parti bordiguiste déjà fortement constitué, manquant d'autre part d'expérience politique et organisationnelle, réussit uniquement à constituer quelques petits groupes de militants à Naples, à Rome et beaucoup plus tard à Milan, eut des rapports plus relâchés avec des groupes isolés de camarades dans d'autres villes. Elle réussit cependant à faire sortir un journal légal à la fin de 1945, puis la mort du camarade Fosco en janvier 1946 lui enleva son militant le plus âgé et le plus expérimenté. Se débattant dans des difficultés toujours plus grandes, les camarades qui restèrent à la direction s'adressèrent à maintes reprises au SI sorti de la Conférence d'avril 1946 pour demander son aide et son intervention dans l'organisation italienne. Une première visite très brève d'un représentant du SI permit de dresser cependant un plan de travail. Par la suite, le camarade Mangano fut invité à assister au CEI d'octobre 1946 et, immédiatement après le CEI, le SI proposa et fit accepter une formule de pacification à l'intérieur du POC.

On pourrait accuser le SI d'avoir répété en 1946 l'erreur que son prédécesseur avait commise en 1944 : celle de ne pas comprendre l'écart programmatique entre la Fédération des Pouilles et l'internationale et de poursuivre pour cette raison une politique de conciliation organisationnelle sans principes, parce que basée sur un désaccord politique fondamental. Cependant, il faut considérer plusieurs facteurs qui forcèrent le SI à suivre ce cours pendant toute une période :

1) il n'avait, ni statutairement, ni effectivement, la possibilité de désaffilier

définitivement une section ;

2) il ne connaissait la politique des camarades de la Fédération des Pouilles qu'à

travers quelques rares documents et ne pouvait comprendre la portée complète des

divergences politiques avant d'avoir multiplié les contacts directs avec eux ;

3) il devait suivre une politique qui permettait à l'internationale tout entière de faire sa

propre expérience avec le camarade Mangano et la politique de la Fédération des

Pouilles, et ne pouvait prendre des mesures qui seraient restées incomprises de la

grande majorité des sections ;

4) à ce moment-là, on espérait que le congrès mondial se tiendrait à moins d'une année

de distance et résoudrait définitivement la question italienne. De toute façon,

l'accord que le SI proposait aux deux tendances dans le POC en 1946 avait pour but,

non pas une conciliation politique considérée déjà à ce moment-là comme

impossible, mais seulement un modus vivendi organisationnel permettant l'inté-

gration de la Fédération des Pouilles dans le travail effectif de direction, afin de créer

les conditions nécessaires à une expansion organisationnelle plus rapide. Aux

termes de cet accord signé par le camarade Mangano au nom de la Fédération des

Pouilles et par le camarade Bruno (Nardini) au nom de la direction du POC, Mangano

entra dans la direction du parti, transférée à Milan et s'engagea à appliquer en public

la ligne politique de l'internationale.

L'exécution de cet accord devait être facilitée par le SI en accordant à la nouvelle direction du POC un large soutien qui devait lui permettre d'orienter son travail vers le prolétariat du Nord de l'Italie.

• Mangano se saisit de la direction du POC

Presque immédiatement après son transfert à Milan, la nouvelle direction se trouvait à nouveau devant ses difficultés matérielles exceptionnelles. L'aide du SI arrivant irrégulièrement rendait dès le début le transfert à Milan fort précaire. D'autre part, deux camarades seulement sur les trois prévus se rendirent effectivement à Milan. Ensuite, d'autres camarades responsables abandonnèrent en fait le travail de direction étant fatigués et exaspérés par ces trois années d'efforts sans résultats. Le parti se trouvant à la veille de cesser toute activité organisée, Mangano saisit l'occasion et proposa au bureau politique la convocation d'une conférence nationale d'organisation pour régler les questions organisationnelles pendantes. Cette proposition fut adoptée. La protestation du SI contre la convocation de cette conférence arriva trop tard pour pouvoir changer son déroulement.

À cette conférence nationale, tenue à Naples pendant l'hiver 1947, un nouveau bureau politique et un nouveau comité central, dont ne firent plus partie les anciens dirigeants de la tendance trotskyste dans le POC, furent élus. C'est cette conférence nationale qui marque donc le début de nouvelle direction du POC par Mangano. La responsabilité en incombe en partie aux camarades trotskystes mêmes qui ont cédé à un moment de découragement. Elle exprime aussi le caractère irréalisable de l'accord conclu en octobre 1946 au SI. En même temps, Mangano montra clairement qu'il était prêt à considérer comme un chiffon de papier tous les accords conclus avec le SI ainsi que toutes les règles de fonctionnement d'une organisation bolchevik-léniniste :

1) il donna à la conférence nationale d'organisation une orientation politique sans lui faire

adopter formellement des textes, bien que cette conférence n'eut été préparée par aucune

discussion préalable ;

2) Il commença dès le lendemain de la conférence nationale à appliquer une ligne politique

contraire à celle de l'internationale bien qu'il eut solennellement accepté la discipliné

politique de l'organisation internationale. À partir de ce moment, c'est-à-dire pendant plus

d'un an, le POC a suivi en Italie, sous le nom de section de la IVe Internationale, une politique

foncièrement hostile à celle de l'internationale.

• La tension entre la direction du POC et le SI

Dès que le SI fut mis au courant des changements survenus à la direction du POC par la conférence nationale, il s'inquiéta fortement de la tournure que prit l'organisation italienne.

Après des protestations répétées par lettres, un délégué du SI arriva en Italie en été 1947, convoqua le comité central et le mit longuement au courant des divergences politiques fondamentales entre la majorité du POC et la direction de l'internationale. C'est alors seulement que le SI put se rendre compte de la véritable portée de ces divergences et comprit quel désastre signifiait pour l'internationale la politique de Mangano présentée sous son drapeau. À partir de ce moment également, la direction de l'internationale suivit une orientation ferme dans sa politique italienne, basée sur les trois points suivants :

1) Éclaircir devant les membres du POC et devant toute l'internationale la nature

des divergences entre Mangano et le trotskysme.

2) Préparer une plate-forme politique réellement trotskyste en Italie et commencer

la lutte pour constituer sur sa base une tendance politique trotskyste.

3) Commencer un large travail de regroupement en dehors du POC pour construire

les bases devant servir à la formation d'un véritable parti trotskyste en Italie. Alors que le SI s'est efforcé sans cesse depuis 1947 d'engager une discussion politique avec la majorité du POC (résolution du CEI de septembre 1947, « Bulletin intérieur » n° 17 d'août 1947, manifeste du SI envoyé en décembre 1947, lettre ouverte du SI en janvier 1948), la direction de cette organisation a tout fait pour faire dévier cette discussion sur le plan du scandale et des petites manœuvres organisationnelles. Elle a accusé la direction de l'internationale de sabotage, de travail fractionnel et de manœuvres de désagrégation. Toutes ces trois accusations sont absolument sans fondement. La section italienne est une de celles qui a reçu le plus d'aide du SI quand Mangano la dirigeait. Loin d'organiser un travail fractionnel en Italie, le SI a engagé les camarades de Milan qui lui adressèrent des appels répétés et désespérés dans ce sens, dès le début de 1947, à patienter et à continuer à accepter la discipline organisationnelle du POC. Loin de désagréger ce parti, le SI a fait tout son possible pour épuiser toutes les possibilités afin de maintenir un modus vivendi avec la section italienne. Au congrès du parti, qui a son tour n'a pas été préparé par une véritable discussion politique (et dont le caractère déshonorant pour notre mouvement est indiqué autant par le contenu des « Bulletins intérieurs » qui le précédèrent que par les formes organisationnelles qui le constituèrent : blocage des mandats dans chaque région sur un seul délégué donnant un congrès avec sept ou huit personnes qui ont droit de vote), le délégué du SI déclarait clairement que, sur la base d'une ligne politique fondamentalement hostile à celle de la IVe Internationale. S'appuyant sur la résolution du CEI de septembre 1947 qui avait appelé le POC à déclarer clairement ce qu'il entendait par son adhésion à l'internationale, il demanda au congrès de voter une résolution réaffirmant cette affiliation et affirmant en même temps qu'il accepterait immédiatement la discipline politique et organisationnelle de ses organismes dirigeants, en gardant tous ses droits de défendre ses positions politiques particulières à l'intérieur de l'internationale.

Le délégué du SI pouvait défendre cette position avec d'autant plus d'autorité que le CEI qui avait précédé de quelques semaines le congrès du POC avait voté une résolution politique condamnant la politique du POC comme non léniniste et avait appelé tous les membres de ce parti à suivre l'orientation vers le travail de regroupement entamé par le SI, travail que Mangano non seulement avait refusé d'entreprendre mais qu'il essayait encore d'interdire en proclamant que tout membre du POC qui s'inscrirait dans un autre parti serait immédiatement exclu.

• Les méthodes organisationnelles de Mangano

Au congrès du parti de novembre 1947, Mangano appela tous les délégués à voter la résolution présentée conjointement par la minorité du parti et le SI et s'engagea encore une fois solennellement à appliquer en public la ligne politique de l'internationale en Italie. Le délégué du SI lui demanda alors s'il se sentait capable politiquement et moralement de défendre cette ligne avec laquelle il n'était pas d'accord. Il ajoutait que la direction de l'internationale ne voulait forcer personne à agir contre sa conscience et que, dans ce sens, il laisserait à la majorité du parti le soin de déterminer si oui ou non un remplacement de direction devait s'effectuer sur la base de la résolution votée. Mangano accepta alors explicitement la tâche d'appliquer lui-même, à la direction du POC, la politique de l'internationale.

Il a suffi cependant de quelques semaines d'expérience pour montrer qu'après le congrès de novembre 1947 le journal IVe Internazfonale continuait à défendre la même politique incohérente de la Fédération des Pouilles qu'il avait défendue auparavant. Le SI envoyait alors une lettre ouverte de protestation au comité central et à tous les membres du POC, lettre ouverte dans laquelle il faisait la somme de toute l'expérience politique désastreuse de la section italienne et dans laquelle il avertissait ouvertement la direction du parti qu'il n'allait plus tolérer en Italie une situation dans laquelle la politique trotskyste resterait inconnue des ouvriers italiens. Cette lettre ouverte résume exactement l'ensemble des divergences programmatiques existant entre l'internationale et Mangano. Mais Mangano ne se limita pas à briser de la façon la plus cynique les accords conclus avec l'internationale et les résolutions solennellement votées au congrès. Il n'hésita pas à déclarer ouvertement à la réunion du comité central de février 1948 que, dans sa lutte contre la direction de l'internationale, tous les moyens étaient bons et qu'il avait tout simplement fait voter la résolution indiquée plus haut au congrès pour induire en erreur le SI. Il fit plus. Sabotant ouvertement le travail de regroupement entrepris par les soins du SI en Italie, il publia une série d'articles dans le journal IVe Internazionale qui ne peuvent être autrement interprétés que comme de véritables provocations. C'est seulement grâce au fait que son journal ne circule pratiquement pas en dehors des membres et des sympathisants de son parti que de graves difficultés ont pu être évitées.

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Conclusion

L'expérience faite avec le POC durant les quatre années depuis sa fondation est maintenant concluante pour toute l'internationale. Il s'agit d'une organisation hybride dont le noyau essentiel, composé par la Fédération des Pouilles, suit une politique organiquement différente de celle du bolchevisme-léninisme. Tous les efforts de conciliation organisationnelle tendant à maintenir ce noyau à l'intérieur de la discipline politique de l'internationale ont échoué. Dans ces conditions, le congrès mondial a le choix : ou bien tirer les conclusions organisationnelles de cette situation et déclarer au mouvement qu'il n'y a pas aujourd'hui en Italie un parti de la IVe Internationale, ce qui ouvre les possibilités d'entamer un travail qui permettra à une partie de l'avant-garde ouvrière italienne d'assimiler le vrai programme de l'internationale ; ou bien maintenir l'équivoque, ce qui signifiera en pratique laisser le prolétariat italien dans l'ignorance complète. Pour nous, le choix est fait.

Source : Rodolphe Prager (dir.), Les congrès de la IVe Internationale, t. 3, p. 266–272 (La Brèche, 1978-1989 ; éd. numérique 2022).

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