Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

La crise de l'OLP : un bilan

sept 1986 · Secrétariat unifié · Le XIIe Congrès mondial et après (1985-1991) · 6 483 mots

In English: The Crisis of the PLO — Document of the Fourth International — texte anglais publié à l’époque.

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sa ligne générale.

Le texte qui suit a été présenté comme rapport à une réunion du secrétariat unifié de la IV* Internationale au mois de juin dernier et a été approuvé dans

1. Avant même la création officielle de l'Etat d'Israël en 1948, la lutte contre l’entreprise de colonisation sioniste de la Palestine, notamment depuis l'instauration du mandat britannique en 1920, allait constituer un élément central de la lutte nationale arabe contre la tutelle occidentale. La guerre de 1948, entre le nouvel Etat et ses voisins, allait inaugurer la prise en charge directe de l'objectif de libération de la Palestine par les Etats arabes. Toutefois, la défaite subie par ces derniers suscitera une première radicalisation anti-impérialiste dans la région, qui aboutira à des coups d'Etat nationalistes en Egypte, en Syrie et en Irak. Les nouveaux régimes pro-clameront tous leur détermination à venger l’affront de 1948, imputé à leurs prédécesseurs, d’autant plus que la participation de l’Etat d'Israël à l'agression franco-britannique contre l'Egypte, en 1956, confirmera pleinement son rôle de chien de garde de l’impérialisme au Moyen-Orient.

Cependant, l'impuissance manifestée par ces régimes nationalistes face aux provocations arrogantes des sionistes alimentera le scepticisme à leur égard. Par ailleurs, l'issue victorieuse de la guerre de libération algérienne, en 1962, popularisera les notions de « lutte armée » et de «guerre populaire », et incitera à limiter pour libérer la Palestine. Les diverses expressions du mouvement nationaliste s’organiseront dans ce but. L'Organisation de libération de la Palestine (OLP) sera créée, sous tutelle égyptienne, par décision du premier sommet arabe en 1964, en vue de récupérer dans le cadre des Etats la nouvelle radicalisation qui se dessinait. Les diverses tendances non étatiques du mouvement nationaliste entreront elles aussi dans la compétition. C’est la plus rétrograde idéologiquement d’entre elles, le Fatah, d'inspiration islamique aux origines intégristes, qui aura le privilège d’inaugurer la lutte armée, le 1* janvier 1965. Cette pratique — en dépit d'une idéologie foncièrement droitière, récusant tout aspect social de la lutte — suffira à mettre le Fatah au ban des régimes arabes, à l'exception du plus radical d’entre eux, celui de la gauche du Baas qui prendra le pouvoir en Syrie, en 1966.

La défaite écrasante des armées arabes face à l’armée sioniste, en juin 1967, achèvera de discréditer ces régimes et permettra à la deuxième vague de radicalisation de s'épanouir, au niveau du mouvement des masses cette fois-ci. Principales expressions de cette nouvelle vague, les organisations de guérilla, communément désignées sous le nom générique de résistance palestinienne, connaîtront une très forte expansion en 1968-1969, notamment en Jordanie. En 1969, elles prendront le contrôle de l'OLP officielle, tout à fait dépassée. Ces organisations seront les prolongements palestiniens des diverses tendances du nationalisme arabe et petit-bourgeois : outre le Fatah déjà cité, les principales seront la Saïka baassiste, étroitement dépendante de la Syrie, et le FPLP de Habache, issu du Mouvement des nationalistes arabes nassériens. Ce dernier connaîtra une radicalisation idéologique, produite par la crise du nassérisme consécutive à la défaite égyptienne de 1967. Le FPLP finira par se réclamer du « marxisme-léninisme », précédé dans cette voie, en 1969, par sa scission de gauche, le FPDLP (plus tard FDLP) de Hawat-meh. Seuls resteront hors du champ de la résistance palestinienne parmi les courants ànti-impérialistes de la région, les staliniens — malgré une timide tentative vite avortée. Cela s'explique par une double raison : leur tare originelle de soutien à la partition de la Palestine en 1947, et leur soutien au « règlement pacifique » prévu par la résolution 242 (novembre 1967) du Conseil de sécurité de l'ONU, positions qui, toutes deux, provenaient exclusivement de leur inféodation à l'URSS.

L'irruption des organisations de la résistance palestinienne sur la scène régionale et mondiale, après 1967, constituera un fait irréversible d’une immense portée politique : l’affirmation de l'existence d’un peuple, le peuple palestinien, dont l'Etat sioniste et son voisin jordanien s'étaient évertués à LA CRISE DE L'OLP — UN BILAN gommer l’identité pendant vingt ans, les transformant en « Arabes israéliens » d’un côté de la frontière, et « (Cis)Jordaniens » de l’autre. C’est d’ailleurs au sein de la troisième section de ce peuple —les réfugiés des camps de (Trans)Jordanie, du Liban et de Syrie, expulsés des zones occupées par l'Etat sioniste en 1947-1948 — que les organisations palestiniennes recruteront le gros de leurs bataillons. L'OLP, regroupant l’ensemble de ces organisations à partir de 1969, s’affirmera au cours des ans en tant que direction de la lutte nationale de l’ensemble du peuple palestinien et, partant, expression d’une identité et d’une dignité nationales longtemps bafouées.

Les traits communs

2. Au-delà de la grande variété idéologique des organisations de la résistance palestinienne — variété entre organisations, mais aussi au sein même de la plus large d’entre elles, le Fatah, où coexisteront des courants allant de l’intégrisme au maoïsme —, plusieurs traits politiques et pratiques leur seront communs et constitueront, en fait, leurs limites congénitales. Ces traits relèvent de deux caractéristiques politiques :

— le maximalisme : la libération de la Palestine, objectif commun présent dans le nom de toutes les organisations palestiniennes, ne saurait être assimilé à celui de la libération de l’Algérie par exemple. Si, dans ce dernier cas, il s'agissait d’un objectif que le rapport des forces sur le terrain rendait plausible, dans le cas palestinien, l'objectif est d'une envergure qui dépasse de loin les possibilités du seul peuple palestinien, d’autant plus que près de 60% des

Palestiniens résident hors de leur patrie historique, et sont soumis à divers gouvernements arabes. Par ailleurs, l’attachement à la «terre promise» de la population juive israélienne — expulsée de ses pays d’origine par l'oppression raciste et implantée en Palestine par le mouvement sioniste — est sans commune mesure avec celui des colons européens d'Algérie qui disposaient d’une «mère patrie», la France. En outre, l'Etat sioniste, en plus de la formidable puissance militaire qui le caractérise, est considéré par l’impérialisme américain comme une partie intégrante de son propre territoire. Dans ces conditions, libérer la Palestine, au sens de parvenir à démanteler l'Etat sioniste, est une tâche d’une ampleur considérable qui ne saurait être accomplie par la seule « guerre populaire » que prônait l’ensemble des organisations palestiniennes. C’est pourquoi, faute d'objectifs transitoires tels que le retrait israélien inconditionnel des territoires occupés en 1967, l’hégémonie de la résistance palestinienne se limitera, au cours de ses premières années, à la population des camps de réfugiés palestiniens, que leur situation sociale marginale rendait réceptifs au maxima-lisme. La conception même de la lutte armée palestinienne sera modelée par les illusions maximalistes : au lieu d’être conçues comme élément d’une stratégie révolutionnaire d’ensemble, élément complémentaire des diverses formes de mobilisation des masses, les actions armées de la résistance seront conçues « à l’algérienne », comme moyen adapté à l'objectif de libération et capable de latteindre. C'était se condamner à l'impasse à court terme, impasse qui explique le recours croissant des organisations palestiniennes dès 1968, à des actions de type «terroriste » hors du territoire palestinien et de la région arabe.

— « Le palestino-centrisme » : le corollaire de la résistance palestinienne fut son incapacité à s'intégrer dans une stratégie révolutionnaire régionale globale. Forte des illusions engendrées par sa croissance fulgurante de 1968-1969, la résistance allait croire en la possibilité, voire la proximité de sa propre victoire contre l'Etat sioniste. Partant, elle accordera une attention qui, dans le meilleur des cas, sera très secondaire, à ce qui aurait dû pourtant constituer sa tâche prioritaire : la mobilisation des alliés sans lesquels sa lutte n’a aucune perspective réelle de victoire.

D'abord, les masses travailleuses des pays arabes et, en particulier, celles des pays où sont concentrés les réfugiés palestiniens et où se trouvaient les bases de la guérilla. Or, privilégiant de manière absolue les intérêts immédiats de sa propre action — choix qui s’avérera totalement erroné —, l'OLP composera avec les gouvernements en place au nom de la lutte sacrée contre l’ennemi national commun, au lieu de fusionner ses forces avec celles des masses travailleuses pour le renversement révolutionnaire des régimes établis et l’avènement de gouvernements réellement disposés à soutenir la lutte du peuple palestinien.

Ensuite, les masses travailleuses juives, et notamment les masses séphara-des les plus opprimées. La « désionisa-tion » d’une fraction appréciable de la population juive israélienne exige que soient démontrées clairement, d’une part, la contradiction entre les intérêts des travaileurs juifs et ceux de l’establishment bourgeois sioniste et, d’autre part, la communauté de leurs intérêts historiques avec l’ensemble des travailleurs de la région. Ces deux objectifs politiques nécessitent une approche programmatique internationaliste de la question israélienne, reconnaissant le fait national créé par la colonisation sioniste et une pratique politique et militaire qui tienne compte de cette approche. Or, le comportement militaire commun à toutes les organisations parlestiniennes et leur approche politique et programmatique prédominante — hormis l'exception éphémère et marginale du FPDLP — iront précisément à l'encontre des considérations précitées.

La conséquence la plus néfaste du palestino-centrisme de la résistance palestinienne sera sa dépendance à l'égard des régimes arabes. En effet, aussi bien le Fatah, qui érigea en idéologie officielle la « non-ingérence dans les affaires intérieures des Etats arabes », que les FPLP et FPDLP qui se réclamaient de la révolution arabe — sans parler de la Saïka, émanation directe de l'Etat syrien — toutes les organisations palestiniennes se lieront d’emblée à tel ou tel Etat de la région : le FPLP à l'Irak, le FPDLP à la Syrie et le Fatah à l’ensemble des Etats arabes et, en particulier, au plus rétrograde d’entre eux, la monarchie saoudienne. Cette dernière choisira d’inonder son protégé de sommes fabuleuses pour un mouvement soi-disant révolutionnnaire, avec l'intention évidente de le contrôler par «l’accoutumance » à la richesse qu’elle créait chez lui. A un degré ou un autre, toutes les organisations seront financièrement dépendantes, malgré les tentatives d’autofinancement armé d’une organisation comme le FPLP.

3. Le Fatah porta l’ensemble des traits décrits ci-dessus à leur limite extrême. Favorisé par l’élasticité de son LA CRISE DE L'OLP — UN BILAN idéologie, le prestige dû à son rôle précurseur et, last but not least, des moyens financiers qui dépassaient de loin ceux de ses concurrents, le Fatah s'impose très vite comme organisation majoritaire et hégémonique de la résistance palestinienne. Avec son gonfle-ment, se traduisant par l’énorme accroissement de son armée de « combattants professionnels » et du nombre des bénéficiaires de ses subsides à divers titres, il connut un processus aussi rapide de bureaucratisation, alimenté par la profusion de ses ressources dans le cadre d’une gabegie extraordinaire. Ce processus sera consolidé par la fusion, en 1969, des organisations de la guérilla avec l'OLP qui passera ainsi sous l’hégémonie du Fatah. Cette fusion représentait le mariage de ce dernier avec la bourgeoisie palestinienne représentée au sein du Conseil national palestinien (désigné, depuis sa création en 1964 — jamais élu), ainsi que son insertion officielle dans la Ligue des Etats arabes à laquelle l’OLP, elle-même création de la Ligue, participait.

L'ensemble de la réaction arabe et palestinienne se rabattra sur l’organisation de Yasser Arafat, pour «exorciser » le danger représenté par la montée impétueuse du mouvement armé des réfugiés palestiniens. De ce fait, la direction du Fatah sera constamment tributaire de l'équilibre éminemment instable entre la pression des masses qu’elle encadrait et les pressions de ses bailleurs de fonds arabes. Son embourgeoisement bureaucratique accéléré déterminera ses décisions, en dernière instance, chaque fois qu’elle sera obligée de choisir entre les pressions contradictoires.

Ce fut notamment le cas en Jordanie, en 1969-1971, où la direction du Fatah prit sur elle de réprimer toute immix-tion de ses concurrentes de gauche dans les affaires politiques ou sociales du royaume, au nom de la primauté absolue de la «contradiction principale » avec l’ennemi sioniste. Elle désarma ainsi moralement la résistance palestinienne face à la monarchie hachémite, qui se préparait de toute évidence à supprimer un mouvement armé de masse qu'elle avait toléré à son corps défendant et qui était objectivement contradictoire avec son propre pouvoir. La dualité de pouvoirs en Jordanie ne pouvait durer éternellement, en dépit des illusions de coexistence entretenues par la direction du Fatah. Or, la seule des deux parties résolue à trancher cette dualité en sa faveur était la monarchie. Ainsi, quand celle-ci lancera sa grande offensive contre la résistance palesti-neinne en 1970, elle trouvera en face d’elle une direction du Fatah irrésolue, sur la défensive, et soucieuse, par surcroit, de se démarquer de ses concurrents de gauche, en leur attribuant même la responsabilité des affrontements. Au désarmement moral, s’ajoutera le désarmement tout court, quand la direction Arafat acceptera de désarmer les milices, de retirer les combattants des villes et de les parquer dans des régions isolées d’où l’armée de Hussein n’eut pas grand mal à les chasser en 1971, mettant ainsi fin à la présence palestinienne armée dans le royaume. Cette grave défaite n’était pas le résultat d’un rapport de forces objectif, mais bien d’une politique, et cela est d’autant plus vrai que, non seulement la majorité de la population civile de Jordanie (Transjordanie), mais même celle des soldats de l’armée royale, sont d’origine palestinienne.

L’écrasement de l'OLP en Jordanie achèvera le processus de sa dégénérescence bureaucratique : par la mort au combat de ses meilleurs combattants, les plus dévoués à la cause de leur peuple ; par la rupture de ses liens directs avec la principale base de masse dont elle disposait ; par la démoralisation consécutive à la défaite ; et par le repli de ses institutions sur un pays, le Liban, où les privilèges bureaucratiques pouvaient être pleinement «consommés ».

4. La transformation bureaucratique (bourgeoise, pour la direction du Fatah) des organisations palestiniennes devait inévitablement s'accompagner d’une révision programmatique. La défaite jordanienne sera attribuée au «gauchisme » et le maximalisme des années de gloire progressivement remis en question. On lui ajoutera en théorie — on lui substituera, en réalité — un minimalisme beaucoup mieux adapté aux aspirations de la nouvelle bureaucratie palestinienne. Celle-ci ayant acquis le caractère d’un véritable appareil d’Etat « en exil » recherchera désormais le chemin le plus court pour se doter d’un territoire propre sur lequel elle pourrait jouir sans entraves de ses privilèges alimentés par la manne pétrolière. L'objectif de libération de la Palestine sera maintenu comme perspective lointaine, relevant plus de l’utopie officielle que du programme réel. Le nouvel objectif immédiat, présenté comme réaliste et réalisable, sera l'instauration d'un «Etat palestinien indépendant » en Cisjordanie et à Gaza, territoires palestiniens occupés par l’armée israélienne en 1967. Dans l'esprit de ses adeptes, ce nouvel objectif était « réaliste » , dans la mesure où il pouvait être atteint sans vaincre militairement l'Etat sioniste : c’est-à-dire par des moyens politiques et diplomatiques, combinés avec une lutte armée qui perdra ainsi son caractère fondamental pour devenir moyen de pression complémentaire (la révision portait sur le rôle de la lutte armée, et non sur ses formes ; celles-ci sont restées les mêmes jusqu’à ce jour).

Le FPDLP — dont la dégénérescence avait pris la forme spécifique d’une stalinisation et d’un alignement sur l'URSS — sera le premier à prôner la révision programmatique. La direction du Fatah, quant à elle, n’optera ouvertement pour cette révision qu'après la guerre israélo-arabe d'octobre 1973. Jugeant alors que les nouvelles conditions politiques créées par la guerre — en particulier, le renforcement considérable du poids diplomatique des Etats arabes, dû au bond fabuleux des revenus pétroliers, et la conférence de Genève entre les belligérants sous le patronage des USA et de l’URSS — rendaient plausible un « règlement politique » du contentieux israélo-arabe, la direction du Fatah décidera de revendiquer sa « part de gâteau » en réclamant les territoires palestiniens occupés en 1967, dont la restitution par Israël constitue la condition sine qua non de tout « règle-ment global». Le programme de «l'Etat palestinien » sera adopté par l’OLP, dominée par le Fatah, à partir de 1974. Cette adoption se fera, toutefois, par formulations progressives : du «pouvoir national sur tout territoire libéré » (1974) à « l'Etat indépendant » (1977). Or, quelle que soit sa formula-tion, le nouveau programme était fondé sur un sophisme : en effet, si l’objectif est bien d'instaurer un pouvoir national palestinien, souverain et indépendant, expression partielle de l’autodétermination du peuple palestinien en Cisjordanie et à Gaza — outre le caractère tout LA CRISE DE L'OLP — UN BILAN à fait illusoire d’une prétention à l’indépendance dans un mini-Etat entièrement pris dans l’étau israélien, avec le dos à la Jordanie d’un côté (Cisjordanie), et à la mer et au désert de l’autre (Gaza), avec Israël interposé entre les deux composantes — alors, il est strictement impossible que cet objectif soit atteint par un retrait consenti (négocié) de l’armée israélienne des territoires occupés en 1967. Dans l'hypothèse la plus «optimiste», l'Etat sioniste consentirait à un retrait très partiel de la Cisjordanie — dont il s’est déjà « approprié » près de la moitié des terres — et de Gaza, assorti de conditions draconiennes qui feraient de ces territoires rien de plus que des bantoustans, et cela, au prix d’une capitulation politique totale des Etats arabes, à la Sadate.

L'objectif d’une autodétermination palestinienne réelle, même limitée à la Cisjordanie et à Gaza, ne peut être « négocié » avec l'Etat sioniste : il ne peut que lui être imposé par la lutte. En ce sens, cet objectif dont l'intérêt est de permettre une mobilisation plus intense des masses palestiniennes des territoires concernés, ainsi que de gagner le soutien d’une partie non négligeable de la population juive israélienne, acquiert un caractère transitoire. Il complète la revendication du retrait total et inconditionnel de l’armée sioniste des territoires occupés en 1967, et doit lui-même être complété par cette autodétermination partielle du peuple palestinien qui passe par le renversement révolutionnaire de la monarchie hachémite, deuxième oppresseur principal de ce peuple après l’Etat sioniste. Ces auto-déterminations partielles sont des étapes transitoires vers l'objectif stratégi-que de destruction de l'Etat sioniste qui requiert les conditions décrites plus haut (point 2).

Même si la direction du Fatah-OLP prétendait, en 1974, adhérer à l’interprétation « transitoire » du nouvel objectif, le contexte politique même de sa démarche ne laissait aucun doute quant à ses intentions réelles, orientées vers la «solution négociée ». C’est d’ailleurs ce que soulignera, à l’époque, le FPLP qui rompra avec les instances de l’'OLP et fondera, avec d’autres organisations mineures, le Front du refus. La direction de l’'OLP privilégiera de plus en plus l’action diplomatique, à partir de 1974, profitant des nouvelles conditions créées par la guerre d'octobre 1973. Son nouveau programme, beaucoup plus «légitime» aux yeux de Moscou, des régimes arabes et « non-alignés », et même de secteurs impérialistes, lui permettra de marquer des points dans ce domaine. C’est ainsi que l'OLP «assagie» sera reconnue, en 1974, par le sommet islamique de Lahore et le sommet arabe de Rabat comme «unique représentant légitime du peuple palestinien ». En matière de lutte antisioniste, la résistance palestinienne n'avait jamais eu de prétendant à la concurrence après 1967 ; à partir du moment où l’OLP se placera dans la perspective de la particpation à un règlement négocié, elle se heurtera à la concurrence — très réelle — du pouvoir jordanien. D'où l'affirmation de son droit exclusif de représentation du peuple palestinien, que ses différents Etats alliés, arabes, islamiques, ou autres, lui reconnaîtront d'autant plus volontiers qu’ils savaient pertinemment que seule l'OLP pouvait représenter les Palestiniens à un règlement négocié, de manière crédible ; c'est-à-dire qu’elle seule pouvait contribuer efficacement à désamorcer une question des plus dangereuses pour la stabilité de l’ordre impérialiste régional et mondial. C’est en 1974 également que s’établira l'alliance privilégiée entre l'OLP et l'URSS qui, quelques années auparavant, qualifiait le Fatah même d’«aventuriste» et de «trotskyste » (sic !).

L'option de la direction de l'OLP pour une stratégie de règlement négocié, même en combinant diverses formes de lutte, conduira inexorablement à son évolution politique ultérieure : l'objectif de «l'Etat palestinien indépendant » lui-même ne peut être atteint par les seules forces du peuple palestinien —entre l'éventualité d’un retrait inconditionnel des territoires occupés en 1967 et celle de leur annexion formelle avec expulsion de la majeure partie de leurs habitants, l’establish-ment sioniste n’hésiterait pas à choisir la seconde. C’est pourquoi la réalisation dudit objectif implique une dynamique de forces allant dans le sens de l'objectif stratégique maximal. Or, la direction Fatah-OLP n'était nullement disposée à chercher les moyens de cette politique-ci, contradictoire avec sa nature bureaucratique bourgeoise et sa dépendance financière à l'égard de l'Arabie Saoudite. Au lieu de chercher le soutien des masses travailleuses des pays arabes et d'Israël et de s'intégrer pleinement, sans ambiguïté, à la lutte mondiale contre l'impérialisme, la direction Arafat cherchera les moyens de sa propre politique du côté de la réaction arabe, des impérialismes européens et des fractions sionistes « modérées », avec l'objectif prioritaire d'obtenir la reconnaissance de l'impérialisme américain — seule puissance en mesure d'imposer à l'Etat sioniste ure « solution » contre son gré.

Néanmoins, l'ambiguïté même des positions de la direction de l'OLP, combinant déclarations anti-impérialistes et clins d'œil à l’impérialisme, et reflétant ainsi l'ambiguïté de sa position socio-politique de direction bourgeoise tributaire de l'équilibre entre le mouvement des masses dont elle tire sa force politique, et les suppôts arabes de l’impérialisme dont elle tire ses énormes ressources — cette double ambiguïté ne pouvait aucunement satisfaire l’impérialisme américain, et bien moins encore le pouvoir sioniste. C’est pourquoi ces deux derniers chercheront inlassable-ment, par divers moyens directs ou indirects, à détruire l’élément le plus radical de toute cette équation: le mouvement armé des masses palestiniennes, dont le Liban était devenu — après 1971 — le sanctuaire principal.

Dès 1973, il était devenu évident que l’armée libanaise réactionnaire était incapable de venir à bout de la tâche par ses seules forces. Washington crut pouvoir y parvenir en lui adjoignant celles des milices chrétiennes réactionnaires. Celles-ci seront donc jetées dans la bataille en 1975, avec pour seul résultat de susciter une réaction nationaliste-confessionnelle de la majorité musulmane de la population libanaise, qui aboutira à l'éclatement de l'Etat libanais et au renforcement considérable du pouvoir de l'OLP au Liban. Cependant, la direction de cette dernière privilé-giera constamment les divers leader-ships bourgeois musulmans, aussi bien sunnites que chiites (Amal) ou druzes ; elle tendra même la main à plusieurs reprises, bien qu’en vain, à l'extrême droite chrétienne dans l'espoir de pacti-ser avec elle. Lorsque les forces chrétiennes réactionnaires frôleront la défaite totale en 1976, Washington négo-ciera avec le pouvoir syrien, lui promet-LA CRISE DE L'OLP — UN BILAN tant de ne plus le contourner dans la recherche d’une paix séparée égypto-israélienne, tâche à laquelle s’était attelé Kissinger, depuis 1975 ; en échange de quoi, Damas s’engagera à sauver les alliés libanais de l'impérialisme et à rétablir l’ordre-bourgeois au Liban. La tentative syrienne se heurtera cependant à une très forte résistance des masses libanaises et palestiniennes ; mais elle se soldera pourtant par une mainmise syrienne sur l’ensemble du territoire libanais, au nord de la «ligne rouge » fixée par Israël, en vertu d’un accord conclu avec la direction de l'OLP sous patronage saoudien (conférence de Ryad, octobre 1976). Les régimes arabes optaient pour l’attentisme, à la veille des présidentielles américaines. C’est des élections israéliennes que viendra le changement, en 1977, avec l’avènement au pouvoir des ultras du Likoud, dirigés par Begin. Toute perspective de « règlement global » négocié devenant dès lors caduque, Sadate se lancera dans sa célèbre «initiative de paix », qui débouchera quelques mois plus tard, en septembre 1978, aux accords de Camp David. La Syrie, se trouvant rejetée, par la force des choses, dans le camp anti-américain, rétablira son alliance avec l'OLP et la gauche libanaise, au détriment du camp chrétien réactionnaire. Il ne restait plus que l'intervention israélienne directe comme dernier recours contre la résistance palestinienne, alliée à la gauche libanaise et à la Syrie. Une première invasion israélienne, limitée au Liban-Sud, aura lieu en 1978, provoquant l'installation des casques bleus de l'ONU dans cette région. Ces derniers, au lieu de gêner l'OLP et ses alliés, leur serviront plutôt — objectivement — de bouclier. Une deuxième invasion, beaucoup plus massive et prolongée, s’imposait ; elle aura lieu en juin 1982, lorsque ces conditions auront été réunies : Reagan aux commandes à Washington et le retrait israélien du Sinaï achevé (avril 1982) de manière à ne pas entraver la « paix » égypto-israélienne.

Le siège de Beyrouth

6. Le siège de Beyrouth par l’armée israélienne placera la direction de l'OLP devant une alternative unique : soit l'option de résistance opiniâtre, avec les risques évidents qu’elle comportait, mais avec aussi une possibilité réelle de succès, l’armée israélienne étant loin d’être inébranlable, comme le démontrera par la suite sa déconfiture devant la résistance des masses du Liban-Sud ; soit une capitulation politique, de manière à sauver ses meubles. en déménageant. C’est cette dernière option — qu’elle était conditionnée à choisir de par sa nature socio-politique — qui prévaudra dès les premiers jours du siège, quand la direction Arafat entamera les négociations avec l’envoyé de Reagan sur les conditions de l’évacuation des combattants palestiniens de Beyrouth. Au bout de laborieuses tractations, la direction de l’OLP finira par se soumettre à toutes les conditions américaines (plan Habib), y compris l'intervention de troupes multi-impérialistes. Elle obtiendra, en échange, la promesse d’une reconnaissance par l'administration Reagan de la nécessité d'un retrait israélien de Cisjordanie et de Gaza, pour y établir un « autogouvernement palestinien » — à la condition expresse, imposée par cette dernière, que cette entité soit liée à la

Jordanie. Cette nouvelle position off-cielle américaine, non stipulée par les accords de Camp David, sera proclamée le jour même où s’achevait l’évacuation des troupes de l'OLP de Beyrouth : ce fut le «plan Reagan» (1° septembre 1982).

En évacuant la capitale libanaise, la direction de l'OLP perdait le dernier territoire où les combattants palestiniens pouvaient agir de manière autonome, d’autant plus qu’elle avait accepté de les disperser aux quatre coins de la région arabe. Ce faisant, elle avait assumé l'objectif essentiel de l’offensive israélo-américaine : saper la force déstabilisatrice du mouvement armé des masses palestiniennes — y trouvant elle-même son compte, en se libérant de la pression embarrassante dont elle avait été tributaire jusqu'ici. Désormais, elle estimera avoir les mains beaucoup plus libres pour aller jusqu’au bout de son option politique des années soixante-dix ; au-delà, même, dans la mesure où la logique implacable des capitulations l'avait amenée à abandonner le programme de « l'Etat palestinien indépendant » —qui apparaissait, somme toute, comme presque aussi peu « réaliste » que le maximalisme d’antan — au profit de «l'option jordanienne» dictée par Reagan. Quand, quelques jours après le discours-plan de ce dernier, le roi jordanien Hussein lui fera écho en proposant l'établissement d’une «confédération jordano-palestinienne », Arafat n’hésitera pas à répondre favorablement à l'invitation, en se rendant lui-même à Amman pour entamer des négociations sur les modalités de sa nouvelle collaboration avec le monarque hachémite.

Même après Beyrouth, et dans le cadre d’une politique bourgeoise, l’op-tion jordanienne n'était pas la seule qui s’offrait à la direction Arafat. Il y avait aussi l’autre option, encore possible : l'option syrienne ; mais celle-ci suppo-sait l'affrontement avec Washington, dans la continuité des années précédant l'invasion de 1982 (le plan Reagan ne mentionnait même pas nommément le plateau syrien du Golan occupé par Israël en 1967). Cette dernière option signifiait aussi, pour la direction Arafat, accepter la tutelle syrienne et renvoyer aux calendes grecques la perspective de se doter d’un Etat propre, füt-il en copropriété avec la Jordanie. Non sans une certaine naïveté droitière, Arafat croira aux promesses du plan Reagan. Il choisira donc de s’intégrer à l'option définie par ce dernier, et parviendra, en avril 1983, à un projet d'accord avec Hussein. Cependant, Arafat savait que sa nouvelle option susciterait une vaste opposition : celle de la Syrie, d’abord, ainsi que de la Libye, toutes deux opposées à la politique américaine ; celle de la gauche palestinienne, ensuite, y compris l’aile nationaliste radicale de sa propre organisation, le Fatah. Il choisira donc, délibérément, de rompre les ponts avec les adversaires les plus résolus de l'option jordanienne, dès mars 1983, de manière à pouvoir aller de l’avant dans ses rapports avec Hussein. Les affrontements qui s’ensui-vront, avec la Syrie et ses alliés palestiniens, aboutiront à l'évacuation des partisans d’Arafat des territoires libanais restés sous contrôle syrien, en décembre 1983. Quittant Tripoli (Liban-Nord), Arafat se rendra directement au Caire pour y rencontrer le président égyptien Moubarak, rompant ainsi le boycott arabe officiel du régime égyptien, établi depuis la signature par Sadate de son traité de paix avec Israël. LA CRISE DE L'OLP — UN BILAN

Arafat indiquait de la sorte, sans la moindre ambiguïté, qu’il avait choisi de se placer dans le cadre de la politique américaine au Moyen-Orient. Il lui restait à espérer que les efforts combinés de Moubarak, Hussein et du roi saou-dien Fahd, parviendraient à obtenir sa reconnaissance officielle par Washington, en récompense de son attitude.

7. L'opposition palestinienne la plus radicale à la nouvelle politique de la direction Arafat proviendra des rangs mêmes du Fatah. La « dissidence », comme elle est couramment appelée, représente en fait le prolongement radical de la ligne du Fatah des années 1968-1970. C'est-à-dire qu’elle reproduit les traits originels décrits plus haut (point 2), mais de manière plus conséquente que le Fatah de cette époque qui se liait à l’Arabie Saoudite et ménageait la Jordanie, régimes étroitement liés à cet impérialisme même que l’ensemble de la résistance palestinienne dêsignait comme ennemi au même titre que l'Etat sioniste. C’est dire aussi que la dissidence du Fatah, dont la figure de proue est Abou Moussa, ne constitue, en aucune façon, une voie nouvelle pour la résistance palestinienne, mais en reproduit les tares congénitales. Cela se traduit, en particulier, dans son attitude à l'égard du régime syrien (et de son instrument particulier, la Saïka), dont elle n’a pas su se démarquer politiquement et pratiquement, sous prétexte d'alliance « stratégique ». Or, en dépit de l'intérêt incontestable pour une organisation armée palestinienne, opérant à partir du Liban, d’établir une alliance avec le rêgime syrien, cette alliance pourrait être maintenue au niveau d’une tactique de front unique tout en préservant une autonomie politique s'exprimant par une différence soulignée, au lieu d’être gommée, comme c’est le cas.

Ce type d'alliance sans compromis-sion a bien été pratiqué par l'OLP dans son ensemble, entre 1977 et 1982, avec un régime syrien dont les forces contrôlaient directement une portion bien plus grande du territoire libanais (y compris Beyrouth-Ouest et la zone des QG palestiniens) que ce n’est le cas aujourd’hui. En supposant que Damas refuse maintenant de s’accommoder d'une telle alliance et cherche à imposer son hégémonie par la force, la gauche palestinienne aurait eu encore le choix de se construire en dépit de la répression syrienne. Celle-ci n’a pas pu empêcher le courant « arafatiste » de se reconstruire au Liban, voire même de s’affirmer à nouveau comme courant majoritaire au sein de la population palestinienne du pays. Or, en évitant tout embarras avec le régime syrien, la dissidence se compromet non seulement aux yeux des masses syriennes, mais aussi et surtout aux yeux de la majorité des masses palestiniennes sans le soutien desquelles elle perdrait sa raison d'être.

Quant à la gauche traditionnelle de la résistance palestinienne — les FPLP et FDLP, réunis en 1983 en « direction commune » — elle adoptera, au début du conflit entre Arafat et ses adversaires, une attitude conciliatrice, en harmonie avec l'URSS, soucieuse de ne pas rompre les ponts avec la direction officielle de l'OLP, avec l'espoir de la voir abandonner l'option jordano-américaine, par conviction ou par dépit. Cette attitude sera battue en brèche par le comportement même de la direction Arafat qui, en toute arrogance, convo-quera unilatéralement le CNP — dont la composition par désignation lui a toujours assuré une majorité confortable depuis 1969 — à se réunir à Amman (choix éloquent en soi), en novembre 1984, invitant le roi Hussein — le bourreau de 1970 — à l’inaugurer. L'alliance entre le FDLP et le FPLP se rompra, à la suite de la décision de ce dernier de se départir de l’attitude conciliatrice discréditée, et de se joindre à la dissidence du Fatah, la Saïka et d’autres organisations mineures pour la formation du Front du salut national palestinien, front nationaliste sous tutelle syrienne. Le FDLP, en alliance avec le PC palestinien, resteront fidèles à l'URSS qui, si elle manifestera de plus en plus son mécontentement à l’égard d’Arafat, ne voudra pas perdre l'espoir de le récupérer ou, du moins, de récupérer l’'OLP officielle qu'il dirige.

8. L'importance de l'OLP d’Arafat aux yeux de l'URSS ne provient pas uniquement de son statut officiel de « représentant légitime du peuple palestinien», que Moscou a largement contribué à établir à l'ONU et qui pourrait permettre à Arafat d’avaliser une pax americana. Elle provient aussi, et surtout, du fait indéniable qu’à ce statut correspond le soutien de la majorité du peuple palestinien à la direction Arafat, et particulièrement de la majorité de la population palestinienne de Cisjordanie et de Gaza. En effet, le seul aspect relativement positif du tournant de la direction de l'OLP en 1974 avait été l'intérêt accru accordé à la mobilisation des masses des territoires occupés en 1967, revendiqués désormais par la direction palestinienne pour y établir un «Etat indépendant ». Le nouveau programme de l’OLP, en dépit de ses corollaires droitiers (il ne faut pas oublier qu'ils n'étaient pas explici-tes au départ) était beaucoup plus apte à gagner la majorité des habitants desdits territoires que le maximalisme précédent. En effet, l'intérêt immédiat et prioritaire de ces populations est de se débarrasser de l'occupation israélienne : elles sont donc — à l'exception d’une minorité radicale critique, notamment dans la jeunesse — poussées naturellement à opter pour ce qui leur semble être le chemin le plus court vers la libération de leur territoire du joug israélien, füt-il (le chemin) jordanien, palestinien ou, depuis 1983, jordano-palestinien. A cette pression objective, s'ajoutent des facteurs sociaux et matériels qui lient une fraction des notables palestiniens au trône hachémite, et une autre fraction à la direction de l’'OLP, chaque fraction disposant de sa clientèle propre.

Or, en dépit de l'accord Hussein-Arafat, officiellement scellé en février 1985, la rivalité entre les deux parties n’a jamais cessé de se manifester dans les territoires de 1967. Plus précisément, la monarchie hachémite n’a pas cessé un seul instant de manœuvrer ses propres pions de manière autonome, avec la collaboration de fait de ses vieux partenaires, les travaillistes sionistes revenus aux affaires en 1984 sous la direction de Pérès. La collusion entre les deux se traduira par la nomination de l’homme d’affaires pro-hachémite, Zafer Al-Masri, à la municipalité de Naplouse en remplacement du nationaliste Bassam Chakaa, destitué par l’occupant israélien en 1982. A cette opération politique qu'il était prévu de généraliser en Cisjordanie s’ajoutera, en fevrier 1986, l'annonce par Hussein de la rupture de sa collaboration avec la direction de l'OLP, accusée de tergiver-ser. Cependant, l'assassinat d’Al-Masri en mars semble avoir hypothéqué — pour un temps— la manœuvre LA CRISE DE L'OLP — UN BILAN conjointe de Pérès et de Hussein, sans empêcher ce dernier d’aller de l’avant en suscitant, en avril, une « scission » palestinienne à sa solde, sous la direction d’un des dirigeants les plus corrompus de l'OLP, Aboul-Zaïm.

Ainsi, la direction Arafat se retrouve perdante sur tous les tableaux, prise au piège de sa propre trahison nourrie d'illusions. L'Algérie, avec la bénédiction de l’URSS, lui a tendu une perche, en appelant à la réunification de l'OLP. Cet appel peut séduire certains des collaborateurs les plus réticents d’Arafat, mais ce dernier — jouant son va-tout — a préféré s’en remettre à Moubarak et Saddam Hussein (le dictateur irakien), ses alliés privilégiés de l'heure, ainsi qu’à Fahd, son soutien de toujours, pour faire pression sur le pouvoir jordanien et l’obliger à composer de nouveau. Il sait, en effet, que contrairement au roi Hussein pour lequel il est un concurrent direct, les autres dirigeants de la réaction arabe ont encore besoin de lui comme allié politique. Ils n’en font pas moins pression sur lui pour qu’il aille jusqu’au bout de sa capitulation, en reconnaissant officiellement la résolution 242 du Conseil de sécurité de l'ONU (novembre 1967) comme l'exige Washington, ce qui équivaudrait à abattre son ultime carte, geste pour lequel il réclame la garantie formelle d’une reconnaissance américaine en contre-partie. Quelle que soit l’issue de ces tractations, le bilan de la direction Arafat est d'ores et déjà celui d’une faillite totale dans la voie réactionnaire qu'elle a délibérément choisie.

9. Après vingt ans d'existence, la résistance palestinienne vit aujourd'hui une très profonde crise. Aucune de ses composantes officielles, y compris cel-les de gauche, ne porte en elle la promesse d’un dépassement de cette crise. Ceci exigerait, en fait, un changement radical de stratégie et de comportement, alors que, dans le meilleur des cas, la gauche palestinienne représente la continuité du passé dans son programme et ses formes d’existence. Seule l'émergence d’un courant prolétarien révolutionnaire au sein de la lutte palestinienne, en combinaison étroite avec le mouvement prolétarien révolutionnaire des pays où elle se manifeste, permettra à cette lutte de sortir de son impasse historique actuelle. La lutte nationale du peuple palestinien ne pourra triompher qu’en se combinant avec la lutte des classes dans la région et en se dotant d’une orientation internationaliste.

Pour un changement de stratégie

La IV° Internationale, contrairement au mouvement stalinien mondial, a toujours dénoncé l’entreprise sioniste en Palestine et défendu le droit du peuple arabe palestinien à la libre autodétermination. Elle a toujours soutenu les luttes des masses palestiniennes contre le sionisme, l'impérialisme et ses alliés arabes, indépendamment de la nature des directions de ces luttes. Ce soutien n'empêche pas de critiquer aussi bien la politique réactionnaire de la direction Arafat que le terrorisme aveugle et systématique pratiqué par un groupe comme celui d’Abu Nidal, et plus généralement, les traits et positions des organisations palestiniennes dont le dépassement est dans l’intérêt même du peuple palestinien.

Dans les pays impérialistes, en particulier, comme partout ailleurs, la [V° Internationale défend le droit de toutes les organisations palestiniennes à disposer de bureaux de représentation et à jouir d’une entière liberté d'expression. Elle défend également les militants palestiniens contre la répression bourgeoise, sans pour autant se solidariser nécessairement avec toutes les actions de ces militants ou celles qui leur sont attribuées. Tout en critiquant les actions qui relèvent d’un terrorisme sans discernement et qui nuisent fondamentalement aux intérêts de la lutte palestinienne, la IV° Internationale dénonce les vrais terroristes, les plus meurtriers et de loin, c’est-à-dire les Etats impérialistes, Etats-Unis en tête et l’Etat israélien. Le cycle de violence né en Palestine, avec la colonisation sioniste, ne s’achèvera que lorsque toute forme d'oppression nationale y aura été abolie, lorsque toute discrimination nationale ou religieuse y aura été supprimée ; c'est-à-dire lorsqu’y triomphera l’internationalisme prolétarien, pour la défense duquel la IV° Internationale a été fondée.

Source : Quatrième Internationale, n°21, sept 1986 (volume relié 16-014-00169).

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