La conférence prend acte des considérations supplémentaires suivantes en souscrivant à la déclaration de Crux, Martel, Fischer, Jones, Stuart, Munis et Richardson à propos du statut du CEI permanent.
1. Lebrun, Johnson, Trent et Anton constituaient une majorité fortuite au CEI
permanent. Le déclenchement de la guerre a mis en pratique automatiquement
la proposition adoptée par le 1er congrès mondial que le travail de l'Interna-
tionale soit transféré outre-Océan. Les quatre camarades mentionnés plus Martel
étaient les seuls membres du CEI présents à New York au moment où ce
changement s'est effectué. Il était entendu, cependant, que tous les membres du
CEI que l'on pourrait atteindre participeraient aux délibérations de l'Exécutif.
Malheureusement, seuls Jones, Crux et Fischer du CEI pouvaient être joints pour
la concertation. La censure de guerre et d'autres difficultés qui ont surgi ont
rendu impossible le maintien d'une correspondance avec les autres.
2. Lebrun, Johnson, Trent et Anton ont profité de leur majorité fortuite pour trahir
la confiance placée dans les membres du CEI par le congrès mondial. Il est évident
que le CEI et par conséquent toute instance du CEI avaient pour devoir
élémentaire de défendre le programme de la IVe Internationale tel qu'il avait été
adopté par le congrès jusqu'au moment où on pourrait convoquer un nouveau
congrès pour modifier ce programme. Lebrun et autres commencèrent par
proposer d'abandonner le mot d'ordre de défense inconditionnelle et, par la
suite, ils furent même partisans d'adopter une position de défaitisme pur et
simple en URSS. Ils ont ainsi violé le programme et les décisions du congrès qui
seul les a mandatés au CEI.
3. Outre ces violations programmatiques, cette majorité du CEI permanent n'a
assumé aucune de ses responsabilités quand le débat s'est ouvert dans le SWP
américain. Bien que majoritaires dans le CEI permanent, non seulement ils ne se
sont souciés ni d'organiser des réunions ni de s'occuper des problèmes de
discipline et de collaboration internationales pour apaiser le conflit dans le SWP
mais, au contraire, ils n'ont pas réagi au rappel à l'ordre du secrétaire
administratif du comité dont pourtant ils avaient appuyé le choix.
4. Alors que le danger de scission menaçait le SWP, ils ont pris parti pour les
scissionnistes et ont soutenu leur projet inouï de laisser un groupe au sein de
l'Internationale sortir un organe public avec une ligne politique contraire aux
principes de la IV° Internationale. Voilà ce qui a été fait, au lieu d'agir en
mandataires responsables de l'organisation internationale, quand ils ont été
sollicités, le 20 février, par Crux, Fischer et Martel, membres du CEI, afin de se
joindre à eux dans une tentative de freiner la tendance à la scission. C'était de
leur part une dernière manifestation de renoncement à leur devoir et à leur
responsabilité et cela exigeait des mesures d'urgence de la part des sections de la
IVe Internationale et de tous ses membres restés fidèles à son programme.
5. Il convient de souligner que Lebrun et autres ne représentent rien au sein de la
IV° Internationale aujourd'hui. L'autorité de Trent et d'Anton reposait sur les
mandats que leur avait confiés la section américaine. Cette section les a depuis
lors complètement désavoués, à une forte majorité. Quant à Johnson, il tenait son
mandat de la section anglaise. Mais la section britannique, dans sa presse et dans
toutes les communications que nous avons reçues, condamne le défaitisme en
Union soviétique et continue de souscrire à l'intégralité du programme de la IV°
Internationale, y compris la position de défense inconditionnelle de l'URSS.
Lebrun tenait son mandat du congrès mondial, au titre de représentant des
sections latino-américaines. À notre connaissance, toutes les sections latino-
américaines se sont exprimées en faveur du maintien de la position de défense
inconditionnelle, autrement dit, pour le maintien du respect des décisions du 1 er
congrès mondial et des principes de la IVe Internationale. Même sa propre
section, celle du Brésil, dans une lettre mentionnée dans la déclaration, s'affirmait
prête, en dépit d'une forte tendance au défaitisme qui se manifeste dans ses
rangs, à continuer à mettre en avant le mot d'ordre de défense inconditionnelle
jusqu'à l'adoption d'une décision internationale. Donc tous ceux qui ont été cités
ne représentent plus qu'eux-mêmes au sein de la IV° Internationale, maintenant
qu'ils ont trahi la confiance placée en eux par le dernier congrès mondial.
6. La Conférence extraordinaire, étant donné qu'une majorité du précédent Comité
exécutif international permanent a violé les principes et les décisions de la IV°
Internationale et a effectivement contribué à la scission de la section la plus
importante de la IV° Internationale, estime justifiée la décision des sections
américaine, canadienne et mexicaine de convoquer la conférence pour désigner
un nouveau Comité exécutif international mandaté pour poursuivre la tâche de
l'Internationale.
7. En convoquant un congrès extraordinaire pour élire une nouvelle instance
exécutive, les sections américaine, mexicaine et canadienne, ainsi que les
membres restés loyaux du CEI ont agi comme c'était leur devoir afin de préserver
la IV° Internationale de la dislocation en cette période éprouvante de guerre et
de convulsions sociales dans laquelle nous sommes entrés. Leur démarche doit
être considérée comme un service rendu à toute l'Internationale et à l'avant-
garde révolutionnaire de la classe ouvrière du monde entier.
8. La composition de la conférence, qui comprend des représentants mandatés des
sections des États-Unis, du Canada, du Mexique, de l'Espagne, de la Belgique, de
Porto Rico, de Cuba, d'Allemagne et du Chili et qui a reçu des messages de
l’Argentine et de l'Uruguay, prouve bien que notre internationale est prête à faire
face à toute éventualité. Sa décision unanime de désavouer les scissionnistes et
d'appuyer le programme de la IV° Internationale a l'autorité du soutien de toutes
les sections en activité de l'Internationale. Elle se sent donc pleinement justifiée
à investir des responsabilités de l'Internationale le Comité exécutif élu par elle,
qui est habilité à parler au nom du Parti mondial de la révolution socialiste et de
poursuivre sa tâche avec tous les pouvoirs jusqu'au jour où pourra se tenir un
nouveau congrès plénier de la IV° Internationale.