Le texte qui suit contient de larges extraits d'un rapport que Luis Vitale a fait à un colloque tenu à Saint-Domingue, au mois de décembre 1981. Ce colloque a été organisé par l'EDOC (Estudios y documentación del Caribe) et sous les auspices du Département de Sociologie de l'Université autonome de Saint-Domingue. Des rapports ont été présentés, en plus de celui de Luis Vitale, par Livio Maitan sur des problèmes d'ordre historique et théorique, par Mark S. Fried sur la social-démocratie et la politique actuelle des Etats-Unis, par Narciso Isa Conde, secrétaire général du PC dominicain, sur la social-démocratie, le marxisme et la PRD (parti révolutionnaire dominicain), par Lucas Vicens sur les problèmes économique de la République dominicaine et par Francisco Antonio Santos, dirigeant de la CGT sur la social-démocratie et le mouvement des masses. Nous publions dans ce même numéro de notre revue des extraits du rapport présenté par Livio Maitan.
LA PERIODE JUSQU'A 1920 La période allant de la fin du XIX• siècle jusqu'à 1920 fut caractérisée par la gestation des premiers partis socialistes, l'élaboration de leurs bases programmatiques et leur intégration dans des secteurs du mouvement des masses. Sous l'impulsion de la direction de la II° Internationale des partis socialistes relativement forts furent formés en Argentine, en Uruguay et au Chili, alors que des noyaux minoritaires surgissaient au
Brésil, à Cuba, en Bolivie et au Mexique. Leurs antécédents avaient été les noyaux formés par la Ire Internationale dans les années 1870 qui, pour la première fois dans notre continent, avaient prôné le renversement du système capitaliste ou, comme le disait German Ave Lallemant dans El Obrero du 12 décembre 1890, le combat pour la suppression de la propriété privée des moyens de production.
Dans son livre sur l'histoire de le pensée socialiste G.D.H. Cole explique que le premier parti socialiste fut le Parti démocratique du Chili, fondé en 1887. Mais, selon nous, ce parti fut une formation petite bourgeoise avec une base composée d'artisans. Le premier parti socialiste fut en réalité le parti argentin, fondé en 1895 par José Ingenieros et Juan B. Justo, qui fut conçu comme un parti ouvrier ou, comme le disait Justo, « avant tout un parti des travailleurs, des prolétaires ». Cette conception fut rapidement abandonnée par le leader socialiste argentin lui-même. En fait, le PS argentin fut un parti composé d'intel lectuels, d'ouvriers dans leur majorité immigrés, d'artisans et de petits commerçants. En 1904, il réussit à faire élire le premier député socialiste d'Amérique latine, le docteur Alfredo Palacios. En 1912, il obtint 32 000 voix ; son journal La Vanguardia, était tiré à 75 000 exemplaires. Il s'agissait d'un parti réformiste, fondamentalement urbain, parti d'opposition et non de gouvernement, qui sur le plan théorique amalgamait le marxisme et l'évolutionnisme positiviste darwinien.
Un parti du même type fut fondé en 1910 en Uruguay. L'année suivante il réussit à faire élire comme député Emilio Frugoni. Au Chili, à la fin du XIX* siècle, surgirent des groupes socialistes ; en même temps, une aile gauche se forma dans le Parti démocratique. Elle fut dirigée par le fondateur du mouvement ouvrier chilien, Luis Emilio Recabarren, qui en 1912 organisa une scission en donnant naissance au Parti ouvrier socialiste. Tout en acceptant formellement les bases statutaires de la II° Internationale et des rapports fraternels avec celle-ci, le POS ne fut jamais un parti social-démocrate au sens strict. C'est pourquoi sa transformation en Parti communiste en 1922 se produisit comme l'aboutissement logique de son développement révolutionnaire, inspiré par la lutte de classes. Les partis socialistes fondés dans d'autres pays — Cuba
(1905), Bolivie (1915), Brésil (1916), Mexique (1917) - ne réussirent pas à se développer ni à avoir une présence politique importante.
Les programmes politiques de tous ces partis devinrent de plus en plus es parlis devinrent de nus en ou réformistes dans la mesure où ils s'alignérent sur les courants bernsteiniens de la lIe Internationale. Ils mirent l'accent sur les libertés démocratiques, les augmentations de salaire, la syndicalisation et la voie électorale et parlementaire. Au début ils furent caractérisés par une conception internationaliste et strictement liés à la Ile Internationale : dans la plupart de cas, ils se réclamaient du marxisme. Il ne faut pas oublier qu'à cette époque la Ile Internationale était sous l'influence du meilleur Kautsky et que Lénine, Rosa Luxembourg et Trotsky militaient dans ses rangs.
Cette acceptation du marxisme marque une différence entre les partis de la II° Internationale de la première période et les partis qui sont membres de l'Internationale socialiste aujourd'hui. L'adhésion au marxisme fut stimulée surtout par les immigrés européens, qui contribuèrent d'une façon décisive à la formation des premiers partis socialistes (par exemple, les membres du groupe d'origine allemande Vorwärts, installé en Argentine depuis les années 1870).
Certains ont écrit que les partis socialistes de l'époque ne réussirent pas à se développer davantage à cause de la concurrence des anarchistes dans le secteurs ouvrier et artisanal. Cela est partiellement vrai en ce qui concerne quelques pays, comme, par exemple, l'Argentine, où la FORA (Federacion Obrera Regional Argentina) eut à un moment donné 600 000 adhérents. Toutefois, c'est justement dans ce même pays que le socialisme se développa le plus. Dans d'autres pays, les anarchistes ne réussirent pas à devenir la force ouvrière hégémonique, mais les partis socialistes ne se développèrent pas non plus. D'après nous,
LA SOCIAL-DEMOCRATIE EN AMERIQUE LATINE la faiblesse de ces partis socialistes fut déterminée par le développement insuffisant du prolétariat urbain (au commencement du XX* siècle les pays d'Amérique latine étaient essentiellement agricoles) et, fondamentalement, par l'absence d'une politique agraire et antiimpérialiste. En effet, les partis socialistes ne saisirent pas la spécificité du continent latino-américain, ses problèmes ethniques et ses conceptions réligieuses. Tous ces éléments auraient dû être pris en considération de même que la structure de classe et la composition du prolétariat qui n'était pas industriel, mais minier et agricole. Les partis socialistes adoptèrent un schéma européen, en transférant mécaniquement le programme de la Il° Internationale à un continent agricole, indigène, noir, métis et semicolonisé par l'impérialisme.
Ils ne comprirent pas le problème national et anti-impérialiste ni le processus de semicolonisation qui se produisait à la suite des investissements accélérés du capital étranger dans l'exploitation des principales matières premières d'Amérique latine. Au lieu de combiner la lutte anti-impérialiste avec la lutte anticapitaliste, ils mirent l'accent uniquement sur l'organisation du prolétariat urbain naissant, en tournant le dos à des mouvements populaires tels que le radicalisme argentin, le mouvement agraire mexicain, péruvien et bolivien et même à la lutte nationale antiimpérialiste à Cuba et en Amérique centrale avant l'intervention ouverte des Etats-Unis. Ce mépris pour la question nationale anti-impérialiste provoqua des scissions dans le PS argentin, où surgit un courant nationaliste, dirigé par l'un des premiers anti-impérialistes de notre continent, Manuel Ugarte, qui en 1912 fit un tour dans toute l'Amérique latine en dénonçant la politique de «big stik » (gros bâton) proclamée par Théodore Roosevelt et relançant l'idée bolivarienne d'unité des peuples latinoaméricains.
Malgré tout cela, au début les premiers partis socialistes latino-américains éduquèrent leurs militants et leurs cadres au marxisme et diffusèrent les idées de Marx et d'Engels. En même temps, ils participèrent activement aux débats théoriques et politiques qui avaient lieu dans la Ile Internationale en s'intéressant vivement à la construction d'une organisation révolutionnaire mondiale. Sans cette tradition marxiste on ne saurait expliquer le fait que, lorsque Lénine lança son appel pour la formation de la Ille Internationale, des nombreux militants acceptèrent les 21 conditions et fondèrent les premiers partis communistes d'Amérique latine. Si les partis socialistes n'avaient pas existé auparavant, il n'y aurait pas eu en l'espace de moins de cinq ans l'émergence de partis communistes avec un certain poids spécifique, dont les dirigeants et les militants provenaient, justement, dans leur majorité des PS (dans une moindre mesure de l'anarcho-syndicalisme).
En Argentine, lors du III° congrès, tenu en 1917, les partisans de la révolution d'Octobre gagnèrent la majorité, mais le Comité exécutif ne reconnut pas cette majorité. Dans le congrès de 1918, ce même courant obtint 3 651 voix contre 5 013 aux réformistes. Peu après une scission eut lieu avec la fondation du Parti socialiste internationaliste, devenu en 1921 Parti communiste. Le révolutionnaire internationaliste chilien, Luis Emilio Recabarren, dirigeant du Parti ouvrier socialiste, prit part à ce processus. En Uruguay l'influence des idées marxistes était si forte que le Parti communiste fut fondé par la majorité du PS qui accepta les 21 conditions d'adhésion fixées par le II° congrès de l'internationale communiste en 1920. Le Parti socialiste fut reconstruit en 1922, toujours sous la direction de Emilio Frugoni.
Si on tient compte des différences entre les partis socialistes de l'époque et les partis actuels de l'Internationale socialiste en Amérique latine et surtout de l'absence d'éducation marxiste chez les militants de ceux-ci, on doit tirer la conclusion qu'il ne faut pas compter que de ces partis puissent naître des courants révolutionnaires comparables à ceux qui se formèrent dans le mouvement socialiste des années 1920.
LA SOCIAL-DEMOCRATIE
DANS LA PERIODE 1920-1960 La deuxième période de la social-démocratie latino-américaine, qui s'ouvrit en 1920 environ, fut caractérisée par des attitudes antisoviétiques, le rejet ouvert de la révolution russe et l'acceptation des conceptions de Kautsky. Une telle évolution eut comme conséquence aussi bien les scissions que nous avons déjà mentionnées, que l'éloignement des PS de couches ouvrières importantes. Par conséquence, la base de ces partis devint encore plus petite bourgeoise. Ils s'isolèrent du mouvement ouvrier justement au moment où commençait un processus d'industrialisation partielle. Les PS furent incapables de se lier aux couches d'ouvriers industriels de la décennie 1930, en d'autres termes ils furent incapables de comprendre les traits caractéristiques du nouveau prolétariat et d'en exprimer les aspirations.
Par ailleurs, les partis socialistes ne firent aucun progrès sur le terrain de la question paysanne et de la question indigène, qui pourtant avaient été posées avec force par le fondateur du mouvement communiste péruvien, Mariategui. Ils ne surent profiter non plus de l'essor du mouvement national anti-impérialiste, stimulé notamment par l'entreprise de Sandino au Nicaragua.
Tout cela aboutit à une incompréhension grave des nouveaux mouvements nationaux-populistes tels que le cardénisme, le péronisme et même PAPRA péruvienne et l'Acción Democrática vénézuélienne, à laquelle la Ile Internationale ne s'intéressa guère à l'époque. L'exemple le plus clair de cette incompréhension fut celui du PS argentin, qui, dans son fanatisme antipéroniste, n'hésita pas à établir une alliance avec l'impérialisme et l'oligarchie des terratenientes. Cette attitude provoqua, par ailleurs, une nouvelle scission avec le départ de Angel Borlenghi, dirigeant des employés du commerce, et, ensuite, de l'ancien député Dickman et d'autres militants de base. Sa politique antipéroniste outrancière amena ce parti à s'isoler de plus en plus des masses, dans leur majorité péronistes, et à se réduire à une élite politique sans aucune influence dans le mouvement des masses.
Par ailleurs les partis socialistes surgis dans les années 1930, comme le Parti socialiste équatorien (1933) et le Parti socialiste chilien (1933) n'entrèrent jamais dans la II° Internationale à cause de l'orientation réformiste et pro-impérialiste défendue par celle-ci.
Après sa « refondation » en 1951 avec le nom d'Internationale socialiste, la II° Internationale ne réussit pas à s'implanter en Amérique latine, malgré son aspiration manifeste de se donner une politique en direction des pays dits sousdéveloppés. Son secrétariat latino-américain, fondé en 1955 et siégeant à Montevideo, ni le Comité consultatif de ce Secrétariat, créé en 1956, n'eurent plus de succès. La faillite fut si incontestable qu'en 1962 ces organismes furent dissous peu après la mort de Umberto Maiztegui (v. Karl-Ludwig Günsche et Klaus Lantermann, Historia de la Internacional socialista, Nueva Imagen, Mexico, 1979). LA SOCIAL-DEMOCRATIE DEPUIS
LA REVOLUTION CUBAINE La révolution cubaine fut un test politique majeur pour tout le mouvement
LA SOCIAL-DEMOCRATIE EN AMERIQUE LATINE ouvrier et nationaliste latino-américain. Pendant la lutte contre la dictature de Batista, la majorité des partis socialistes appuyèrent le mouvement du 26 juillet dont elle appréciait les orientations démocratiques. Mais au fur et à mesure que la révolution se développa dans une dynamique de révolution permanente et aboutit à la formation d'un Etat ouvrier, cet appui fut retiré.
Toutefois, certains partis socialistes n'appartenant pas à l'Internationale socialiste comme le Parti socialiste chilien et le Parti socialiste révolutionnaire équatorien, se radicalisèrent. En Equateur un rôle important fut joué par Manuel Agustin Aguirre, l'un des premiers socialistes d'Amérique latine qui comprit le caractère socialiste de la révolution latino-américaine à partir de son essai, Révolución burguesa o revolución proletaria para América latina y el Ecuador ?, écrit en 1952 lorsque la majorité de la gauche latino-américaine - sous l'influence stalinienne - bavardait sur une révolution agraire et antiimpérialiste qui aurait pour but de soutenir la bourgeoisie prétendument progressiste.
La formation de partis révolutionnaires de type nouveau, stimulée par la victoire de la révolution cubaine, réduisit l'espace politique des partis socialistes. Cet espace se rétrécissait également à la suite de la concurrence d'une démocratie chrétienne qui ne cachait pas son intention de devenir l'alternative réformiste, capable de réaliser le projet de l'Allianza para el progreso (Alliance pour le progrès), lancé par Kennedy avec le but de contrecarrer la montée des masses stimulée par la victoire de la révolution cubaine.
En même temps, les partis populistes qui apparaissaient comme les plus proches de l'Internationale socialiste, notamment l'APRA et l'Acción democrática, devenaient de plus en plus anticommunistes. Il ne s'agissait plus de l'anticommunisme traditionnel antiURSS de l'époque de la guerre froide, mais d'un anticommunisme plus concret et plus militant, adressé contre le premier Etat ouvrier d'Amérique latine et contre toute perspective d'expansion de la révolution dans d'autres pays du continent. Bétancourt, Haya de la Torre et Pepe Figueres furent les nouveaux chefs de cette croisée continentale contre la « castro-guévarisme-communisme ».
Les partis socialistes membres de l'Internationale socialiste renoncèrent au peu de marxisme qu'il gardaient, en s'associant à l'évolution de la socialdémocratie européenne. Ils se tranformèrent ainsi dans des partis néo-libéraux en adoptant le néopositivisme comme méthode d'analyse sociale et politique. Leur programme se réduisit à la lutte pour la démocratie et les libertés démocratiques, sans aucune dénonciation du rôle joué par l'impérialisme nord-américain.
LE RÔLE DE LA SOCIAL-DEMOCRATIE APRES 1976 La quatrième étape de l'évolution de la social-démocratie latino-américaine s'ouvrit avec la conférence mondiale tenue à Caracas en 1976, qui donna une nouvelle impulsion à l'activité de pénétration dans le continent. C'est à cette occasion que Willy Brandt expliqua que l'Internationale socialiste « ne devait pas être une organisation concentrée unilatéralement en Europe ». Ainsi, s'accentua un processus de rupture avec l'eurocentrisme organisationnel, avec l'Internationale « blanche et occidentale », pour reprendre les mots du travailliste anglais, Morgan Phillips, processus qui avait été entamé - avec des résultats modestes — déjà dans les années 1960. Selon Günsche et Lantermann, les partis de l'Internationale socialiste qui n'avait eu que 800 000 membres en 1951, en comptaient 2 500 000 en 1975. taient 2 50 1075
Actuellement, on peut dresser la liste suivante des partis membres en Amérique latine, en considérant aussi bien les membres de plein droit que les membres à titre consultatif : membres de plein droit : Partido radical (Parti radical) chilien, Partido de liberación nacional (Parti de libération national) de Costa Rica, MNR du Salvador, Izquierda democrática (gauche démocratique) d'Equateur, Partido revolucionario febrerista (Parti révolutionnaire févriériste) du Paraguay, New Jewel Movement (Mouvement du nouveau joyau) de Grenade, Partido socialista democrática (Parti socialiste démocratique) du Guatemala, Partido laborista (Parti travailliste) de Barbados, Partido revolucionario dominicano (Parti révolutionnaire dominicain), People's national Party (Parti national du peuple) de Jamaïque : Membres à titre consultatif : Acción democrática et MEP de Venezuela, Partido trabalhista (Parti travailliste) du Brésil, Movimiento electoral del pueblo (Mouvement électoral du peuple) de Aruba, Movimiento Antillas nuevo (nouveau mouvement des Antilles) de Curacao, Partido socialista-convergencia democrática (Parti socialiste-convergence démocratique) d'Uruguay, APRA du Pérou, Unión democrática popular (Union démocratique populaire) de Bolivie.
Il existe, en outre, d'autres partis qui entretiennent des rapports fraternels avec l'Internationale socialiste, comme la Allianza del Pueblo trabajador (l'Alliance du peuple travailleur) de Guyane et le Partido revolucionario institucional (Parti révolutionnaire institutionnel) du Mexique. L'Internationale socialiste exerce aussi une certaine influence dans le secteur du mouvement démocratique brésilien dirigé par Fernando Henrique Cardoso, des secteurs du radicalisme et du péronisme argentins, l'aile du Parti libéral colombien diri- gée par Lopez Michelsen et l'une des fractions du Parti socialiste chilien, celle que dirige Aniceto Rodriguez.
On peut tirer la conclusion que les partis de l'Internationale socialiste ont des forces organisées et une influence plus grandes que celles des partis communistes. Par rapport aux années 1920 et 1930 il y a eu, done, une inversion de tendance. C'est pourquoi les partis communistes ont été amenés à avancer une tactique de front unique, ou pour reprendre les mots du dirigeant du PC uruguayen Rodney Arismendi, « une politique unitaire avec la social-démocratie internationale et avec les forces qui ont des rapports avec elle sous une forme ou sous une autre » (Nueva Sociedad, n° 52, 1981).
En même temps, il ne faut oublier que la social-démocratie peut compter sur des forces plus importantes que les partis ou courants démocrates chrétiens.
LES RAISONS DU TOURNANT DE L'INTERNATIONALE SOCIALISTE L'une des raisons fondamentales du tournant de l'Internationale socialiste vers les pays dits périphériques fut la nécessité d'élargir le soutien à sa politique de détente. Une telle politique est vitale notamment pour les pays européens : ce qui explique, entre autres, la Ostpolitik, formulée par Willy Brandt.
L'Internationale socialiste comprit que pour mener une telle politique il fallait lutter pour remplacer les gouvernements partisans inconditionnels des Etats-Unis par des gouvernements « progressistes » ou « pacifistes », basés, de préférence sur des partis affiliés à l'Internationale socialiste.
Une autre cause fut de nature économique. Les pays européens où les partis de l'Internationale socialiste sont au gouvernement, avaient besoin de promouvoir un «nouvel ordre économique
LA SOCIAL-DEMOCRATIE EN AMERIQUE LATINE international » qui puisse faciliter l'expansion de leurs capitaux et de leur commerce et les mettre dans de meilleures conditions pour leur concurrence avec les Etats-Unis. Ainsi, l'Internationale socialiste put apparaître comme la force qui stimulait des rapports nouveaux — soi-disant plus égalitaires - entre les pays développés et les pays dits sous-développés. Les gouvernements européens à direction social-démocrate firent des promesses dans ce sens à une série des pays asiatiques, africains et latino-américains. La conséquence en fut, notamment en Amérique latine, un certain renforcement du capitalisme européen, du capitalisme allemand en particulier. Plus en général, l'Internationale socialiste estima que sa politique « desarrollista » (de développement) serait mieux garantie par l'instauration en Afrique, Asie et Amérique latine de gouvernements sous son influence et plus liés au capital européen.
LES FORMES DE CROISSANCE
SOCIAL-DEMOCRATE L'Internationale socialiste a eu une croissance en Amérique latine dans les dernières cinq années non seulement en vertu de sa politique d'adaptation aux mouvements nationalistes, mais aussi à la suite de l'échec des dictatures proimpérialistes et de l'évolution droitière des partis démocrate-chrétiens.
Des nombreux partis de centre ou de centre-gauche sont arrivés à la conclusion qu'avec l'appui de l'Internationale socialiste ils pouvaient représenter une alternative nouvelle, capable de renverser les dictatures militaires et, en même temps, de freiner la montée des masses des travailleurs vers la révolution socialiste. Les dirigeants de mouvements nationaux-populistes et d'autres courants centristes bourgeois ont pris note du poids économique croissant qu'ont acquis à niveau international des pays où les sociaux-démocrates sont au gouvernement (comme l'Allemagne, la GrandeBretagne, la Suède et la France) et ils estiment qu'ils pourraient en tirer profit, s'ils adhéraient à l'Internationale socialiste. Ils sont convaincus en même temps que celle-ci pourrait les aider matériellement dans leur lutte contre les dictatures militaires. Pierre Schori l'a bien souligné : « Beaucoup de ces mouvements cherchent des nouveaux alliés. Ils ont décidé de s'adresser à l'Europe pour obtenir un appui politique et réduire leur dépendance économique face aux Etats-Unis. En Europe, la social-démocratie non seulement est l'allié le plus adéquat, mais elle est aussi l'allié le plus fort politiquement » (Nueva Sociedad, n° 40, 1979).
Il est clair, donc, que les dirigeants nationaux-populistes ne se sont aucunement convertis aux idées socialistes. Ils font un choix pragmatique, sinon carrément opportuniste. Ils ne font appel à l'Internationale socialiste que dans le but de réaliser leurs objectifs politiques, impliquant, en dernière analyse, la consolidation du système capitaliste dans leurs propres pays. Dans ce sens, c'est du confusionisme idéologique que de parler de « social-démocratisation » de partis nationaux-populistes ou d'autres courants centristes bourgeois. Il serait faux de tirer la conclusion qu'en Amérique latine nous assistons au même processus de croissance de partis sociauxdémocrates qui eût lieu en Europe et se développa sur la base d'une adhésion du prolétariat nouvellement crée, à une certaine idée du socialisme, dans la perspective d'une société distincte de la société capitaliste.
En Amérique latine la croissance des partis de l'Internationale socialiste ne se produit pas sur la base d'un programme socialiste, même pas le plus réformiste. Les partis nationaux-populis- tes ne cessent pas d'être des courants bourgeois et leur rôle est de maintenir et renforcer le régime capitaliste. La pratique gouvernementale de partis membres de l'Internationale socialiste, comme l'Acción democrática de Vénézuéla et d'autres, le confirme. Qui pourrait croire que des gens comme Carlos Andres Perez et les partisans de Bétancourt dans l'Acción democrática, Figueres, Brizola, Villaneuva et d'autres sont devenus soudainement sociaux-démocrates ?
De sa part, l'Internationale socialiste a adopté les mouvements nationauxpopulistes dans le but de surmonter sa faiblesse et son isolement en Amérique latine, et, donc, d'avancer avec beaucoup plus de force sa politique de détente et de « Nouvel ordre économique ».
Pour toutes ces raisons nous ne croyons pas qu'il soit correct de parler de social-démocratisation en Amérique latine. Il s'agit d'un tournant pragmatique de mouvements nationaux-populistes d'hier et d'aujourd'hui vers l'Internationale socialiste, ce qui coïncide avec le tournant esquissé par celle-ci vers les pays latino-américains. Dans les deux cas la démarche est non seulement pragmatique, mais aussi opportuniste.
L'Internationale socialiste a gagné des nouveaux membres qui proviennent de couches de salariés, d'étudiants et, en particulier, de l'intelligentsia de gauche. Des intellectuels, qui entre 1960 et 1970 avaient appuyé les mouvements de la gauche révolutionnaire, ont opéré un tournant de 180 degrés en s'efforçant de se faire pardonner leur pêchés foquistes par une acceptation du réformisme social-démocrate. Dans leur cas, on pourrait à la limite, parler d'un processus de social-démocratisation. Pour eux l'adhésion à une telle variante de « socialisme » est plus potable et moins susceptible de créer des cas de conscience qu'un appui direct à ces vieux mouvements nationaux-populistes, qu'ils avaient durement combattus dans le passé.
Un journaliste uruguayen, Daniel Waksman, a expliqué sans détour l'attitude actuelle d'une série d'anciens gauchistes : «A une époque où une bonne partie de la gauche latino-américaine considérait comme une insulte l'hypothèse d'établir des points de convergence avec la social-démocratie européenne, Amilcar Cabral assistait en tant qu'invité spécial à des congrès de la social-démocratie suédoise ... Il est probable que nous, les latino-américains, nous avons une aspiration plus grande à la 'pureté, que nous nous préoccupons énormément d'éviter tout contact qui puisse 'contaminer' idéologiquement et embourgeoiser les mouvements révolutionnaires. Mais les choses ont beaucoup changé. Après le coup au Chili et les différents processus de fascisation qui se sont produit en Uruguay, en Argentine, en Bolivie et en d'autres pays de notre continent, sans que personne l'ait prédéterminé dans une stratégie quelconque, il y a eu des ouvertures, des contacts, des rapports, parfois très étroits avec des partis et des organisations européens, sociales-démocrates, avec qui auparavant la gauche latino-américaine n'avait entretenu aucun dialogue » (Nueva Sociedad, n° 40, 1979).
Ce chemin est parcouru par beaucoup d'anciens guérilleros. C'est un fait que des contingents importants d'anciennes organisations de la guérilla, notamment au Brésil, adhèrent à la socialdémocratie. L'absence de cohérence programmatique chez les anciens groupes foquistes a déterminé, dans une étape de défaites, un tournant à droite. Certains, — c'est le cas du PRT argentin et du MIR chilien — ont élaboré la théorie très « nouvelle » d'après laquelle la bureaucratie soviétique n'est pas seulement un allié tactique, mais aussi un allié stratégique pour la révolution mondiale. D'autres, peut-être majoritaires, comme c'est la cas d'anciens
LA SOCIAL-DEMOCRATIE EN AMERIQUE LATINE guérilleros brésiliens, argentins, nicaraguayens et du secteur Chiribogas du PSR équatorien, qui a rompu avec celuici, soutiennent l'orientation de la socialdémocratie, et ont même adhéré à des organisations latino-américaines de l'Internationale socialiste.
TRAITS GENERAUX DES
NOUVEAUX PARTIS
LATINO-AMERICAINS DE
L'INTERNATIONALE SOCIALISTE Comme nous l'avons dit, les nouveaux partis membres de l'Internationale socialiste proviennent, essentiellement, d'anciennes formations nationales-populistes bourgeoises et de nouveaux mouvements nationalistes petits bourgeois. Il est important de souligner que, à la différence des premiers partis sociaux-démocrates européens et même latino-américains, les nouveaux partis n'ont pas une origine ouvrière. Ils sont des partis polyclassistes, comme l'a affirmé, par exemple, Rodrigo Borja de l'Izquierda democrática d'Ecuador : « Nos partis doivent être polyclassistes. La théorie léniniste du parti-classe ne peut pas être appliqué en Amérique latine, non seulement parce qu'un tel parti n'inclut pas, ni canalise tout ce que doit inclure et canaliser un parti de masses latino-américain, mais aussi parce que, pour l'Amérique latine, le concept de classe lui-même est fort discutable » (Nueva Sociedad, n° 48, 1980). Sur une telle base analytique il est très facile de justifier la collaboration de classe et, surtout, donner des garanties aux mouvements nationaux-populistes susceptibles d'entrer dans l'Internationale socialiste, justement dans la mesure où ces partis dès le début furent des partis polyclassistes avec hégémonie bourgeoise au niveau de direction politique. L'Internationale socialiste s'est efforcée de croître rapidement par l'intégration de ces partis, qui ont eu et ont une large base de masse. Elle ne se préoccupe pas de se développer patiemment dans le mouvement ouvrier, dans les organisations de la classe ouvrière, comme elle l'a fait en Europe. Elle préfère gagner d'un seul coup des partis qui ont déjà une influence de masses, comme le Partido trabalhista du brésilien, des secteurs de l'ancien MNR bolivien, le febrerismo paraguayen, l'aile Lopez Michelsen du libéralisme colombien, la Izquierda democrática et l'ancien velasquisme équatorien et même le PRI mexicain et des secteurs du péronisme et du radicalisme argentin, en plus que consolider ses rapports avec des partis avec qui elle a eu traditionnellement des liens comme l'APRA, Acción democrática et le PLN de Costa Rica. Au sens strict, toutes ces organisations ne sont pas des organisations sociaux-démocrates car elles n'ont ni une origine ni une tradition ouvrière.
Il est vrai que l'Internationale socialiste a établi des rapports avec des organisations qui ne peuvent pas être mises sur le même plan que celles que nous venons de mentionner, notamment le mouvement qui à Grenade pourrait arriver à liquider le régime capitaliste et le MNR salvadorien, qui est intégré dans le FDR. Mais la grande majorité des organisations ou des mouvements qui se réclament d'elle en Amérique latine, ne sont pas socialistes, ils rejettent ouvertement le marxisme et souvent ils sont carrément anticommunistes. Carlos Andres Perez l'a expliqué sans détour : « J'estime que la tendance dominante en Amérique latine est la social-démocratie non marxiste » (Nueva Sociedad, n° 54, 1981). En effet, l'idéologie de ces partis est réformiste bourgeoise et aucun d'eux ne prône le renversement du capitalisme et l'instauration du socialisme. Quant à leur conception de l'Etat elle s'inscrit parfaitement dans le schéma « desarrollista » d'un Etat qui stimule le « développement » pour permettre aux pays d'Amérique latine de surmonter le sous-développement. C'est dans ce cadre, par ailleurs, qu'on avance l'idée d'une réforme agraire qui rappelle les projets de l'Alianza para el progreso de l'époque de Kennedy.
Le programme démocratique bourgeois des partis de l'Internationale socialiste est si limité qu'ils ne lèvent même pas le drapeau du mouvement nationaliste du siècle passé. Ils n'ont pas de programme anti-impérialiste clair, ils ne demandent pas l'expropriation des entreprises étrangères-clé ni le moratoire de la dette extérieure. En réalité, ils se limitent à revendiquer les libertés démocratiques, le respects des droits de l'homme et l'amélioration du niveau de vie des masses. Ce programme est synthétisé dans la résolution sur l'Amérique latine adoptée par le congrès mondial tenu à Vancouver en 1978 : « L'Internationale socialiste soutient avec force les luttes constantes des peuples d'Amérique latine pour le droit à vivre en paix et en liberté, dans un système démocratique qui respecte les droits de l'homme et assure le développement social ».
Franz Inkelammert a souligné à juste titre que pour la social-démocratie « le maintien de la démocratie bourgeoise et en premier lieu du droit d'association, est vital. Le capitalisme sans droit d'association et, donc, sans démocratie bourgeoise telle qu'elle est conçue par la social-démocratie, est considéré comme une société illégitime. Par conséquence, la social-démocratie devient le pilier fondamental de le démocratie bourgeoise incluant le droit d'association » (Socialdemocracia y democracia cristiana ; las reformas y sus limitaciones, San José de Costarica, 1981).
Nous ne sommes pas d'accord, par contre, avec Hinkelammert lorsqu'il explique que « la social-démocratie n'est pas anti-socialiste en elle-même aussi bien pour des raisons historiques que du fait que, du point de vue idéologique, elle ne représente pas une légitimisation intrinsèque de la société bourgeoise ». Un tel concept pourrait être appliqué à la social-démocratie du siècle passé et du début de ce siècle. Mais à partir de la première guerre mondiale la pratique antisocialiste de la social-démocratie est par trop évidente.
Dans une période plus récente elle a géré et gère l'Etat bourgeois au profit de la classe dominante. L'affirmation de Hinkelammert est, en tout cas, inacceptable parce qu'elle se réfère au rôle de la social-démocratie aujourd'hui en Amérique latine. Sout cet angle il n'y a pas la moindre ambiguïté. Les partis adhérents à l'Internationale socialiste en Amérique latine sont incontestablement antisocialistes, notamment ceux qui proviennent d'anciennes formations bourgeoises soi-disantes nationalistes. L'erreur de Hinkelammert réside dans le fait de considérer la social-démocratie latino-américaine comme une expression du réformisme ouvrier alors qu'elle représente, en réalité, un réformisme bourgeois.
Hinkelammert va jusqu'à dire que les mouvements sociaux-démocrates d'origine populiste «se sont développés d'une façon analogue à l'idéologie socialdémocrate européenne et par conséquent ils ont dû affronter des problèmes analogues. Dès qu'ils se sont engagés dans le processus des réformes, ils ont été amenés à interpréter la démocratie bourgeoise en partant de la liberté d'association. Au fur et à mesure qu'ils stimulaient l'organisation de la classe ouvrière, ils devaient éviter de légitimer explicitement la propriété privée et face aux limites imposées aux réformes par les rapports de production capitalistes, des courants se sont développés en leur sein qui les ont poussés au delà de ces limites. De tels processus se sont produits dans le péronisme argentin, dans
LA SOCIAL-DEMOCRATIE EN AMERIQUE LATINE l'Acción democrática vénézuélienne, dans le PLN de Costa Rica. Si on veut l'inclure dans ce contexte, on pourrait se référer aussi au Parti socialiste chilien. Ces partis surgissent d'une logique propre aux partis réformistes dans la mesure où ils sont insérés dans l'organisation du mouvement ouvrier et doivent affronter les problèmes spécifiques aui se posent à de tels mouvements. C'est pourquoi ils apparaissent spontanément aux endroits les plus divers. Ils surgissent aux endroits et aux moments où l'espace pour les réformes est assez grand dans la société bourgeoise et s'affrontent au pouvoir bourgeois lorsque cet espace se réduit, sans pour autant déboucher sur des mouvements révolutionnaires. Toutefois, ce n'est pas impossible que cela se produise, alors que cette possibilité est exclue a priori dans le cadre idéologique de la démocratie chrétienпе ».
Ces affirmations de Hinkelammert — que nous avons cité à plusieurs reprises parce qu'il est l'un des auteurs qui ont théorisé le plus le rôle actuel de la social-démocratie en Amérique latine — n'ont aucune correspondance réelle avec l'histoire latinoaméricaine. Tout d'abord, les mouvements nationaux-populistes qui ont adhéré à l'Internationale socialiste, n'ont pas eu une origine ouvrière, comme la social-démocratie européenne. Ils sont des partis bourgeois qui, grâce à leurs proclamations anti-oligarchiques et leur démagogie populiste, ont réussi à gagner le soutien de larges secteurs de masses, surtout de couches impliquées dans le processus d'urbanisation et d'industrialisation. En deuxième lieu, l'organisation ouvrière promue par les mouvements nationaux-populistes a été différente de celle propre de la social-démocratie européenne. Ces mouvements bourgeois ont organisé des syndicats par en haut, par des processus de syndicalisation étatique non sans analogies avec la pratique du fascisme italien, syndicalisation que la social-démocratie européenne a toujours combattue. Tout le monde connaît la structure « verticaliste » (créée et dominée par le sommet) et dépendante de l'Etat de la CGT argentine sous le péronisme, de la centrale syndicale mexicaine contrôlée par le PRI, de la CTV instrumentalisée par l'Acción democrática au Vénézuéla etc. La fameuse liberté d'association n'allait pas au delà des limites imposées par la direction bourgeoise de ces mouvements.
En ce qui concerne la «logique propre des partis réformistes » ce que dit Hinkelammert pourrait s'appliquer à la social-démocratie européenne, qui est née au sein du mouvement ouvrier et devait répondre sous une forme ou sous une autre, aux aspirations de la classe d'ou elle surgit. Mais cette « logique » ne vaut pas pour des partis réformistes bourgeois, à savoir des partis qui, comme les mouvements nationaux-populistes en question, ont une origine et une direction bourgeoise. Les directions de tels mouvements ne sont pas conditionnées dans leurs rapports avec les masses par l'origine de classe. Elles sont inspirées par la nécessité d'utiliser et manipuler les masses dans un jeu bonapartiste sui generis, dans des manœuvres anti-oligarchiques conjoncturelles qui, en tout cas, ne remettent jamais en question l'ordre bourgeois.
En troisième lieu, l'analyse de Hinkelammert selon laquelle les partis sociauxdémocrates latino-américains pourraient engendrer des courants de gauche plus que les partis démocrates-chrétiens, nous paraît arbitraire. Il est vrai que de l'APRA est née la tendance révolutionnaire dirigée par Luis de la Puenta Uceda et Ricardo Napuri et le MIR vénézuélien a surgi d'une scission de secteurs syndicaux et de la jeunesse de l'Acción democrática sous la direction de Simon Saez Merida, Domingo Alberto Rangel, Americo Martin, Moises Moleiro et d'autres. Il serait, donc, faux de nier a priori la possibilité que des courants révolutionnaires se forment dans les partis de l'Internationale socialiste, notamment en Amérique centrale et dans les Caraïbes. Mais une telle possibilité ne concerne pas que les partis sociauxdémocrates. De tels processus de différenciation se sont produits dans le passé dans une série de partis, aussi bien réfor- mistes ouvriers que réformistes bourgeois. Il est probable que la révolution en Amérique centrale provoque de nouvelles différenciations, même plus profondes que celles qui furent provoquées par la révolution cubaine. Que des scissions aient lieu, que nouveaux regroupements surgissent. Des courants d'origine chrétienne y participeront.