Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

La revue › 3e série n° 5

Notes de lecture

Quatrième Internationale, 3e série n° 5 · juillet-août-septembre 1981 · p. 102-104 · 1 050 mots

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lan Gough :

The Political Economy of the Welfare State

The MacMillan Press, 1979, 1980, 1981.

C'est un livre précieux, la première explication systématique, du point de vue marxiste, du sens et de la place des dépenses sociales dans le capitalisme contemporain. L'auteur affirme correctement que la majeure partie de ces dépenses sociales constituent un salaire socialisé, c'est-à-dire une fraction du prix de la force de travail non directement déboursée par le capitaliste à l'ouvrier, mais «transitant» par l'Etat. Il démonte de même le mythe d'une redistribution verticale des revenus par le truchement de la sécurité sociale, celle-ci se limitant essentiellement à une redistribution horizontale (une redistribution de la masse salariale en faveur des ménages ayant beaucoup d'enfants, des retraités, des malades, etc., aux frais d'autres couches des salariés).

Il en découle qu'une réduction généralisée des dépenses sociales, comme celle qui s'effectue à présent sous l'effet de la crise économique et de l'offensive d'austérité universelle du Capital qu'elle a déclenchée, aboutit à une baisse du prix de la force de travail et, toute chose restant égale par ailleurs, à une augmentation de son taux d'exploitation.

Cela s'accompagne d'un cortège de misères humaines dans le chef des couches les plus défavorisées du prolétariat, auxquelles la masse des prolétaires ne peut rester insensible, si ce n'est au prix de divisions de plus en plus profondes en son sein.

La montée de «l'état du bien-être» était elle-même fonction non seulement d'un type spécifique et nouveau d'accumulation du capital, mais encore d'un rapport de force déterminé entre le Capital et le Travail. Le déclin de «l'état de bien-être» implique à son tour l'apparition d'un autre type d'accumulation du capital de même qu'une modification radicale des rapports de force entre les classes. La deuxième ne découle pas automatiquement de la première. Elle ne peut résulter que de l'issue d'importantes batailles de classe, se terminant par de graves défaites ouvrières. L'organisation d'une résistance acharnée contre le démantèlement de la sécurité sociale fait partie de toute la bataille défensive actuellement en cours entre le Capital et le Travail. Des victoires dans cette bataille contribueront à refouler l'offensive d'austérité et augmenteront les chances de victoire ouvrière dans la lutte d'ensemble entre les classes que la crise rend inévitable.

E.M.

Coyoacan

Revista marxista La revue Coyoacan, qui est publiée au Mexique depuis 1977, en est désormais à son numéro 10.

Le n° 9 était presque entièrement consacré à des problèmes d'Amérique latine ( la seule exception étant un article d'Ernest Mandel sur l'envolée du prix de l'or). L'éditorial sur le Salvador avait d'ailleurs été repris dans le n°3 de Quatrième Internationale. Nous soulignons en particulier les contributions de Gilbert Mathias sur l'accumulation du capital, le processus du travail et les nouvelles formes de lutte ouvrière en Amérique latine, de John Humphrey sur les ouvriers de l'automobile et la classe ouvrière au Brésil et de Guillermo Almeyra sur la situation actuelle de la classe ouvrière en Argentine. Trois articles sont consacrés à des problèmes du Mexique, dont un

Torino, L'un des plus grands éditeurs italiens, Einaudı, vient de publier pour la premiere tois en langue italienne un texte de Martov, daté de 1919, où le vieux militant de la social-démocratie russe développe son analyse critique de la révolution d'Octobre et de l'Etat ouvrier né de cette révolution.

Il faut souligner l'importance politique de cette publication, dont l'initiative appartient à Vittorio Strada, spécialiste de littérature et d'histoire russe, membre du PCI, qui a fait la traduction et écrit la préface. Cette initiative s'inscrit dans le cadre de ce qu'on pourrait appeler une réhabilitation de certains personnages historiques de la social-démocratie latinoamericana - par Francisco Colmenares - sur un problème d'actualité qu'examine dans ce même numéro de notre revue, Manuel Aguilar Mora, c'est-à-dire le boom du pétrole.

Le n° 10 - dont l'éditorial est une analyse de la nature et de la portée du coup d'Etat en Bolivie par Garcia Meza - est centré sur deux axes: les mobilisations ouvrières et le commencement de la révolution politique en Pologne et la situation en Amérique centrale. A ce sujet, Coyoacan reprend un article de Livio Maitan sur le Nicaragua paru dans Inprecoret publie un article de Oscar René Vargas sur l'économie nicaraguayenne. Jose Luis Morales analyse des aspects de la situation au Guatemala à la fin de l'année 1980. 1980. et, dans une certaine mesure, de leurs conceptions aussi. Strada, par ailleurs, n'y va pas par quatre chemins. Il écrit carrément que le livre de Martov faisait pâlir La Révolution trahie de Trotsky en lui ôtant « non seulement sa force, mais aussi son originalité». Nous n'avons pas besoin de souligner ici à quel point le parallèle est dépourvu de tout fondement. En ettet, l'analyse de Trotsky, comme le savent tous ceux qui se sont donné la peine de la lire, est centrée sur la définition des contradictions d'une société de transition bureaucratisée. L'appréciation de Martov, par contre, part fondamentalement du point de vue que, étant donné le contexte historique de la

Julij Martov : Bolscevismo mondiale

Julij Martov : Bolscevismo mondiale

Russie arriérée, la révolution d'Octobre ne pouvait pas briser le cadre du capitalisme et ouvrir le chemin à l'édification d'une société socialiste.

Du point de vue de la méthode, la pensée de Martov est marquée profondément - dans l'essai en question aussi -par une démarche évolutionniste. En l'occurrence, il regrette explicitement que la Première Guerre mondiale - qui évidemment lui apparaît comme un accident de parcours - ait interrompu un processus évolutif à ses yeux indispensable pour créer les conditions objectives du passage au socialisme et des conditions subjectives de prise de conscience par les larges masses.

Il va de soi que toute recherche historique est utile, et notamment toute étude systématique des différents courants du mouvement ouvrier doit être saluée. Mais ce qui arrive en Italie relève beaucoup plus de la volonté de ré-écrire ou réexaminer l'histoire sous l'angle des batailles idéologiques actuelles de l'eurocommunisme ou d'autres courants réformistes ou néo-réformistes que d'un souci de rigueur d'historien.

Il est, par ailleurs, amusant que ceux qui découvrent du «nouveau» tous les six mois et considèrent ceux qui se réclament du marxisme et du léninisme comme des animaux d'avant le déluge, éprouvent le besoin, pour renforcer leur appareil idéologique, de puiser dans Martov et Otto Bauer, et certains même dans Proudhon! L.M.

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