1) URSS : la restauration du capitalisme
L'orientation centrale du projet de Gorbatchev consiste à préparer les conditions pour une restauration du capitalisme en URSS.
L'approfondissement de la dégénérescence de l'Etat ouvrier soviétique est le produit combiné des politiques contre-révolutionnaires de la bureaucratie soviétique et du fait que, à cause de l'impérialisme, l'URSS et les Etats ouvriers déformés sont toujours exclus de la division mondiale du travail.
Confrontée à l'écroulement de fait de l'économie soviétique et à la montée du mécontentement et de la désillusion de la classe ouvrière, la bureaucratie stalinienne est en train de préparer les conditions pour sa transformation en classe dominante de type capitaliste. Face à une alternative décisive - soit maintenir ses propres privilèges fondés sur une relation parasitaire avec la propriété étatique, soit éliminer cette dernière et détruire l'Etat ouvrier - la bureaucratie a choisi la solution capitaliste.
Afin de minimiser les dangers d'une révolution politique, Gorbatchev a cherché d'obtenir l'assistance directe de l'impérialisme. Pour favoriser l'aide impérialiste, les staliniens offrent de nouveaux marchés potentiels et l'approfondissement de leur politique contre-révolutionnaire de « coexistence pacifique ».
Dans le Programme de transition, Trotsky avait déjà prévu cette tendance :
« En dépit de ses énormes contradictions, /'URSS demeure un Etat ouvrier degénére. C'est notre diagnostic social. Le pronostic politique se présente sous la forme d'une alternative : soit la bureaucratie deviendra de plus en plus l'organe de la bourgeoisie mondiale au sein de l'Etat ouvrier, renversera les formes de propriete et plongera le pays dans la voie du retour au capitalisme, soit la classe ouvrière renversera la bureaucratie et frayera le chemin vers le socialisme ».
Voilà donc l'alternative qui marque l'URSS d'aujourd'hui : ou bien une restauration contre-révolutionnaire qui impliquerait une défaite écrasante pour les ouvriers, ou bien un soulèvement révolutionnaire qui amenerait à la chute mortelle du stalinisme et à une reprise de la marche vers le socialisme. La Glasnost, le parlementarisme et la démocratie soviétique
La glasnost de Gorbatchev est organiquement liée au projet de la perestroika. Les ouvertures démocratiques réalisées grâce à la glasnost sont subordonnées au but central de cette dernière : l'établissement d'un système de type parlementaire visant à diviser et à atomiser les ouvriers dans l'ensemble du peuple et, en même temps, à augmenter au maximum le poids des couches petites-bourgeoises favorables au capitalisme, dans le cadre d'un électorat pluri-classiste et géographiquement délimité.
Bien que favorables aux ouvertures démocratiques engendrées par le cours restaurationniste de Gorbatchev, nous reconnaissons la fonction prioritaire de la glasnost qui est celle de détourner l'activité politique d'une classe ouvrière atomisée vers de faux choix dans le cadre d'une compétition entre différentes escroqueries petites-bourgeoises et parlementaires.
La IVe Internationale voit la création de formes soviétiques de démocratie comme la forme indispensable du pouvoir ouvrier sur le plan politique. Toutes les formes de démocratie ouvrière authentique commencent dans les lieux de travail, se développent dans les rues et dans les autres champs de la lutte et constituent un moyen indispensable de la guerre de classe. De plus, comme l'a prouvé la révolution d'Octobre, les soviets, c'est-à-dire les conseils ouvriers, sont la forme institutionnelle du pouvoir ouvrier dans la lutte pour le renversement du capitalisme et pour la construction d'une société socialiste.
La forme soviétique de la démocratie est à la fois législative et exécutive. Les décisions politiques sont prises et mises en oeuvre par les représentants élus et révocables des ouvriers. La démocratie capitaliste, en revanche, commence et se termine dans les urnes et, en dernière analyse, concentre le pouvoir de l'Etat dans un appareil bureaucratico-administratif et dans des corps d'hommes armés sur lesquels se fonde la force de l'autorité exécutive.
Les « soviets » restructurés par Gorbatchev, basés sur des districts électoraux distincts et séparés des lieux de travail, sont diamétralement opposés aux soviets authentiques défendus par Lénine et Trotsky.
La démocratie parlementaire vise aussi une ouverture politique de l'URSS à l'influence impérialiste. Il s'agit là d'une sorte de garantie pour le capital étranger et ses jeunes partners « compradores » soviétiques atin de leur donner un outil politique de détense de leurs droits de propriété récemment acquis.
Les révolutionnaires doivent utiliser toutes les ouvertures démocratiques pour faire avancer les intérêts des ouvriers, y compris toutes les possibilités ouvertes par la démocratie capitaliste. Mais il serait faux d'accepter ou de revendiquer la démocratie parlementaire comme un ersatz de la démocratie soviétique, de même qu'il serait faux d'avoir confiance en Gorbatchev à la suite de ces concessions. Cela ne peut que créer des illusions dangereuses dans ses buts et, par conséquent, engendrer l'idée qu'il représente une couche « progressive » de la bureaucratie.
La révolution politique
La révolution politique en URSS sera le produit d'une mobilisation massive de la classe ouvrière et, en même temps, le résultat de la destruction des institutions politiques du gouvernement stalinien. Ce processus sera dirigé par un parti révolutionnaire dont les militants seront à l'avant-garde de la lutte antibureaucratique. Au niveau individuel, certains bureaucrates peuvent donner leur appui à la révolution politique, mais cela dépend et est subordonné au déclenchement d'une lutte contre la domination bureaucratique.
Le stalinisme
Nous rejetons à la fois le concept selon lequel Gorbatchev ou n'importe quelle autre fraction de la bureaucratie ne seraient pas staliniens, et la définition de PURSS comme un Etat « poststalinien ». Le stalinisme n'est pas seulement un système politique fondé sur le pouvoir d'un homme, la répression et la terreur. Il s'agit d'une caste bonapartiste qui ne peut jouer aucun rôle social indépendant. Mais le stalinisme peut effectuer toute sorte de manoeuvres tactiques afin de défendre ses privilèges, y compris sa propre transformation de caste parasitaire en classe possédante.
Comme toutes les minorités privilégiées dominantes, le stalinisme utilise tous les préjugés obscurantistes et rétrogrades pour diviser la majorité opprimée et perpétuer sa position dominante dans la société.
Gorbatchev n'a pas rejeté l'usage de la violence et de la terreur. Au contraire, il a employé les troupes soviétiques contre la montée des mouvements de libération nationale. Face à la résistance croissante de la classe ouvrière, les staliniens russes n'hésiteront pas à utiliser la force et la terreur pour préserver leur domination, en suivant l'exemple des staliniens chinois durant et après les jours des massacres de la place Tien An Men. Exclure cette hypothèse signifie tomber dans le piege de croire que la révolution politique sera un processus pacitique d'autoréforme ou de penser que le régime actuel ne réagira pas face à la monté ouvrière pour renverser son pouvoir.
La politique étrangère
La politique étrangère de l'Union soviétique est réactionnaire. Elle vise à favoriser les buts de la politique intérieure de Gorbatchev. Même son précédent appui, somme toute modéré, aux mouvements de libération nationale, a été soudainement abandonné. Les staliniens essayent désespérément de gagner quelque chose dans leurs « marchandages » (bargaining chips) avec les banquiers impérialistes. En échange, iis espèrent obtenir des crédits et d'autres formes d'assistance pour faciliter la transformation de leurs privilèges en droits de propriéte.
Leur retrait de l'Afghanistan n'a pas été la conséquence d'une conversion soudaine au respect du droit des nations à l'autodétermination. C'est le produit d'une défaite politique et militaire au même titre que le retrait américain du Vietnam. De même, le traité INF avait le but d'assurer davantage l'impérialisme USA a propos des intentions collaborationnistes de Gorbatchev. Nous savons que l'impérialisme était et demeure le principal responsable de la menace d'annihilation nucléaire qui pèse sur l'humanité toute entière.
Comme dans tous les précédents traités sur les armes nucléaires, les concessions impérialistes à la protestation de l'humanité contre les guerres capitalistes, n'étaient pas conséquentes. Le nombre des armes eliminees a ete minime par rapport à l'ensemble des armes et, ce qui plus est, elles ont été remplacées par des armes destructives plus récentes et plus puissantes.
La question nationale
La lutte des nations opprimées de l'URSS pour l'autodétermination est indissociable de la révolution politique. Dans son développement, cette lutte ne peut que combattre le pouvoir de la bureaucratie stalinienne. Pour réussir, elle doit se baser sur la mobilisation et l'organisation indépendante du prolétariat S'opposer au droit de séparation avec l'argument que la direction actuelle des différents mouvements serait « procapitaliste », c'est une attitude réactionnaire. Le seul moyen dont disposent les révolutionnaires pour combattre réellement la direction petite-bourgeoise des nations opprimées, consiste à se placer en première ligne dans la lutte pour le droit inconditionnel à l'autodétermination.
Lorsqu'elle représente une aspiration authentique des nations opprimées, la séparation de l'URSS peut jeter les bases pour l'approfondissement du processus révolutionnaire et l'unification finale des nations opprimées dans une association socialiste volontaire fondée sur des avantages réciproques.
Construire la IVe Internationale
La prémisse de la révolution politique c'est la construction d'un parti politique basé sur le programme historique de la IV® Internationale. En URSS, les possibilités de rassembler les cadres pour la construction d'un tel parti n'ont jamais été aussi grandes. Ce serait une erreur fatale que de subordonner cette tâche à des regroupements avec des courants centristes ou réformistes qui manquent de clarté politique sur les éléments essentiels de la révolution politique.
2) Europe orientale/Allemagne
Nous saluons les mobilisations des ouvriers qui ont commencé à secouer la domination des bureaucraties staliniennes à travers l'Europe de l'Est. Elles sont tout à fait progressistes quant à leur nature et sont les premiers signes qui annoncent la révolution politique.
En Europe orientale, le stalinisme a choisi la solution capitaliste essentiellement pour les mêmes raisons qu'en Union soviétique. Même ici, bien que fortement affaibli, le stalinisme demeure la force politique centrale contre laquelle se heurteront les masses. Dans ces Etats ouvriers, en dépit de la naissance de forces et de partis petits-bourgeois et ouvertement procapitalistes, le contrôle de l'économie et des institutions étatiques fondamentales comme l'armée, la police et les bureaucraties industrielle et gouvernementale, demeure aux mains des staliniens.
Ces derniers partagent des intérêts et des buts communs avec les figures petites-bourgeoises qui se sont exprimées à différents niveaux pour partager le pouvoir. Comme en URSS, cela implique l'établissement d'institutions de type parlementaire et l'introduction du marché, dans la perspective de la restauration du capitalisme.
Les staliniens et leurs alliés, internes et internationaux, sont paralysés ou entravés dans la mise en oeuvre de leurs politiques par la crainte de provoquer une réaction ouvrière de masse qui pourrait déboucher sur des institutions ouvrières en lutte pour le socialisme.
Le parlement vis-à-vis des soviets, de la révolution politique et du parti
Tout ce qu'on a déjà dit à propos de la démocratie parlementaire vis-à-vis de la démocratie soviétique, à propos de la nécessité de la révolution politique et de sa victoire et à propos de la nécessité de construire des sections de la IVe Internationale, s'applique aussi pleinement à l'Europe de l'Est.
La réunification allemande
Nous soutenons complètement la réunification de l'Allemagne aujourd'hui. L'opposition au droit du peuple allemand à réunifier leur nation, aussi bien que toute référence à la « culpabilite collective » du peuple allemand est réactionnaire. Les socialistes révolutionnaires doivent être les champions de la réunification fondée sur la défense et l'extension des intérêtes des travailleurs contre le patrons capitalistes et contre les bureaucrates staliniens.
Les mobilisations de masse des travailleurs allemands qui ont conduit à l'effondrement du mur de Berlin et à l'affaiblissement de l'appareil stalinien, sont des conquêtes révolutionnaires des travailleurs, ouvrant la voie à une plus grande possibilité d'organisation indépendante et de lutte. L'analyse, qui considère ces développements comme réactionnaires parce qu'ils ont aussi créé de nouvelles ouvertures à la pénétration du capitalisme, est fausse. Les staliniens d'Allemagne de l'Est ne jouaient aucun rôle progressiste dans la défense des intérêts de la propriété ouvrière ou étatique. Au lieu de cela, ils sont centralement responsables des conditions économiques et politiques qui ont conduit aux mobilisations de masse dirigées contre eux.
III. Le Nicaragua change Nicar victoiste la revo lation sandi iote du 192ni (et 199, me me si sat Le Nicaragua est un Etat capitaliste. Son caractère capitaliste n'a pas été a été sévèrement affaibli.
La direction sandiniste, en tentant de suivre un cours entre les forces de la révolution et celles de la contre-révolution, était menacée d'un côté par le capitalisme Nicaraguayen et mondial, qui a cherché à l'écraser tant que durait la menace révolutionnaire ; et de l'autre, par les masses ouvrières et paysannes qui faisaient pression sur les Sandinistes pour qu'ils approfondissent la révolution et pour qu'ils résolvent la question de « quelle classe va diriger ».
La direction du FSLN a échoué à suivre l'exemple de Cuba qui a réussi la transition vers un Etat ouvrier dans le feu de la révolution.
Depuis le début de la révolution de 1979, le FSLN, un parti de révolutionnaires en pratique, pas un parti prolétarien socialiste révolutionnaire, a échoué dans les domaines suivants :
a) le FSLN n'a pas réussi à exproprier les propriétés terriennes, et à partager la terre entre les paysans sans terre.
b) le FSLN n'a instauré aucune forme de contrôle des travailleurs sur l'industrie ni l'agriculture.
c) l'engagement du FSLN dans la voie de « l'économie mixte » constituait une subordination des intérêts des travailleurs et des paysans - la révolution - à une alliance de collaboration de classe avec les capitalistes nicaraguayens d) le FSLN n'a établi aucune forme de démocratie ouvrière, c'est-à-dire, d'institutions ouvrières et paysannes d'autogestion. Il n'y avait pas de distinction entre le parti et le gouvernement. démoratique de anonstre Pratiquent nare sur de pariation e) le FSLN n'a pas construit un parti révolutionnaire basé sur la participation parti était prise par les neuf membres de la direction sandiniste.
f) le FSLN a subordonné une politique étrangère internationaliste prolétarienne à la recherche d'appuis économiques et politiques de gouvernements capitalistes en Amérique latine et en Europe.
Les élections nicaraguayennes de 1990
Les élections au Nicaragua en 1990 ont marqué un tournant qualitatif dans les raports de forces entre les classes au Nicaragua, malgré le fait qu'un tournant dans la révolution avait eu lieu en fait dès le 7 août 1987, avec la signature à Esquipulas (Guatemela) du plan de paix Arias par Daniel Ortega.
Aujourd'hui, le FSLN a formé une alliance ouverte avec le gouvernement Chamorro, en prenant des postes clés dans l'Etat, y compris la direction de l'armée. La taille de l'armée a été réduite, et opère aujourd'hui sous le contrôle du nouveau gouvernement, réprimant, bien que prudemment, les grèves récentes et « neutres » dans les conflits de classe.
Douze mille contras retournent à la vie pubique et politique, certains sont intégrés dans la police, également sous la direction de leaders du FSLN. D'autres, répondant à l'appel du vice président Godoy, ont commencé à former des bandes paramılitaıres de type fasciste qui ont deja attaqué et assassiné des travailleurs lors des grèves de juillet 1990.
Le FSLN a supervisé le désarmement des travailleurs et des paysans à la campagne. Après que quelques communautés agricoles ont été désarmées, des contras armés sont arrivés pour terroriser les travailleurs agricoles et les paysans et confisquer leur bétail et d'autres propriétés personnelles. Des paysans et des travailleurs agricoles sans défense quittant leurs terres et affluant vers les villes est une conséquence dramatique du changement qualitatif de rapport de forces entre les classes.
L'erreur de la majorité du secrétariat unifié
La vision de la majorité selon laquelle le Nicaragua était et reste un Etat ouvrier est absurde. Cela va à l'encontre des principes fondamentaux de la IVe Internationale. Pire, s'inclinant devant la politique et les pratiques petites bourgeoises du FSLN, la IV® Internationale s'est opposée à la construction d'une section au Nicaragua.
Tout bilan de la révolution nicaraguayenne qui ne tiendrait pas compte des conséquences de l'absence de parti révolutionnaire prolétarien, conduirait à répéter ces erreurs.
« Hégémonie » de la classe ouvrière, et front populaire
Le congrès mondial de 1985 a été marqué par la caractérisation, retroactivement, par la majorité du secrétariat unifié, de l'Etat nicaraguayen comme Etat ouvrier depuis le 19 juillet 1979. Cela a été fait avec la pleine connaissance que l'alliance gouvernementale forgée par le FSLN pour arriver au pouvoir incluait des dirigeants bourgeois comme Alfonso Robelo et Violetta Chamorro.
La majorité du secrétariat unifié a justifié cette alliance de collaboration de classe en empruntant l'argumentation des staliniens et autres réformistes concernant les fronts populaires : les coalitions interclassistes sont programmatiquement d'accord « si les travailleurs ont l'hégémonie politique ».
En 1937, Trotsky expliquait que le Front populaire en Espagne était presque exclusivement composé des organisations stalinienne, social-démocrate et anarchistes ouvrières, et n'avait que « l'ombre de la bourgeoisie » présente en son sein. « Ces fantômes politiques, disait-il, ont joué un rôle décisif dans la révolution Comment ? Très simplement. En incarnant les principes de la "révolution démocratique", ', c'est-à-dire, l'inviolabilité de la propriété privée. »
« L'hégémonie ouvrière » dans le Front populaire espagnol ne changeait rien. La présence même de juristes bourgeois et autres fantômes représentatifs des capitalistes dans une coalition, électorale ou autre, constitue un engagement à empêcher les travailleurs et les paysans de faire des actions contre les capitalistes et les propriétaires terriens.
La rupture avec notre programme a été rapidement étendue au Pérou et à l'Uruguay. Des blocs électoraux incluant des dirigeants et des partis bourgeois comme dans le Frente Amplio en Uruguay et la Izquierda Unida au Pérou ont été soutenus en dépit des conséquences désastreuses dans le passé des politiques des fronts populaires. Le résultat au Pérou a été la dissolution de la section de la IVe Internationale et son intégration dans un parti centriste, le PUM, qui a participé au front populaire au Pérou.
Le soutien à des politiciens ouvertement bourgeois
L'argumentation sur « l'hégémonie prolétarienne » a été poussée plus loin quand la presse de la IV® Internationale a ouvertement soutenu Aquino aux Philippines et Alwyn au Chili. Un soutien critique a été apporté à ces personnalités bourgeoises au nom de l'opposition à des candidatures fascistes ou à des dictateurs militaires - Aquino contre Marcos, Alwyn contre Pinochet.
En même temps, la majorité de la IVe Internationale ofrit son soutien à des coalitions variées staliniennes ou néo-staliniennes créées comme « arrières » de ces capitalistes « démocratiques ». Les positions historiques de la IV® Internationale sur les fronts populaires étaient rejetées comme sectaires.
IV. Le Mexique et le Brésil
Le résultat de la position sur l'« hégémonie » prolétarienne a été de désorienter les sections de la IV® Internationale au Mexique et au Brésil. Ces sections ont approuvé, au niveau régional, des alliances électorales entre le PRT mexicain et le Parti cardéniste d'un côté, et le PT brésilien et les partis bourgeois de Brizola et Covas de l'autre. L'indépendance de classe a été subordonnée à des blocs sans principes avec le capital, aux dépens des travailleurs et des paysans.
V. L'Afrique du Sud
Pour réussir la libération du peuple d'Afrique du Sud, le caractère de classe de la révolution sud-africaine doit être prolétarien. Seul un gouvernement ouvrier victorieux peut abolir l'oppression raciste et conduire une révolution à la fois démocratique et socialiste.
L'impérialisme mondial cherche à faire dévier la révolution prolétarienne en Afrique du Sud en exerçant des pressions pour une solution négociée qui maintiendrait Etat bourgeois et la proprete capitaliste, ainsi que les interets impérialistes. Il soutient un système parlementaire bourgeois basé sur un gouvernement dirigé par des Noirs.
L'impérialisme et les secteurs dominants du capital sud-africain cherchent à obtenir la coopération de l'ANC pour ce projet. L'ANC, toujours fortement influencé par le Parti communiste d'Afrique du Sud, est engagé dans des négociations avec le gouvernement sud-africain dans ce but.
Le débat passionné et parfois violent à propos de la charte de la liberté contre la charte des travailleurs ou des propositions ouvertement socialistes, a mis au centre la question de la révolution permanente, célébrée par la majorité de la IV° Internationale dans l'abstrait, mais ignorée dans la pratique.
Comme le SWP dirigé par Barnes, la presse de la IV®Internationale a de facto épousé le concept de la « révolution en deux étapes ». Elle s'est abstenue de tout commentaire critique sur la politique et la pratique de l'ANC, y compris ses plus récentes déclarations (par Mandela et d'autres) selon lesquelles la propriété privée (l'économie mixte) est nécessaire et doit être protégée.
En respect des forces dirigées par l'ANC dans le COSATU et d'autres formations, la majorité du SU a ignoré les attaques contre des opposants de l'ANC, même quand celles-ci étaient destinées à porter des coups contre des défenseurs de positions socialistes. Des forces indépendantes en Afrique du Sud, qui se sont reconnues dans le trotskisme et qui exigeraient notre soutien dans la construction d'un parti de la IV® Internationale ont été ignorées au profit de prises de position acritiques en faveur de l'ANC.
VI. La Palestine
L'Etat sioniste d'Israël a été découpé en Palestine en violation des droits nationaux du peuple palestinien. La IV° Internationale a, jusqu'à récemment, rejeté toute proposition qui comprometrait les droits nationaux des palestiniens. Aujourd'hui, revenant sur cette position, la IVe Internationale défend une solution « binationale », au nom d'une « autodétermination partielle », solution qui a été mise en avant dans la presse de la IVe Internationale comme cohérente avec le « droit à l'autodétermination » pour les Juifs d'Israël. Cette position, soutenue par la direction bourgeoise et petite-bourgeoise de l'OLP, reflète la pression incessante de l'impérialisme sur toutes les luttes de libération nationales. Elle doit être rejetée par la IVe Internationale. Le droit à l'autodétermination ne s'applique qu'aux nations opprimées, par à leurs oppresseurs.
VII. Elections à Cuba et au Nicaragua
Les critiques du secrétariat unifié sur la forme des élections de 1990 au Nicaragua (il n'y a pas eu de critiques sur les élections de 1984) ont été limitées au fait que l'intervention impérialiste a forcé des violations variées de la souveraineté du Nicaragua incluant des apports de fonds massifs à Chamorro et un nombre énorme de prétendus observateurs extérieurs.
Mais le défaut majeur du secrétariat unifié est dans le fait de n'avoir pas défendu la formation d'institutions de démocratie ouvrière au Nicaragua. Des pas vers l'organisation indépendante des travailleurs et des opprimés, incluant le contrôle ouvrier sur l'industrie, et des organes de type conseils, dans le cadre du puissant mouvement révolutionnaire au Nicaragua, aurait pu mettre en route un processus conduisant à la rupture des masses avec l'économie capitaliste et les institutions politiques bourgeoises.
La défense d'élections du type des élections nicaraguayennes pour Cuba, même sans les conditions imposées par l'impérialisme, est une capitulation devant le libéralisme bourgeois.
Contrairement au Nicaragua, Cuba a aboli le capitalisme. L'instauration de formes politiques bourgeoises à Cuba représenterait un pas en arrière de la révolution. Cela ne veut pas dire que nous soutenons les structures politiques actuelles qui n'ont pas établi d'institutions réelles de démocracie ouvrière à Cuba.
Nous défendons une forme soviétique de gouvernement pour Cuba, c'est à dire d'institutions politiques qui complètent la nature de classe de l'Etat cubain.
Celles-ci renforceraient la révolution cubaine à l'intérieur, et fourniraient les bases les plus solides pour sa défense.
VIII. Centrisme et stalinisme
On a vu une tendance grandissante de la majorité du secrétariat unifié à s'orienter vers toute sorte de tendances politiques qui sont caractérisées comme « centristes » ou « révolutionnaires ».
Le regroupement de Juquin en France, par exemple, a été caractérisé de « centriste », bien qu'il n'ait pas rompu avec les principales doctrines du stalinisme, y compris le cours de Gorbatchev vers le parlementarisme bourgeois et les mécanismes de marché.
Le PC des Philippines est caractérisé de révolutionnaire, en dépit de son soutien au gouvernement capitaliste d'Aquino.
Le PUM péruvien est vu comme « révolutionnaire », en dépit de son soutien à la Izquierda Unida front populiste. Le PUM rejette la révolution permanente, défendant une conception étapiste de la révolution.
Le KDP allemand a été considéré comme révolutionnaire, en dépit de sa nonrupture avec son passé stalinien.
Ces caractérisations par la majorité du secrétariat unifié ne sont pas accidentelles. Elles avaient pour but d'unifier nos forces avec des groupes réformistes de gauche basés sur, au mieux, des accords programmatiques flous, et sans une politique visant à gagner des militants de ces formations à notre programme. A chaque fois, la désignation « centriste » ou « révolutionnaire » désarme nos cadres, et désoriente nos sections dans leur travail de construction de partis trotskistes. Le résultat a été une adaptation au réformisme de gauche.
IX. Pourquoi une fraction est-elle nécessaire ?
Ce résumé des trois documents soumis par la tendance pour le programme de la IV° Internationale pointe la question centrale à laquelle est confronté le XIII Congrès mondial : la crise de la direction. Cela montre que l'approfondissement de cette crise découle d'une adaptation inquiétante et croissante de la majorité du secrétariat unifié au stalinisme et à d'autres courants réformistes au niveau international.
Lorsque nous écrivons, la majorité du secrétariat unifié suit la logique mortelle de sa politique d'adaptation, de même que nos camarades allemands poursuivent leur perspective de fusion avec les staliniens, qui ont déguisé la nature collaborationniste de classe de leur parti « réformé ». (Cette politique n'a pas été abandonnée alors que Gorbatchev et co. ont donné carte blanche à l'assaut militaire de l'impérialisme US contre la nation arabe, sous prétexte du mandat des Nations-unies pour le « maintien de la paix » dans la crise du Golfe persique).
Il est impossible de construire la IVe Internationale partout dans le monde sur la base des positions ouvertement révisionnistes prises par le secrétariat unifié. Sans un changement de direction dans l'Internationale, la IVe Internationale ira à l'échec.
Aux militants de la IV® Internationale, nous avons affirmé notre point de vue selon lequel la direction ne change pas en dépit des evenements qui ont secou le monde et qui auraient dû amener à une reconnaissance des positions erronée adoptées dans le passé. Les révisions de notre programme historique ont produit une inutile perte de cadres, y compris de sections entières, ont démoralisé nos militants et nous ont empêché de saisir des occasions significatives pour intervenir dans la lutte de classe.
Ce qui est tragique, c'est que cela se passe au moment où les événements mondiaux prouvent encore une fois la validité de la théorie de la révolution permanente et du Programme de transition. Jamais dans le passé, il n'y a eu une telle chance historique de construire notre mouvement mondial.
Nous sommes engagés dans une lutte au sein de la IV° Internationale pour le rétablissement de son ancienne ligne, avec la confiance que les événements amèneront les militants à prendre attentivement en compte nos points de vue.
Aujourd'hui, nous sommes organisés en tendance idéologique, mais nous croyons que l'approfondissement de la crise de la IV° Internationale exige la création d'une fraction. Nous rediscuterons de notre forme organisationnelle à la lumière des réponses des autres membres de la IVe Internationale.
N.D.R : Des textes minoritaires font allusion à des questions d'orientation politique et de tactique dans différents pays alors que les textes majoritaires n'abordent pas de telles questions, qui n'étaient pas à l'ordre du jour. En tout cas, une précision factuelle s'impose en ce qui concerne notamment le Mexique et le Brésil. Le VI° congrès du PRT a adopté en novembre 1989 une orientation de front unique avec le PRD dans les mouvements de masse et pour la défense des droits démocratiques, mais il a exclu explicitement toute alliance électorale. Quant au PT brésilien, à notre connaissance, il n'a pas soutenu Brizola lors des élections présidentielles de 1990, ni dans d'autres occasions.