Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

La revue › n° 40-41 (XIIIe Congrès mondial)

Projet sur la situation internationale

Tendance pour la construction de la IVe Internationale · Quatrième Internationale, n° 40-41 (XIIIe Congrès mondial) · avril-juin 1991 · p. 167-181 · 6 854 mots

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Le texte majoritaire « sur la situation internationale » marque une rupture avec les textes précédents, sur le même sujet, de la IV® Internationale.

Hier, la IV° Internationale écrivait : « La phase actuelle de la crise du capitalisme se caractérise par une combinaison de facteurs qui en font la crise la plus grave de son histoire» (introduction à la résolution sur la situation internationale du XII° Congrès mondiale). Elle décrivait, hier : « Alors que l'hégémonie impérialiste américaine était un facteur de stabilisation relative du système depuis la Seconde Guerre mondiale, la politique de Washington devient à présent un facteur de déstabilisation de l'ordre capitaliste à l'échelle internationale. Produit de la crise, cette déstabilisation l'accélère en retour » (résolution politique, situation internationale XII Congrès mondial). Hier, la IV® Internationale votait une analyse de l'impérialisme allemand dont « la base de la stabilité sociale était érodée », et de l'impérialisme japonais dont « le miracle économique touche à sa fin ». Hier, la IV® Internationale affirmait « Les capacités de lutte des masses travailleuses et du mouvement social demeurent immenses. C'est ce qui sous-tend la possibilité de construire nos organisations : nous ne sommes pas dans une période de passivité grandissante de la classe ouvrière, quels que puissent etre les reculs temporaires » (idem). Dans les trois secteurs de la révolution mondiale c'était donc « une longue période de convulsions, de combats de grande ampleur, de crises prérévolutionnaires suivies de reculs conjoncturels, car de nouvelles explosions révolutionnaires, qui était, pour nous, l'occasion de nous construire ».

On pourrait aligner les citations des textes officiels de la IVe Internationale allant dans ce sens jusqu'à la fin des années quatre-vingt. Y compris le texte du projet de manifeste rédigé pour le XIII Congrès mondial.

Mais aujourd'hui, le projet de la majorité marque une rupture nette avec l'analyse de la période politique internationale dans laquelle nous sommes amenés à agir. Pour le nouveau projet de résolution mondiale, nous ne sommes plus dans une période d'accélération de la crise impérialiste, ni même dans une période d'équilibre instable des rapports de force entres les classes, nous sommes dans une période de recul, de déclin, de défensive.

«L'unification impérialiste de l'Allemagne, l'échec électoral du Front sandiniste et l evolution de la situation en Amérique centrale, les négociations sur l'Afrique australe, les menaces sur Cuba, la marginalisation des options socialistes indépendantes dans les premières élections d'Europe de l'Est, la faible activité du mouvement ouvrier aux Etats-Unis et au Japon, sa situation defensive en Europe occidentale illustrent cette dégradation du rapport de forces. Sur plusieurs fronts de la lutte des classes internationale, les mouvements révolutionnaires sont réduits à la défensive».

Ce chapitre du texte majoritaire résume correctement, synthétiquement toute la résolution.

Nous sommes en désaccord avec cette analyse.

Nous pensons qu'on doit continuer à parler d'accélération de la crise impérialiste, de période de crises révolutionnaires, et quels que soient les reculs locaux et temporaires, d'une période d'instabilité, aux rapports de forces tendus, avec d'immenses possibilités de nous construire en tant que IV° Internationale en tirant profit de l'effondrement en cours, du stalinisme. Nous refusons de nous considérer dans une période de recul, de déclin, « réduits à la defensive ».

Voilà le coeur du désaccord. Voilà l'enjeu du XIII* Congrès mondial. Voilà pourquoi nous appelons les camarades à rejeter le projet majoritaire et à adopter la ligne générale du présent document. Rarement un débat n'aura été aussi clair sur la différence d'approche de la situation internationale dans nos rangs.

I. La chute des staliniens rejette-t-elle les trotskystes sur la « défensive » ?

Qu'est-ce-qui motive cette rupture radicale du projet majoritaire par rapport aux documents antérieurs (et même par rapport au projet de manifeste soumis à ce XIll Congrès mondial, par ailleurs)?

La réponse ne se trouve-t-elle pas tout simplement dans la première phrase du document majoritaire ?

« Le renversement des dictatures bureaucratiques a libéré un formidable potentiel captif, obligeant le mouvement ouvrier international à un examen critique et à des redéfinitions radicales. En même temps il met en relief la stabilité relative des métropoles impérialistes et rejette à la défensive les courants révolutionnaires sur plusieurs fronts de la révolution mondiale. »

Est-ce-à dire que c'est le tournant historique de 1989 qui a changé le cours de l'évolution des rapports de force mondiaux ?

Est-ce le « renversement des dictatures bureaucratiques »... qui « rejette à la défensive les courants révolutionnaires » ?

Est-ce-que, comme le dit le document, cela porte « atteinte à la crédibilité du projet socialiste même » ? Comme si « la banqueroute du stalinisme et de la social-démocratie ».. nous obligeaient, nous, IVe Internationale, à des « redéfinitions radicales»...

Ne devons-nous pas nous réjouir « du renversement des dictatures bureaucratiques » ? Ce n'est pas à cause d'une attaque de l'impérialisme si elles tombent, c'est à cause du soulèvement des peuples ! Ce sont des révolutions venues « d'en bas » qui renversent les odieux appareils staliniens !

Nous étions prêts à défendre l'URSS contre les attaques de l'impérialisme, tout comme nous nous serions opposé à un patronat qui aurait attaqué un syndicat pourri : parce que, du meme coup, les ouvriers en auraient ete victimes. Mais lorsque ce sont les ouvriers qui jettent des pierres au syndicat pourri, nous en lançons avec eux.

Si nous avons à « redéfinir », à faire un « examen critique », c'est sûrement d'avoir sous-estimé la haine des peuple, des travailleurs, de la jeunesse, contre les hideux systèmes de la nomenklatura, contre cette bureaucratie stalinienne, totalitaire, décervelante, déshumanisante, destructrice, dont les crimes s'apparentent dans l'horreur, à ceux des nazis. Les peuples ont chassé la securitate de Ceaucescu ou la stasi de Honecker, exactement comme le peuple portugais avait chassé la PIDE de Salazar... et ils ont eu raison ! La bureaucratie stalinienne a réussi à piller, désorganiser et détruire les avantages de la collectivisation des moyens de production et de la planification. Ce qui est prouvé par l'effondrement lamentable de cette caste parasitaire et criminelle qu'est la bureaucratie stalinienne, à Varsovie, à Bucarest, à Budapest ou à Moscou, c'est qu'il ne peut y avoir de progrès, de « dépassement » du capitalisme, par une économie de commandement bureaucratique. Malgré la collectivisation des moyens de production, malgré le principe d'une « planification », l'archaïque, conservatrice et terroriste bureaucratie stalinienne a réussi à conduire à la faillite l'économie soviétique. Sans démocratie, l'étatisation ne constitue pas un progrès social par rapport au capitalisme. Quand le prolétariat perd la démocratie, il perd à peu près tout le reste y compris ses conquêtes sociales, les acquis de sa propre révolution. Le prolétariat est la classe la plus intéressée à la démocratie la plus large : sans elle 1l peut être une force de manoeuvre, jamais une force de décision. Il en a un besoin vital pour conquérir et exercer le pouvoir. En URSS, comme ailleurs. Ce qui est prouvé, c'est que « les dictatures bureaucratiques » ne faisaient en rien partie de « notre camp », qu'elles n'étaient en rien un élément du rapport de force « anticapitaliste », que ce n'est pas elles, ni leur maintien qui peuvent faciliter « la crise de l'impérialisme ».

En tant que dictatures bureaucratiques, elles étouffaient et assassinaient les avant-gardes de leurs propres peuples, et ruinaient jour après jour l'économie pourtant étatisée. Et elles servaient de repoussoir et d'argument à la propagande de l'impérialisme contre l'idée même de socialisme et de garde-fou à tout mouvement anti-impérialiste empêchant la recherche d'une voie réelle vers le socialisme. Il n'y avait et il n'y a aucune chance de défendre le socialisme tant que celui-ci de près ou de loin est assimilé à la défense du pseudo-camp socialiste et à la perception de l'effondrement des dictatures bureaucratiques comme nous « rejetant sur la défensive ».

Si au lieu de nous réjouir de l'effondrement de la bureaucratie stalinienne, nous paraissons tant soit peu regretter l'état antérieur où les rapports de force auraient été meilleurs, et semblons subir ces événements comme inaugurant une longue traversée du désert « sur la défensive », alors l'Internationale commettrait une erreur considérable.

Sur le plan international, le déclin du stalinisme représente une grande victoire pour les travailleurs. Alors que la politique de collaboration de classe de Gorbatchev s'approfondit, la capacité de la bureaucratie soviétique à imposer cette politique au mouvement ouvrier international est sérieusement affaiblie. Une force contre-révolutionnaire clef, un pilier clef de l'ordre mondial impérialiste, a été abattu par les travailleurs d'Europe de l'Est et de l'URSS.

Pour nous, qui dès les origines, nous nous sommes dressés et construits contre le stalinisme, horrible caricature du socialisme, ce n'est pas « la crédibilité même du projet socialiste » qui est en cause.

Pour nous, le socialisme, le communisme sont des « idées neuves » puisqu'elles n'ont jamais été appliquées !

nous refusons d'intérioriser le renversement des dictatures bureaucratiques comme si, quelque part, nous leur étions liés. Ce n'est pas la classe ouvrière, ce n'est pas le mouvement ouvrier qui sont en cause : ce sont les assassins du mouvement ouvrier qui sont chassés. Certains ont prétendu que Trotsky avait « exagéré » en dénoncant « les crimes de Staline » - non ! Il a prophétiquement dit la vérité, aujourd'hui confirmé par les peuples en mouvement.

Gorbatchev en été 1989 avait annoncé que l'unification allemande ne serait pas faite... « avant 100 ans ! ». Bush n'avait pas contredit cela. C'est le peuple de KDA qui a torcé la vole et tait tomber le mur de Berlin. Nous nous en réjouissons sans réserves. C'est bon pour l'humanité entière et en premier lieu pour les travailleurs : car ce mur était effectivement une « honte », un argument permanent contre le socialisme d'Honecker. Nulle part le socialisme ne se construira en enfermant les peuples derrière des murs, en limitant les droits démocratiques. Il n'y a pas de socialisme possible sans démocratie, pas de planification sans un accroissement formidable des libertés démocratiques. Tel est notre programme :

et les raisons de le défendre, l'espoir d'être entendu, sont plus grands aujourd'hui qu'hiercontrairement à ce que dit la résolution majoritaire.

Ainsi face aux trois idées suivantes du texte :

1) les conséquences de la chute des bureaucraties sont néfastes pour les révolutionnaires, pour le mouvement ouvrier, et dans le tiers monde ;

2) la banqueroute du stalinisme discrédite même l'idée du socialisme ;

3) l'impérialisme a contraint la bureaucratie à reculer, c'est une victoire pour lui.

Nous opposons trois idées contraires :

1) La chute des dictatures bureaucratiques est positive pour tous les travailleurs. C'est un mouvement des peuples, d'en bas, démocratique, révolutionnaire qui a fait tomber les staliniens. A l'origine de tout cela il y a Berlin 1953, Varsovie-Budapest 1956, Prague 1968, et... dix millions d'ouvriers dans Solidarnosc en 1980. Il y a eu des défaites cruelles : Solidarnos notamment a été vaincue de 1981 à 1989, et puis à leur tour, ses vainqueurs ont été évincés, un nouveau cycle se reconstruit. Il y a eu des victoires incomplètes : en Roumanie, en Bulgarie. Il y a des mystifications temporaires en Tchécoslovaquie ou en Hongrie. Mais partout ce sont des lames de fond, une repolitisation, une expérience nouvelle qui commence, source d'un espoir retrouvé. C'est un rapport de force meilleur que du temps où il n'y avait plus d'espoir. Nous encourageons ce mouvement à aller jusqu'au bout, à détruire partout les nomenklatura, en URSS comme ailleurs. Il faut éradiquer le stalinisme et développer jusqu'au bout la démocratie dans les rangs ouvriers du monde entier. Car plus les exigences démocratiques, les dénonciations des privilèges seront fortes, populaires, plus le socialisme véritable reviendra à l'ordre du jour.

Evidemment cela ne correspond pas aux « schémas » pré-établis de la révolution politique : loin de ressortir intact, comme si l'élan d'Octobre 1917 avait pu être conservé malgré la glacière du stalinisme, loin d'être porteurs d'une imagerie révolutionnaire idéale, le peuples tâtonnent, découvrent, se politisent, expérimentent (alors que la plupart des cadres politiques socialistes antistaliniens ont eté décimés pendant les décennies précédentes). On dit que dans la Georgie, il y a cent trent-six partis : ce bouillonnement confus où des forces conservatrices, réactionnaires, et démocratiques vont s'affronter est positif par rapport au silence de mort d'hier. Il en est ainsi à Prague, Bucarest, Leningrad, Varsovie, la vie politique reprend, les idées renaissent, et c'est un meilleur contexte pour que la voie d'un socialisme démocratique se dessine face à la dictature du capital et face à la dictature du bureaucrate.

2) Et l'exemple de ces révolutions à l'Est ne peut qu'être stimulant à long terme pour les travailleurs de l'Ouest. Plus de stasi à Dresde et à Leipzig ? Plus de police politique en Suisse, ou à Paris ! Démocratie à l'Est ? - Démocratie à l'Ouest ! Contre les richesses des bureaucrates ?Contre les privilèges des capitalistes ! A bas les staliniens de Moscou ? A bas le stalinisme partout dans le monde ! Et par exemple n'a-t-on pas vu en Afrique des oppositions nationales au parti unique et l'exigence du pluripartisme ? Au lieu de paraître redouter que telles exigences atteigne Cuba, réjouissons-nous que le problème soit enfin posé à Cuba. Il y a une avancée mondiale des exigences démocratiques et c'est un des résultats les plus positifs des révolutions à l'Est.

C'est l'unification des espoirs qui est d'actualité et non pas la dégringolade des déceptions. Enfin l'idée du socialisme voit se lever l'hypothèque du stalinisme !

3) L'impérialisme claironne, fanfaronne. Mais ces hauts cris ne masquent pas l'inquiétude profonde : les capitalistes ne sont pas en mesure de « racheter » l'économie collectivisée de ces pays, le « marché » tant invoqué et vanté ne se nourrit pas d'incantations, le chaos économique provoqué par l'anarchie des nouvelles réglementations « libérales » s'ajoutant aux désordres de l'économie de commandement, tout cela fait que le recul de la bureaucratie ne profite pas pour autant à l'impérialisme. Bush vient sans cesse au secours de Gorbatchev, lequel, sans cesse, cherche l'appui des capitalistes : mais se créé en URSS une situation de guerre civile. Malgré les discours et les engagements des bureaucraties qui se présentent comme restauratrices du capitalisme, la restauration ne se fait pas.

C'est aussi pourquoi le rapport des forces n'est pas inversé, pourquoi le mouvement ouvrier n'est pas acculé à la défensive. « Les luttes décisives sont devant nous, et non derrière nous », comme disait la résolution du XII° Congrèsmondial, « la solution de la crise est impossible sans que soit résolue la crise de direction révolutionnaire ».

II. Les travailleurs d'URSS contre l'URSS de Gorbatchev

C'est ainsi que depuis trois ans, nous avons eu des désaccords sur cinq questions touchant à l'évolution de la situation en URSS :

1) Le texte majoritaire au secrétariat unifié analysait la politique de Gorbatchev comme une tentative de « débureaucratiser la bureaucratie ». Il ne s'agissait ni de restauration du capitalisme, ni de révolution politique, mais d'un nouveau cours de la bureaucratie pour prolonger et défendre sa domination de caste et ses privilèges.

Des les origines nous nous sommes opposé à cela en soulignant que l'alternative fondamentale était restauration du capitalisme ou révolution politique. Nous ne croyions pas la bureaucratie capable de tracer durablement une nouvelle politique indépendante de l'impérialisme pas plus que de faire face à la montée des oppositions populaires, ouvrières et nationales.

Pour nous il y avait polarisation de classes entre deux camps, l'impérialisme et la bureaucratie d'une part, la classe ouvrière d'autre part. Et non pas un combat « triangulaire », impérialisme, bureaucratie, classe ouvrière.

Il nous semble qu'en trois ans les événements ont clarifié la discussion en faveur de notre thèse : de plus en plus la bureaucratie, acculée, a besoin de l'aide impérialiste, négocie avec lui, et en retour opte pour la restauration du marché, tandis que de plus en plus les oppositions sont croissantes, venant des travailleurs, de la jeunesse, des peuples opprimés, tous rejetant le système dans son ensemble.

2) Au début de ce même débat, la position majoritaire semblait avoir un certain aspect de soutien critique à la politique gorbatchévienne. Parfois, elle était analysée en terme de « projet politique » ayant la bureaucratie comme initiative, parfois il était reconnu que c'était le produit d'un mouvement « d'en bas ». Mais au début, la majorité avait une relative indulgence envers la glasnost et la perestroïka : avec le temps, notre position était plus juste, laquelle refusait tout soutien à la glasnost auto décidée d'en haut et à la pérestroïka restaurationniste. Gorbatchev n'a pas eu une politique cohérente, mais une succession de virages, de zig-zag, entre la caste bureaucratique et sous la crainte des mouvements de masse. Il a tenté d'interdire les grèves, de se donner les pleins pouvoirs, c'est à reculons qu'il a fait des concessions démocratiques toujours tournées vers les secteurs de la nomenklatura mais opposées à l'autodétermination des masses. D'ailleurs l'URSS est de moins en moins « l'URSS de Gorbatchev », et de plus en plus les travailleurs s'opposent à Gorbatchev, à la bureaucratie et à... « l'URSS ».

3) Des le debut, nous avons eu un interet ditterent pour ce qui se passait dans le PCUS et ce qui se passait dans le mouvement de masse. Au départ les camarades qui défendaient la position majoritaire accordaient une importance prioritaire à ce qui se passait au sein du PCUS, estimant même que Gorbatchev serait jusqu'au bout un défenseur du « Parti » sur lequel il s'appuyait. Mais ce parti était tellement discrédité que même Gorbatchev à du s'en démarquer, et que son pouvoir est partout battu en brèche.

Nous, au contraire, mettions l'accent prioritaire sur le développement de mouvements indépendants de l'appareil du parti : syndicats, comités de grève des mineurs, nouveaux partis, etc.

En trois ans de discussion, là-aussi, nous avons vu des éléments positifs du rapport de forces se développer pour les travailleurs contre le parti unique et despotique de la bureaucratie. Les mouvements de grève, les manifestations populaires de plus en plus massives, s'opposent au PCUS et à Gorbatchev. Une repolitisation s'opère : lentement car la destruction bureaucratique a été profonde. Face aux conservateurs, aux populistes, aux libéraux restaurationnistes, peu à peu des courants de gauche se réactivent, le poids de la classe ouvrière se fait sentir.

4) Au début de la discussion, face aux propres mouvements des nations opprimées, nous avons dit : non seulement, nous devons dire « droit à l'autodétermination » mais dire « indépendance » pour toutes les nations opprimées en URSS. L'URSS elle-même devait, doit exploser, pour que de nouveaux rapports s'établissent entre les peuples, libres, sur une base d'égalité. Mais les camarades majoritaires ont été littéralement hostiles à cette politique, mettant beaucoup de temps à mesurer le cours des choses, à dire que les peuples opprimées pouvaient réclamer un « droit de veto », leur « souveraineté » et, dans certain cas exceptionnel leur indépendance. Cette prudence fut bousculée par l'intensification des exigences nationales, et le combat pour l'indépendance de la quasi totalité des peuples bureaucratiquement dominés par les « grands russes ».

5) Nous avons eu encore un désaccord sur l'importance de manifester notre volonté de construire la IVe Internationale en URSS et d'agir en conséquence. La majorité disait craindre la précipitation et l'aventurisme : certes, mais pour l'heure il y a surtout à craindre le retard et un trop grand attentisme, car la radicalisation s'opère, des groupes se constituent par dizaines, Trotsky est réédité et en passe d'être réhabilité, nous ne pouvons nous contenter de faciliter les échanges entre courants centristes, certes intéressants, sans prendre des initiatives de recrutement. Car la situation politique le permet, ce qui est à peine croyable, au sortir de décennies de terreur.

On mesure bien, à la vue de ces cinq divergences sur l'URSS, qu'elles reflètent aussi le désaccord sur l'appréciation des rapports de force dans la situation internationale.

La cause de la chute des dictatures bureaucratiques ce n'est pas une attaque du capitalisme, ni même l'effet d'une soi-disante supériorité de celui-ci : cela vient de façon décisive de l'intérieur de ces systèmes, du pourrissement de la caste régnante et du soulèvement des peuples. Il est faux d'expliquer les choses par les simples conséquences de la crise économique du capitalisme des quinze dernières années, lesquelles auraient « mis à genoux » les économies de l'Europe de l'Est, comme si, avant cela, l'URSS de Staline des années trente ou cinquante avait été différente ! La faillite et l'horreur du système viennent des années trente, et ce qui se passe dans les dernières années c'est son rejet croissant par les peuples.

On pourrait ajouter une sixième divergence sur l'appréciation de la politique de Gorbatchev : à propos de sa politique extérieure. Au début, la majorité a cru déceler des « aspects positifs » de cette politique extérieure : il n'en est rien, c'est la subordination prolongée à l'impérialisme qui s'est vérifiée : de Yalta à Malte. Les conditions de l'unification allemande, et la guerre du Golfe le confirment.

III. Défense de l'Allemagne unie et du socialisme

Mais, nous disent les défenseurs de la résolution majoritaire, l'unification impérialiste de l'Allemagne, c'est un nouvel « Anschluss » qui a detruit Etat ouvrier de RDA et renforcé l'une des plus grandes puissances impérialistes. N'estce pas un signe de la dégradation des rapports de force qui rejette les révolutionnaires sur la défensive ?

Les camarades qui ne voient qu'une défaite en Allemagne commettent une erreur méthodologique - la même que Trotsky dénonçait quand il refusait de soutenir l'incorporation forcée à l'URSS de la Finlande ou de la Pologne. Nous avons à juger des événements historiques non pas sur le nombre de kilomètres carrés incorporés au « bloc socialiste », mais sur la base de leur impact sur les rapports de force entre les classes au niveau international, et en premier lieu sur la conscience de la classe ouvrière internationale. De ce point de vue-là, des événements comme ceux d' Hongrie en 1956, ou ceux de la place Tienanmen, bier qu'ils aient bloqué (temporairement) tout défi politique à l'ordre bureaucratique, ont représenté des défaites énormes pour le socialisme et pour son prestige internationalement. Egalement, le fait que les événements de 1989 ont eu comme conséquence non pas un bain de sang déclenché par la bureaucratie, mais la chute du mur de Berlin, n'est pas une défaite mais une victoire - notre victoire, une victoire pour notre classe. Les camarades doivent se demander, non pas ce que cela signifie à court terme, où l'impérialisme allemand a certainement emporté une victoire, mais quelle en est la signification historique, pour la dynamique globale des événements.

Assurément, dans ce cas-là, l'impérialisme allemand, aidé d'ailleurs par Gorbatchev, (contrairement au pronostic affirmée dans la résolution majoritaire), parait avoir marqué un point : mais est-ce qu'il voulait aller vraiment aussi loin et si vite et n'a t-il pas des raisons de craindre les effets de ce rapide bouleversement ? Comment l'interpréter exactement ? Comme une victoire totale, un écrasement de la classe ouvrière allemande, la déroute de la partie allemande du peuple de RDA ? Ou comme le dénouement d'une situation d'étouffement et de division du peuple et de la classe ouvrière allemande imposée par l'impérialisme et le stalinisme à la fin de la Seconde Guerre mondiale ?

Staline et Roosevelt ont craint le réveil de la classe ouvrière allemande au sortir de la Seconde Guerre mondiale. Ils l'ont écrasé sous un tapis de bombes en même temps que les nazis, et ils ont ensuite occupé, dominé, divisé le pays, culpabilisant le « peuple allemand tout entier » pour les crimes d'Hitler. Un « Etat ouvrier » bureaucratiquement déformé, croupion, fut imposé par l'Armée Rouge. Et jamais l'appareil de Ulbricht et d'Honecker ne s'implanta dans les masses, sauf par la terreur... et en dressant le mur.

La direction de la IV® Internationale a commis une erreur, sans doute la plus grave de la période récente, dans cette question cruciale pour le monde : après avoir pendant quarante ans condamné la division de l'Allemagne (à juste titre et dans des documents corrects le plus souvent) le Secrétariat Unifié à l'automne 1989, au moment où le peuple de RDA se soulevait a nié d'abord l'existence d'une aspiration à l'unification allemande, puis a opposé cette aspiration à l'unification... à la défense de l'« Etat ouvrier » de RDA. Inprecor ne vit le 22 octobre 1989 que des « revanchards » et des « agents US » défendre l'unification ! Le lendemain de la chute du mur de Berlin, le SU refusait encore de voir le torrent qui allait déferler en faveur de l'unification. Nous, nous l'avons vu, nous avons essayé d'avertir l'Internationale, mais nous n'avons pas été écoutes.

L'aspiration à l'unification allemande selon nous, était juste. Non seulement nous ne devions pas nous y opposer, mais nous devions la relancer tout en formulant les exigences sociales que les masses de l'Est opposaient déjà aux bureaucrates. A bas Honecker, à bas Krenz, à bas Modrow ! Dehors tous les staliniens du pouvoir ! Non aux privilèges, à bas la Stasi, dehors les armées d'occupation ! Des services publics gratuits comme a l'Est, de qualite comme a TOuest ! etc. Nous devions dıre Allemagne unie et socialiste, et non pas Allemagne socialiste contre Allemagne unie.

En se situant si mal, la IV®Internationale a été marginalisée. Là, l'avant-garde a contribué à sa propre perte ! Mais pour autant, le mouvement ouvrier allemand a-t-il subi une profonde défaite ? Il n'a pas su profiter de cette révolution pour imposer ses solutions ni défendre tous ses acquis : mais le capitalisme allemand n'apas fini de payer l'addition des multiples promesses qu'ila du faire pour que cela se passe ainsi. La classe ouvrière allemande réunie est la plus puissante d'Europe, l'hypothèque de l'odieux règne stalinien est levée et les exigences sociales donnent lieu de façon très rapide, à des grèves, à des manifestations auxquelles les conservateurs allemands devront faire face. La grève nationale des cheminots la première depuis 1953 ! - est significative.

Il est impossible de tracer le tableau apocalyptique d'un nouvel « Anschluss » : nous sommes au contraire dans un tout autre rapport de forces que dans les années trente, bien plus favorable aux travailleurs d'Allemagne et d'Europe. La comparaison avec « l'Anschluss » est une énorme bavure historique.

Encore faut-il ne pas apprécier la situation avec les yeux du VSP, de groupes de gauche allemands, et hélas de certains de nos camarades, qui croient que la bonne orientation est d'écrire « plus jamais l'Allemagne », « non au quatrième Reich » se situant ainsi, sans aucun doute, dans une terrible « défensive ».

IV. Le Golfe

Le déploiement de l'armada US dans le Golfe après l'invasion militaire du Koweit par Saddam Hussein, a nourri bien évidemment la discussion sur « la situation internationale ».

A l'heure où est écrit ce chapitre, nul ne connait le dénouement de ce conflit : apaisement, enlisement ou affrontement. Mais s'agit-il d'une affirmation de force de l'impérialisme tout puissant ayant « les mains libres » depuis l'effondrement du stalinisme ? Ou d'une terrible aventure militaire d'un impérialisme en déclin économique, tentant de sauvegarder sa domination sur un monde dont l'équilibre est remis en cause ?

Nous n'avons pas la nostalgie d'un monde où les dictateurs staliniens auraient soi-disant lié les mains à diverses offensives impérialistes ! Car, en vérité, les staliniens ne soutenaient les peuples en lutte que pour mieux les contrôler et s'empressaient de négocier avec l'impérialisme dans le dos de ces mêmes peuples. Ils étaient en cela des agents actifs de l'ordre mis en place à Yalta, a Potsdam et Téhéran.

Le fait que Gorbatchev soutienne Bush dans le conflit du Golfe n'est ni une nouveauté, ni un élément d'une dégradation générale du rapport de forces pour les peuples. Ce n'est pas la première fois que la diplomatie stalinienne depuis le pacte Germano-soviétique, agit ainsi. Gorbatchev a trahit la cause des sandinistes aussi bien que celle de la lutte contre l'apartheid en Afrique du Sud. Et Gorbatchev a tout a fait accepté que l'Allemagne unie appartienne à l'OTAN.

(Contrairement aux illusions du texte du CEI qui affirmait imprudemment : « L'URSS ne peut, pour des raisons intérieures et géopolitiques accepter une Allemagne unifiée membre de l'OTAN, pas plus que la remise en cause des frontières de 1945 ».)

Ce qui est à noter, c'est que l'URSS en crise de plus en plus totale a moins les moyens de jouer son rôle dans la défense de l'ordre établi à Yalta.

Le Japon et l'Allemagne ont pu se reconstruire plus vite et plus puissamment que leurs vainqueurs grâce au fait qu'ils n'avaient pas de charges militaires.

Reste donc les seuls USA, aidés par l'UEO, pour jouer les gendarmes, et défendre le pétrole, les marchands de canons, et les... émirs. Mais les USA aussi sont en banqueroute (cessation de paiements de l'Etat, dette double de celle du tiers monde, une faillite intérieure avec des dizaines de millions de pauvres sur leur propre sol...) et ne peuvent à la fois faire face aux exigences du Sud (la dette), à celle de l'Est (investir pour restaurer le marché) et à la concurrence interimpérialiste (CEE, Japon).

(La majorité affirme : « la principale force restaurationniste à l'Est réside dans le capital étranger ». Outre que cela omet le rôle du bureaucrate - déterminant tout de même ! - cela passe sous silence le fait que le « capital étranger »n'a pas tant de moyens qu'il puisse faire face à ses propres crises !).

Un apaisement dans le Golte, après vingt milliards dépenses, une armada de deux cents mille hommes mobilisée, une récession économique, serait-il un succès pour Bush s'il laissait Saddam Hussein en place ? On peut répondre « non ».

Un enlisement dans le Golfe serait il supportable pour l'économie US et l'économie capitaliste en général ?

Un affrontement est dès lors la solution la plus « logique » : c'est aussi la plus risquée par le retournement de l'opinion mondiale qui s'en suivrait et la réaction des peuples contre Washington.

La solution que choisiront les hommes de Bush, ne sera pas la voie royale d'un impérialisme triomphant.

Et les révolutionnaires sont en résonance avec une puissante aspiration antiguerre et anti-impérialiste partout dans le monde. Cela se voit aux Etats Unis, en Europe, et bien sur, dans les peuples arabes.

V. Reculs et défensive dans tous les secteurs ?

C'est pourquoi nous rejetons le noir tableau que brosse le texte de la majorité, de la situation internationale où il ne voit que recul du rapport des forces.

Non pas que nous voyions inversement et de manière euphorique une situation ou tout est rose et révolutionnaire. Nous avons une analyse contrastée des rapports de force même si elle s'inscrit dans un cadre opposé au défaitisme de la résolution majoritaire. Entre des accélérations brusques de la situation, il y a des périodes inégalement longues de recul et de maturation due à la crise économique qui perdure sans exploser, aux capacités de maintien de l'ordre des directions traditionnelles, à une absence de direction révolutionnaire alternative.

Mais l'important c'est de comprendre les lignes de force profondes qui sont à l'oeuvre : elles sont ascendantes. Derrière les contre-exemples locaux et éphémères, il faut comprendre l'essentiel.

Ainsi dans les trois secteurs de la résolution mondiale :

1) Le leitmotiv de la résolution, c'est d'insister sur le fait que partout « les bourgeoisies impérialistes ont réussi à prendre l'offensive » et que partout on note « désarroi de secteurs de la classe ouvrière », « détérioration des rapports de force syndicaux », « les reculs infligés aux classes ouvrières des métropoles impérialistes », etc.

Mais pourquoi ne pas noter que la bourgeoisie a dû, dans de très nombreux cas, en Europe surtout, faire appel à des directions social-démocrates, pour contenir les exigences des travailleurs ? Ce n'est tout de même un indice profond d'une période réactionnaire. Les capitalistes ont certes restauré, après une longue crise, leurs taux de profit à un niveau plus élevé, mais ils n'ont pas infligé aux travailleurs de défaite décisive. Nulle part ils n'ont pu briser le mouvement ouvrier ni reprendre en profondeur les acquis sociaux concédés depuis l'aprèsguerre. Ils ont porte des coups, tait progresser le chômage, introduit des flexibilités, rogné des droits acquis, accentué les divisions catégorielles, mais ont du-à l'exception notable de la Grande-Bretagne — renoncer à leur projets plus hardis de libéralisme sauvage, de démantèlement des secteurs publics. Dès le milieu des années quatre-vingts on a vu un renouveau des grèves et des mouvements de la jeunesse dans de nombreux pays européens. Alors que la crise économique était l'occasion pour les patrons de créer une société duale, d'éliminer de la production de larges fanges de la classe ouvrière, ils se sont heurtés à des aspirations égalitaires, à des revendications sociales et démocratiques profondes.

Nul ne peut se contenter de dire : « la bourgeoisie a l'initiative » ; les rapports de force sont nettement instables, aucune classe ne l'a emporté sur l'autre et ces explosions sociales revendicatives, démocratiques, de masse sont tout à fait possible dans la situation des pays capitalistes avancés.

En France, par deux fois en quatre ans d'intervalle, des centaines de milliers de jeunes, plaque sensible de la crise sociale, ont manifesté puissamment, à la surprise des partisans de la majorité. En Italie, en Espagne, en Belgique, en RFA, en Suisse, des mouvements de masse démentent la « stabilité relative » du capitalisme vue par le CEI.

2) La majorité décrit « la nouvelle spirale de sous développement » du tiers monde et énumère une longue liste de défaites : décomposition du mouvement ouvrier au Pérou, en Bolivie, faiblesse des réactions à l'invasion du Panama, échec de la révolution salvadorienne en 1980-1981, défaite de Grenade en 1983, « lourde défaite guatémaltèque » de 1982, échec électoral des sandinistes en 1990, menaces sur Cuba, le continent africain « enfoncé dans le désespoir », le

« sous-continent indien ravagé par des conflits ethniques », et souligne la montée de « populisme religieux réactionnaire et de chauvinisme désespéré ».

Pouvons-nous, sans nier les éléments énumérés par le document, mettre sur l'autre plateau de la balance la chute de nombreuses dictatures - aux Philippines, a Haiti, au Chil, en Argentine, au Bresil, en Uruguay, au Paraguay ; lesavancees anti-apartheid imposées par le peuple noir à l'Afrique du Sud (malgré les négociations de l'ANC); le développement de l'Intifada; les soulèvements en Afrique contre les systèmes de parti unique et pour le pluralisme (écho positif de l'Est) ; les poussées électorales à gauche dans de nombreux pays d'Amérique latine (et le fait qu'un métallurgiste leader du PT ait eu trente et une millions de voix au Brésil) ; la montée des mouvements de masse dans les pays du Maghreb, notamment l'Algérie (on ne peut le réduire à la montée du FIS) ; les luttes exceptionnelles et prolongées des ouvriers de Corée du Sud ; la multiplication des oppositions et des campagnes contre le fardeau de la dette du tiers monde, etc. ?

Ce que l'on constate, c'est qu'à tout moment dans le monde, l'impérialisme doit faire face au soulèvement d'un peuple, et l'histoire s'accelère.

La forteresse des pays capitalistes riches ne pourra faire face par la seule répression militaire, par le seul pillage économique, aux quatre cinquiemes de la planète. Les explosions sociales et soulèvements populaires se multiplient. Certes, parfois dans le désespoir et la confusion. Mais on ne peut pas ne pas avoir confiance dans l'intensification des luttes de classe : elles ne prennent pas la voie royale des schémas tout faits, tels qu'ils existent dans les rêves gauchistes. Il n'y a pas d'avant-garde spontanée qui sache donner chair au programme le plus actuel de la révolution socialiste - il faut travailler, travailler, encore travailler, pour que les propositions et les organisations de la IV® Internationale s'imposent.

Mais pour cela il ne faut pas désespérer de certains schémas gauchistes qui ont existé dans nos rangs, pour nous replier sur une défensive lucide et distanciée : il faut prendre la mesure réaliste d'une situation mondiale qui nous offre des possibilités de construction de la IV® Internationale plus importantes que jamais.

Ce dernier point est important : car il y a une usure de notre mouvement en partie explicable par les illusions gauchistes qui l'ont guidé au début des années soixante-dix. Maintenant il y a une tendance inverse à croire qu'il faut souligner les difficultés comme s'il s'agissait de se blinder pour survivre. Le bâton a été tordu dans l'autre sens. A tort.

VI. Mise en doute de tout projet socialiste ?

« L'impasse des politiques réformistes dans les pays capitalistes et la faillite du système bureaucratique aboutissent à une mise en doute de tout projet socialiste » (introduction à la résolution majoritaire).

Il y a là une intériorisation terrible de la propagande à laquelle nous sommes confrontés, non pas à cause de nous, non pas parce que les masses ne se mobilisent pas, mais à cause des « directions » (réformistes et bureaucratiques) !

Cela aboutit, selon la majorité, à la mise en doute de tout projet socialiste. Donc, du nôtre aussi.

Cela va de pair avec ces autres phrases désespérées : « nous n'avons pas fini de payer le prix [pour le stalinisme]. La mémoire et l'espoir sont à reconstruire ».

A ce stade ce n'est plus un essai d'analyse scientifique ou minutieux des rapports de force : c'est une façon de donner le « ton », c'est une sorte de concentré politique.

Alors, qu'on nous permette de dire, peut-être naïvement, que « nous »n'avons pas à payer le prix de la chute du stalinisme, de la faillite bureaucratique. En aucun cas nous n'en sommes responsables, au contraire, nous en sommes les auteurs : nous sommes sans confusion avec les masses contre les appareils bureaucratiques de l'Est. Sans nostalgie, ni états d'âme, parce que c'est pour nous une victoire que ces bureaucraties s'écroulent.

C'est d'ailleurs par nos cris de victoire communs avec les masses qui s'opposent à la bureaucratie stalinienne, que nous nous ferons entendre d'elles. Pas par des soupirs lucides mais résignés.

Et s'il y a, quelque part, des attaques contre notre projet socialiste - le seul à survivre - il nous faut non seulement le défendre mais l'enrichir : et il y a un sens, une voie pour l'enrichir, c'est approfondir nos propositions démocratiques pour la transition, c'est devenir les défenseurs les plus farouches des droits démocratiques, dans les syndicats, dans les partis (y compris chez nous, il y a encore beaucoup à faire), dans les institutions actuelles et dans la proposition de futures institutions.

Il faut détruire l'état bourgeois parce qu'il n'est pas démocratique, parce qu'il ne permet pas l'exercice réel du pouvoir par le peuple - quoiqu'il prétende.

Nous sommes pour une révolution qui étende la démocratie et non pas qui la limite. La démocratie, le prolétariat en a besoin non seulement pour ses luttes, pour sa prise de conscience politique, mais aussı pour la conquete et pour l'exercice du pouvoir. Quand le prolétariat perd la démocratie il perd à peu près tout le reste. Un programme démocratique prolétarien c'est ce qui a le plus manqué ces dernières décennies en URSS comme ailleurs. A nous de l'avancer.

Nous ne soutenons pas, comme l'ont écrit Ségur et Clélia « les réserves de Fidel Castro sur les élections démocratiques au Nicaragua ». Parce que les réserves de Fidel Castro sont celles d'un caudillo qui a empêché pendant trente ans son peuple d'élire ses dirigeants. Si nous avons des critiques à faire aux sandinistes c'est du point de vue opposé à celui de Castro : c'est parce qu'ils n'ont pas été assez démocratiques ! C'est parce qu'ils n'ont pas tenu un seul congrès du FSLN en dix ans, parce qu'ils n'ont pas construit de parti de masse démocratique, révolutionnaire, parce qu'ils n'ont pas fait vivre démocratiquement les syndicats et les associations de masse. C'est parce qu'ils n'ont pas créé des structures de contrôle ouvrier et d'autogestion des masses. C'est parce qu'ils n'ont pas assez combattu les inégalités sociales existantes dans leur « économie mixte », c'est parce que la Constitution qu'ils ont mis en place n'était pas assez démocratique (élection d'un président pour six ans, pas de conseil des organisations de masse, délégations de pouvoirs sans contrôle ni révocabilité, etc.). Pendant dix ans la

IVe internationale n'a presque rien dit sur ces questions. Mais ce sont toutes ces critiques qu'elle aurait dû apporter avec force en temps utile, afin de bien faire connaître, concrètement, notre projet socialiste. Parce qu'on ne peut pas à la fois se refuser à critiquer avec force le FSLN et la direction cubaine, à affirmer notre programme et déplorer en même temps, parce qu'il y a échec des sandinistes et à Cuba, tout projet socialiste est mis en cause.

Nous incarnons la seule tentative concrète, volontaire, consciente de construire une Internationale de masse, démocratique, ouvriere, teministe, Jeune, écologiste, ce projet-là n'est pas « mis en cause », au contraire par la faillite des sociaux-démocrates et des staliniens, il ne tient qu'à nous de lutter pour qu'il existe.

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