Wang Fan-hsi :
Chinese revolutionary Memoirs 1919-1949
Les Editions Oxford University Press viennent de publier en Grande-Bretagne, sous ce titre, un livre écrit en 1957, publié alors sous forme ronéotypée à vingt exemplaires, qui a été récemment imprimé en chinois à Hong-Kong et dont une traduction japonaise a également paru. Ce livre d'environ 280 pages n'est pas une histoire des révolutions chinoises, il n'est pas à proprement parler une autobiographie dans laquelle l'auteur raconterait essentiellement sa vie. Ces Mémoires sont avant tout le récit d'événements auxquels l'auteur a directement participé des années durant comme militant révolutionnaire et dans lesquels il situe sa personne parmi beaucoup d'autres militants, sans chercher à se mettre particulièrement en avant. Ce sont donc des Mémoires d'un combattant au cours d'une histoire particulièrement grandiose, des mémoires d'une vie entièrement consacrée à la cause du socialisme, quoi qu'il dût en coûter.
Le camarade Wang Fan-hsi, aujourd'hui âgé de 74 ans, a résidé à Macao à partir de 1950 et c'est là qu'il écrivit ce livre. Depuis 1975, il vit en GrandeBretagne. Ancien membre du PC chinois, puis du mouvement trotskyste chinois dont il a été un des dirigeants, il est -resté fidèle à ses années de combat et ce livre est aussi sa participation présente à ce combat.
Jeune lycéen, c'est dans une petite ville de province qu'il apprend les événements survenus dans les grandes villes de son pays en 1919, puis les grèves de 1925. Pendant son séjour à l'Université de Pékin, il devient membre du Parti communiste et commence alors pour lui une vie qui sera celle d'un révolutionnaire professionnel - entendez par là non celle d'un permanent régulièrement et substantiellement rétribué, mais celle d'un militant vivant plutôt mal que bien. Ses pérégrinations pendant la révolution de 1925-1927 le conduisent de Pékin à
Shangai et à Wuhan, il vit l'expérience de sa participation, comme membre du PC, au Kuomintang puis au Kuomintang de gauche ; elle le surprend, il n'en comprend pas trop les raisons mais l'accepte. Après la défaite, il est envoyé avec quelques centaines de membres de son parti en Union soviétique pour y suivre des cours. Arrivé à Moscou au début d'octobre 1927, il fréquentera d'abord l'Université communiste des travailleurs d'Orient, puis l'Université Sun Yat-sen. Pendant ce séjour à Moscou qui dura deux ans, il prendra connaissance des positions de l'Opposition trotskyste, connaîtra des trotskystes soviétiques et participera à la formation, dans la clandestinité, d'une organisation trotskyste chinoise qui regroupera deux à trois cents étudiants de son pays. Un certain nombre d'entre eux, dont l'auteur, pourront retourner en Chine avant qu'un agent stalinien infiltré dans l'organisation en dénonce les membres ; la plupart d'entre eux ne pourront rentrer dans leur pays, ils subiront la répression stalinienne au point qu'on n'entendra plus jamais parler d'eux.
De retour en Chine, Wang militera dans le PC à Shangai aux côtés de Chou En-lai jusqu'au moment ou, dénoncé comme trotskyste, il sera exclu et agira dès lors ouvertement comme trotskyste, occupant des fonctions dirigeantes comme trotskyste. Dans cette période, il connaitra, à plusieurs reprises la répression et les tortures des autorités du Kuomintang. Dans son livre, il apporte d'intéressants aperçus sur la vie et les problèmes du mouvement trotskyste chinois, sur les hommes et les femmes qui en faisaient partie. Il mentionne des noms dont certains seraient probablement restés ignorés sans son livre, et donne un tableau particulièrement intéressant sur la personnalité de Chen Du-Hsiu. On y trouve également des détails à propos de divers problèmes du PC chinois, entre autres sur la rivalité politique qui opposa longtemps dans son sein Wang Minh, l'homme lige de Moscou, à Mao Tse-tung, lequel, tout en partageant fondamentalement l'orientation politique du Kremlin pour la Chine, donnait à cette orientation une application suffisamment différente de celle de Wang Minh pour ne pas rééditer l'expérience désastreuse de la 2º révolution chinoise. Enfin survint la défaite du Japon, le réveil du mouvement ouvrier dans une ville comme Shangai, l'abandon par le PC du travail dans la classe ouvrière, la victoire des armées paysannes sous la direction de Mao, l'activité des trotskystes au cours des trois premières années de la République populaire de Chine, la répression maoïste qui s'abattit finalement sur eux.
Ces Mémoires, nous l'avons déjà dit, ne sont pas plus un exposé de thèses politiques qu'un exposé historique des événementss. On y trouve un tableau extrêmement vivant des problèmes qui se posèrent à un militant politique qualifié, de la vie des militants qu'il fréquenta, de leurs espoirs et de leurs souffrances, l'aide qui leur fut apportée par de rares étrangers vivant à l'époque en Chine, parmi lesquels H. Isaacs, l'auteur de l'histoire de la révolution de 1925-1927. Dans ces pages se reflète d'une manière fascinante le combat de militants d'avant-garde qui ont participé à l'extraordinaire épopée du peuple chinois, le combat d'une petite organisation qui, pour des raisons objectives, fut trop isolée du mouvement trotskyste international et qui se trouva confrontée à une situation qui a dépassé tout ce qu'on pouvait prévoir, qui a entre autres dépassé aussi ceux qui en sortirent victorieux.
L'auteur espérait, en écrivant son livre qu'il servirait aux générations chinoises futures à mieux comprendre le passé et ainsi à mieux préparer leur avenir. Aujourd'hui, près d'un quart de siècle après que ce livre ait été écrit, on peut affirmer que cet espoir sera exaucé. Dans les jeunes générations chinoises d'aujourd'hui, notamment parmi ceux qui, sous le prétexte de faire « une révolution dans la révolution », avaient été mobilisés par Mao pour faire seulement une opération politique au sein de la bureaucratie, nombreux sont ceux qui se sont aperçus qu'ils ont été joués ; des courants politiques se manifestent dès maintenant qui retrouvent des parcelles plus ou moins importantes des positions pour lesquelles Wang et ses amis ont combattu. Certains retrouvent même la littérature trotskyste passée, leur nombre ne manquera pas de grandir. Il ne peut pas y avoir de grande muraille édifiée par la bureaucratie, imperméable à la La série des OEuvres 1933-1940 en est arrivée au tome 9 qui vient de paraître au moment où nous préparons ce numéro de notre revue. Il contient des écrits de nature différente allant de mars à mai 1936. Les sujets traités sont, en général, les mêmes que ceux abordés dans le tome 8, à savoir, en premier, la situation en France et en Espagne et les développements en Union Soviétique, où Staline combine une répression de plus en plus dure et le lancement de la campagne propagandiste sur la nouvelle constitution, aptisée « la plus démocratique du monde ».
C'est justement à l'analyse de cette constitution qu'est consacré l'un des textes les plus importants du tome 9, qui se termine par la définition des tâches de l'avant-garde engagée dans la lutte contre la bureaucratie privilégiée. Cette lutte - souligne Trotsky correspond aux exigences de la bataille pour le socialisme. « L'Etat bureaucratique dégénéré — écrit-il - est devenu lui-même le danger principal pour l'aveur socialiste. La renaissance du parti bolchevique - contre le parti des bonapartistes — constitue la clé de toutes littérature révolutionnaire.
Pour conclure, souhaitons que ce livre passionnant soit, dans un futur pas trop lointain, édité dans d'autres langues, notamment en langue française.
Pierre Frank les autres difficultés et de toutes les autres tâches » (p.201).
Nous signalons, toujours à propos de la situation en URSS, un autre article qui dénonce la répression contre l'opposition et donne des informations sur le sort d'une série de militants courageux qui n'ont pas cédé aux persécutions les plus sauvages.
Un troisième texte important - à l'origine la préface d'une réédition en langue française de Terrorisme et communisme - est consacré à l'analyse de la situation en France où une situation révolutionnaire est en train de mürir.
Comme d'habitude, la plupart des écrits reflètent l'activité principale de Trotsky pour la construction de la IVe Internationale et de ses sections.
Finalement, le volume contient une série d'informations sur la rédaction de La Révolution trahie, à laquelle l'auteur attribue une importance de plus en plus grande pour le parachèvement de son analyse sur la nature de l'Union Soviétique.
L.M. L.M.
Léon Trotsky : OEuvres, tome 9
Léon Trotsky : OEuvres, tome 9
Nadya De Beule : Het Belgisch Trotskisme 1925-1940
Nadya De Beule a rédigé la première histoire du trotskysme belge d'une façon fort méritoire. Elle marque les grandes étapes de cette histoire: la lutte des partisans de l'Opposition de Gauche au sein du P.C.B., qui avaient d'abord la majorité au BP et au CC, sous la conduite du père du communisme belge, War Van Overstraeten ; le congrès de scission de 1928, au cours duquel l'Opposition avait encore une minorité d'un tiers des mandats ; l'effritement rapide des forces de l'Opposition dès qu'elle dut s'organiser en dehors du PC ; son éclatement entre une aile vraiment trotskyste, dirigée par Léon Lesoil et Vereeken, et une aile ultra-gauche et liquidationniste dirigée par Van Overstraeten et Hennaut ; la lente remontée de la pente par le groupe autour de la Voix communiste de Lesoil, qui débuta avec une trentaine de militants, pas plus ; le rôle important que ce groupe put jouer d'abord au cours de la grève des mineurs de 1932 - qu'il dirigea dans la région de Charleroi — puis de la radicalisation de L'Action socialiste au sein du PS et des Jeunes Gardes socialistes, ce qui aboutit en 1936 à la - constitution du Parti socialiste révolutionnaire, résultat d'une fusion de l'extrême-gauche socialiste dans le Hainaut autour de Walter Dauge et du noyau trotskyste, et qui ne rata que de quelques centaines de voix l'élection d'un député au Parlement en 1936 ; puis le lent effritement du P.S.R. entre 1937 et 1939, qui fit que la relance de l'organisation trotskyste clandestine, après le début de l'occupation nazie de la Belgique, en août 1940, ne se fit pratiquement qu'avec des forces équivalentes à celles de 1930
Nadya De Beule indique bien les origines de la scission de 1928 dans la double origine du communisme en Belgique : le groupe Van Overstraeten, passé à la III° Internationale dès 1919 ; le groupe Jacquemotte qui resta dans la social-démocratie jusqu'en 1921. Elle indique aussi le poids négatif des conditions objectives - tant au sein de la classe ouvrière belge que par l'évolution de la situation internationale qui rendit extrêmement difficile la naissance d'une troisième organisation ouvrière en Belgique. Elle met l'accent sur le caractère fondamentalement prolétarien qui a caractérisé le trotskysme belge de ses origines jusqu'à la fin de la période examinée, et récuse toute explication de la division entre staliniens et trotskystes comme une rupture entre « la base prolétarienne » restée au PC et les « sommets intellectuels petitsbourgeois » passés au trotskysme.