Documents de la IVe Internationale

Conférences, congrès et résolutions, dans leur texte français

La revue › n° 37-38

Werner Scholem (1895-1940)

Michael Löwy · Quatrième Internationale, n° 37-38 · août-octobre 1990 · p. 143-144 · 572 mots

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Quelques semaines avant l'assassinat du fondateur de l'Armée rouge par le GPU, les SS tuaient dans un camp de concentration nazi l'ancien député du Reichstag et dirigeant de l'opposition de gauche allemande, Werner Scholem. Division du travail implicite ?

Frère ainé de Gerschom Scholem, célèbre historien de la Kabbale et du messianisme heretique, Werner adhere au SPD en 1913 et a TUSPD (socialistes indépendants, opposés à l'Union sacrée) en 1917. Délégué au congrès de l'USPD en 1920, il rejoint, avec la majorité de ce parti, les rangs du Parti communiste allemand (KPD). En 1921, il entre à la rédaction de la Rote Fahne, le quotidien du parti, ainsi qu'au Parlement régional prussien ; sa participation active à la tentative insurrectionnelle de mars lui vaut son premier emprisonnement. En 1924, il est élu, au IX* Congrès du KPD, membre du bureau politique et secrétaire d'organisation du parti ; il devient, avec Ruth Fischer et Arkadi Maslow, un des principaux dirigeants communistes. Cette même année, il est elu deputé au Reichstag ou il est, à l'âge de vingt-neuf ans, le plus jeune parlementaire.

Dès 1925, Werner Scholem prend position contre la nouvelle direction stalinienne du KPD (Thälmann) et la dépendance excessive du parti envers les directives de Moscou. Exclu du comité central, il devient un des dirigeants les plus actifs de l'Opposition de gauche. En septembre 1926, il organise le rassemblement des signatures pour l'« Appel des 700 », où la gauche du KPD protestait contre les mesures répressives prises en URSS contre l'Opposition de gauche unifiée. Cette initiative lui vaut (ainsi qu'à d'autres oppositionnels) l'exclusion du parti.

Jusqu'à 1928, Scholem participe, avec Ruth Fischer, Arkadi Maslow et d'autres, à la direction du Leninbund (Ligue Lénine) ; cependant, le soutien de cette organisation à la politique de « capitulation » de Zinoviev l'amène à démissionner. C'est à partir de cette époque qu'il se rapproche plus directement de l'opposition trotskyste, en écrivant régulièrement pour sa revue, Die Permanente Revolution, et en rencontrant toutes les semaines E. Bauer (Erwin H. Ackerknecht), un des principaux dirigeants de ce courant en Allemagne. En 1931, il fait la connaissance de Léon Sedov à Berlin et exprime le souhait de rencontrer Trotsky à Prinkipo. Le fondateur de l'Armée rouge aimerait aussi le voir mais, finalement, décide qu'il est plus important pour Scholem de rester à Berlin en un moment tellement décisif pour la classe ouvrière allemande.

Après la montée au pouvoir d'Hitler en 1933, il s'échappe en Tchécoslovaquie. Après quelques mois, il décide de revenir en Allemagne pour reprendre son travail politique avec les trotskystes. Emprisonne par la Gestapo en 1933, torture, interne au camp de concentration de Sachsenhausen, il reste, selon le témoignage de plusieurs co-detenus, inebranlable dans ses convictions de communiste et oppositionnel de gauche. Transféré d'abord à Dachau et ensuite à Buchenwald, il sera assassiné le 17 juillet 1940, lors d'une prétendue « tentative de fuite », par deux officiers SS (Plank et Hinkelmann).

Il était minuit dans le siècle. * On trouve des informations sur Werner Scholem dans un article de Pierre Broue « Gauche allemande et Opposition russe (1926-1928) », in Cahiers Léon Trotsky, n° 22, juin 1985 ; et dans le livre de Hermann Weber, Die Wandlung des deutschen Kommunismus. Die Stalinisierung der KPD in des Weimarer Republik, Francfort, 1962, vol. 2, p. 285-286 ; le témoignage d'un co-détenu a été publié dans Die Internationale, n° 16, juin 1981.

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